Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Archive pour la catégorie 'CARRADINE John'

L’Homme du Kentucky (The Kentuckian) – de Burt Lancaster – 1955

Posté : 3 avril, 2017 @ 8:00 dans 1950-1959, CARRADINE John, LANCASTER Burt, LANCASTER Burt, WESTERNS | Pas de commentaires »

L'Homme du Kentucky

Pour son premier film derrière la caméra, Burt Lancaster signe un western étonnant : une ode à la nature, étrangement économe en action, mais à la tension parfaitement maîtrisée. Un western sans chevaux aussi, avec ce personnage de père célibataire (qu’il interprète lui-même), qui traverse le pays sauvage à pied avec son fils et son chien, minuscule communauté en mouvement qui semble avoir trouvé un idéal dans cette vie de pionnier au contact avec la nature.

Comme souvent dans le western, le film parle de la fin d’un monde, ou plutôt de la fin d’un mode de vie. Mais le thème est particulièrement bien traité ici. L’arrivée du père et de son fils dans la « civilisation » remet en cause l’harmonie de leur relation. Elle implique l’irruption d’une femme, ou plutôt de deux femmes : la belle institutrice, symbole d’une vie sociale et de concessions visiblement tentante pour le père ; et la petite sauvageonne, plus conforme aux aspirations du fils.

A travers le choix entre ces deux femmes, toutes deux belles, aimantes et sincères, c’est de la nécessité de se plier aux règles de la société qu’il est question. Et dans sa manière d’aborder le sujet, Lancaster fait preuve d’une honnêteté absolue, ne tombant jamais dans le manichéisme, la nostalgie facile, ou la dénonciation aveugle de l’excès de règles. Son film est d’ailleurs, finalement, totalement bienveillant.

Il y a des salauds, bien sûr, à commencer par Walter Matthau, dont c’est le tout premier film, et qui se révèle d’emblée excellent en salopard intégral. Mais il y a surtout des sentiments purs, une simplicité et une sincérité qui se ressentent jusque dans la manière dont Lancaster filme les beaux décors naturels, dans la première partie. Une réussite qui fait regretter que l’acteur n’ait pas persévéré derrière la caméra : il ne récidivera que quasiment vingt ans plus tard avec Le Flic se rebiffe.

Quelque part en France (Reunion in France) – de Jules Dassin – 1942

Posté : 20 février, 2017 @ 8:00 dans 1940-1949, CARRADINE John, DASSIN Jules, WAYNE John | Pas de commentaires »

Quelque part en France

A la veille de la déclaration de guerre, en France, une riche oisive regarde d’un œil amusé les « vrais gens » s’inquiéter de l’imminence du conflit, indifférente aux malheurs qui l’entoure, et lasse de voir les hommes ne plus penser qu’à leur pays et à l’armée… Mais lorsque la guerre arrive réellement, et les privations qui vont avec, la jeune femme descendue de son piédestal ouvre les yeux, et son cœur.

C’est beau comme un pur film de propagande, contribution très hollywoodienne à l’effort de guerre qui, forcément, glorifie la force de résistance du peuple français. Sorti du contexte (le film est tourné en 1942), on peut trouver ça un peu lourd, en tout cas sans nuance. Mais ce genre d’exercice a de quoi réveiller le patriote qui sommeille en tout cinéphile.

Surtout que Jules Dassin (cinéaste français qui était déjà installé aux Etats-Unis depuis longtemps, contrairement à Duvivier ou Renoir) sait donner un rythme impeccable à son récit, et que Joan Crawford est formidable. La star porte le film sur ses épaules, et son personnage est, de loin, le plus intéressant.

Un regret, quand même : plutôt que de raconter la transformation de cette femme superficielle en résistante au grand cœur, Dassin opte pour une audacieuse ellipse, qui nous prive de ce qui aurait sans doute été le plus passionnant : les premières désillusions de la riche Frenchy, sa découverte du quotidien des Français durant la débâche, les bombardements, les victimes civiles qui tombent sous ses yeux… Tout ça est résumé bien rapidement par une simple série d’images d’archives. Dommage, toute cette partie sacrifiée aurait mérité un film à elle seule. Qui aurait sans doute été bien peu stimulant pour le moral des troupes et des populations, en cette année 1942.

A la place, on a droit à une histoire sympathique mais un peu convenue d’espionnage et de résistance, un suspense très efficace avec un John Wayne encore tout jeune et un peu gauche (on est trois ans après Stagecoach, et il n’a pas encore cette stature définitive qu’il aura quelques années plus tard) en soldat américain perdu au cœur de la France occupée, et un John Carradine dans un rôle taillé sur mesure pour lui (le même, quasiment, que dans Hitler’s Madmen).

Le cahier des charges est certes strict. Mais Dassin en tire le meilleur. Son film, de pure propagande, n’en est pas moins passionnant, émaillé de rebondissements plus ou moins attendus et basé sur une belle idée plutôt bien traitée : opposer l’amour et le devoir en temps de guerre.

L’Île des péchés oubliés (Isle of forgotten sins) – de Edgar G. Ulmer – 1943

Posté : 22 février, 2016 @ 8:00 dans 1940-1949, CARRADINE John, ULMER Edgar G. | Pas de commentaires »

L'Île des péchés oubliés

Fort sympathique, ce petit nanar fauché et plutôt rigolo, une rareté que Ulmer tourne juste avant deux de ses films les plus connus, Barbe Bleue et Détour. On retrouve d’ailleurs l’acteur du premier, John Carradine, qui tient pour une fois le rôle du héros de service, un marin bagarreur qui se lance sur la piste d’un trésor enfoui au fond d’un lagon, avec son comparse et éternel adversaire.

Une chasse aux trésors, des bagarres bien viriles, des tas de jolis femmes, des îles paradisiaques… Le film est clairement à ne pas prendre au sérieux. Seul objectif de ce pur divertissement : le dépaysement. Et malgré son manque de moyens, qui limite l’effet-choc des grands moments de bravoure (comme cette séquence finale de tempête), Ulmer atteint plutôt son but.

Elles ont de la gueule, ces maquettes balottées par le vent. Et le cinéaste filme joliement ces scènes de nuit noire, dont la raison d’être est d’économiser sur les décors, mais qui créent une ambiance bien sympathique. Ulmer, qui a dû se contenter de budgets ridicules pour la majorité de ses films, en a toujours tiré le meilleur. C’est une nouvelle fois le cas ici…

A deux ou trois réserves près, quand même. Les effets caléidoscopiques des nuages sont assez étranges. Et la marionnette qui remplace John Carradine lors de ses descentes de scaphandrier a l’air… eh bien d’une marionnette vaguement articulée dont les mouvements de bras rappellent le Guignol de notre enfance. C’est charmant et assez drôle. Pas exactement l’effet voulu…

* Le film, très rare, est édité chez Artus Films, avec une qualité d’image pour le moins inégale: quelques plans semblent tirés d’une vieille VHS, tandis que d’autres ne sont disponibles qu’en VF. Quelques répliques en français viennent ainsi se glisser dans les dialogues originaux. Aucun bonus, si ce n’est des extraits ou bandes annonces des quatre films de la collection « Grands Classiques Hollywoodiens » (un titre un peu exagéré).

L’Aigle des frontières (Frontier Marshall) – de Allan Dwan – 1939

Posté : 27 mai, 2015 @ 5:55 dans 1930-1939, BOND Ward, CARRADINE John, DWAN Allan, WESTERNS, Wyatt Earp / Doc Holiday | Pas de commentaires »

L'Aigle des frontières

En l’espace d’à peine douze ans, le livre de Stuart N. Lake évoquant la rencontre de Wyatt Earp et Doc Holiday, et le fameux duel à O.K. Corral a été adapté trois fois : en 1934 par Lewis Seiler, en 1939 par Allan Dwan, et bien sûr en 1946 par John Ford avec le mythique My Darling Clementine. Si le film de Ford est incontestablement au-dessus du lot, celui de Dwan est plutôt pas mal non plus.

A l’exception notable de quelques scènes de dialogues particulièrement raides et manquant singulièrement de conviction, ce Frontier Marshall deuxième du nom est même une petite merveille de concision au rythme parfait. L’éternelle question de la véracité des faits qui nous sont présentés a peu d’importance : les innombrables films évoquant le parcours de Wyatt Earp adoptent à peu près tous des vérités différentes. Mais le mythe Earp est bien là, tout comme son amitié dangereuse avec Holiday, interprété ici avec sobriété par César Romero.

Difficile quand même de ne pas penser au film de Ford : ce dernier s’est visiblement inspiré de pans entiers du film de Dwan, en particulier dans la première moitié. Cela donne d’ailleurs quelques scènes passionnantes au regard du film de 1946, les deux s’enrichissant mutuellement : voir par exemple le rôle plus important donné ici à Indian Charlie, l’ivrogne que Earp met hors d’état de nuire au début du film et qui l’amène à devenir shérif, qui n’apparaîtra que brièvement chez Ford, mais qui a ici un rôle nettement plus conséquent. Il s’agit d’ailleurs du même acteur dans les deux films, Charles Stevens.

Un autre acteur apparaît dans les deux films (ainsi que dans celui de Lewis Seiler), mais dans des rôles différents : le fordien Ward Bond, qui se contente ici d’une apparition. Autre figure fordienne : John Carradine, évidemment en bad guy.

Quant à Randolph Scott, dans le rôle de Earp, il est aux antipodes des fêlures de Henry Fonda. Raide et sûr de lui, souriant et visiblement sans démon, pas vraiment du genre à se coucher face aux coups de feu. Il reste droit sans chercher à esquiver les balles dans des scènes de fusillade, souvent nocturnes, sèches et brutales. Étonnantes et remarquables.

* DVD dans la collection Westerns de Légende chez Sidonis-Calysta, avec les présentations habituelles par Patrick Brion et Yves Boisset.

Le Brigand bien-aimé / Jesse James, le brigand bien-aimé (The True Story of Jesse James) – de Nicholas Ray – 1957

Posté : 15 août, 2014 @ 3:11 dans 1950-1959, CARRADINE John, RAY Nicholas, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le brigand bien-aimé Ray

Un remake du film de Henry King était-il bien nécessaire ? Sans doute pas, mais Nicholas Ray adopte une approche très différente du mythe de Jesse James, notamment dans la structure du film, avec une construction en puzzle qui tourne entièrement autour de la personnalité du bandit et de la perception qu’en ont les Américains.

Esthétiquement, cependant, les choix de Ray ne sont pas loin de ceux de King. La preuve : des stock shots du film de 1939 (dont la spectaculaire chute du cheval) sont utilisés dans le film de Ray, et se marient parfaitement à l’ensemble, malgré les deux décennies qui séparent les deux tournages. La filiation entre les deux films est assez frappante, beaucoup de séquences renvoyant directement au film de King. Surtout, il y a la participation de John Carradine, qui tenait le rôle de Robert Ford dans le film de 1939 et dans sa suite (signée Fritz Lang).

Là où Ray s’éloigne le plus de King, c’est dans sa manière de montrer la violence, sans ménager le spectateur. La toute première séquence ne laisse guère de doute, et impressionne en nous immergeant directement dans la violence la plus brutale, dans le sang et dans la boue. Le romantisme et le mythe qui entourent le personnage de Jesse James ne sont que des fantasmes dont Ray n’est pas dupe le moins du monde.

Âpre et intense, le film aurait quand même mérité des acteurs un peu plus… âpres et intenses. Aussi sympathiques Robert Wagner et Jeffrey Hunter (dans le rôle de Frank James, le frangin) soient-ils, ils font pâle figure à côté de Tyrone Power et Henry Fonda, et n’apportent jamais vraiment cette ambiguïté nécessaire à leurs rôles.

Le film, finalement, est surtout réussi pour les détails souvent anodins en apparence qu’y glisse le cinéaste, comme ces badauds qui se ruent après la mort de Jesse, volant objets et photos dans la maison endeuillée. Des petits riens inutiles pour le déroulement de l’histoire, mais qui apportent un supplément d’âme, une humanité qui justifie à elle seule l’existence de ce remake.

Le Fier rebelle (The Proud Rebel) – de Michael Curtiz – 1958

Posté : 27 juin, 2014 @ 5:22 dans 1950-1959, CARRADINE John, CURTIZ Michael, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Fier rebelle

Après avoir quitté la Warner, dont il a signé quelques-uns des plus grands chef-d’œuvre (L’Aigle des mers, Casablanca…), Michael Curtiz n’a pas signé que des grandes réussites. Mais ce Fier rebelle est sans doute l’un des plus beaux de la fin de sa carrière. Retrouvant Olivia de Havilland, son héroïne de Capitaine Blood et Robin des Bois, il signe un western simple et beau, dans la lignée de Shane : Alan Ladd y trouve un rôle similaire, celui d’un homme qui tente d’oublier son passé, et de construire une nouvelle vie pour un enfant, cette fois le sien.

Toute la grandeur d’Hollywood est là : cette capacité à transformer des torrents de bons sentiments en une œuvre intime et émouvante. Alan Ladd est un père qui traverse l’Amérique à la recherche d’un médecin qui pourrait soigner son fils, muet depuis qu’il a assisté à la mort de sa mère durant la guerre civile (joué par David Ladd, le propre fils de la star). On sait d’avance ce qui va se passer, bien sûr, surtout lorsque le père et le fils croisent la route de cette vieille fille encore magnifique jouée par Olivia De Havilland : ce qui manque à ce gamin, c’est une vraie famille, ce qu’il trouvera finalement avec un père, une mère d’adoption, une ferme, et son chien.

Tous les poncifs de la famille américaine sont là, pourtant, élevés en idéaux absolus. Ça devrait agacer, mais non : le film est une splendeur, superbement photographié par Tedd McCord qui souligne les passages les plus intimes par des couleurs chaudes d’un romantisme absolu. Curtiz, lui, n’a rien perdu de son talent : son sens du cadre et du rythme est intact, tout comme sa capacité à offrir de grands moments aux plus petits seconds rôles.

C’est le cas avec John Carradine, qui parvient à marquer le film de son empreinte alors qu’il n’apparaît que dans une courte scène dans les premières minutes, sans le moindre impact sur l’histoire. Mais cette simple scène (Carradine quittant la ville croise Ladd et son fils qui arrivent) suffit à dévoiler le caractère de Ladd, sa lassitude, et ses liens si forts avec son fils.

Tout le casting est parfait, d’ailleurs autour du couple de stars : Henry Hull en juge grande gueule mais bon fond, Cecil Kellaway en médecin au grand cœur, Dean Jagger dans le rôle incontournable du gros éleveur machiavélique (un rôle qui devait être tenu par Adolphe Menjou) ou encore le jeune Harry Dean Stanton en petite frappe…

Mais il y a surtout le chien, loin d’être un simple élément de décor : véritable star du film, il est le moteur de l’histoire, la source des scènes les plus émouvantes et les plus douloureuses. Les plus surprenantes aussi, lorsque Curtiz le filme longuement à l’action dans ses œuvres de chien de berger d’exception. A se demander même, par moments, si Curtiz n’a pas tourné ce film uniquement pour mettre ce chien en scène… Ce serait bien sûr oublier que Le Fier rebelle est une réussite à tous les niveaux.

• Le film a été édité chez Artus, généralement plus habitué à dénicher des séries B, voire C, D ou Z. En bonus, une présentation par Eddy Moine, aussi érudit que son papa.

Le retour de Frank James (The Return of Frank James) – de Fritz Lang – 1940

Posté : 5 février, 2014 @ 2:31 dans 1940-1949, CARRADINE John, LANG Fritz, TIERNEY Gene, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Retour de Frank James

1939, année de la résurrection du western, a été marquée par de nombreux triomphes du genre, à la fois artistiques et populaires. C’est le cas de Jesse James, le brigand bien-aimé, chef d’œuvre signé Henry King à la distribution impressionnante. Un an après ce succès, Zanuck met en chantier une suite, qu’il confie à Fritz Lang, qui avait déjà dirigé Henry Fonda dans J’ai le droit de vivre.

Pas de tromperie sur la marchandise : Le Retour de Frank James est bien la suite directe du film de King. La toute première scène est d’ailleurs tirée de Jesse James : on y reconnaît Tyrone Power, lorsqu’il se fait tirer dans le dos par le lâche Bob Ford, joué par John Carradine. Le rôle de Power s’arrête là, bien sûr. Mais Lang retrouve une demi-douzaine de comédiens du premier film autour de Henry Fonda, personnage un peu en retrait dans le film de King qui prend une toute autre carrure ici : Carradine, Donald Meek, Henry Hull, J. Edward Bromberg, Ernest Whitman.

Pourtant, sur ce projet hyper balisé, dans un univers dont un autre que lui a posé les bases, Lang signe encore une fois un film qui porte indéniablement sa marque. De cette suite d’un western génial, le cinéaste fait une réflexion toute personnelle sur la justice, sur la place de l’individu face au poids de la société : des thèmes on ne peut plus langiens qui reviennent film après film, y compris dans ses premières années hollywoodiennes.

On retrouve aussi, très présent, un autre motif omniprésent dans le cinéma de Lang : l’importance de la presse, et la manipulation de la vérité. Pour son tout premier rôle au cinéma, la toute jeune Gene Tierney incarne ainsi une jeune journaliste qui se fait manipuler par Frank James. Quant à l’éditeur de journal déjà présent dans le premier film (Henry Hull), sa gazette semble n’être qu’une tribune très libre et très contestable qui fait bien de cas des faits…

Dans ce film, plus encore que dans le précédent, on joue avec l’Histoire, avec la réalité. Décidé à venger son frère, Frank James retrouve Bob Ford et son frère dans un petit théâtre où ils tiennent leurs propres rôles dans une pièce qui revisite très librement la mort de Jesse James. Cette séquence, superbement filmée et éclairée, est l’une des plus belles du film, confrontation dramatique entre la réalité et la fiction.

Le film n’est pas avare en poursuites, en fusillades et en action, mais le scénario prend une autre direction dans le dernier tiers, transformant le western en un film de prétoire où chaque personnage trouve sa place. Ce pourrait être bancal. Et le fait est que des trois westerns de Lang (il enchaînera avec Les Pionniers de la Western Union et tournera quelques années plus tard l’excellent L’Ange des maudits), celui-ci n’est pas le plus fort. Mais ce petit film langien, émaillé de belles idées, est passionnant.

• DVD dans la collection Western de Légende de Sidonis, avec des présentations par Bertrand Tavernier et Patrick Brion. Ce dernier évoque d’ailleurs le film de King, en affirmant qu’il ne montre pas la mort de Jesse James. Ce qui tend à démontrer qu’il existe plusieurs versions du film de King, puisque celle que j’ai vue récemment montre bel et bien Jesse James se faire tuer.

Le Brigand bien-aimé (Jesse James) – de Henry King – 1939

Posté : 3 février, 2014 @ 6:25 dans 1930-1939, CARRADINE John, KING Henry, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le brigand bien aimé

1939 est une année miraculeuse pour le western. Artistiquement mort depuis la fin du muet, le genre se limitait jusqu’alors à une interminable série de nanars pour la plupart sans la moindre ambition. Et puis cette année-là, une poignée de grands cinéastes offrent au western une nouvelle jeunesse, et en font l’un des genres majeurs du cinéma américain, ce qu’il ne cessera plus d’être dans les quinze années qui viennent : c’est l’année du Stagecoach de John Ford bien sûr, mais aussi de Pacific Express de Cecil B. De Mille, et de ce Jesse James signé par un Henry King très inspiré.

Ce modèle de western revisite le mythe du célèbre brigand. Le film de King évite tout angélisme, mais c’est un anti-héros romantique et profondément américain qu’il filme ici. C’est aussi, et surtout, l’histoire d’amour entre le plus célèbre des bandits, et l’Amérique. Il y a quelque chose du Tom Joad des Raisins de la colère dans ce personnage victime de son époque, mais qui sait aussi saisir les opportunités d’un pays qui est à la fois une terre d’accueil et un environnement impitoyable.

« Si la légende est plus belle que l’histoire, imprimez la légende » pourrait être l’épitaphe de ce chef d’œuvre, qui annonce par bien des aspects L’Homme qui tua Liberty Valance. Et pas seulement parce qu’on y retrouve un personnage très semblable de journaliste fort en gueule.

Le film de King, comme plus tard celui de Ford, évoque un pays sauvage sur le point de laisser la place à la civilisation et à l’ordre. Il parle d’un pays qui avance dans son histoire, du progrès en marche et de ses victimes. En l’occurrence, celles du chemin de fer, souvent montré dans les westerns comme le grand œuvre qui a unifié l’Amérique, mais dont King montre le sombre revers avec beaucoup plus de cynisme.

Dès les premières images, la cruauté de ce progrès que personne n’arrêtera apparaît, avec le génial Brian Donlevy, agent sans scrupule chargé d’exproprier à moindre coût, et en utilisant n’importe quels moyens, les fermiers installés sur le tracé de la future voie ferrée. La famille de Jesse James est de ceux-là. C’est le début d’un engrenage fatal. Jesse James (Tyrone Power) et son frère Frank (Henry Fonda, en retrait), qui ont résisté, sont obligés de fuir, leur mère (Jane Darwell, qui sera justement celle de Tom Joad dans le film de Ford l’année suivante), est tuée, et les deux frères deviennent vite les hors-la-loi les plus recherchés du pays.

A grands coups d’ellipses magnifiques, le film retrace un parcours de dix années marquées par la violence et la tragédie, par des rencontres avec des hommes sans morale et sans courage (Donald Meek, et John Carradine en Bob Ford) et quelques belles relations qui illustrent ce qui aurait pu être dans un meilleur monde : une femme belle et aimante, une famille à peine esquissée, un shérif bienveillant (Randolph Scott) qui entame avec Jesse James une relation à la De Niro/Pacino dans Heat.

Quant à la mise en scène de King, elle est absolument magnifique. Aussi inspiré dans les passages intimes que dans les spectaculaires morceaux de bravoure (notamment une fuite à cheval, au sommet d’une falaise), le cinéaste fait plus que redonner ses lettres de noblesse au western : il en signe l’un des grands chef d’œuvre.

Le succès du film incitera les producteurs à lancer une suite dès l’année suivante : ce sera Le Retour de Frank James, toujours avec Henry Fonda, John Carradine, Donald Meek et quelques autres, qui sera le premier des trois westerns réalisés par Fritz Lang.

Les Pionniers de la Western Union (Western Union) – de Fritz Lang – 1941

Posté : 27 janvier, 2014 @ 5:49 dans 1940-1949, CARRADINE John, LANG Fritz, WESTERNS | Pas de commentaires »

Les Pionniers de la Western Union

Ce deuxième western de Lang s’inscrit dans une tradition particulièrement riche du genre : les wersterns consacrés à la construction de l’Union. Dans cette belle lignée, on retrouve surtout les grands films évoquant les débuts du chemin de fer. On pense d’ailleurs beaucoup à Pacific Express, chef d’œuvre tourné à la même époque, mais aussi aux films de Ford, du Cheval de fer à La Charge héroïque. Dans ce baptême du feu de Lang, dans un genre où on ne l’attendait pas forcément, on croise d’ailleurs des visages très fordiens : John Carradine et même Francis Ford au détour d’une scène.

Comme Ford, Lang met du pittoresque dans cette histoire d’honneur où la femme tente vainement de trouver sa place. Le contremaître chiqueur, le cuisinier au bout du rouleau, son « gardien » à moitié scalpé… autant de gueules qui semblent effectivement sorties d’un western du grand Ford.

Mais Les Pionniers… annoncent aussi, avec vingt-cinq ans d’avance, la vision qu’aura Leone du genre. Le (beau) personnage de Randolph Scott, surtout, préfigure d’une manière étonnante celui de l’homme sans nom. Même cigarillo, même mutisme, même mystère sur son passé, même aplomb face à quatre bandits armés. Le personnage est fascinant, face à un Robert Young dont l’interprétation inattendue est remarquable.

Western souvent mésestimé, Les Pionniers… est pourtant un pur Fritz Lang. Dès la première séquence, sa vision de l’humanité est là, sans concession. Dans ce grand pays ouvert à toutes les bonnes volontés, terre d’espérances pour les plus faibles, la loi du plus fort règne. Les êtres affaiblis sont condamnés. Le cheval boiteux, l’homme blessé… tous deux semblent condamnés à une mort certaine. Pire, même : une mort logique.

Le personnage de John Carradine participe du même principe cynique. Médecin dévoué et attachant, il voit tous les patients qu’il tente de soigner mourir les uns après les autres.

Quant au duel final, il est l’un des plus beaux que l’on ait pu voir. Parce qu’il ne ressemble à aucun autre. Spectaculaire et banal, jouissif et tragique.

• Le film est disponible dans la collection Westerns de légendes, chez Sidonis.

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe [sans jamais oser le demander] (Everything you always wanted to know about sex [but were afraid to ask]) – de Woody Allen – 1972

Posté : 17 novembre, 2013 @ 11:22 dans 1970-1979, ALLEN Woody, CARRADINE John | Pas de commentaires »

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe [sans jamais oser le demander] (Everything you always wanted to know about sex [but were afraid to ask]) – de Woody Allen – 1972 dans 1970-1979 tout-ce-que-vous-avez-toujours-voulu-savoir-sur-le-sexe

Plus encore que Bananas, son précédent film (dans lequel le génie allenien affleurait déjà à travers quelques aphorismes), Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe porte l’empreinte du Woody Allen première époque : le gagman et l’homme de stand-up.

Le film est une succession de six sketchs inspiré à Allen par le livre à succès du docteur David Reuben, dont il se moque gentiment. Le seul fil conducteur : le sexe, sous tous ses aspects. Et pas forcément avec l’approche la plus fine. Woody lui-même semble plus désireux de peaufiner un personnage vaguement inspiré de Chaplin et de Groucho Marx, que d’écrire des dialogues qui font mouche. Pas grand-chose à se mettre sous la dent, de ce côté-là.

Pas non plus la peine de chercher une quelconque émotion : Allen joue clairement la carte du grand n’importe quoi. Le résultat est pour le moins inégal, se révélant parfois pénible, comme dans cette parodie de film d’horreur où John Carradine est une sorte de Frankenstein du sexe, et où Woody doit affronter un sein gigantesque qui menace la ville comme l’araignée géante de Tarantula

Gênante aussi, cette parodie de jeu télévisé où de vieux messieurs dévoilent leurs perversions sexuelles face à la caméra. Où cet autre sketch racontant l’histoire d’amour entre un médecin bien marié et un mouton. Au moins Gene Wilder est-il formidable dans ce rôle impossible.

Le premier sketch, finalement, est le plus réussi : Allen, en bouffon du roi, tente de forcer la ceinture de chasteté de la reine. Du pur burlesque, plutôt efficace. C’est là aussi que l’on trouve ce qui ressemble le plus à l’aspiration d’un autre cinéma : une citation inattendue de shakespeare par un Woodu Allen ouvertement clownesque.

Ailleurs, on le retrouve en amant italien cherchant désespérément à faire jouir sa femme (plutôt pas mal), et surtout en spermatozoïde se préparant pour l’éjaculation. A défaut d’être particulièrement drôle ici, Woody Allen s’amuse…

123
 

Kiefer Sutherland Filmographie |
LE PIANO un film de Lévon ... |
Twilight, The vampire diari... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | CABINE OF THE DEAD
| film streaming
| inderalfr