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Archive pour la catégorie 'BOGART Humphrey'

Le Violent (In a lonely place) – de Nicholas Ray – 1950

Posté : 16 juillet, 2017 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, BOGART Humphrey, RAY Nicholas | Pas de commentaires »

Le Violent

Bogart a rarement été aussi émouvant que dans ce faux polar, l’un des premiers très grands films de Nicholas Ray. L’histoire commence bel et bien comme un film noir : un scénariste hollywoodien connu pour ses accès de violence amène chez lui une jeune femme pour une raison a priori toute innocente (il a la flemme de lire le bouquin qu’il doit adapter, elle l’a lu, il lui demande de lui raconter). Mais au petit matin, elle est retrouvée assassinée.

Forcément, le doute est là : Bogart a-t-il assassiné la pauvrette ? A priori non, Ray nous a clairement montré son départ, seule dans la nuit. Mais va savoir ce qui s’est passé après… Pourtant, ce qui commençait (et plutôt très bien) comme un grand suspense policier se transforme vite en un suspense amoureux, un peu à la manière du Soupçons d’Hitchcock, mais dans une forme plus intense, plus ancrée dans la vraie vie.

Soupçonné par la police, Bogie est innocenté par le témoignage de sa belle voisine, dont il tombe raide dingue. Elle, c’est la grande Gloria Grahame, un choix loin d’être anodin : à l’époque, elle est l’épouse de Nicholas Ray, homme perturbé qui semble livrer ici le plus autobiographique de ses films. Une sorte d’autopsychanalise ? Ray signe en tout cas le portrait bouleversant d’un couple rongé par le doute et la culpabilité.

Bogart est formidable en homme violent, qui laisse éclater une étonnante fragilité. La scène où il s’approche de son ami et agent, qu’il vient de frapper dans un accès de colère, est un sommet d’émotion retenue, d’une sobriété bouleversante. Quant à Gloria Grahame, actrice décidément merveilleuse, elle aussi dissimule un trouble profond derrière son apparente nonchalance. Chacun de leur côté, ces deux êtres faits pour s’aimer vont s’isoler de plus en plus…

Ray réussit un film intense et authentique, et offre à ses deux acteurs vedettes l’un de leurs plus beaux rôles.

La Maison des Otages (Desperate Hours) – de William Wyler – 1955

Posté : 23 décembre, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, BOGART Humphrey, WYLER William | Pas de commentaires »

La Maison des Otages (Desperate Hours) - de William Wyler - 1955 dans * Films noirs (1935-1959) La%20Maison%20des%20Otages_zpskne4hvsh

Un Wyler mineur, un Bogart mineur… Bref, on n’est pas dans les sommets du film noir, avec cette histoire de gangsters qui prennent en otage une honnête famille de la classe moyenne américaine, histoire dont Michael Cimino tournera un remake fidèle et inattendu trente-cinq ans plus tard. Dans le genre, et sur un thème similaire, on est quand même très loin de l’atmosphère étouffante et oppressante de Key Largo

Plutôt efficace, cela dit, avec un rythme qui ne baisse jamais. Mais outre l’esthétique trop proprette, sans aspérité, on regrette surtout l’absence de complexité des personnages, quels qu’ils soient. La famille d’otage est attachante, mais elle semble trop parfaite. Cimino lui-même en sera visiblement conscient, puisqu’il en fera une famille en crise sur le point d’éclater. Ce qui n’est pas du tout le cas ici.

Même linéarité pour Humphrey Bogart, qui interprète ici l’un de ces grands méchants tout d’un bloc qu’il enchaînait avant High Sierra (où son « méchant » était autrement plus complexe). Un pur salaud, sans la moindre ombre d’humanité. Ah si, quand même : une lueur fugitive lorsque son petit frère se fait la malle. Là, pour quelques instants, la carapace se fissure. Avant de se refermer aussi sec.

Ce petit frère pourrait être plus intéressant, mais il reste constamment en retrait, en tout cas jusqu’à sa fin, grotesque et magnifique. Le personnage du flic joué par l’excellent Arthur Keneddy aussi était plein de promesses : un détective intègre plongé au cœur d’une police bouffée par la connerie et le cynisme. La charge, d’ailleurs, est franchement lourdingue, dans la dernière partie, où le film se transforme tardivement en un plaidoyer contre les violences policières.

Le meilleur reste quand même les face-à-face entre le trio de gangsters et la famille, dans cette grande maison où tout semble tourner autour du hall d’entrée, comme si la vie se focalisait sur cette porte dissimulant le monde extérieur. Desperate Hours est alors un huis-clos efficace et passionnant. Et la fin est particulièrement réussie, Wyler opérant habilement un renversement du rapport de force entre ce père qui abandonne sa passivité, et ce bad guy qui perd inexorablement de sa superbe. Jusqu’à un final formidablement pathétique.

LIVRE : Humphrey Bogart (Take it and like it) – de Jonathan Coe – 1991

Posté : 10 juillet, 2016 @ 8:00 dans BOGART Humphrey, LIVRES | Pas de commentaires »

LIVRE : Humphrey Bogart (Take it and like it) - de Jonathan Coe - 1991 dans BOGART Humphrey Humphrey%20Bogart%20Jonathan%20Coe_zpscyvf9hbp

Le romancier Jonathan Coe (La Maison du Sommeil) est aussi cinéphile et critique de cinéma, auteur notamment d’une biographie de James Stewart à la fois réjouissante et agaçante : bon sang, comment peut-il dénigrer à ce point Monsieur Smith au Sénat ou La vie est belle !!

Sa biographie de Bogart, avec ce beau titre original, est de la même veine. On n’y apprendra pas grand-chose sur l’homme : le livre est moins une authentique biographie qu’une évocation de la vie de l’acteur à travers ses films. Ses premiers mariages sont ainsi très rapidement évoqués, et Lauren Bacall n’occupe une place centrale que pour ce que son mariage avec Bogie a eu d’important sur sa carrière.

Pourtant, on a l’étrange sentiment que, sans jamais rentrer dans les détails personnels ou dans l’accumulation d’anecdotes, l’enchaînement de ces films donne à comprendre l’homme, ses ambitions, ses limites, et cette image que ses rôles renvoient de lui et qui n’est peut-être pas si proches de ce qu’il était vraiment.

Le livre est passionnant parce que la plume de Coe est aussi fine et vive que dans ses romans. Et parce que la carrière même de Bogart est fascinante : ses années de panouilles (marquées quand même par des débuts chez Ford dans Up the River), ses grands seconds rôles chez Wyler (Rue sans issue) ou Walsh (Les Fantastiques années 20), ses rôles mythiques (à partir du Faucon Maltais), et ses films de maturité (African Queen, Bas les Masques…).

Et puis s’il est bon de partager les enthousiasmes de Coe (pour Le Grand Sommeil notamment), il est tout aussi réjouissant de s’agacer de certains jugements de l’auteur. « Malgré sa haute réputation, Le Trésor de la Sierra Madre est un film étonnamment ennuyeux », écrit-il. Même tiédeur à propos de Casablanca, dont il estime que le statut « en tant qu’œuvre d’art peut être qualifié de très modeste ». On a le droit d’être en désaccord total, et d’aimer ça !

Le Trésor de la Sierra Madre (The Treasure of the Sierra Madre) – de John Huston – 1948

Posté : 18 décembre, 2015 @ 2:11 dans 1940-1949, BOGART Humphrey, HUSTON John | Pas de commentaires »

Le Trésor de la Sierra Madre (The Treasure of the Sierra Madre) - de John Huston - 1948 dans 1940-1949 Le%20Treacutesor%20de%20la%20Sierra%20Madre_zpsxs7ksxsm

La quintessence de la « thématique de l’échec » chère à John Huston… Avec ce chef d’œuvre absolu, le cinéaste réalise le plus purement hustonien de ses films. Pleinement ancré dans ce Mexique qu’il aimait tant, peuplé d’anti-héros condamnés par leur propre mesquinerie (un thème présent dans son cinéma dès Le Faucon maltais, son premier film), et avec Bogart en pauvre type superbement pathétique.

Dès la séquence d’ouverture, le film est d’une intensité rare, qui ne retombera jamais. On y découvre l’acteur fétiche de Huston aux antipodes de Sam Spade, gringo en errance au Mexique, quémandant de l’argent dans la rue… Huston filme ce paumé et ses rencontres fortuites avec empathie mais sans misérabilisme. Sans chercher non plus à magnifier les destins ou les physiques de ces êtres sales et sans avenir.

Mais ce qui intéresse le cinéaste, c’est confronter ses personnages à leurs pires démons. En s’enfonçant dans ce territoire désert où ils vont trouver la fortune, et leur destin, en les coupant du monde de la manière la plus spectaculaire qui soit, Huston crée un microcosme où se révèle l’humanité dans ce qu’elle a de plus primale.

Bogart, Tim Holt et Walter Huston (qui décroche un Oscar du meilleur second rôle, tandis que son fils obtient celui du meilleur réalisateur) sont extraordinaires dans des registres très différents, mais avec la même intensité. Leur « descente aux enfers » n’est pas linéaire, et c’est dans les pauses que se trouvent les plus beaux moments du film. Cette bouleversante scène des funérailles de Cody, le « quatrième homme », dont ses trois bourreaux potentiels découvrent l’humanité et la vie brisée en l’enterrant ; ou encore la superbe scène du « sauvetage » de l’enfant noyé, par un Walter Huston transformé en dieu vivant, dans un village mexicain peuplé de visages hagards.

Les visages : Huston les filme avec une attention extrême. Avec un mélange d’empathie et de sévèrité pour ces hommes emportés par la folie de l’or. Avec une touchante tendresse aussi, pour les populations indigène, et sans l’ombre de cette condescendance que Hollywood leur réserve souvent. Le cinéaste filme des gueules incroyables, mais pour mieux faire sentir le poids de chaque individualité, attentive à l’autre. On sent bien que vers eux que va sa sympathie, même s’il ne « charge » pas ses trois héros, dont il fait des victimes de la « fièvre de l’or ». Des victimes consentantes, capables a priori des pires horreurs, mais des victimes tout de même.

Le Trésor de la Sierra Madre est une merveille, un chef d’œuvre total. That’s the stuff the Hollywood dream is made of…

Bas les masques (Deadline USA) – de Richard Brooks – 1952

Posté : 30 juin, 2015 @ 2:09 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, BOGART Humphrey, BROOKS Richard | Pas de commentaires »

Bas les masques (Deadline USA) - de Richard Brooks - 1952 dans * Films noirs (1935-1959) Bas%20les%20masques_zpscpvelwuw

Ne cherchez plus le plus beau film sur le journalisme (vous ne cherchiez pas ?) : il est signé Richard Brooks, et c’est Bogart qui s’y colle dans la peau du rédac chef que tous les journalistes rêveraient d’avoir : un type droit et humain, coriace et intègre. Bref, un vrai homme de presse qui vit son métier comme un sacerdoce et dont la déclaration d’amour à son métier et à son médium, longue tirade totalement inutile à l’intrigue, est renversante d’intensité.

Le film de Brooks est un chef d’oeuvre cynique et sincère à la fois. Cynique parce qu’il décrit une société déjà dominée par le profit, où l’intégrité et le courage sont des notions en voie de disparition. Sincère dans sa vision d’un journalisme qui semble déjà en voie de disparition. En 1952, la presse était donc déjà en crise ? Ce journalisme d’investigation au cœur de son film est menacé par une presse à scandale qui joue avec les peurs et le voyeurisme de ses lecteurs.

Avec une pointe de nostalgie qui paraît encore totalement d’actualité en 2015, Brooks raconte les derniers jours d’un grand journal, condamné à disparaître alors qu’il doit être racheté par son principal concurrent. Des derniers jours que le rédacteur en chef (Bogart, donc, aussi impérial en journaliste qu’il l’était en privé) refuse de vivre comme une agonie, préférant en faire un superbe chant du cygne.

Parallèlement à ses efforts pour tenter de sauver « son » journal, Bogart galvanise donc ses troupes, menacées par le chômage, pour poursuivre leurs investigations et faire tomber un gangster intouchable. Entre le film noir sombre et violent (dans un magnifique noir et blanc) et les petits drames humains, Brooks ne choisit pas et trouve un équilibre absolument parfait.

Et c’est bien ce qui fait le poids de son film : ses personnages sont constamment tiraillés entre leur devoir de journaliste et leur intérêt personnel. Il y a ce reporter montré du doigt parce qu’il s’est fait embauché par un autre journal. Il y a cette veuve du grand patron confrontée à la cupidité de ses filles. Il y a tous ces journalistes tentés par la déprime. Et il y a Bogie lui-même, dont le dévouement absolu à son métier l’empêche de renouer avec son ex-femme. Dans le rôle de cette dernière, personnage discret et en retrait, Kim Hunter est superbe et apporte une indispensable touche d’humanité.

* Belle édition DVD chez Rimini Editions / Fox, avec un beau portrait de Bogart et une présentation passionnante par Patrick Brion qui évoque sa passion pour Richard Brooks.

Le Port de l’Angoisse (To have and have not) – de Howard Hawks – 1944

Posté : 27 mai, 2015 @ 5:59 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, BOGART Humphrey, HAWKS Howard | Pas de commentaires »

Le Port de l'Angoisse (To have and have not) - de Howard Hawks - 1944 dans * Films noirs (1935-1959)

Il suffit d’une scène pour que ce film, et une jeune actrice débutante baptisée Lauren Bacall par Hawks qui l’a découverte, entrent dans la légende : sa toute première apparition, dans l’embrasure d’une porte, demandant une cigarette à un Bogart qui, tout d’un coup, se retrouve face à son équivalent féminin en matière d’insolence… Et puis une phrase, « You’ll just have to whistle », dont Bacall se souviendra des années plus tard sur la tombe de Bogie.

On est dans le mythe absolu. Du genre qui file des frissons et un sourire béat. Hawks s’est attaqué au roman d’Hemingway jugé inadaptable comme un défi. Pour cela, il a fait appel à un géant de la littérature américaine : William Faulkner, sous contrat à Hollywood et accroc au whisky. Le genre de personnages improbables qui inspireront les frères Coen pour leur Barton Fink.

Son véritable apport au film reste mystérieux (Jules Furthman est également crédité en tant que co-scénariste). Mais on aime penser que c’est à lui qu’on doit le fameux « Was you ever bit by a dead bee ? » lancé par Walter Brennan à tous ceux qu’il rencontre. Etrange interrogation, comme l’appel désespéré d’un alcoolique à l’âme d’enfant, incapable de se plier au cynisme de la société. Magnifique et terriblement émouvant, Brennan semble être le vieux gamin qui scellera l’amour du couple naissant…

L’histoire rappelle celle de Casablanca ? Hawks s’en moque. Contrairement à Curtiz avec son chef d’oeuvre, lui ne s’intéresse qu’à ses personnages, et aux moments de grâce qui naissent autour d’eux, de leur alchimie quasi-magique. On n’est pas dans le romanesque ici, mais dans l’action brute. Bacall et Bogart se font la cour comme ils boxeraient. Et les scènes d’action sont d’une violence sèche implacable : un coup de feu à travers un bureau, une fusillade dans la brume au large, un « civil » tué par une balle perdue…

Comme dans ses plus grands films, Hawks ne s’intéressent qu’à ses moments de magie qui s’enchaînent sans baisse de tension. Sans pour autant négliger une intrigue parfaitement ciselée, et nettement moins opaque que celle du Grand Sommeil, qui réunira une nouvelle fois Bogart et Bacall deux ans plus tard, toujours sur un scénario de Faulkner et Furthman.

Griffes jaunes (Across the Pacific) – de John Huston – 1942

Posté : 12 août, 2014 @ 4:28 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, BOGART Humphrey, HUSTON John | Pas de commentaires »

Griffes jaunes (Across the Pacific) – de John Huston – 1942 dans * Films noirs (1935-1959) Griffesjaunes_zps4f363602

L’année précédente, John Huston était passé pour la première fois derrière la caméra en signant un immense chef d’œuvre, Le Faucon maltais, qui faisait passer Humphrey Bogart définitivement du côté des mythes immortels du cinéma. Pour leurs retrouvailles, les deux comparses ne réitèrent pas le miracle de leur première collaboration. Mais Griffes Jaunes, film de propagande tourné alors qu’Hollywood contribuait à sa manière à l’effort de guerre (l’attaque de Pearl Harbor a eu lieu pendant la préparation du film, incitant les auteurs à « déménager » l’intrigue de Hawai à Panama), est loin d’être une œuvre mineure.

Griffes jaunes a tout du film de commande : film de propagande, donc, il semble aussi avoir été produit en grande partie pour renouer avec le triomphe du Faucon… puisque Bogart y côtoie une nouvelle fois Mary Astor et Sydney Greenstreet. Dans le beau livre qu’il a consacré à John Huston, Patrick Brion affirme aussi que Peter Lorre fait une brève apparition dans un rôle de serveur. Mais il faudra que je le revoie pour le confirmer…

Ce qui sera d’ailleurs avec plaisir : Griffes jaunes, est un pur plaisir, et un curieux objet particulièrement riche. On est d’abord surpris par cet étrange mélange de légèreté et de profonde noirceur : les jeux romantiques et presque enfantins de Bogart et Mary Astor, qui semblent prendre un plaisir fou (et communicatif) à se moquer l’un de l’autre, s’inscrivent dans un contexte très sombre et violent : l’action du film se déroule dans les quelques jours qui précèdent le 7 décembre 1941.

On sent bien que les comédiens et le cinéaste se sont amusés sur le tournage. Pour autant, on est loin de la nonchalance qui a pesé sur quelques films tardifs de Huston. Le cinéaste apporte une grande attention à la composition de chaque plan, y compris le plus anodin. Il suffit souvent d’un rien : une fumée de cigarette qui coupe l’image, la brume qui estompe les silhouettes, un reflet dans un miroir, une ombre portée sur un mur, la lune qui fait briller l’eau d’un port… Le film, magnifiquement photographié (par Arthur Edeson, déjà présent sur Le Faucon maltais), bénéficie aussi d’un montage très efficace de Don Siegel, et de décors exceptionnels (signés Casey Roberts).

Des décors que Huston utilise avec une belle intelligence, et son sens du cadrage, lors de quelques séquences d’action assez formidables, notamment celle, tendue et impressionnante, dans la salle de cinéma. Across the Pacific est sans doute un film mineur dans la filmo commune de Bogie et Huston, marqué aussi par racisme anti-nippon à remettre évidemment dans le contexte historique de l’époque (sur le monde « ils se ressemblent tous »). Mais le plaisir de spectateur est absolument jubilatoire.

• Un DVD a été édité il y a quelques années par Warner, avec un documentaire consacré aux films de propagandes hollywoodiens, et le bêtiser de l’année, court métrage produit par Warner en 1942.

La Rue sans issue (Dead End) – de William Wyler – 1937

Posté : 22 janvier, 2014 @ 1:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1930-1939, BOGART Humphrey, BOND Ward, SIDNEY Sylvia, WYLER William | Pas de commentaires »

La Rue sans issue (Dead End) – de William Wyler – 1937 dans * Films noirs (1935-1959) Ruesansissue_zps4bac1aa9

La carrière de Bogart n’a pas commencé avec Le Faucon maltais et High Sierra. Dans les années qui ont précédé ces deux monuments, le futur mythe est apparu dans de nombreux films plus ou moins marquants, souvent dans des rôles de brute. Beaucoup de seconds rôles, dans des productions pas toujours mémorables. Mais aussi quelques pépites, en particulier ce Dead End absolument formidable, où Bogie ne tient que le troisième rôle, mais crève littéralement l’écran.

Cette « rue sans issue », c’est un quartier pauvre de New York : une rue qui ne conduit que sur les berges sales du fleuve, et dont les habitants semblent condamnés à ne jamais en sortir… Les décors (de Richard Day) sont exceptionnels, et font beaucoup pour l’atmosphère unique de ce film noir et incroyablement cruel, adapté d’une pièce à succès (Wyler en respecte d’ailleurs parfaitement l’unité de lieu et de temps) de l’époque.

Cette rue grouillante de vie et de misère est le seul décor du film. C’est aussi le seul horizon de ces jeunes (les Dead End Kids, groupe d’adolescents que l’on retrouvera dans de nombreux films dans les années qui suivent, notamment dans l’excellent Je suis un criminel de Busby Berkeley), mais aussi des quelques adultes qui ont grandi là et n’ont jamais pu partir de ce lieu sans avenir.

C’est le cas du couple vedette : la craquante Sylvia Sidney en grande sœur courage, et Joel McCrea, architecte sans emploi qui vit de petits boulots. Ces deux-là pourraient s’aimer passionnément, mais sont continuellement ramenés à leur condition miséreuse par leur entourage, par leurs difficultés au quotidien, et par l’apparition d’immeubles luxueux. Censé remplacer à terme leurs appartements insalubres, ce nouveau voisinage menace jusqu’à leur existence, les privant définitivement du moindre avenir.

Les deux stars sont parfaites, mais dans des rôles un peu monochromes. Celui de Bogart, par contre, est extraordinaire. Célèbre gangster recherché par les polices de tout le pays, Baby Face revient contre toute attente dans le quartier où il a grandi, par nostalgie. Un vrai dur qui a tout connu : le luxe, l’aventure, les femmes. Mais qui n’aspire qu’à revoir sa vieille mère et son premier amour, qui n’ont jamais quitté le quartier.

Dans ce décor de son enfance, rien ne semble avoir changé. Mais la confrontation avec ses souvenirs sera bien cruelle : sa mère rejette le tueur qu’il est devenu. Quant à son ex, que le temps a idéalisé, il la retrouve abîmée par la vraie vie : pute malade, personnage déchirant que l’immense Claire Trevor (qui n’avait pas encore tourné Stagecoach) parvient à rendre inoubliable en quelques minutes de présence à l’écran seulement. Le vrai couple de ce film désespéré, c’est bien celui-là, et c’est déchirant.

Une allumette à trois (Three on a match) – de Mervyn LeRoy – 1932

Posté : 18 juin, 2013 @ 1:02 dans * Pre-code, 1930-1939, BOGART Humphrey, LeROY Mervyn | Pas de commentaires »

Une allumette à trois (Three on a match) – de Mervyn LeRoy – 1932 dans * Pre-code une-allumette-a-trois

Ce qu’il y a de passionnant dans la période pre-code du cinéma américain, c’est justement que le code Hayes n’était pas en vigueur, et qu’on se permettait à peu près tous les excès. Ce très beau mélodrame, signé par Mervyn LeRoy la même année que son chef d’œuvre Je suis un évadé, est très représentatif de cette parenthèse hollywoodienne qui n’aura duré que quelques années, au début des années 30.

C’est une terrible histoire de déchéance que raconte le film : celle d’une jeune femme qui avait tout pour être heureuse, et qui s’est totalement perdue. Une enfant gâtée et populaire, devenue l’épouse d’un homme riche, bon et aimant, et la mère d’un p’tit bonhomme adorable (le stéréotype du gamin hollywoodien : cheveux bouclés, moue boudeuse, petit nez retroussé), mais qui s’ennuie et se laisse entraîner par le premier séducteur entreprenant venu, qu’elle suit dans ses excès et sa débauche.

Le film est surtout passionnant parce qu’il raconte d’une manière très originale le destin croisé de trois amies d’enfance très différentes, de milieux sociaux très marqués : la fille de riche destinée à une vie facile (Ann Dvorak, d’une intensité folle), la fille modeste qui se prépare à une vie de labeur (Bette Davies, très jeune et très jolie), et la fille délurée habituée aux maisons de correction (Joan Blondell, douce et sexy à la fois).

Le film est un rien moralisateur, mais d’une manière inattendue. La deuxième chance existe pour celle qui était promise au plus sinistre des avenirs. Lorsque son amie fortunée se laisse aller à la débauche, elle aussi a toujours une porte de sortie. Mais quand son fils est la victime de ses écarts, il n’y a plus de retour possible, et la chute est spectaculaire. Sexe, alcool, drogue… Rien n’est montré vraiment frontalement, mais tout est d’une clarté sidérante.

Tombée au plus bas, Vivian aura tout de même un sursaut d’humanité, aussi bref que sidérant. Ce serait cruel de révéler la nature de ce sursaut ici, mais c’est la scène la plus forte du film, un éclat inattendu, spectaculaire et bouleversant, qui vaut la dernière « image » si mémorable de Je suis un évadé.

La structure du film est elle aussi assez originale : les mois et les années s’écoulent entre deux séquences, rythmées par des images d’actualité et des coupures de presse qui font avancer l’intrigue tout en le situant dans un contexte historique (crise boursière, tragédie, menace de guerre…), dont les protagonistes semblent pourtant totalement étrangers. Cette structure contribue à faire ressentir le poids du temps qui passe (malgré la courte durée du film, à peine plus d’une heure), et le gâchis de ce qui a été perdu.

On est aussi bien heureux de découvrir dans un rôle secondaire (il apparaît vingt minutes avant la fin du film) un jeune Humphrey Bogart, qui n’avait tourné qu’une dizaine de films mineurs, et dans des seconds rôles (dont le Up the river de Ford), et qui révèle déjà une présence joliment brutale, avec ce petit sourire sarcastique que l’on retrouvera dans Le Faucon maltais.

Three on a match figure dans le volume 2 de la collection « Forbidden Hollywood », édité en zone 1 chez TCM Archives, avec The Divorcee de Robert Z. Leonard, A Free Soul de Clarence Brown, Female de Michael Curtiz et Night Nurse de William Wellman. Tous des films pre-code.

Casablanca (id.) – de Michael Curtiz – 1942

Posté : 13 février, 2013 @ 2:52 dans 1940-1949, BOGART Humphrey, CURTIZ Michael | Pas de commentaires »

Casablanca (id.) – de Michael Curtiz – 1942 dans 1940-1949 casablanca-wore-grey

I remember every detail. The Germans wore grey, you wore blue.

Les lecteurs de ce blog l’auront compris facilement : j’ai pour Casablanca une passion totale, qui ne se dément pas. A tel point qu’écrire quelques lignes sur le sujet me paraît bien difficile. Je pourrais juste dire ceci : Casablanca est le plus beau film du monde, une merveille absolue où tous les talents ayant collaboré à sa réussite semblent en état de grâce.

Il s’est passé une sorte de miracle avec ce film, dont le tournage n’a pourtant pas été simple, le scénario étant le plus souvent écrit au jour le jour, avec une fin incertaine jusqu’au dernier moment : Ingrid Bergman allait-elle, oui ou non, prendre ce fichu avion et planter le pauvre Humphrey Bogart… ?

Malgré cette quasi-improvisation, il y a une sorte d’évidence qui se dégage du film, une fluidité de l’action, et un souffle romantique qui emporte tout sur son passage. Michael Curtiz n’a sans doute jamais été aussi inspiré qu’ici. Dans la première séquence, il lui suffit de quelques plans extraordinaires pour planter le décor : le Casablanca de décembre 1941, territoire de la France libre où se retrouvent tous ceux qui fuient le nazisme, attendant désespérément l’autorisation d’embarquer sur un vol pour l’Amérique. Des citoyens du monde désespérés, ou des résistants dont la tête est mise à prix… En une série de plans parfaitement enchaînés, Curtiz dit plus sur l’état du monde, et sur l’ambiance de cette ville, à ce moment-là, qu’avec n’importe quel discours.

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Play it Sam, play « As time goes by »

Et puis il y a l’introduction des personnages, elle aussi sublime, les retrouvailles bouleversantes d’Ilsa et Rick, amants d’un autre temps (celui de la paix), dont la passion toujours vivante est contrariée par un enjeu qui les dépasse de loin : l’avenir du monde libre, symbolisé par le mari d’Ilsa, Victor Laszlo… l’homme de trop des habituels triangles amoureux. Mais cet homme de trop-là est un grand homme, un mari aimant et compréhensif, un chef de la Résistance particulièrement important, et un type bien. Le personnage le plus pur, le plus honnête, le plus courageux que l’on croisera dans ce film.

Autour de lui, le cynisme est omniprésent : le capitaine Renault (Claude Rains) échange ses visas de sortie contre les faveurs sexuelles des jeunes femmes ; l’intriguant Urgate (Peter Lorre) n’aide les migrants que pour son profit personnel ; le gros Ferrari (Sydney Greenstreet) profite de cet afflux du monde entier pour faire fortune… Même Rick Blaine (Bogie), patron du « Café americain » Rick’s, affiche un cynisme désabusé… qui ne trompe pas grand monde.

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Of all the gin joints, in all the towns, in all the world… she walks into mine.

Les acteurs sont fabuleux, portés par la mise en scène pas loin de les transformer en mythes, et par des dialogues inoubliables (« The German wore grey, you wore blue »).

Et puis il y a l’ambiance du film, son atmosphère, particulièrement à l’intérieur du café, portée par une bande son magnifique, les chansons parmi les plus belles de l’histoire du cinéma (« As time goes by »)… Et puis a-t-on entendu Marseillaise plus bouleversante ?

Casablanca est un film miraculeux. Si on ne devait en voir et revoir qu’un, c’est bien celui-là que je conseillerais…

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Louis, I think this is the beginning of a beautiful friendship.

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