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Archive pour la catégorie 'par acteurs'

Deux hommes dans la ville – de José Giovanni – 1973

Posté : 15 octobre, 2018 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1970-1979, GABIN Jean, GIOVANNI José | Pas de commentaires »

Deux hommes dans la ville

La diffusion de votre film sera suivie d’un débat sur la peine de mort. Rendez-vous avec nos invités dans deux petites heures… Oui, voilà un film taillé pour les Dossiers de l’Ecran. Dommage seulement qu’il passe, un peu, à côté de son sujet.

La charge de Giovanni est sans appel, et pas toujours dans la nuance. Sauf que ce qu’il démonte, c’est peut-être moins la peine de mort en elle-même que le système judiciaire et policier, qui broie des hommes et interdit toute réinsertion. C’est aussi la bêtise et la mesquinerie.

Mais de la peine de mort, il n’est question qu’en pointillés, jusqu’à la dernière partie. Le plaidoyer de l’avocate ? Il est beau… et convenu. Un certain Badinter sera autrement plus marquant, et ce ne sera pas du cinéma. Giovanni, cela dit, a au moins le courage de mettre les pieds dans le plat, dans cette France pas encore prête à tourner la page de la trancheuse.

Le plus marquant, dans cette fin de film, c’est toute la longue dernière séquence, froide et méticuleuse, qui illustre justement un système froid et méticuleux. De cette longue et terrible séquence, ce sont les regards des deux acteurs, qui se croisent enfin après être restés longtemps baissés, qui frappent le plus.

Gabin et Delon, quand même, ça a de la gueule. Delon qui produit un film contre la peine de mort… Rien que cette incongruité, cela mérite le détour ! Et puis il est encore très acteur, à cette époque. Sa composition est juste et forte, et la plupart du temps pleine de nuances, elle. Quant à Gabin, son air fatigué et pas si désabusé que ça fait des merveilles. OK, il est dans un registre qu’il connaît par cœur, et ne surprend pas vraiment. Mais bon, c’est le patron, quand même.

Face à eux, le casting est pas mal : Michel Bouquet en authentique salaud (et flic), Victor Lanoux en gangster jovial, Bernard Giraudeau en fiston en colère, et Gérard Depardieu très jeune et très chien fou en petite frappe.

Rien de renversant, certes : Giovanni est sincère et généreux (il faut dire qu’il fut lui-même un condamné à mort, avant d’être gracié), mais pas un cinéaste très inspiré. Cela dit, il fait le job sans génie, mais avec efficacité, et avec une belle musique de Philippe Sarde pour emballer tout ça, et finir de nous plomber le moral.

Mission Impossible : Fallout (id.) – de Christopher McQuarrie – 2018

Posté : 8 octobre, 2018 @ 8:00 dans * Espionnage, 2010-2019, ACTION US (1980-…), CRUISE Tom, McQUARRIE Christopher | Pas de commentaires »

Mission Impossible Fallout

Christopher McQuarrie qui rempile à la tête de la saga, premier cinéaste à diriger deux Mission Impossible ? L’annonce semblait confirmer la sérialisation que prenait l’enthousiasmante machine à succès de Tom Cruise, sous l’influence de JJ Abrams. Sauf que c’est tout le contraire qui se produit : non seulement ce MI6 est très différent de MI5 (pourtant dû au même réalisateur, donc), mais il ouvre de nouvelles perspectives et rappelle que, avant d’être une machine à succès, la série est un formidable laboratoire pour réinventer le cinéma d’action, et ringardiser toutes les grosses productions hollywoodiennes d’aujourd’hui et d’hier.

Plus sombre, plus humain, plus riche, plus complexe, ce Fallout s’inscrit dans la continuité du précédent (c’est la première fois que l’on retrouve autant de personnages secondaires d’un film à l’autre, et que les intrigues se font suite), tout en changeant subtilement la donne. L’ouverture du film illustre bien ce changement de cap. Là où Rogue Nation commençait par une séquence d’action hallucinante… et totalement inutile à l’intrigue, Fallout commence comme un film noir, poisseux et dénué d’action.

Et c’est, d’emblée, fascinant : Ethan Hunt hanté par ses démons et visiblement plus vulnérable, une mission délivrée sur un appareil à bandes d’un autre âge, qui renvoie directement à la série originale (les références aux précédents films sont également légions) dans une esthétique rétro inquiétante et envoûtante… Le générique, qui arrive assez tardivement et dévoile des images des scènes clés à venir (une tradition depuis l’épisode 3), annonce des tonnes d’action. Mais plus que jamais, la psychologie des personnages est centrale.

Il y est beaucoup question de la responsabilité d’Ethan face à la violence, qu’il passe quand même son temps à amener dans les plus grandes villes du monde (ici, Londres et surtout Paris, où il offre l’expérience de sa vie à une actrice inconnue qui, l’espace d’une petite scène dans le rôle d’une fliquette que Tom Cruise sauve de la mort par un ébouriffant accès de violence, trouve de quoi raconter à ses enfants et petits-enfants pour le reste de sa vie !).

Le personnage n’a sans doute jamais été aussi complexe. Il faut dire que, jusqu’à présent, il manquait un alter ego de taille. Aucun des sidekicks de Cruise n’ont jamais fait le poids, malgré leurs qualités respectives. Jusqu’à l’apparition de Rebecca Ferguson, dont le personnage trouble d’Ilsa, agent britannique, fascinait déjà dans l’opus précédent. Elle gagne encore en profondeur, et ce sont ses rapports ambigus avec Ethan qui donnent quelques-unes des plus belles scènes.

A tel point qu’on ne peut que se réjouir de voir la trop douce et trop lisse Julia (la femme d’Ethan, interprétée depuis 2006 par Michelle Monagham) ne revenir sur le devant de la scène que pour lui trouver une sortie honorable, et sans doute définitive. De quoi attendre le prochain épisode avec impatience et confiance, tant le personnage d’Ilsa semble avoir encore beaucoup à livrer.

Fallout réserve d’ailleurs de longues plages étonnamment calmes, où l’action se fait plus discrète, plus classique, voire se passe hors écran. Une posture rare dans le cinéma d’action : McQuarrie et Cruise savent ménager leurs effets, réussissant une rencontre à peu près parfaite entre le cinéma d’espionnage et le film noir à l’ancienne, et le meilleur du cinéma d’action.

Car les séquences d’action sont ahurissantes. Evidemment, devrais-je ajouter, tant la saga est devenue au fil des épisodes le repère absolu en matière d’inventivité et d’efficacité dans le domaine. Toujours garantie sans écrans verts et avec un minimum d’effets numériques. Pour faire simple : on se contente d’effacer les câbles de sécurité, tout étant réalisé « pour de vrai » dans les vrais décors.

Le fait que Tom Cruise réalise lui-même ses cascades n’est, de fait, pas anecdotique : cette posture à peu près unique pour une star de son calibre permet au spectateur une immersion totale, qu’il saute d’un avion à très haute altitude au-dessus de Paris, qu’il s’accroche à un hélicoptère slalomant entre les montagnes (hélico que, bien sûr, il finira par piloter lui-même), qu’il saute d’un immeuble à l’autre à Londres (dans l’une des rares séquences franchement drôles… qui lui vaudra une cheville cassée), ou qu’il pilote sa moto dans les rues bondées de Paris… L’expérience est exceptionnelle.

Evasion 2 : le labyrinthe d’HADES (Escape Plan 2 : HADES) – de Steven C. Miller – 2018

Posté : 7 octobre, 2018 @ 8:00 dans 2010-2019, ACTION US (1980-…), MILLER Steven C., STALLONE Sylvester | Pas de commentaires »

Evasion 2

Un mystère. Comment, après avoir traversé une longue traversée du désert et après avoir réussi à redevenir une icône du cinéma musclé à l’âge où tous ses confrères sont renvoyés à leurs parterres de fleurs, Stallone a-t-il pu tomber aussi bas ? Lui qui, depuis qu’il a soufflé ses 60 bougies, s’impose comme le garant d’un cinéma d’action à l’ancienne brut et honnête, dépouillé de ses travers des années 80, réussit l’exploit de faire pire que tout ce qu’il a fait de pire.

Evasion 2 est de ce niveau-là, à faire passer Over the Top ou Cobra pour de grands films. Ou presque. On ne peut même pas dire que le film soit raté : c’est juste une sorte d’aberration, une accumulation de scènes qui ne prennent même pas la peine de s’enchaîner convenablement, une interminable succession de plans syncopés incapables de tirer quoi que ce soit des quelques ébauches d’idées.

En fait, cette suite n’a à peu près aucune raison d’être. Le film original valait avant tout pour la confrontation entre Stallone et Schwarzenegger. Le second étant absent, que reste-t-il ? Stallone ? Même pas, ou si peu… Succès très modeste dans la plupart des pays, le premier film avait cartonné sur le marché asiatique. La vraie vedette est donc un Chinois, membre de l’équipe de Breslin (Stallone, spécialiste en sécurité et évasion, donc), qui se fait enfermer dans une prison high tech.

D’un film d’évasion, on pourrait au moins s’attendre à des trouvailles scénaristiques qui permettraient aux prisonniers de se confronter à leur prison. Même pas : non seulement il est visuellement très laid, bourré de robots et de gadgets hich-tech plombés par des effets spéciaux d’un autre âge, mais il suffit d’un hacker qui n’a rien d’autre à faire que de regarder son écran tout au long du film pour tout faire péter. J’exagère à peine : l’imposant Dave Bautista arrive in fine pour dégommer quelques méchants.

Reste le plaisir de voir Stallone en action. Plaisir bien mince, et bien éphémère : sa présence à l’écran ne doit pas dépasser les 15 minutes. Et allez, je spoile, ça vous évitera de perdre 90 minutes : son principal acte de bravoure (si on excepte une fusillade et une bagarre assez plaisantes et 1 bon mot : « It’s bad to be back ») est de s’être fait greffer un émetteur-récepteur dans une dent. Gênant. Le pire là-dedans, c’est que Stallone a déjà tourné Evasion 3.

Johnny Guitare (Johnny Guitar) – de Nicholas Ray – 1954

Posté : 4 octobre, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, BOND Ward, CARRADINE John, RAY Nicholas, WESTERNS | Pas de commentaires »

Johnny Guitare

Un western qui commence par une longue séquence en huis-clos pour s’achever par un duel entre femmes. Forcément, Johnny Guitar est à part dans l’histoire du genre. C’est aussi un film immense, petite production transcendée par un cinéaste en état de grâce.

Tout commence donc par un étonnant huis-clos d’une bonne vingtaine de minutes, absolument sidérant de tension. Dans ce lieu fermé (un saloon-casino qui se dresse au milieu de nulle part), Ray introduit les nombreux personnages et enjeux du film, dans une série d’affrontements verbaux qui semble pouvoir exploser à tout moment. C’est une intensité folle, et brillamment mis en scène.

Il y a donc Johnny Guitar (Sterling Hayden, parfait), aventurier solitaire armé d’une seule guitare qu’il dégaine lorsque d’autres auraient sorti leur flingue. Il y a le Dancing Kid (Scott Brady, peut-être son meilleur rôle), dont le seul pas de danse a une bestialité et une brutalité qui ne sont pas sans effets. Il y a Vienna surtout : Joan Crawford bien sûr, dont la douce beauté de la jeunesse a laissé la place à une maturité aux contours plus brusques. Face à elle, une autre femme forte, dure et mesquine celle-là : Mercedes McCambridge, femme castratrice qui mène à la baguette les hommes de la cité, veules et pathétiques, que « mène » un formidable Ward Bond.

Ray ne sacrifie aucun de ses dix ou douze personnages majeurs. Le traditionnel rôle de l’homme à tout faire est particulièrement frappant : simple silhouette dans la plupart des films, ce personnage interprété ici par John Carradine a une profondeur étonnante, dont il est le premier surpris. « Personne ne me regarde », s’amuse-t-il d’ailleurs, avant une dernière apparition magnifique. La même attention est portée aux acolytes de Scott Brady. Royal Dano en particulier : silhouette patibulaire qui ressemble à tant d’autres, mais qui ne cesse de surprendre tout au long du film, avec son goût pour les livres et sa nostalgie à fleur de peau.

D’un western sur les temps qui changent (un thème central du genre), Ray tire un formidable film de caractères, sur le temps qui passe, les rendez-vous manqués, les opportunités et les rêves. Avec ces quelques notes de musiques envoûtantes qui reviennent régulièrement, comme la promesse d’un avenir meilleur, et d’une chanson que l’on n’entendra que sur les toutes dernières images, d’une beauté absolue. Un chef d’œuvre, oui.

L’Extravagant Mr. Deeds (Mr. Deeds goes to town) – de Frank Capra – 1936

Posté : 25 septembre, 2018 @ 8:00 dans 1930-1939, CAPRA Frank, COOPER Gary | Pas de commentaires »

L'Extravagant Mr Deeds

Capra est loin d’être un débutant lorsqu’il réalise ce Mr. Deeds goes to town. Il a déjà derrière lui une série impressionnante de films formidables, et le triomphe historique de New York Miami. Mais il y a là une étape importante dans sa filmographie : par son ampleur, ses thèmes et son ton, le film annonce les plus populaires de ses chefs d’oeuvre, de Vous ne l’emporterez pas avec vous à La Vie est belle.

Mais c’est évidemment Monsieur Smith au Sénat qui vient à l’esprit en premier, tant ce film en apparaît comme une sorte de brouillon. Un brouillon déjà excellent et enthousiasmant, mais un brouillon tout de même, qui n’atteint pas la perfection absolue des trois films que Capra tournera avec James Stewart, sommets d’émotion et chefs d’œuvre indépassables du feel-good movie.

Finalement, le principal défaut du film vient de la comparaison inévitable avec les films à venir. Il y a là quelques moments un peu creux, une émotion qui tend à se relâcher, ce qui est assez rare dans le cinéma de Capra. Mais, ces réserves faites, Mr. Deeds est un personnage génial, purement capra-esque : ce « boy-scout » d’une petite ville tranquille qui découvre le cynisme de New York après avoir hérité d’une fortune, et qui découvre en même temps l’amour et la trahison (avec Jean Arthur, elle aussi dans un registre qui lui va comme un gant).

Mr. Smith… reprendra à peu près parfaitement la construction du film, avec une perfection cette fois totale. Mr. Deeds… permet en tout cas à Capra de peaufiner ses obsessions, et d’offrir quelques très beaux moments de cinéma. Lorsque la foule s’anime pour soutenir Deeds, l’émotion est à son comble, et le style Capra bien en place : ce don pour mêler les grands mouvements populaires aux sentiments les plus intimes. Et puis il y a Gary Cooper, tout simplement grand.

Luke la main froide (Cool Hand Luke) – de Stuart Rosenberg – 1967

Posté : 23 septembre, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, NEWMAN Paul, ROSENBERG Stuart | Pas de commentaires »

Luke la main froide

Quinze ou vingt ans que je n’avais pas vu ce film, qui avait bercé ma prime cinéphilie. Et, bonheur ! Je le redécouvre avec la même émotion, et le même plaisir immense.

Cool Hand Luke est, définitivement, un film magnifique, et peut-être le plus beau rôle de Paul Newman. Le plus iconique en tout cas. Jamais sa cool attitude légendaire, cette nonchalance apparente cachant un mal-être évident, n’ont été aussi bien utilisés que dans ce petit chef-d’œuvre.

D’un strict point de vue visuel et de rythme, le film est une merveille. Stuart Rosenberg, en état de grâce, enchaîne les plans superbes, sublimant une nature immense et pourtant austère, parfait contrepoint à la situation des personnages.

Des prisonniers, donc, purgeant des peines très variées pour des méfaits très divers. Newman, lui, a décapité des parcmètres un soir de beuverie, espèce de double tragique de son personnage dans Cat on a hot tin roof. Un jeune homme désœuvré, perdu entre l’enfance et l’âge adulte, souffrant d’une jeunesse gâchée, et confrontée à la barrière cruelle des générations. « What we’ge got, here, is failure to communicate » : cette phrase lancée par le gardien en chef illustre bien cette barrière.

Parenthèse dans un film presque exclusivement masculin, la rencontre avec Arletta, la mère crevarde, est l’une des plus belles scènes de toute la filmographie de Newman, un moment absolument bouleversant qui vous tire des larmes qui n’en finissent plus de couler.

Il y a des tas de moments inoubliables, comme ça. L’incroyable scène du gobage des œufs, la sublime scène du deuil, l’affrontement homérique avec George Kennedy (formidable), brute qui réalise peu à peu l’absurdité de sa posture…

Autant de moments qui soulignent les difficultés du rapport à l’autorité, de la maturité… Ce personnage de Luke est inoubliable, symbole d’une certaine idée de la liberté, face à une société répressive et liberticide. Un acteur en état de grâce, dans un film magnifique.

Le Reptile (There was a crooked man) – de Joseph L. Mankiewicz – 1970

Posté : 21 septembre, 2018 @ 8:00 dans 1970-1979, DOUGLAS Kirk, MANKIEWICZ Joseph L., WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Reptile

Tout cinéphile qui se respecte doit se souvenir de son premier émoi sensuel devant un écran. Le mien, c’était devant un western dont, longtemps, je n’ai pas su le titre, ni le nom des acteurs, encore moins celui du réalisateur. Bref, le seul souvenir que j’en avais, c’était celui d’un couple de jeunes gens qui s’étreignaient sur une table de billard. La jeune femme dans sa robe collée par la moiteur de l’atmosphère, et la fin tragique (le jeune homme tuait un agresseur en lui lançant une boule de billard) m’avaient profondément marqués.

Mais ce n’est que bien des années plus tard (n’allez pas croire que je suis un vieillard, quand même) que je suis retombé dessus : il s’agissait donc du Reptile, de Mankiewicz. Inutile de dire dans quel état je me suis trouvé en réalisant que mon premier émoi était dû à un cinéaste aussi important que Mankiewicz. Je devais avoir moins de 10 ans à l’époque, et déjà le sens du beau. Oui, c’est émouvant…

Cela étant dit, voir Mankiewicz s’attaquer au western à un âge avancé (c’est son avant-dernier film) est pour le moins inattendu. Evidemment, c’est un western bien atypique qu’il signe, et qui commence avec une série de gros plans sur des sabots de chevaux engoncés dans des « chaussons ». D’emblée, Mankiewicz rompt avec absolument tous les cinéastes qui ont fréquenté le genre avant lui.

Porté par une musique joyeuse et décalée, le film a des allures de comédie, impression confirmée par l’étonnant duo d’homosexuels qui passent leur temps à se chamailler, ou par un ton pince-sans-rire. Mais le fond est sombre, très sombre. Et les personnages sont, selon, des salauds ou des idiots. La palme revient à Kirk Douglas, le « héros » manipulateur qui pousse les prisonniers d’un pénitencier à se révolter pour pouvoir mettre les voiles, et qui donne son ton au film : souriant, ironique, et surtout très cynique.

Face à lui, Henry Fonda, symbole de la droiture dans le cinéma américain, dont la foi en l’être humain lui vaut quelques désagréments… De quoi lui faire voir la vie sous un autre angle. Ajoutons Warren Oates, Hume Cronyn ou Burgess Meredith, dans un très beau rôle de vieux taulard… Ce western unique de Joseph L. Mankiewicz a décidément bien de la gueule.

On en oublierait presque l’histoire, assez convenue, d’évasion. Le film vaut avant tout pour sa galerie de personnages. Et la scène de billard dans tout ça ? Anecdotique et rapidement évacuée. La prime adolescence se nourrit de peu…

Dieu seul le sait (Heaven knows, Mr. Allison) – de John Huston – 1957

Posté : 19 septembre, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, HUSTON John, MITCHUM Robert | Pas de commentaires »

Dieu seul le sait

Durant la seconde guerre mondiale, un soldat américain échoue sur une île du Pacifique où ils rencontre une jeune religieuse, seule rescapée de sa congrégation. Ces deux êtres que tout sépare vont devoir apprendre à cohabiter pour survivre.

Robert Mitchum et Deborah Kerr ne sont pas tout à fait seuls à l’écran : l’île sur laquelle ils se trouvent est tour à tour envahie par les Japonais et les Américains. Mais ces derniers n’apparaissent que comme une sorte d’entité, plus que comme des personnages à part entière.

De fait, Heaven knows… est peut-être le plus intime des films de Huston, une magnifique variation sur le thème d’African Queen : un homme d’action rencontre une femme d’église dans une région en guerre. Sur le papier, la situation est plus stéréotypée encore : l’homme est un marine, parangon du mâle viril et héroïque ; la femme est une nonne, sur le point de prononcer ses vœux. Quant à l’île, elle est la plupart du temps totalement déserte.

Et pourtant, point l’ombre d’un stéréotype ou d’une facilité dans cette rencontre superbe et d’une infinie délicatesse entre deux solitaires à la croisée des chemins. Deborah Kerr est d’une justesse incomparable dans son rôle de jeune femme pieuse mais pas aveugle, bien consciente des sentiments qu’elle peut provoquer. Et Mitchum, hilarant dans sa scène de beuverie, est tout en nuances, mélange d’assurance et de maladresse, de virilité exacerbée et d’honnêteté presque enfantine.

Entre eux, l’alchimie touche à la magie. Simple désir ou amour sincère, qu’importe : Huston filme une sorte de parenthèse magnifique dans un monde en guerre. Un havre où, comme par miracle, tout s’arrête et des liens, forts mais peut-être fragiles, peuvent se créer. Et Huston signe un film formidable, au rythme absolument parfait, qui joue aussi bien sur les (beaux) décors naturels que sur les différences entre ses deux personnages, traités avec la même attention infinie.

Rambo (First Blood) – de Ted Kotcheff – 1982

Posté : 17 septembre, 2018 @ 8:00 dans 1980-1989, ACTION US (1980-…), KOTCHEFF Ted, STALLONE Sylvester | Pas de commentaires »

Rambo

Revoir le premier Rambo est frappant à plus d’un titre. Trois ans avant la première suite, qui fera du personnage une sorte de mythe, symbole des eighties extravagantes, la naissance de l’autre rôle culte de Stallone est encore très inscrit dans l’esthétique des années 70, comme Les Faucons de la nuit, film méconnu qu’il a tourné l’année précédente.

Surtout, John Rambo, ce vétéran du VietNam incapable de renouer avec la vie civile, est à peu près à l’opposée de ce qu’il représentera par la suite et pour la fin des temps (mais je m’avance peut-être), ce symbole d’une Amérique triomphante. Ce qu’il représente dans ce premier film, c’est plutôt la mauvaise conscience de cette Amérique qui tourne le dos à ceux qu’elle a sacrifiés.

Rambo est à la croisée des mondes : entre les 70s et les 80s, entre le Stallone humain et audacieux et la star bodybuildée et bigger than life. On sent constamment ce tiraillement, cette hésitation entre le film sombre et engagé, et le surhomme que Stallone assumera pleinement dès Rambo 2.

Parce que contrairement à Rocky, l’autre grande création de Stallone, Rambo n’est pas un alter ego de l’acteur : c’est un fantasme qui ne fait qu’affleurer dans ce premier film, de loin le plus intéressant de la saga. Certes, Rambo est un vétéran surentraîné, qui domine tous les flics lancés à sa poursuite et dynamite littéralement la ville qui l’a rejeté. Mais c’est aussi un homme totalement paumé, dépassé par la situation dans laquelle il s’enferme, et qui s’effondre comme un enfant devant cette figure de père que représente le colonel Trautman.

Une vraie caricature ce Trautman, joué au premier degré et sans nuances par un Richard Crenna ni crédible, ni sensible. Plus intéressant, le rôle de « grand méchant » est dévolu au shérif de la ville, dont le badge est monté à la tête. L’imposant Brian Dennehy donne une vraie profondeur à ce personnage qui se résume en fait à un sale con, plus pathétique que véritablement dangereux.

Ted Kotcheff fait le job efficacement. Si la dernière partie « urbaine » est un peu en-deçà, la première heure est parfaitement tendue, avec ce qu’il faut de scènes d’action pour faire de Rambo un personnage à part, mais avec une esthétique très seventies. Et on se prend à imaginer ce que cette partie « forestière » aurait donné devant la caméra d’un John McTiernan, par exemple.

Le Vent de la plaine (The Unforgiven) – de John Huston – 1960

Posté : 15 septembre, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, HUSTON John, LANCASTER Burt, MURPHY Audie, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Vent de la plaine

John Huston s’attaque au western, et cela donne un film magnifique et totalement atypique, parsemé de moments de pure grâce.

Un seul exemple : alors que les Indiens qui assiègent la maison des Zachary se mettent à jouer de leur flûte de guerre pour intimider leurs proies, ces derniers sortent un piano à queue, et la matriarche s’y assoit pour répondre…

Cette image de Lilian Gish jouant du piano dans l’obscurité, entourée par les silhouettes de Burt Lancaster, Audrey Hepburn et Doug McClure (formidable casting, avec aussi Audie Murphy, Charles Bickford ou John Saxon) est fascinante, et résume assez bien l’atmosphère du film : il y est question de famille, de grands espaces menaçants, de racines aussi. Surtout de racines : de celles que l’on reçoit et de celles que l’on choisit dans un pays où tout est à conquérir.

Huston n’est ni Ford, ni Hawks. Son western ne pouvait pas suivre un schéma classique. De fait, jusqu’à l’extraordinaire (et longue) séquence finale, superbement dramatique, le film est spectaculairement… dénué d’action, à l’exception de quelques rares et brèves émergences de la violence.

Ce sont les paysages, plats et verdoyants, qui dominent, ces grands espaces qui sont à la fois familiers et sources de menace. Fascinante aussi, l’apparition de ce vieil homme poussiéreux portant sabre, qui semble revenir de l’au-delà, et qui ramène avec lui un secret profondément enfoui dans l’inconscient collectif, brisant l’harmonie d’une collectivité naissante.

A la fois spectaculaire et intime, crépusculaire et porteur d’espoir, The Unforgiven est un western humain et humaniste. Magnifique.

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