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Archive pour la catégorie 'par acteurs'

Once upon a time… in Hollywood (id.) – de Quentin Tarantino – 2019

Posté : 5 novembre, 2019 @ 8:00 dans 2010-2019, PACINO Al, TARANTINO Quentin | Pas de commentaires »

Once upon a time in Hollywood

C’est un Tarantino étonnamment modeste que l’on retrouve, au moins dans la première partie du film. Un Tarantino qui se la joue simple et direct, un peu dans la mouvance de Jackie Brown, qu’il cite explicitement à l’occasion d’un long travelling dans un aéroport. Simple et modeste : voilà plutôt une bonne nouvelle, pour un cinéaste qui a parfois tendance à en faire des tonnes, sans cadre et sans limite.

En limitant son récit à trois personnages centraux, autour desquels gravitent de nombreux seconds rôles qui ne leur piquent jamais la vedette, Tarantino trouve le ton juste : celui d’un triple portrait intime et émouvant, celui aussi d’une époque, celle de 1969, lorsque le Nouvel Hollywood prend son envol et enterre définitivement l’âge d’or (déjà bien lointain) et une certaine visions « virile » du cinéma américain.

Trois personnages, donc : Rick Dalton d’abord (Leonardo Di Caprio, formidable, dans un rôle d’une richesse infinie), vedette sur le déclin qui a connu son heure de gloire dans une série western à la télé, et qu’un producteur passionné (Al Pacino, qui débute chez Tarantino) veut convaincre de tenter l’aventure italienne.

Cliff Booth ensuite (Brad Pitt, également formidable), son cascadeur attitré, qui est bien plus que ça : un ami, un homme à tout faire, un chauffeur, un compagnon, celui qui l’épaule et lui remonte le morale lorsqu’il réalise que son avenir est derrière loi. Un type tellement fidèle qu’il en serait facilement transparent, si Brad Pitt ne lui donnait une telle profondeur.

Sharon Tate enfin (Margot Robbie, aussi douce et souriante qu’un paradis perdu), oui, LA Sharon Tate, la femme de Roman Polanski, celle qui allait, avec des amis, être la victime des tueurs de Charles Manson cette même année 1969. Cet événement tragique est évidemment central dans le film. Sauf qu’on est chez Tarantino, et que le gars a, depuis Inglorious Basterds, une tendance bien marquée à prendre des libertés avec l’Histoire.

Chez Tarantino, et c’est sans doute ça qui est le plus beau, tout est cinéma, pur cinéma. Qui, aujourd’hui, sait faire d’aussi beaux cadres, d’aussi beaux plans ? Dans Once upon a time…, on se surprend, à de nombreuses reprises, à s’émerveiller devant la composition de certains plans, ce qui est à la fois enthousiasmant et angoissant quant à l’état du cinéma actuel (fin de la parenthèse vieux con).

Tout est cinéma, donc, chez Tarantino, qui utilise les armes cinématographiques (littéralement) pour prolonger ce plaisir d’un bonheur disparu, sans doute lié aux joies enfantines (Tarantino avait 6 ans en 1969), comme s’il voulait grâce à son média retarder l’inévitable. Il y a ainsi dans le final une mélancolie assez bouleversante. D’habitude plutôt fortiche sur les premières minutes de ses films, Tarantino réussit sans doute là sa plus belle fin… non sans être passé par l’un de ses excès de violence (le seul du film d’ailleurs) qui sont aussi sa marque.

Pour en arriver là, beaucoup de bien : Brad Pitt et Leonardo DiCaprio surtout, sont exceptionnels dans des rôles magnifiques. Mais aussi beaucoup de longueurs. Et on en arrive à la grande limite du film : sa durée. Once upon a time… aurait gagné à être (radicalement) raccourci. Par moments, Tarantino donne surtout l’impression de s’être fait quelques cadeaux, signant des morceaux de séries western, ou de polars italiens, sans que cela apporte quelque chose.

Qu’importe. Il y a tellement de beaux moments de cinéma dans ce film, et la fin distille un bonheur tellement pur et joliment naïf, qu’on ne peut que se soumettre face à l’évidence : malgré ses excès, malgré ses maniérismes, malgré son arrogance aussi, Tarantino est un cinéaste majeur, et Once upon a time… in Hollywood est son film le plus enthousiasmant depuis bien longtemps.

Mariage incognito (Vivacious Lady) – de George Stevens – 1938

Posté : 2 novembre, 2019 @ 8:00 dans 1930-1939, STEVENS George, STEWART James | Pas de commentaires »

Mariage incognito

Ginger Rogers, James Stewart… Qu’importe la réussite du film, presque : ces deux seuls noms suffiraient à mon bonheur. Et comme le film est vraiment réjouissant… George Stevens n’est ni La Cava, ni Capra, ni Sturges (Preston), ni même McCarey. Il lui manque sans doute cette originalité, ce petit quelque chose en plus, qui ferait de lui l’un des grands spécialistes du genre. Mais il signe là une comédie au rythme impeccable, et franchement emballante par moments.

Le point de départ évoque un autre film avec Ginger Rogers, Primrose Path. Dans les deux films, tout commence idéalement, par le coup de foudre d’un homme et d’une femme très différents l’un de l’autre, qui se marient très vite, mais dont le bonheur sera contrarié par l’entourage. Ici, le problème vient du fait que ce couillon de James Stewart n’arrive pas à expliquer à ses riches parents qui attendent tant de lui qu’il s’est marié en douce, qui plus est avec une artiste de music-hall.

La comparaison entre les deux films ne va pas plus loin. Contrairement au film de Gregory La Cava, Vivacious Lady n’est absolument pas ancré dans un quelconque contexte social. On est ici dans la comédie la plus pure, et la plus dénuée de vrai drame. Des quiproquos et des portes qui claquent, plutôt que de l’angoisse et de la misère. Léger ? Oui, totalement, mais une légèreté portée par des acteurs qui savent transcender cette légèreté.

On a certes envie de le baffer, ce couillon de James, de trembler à ce point devant son père, Charles Coburn, dont on sait pourtant qu’il aboie plus qu’il ne mord vraiment. Mais il a cette manière si particulière d’être couillon, avec cette voix chevrotante et ces gestes maladroits. Et puis Ginger Rogers a ce regard si bienveillant qui fait tout oublier… Pas une femme effacée pour autant, loin de là : elle est notamment géniale dans une scène de baston irrésistible avec sa rivale, qui se termine par un direct en pleine face de beau-papa !

Tout ça se terminera exactement comme on s’y attend, bien sûr. Mais entre-temps, on aura eu droit à quelques scènes mémorables, notamment l’arrivée de l’épouse incognito dans la salle de classe de son professeur de mari. On la première cigarette partagée entre Ginger et sa belle-mère. Que voilà une petite chose pleine de charme…

A propos d’Henry (Regarding Henry) – de Mike Nichols – 1991

Posté : 16 octobre, 2019 @ 8:00 dans 1990-1999, FORD Harrison, NICHOLS Mike | Pas de commentaires »

A propos d'Henry

Un avocat sans scrupule, père et mari peu aimant, se prend une bastos dans la tête au soir d’une journée bien pourrie. Il survit, mais se réveille privé de la parole, cloué dans son lit et amnésique. Il réapprend peu à peu et réalise qu’il n’aime pas l’homme qu’il était…

Sur le papier, du bon gros mélo qui tâche. A l’écran, une chronique belle, juste et assez délicate portée par l’interprétation tout en sensibilité d’Harrison Ford, magnifique et tout en retenu. Même si, dans ce rôle aux antipodes du thriller, l’acteur réussit à glisser un plan où, l’index tendu, il se mesure à un adversaire (sa fillette, cette fois). On ne se refait pas.

Le scénario, pourtant, n’évite pas totalement les clichés : faire du personnage principal un avocat cynique et froid, mauvais père de famille, est une facilité qui aurait pu peser sur tout le film. Les premières scènes, d’ailleurs, sont un peu lourdes. Mais dès que le réalisateur s’attache aux petites choses de la rééducation, et du retour à la vie, le film devient délicat et beau.

Grâce, en partie, au beau couple formé par Annette Benning et Harrison Ford, deux acteurs tendres et impeccables. C’est du pur mélo, oui, avec tout ce qu’on en attend, y compris le joli chien indispensable pour toute famille américaine digne de ce nom. On devrait s’en agacer, mais non : séduit, qu’on est, par la délicatesse de l’histoire, et par l’interprétation de Ford.

Le Bagarreur du Kentucky (The Fighting Kentuckian) – de George Waggner – 1949

Posté : 13 octobre, 2019 @ 8:00 dans 1940-1949, LAUREL et HARDY, WAGGNER George, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Bagarreur du Kentucky

Voilà un duo qui m’avait totalement échappé jusqu’à présent. Quoi, John Wayne a tourné un western avec Oliver Hardy ? Oui, celui-là même du tandem le plus drôle de l’histoire du cinéma. Et mieux : ces deux-là forment pour l’occasion un vrai duo, qui joue à fond sur l’opposition de leurs styles et de leurs personnalités. Deux questions très profondes se posent à moi. La première : mais comment une telle association, même très éphémère, a-t-elle pu m’échapper ? La seconde : mais pourquoi ?

Rien d’évident, quand même, à associer deux des silhouettes les plus mémorables du 7e art. Certes, aucun des deux n’est au sommet de sa carrière, mais quand même… John Wayne n’est pas encore tout à fait un mythe, et Oliver Hardy est en fin de carrière : il n’a plus rien tourné depuis quatre ans, et ne reformera son inoubliable duo avec Stan Laurel qu’une ultime fois, en 1951 (pour Atoll K, qu’ils viendront tourner en France). Mais drôle d’idée, vraiment.

Pour associer ces deux-là, il fallait une vraie direction, un vrai projet, plus abouti que simplement celui de placer ces deux personnages si forts côte à côte et de voir ce qui se passe. Et c’est bien l’impression qui se dégage le plus souvent, hélas. On l’aime bien, Hardy, et il y a une sorte d’excitation à l’idée de voir ce que cette association peut donner. Mais George Waggner ne sait visiblement pas quoi faire de la star comique, se contentant de le laisser faire son truc dans son coin, comme s’il s’attendait à voir débouler Laurel.

Ancien acteur (il a joué Buffalo Bill dans Le Cheval de fer, le monument de John Ford), ancien scénariste (il a écrit Les Ecumeurs de la mer et Chasseurs d’images pour John Wayne), George Waggner est un réalisateur discutable. Il y a de bonnes choses dans son film : de belles images pour commencer, ce qui n’est quand même pas rien. Waggner connaît son métier, et réussit quelques scènes mémorables (la mort de Beau notamment, le personnage interprété par Paul Fix, second rôle qu’on a toujours plaisir à retrouver).

On peut aussi souligner la voix off originale et quelques détails charmants qui donnent à ce western un ton relativement léger inattendu. Et un contexte original, avec la présence de soldats napoléoniens qui ont trouvé refuge en Amérique après Waterloo et la disgrâce de l’empereur. Mais il y a aussi pas mal de problèmes : un ton mal maîtrisé, un scénario très confus et franchement improbable, construit autour de la marche d’anciens soldats retournant vers leur Kentucky…

Un détail, aussi, qui gâche constamment le plaisir que l’on pourrait prendre : le son, d’une « propreté » déstabilisante. Un homme alpague la foule au milieu du brouhaha, et on a l’impression qu’il utilise un porte-voix. Les hommes du Kentucky marchent en chantant des chansons d’amitié virile, et la musique semble extérieure à la scène. Gênant.

Gênante aussi : la présence de Vera Ralston, actrice agaçante et à peu près mille fois moins charismatiques que le moindre second rôle (dont Marie Windsor qui, même mal servie, dévore l’écran). Un problème récurrent pour cette protégée (et épouse) de Herbert J. Yates, le patron de la Republic Pictures, que l’on avait déjà vue au côté de John Wayne dans La Femme du pionnier. Wayne qui, lui, est impeccable. Comme toujours.

Backtrace (id.) – de Brian A. Miller – 2018

Posté : 6 septembre, 2019 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, ACTION US (1980-…), MILLER Brian A., STALLONE Sylvester | Pas de commentaires »

Backtrace

Il y a quand même des signes qui inquiètent les fans de ce bon vieux Stallone. Ce qui ressemble de plus en plus à une incapacité à se renouveler : depuis Expendables et un bref sursaut d’ambition au milieu des années 2010, il n’y a quand même plus guère que Rocky et Rambo qui lui permettent de garder son rang. Et ce n’est pas ce Backtrace qui va changer le constat…

On peut se poser la question comme on se la posait pour les deux récentes (et miteuses) suites d’Evasion (la première – argh – et la seconde – bof) : mais qu’est-il donc allé faire dans cette galère, Stallone ? Pourquoi s’est-il impliqué dans ce projet qui sent d’emblée l’accident artistique… Encore que « impliqué » paraît un grand mot, tant l’acteur semble s’ennuyer dans les quelques scènes qui lui sont offertes. Comment pourrait-il en être autrement, franchement, devant la caméra d’un réalisateur dont les seuls titres de gloire sont d’avoir dirigé Bruce Willis dans une série de direct-to-DVD à la triste renommée…

Il y a bien quelques jolies images de ciels dans les plans de coupe, mais à part ça, pas grand-chose à se mettre sous la dent dans ce thriller au scénario poussif qui évoque les téléfilms qu’on tournait à la chaîne jusque dans les années 90. Soit un homme amnésique, emprisonné depuis sept ans après une fusillade sanglante, que de mystérieux compagnons aident à retrouver la mémoire pour mettre la main sur le magot.

Le gars est interprété par Matthew Modine, qu’on avait perdu de vue depuis bien longtemps, et que ce rôle ne va pas aider à revenir au premier plan. Stallone, lui, est certes le sauveur, le héros, le superflic qui finit par dézinguer à lui seul l’armée de méchants, mais il se contente d’un rôle de second plan dans cette histoire, où il semble par moments être étrangement mal à l’aise, sans savoir quoi dire ni quoi faire de son corps.

Le film lorgne du côté de Heat (pour les scènes d’action) et Usual Suspects (pour un rebondissement-incroyable-que-personne-n’avait-vu-venir). Ce qui pose quelques problèmes.

D’abord, les scènes de fusillades font certes beaucoup de bruit, mais le style syncopé de Brian Miller est, surprise, loin de la virtuosité et de l’élégance de Michael Mann. Quant au fameux rebondissement « à la Usual Suspects », révélé par une séquence au montage honteusement pompé sur le film de Singer, eh bien il se révèle tout pourri, loin du twist renversant et total de keyser Söze, faisant même du film une sorte de chronique familiale pantouflarde certes inattendue.

Bref, on regrette quand même amèrement de ne pas avoir prévu un pack de bière. On s’ennuie gentiment. On attend avec encore plus d’impatience la fin du film que la sortie du cinquième Rambo. Et on se contente des quelques plans de coupe qui, oui, représentent de bien jolis ciels.

L’Entraîneuse fatale (Manpower) – de Raoul Walsh – 1941

Posté : 22 juillet, 2019 @ 8:00 dans 1940-1949, BOND Ward, DIETRICH Marlene, WALSH Raoul | Pas de commentaires »

L'Entraîneuse fatale

Entre deux monuments incontournables (cette année-là, il signe aussi High Sierra, Strawberry Blonde et La Charge fantastique, bilan aussi impressionnant que celui de Ford en 1939), Walsh tourne ce Manpower qui ne manque pas d’intérêt non plus. Sans atteindre les sommets des trois autres, Walsh signe un film admirablement tenu, et d’une grande richesse.

A vrai dire, il y a même trois ou quatre films là-dedans. Un côté comédie entre hommes, avec ce groupe d’ouvriers chargés de réparer les lignes à haute tension, qui passe leur temps à se lancer des vannes, à s’engueuler et à se rabibocher. Un boulot très dangereux d’ailleurs, que nos bonshommes doivent le plus souvent réaliser dans des conditions extrêmes (pluie, orage, vent), et qui donne lieu à quelques scènes particulièrement spectaculaires, auxquelles Walsh donne un mélange de tension et de légèreté très réussi.

Et quel casting dans ce groupe d’hommes : autour de George Raft et Edward G. Robinson, on trouve Ward Bond, Alan Hale et quelques autres gueules qu’on aime bien, et qui s’amusent visiblement beaucoup à donner de la vie à leurs personnages, dans des moments d’amitié virile comme ce bon Raoul Walsh en a le secret. Du pur plaisir…

Mais cette légèreté apparente est constamment baignée dans une étrange atmosphère qui semble annoncer les drames à venir, et qui ne manquent pas. La gravité d’un ouvrier vieillissant qui pressent la tragédie en marche, ces rapports tendus avec une fille qu’il a délaissée et qu’il a retrouvée alors qu’elle était en prison, le quotidien de cette jeune femme obligée de jouer l’entraîneuse dans un bar mal fréquenté pour simplement vivre.

Cette jeune femme, c’est Marlene Dietrich, qui a de nouveau l’occasion de chanter (passage quasi-obligé pur elle), et qui excelle à faire de son personnage une fausse dure qui cherche à dissimuler ses fêlures et sa sensibilité derrière des abords revêches que ce couillon cynique de George Raft est bien le seul à prendre au sérieux. Mais malgré toutes les bonnes intentions de la belle, on sent vite que c’est le drame qu’elle va apporter dans cette petite équipe soudée, entre le couillon cynique et son pote Robinson, parfait dans son rôle de couillon naïf.

Entre le rire franc et la tragédie pure, Walsh joue un peu aux montagnes russes avec ce film. Mais le résultat, intense et réjouissant, ne laisse aucune place à la tiédeur ou à la facilité. Du pur plaisir, vraiment.

Evasion 3 (Escape Plane : the extractors) – de John Herzfeld – 2019

Posté : 21 juillet, 2019 @ 8:00 dans 2010-2019, ACTION US (1980-…), HERZFELD John, STALLONE Sylvester | Pas de commentaires »

Evasion 3

C’est bien par fidélité pour ce bon Sly que je m’enquille cette suite de la suite la plus désastreuse de toute la carrière de Stallone. Evasion 2 était plus qu’un ratage : c’était une véritable aberration. Et c’est sans doute la plus grande force de ce troisième volet, qui tente (maladroitement) de recoller à l’univers du premier : en comparaison, c’est une réussite. En comparaison.

Au moins John Herzfeld, un proche de Stallone (qu’il a déjà dirigé dans Bad Luck), a-t-il la volonté de faire de belles images. OK, il s’y prend souvent maladroitement, en collant un orage (numérique) à l’arrière-plan, ou un ciel étoilé (numérique) à l’arrière-plan, mais quand même : tout ça permet, de temps à autres, d’oublier la vacuité du truc et la nullité d’un scénario écrit avec des gants. De boxe, les gants : au point de s’oublier et de faire dire à Stallone une « réplique » comme sortie de Rocky. Quelque chose comme « Vas-y, cogne… plus fort. »

Côté histoire, la routine : Ray Breslin, le personnage de Stallone, doit cette fois libéré la fille d’un puissant homme d’affaires chinois, pris en otage par le fils d’un ennemi personnel. D’autant plus personnel qu’il a aussi enlevé sa petite amie, histoire de rendre la chose plus intime… Et comme le film (comme le précédent) est avant tout taillé pour le public chinois, qui avait fait un bel accueil au premier, Stallone partage l’affiche avec deux vedettes locales, spécialistes des arts martiaux.

Stallone est quand même plus présent que dans le deuxième volet. Plus à sa place aussi, même si les différents personnages semblent avoir tous leur propre film, sans grande cohérence : Stallone dézingue méchamment une poignée de méchants, ses deux side-kicks chinois castagnent et se chamaillent de leur côté, Dave Bautista débarque comme par magie les armes à la main au cœur de cette prison soi-disant imprenable, et Curtis « 50 cents » Jackson se contente de cinq minutes d’écran sans intérêt.

Voilà, voilà. Que dire d’autres ? Ah oui, le film s’ouvre avec une longue série de plans sur les laissés pour compte d’une petite ville américaine, qui n’a strictement rien à voir avec la suite. Et il se referme avec une chouette chanson, à peu près le meilleur moment du film. Entre les deux, du tout venant pour Stallone et ses comparses, tourné à la va-vite dans la foulée du précédent pour limiter les frais de production. Clairement pas un grand Stallone, mais vu qu’on n’en attendait strictement rien…

Condamné au silence (The Court-Martial of Billy Mitchell) – d’Otto Preminger – 1955

Posté : 14 juillet, 2019 @ 8:00 dans 1950-1959, COOPER Gary, PREMINGER Otto | Pas de commentaires »

Condamné au silence

Avec ce film, Preminger délaisse le film de genre qui a marqué ses débuts enthousiasmants, pour un cinéma plus ample, et plus engagé. Il y a là une honnêteté et une sincérité qui font mouche. Preminger y dévoile pour la première fois ses ambitions de peintre du système. Mais il y a aussi une application un peu plombante, et une vision franchement édifiante de l’armée et du devoir du militaire…

Tiré d’une histoire vraie, le film raconte la désobéissance d’un officier qui refuse de se soumettre aux ordres de supérieurs qui ne croient pas en l’avenir de l’aviation dans l’armée américaine. On est dans les années 20, à une époque charnière pour l’Air Force, jugée trop coûteuse et pas assez efficace dans la bataille. « C’est sur terre qu’on gagne les batailles » clame l’officier buté.

Pourtant, notre héros, qu’interprète Gary Cooper, a une sacré vista : le scénario va loin, très loin, dans sa capacité d’anticiper les événements à venir, prédisant avec une précision incroyable l’attaque de Pearl Harbor, deux décennies plus tard. Franchement too much…

Le titre original est plutôt bien trouvé, puisque c’est dans la partie procès (la dernière) que le film se révèle le plus efficace, remarquablement écrit : le témoignage qui raconte la mort de Zack (Jack Lord) est aussi fort que toutes les images du monde.

Un gros malaise quand même : la prestation de Rod Steiger. Sa manière d’en faire des tonnes peut avoir un certain charme, voire une vraie portée. Pas dans ce film, face à Gary Cooper et à des seconds rôles comme Charles Bickford, tous excellents mais aucun dans l’esbroufe. Cette façon qu’a Steiger de tirer si ostensiblement la couverture à lui à quelque chose d’assez désagréable qui pèse sur toute la dernière partie.

L’Etang tragique (Swamp Water) – de Jean Renoir – 1941

Posté : 11 juillet, 2019 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, BOND Ward, CARRADINE John, RENOIR Jean | Pas de commentaires »

L'Etang tragique

Il y a des réalisateurs français qui ont su s’adapter aussi bien, voire mieux que les Américains eux-même, au cinéma américain. Jean Renoir est de ceux-là, qui réussit dès son premier film en exil un grand film hollywoodien, maîtrisant d’emblée les codes, le langage, et l’atmosphère de son éphémère terre d’accueil.

L’Etang tragique n’est sans doute pas au niveau de La Bête humaine, ou de La Grande Illusion. Il n’empêche : c’est une vraie réussite, à la fois personnelle dans la manière qu’à Renoir de filmer l’homme dans son environnement, et très américain dans son utilisation des décors, dans le rythme qu’il donne au film, ou dans sa manière de filmer quelques-unes des gueules les plus passionnantes du cinéma américain de l’époque.

Walter Brennan, Walter Huston, Ward Bond, John Carradine, Eugene Pallette, Guinn Williams… Le casting du film ressemble à une liste quasi-complète des meilleurs seconds rôles hollywoodiens (tous bien servis qui plus est). S’ajoutent Anne Baxter en charmante sauvageonne, et Dana Andrews, décidément très grand, absolument formidable dans son rôle de jeune homme à peine entré dans l’âge adulte confronté pour la première fois à l’hostilité du monde.

Surtout, Renoir séduit dans sa manière d’utiliser ses incroyables décors naturels : les marais de Georgie, infestés d’alligators, de serpents et de moustiques. Ces marais hostiles tellement américains, Renoir les filme comme personne avant lui, et comme presque personne après lui : Nicholas Ray dans les Everglades peut-être (La Forêt interdite), ou Bertrand Tavernier, encore un Français, en Louisiane (Dans la brume électrique). A la rigueur Raoul Walsh dans les Everglades aussi (Les Aventures du Capitaine Wyatt).

Renoir, lui, associe assez génialement des images tournées en décors réels et d’autres filmées en studio. Sans doute moins réaliste visuellement que le Ray, son film réussit pourtant sans peine à faire ressentir le danger, la moiteur, et l’immensité désolée de ce décor hors du commun, ne serait-ce qu’à travers le visage suant de Walter Brennan, banni de la société qui vit là, seul, depuis des années, condamné à fuir les hommes qui l’ont condamné à mort.

Beau film noir, à la fois classique par son intrigue, tirée par les cheveux par son dénouement, mais puissant et passionnant du début à la fin. Aux Etats-Unis comme en France, Renoir filme les passions humaines, les soubresauts d’une micro-société. Avec ces décors-là, et avec ces acteurs-là, c’est du pur plaisir.

Honkytonk Man (id.) – de Clint Eastwood – 1982

Posté : 10 juillet, 2019 @ 8:00 dans 1980-1989, EASTWOOD Clint (acteur), EASTWOOD Clint (réal.) | Pas de commentaires »

Honkytonk Man

Clint Eastwood, chanteur de country dont le rêve se brise en même temps que sa voix sur la scène du mythique Grand Ole Opry… Voilà une image qui vous déchire le cœur, l’une des plus touchantes de tout son cinéma. Il faut dire qu’Eastwood cinéaste atteint ici l’un de ses premiers sommets, lui qui venait pourtant de signer Firefox, qui serait pour le coup plutôt à caler dans le bas de la pile… Ce n’est d’ailleurs pas un fait unique dans sa filmographie : dix ans plus tard, il enchaînera La Relève (nanar) et Impitoyable (chef d’œuvre).

Le grand écart est à peu près aussi important, entre les effets spéciaux cheap et dévorants du précédent, et la sensibilité et la simplicité de ce Honkytonk Man, film très personnel autant qu’hommage à l’âge d’or hollywoodien. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si c’est là l’une des rares occasions qu’Eastwood a eu de diriger un acteur de cet âge d’or : John McIntire, figure du cinéma de Raoul Walsh, Anthony Mann ou Henry Hathaway, vu dans une quantité de classiques de Appelez Nord 777 à Psychose.

Eastwood plonge dans cette Amérique de la Grande Dépression, qui est aussi celle de son enfance, lui qui a grandi dans la Californie des années 30. Avec ce film, Eastwood s’impose comme l’un des meilleurs héritiers d’un certain classicisme, celui de Walsh ou Ford, celui des grands espaces et des Raisins de la colère, celui du voyage et de la communauté qui se crée sur la route, thème que l’on retrouvait déjà dans Josey Wales ou Bronco Billy.

Entre le drame social et la comédie de mœurs, Eastwood trouve un ton original qui fait la particularité de son film. Surtout, sa belle voix douce et éraillée à la fois donne au film une atmosphère envoûtante. La musique a souvent été importante dans son cinéma, mais sa propre voix n’a sans doute pas été assez utilisée (il a chanté dans le western musical La Kermesse de l’Ouest et dans les bandes sons de Ça va cogner et Minuit dans le jardin du bien et du mal). Jamais en tout cas comme ici.

Entre deux épisodes quasi-comiques (le faux braquage raté, le bain contrarié par un taureau, le dépucelage du neveu joué par le propre fils de Clint, Kyle), le film est surtout marqué par la vision qu’Eastwood offre de cette Amérique qui oublie la Grande dépression dans les clubs ruraux (les Honkytonk), superbes séquences nostalgiques au rythme envoûtant. Et cette chanson qui donne son titre au film, qui plane sur les dernières images comme un rêve amer, et qui vous hante longtemps…

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