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Archive pour la catégorie 'par acteurs'

Le Maître de guerre (Heartbreak Ridge) – de Clint Eastwood – 1986

Posté : 1 juillet, 2020 @ 8:00 dans 1980-1989, EASTWOOD Clint (acteur), EASTWOOD Clint (réal.) | Pas de commentaires »

Le Maître de guerre

La voix éraillée, le visage couvert de cicatrices, le langage fleuri… Clint Eastwood s’est taillé un personnage particulièrement fort pour ce Heartbreak Ridge, l’une de ses rares incursions dans le film de guerre, à mi-chemin entre ses deux films avec Brian G. Hutton (Quand les aigles attaquent et De l’or pour les braves) et son diptyque sur Iwo Jima (Mémoires de nos pères et Lettres d’Iwo Jima).

Son interprétation est inoubliable, ne serait-ce que pour sa manière rigolarde de débiter des dialogues orduriers. Par animosité ou comme un signe de virile fraternité d’ailleurs, tout est alors dans l’expression du visage, et ce petit sourire à peine esquissé.

Heartbreak Ridge flirte alors avec la comédie, mais c’est aussi un vrai film de guerre, dont la construction évoque d’ailleurs celle de Full Metal Jacket, sorti la même année (d’où, sans doute, l’insuccès du film d’Eastwood) : une longue partie consacrée à la formation des jeunes recrues par un officier autoritaire, avant l’épreuve du feu.

Tout ça est fort bien construit, et assez passionnant malgré un aspect parfois un peu caricatural. Mais le mélange des genres fonctionne parfaitement, et les seconds rôles impeccables, particulièrement Mario Van Peebles en caution humoristique, dont le duo avec Eastwood est assez convaincant.

Mais le film est surtout réussi pour ses moments en creux, comme souvent dans le cinéma d’Eastwood. Pour la manière dont il se filme en homme de guerre s’approchant de la retraite, appréhendant cette nouvelle étape de sa vie sans le cadre de l’armée, et tentant maladroitement de renouer avec son ex-femme. C’est dans ces moments, comme dans les scènes de bar si eastwoodiennes, que le film gagne son supplément d’âme…

Le Gentleman d’Epsom – de Gilles Grangier – 1962

Posté : 30 juin, 2020 @ 8:00 dans 1960-1969, GABIN Jean, GRANGIER Gilles | Pas de commentaires »

Le Gentleman d'Epsom

Grangier, Gabin… L’association des deux a donné quelques belles réussites. Mais pas que. Eh ! Tout n’est pas à jeter dans Le Gentleman d’Epsom, qui se regarde avec un plaisir distendu, mais parfois bien réel. Mais quand même : entre un Gabin qui gabinise en roue libre, et un Michel Audiard qui s’écoute écrire des dialogues qui la ramènent, c’est un film estampillé « cinéma à papa », très anodin.

C’est d’ailleurs assez remarquable de constater que le film se termine comme il a commencé, avec des personnages qui n’ont pas changé d’un iota en cours de route, qui n’ont ni avancé, ni reculé. Le mot « fin » apparaîtrait cinq, dix, ou quinze minutes plus tôt que, franchement, ça ne ferait pas une grande différence.

Grangier, qu’on a connu nettement plus inspiré (Le Rouge est mis), se contente d’une mise en scène purement fonctionnelle, totalement au service de sa star, qu’il ne dirige pas. Mais c’est Gabin. Alors il a beau cabotiner à mort, eh bien c’est Gabin, et il assure le spectacle, dodeline en déclamant, avec une diction et une démarche nonchalantes qui donnent son rythme au film.

Et puis, peut-être parce qu’on guette, on se surprend à le trouver émouvant dans la séquence centrale avec Madeleine Robinson (très bien), grande dame et ancien amour, pour qui il joue les rupins alors qu’il vit d’escroqueries et de frimes. Soudain, face à cette incarnation d’une jeunesse disparue, un peu de fragilité apparaît, et c’est assez beau.

Beau, et furtif. Le film se concentre nettement plus sur les champs de course où sévit le « gentleman », et où le béotien peut ne pas vibrer. On se rattrape sur les seconds rôles, sympas (Paul Frankeur, Jean Lefebvre…), sur quelques moments plutôt marrants, et on oublie au passage les grimaces insupportables d’un De Funès que le film résume à une caricature de lui-même, bruitages compris dans sa première scène. Le film, de toute façon, ne vaut que par et pour Gabin.

Certains l’aiment chaud (Some like it hot) – de Billy Wilder – 1959

Posté : 25 juin, 2020 @ 8:00 dans 1950-1959, CURTIS Tony, WILDER Billy | Pas de commentaires »

Certains l'aiment chaud

Il y a comme ça des films tellement définitifs qu’on sait bien qu’on n’aura rien de plus à dire que tous les éloges qui lui ont été faits depuis des décennies. Some like it hot est donc un monument, et franchement je ne vois pas ce qu’on peut rajouter…

On pourrait à la rigueur souligner que le triomphe du film a en quelque sorte conditionné la fin de carrière de Billy Wilder. Lui qui alternait les genres d’un film à l’autre (ses trois films précédents : une épopée historique, une comédie romantique, et un film de procès) va désormais se concentrer sur la comédie (à de rares exceptions). Wilder sera désormais inséparable de Jack Lemmon (qui jouera dans six de ses dix derniers films), et surtout de son coscénariste I.A.L. Diamond.

Il y a dans ce film une liberté de ton exceptionnelle, un humour ravageur, une envie gourmande de rendre hommage aux films de gangsters, mais aussi une audace rare pour l’époque : filmer des hommes (dont Tony Curtis, grande star à l’époque) travestis en femme, aborder ainsi l’homosexualité… Quel autre film américain avait déjà osé ça auparavant ?

Curtis et Lemmon sont irrésistibles en « Daphne » et « Josephine », vraiment très drôles sans jamais être graveleux. Wilder trouve cet équilibre juste, constamment, entre le gag immédiat et une certaine élégance, qui franchit admirablement l’épreuve du temps. Voyez donc ce film avec de jeunes enfants, des ados et des adultes dans la même pièce : l’enthousiasme partagé est aussi flagrant que rare.

« Nobody’s perfect », l’interminable tango, Tony Curtis qui tente de garder son sang froid malgré ses lunettes embuées face à une Maryline Monroe sensuelle en diable (ou plutôt en ange, tant elle est d’une innocence désarmante)… Les moments cultes et inoubliables se succèdent, en même temps que les éclats de rire.

Mais Wilder réussit aussi à ancrer son film dans une vieille tradition de cinéma de genre, tirant de la naphtaline un George Raft comme sorti de Scarface. Cet aspect policier flirte constamment avec la parodie, mais Wilder crée de belles scènes noires et tendues, notamment dans la première partie.

Rythme imparable, trio d’acteurs au top, intelligence de la mise en scène… C’est culte, c’est drôle, c’est génial. Un chef-d’œuvre, oui.

Escapade au Japon (Escapade in Japan) – d’Arthur Lubin – 1957

Posté : 20 juin, 2020 @ 8:00 dans 1950-1959, EASTWOOD Clint (acteur), LUBIN Arthur | Pas de commentaires »

Escapade au Japon

Clint Eastwood apparaît quelques secondes à peine dans le rôle d’un pilote d’avion, au rôle à peine plus étoffé et moins déterminant que celui qu’il tenait dans Tarantula. Trois fois rien, donc, mais trois fois rien qui font d’Escapade au Japon une étape à franchir sur le chemin d’une intégrale Eastwood. Allons donc arpenter ce Japon de carte postale pendant 90 minutes…

S’agissant d’une intégrale Clint Eastwood, pas grand-chose à dire sur ledit Clint Eastwood, si ce n’est qu’il a une ligne de dialogue, qu’il prononce avec conviction, et qu’il s’agit de l’une de ses dernières panouilles des premiers temps : il tournera encore Ambush at Cimarron Pass (rôle important pour western très mineur) et Lafayette Escadrille (silhouette très présente mais très en retrait sous la direction du grand Wellman), avant de devenir la vedette de Rawhide.

Le film, donc… Une mièvrerie, dont toutes les bonnes idées sont consciencieusement gâchées par un scénario un peu con et un réalisateur plus intéressé par ses décors que par ses personnages.

Un gamin américain, qui doit rejoindre ses parents à Tokyo, et dont l’avion s’abîme en mer. Ses parents, en instance de divorce, ignorent s’il a survécu : la promesse d’une émotion forte. Mais non. Très vite, les parents savent que leur enfant est vivant. Puis qu’il a été recueilli par une famille de pêcheurs… Puis qu’il a pris la fuite avec le garçon de la famille… Puis…

Escapade au Japon Clint Eastwood

Après un début inégal mais raisonnablement prometteur (on ne s’emballe jamais vraiment, non plus), l’émotion et le suspense sont systématiquement tués dans l’œuf par cet étrange parti pris : constamment rassurer les spectateurs, comme les parents du gamin. Jamais les enfants ne sont en danger, le fait est parfaitement établi.

Aucun enjeu dramatique donc, ou si peu. Les enfants, qui se sont persuadé que la police veut les mettre en prison (ressort dramatique franchement tout pourri), traversent le pays, visitent des temples, passent la nuit dans une maison de geishas, partagent le repas d’une famille de fermiers… Bref, l’occasion de bien belles images, vraiment, mais au service de pas grand-chose, si ce n’est quelques jolis moments.

Passons sur l’interprétation des parents (Teresa Wright et Cameron Mitchell), dont Lubin semble se moquer royalement dans un montage parallèle avec la soirée chez les geishas… La famille de pêcheur japonais est nettement plus intéressante, dans la manière dont le film souligne mine de rien une sorte de condescendance à leur égard. Hélas, le couple disparaît aussi vite qu’il était apparu…

Ariane (Love in the Afternoon) – de Billy Wilder – 1957

Posté : 18 juin, 2020 @ 8:00 dans 1950-1959, COOPER Gary, WILDER Billy | Pas de commentaires »

Ariane

Encore une merveille à mettre au crédit de Billy Wilder, Ariane marque aussi un tournant dans sa filmographie : sa première collaboration avec le scénariste I.A.L. Diamond, qui sera le complice attitré des décennies à venir.

Il y a d’ailleurs dans Ariane un ton singulier, que l’on retrouvera dans son œuvre à venir, mélange d’élégance et de cynisme. Et un thème, celui de la jeune femme innocente qui vient troubler la vie bien égocentrée d’un sale type, qui sera aussi celui d’Avanti !, autre réussite bien plus tardive du tandem.

Entre ces deux films, énormément de points communs, notamment dans le ton et dans ce que le film raconte. Beaucoup de différences aussi, qui viennent essentiellement de l’époque à laquelle ils ont été tournés : ce qui sera explicite en 1972 n’est que sous-entendus ici. C’est habillés que l’on retrouve les deux amants au matin, mais le sourire éclatant d’Audrey Hepburn est, lui, très explicite.

Audrey Hepburn… superbe actrice dont le regard si innocent n’est jamais dupe. Avec ce regard, la bienséance américaine en prend un sacré coup. Avec Gary Cooper, Audrey Hepburn forme l’un de ces couples si improbables qui peuplent le cinéma de Wilder. Et entre les deux : le père de la jeune femme, un détective privé si parisien, Maurice Chevalier dans son dernier grand rôle.

Le film est très drôle, avec le goût de Wilder pour les gags récurrents : le chien constamment puni à tort (gag joyeusement sadique), ou le quatuor de musiciens qui suit Cooper partout, du hammam à la promenade en canot.

Comme son maître Lubitsch, et plus que jamais, les portes (fermées en l’occurrence) sont omniprésentes dans ce Wilder-là : du mari cocu qui attend le bon moment, à Ariane qui espionne le client de son père, elles sont toujours au premier plan pour faire avancer l’intrigue et être source d’un gag bien senti.

Les Proies (The Beguiled) – de Don Siegel – 1971

Posté : 16 juin, 2020 @ 8:00 dans 1970-1979, EASTWOOD Clint (acteur), SIEGEL Don, WESTERNS | Pas de commentaires »

Les Proies

Grande année pour Clint Eastwood, 1971 : il passe pour la première fois derrière la caméra (Un frisson dans la nuit), trouve le personnage qui fait définitivement de lui une immense star (Dirty Harry), et casse son image avec le plus sombre et le plus audacieux de ses rôles jusqu’alors, avec ces Proies.

Point commun entre ces trois films : Don Siegel, qui apparaît dans le premier et réalise les deux autres. Et lui aussi, comme son interprétation, surprend avec ce film qui tranche radicalement (sans jeu de mots pourri) avec ses grands polars ou même ses westerns… Les Proies se situe durant la guerre de Sécession. Mais de cette guerre, on ne verra que quelques photos noir et blanc sur le générique de début, quelques brefs souvenirs comme des flashs, le bruit des canons au loin, et cette menace constante qui resserre l’action dans l’enceinte de cette école de jeunes filles en territoire sudiste.

C’est là qu’échoue le caporal nordiste joué par Clint. Un sale type, menteur, profiteur, manipulateur… et très satisfait de lui-même. Un homme blessé, qui va semer le trouble dans cette petite communauté féminine qui l’a recueilli pour le soigner.

Dès la première scène, sa méthode est claire. À la fillette qui l’a trouvé en sang, et qui lui annonce qu’elle a 12 ans, bientôt 13, il rétorque qu’elle est bien assez grande pour être embrassée… avant de joindre les actes à la parole. Et quand, à la fin de la journée, il fait le compte des filles et femmes qu’il a embrassées, son sourire satisfait semble annoncer la suite, dramatique.

Siegel fait de cette pension un décor de plus en plus oppressant. La première partie de son film est lente, languide, faussement apaisée. À l’image de la directrice jouée par Geraldine Page, la bienveillance et la bonté affichées cachent des recoins nettement plus sombres : une relation incestueuse avec son frère, un traumatisme parental… Des fantômes dont on sent bien qu’ils ne vont pas tarder à exploser.

Clint, lui, ne voit rien venir. Et la seconde partie est pour lui une véritable descente aux enfers, sorte de sommet dans la logique masochiste de l’acteur, d’une intensité à laquelle on ne s’attendait plus. La scène de l’amputation, surtout, reste un moment particulièrement traumatisant, tout comme le dîner final, glaçant.

Ambush at Cimarron Pass (id.) – de Jodie Copelan – 1958

Posté : 14 juin, 2020 @ 8:00 dans 1950-1959, COPELAN Jodie, EASTWOOD Clint (acteur), WESTERNS | Pas de commentaires »

Ambush at Cimarron Pass

Clint Eastwood a enterré ce film en en parlant comme du plus mauvais western jamais réalisé. Affirmation quelque peu exagérée. Difficile de lui en vouloir quand même : Ambush at Cimarron Pass est effectivement un tout petit film assez médiocre. Et sans la présence d’Eastwood au générique, sans doute aurait-il disparu pour de bon dans les limbes hollywoodiens de l’oubli.

Tout petit film, donc, ne serait-ce que par son budget, avec lequel le réalisateur Jodie Copelan ne fait pas de miracle. Il n’a pas les moyens de payer des dizaines de figurants ? « L’armée indienne » qui menace les héros se limite à une dizaine d’hommes. Max. Il n’a pas les moyens de s’offrir des chevaux pendant plus de quelques jours (quelques heures ?) ? Qu’importe : nos héros marcheront !

Alors ils marchent, contraints et forcés par un budget ridicule. Et curieusement, c’est peut-être la meilleure idée du film. Ça et le fait de faire cohabiter dans le danger des soldats yankees et d’anciens confédérés, deux ans seulement après la guerre civile. Rares bonnes idées d’un film qui en compte pas mal de mauvaises.

Dialogues grotesques, personnages monoblocs, Indiens de pacotilles… Et le sommet : une femme littéralement livrée sur un plateau par les Indiens, sans aucune logique scénaristique, juste pour assurer une présence féminine au générique. Ce n’est pas un cas unique dans l’histoire du western, mais avec autant de légèreté… Margie Dean, actrice calamiteuse, ne fait rien pour sauver un rôle ridicule, affichant de larges sourires aguicheurs alors qu’elle vient de perdre toute sa famille dans des circonstances affreuses. Pas sûr qu’elle ait lu le scénario. Mais bon… ça permet d’avoir une actrice au côté du héros, joué par un Scott Brady d’un seul bloc.

Finalement, un seul personnage évolue au cours du film, et c’est celui de Clint Eastwood, troisième au générique pour ce qui est le plus important (en termes de présence à l’écran) des rôles de ses jeunes années. On n’ira pas jusqu’à dire qu’il est intéressant, ce rôle, ni même que lui-même s’y montre très à l’aise. En sudiste amer et plein de colère, il manque encore d’une vraie gravité.

Mais pour lui, la roue tourne après ce film, qui aurait pu lui coûter sa carrière. Découragé par un tournage visiblement chaotique et par la qualité discutable du film, le jeune Clint aurait pu arrêter les frais là, après trois ans de panouilles. Mais la chance allait enfin arriver par l’intermédiaire de la télévision, puisqu’il n’allait pas tarder à être choisi pour le deuxième rôle de Rawhide, qu’il tiendra pendant plus de 200 épisodes.

Ambush at Cimarron Pass est d’ailleurs son dernier rôle sur grand écran avant longtemps : il n’y reviendra que six ans plus tard pour un petit film italien, Pour une poignée de dollars. Il lui faudra même dix ans avant de tourner un autre film américain, un western d’une tout autre dimension, Pendez-les haut et court. Une autre vie…

Chasseur blanc, cœur noir (White Hunter, Black Heart) – de Clint Eastwood – 1990

Posté : 13 juin, 2020 @ 8:00 dans 1990-1999, EASTWOOD Clint (acteur), EASTWOOD Clint (réal.) | Pas de commentaires »

Chasseur blanc cœur noir

Fascinant film d’un Clint Eastwood encore dans sa période « je fais un film commercial pour le studio, pour pouvoir enchaîner avec le film que j’ai vraiment envie de faire ». Fascinant parce que le film parle d’un cinéaste qui se refuse obstinément à tout compromis…

On voit bien ce qui attire Eastwood dans la figure de John Huston, lui qui a, dès son retour d’Italie, tout fait pour acquérir son indépendance. Eastwood aime Huston. L’homme le fascine, visiblement, pour sa grandeur comme pour son jusqu’au-boutisme destructeur. De là à dire qu’il se reconnaît en lui, il y a un énorme pas.

Inspiré des coulisses du tournage d’African Queen, Chasseur blanc… est l’adaptation d’un roman signé Peter Viertel, co-scénariste du film de Huston, et personnage central de celui d’Eastwood. Ce dernier interprète non pas John Huston, mais John Wilson, un double à peine caché : Clint adopte d’ailleurs la gestuelle et le phrasé si particuliers de Huston, pour ce qui reste l’une de ses meilleures interprétations.

Les changements de noms ont un sens : Chasseur blanc… est une vision de Huston, voire une interprétation. Pas un documentaire ou un making of. D’ailleurs, si la conception du film est constamment en arrière-plan, c’est l’homme et son obsession qui sont au cœur du film : ce cinéaste (immense) capable de se faire dérouiller pour s’opposer à un directeur d’hôtel raciste, et tout aussi capable de faire passer toute une équipe après son désir de tuer un éléphant. Quoi qu’il en coûte.

« Ce n’est pas un crime de tuer un éléphant. C’est bien pire que ça. C’est un péché de tuer un éléphant. Et c’est pour ça que je veux le faire. Comment pourrais-tu comprendre ? Je ne le comprends pas moi-même… »

Eastwood est formidable dans le rôle de ce personnage obsessionnel, qu’il incarne dans toute sa complexité, sans chercher à l’expliquer ou à en donner la clé. Tantôt grand et superbe, tantôt antipathique et dangereux, toujours dans la démesure.

Le film est beau parce qu’il y a une sorte de parallèle entre le réalisateur et son personnage : un cinéaste qui adopte le regard d’un autre cinéaste, deux regards différents sur la création, qui se semblent se répondre. Clint semble aussi y affirmer tout ce qu’il est en tant que cinéaste, et tout ce qu’il n’est pas.

Wilson/Huston est, sur certains points, aux antipodes d’Eastwood cinéaste. C’est pourtant un hommage superbe que le second rend au premier, et rarement l’obsession aura été filmée comme ça. C’est aussi un beau film sur l’Afrique vue par l’homme blanc, et sur ces hommes, comme Huston, qui se rêvent aventuriers. Le retour à la réalité peut être terrible. Et la dernière scène, acide et lucide, est déchirante. Jamais le mot « Action » n’aura été aussi amer…

TV Reader’s Digest : Cochise, greatest of the Apaches id.) – épisode réalisé par Harry Horner – 1956

Posté : 10 juin, 2020 @ 8:00 dans 1950-1959, COURTS MÉTRAGES, EASTWOOD Clint (acteur), HORNER Harry, TÉLÉVISION, WESTERNS | Pas de commentaires »

Cochise greatest of the Apaches

TV Reader’s Digest, comme son titre le laisse penser, est une adaptation télévisée du Reader’s Digest, anthologie de courts films adaptés d’articles parus dans le célèbre magazine. Des histoires vraies donc, qui abordent chacun un fait historique important ou anecdotique, mais réel.

Dans cet épisode consacré à Cochise, les grandes lignes sont authentiques. Trahi par un officier, le chef Indien a mené une guerre contre les blancs pendant une dizaine d’années avant de trouver un accord de paix, grâce à un officier humaniste et à un aventurier chargé de transporter le courrier, et devenu son ami…

On peut quand même avoir des doutes sur la véracité des détails exposés ici. La phrase « There is no peace in war » a beau être grammaticalement correcte, et inattaquable sur le fond… comment dire… Bref, la série prend des raccourcis énormes avec une bienveillance immense et une naïveté, disons, rafraîchissante.

Mais tout ça n’a pas grande importance. Cette série anthologique ne doit sa présence sur ce blog qu’à un détail : l’apparition dans un petit rôle d’un tout jeune Clint Eastwood, alors dans ses années de panouilles. Et même s’il n’apparaît que dans le dernier tiers du métrage, il a droit à son nom au générique et à quelques répliques.

Surtout, ce Cochise, greatest of the Apaches marque la toute première incursion de Clint dans le western. Cette année-là, il aura d’autres occasions de s’illustrer dans le genre : brève apparition dans La Corde est prête, beau gosse tout en sourire dans La VRP de choc ou second rôle émouvant dans un épisode d’une autre série anthologique, Death Valley Days. Mais c’est bien ici qu’il fait ses débuts westerniens.

C’est certes anecdotique, ça ne donne pas un rythme particulier à cet épisode bavard et statique (malgré sa construction en flashs backs), mais ça suffit pour en faire un élément indispensable sur le chemin d’une intégrale Clint Eastwood.

L’Epreuve de force (The Gauntlet) – de Clint Eastwood – 1977

Posté : 9 juin, 2020 @ 8:00 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, EASTWOOD Clint (acteur), EASTWOOD Clint (réal.) | Pas de commentaires »

L'Epreuve de force

L’affiche originale est une parfaite entrée en matière pour comprendre ce film. On y voit un Clint Eastwood dessiné en haillons, les muscles exagérément saillants, et une Sondra Locke conquise devant un bus criblé de balles. Une véritable couverture de comic-books…

The Gauntlet, qu’Eastwood tourne en pleine gloire Dirty Harry mais après un faiblard troisième volet (The Enforcer, le moins bon des cinq films de la saga), peut être vu au choix comme un anti-Inspecteur Harry, ou comme une parodie des films policiers musclés qui se multipliaient alors.

Quelque chose entre ces deux choix, en fait. Le film est à peu près inclassable, et unique… Ce n’est pas une comédie : on ne rit jamais vraiment. Mais Eastwood prend le parti de renvoyer le réalisme aux vestiaires, de ne s’intéresser ni à la logique, ni l’intellect, ni même à la psychologie de ses personnages, réduits à des caricatures.

Parti-pris radical, comme le personnage que s’offre Clint : un flic alcoolo et bas du front, que son patron corrompu choisit pour escorter un témoin gênant, parce que c’est une épave qui a toutes les qualités pour foirer sa mission. Sauf que l’épave en question a un reste de fierté… Le temps de comprendre la situation (il lui faut quelques dizaines de milliers de coups de feu et quelques guet-apens pour ça), le flic sans envergure va se rebiffer.

Tout n’est pas réussi dans le film. Quelques scènes traînent en longueur, le personnage de Pat Hingle est crispant, la scène d’agression dans le train a un côté complaisant dans sa manière de mettre en scène la violence, tout comme le flic libidineux joué par Bill McKinney. Bref, quelques défauts que l’on retrouve régulièrement dans les Eastwood de ces années-là.

Mais le film a un côté binaire assez réjouissant, limitant l’intrigue à sa plus simple expression, et exagérant avec outrance l’action et la violence. Les fusillades sont énormes, au point de faire s’effondrer une maison. Pourtant, au final, c’est la relation entre le flic Clint et la pute Sondra Locke qui domine le film. Deux stéréotypes, deux archétypes, qui se rencontrent et se retrouvent au cœur d’une action échevelée et débarrassée de tout ancrage réaliste, de toute contrainte.

C’est audacieux, et ça marche plutôt bien. La prestation décomplexée de Clint Eastwood et Sondra Locke n’y est pas pour rien.

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