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Archive pour la catégorie 'par acteurs'

La Momie (The Mummy) – d’Alex Kurtzman – 2017

Posté : 3 décembre, 2017 @ 8:00 dans 2010-2019, CRUISE Tom, FANTASTIQUE/SF, KURTZMAN Alex | Pas de commentaires »

La Momie

« Bon, les gars, faut trouver quelque chose. Vous êtes sûrs qu’on n’a pas un ou deux super-héros qui traînent dans les cartons ?
- Ben non patron. DC et Marvel se partagent à peu près tout ce qu’il y a sur le marché.
- Des jouets alors ? Des voitures-robots ? Des figurines à la con ? N’importe quoi…
- Rien de tout ça, patron. On a bien nos vieux monstres, mais ils n’ont pas servis depuis longtemps. Je sais même pas si les gens s’en souviennent. Vous savez ? L’homme invisible, le loup-garou, la créature de Frankenstein, Dracula. C’est un peu poussiéreux, mais bon…
- Eh ! Voilà l’idée de génie. On sort tout ça des cartons, on ripoline, on rajoute des cascades, le monde à sauver, et on lance toute une série de films qui seraient reliés les uns aux autres. Allez, on en annonce cinq, six… dix !
- Mais si ça marche pas ?
- Oh ta gueule. On passe pour quoi, nous, si on n’a pas notre univers étendu ? Tu veux quand même pas qu »on trouve une idée neuve à chaque nouvelle production ? Ce qu’il faut, c’est un lien entre tout ça. Tiens, on va mettre le Docteur Jekyll à la tête d’une organisation secrète qui œuvrerait dans l’ombre contre les forces du Mal, de nos jours, à Londres.
- Pourquoi Jekyll ?
- Tu préfères le fantôme de l’opéra ?
- Ben non.
- Bon, ben Jekyll alors.
- Et si on commençait par remettre la Momie au goût du jour ?
- Pourquoi la Momie ?
- Ben, un vieux monstre enterré depuis longtemps qui ressort au grand jour, vous voyez la symbolique pour notre Dark Uninerse…
- Le Dark Universe ! Pas mal comme appellation : c’est sombre, c’est Universal, c’est parfait. A propos, on fait quoi : horreur, action, humour ?… Oh, et puis oubliez la question, on va mélanger tout ça, toute façon tout sera recouvert par les effets spéciaux, on verra pas bien les détails.
- Dites, ça n’a rien à voir, mais Tom Cruise est disponible.
- De mieux en mieux, ce serait une super affiche pour un lancement. Bien, vous me grattez un scénar pour mélanger tout ça, et vous me glissez une séquence dans un avion en chute libre : Tom rêve de tourner en gravité zéro. Si on lui livre ça clé en main, il ne dira pas non. »

Et voilà comment la navrante folie hollywoodienne actuelle accouche d’un film qui ne ressemble à rien. Pas ennuyeux, et même assez plaisant par moments, mais d’une manière générale franchement navrant. Un film qui utilise l’islamisme radical comme un objet de dérision très léger, qui hésite constamment sur le ton à adopter, et qui tourne au grand-guignol.

Un film, surtout, conçu comme le lancement d’une série qui ne verra peut-être jamais le jour, vu l’accueil public plus que mitigé. C’est d’ailleurs tout le malheur qu’on souhaite à Tom Cruise, à qui on ne pardonnerait pas de rempiler, et à Russel Crowe qui, dans le rôle court mais central de Jekyll et Hyde, a signé pour l’ensemble du Dark Universe. Si c’est pas triste une carrière sur le déclin…

L’Homme tranquille (The Quiet Man) – de John Ford – 1952

Posté : 2 décembre, 2017 @ 8:00 dans 1950-1959, BOND Ward, FORD John, O'HARA Maureen, WAYNE John | Pas de commentaires »

L'Homme tranquille

Y a-t-il plus belle déclaration d’amour à l’Irlande que la chevelure flamboyante de Maureen O’Hara sur l’herbe d’un vert irréel des paysages ? Voilà en tout cas un Ford aussi modeste qu’immense. Modeste, parce qu’il s’agit au fond d’une simple histoire d’amour, même si le film évoque aussi la fin des traditions, le choc des civilisations, le poids du passé. Mais tout ça, au fond, n’a pas grande importance. Et immense… eh bien parce que c’est d’une beauté, d’une pureté, d’une simplicité aussi absolues. Et parce que c’est magnifique, tout simplement.

Et puis aussi parce que Ford ne pose pas un regard béât sur ce pays et ces gens qu’il aime tant. Les paysages sont superbes, les personnages sont extraordinairement attachants, mais il y a aussi une présence parfois pesantes des traditions ancestrales dans cette communauté, qu’il n’estompe pas vraiment, même s’il préfère en sourire plutôt que d’en faire une vraie critique. Ce qui ressort quand même de ce film, c’est la belle harmonie qui règne dans ce petit village irlandais. Si bien que le principal drame qui se noue, et qui noue l’estomac, concerne le sort du révérend (formidable Arthur Shields), menacé de devoir partir faute de fidèles.

Parce que, bien sûr, il ne fait aucun doute que Maureen O’Hara et John Wayne finiront ensemble. Entre eux, c’est fusionnel autant qu’explosif dès le premier regard. Il y a comme ça des couples d’une évidence absolue sur un écran, et c’est dans ce film qu’il est le plus évident, le plus émouvant, le plus enthousiasmant. Mais que les écueils que ces deux-là rencontrent sont réjouissants, contrariés par l’implacable grand frère Victor MacLaglen, chaperonnés par le génial Barry Fitzgerald, incarnation rêvée de l’Irlandais cher au cœur de Ford (très porté sur le whisky, donc).

Et il y a ce final éblouissant dans lequel Ford s’amuse à sa manière de la figure féministe et libre de Maureen O’Hara, qu’il fait littéralement traîner par John Wayne sous le regard complice des villageois, jusqu’à une bagarre homérique, peut-être la plus longue et la plus drôle du cinéma de Ford. De l’amour, des beaux paysages, du whisky, des coups de poings… Tout le bonheur irlandais est là !

A deux pas de l’enfer (Short cut to hell) – de James Cagney – 1957

Posté : 20 novembre, 2017 @ 6:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, CAGNEY James, CAGNEY James | Pas de commentaires »

A deux pas de l'enfer

Pour son unique film derrière la caméra, James Cagney signe la deuxième adaptation du roman Tueur à gags de Graham Greene, et surtout un remake très fidèle du film (formidable) de Frank Tuttle. L’histoire originale étant passionnante, le film se regarde avec un certain plaisir. Mais comme le dit lui-même Cagney dans une séquence pré-générique (histoire qu’il apparaisse quand même dans ce film, pour lequel il ne s’est pas attribué de rôle) : le plus important dans un film, c’est ce qu’on voit devant la caméra, et pour le coup, il se dit très quand du choix de ses deux jeunes vedettes, Robert Ivers (qui ?!) ey Georgann Johnson (qui ?!), à qui il promet un bel avenir.

Sauf que soixante après, on aurait dû commencer à en entendre parler, de leur avenir à l’un comme à l’autre. Mais rien, ou si peu : des apparitions dans des séries télé, brièvement pour lui, jusqu’au milieu des années 2000 pour elle. Mais rien de vraiment consistant, et strictement rien sur grand écran. Elle est pourtant pas mal, avec son grand sourire plein d’empathie. Et lui, avec ses airs de gamin qui joue au dur, fait un tueur professionnel plutôt original. Mais ils arrivent après Veronika Lake et Alan Ladd, l’un des plus grands couples du cinéma. Et forcément, la comparaison n’est pas en leur faveur.

Drôle d’idée d’avoir signé un remake sans même prendre la peine de s’éloigner du modèle. Et le film de Cagney sort perdant à tous les niveaux, au petit jeu des comparaisons. C’est percutant, avec des séquences de violence joliment tendues, et des personnages principaux curieusement attachants malgré leur manque de charisme. Mais le film n’apporte pas grand-chose, si ce n’est l’envie de revoir le Tueur à gages de Tuttle, et de relire le roman de Greene. C’est sans doute ce qu’a fait Cagney, qui n’est plus jamais repassé derrière la caméra.

Rio Lobo (id.) – de Howard Hawks – 1970

Posté : 13 novembre, 2017 @ 8:00 dans 1970-1979, HAWKS Howard, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Rio Lobo

Quatre ans après El Dorado, Hawks fait un ultime baroud d’honneur avec ce western qui sera son tout dernier film. Comme son précédent, celui-ci reprend une partie de la trame de Rio Bravo, avec une nouvelle version du siège d’une prison, dans laquelle se réfugient une poignée de personnages autour du grand héros John Wayne.

Mais les temps ont changé. Le grand héros est devenu un vieux cow-boy bedonnant et « confortable », comme le disent tour à tour les femmes qu’il rencontre. Et il n’y a plus guère que les hommes pour croire que tout est encore comme avant. On est en 1970, l’âge d’or du western est révolu, et tout particulièrement les héros infaillibles comme John Wayne. D’où une étrange sensation d’anachronisme qui se dégage de ce film au budget modeste et à la réussite qui l’est tout autant.

C’est un peu comme si le moule avait été cassé, et que Hawks faisait ce qu’il pouvait pour recoller les morceaux. Oui, les temps ont changé. La remarquable fluidité de Rio Bravo n’est plus qu’un souvenir. Rio Lobo avance son histoire ambitieuse avec une certaine difficulté, comme si plus rien n’était facile. Ce n’est pas pour autant l’oeuvre d’un vieillard sénile et nostalgique : Hawks semble se moquer de lui-même comme il se moque de Wayne, en soulignant ses faiblesses dans des situations qu’il a déjà traversées auparavant.

Surtout, Hawks confronte ces hommes trop fiers pour accepter le changement, à des femmes d’une stupéfiante modernité : trois beaux personnages de femmes fortes et volontaires, aux caractères bien affirmés, qui s’amusent des regards énamourés des hommes et de leur romantisme démodé. Parmi elles : Shery Lansing, qui deviendra plus tard la première femme patronne d’un studio hollywoodien.

Dans ce récit ample aux rebondissements multiples, très loin finalement de la construction épurée d’un Rio Bravo, Hawks réussit en tout cas quelques séquences étonnantes, à commencer par cette épique attaque de train, où les armes utilisées sont de la graisse, un nid de frelons et des cordes tendues… Ou cet étonnant jeu du chat et de la souris entre Nordistes et Sudistes au début du film… Ou encore la savoureuse apparition d’un Jack Elam gentil pour une fois, qui reprend à son compte le rôle de vieux râleur que tenait jadis Walter Brennan.

Haute sécurité (Lock up) – de John Flynn – 1989

Posté : 9 novembre, 2017 @ 8:00 dans 1980-1989, ACTION US (1980-…), FLYNN John, STALLONE Sylvester | Pas de commentaires »

Haute sécurité

Un film de prison de plus, tourné à une époque où à peu près tous les action-hero s’engouffraient dans ce sous-genre très en vogue. On est loin du Prisonnier d’Alcatraz ou de L’Evadé du même lieu : ce véhicule taillé sur mesure pour un Stallone très en forme et très musculeux se contente d’accumuler les grands poncifs attendus.

On a donc droit à un directeur tyrannique (joué par un Donald Stutherland en roue libre), des gardiens sadiques, des détenus très dangereux, d’autres fourbes, d’autres encore tellement tendres que l’on devine dès le premier plan qu’ils ne termineront pas le film vivant…

Les premières scènes laissent pourtant espérer quelque chose d’un peu plus original. Stallone y est un prisonnier en fin de peine, que l’on découvre alors qu’il est en permission. Ce qui, en soi, est déjà plutôt original. Et puis une nuit, ce prisonnier modèle est transféré sans qu’il sache pourquoi dans une prison haute sécurité nettement moins accueillante que celle où il purgeait sa peine, et où des conditions nettement plus terribles l’attendent.

Le film semble alors prendre le chemin d’un cauchemar judiciaire, pas très crédible certes, mais au moins intriguant. Sauf que le mystère n’a aucune place ici : tout est rapidement explicité, et la vérité n’a rien de renversante. On a donc droit à une simple histoire de vengeance, et à l’affrontement d’un homme victime du système et d’un tyran siphonné. Sans la moindre nuance, bien sûr.

Cela dit, cette série B (au moins dans l’esprit) se regarde sans ennui, sans surprise, et sans grande émotion envahissante. Bref, pas mal pour mettre son cerveau au repos. Ne pas oublier les bières…

Cobra (id.) – de George Pan Cosmatos – 1986

Posté : 30 octobre, 2017 @ 8:00 dans 1980-1989, ACTION US (1980-…), COSMATOS George Pan, STALLONE Sylvester | Pas de commentaires »

Cobra

Régulièrement, je dresse ici les louanges d’un Stallone dont la sincérité m’a toujours touché, et qui continue à m’enthousiasmer par son amour d’un cinéma d’action aujourd’hui obsolète. Certes. Ce n’est pas pour autant que je vais défendre bec et ongles ce qui ne peut pas l’être. Et là, pour le coup, il atteint des sommets le Sly. Après les triomphes des too much Rocky 4 et Rambo 2 en 1985, la Sainte-Trinité qui a suivi (j’ai nommé : Cobra, Over the Top, Rambo 3) a été celle de la bonne grosse daube sans nuance.

Ah on peut toujours essayer de trouver des bonnes choses à ce Cobra : une série de courts plans qui présentent une vision sans fard des quartiers mal famés de Los Angeles et de ses laissés pour compte. Mais à peine a-t-on conscience d’être surpris par ces quelques images que George Pan Cosmatos (qui avait déjà signé Rambo 2, méga hit l’année précédente) nous assène une sorte de clip visuellement affreux à la gloire de Brigitte Nielsen, icône glamour toute pourrave vue, elle dans Rocky 4 (et alors Mrs Stallone).

Passons sur les jeans moule-cul de Stallone, ses lunettes de soleil même en pleine nuit, et l’allumette éteinte qu’il a constamment à la bouche… Ces tics vaguement cools ne sont rien à côté des outrances des scènes d’action, qui oublient pourtant d’invoquer le moindre second degré. Alors franchement, cette armée de tueurs qui veut instaurer un nouvel ordre… On dirait bien qu’on y croit pas, mais la vérité, c’est qu’on s’en fout totalement.

Le film lorgne en fait très clairement du côté de Dirty Harry : la présence d’Andrew Robinson (tueur dans le premier, flic borné dans le second) ne doit sans doute rien au hasard. Mais sans recul, sans idée, et sans un vrai réalisateur aux manettes. A oublier.

Voyage au bout de l’enfer (The Deer Hunter) – de Michael Cimino – 1978

Posté : 27 octobre, 2017 @ 8:00 dans 1970-1979, CIMINO Michael, DE NIRO Robert | Pas de commentaires »

Voyage au bout de l'enfer

Classique absolu. On a beau l’avoir vu et revu, connaître à peu près chaque scène par cœur, on ressort toujours totalement bouleversé par cet immense chef d’œuvre, peut-être le plus fort des films consacrés au VietNam, et à la guerre en général.

De la guerre, on voit les horreurs bien sûr, dans une série de scènes parmi les plus traumatisantes du cinéma tout court. Mais ces images d’horreur, qui impriment la rétine et l’esprit jusqu’à la nausée, ne représentent qu’une petite partie du film : la séquence centrale d’un film-fleuve à la construction particulièrement audacieuse, la plus courte.

The Deer Hunter (le titre original, autrement plus beau, mystérieux et poétique que sa « traduction » française passe-partout), sorti la même année que Le Merdier de Ted Post, est l’un des premiers films américains qui traite de la guerre du VietNam, trois ans seulement après la fin officielle du conflit. Cette précision a son importance, quand on voit l’extraordinaire lucidité de Cimino, cinéaste encore débutant (ce n’est que son deuxième film, après le modeste Le Canardeur – encore un titre français crétin), qui dit mieux que personne avant ou après lui les traumatismes de la guerre.

C’est l’âge d’or du Nouvel Hollywood, donc le bide de son film suivant (La Porte du Paradis) sonnera le glas. Une époque où la frontière n’existe pas entre cinéma d’auteur et blockbuster. La preuve: les gros succès populaires d’alors sont devenus les grands classiques d’aujourd’hui. Cimino, pourtant, ne rend strictement rien à ce que pourraient être les attentes du public.

Son film de guerre, il le commence par de longues scènes de la vie quotidienne, par un mariage arrosé, par une partie de chasse en montagne… Il faut plus d’une heure pour que les personnages arrivent au VietNam. En cela, notamment, The Deer Hunter prend le contre-pied de tous les codes du film de guerre : contrairement à la plupart des films du genre, on ne découvre pas les personnages sur le front, mais dans leur élément, dans leur vie, avec leurs amis, leurs habitudes, leurs fêlures aussi.

Et Cimino n’en fait pas des êtres exceptionnels, mais des Américains comme tant d’autres : trois ouvriers de la sidérurgie en Pennsylvanie, qui vivent leurs derniers jours avant de s’envoler pour le VietNam, cette perspective dont ils parlent à peine, mais qui plane constamment sur tout ce microcosme, comme la fin annoncée d’une certaine innocence.

Les scènes dans le bar, le mariage, la chasse… Tout sonne exceptionnellement juste dans cette première partie dont la force incroyable repose en grande partie sur les non-dits, sur les malaises, les maladresses, les agacements. Cimino filme merveilleusement bien les grandes réunions comme les moments plus intimes. Il est aussi un immense cinéaste des sentiments, qui donne une vérité rare à ses personnages.

Et à tous ses personnages, pas uniquement Robert DeNiro, Christopher Walken et John Savage, tous trois très grands dans les rôles principaux. John Cazale, dont c’est le tout dernier rôle, est formidable dans le rôle du pote lourdingue et un peu barré. George Dzundza est bouleversant dans celui du bon gros attachant. Meryl Streep explose littéralement dans un rôle pourtant tout en retrait… Le moindre second rôle existe avec toutes ses complexités, jusqu’à cette « jeune femme au regard triste » qui n’apparaît que dans une poignée de plans et n’a pas le moindre dialogue, mais réussit à être émouvante.

Il y a la plongée dans l’horreur aussi, aussi tardive que brutale, et la fameuse séquence de la roulette russe dans la prison vietcong. La violence, autant physique que psychologique, qui ne laisse personne indemne. Et puis le retour difficile, voire impossible. Et tous les souvenirs que l’on trimbale déjà se mélangent : les scènes de fête, le cerf dans la montagne, les flots de sang, le regard perdu de Nick, la jambe broyée de Steven… Personne n’en parle, tout le monde y pense.

Cimino a réussi un film de trois heures que l’on pourrait aisément couper en trois parties (avant, pendant, après), mais dont la puissance ne faiblit jamais, jusqu’à une conclusion bouleversante. Dans ce petit groupe d’amis qui se retrouvent enfin autour de la table, certains sont allés au VietNam, d’autres pas. Certains sont marqués physiquement, d’autres semblent inchangés. Mais tous y ont perdu une grande partie d’eux-mêmes. Cimino, lucide et cynique, filme une « famille » sacrifiée sur l’air de « God bless America ».

Pessimiste et mortifère ? Il ose pourtant quelques petits signes, une caresse maladroite, un sourire douloureux, des regards qui se croisent… Et s’il y arrivaient quand même…

LIVRE : Le Fils du chiffonnier – de Kirk Douglas – 1987

Posté : 23 octobre, 2017 @ 8:00 dans DOUGLAS Kirk, LIVRES | Pas de commentaires »

LIVRE Le fils du chiffonnier

A 70 ans, après une vie et une carrière bien remplies, Kirk Douglas se décide à écrire ses mémoires. Le succès d’édition est colossal, et rappelle à beaucoup à quel point l’acteur a une filmographie impressionnante, et le rôle qu’il a joué dans l’histoire du cinéma hollywoodien. Le livre dévoile aussi l’intimité de ce fils d’immigré, son enfance misérable, son ascension incroyable… Une sorte de personnification du rêve américain.

A l’époque, il est plutôt sur la pente descendante, voire même en fin de carrière : il vient de retrouver son pote Burt Lancaster pour un ultime baroud d’honneur (Coup double), et ne tournera plus qu’une poignée de films. Mais l’ombre de Spartacus est toujours bien présente, et Kirk Douglas jouit d’une réputation unique : celle d’un acteur devenu très tôt producteur, qui a pris sa carrière en main pour imposer ses choix, quitte à avoir l’image d’un tyran.

Douglas ne cache rien de ses excès et de ses exigences. Sans la moindre fausse modestie, il revendique avec une pleine conscience ses talents d’acteur, son quasi statut de chef d’entreprise, et ses qualités physiques qui l’ont poussé à souvent réaliser ses propres cascades. Il avoue aussi sans complaisance ses échecs, en particulier liés à son désir vain de devenir une star de Broadway, et à son incapacité à porter à l’écran cette pièce, Vol au-dessus d’un nid de coucou, qu’il a jouée sur scène et qu’il rêvait d’interpréter au cinéma. Les pages dans lesquelles il raconte le moment où le film se fait, produit par son fils Michael, mais sans lui, sont d’ailleurs parmi les plus belles du livre.

La jeunesse de Kirk, qui s’appelait encore Issur Demsky, donne également des pages magnifiques. Avec un vrai talent d’écrivain, Douglas s’arrête sur quelques épisodes marquants de son enfance, et livre sa grande blessure : pas celle d’avoir eu une enfance misérable (il plaindra presque ses propres enfants de ne pas avoir eu cette chance de pouvoir s’élever eux-mêmes), mais celle de ne jamais avoir reçu de son père alcoolique et absent l’affection qu’il attendait, plaie béante qui semble ne pas s’être refermée six décennies plus tard.

L’ombre du petit Issur réapparaît régulièrement dans les grandes étapes de la vie et de la carrière de Kirk, avec des dialogues qui se nouent entre l’un et l’autre, comme deux aspects d’une même personne qui peine à se fondre l’un dans l’autre. Et c’est assez beau.

L’extraordinaire carrière d’acteur de Kirk tient évidemment une grande place : ses débuts timides grâce à Lauren Bacall, dans L’Emprise du crime de Lewis Milestone, quelques panouilles, puis les grands films, les grands rôles, Le Champion, Histoire de détective, Le Gouffre aux chimères… Le nouveau rôle de producteur, les grands rôles physiques comme Les Vikings ou Spartacus. Autant d’étapes importantes sur lesquelles Kirk Douglas livre de passionnantes anecdotes.

L’acteur raconte aussi sa judéité, la manière dont, un peu comme le personnage qu’il interprète dans L’Ombre d’un géant, être juif s’est révélé important sur le tard. Ne cachant visiblement pas grand-chose de ce qu’il est, il se décrit aussi comme un homme n’ayant jamais eu de véritable ami (à l’exception notable de Burt Lancaster), et ayant trouvé la plénitude grâce à la famille qu’il a construite. Et raconte en livrant beaucoup de noms (et des connus !) comment il a vécu sa sexualité avec une frénésie qu’il ne parvenait pas refréner.

L’acteur était déjà grand. L’homme, avec ses qualités, ses défauts, ses excès et ses maladresses, est pas mal non plus…

La Vallée de la peur (Pursued) – de Raoul Walsh – 1947

Posté : 13 octobre, 2017 @ 8:00 dans 1940-1949, MITCHUM Robert, WALSH Raoul, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Vallée de la peur

Un vrai mystère dans un western, sombre et profond, qui ne s’éclaire que dans les toutes dernières minutes… Ce n’est pas si courant, et c’est ce qui rend ce Walsh si atypique, et si fascinant. Dès la première scène, on est littéralement happé par le destin tragique d’un Robert Mitchum tout jeune, qui affiche une triste résignation face à son sort : on le découvre réfugié dans une ruine au milieu du désert, attendant presque sereinement les hommes qui vont venir pour le tuer.

Comment est-il arrivé là ? Qui sont ces hommes décidés à en finir avec lui ? Lui-même n’a pas toutes les réponses, et ce mystère le hante littéralement, comme il hante tout ce beau film. Le passé de Bob, il se le remémore lui-même au gré de ses souvenirs, avec la belle Teresa Wright venue le retrouver. Construit sur de longs flash-backs, le film joue la carte de l’originalité, et frappe fort.

Cette originalité permet d’ailleurs d’avaler l’intrigue elle-même, banale et peu crédible histoire de vengeance, simple prétexte que Walsh semble prendre moyennement au sérieux. Un Walsh particulièrement tourné vers la psychologie de ses personnages : de Bob Mitchum qui s’interroge sur la nature du mal et sur sa propre nature, à Judith Anderson, toujours excellente, dans un rôle auquel elle apporte ce trouble qu’elle trimbale de film en film.

Les Vikings (The Vikings) – de Richard Fleischer – 1958

Posté : 5 octobre, 2017 @ 8:00 dans 1950-1959, CURTIS Tony, DOUGLAS Kirk, FLEISCHER Richard | Pas de commentaires »

Les Vikings

Mel Gibson rêve depuis des années de réaliser le film ultime sur les Vikings. Mais il ferait mieux de réviser sa cinéphilie : ce film ultime existe déjà, même qu’il s’appelle très sobrement Les Vikings, et que c’est l’excellent Richard Fleischer qui l’a réalisé il y presque 60 ans. Même qu’il y a Kirk Douglas et Tony Curtis en (demi-) frères ennemis là-dedans, que Janet Leigh y est sexy comme jamais, et que Ernest Borgnine y est un truculent et réjouissant chef Viking.

Voilà donc un très grand film d’aventures tourné en Cinemascope et dans un Technicolor magnifique : la photo, signée Jack Cardiff, est sublime, aussi bien dans les scènes intérieures de beuverie que dans les extérieurs en décors naturels, ou sur la mer baignée de brouillard. Mais Les Vikings est plus que ça. Les moyens conséquents dont Fleischer dispose permettent d’offrir une reconstitution d’une rare ambition, fascinante par sa précision, que ce soit pour filmer le quotidien du village Viking (dans des paysages à couper le souffle), ou la défense qui s’organise dans le château anglais assiégé.

Cette ambition n’écrase jamais Fleischer, qui se montre aussi à l’aise dans la superproduction que dans les séries B de ses débuts. Ici, il réussit constamment le plan juste et souvent inattendu : une contre-plongée sur le pont-levis qui se baisse, une plongée vertigineuse sur Kirk et Tont qui se battent au sommet du château, ou ce magnifique travelling filmant en gros plan les visages des Vikings prêts à affronter la mort… C’est du très grand cinéma hollywoodien, visuellement superbe.

Le scénario relève de la même ambition, avec cette histoire de deux ennemis qui découvrent trop tard qu’ils ont le même père. Les regards perdus des deux acteurs dans leur ultime scène ensemble sont inoubliables, image digne des plus grandes tragédies. Même l’histoire d’amour (avec un tendre baiser entre Janet et Tony que Jamie Lee doit se repasser en boucle) dépasse les conventions du genre, lors de cette scène où Janet Leigh laisse transparaître une attirance trouble pour la brute Einar, tout en clamant son amour pour Eric.

On la comprend bien d’ailleurs : face à un Tony Curtis un peu effacé derrière sa barbe, Kirk Douglas (également producteur et au sommet de sa carrière, entre Les Sentiers de la gloire et Le Dernier Train de Gun Hill) est extraordinaire d’intensité, inquiétant et séduisant à la fois. Un grand rôle, dans un grand film.

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