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Archive pour la catégorie 'par acteurs'

Le Jour se lève – de Marcel Carné – 1939

Posté : 14 février, 2018 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1930-1939, CARNÉ Marcel, GABIN Jean | Pas de commentaires »

Le Jour se lève

Gabin, reclus dans sa chambre au sommet d’une tour d’habitation, observe la foule qui se masse pour assister à sa fin. Le regard embué, il se souvient des événements qui l’ont conduit là, vers ce que l’on pressent être ces derniers instants. Gabin, avant guerre, a souvent joué les prolétaires au destin tragique. Il atteint des sommets avec ce chef d’œuvre absolu, d’une beauté et d’une cruauté sidérantes.

Le film, signé par le tandem Prévert-Carné, doit aussi beaucoup aux superbes décors d’Alexandre Trauner (qui a eu l’idée de placer la chambre de Gabin au sommet d’une tour), et à la construction en longs flash-backs. Une construction tellement inhabituelle à l’époque (on est deux ans avant Citizen Kane) qu’un carton placé au début du film prévient les spectateurs de ce qu’ils vont voir.

Cette construction par épisodes souligne le poids du destin, qui prend des visages parfois inattendus. Celui, en l’occurrence, de la trop douce Jacqueline Laurent. Celui, surtout, de l’inoubliable Jules Berry, extraordinaire en salaud si commun. Mais Gabin est-il si innocent, lui qui se laisse manipuler par les événements comme par la vie (travaillant sans se plaindre dans des conditions qu’il sait être fatales pour sa santé), et qui balaye d’un revers de la main la possibilité de bonheur que lui apporte Arletty, autre figure tragique.

Le regard de Gabin, les grands gestes de Berry, la nudité d’Arletty, la rondeur bonhomme de Bernard Blier, la sympathie de la foule pour cet homme condamné… Le Jour se lève donne de l’humanité à la tragédie, de la grandeur à la modestie de ces hommes et de ces femmes. Les dialogues sont magnifiques (« Il vous ressemble, il a un œil gai, et l’autre un peu triste. » « C’est vrai qu’il me ressemble… »), Carné signe l’une de ses plus belles mises en scène (le mouvement de caméra qui monte vers le lieu du drame), et Gabin a rarement été aussi bouleversant. Incontournable, indispensable.

Mélodie en sous-sol – de Henri Verneuil – 1962

Posté : 11 février, 2018 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1960-1969, GABIN Jean, VERNEUIL Henri | Pas de commentaires »

Mélodie en sous-sol

Henri Verneuil n’est sans doute pas le cinéaste le plus enthousiasmant qu’ait engendré le cinéma français, mais on peut pas lui enlever un authentique savoir-faire. Ce Mélodie en sous-sol, classique du film de braquage made in France, n’arrive certes pas à la hauteur de ses illustres modèles américains, Quand la ville dort ou Les Sept voleurs (le film d’Hathaway, qui raconte également le cambriolage d’un casino, est sorti à peine deux ans plus tôt), mais Verneuil signe un film à la mécanique implacable, d’où jaillit une réjouissante ironie.

Cette ironie repose en grande partie sur la dernière partie, assez formidable et pas seulement pour son idée géniale (des sacs de billets, une piscine…). Dans cette dernière séquence quasi-muette, le film ne repose plus que sur la mise en scène et le brillant montage. Autant la mécanique peut paraître un rien glacée durant la majorité du film, autant elle est fascinante dans ces ultimes minutes.

A l’opposée, le film s’ouvre sur une séquence également brillante, mais pour d’autres raisons. Vieux taulard tout juste sorti de prison, Jean Gabin retrouve son pavillon à Sarcelles, désormais entouré par les tours et les barres d’immeubles, loin du coin de verdure qu’il avait laissé quelques années plus tôt. Une belle idée qui n’apporte pas grand-chose à l’histoire, et qui se base sur un contexte authentique : la reconstruction de Sarcelles sur un modèle qui révolutionnait alors la notion de modernité.

Entre-deux, de la belle ouvrage, propre et efficace, qui repose moins sur le casse lui-même, sans réelle surprise, que sur le face-à-face (le premier de leurs trois films communs) entre Gabin et le jeune Alain Delon, qui s’est battu pour obtenir le rôle face à ce mythe qu’il vénère visiblement. Surprise : c’est lui, Delon, qui s’en sort le mieux. Dans un rôle très physique, qui éclipse de fait celui de Gabin dans les moments clés du film, Delon est formidable, mélange d’arrogance et de modestie qui fait des merveilles.

Gabin, lui, est en roue libre dans un rôle que l’on sent lissé pour lui aller comme un gant. Le voir se confronter à la nouvelle génération a un côté réjouissant et émouvant. Mais il se contente d’être là, laissant la vedette à Delon, sans pouvoir former un véritable duo, comme il le faisait l’année précédente avec Belmondo dans Un singe en hiver, déjà devant la caméra de Verneuil.

Les Passagers de la nuit (Dark Passage) – de Delmer Daves – 1947

Posté : 1 février, 2018 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, BOGART Humphrey, DAVES Delmer | Pas de commentaires »

Les Passagers de la nuit

Troisième des quatre films tournés par le couple Bogart-Bacall, Les Passagers de la Nuit est le seul bancal dans le lot, loin en tout cas de l’aspect mythique des trois autres. Il ne manque pas de qualités ce film, il est même formidable par moments. Mais il y a une poignée de « mais » qui suivent, et qui pour la plupart repose sur un problème central.

Ce gros problème, c’est toute cette première partie filmée en caméra subjective, procédé qui n’a à peu près jamais vraiment fonctionné. Robert Montgomery l’utilisera pour filmer intégralement sa Dame du Lac cette même année, offrant une expérience tantôt fascinante tantôt pénible au spectateur. Delmer Daves ne l’utilise ici que partiellement, et pour une raison inhérente au scénario : Bogart y est un évadé qui va changer de visage pour passer inaperçu ; impossible donc de montrer son ancien visage.

Pourquoi pas, donc, surtout que Daves soigne ses cadrages subjectifs et n’envahit pas son film avec le procédé, qu’il n’utilise jamais de manière systématique. Mais on le sent contraint par ce choix esthétique, qui le prive en partie de la présence de Bogart. D’ailleurs, même lorsque Daves abandonne la caméra subjective, Bogart apparaît encore le visage couvert de bandelettes. Il faut à peu près une heure pour qu’enfin l’acteur soit réellement visible.

Et là, le film prend une nouvelle dimension. Qu’il ne tient d’ailleurs pas totalement sur la longueur. Le film est magnifique quand Bogart et Bacall sont face à face. Il y a alors une tendresse, un espoir qui domine la noirceur ambiante, et que l’on retrouve aussi avec quelques seconds rôles qui traversent le film : le chauffeur de taxi bien sûr, véritable ange gardien pour Bogart, mais aussi ce couple qui se forme dans le bus que veut prendre le héros vers la liberté.

Mais ces moments sont finalement assez rares. Le scénario emprunte des raccourcis qui font quand même tiquer un peu, et c’est le style de Daves qui permet de rattraper les errements de l’histoire avec un suspense fort bien maîtrisé, et ces rencontres fortuites et bienveillantes, inattendues dans le genre, qui sont clairement la signature du cinéaste.

Surtout, il y a le visage de Bogart, enfin visible, bouleversant comme jamais, parce qu’il est loin de ses habituels rôles de dur : c’est un homme qui semble laisser apparaître son amour. Et c’est très beau. Ce n’est clairement pas le plus grand Daves, ni le plus grand Bogart-Bacall. Mais c’est quand même franchement bien !

Touchez pas au grisbi – de Jacques Becker – 1954

Posté : 30 janvier, 2018 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1950-1959, BECKER Jacques, GABIN Jean | Pas de commentaires »

Touchez pas au grisbi

Jacques Becker adapte Simonin, réinvente le polar français, et relance la carrière de Jean Gabin, en berne depuis le début de la guerre. Loin des rôles de prolétaires qu’il jouait dans ses chefs d’oeuvre des années 30, Gabin inaugure ici son personnage d’homme d’âge mur revenu de tout, un peu fatigué, qui ne le quittera plus qu’occasionnellement. Et il est magnifique, avec cette moue qui n’appartient qu’à lui, cet air d’avoir tout vu et de ne plus rien en avoir à foutre, cette envie manifeste de se poser, et d’arrêter de jouer au jeune qu’il n’est plus.

Avant-guerre, Gabin portait le poids du destin. Désormais, il porte le poids des ans. Et son interprétation tout en finesse épouse parfaitement le thème du film et l’approche de Becker, qui filme des mouvements trop appuyés, des déplacements, des tas de moments « en creux » comme ça qui montrent si bien la lassitude des personnages, et ces longs silences entre des personnages qui ont traversée des décennies côte à côte et qui s’aiment sans avoir à le dire ni à le montrer.

Avec une vision neuve des gangsters que l’on n’imaginerait pas dans le cinéma hollywoodien, et qui sonne très français : c’est aussi du pur Simonin, où le mot copain veut dire quelque chose. Cette scène où Max et Riton (René Dary) passent la nuit dans l’appartement du premier est merveilleuse : ces deux-là n’ont pas à se parler, ils se connaissent par cœur. Ils n’ont pas besoin de mots pour que leur intimité soit flagrante, dans leur manière de partager des biscottes, une salle de bain…

Plus qu’un film de gangster (qu’il est bien, avec tout le suspense et les séquences spectaculaires que cela implique), Touchez pas au grisbi est un superbe film mélancolique, le portrait d’un homme fatigué, magnifié par la superbe musique de Jean Wiener. C’est aussi le film qui révèle Jeanne Moreau et Lino Ventura (dans son tout premier rôle).

La dernière image, sobre et bouleversante. Gabin n’est plus tout à fait le même qu’avant la guerre. Mais il est toujours un comédien extraordinaire. Ce simple plan le prouve peut-être mieux que n’importe quel autre plan dans sa longue filmographie.

La Mission du commandant Lex (Springfield Riffle) – d’Andre De Toth – 1952

Posté : 29 janvier, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, COOPER Gary, DE TOTH Andre, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Mission du commandant Lex

De l’action, du suspense, du rythme… Andre De Toth ne s’embarrasse guère de psychologie pour ce western d’une efficacité imparable, qui ne repose que sur le rythme, le suspense et l’action. Même dans les rapports humains d’ailleurs, qui semblent résumés à leur forme la plus basique, le film réserve quelques beaux moments, comme lorsque Gary Cooper accepte avec douleur que sa femme le prenne pour un traître…

S’il n’est pas totalement révolutionnaire, le scénario est assez original : on est en pleine guerre de Sécession, et Gary Cooper y interprète un officier qui infiltre les rangs ennemis pour démasquer un traître, passant ainsi lui-même pour un traître aux yeux de tous ceux qu’il aime et qui le respectent, à commencer par son jeune fils, qu’on ne verra que brièvement à la fin, mais que le film utilise comme une sorte de fil rouge dramatique passionnant. Ce thème de la taupe n’est pas si courant dans le western.

Et c’est une grande réussite, et pas uniquement grâce à Gary Cooper, impérial : De Toth s’y connaît en cinéma d’action, et ne laisse jamais son récit perdre de son intensité, réussissant même quelques séquences franchement originales. La scène de l’évasion pour commencer, dont la pénombre tranche avec la lumière vive des scènes extérieures. Ou encore cette spectaculaire scène d’incendie, provoqué pour déloger les voleurs de chevaux. Il y a comme ça quelques moments qui frappent les esprits, dans ce western passionnant.

La Kermesse de l’Ouest (Paint your wagon) – de Joshua Logan – 1969

Posté : 15 janvier, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, EASTWOOD Clint (acteur), LOGAN Joshua, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Kermesse de l'Ouest

Sur le tournage de Paint your wagon, Clint Eastwood s’est juré d’être désormais son propre maître, et de prendre définitivement sa carrière en main. Plus question pour lui de renouveler une telle expérience, et de participer de nouveau à une telle débauche de moyens. Ce n’est pas tant le fait qu’il s’agit là d’un très gros budget qui pose problème : Clint lui-même tournera encore de grosses productions. C’est le fait que « débauche » et « moyens » sont ici totalement indissociables.

Y’a-t-il un seul plan « modeste » ? Une seule image qui semble ne pas avoir coûté une fortune ? Et que dire de cet extraordinaire décor de ville-champignon littéralement avalé dans une séquence hallucinante, variation sur le mode de la farce de Sodome et Gomorrhe… Et pourquoi pas après tout. Sauf que là, cette débauche de moyens (oui, j’insiste) n’est pas au service de la vision d’un cinéaste : elle EST la vision du cinéaste.

Le problème est flagrant dès les toutes premières images, qui montrent un convoi de chariot avançant à travers de grandes plaines. Une image classique du western, que Ford, pour ne citer que lui, a souvent filmé à sa manière frontale, au cœur de l’action. Joshua Logan, lui, multiplie les angles de prise de vue, place sa caméra devant, derrière, sur le côté, et même à bord d’un hélicoptère, comme si cette succession de points de vue allaient donner du rythme à cette introduction.

Mais de rythme, point l’ombre de la queue d’un, dans ce film par moments sympathique, voire amusant, mais constamment too much : trop tape-à-l’oeil, trop prétentieux, trop long aussi. Deux heures et demi pour un western musical aux enjeux dramatiques franchement anecdotiques… On est bien tenté d’abandonner la partie à deux ou trois reprises. Heureusement, une poignée de moments musicaux nous rattrapent par la manche, par leur douce mélancolie : la chanson de la pluie notamment, et surtout celle où Lee Marvin déambule dans la ville, pensant à sa liberté perdue.

« I’m an ex-citizen of nowhere. Sometimes, I get mighty home-sick. »

Dans ce joli moment mélancolique, la voix sourde de Marvin et son regard noir font des merveilles. Et comme si le fait d’avoir vraiment quelque chose à filmer lui ouvrait les yeux, Logan filme cette scène avec une simplicité qui tranche avec le reste du film. Une sorte de parenthèse douce-amère qui ne dure pas, cela dit…

Comme ne dure pas le regard mélancolique de Marvin, qui par ailleurs en fait des tonnes, reléguant ses co-stars au statut de faire-valoirs : Jean Seberg, pourtant fort jolie et surprenante en jeune femme bien décidée à fonder un foyer avec deux maris, et Clint Eastwood donc, qu’on ne verra plus jamais autant en retrait qu’ici. Ses moues offusquées ne trompent pas : on sent bien qu’il se demande ce qu’il fait là, avec son brushing impeccable et ses joues parfaitement rasées, à chanter (plutôt bien d’ailleurs, c’est qu’il a un beau filet de voix) des chansons ineptes :

« I talk to the trees, but they don’t listen to me… »

Ben non, ils n’écoutent pas…

Grands noms de la comédie musicale, Alan Jay Lerner et Fredeick Loewe ont le vent en poupe à cette époque : les films qu’ils ont eux-mêmes adaptés de leurs spectacles Gigi et My fair lady ont été des triomphes. Mais Paint your wagon n’avait pas connu le même succès sur scène. Le thème n’a pas la même force. Les numéros musicaux sont nettement moins emballants (et pourraient d’ailleurs quasiment tous être coupés du film sans qu’on perde quoi que ce soit à l’histoire). Bref… Si une bonne idée ne fait pas forcément un bon film, une mauvaise idée…

Aventure dans le Grand Nord (Island in the sky) – de William A. Wellman – 1953

Posté : 14 janvier, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, WAYNE John, WELLMAN William A. | Pas de commentaires »

Aventure dans le Grand Nord

Un avion fait un atterrissage forcé dans le Grand Nord américain. Sans connaître leur position précise, sans pouvoir communiquer avec leur base, les aviateurs doivent organiser leur survie dans ce désert glacé, tandis que les secours se mettent en place.

Le titre français, un peu passe-partout, évoque curieusement un film d’aventures à la Raoul Walsh. Le titre original est à la fois plus beau, et plus conforme à ce qu’est réellement le film : la variante glaciale d’une histoire de naufragé des mers. L’exil forcé de ces naufragés est ainsi le double négatif d’une île perdue au milieu de l’océan : c’est sur un lac (gelé) perdu au milieu de l’immensité glacée que l’avion a fini sa course.

Wellman signe là un film forcément très personnel. Lui qui fit partie de la mythique escadrille Lafayette n’a cessé de revenir à ses amours pour l’aviation, avec des films qui, toujours, mettent en valeur l’extraordinaire camaraderie de ces hommes qui semblent tant partager. Cette camarederie est au cœur d’Island in the sky. Tout le film repose sur la profonde empathie qui rapproche tous ces pilotes.

Le naufragé Dooley (John Wayne, parfait dans un rôle passif auquel il n’est pas habitué) et ses sauveteurs McMullen, Willy ou Andy (James Arness, Andy Devine et Allyn Joslyn, radicalement différents et pourtant indissociables) ont beau ne jamais partager de scène, on sent constamment entre eux plus qu’un simple attachement : un véritable amour fraternel ou filial, qui est aussi celui de Wellman pour ces pilotes.

Mine de rien, Island in the sky est un film d’aventures assez gonflé, où Wellman ne filme quasiment que des personnages statiques. Assis derrière les commandes de leur avion ou le cul dans la neige, ils sont le plus souvent filmés face caméra. Pourtant, quel rythme durant ces presque deux heures de métrage. Dès la séquence d’ouverture, Wellman impose une tension qui ne retombe pas, cherchant à faire partager les angoisses, les peurs et les espoirs de ces personnages qui, pourtant, ne partagent pas leurs sentiments.

La voix off, très présente dans la première moitié, n’était d’ailleurs sans doute pas indispensable. La seule force du montage, et des gros plans sur les regards habités de ses acteurs, suffit à donner corps au drame qui se noue. Un grand cru pour Wellman.

Scorpio (id.) – de Michael Winner – 1973

Posté : 12 janvier, 2018 @ 8:00 dans * Espionnage, 1970-1979, LANCASTER Burt, WINNER Michael | Pas de commentaires »

Scorpio

Oh l’idée de génie : réunir Burt Lancaster et Alain Delon, dix ans après Le Guépard. Sauf que ce n’est pas Visconti qui réalise, mais Michael Winner. Et il ne faut pas longtemps pour réaliser qu’on ne gagne pas vraiment au change. L’univers visuel du gars est tout de même très limité, et les images sont la plupart du temps purement fonctionnelles, sans grand-chose pour attirer l’œil.

Winner est un simple faiseur, mais un faiseur honnête et finalement efficace, qui réussit là un film d’espionnage sans éclat, mais plaisant, voire même très prenant. Ce n’est pas tant le suspense (plutôt efficace) ou les nombreux décors (Paris, Washington, Vienne…) qui retiennent l’attention, mais le thème habilement traité de la frontière ténue entre le bien et le mal. « Alliés ou adversaires, mais toujours amis », lance ainsi l’agent américain Burt Lancaster à propos de son homologue soviétique.

Avec cette histoire somme toute très classique d’un jeune agent (Delon) chargé de tuer celui qui lui a tout appris, qu’il respecte et qu’il aime (Lancaster), Scorpio plonge dans le monde de l’espionnage tel que des tas de films ou de livres le présente : un univers où les faux-semblants sont partout. Rien de neuf à l’horizon, donc, mais un récit solide et tendu, et une séduisante envie de livrer un vrai film de genre.

On peut se dire que le personnage de Delon est un peu trop attendu : ce rôle de tueur taiseux et attiré par les chats est un clin d’œil un peu appuyé au Samouraï. Mais on retient surtout la longue et remarquable séquence de poursuite sur un chantier de construction, où Delon et Lancaster donnent tous deux de leur personne dans un affrontement spectaculaire qui respire l’authenticité. Le meilleur moment du film.

Plus dure sera la chute (The harder they fall) – de Mark Robson – 1956

Posté : 10 janvier, 2018 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, BOGART Humphrey, ROBSON MARK | Pas de commentaires »

Plus dure sera la chute

Bogart tire sa révérence avec un rôle magnifique, qui met joyeusement à mal son image de dur à principes. Encore que « joyeusement » n’est sans doute pas le terme le mieux choisi. Dans ce beau film signé Mark Robson, il est en quelque sorte le double négatif du héros de Bas les masques : un journaliste sur le retour qui accepte, par appât du gain, de « passer de l’autre côté ».

Pour un journaliste, passer de l’autre côté signifie en gros abandonner ses idéaux d’indépendance et d’objectivité pour vendre sa plume à un produit, à un politique… en l’occurrence à un boxeur, que son manager a « importé » d’Amérique du Sud pour en faire une star du ring, à grands coups de combats truqués. Et il ne fait pas les choses à moitié, Bogie. Non seulement il passe effectivement de l’autre côté, mais il s’y vautre, piétinant les uns après les autres toutes ces choses auxquelles il a dû croire, dans d’autres temps.

Mais il le fait avec une certaine honnêteté intellectuelle, assumant constamment le côté abject de ses actes, qui font de lui le complice pas si passif du machiavélique manager, que joue Rod Steiger avec gourmandise. Entre Steiger et Bogart, rien de commun, ni dans la personnalité, ni dans le jeu d’acteur. Et cette opposition de style colle parfaitement à l’histoire, qui fait cohabiter deux hommes d’univers radicalement différents : le sournois sans scrupule (Steiger), et le cynique rongé par les siens (de scrupules : Bogie).

Le plus beau dans ce film, ce ne sont finalement pas les scènes de boxe, qui appuient un peu lourdement sur le côté toquard de la « vedette » naissante : seuls les derniers combats ont une vraie dimension dramatique, l’un pathétique montrant la triste fin d’un champion, l’autre déchirant montrant l’ultime regain de fierté d’un enfant au rêve brisé.

Attribué à Philip Yordan, d’après un roman de Budd Schulberg, le scénario n’épargne rien au monde de la boxe, peuplé de managers véreux et inhumains, et de spectateurs assoiffés de sang. Sur ce thème, Robson avait déjà signé Le Champion. Il va nettement plus loin ici, signant un film fort aux allures de film noir, où la violence et le danger sont omniprésents. De beaux adieux, pour le grand Bogie.

La Momie (The Mummy) – d’Alex Kurtzman – 2017

Posté : 3 décembre, 2017 @ 8:00 dans 2010-2019, CRUISE Tom, FANTASTIQUE/SF, KURTZMAN Alex | Pas de commentaires »

La Momie

« Bon, les gars, faut trouver quelque chose. Vous êtes sûrs qu’on n’a pas un ou deux super-héros qui traînent dans les cartons ?
- Ben non patron. DC et Marvel se partagent à peu près tout ce qu’il y a sur le marché.
- Des jouets alors ? Des voitures-robots ? Des figurines à la con ? N’importe quoi…
- Rien de tout ça, patron. On a bien nos vieux monstres, mais ils n’ont pas servis depuis longtemps. Je sais même pas si les gens s’en souviennent. Vous savez ? L’homme invisible, le loup-garou, la créature de Frankenstein, Dracula. C’est un peu poussiéreux, mais bon…
- Eh ! Voilà l’idée de génie. On sort tout ça des cartons, on ripoline, on rajoute des cascades, le monde à sauver, et on lance toute une série de films qui seraient reliés les uns aux autres. Allez, on en annonce cinq, six… dix !
- Mais si ça marche pas ?
- Oh ta gueule. On passe pour quoi, nous, si on n’a pas notre univers étendu ? Tu veux quand même pas qu »on trouve une idée neuve à chaque nouvelle production ? Ce qu’il faut, c’est un lien entre tout ça. Tiens, on va mettre le Docteur Jekyll à la tête d’une organisation secrète qui œuvrerait dans l’ombre contre les forces du Mal, de nos jours, à Londres.
- Pourquoi Jekyll ?
- Tu préfères le fantôme de l’opéra ?
- Ben non.
- Bon, ben Jekyll alors.
- Et si on commençait par remettre la Momie au goût du jour ?
- Pourquoi la Momie ?
- Ben, un vieux monstre enterré depuis longtemps qui ressort au grand jour, vous voyez la symbolique pour notre Dark Uninerse…
- Le Dark Universe ! Pas mal comme appellation : c’est sombre, c’est Universal, c’est parfait. A propos, on fait quoi : horreur, action, humour ?… Oh, et puis oubliez la question, on va mélanger tout ça, toute façon tout sera recouvert par les effets spéciaux, on verra pas bien les détails.
- Dites, ça n’a rien à voir, mais Tom Cruise est disponible.
- De mieux en mieux, ce serait une super affiche pour un lancement. Bien, vous me grattez un scénar pour mélanger tout ça, et vous me glissez une séquence dans un avion en chute libre : Tom rêve de tourner en gravité zéro. Si on lui livre ça clé en main, il ne dira pas non. »

Et voilà comment la navrante folie hollywoodienne actuelle accouche d’un film qui ne ressemble à rien. Pas ennuyeux, et même assez plaisant par moments, mais d’une manière générale franchement navrant. Un film qui utilise l’islamisme radical comme un objet de dérision très léger, qui hésite constamment sur le ton à adopter, et qui tourne au grand-guignol.

Un film, surtout, conçu comme le lancement d’une série qui ne verra peut-être jamais le jour, vu l’accueil public plus que mitigé. C’est d’ailleurs tout le malheur qu’on souhaite à Tom Cruise, à qui on ne pardonnerait pas de rempiler, et à Russel Crowe qui, dans le rôle court mais central de Jekyll et Hyde, a signé pour l’ensemble du Dark Universe. Si c’est pas triste une carrière sur le déclin…

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