Play it again, Sam

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Archive pour la catégorie 'par acteurs'

L’Entraîneuse fatale (Manpower) – de Raoul Walsh – 1941

Posté : 22 juillet, 2019 @ 8:00 dans 1940-1949, BOND Ward, DIETRICH Marlene, WALSH Raoul | Pas de commentaires »

L'Entraîneuse fatale

Entre deux monuments incontournables (cette année-là, il signe aussi High Sierra, Strawberry Blonde et La Charge fantastique, bilan aussi impressionnant que celui de Ford en 1939), Walsh tourne ce Manpower qui ne manque pas d’intérêt non plus. Sans atteindre les sommets des trois autres, Walsh signe un film admirablement tenu, et d’une grande richesse.

A vrai dire, il y a même trois ou quatre films là-dedans. Un côté comédie entre hommes, avec ce groupe d’ouvriers chargés de réparer les lignes à haute tension, qui passe leur temps à se lancer des vannes, à s’engueuler et à se rabibocher. Un boulot très dangereux d’ailleurs, que nos bonshommes doivent le plus souvent réaliser dans des conditions extrêmes (pluie, orage, vent), et qui donne lieu à quelques scènes particulièrement spectaculaires, auxquelles Walsh donne un mélange de tension et de légèreté très réussi.

Et quel casting dans ce groupe d’hommes : autour de George Raft et Edward G. Robinson, on trouve Ward Bond, Alan Hale et quelques autres gueules qu’on aime bien, et qui s’amusent visiblement beaucoup à donner de la vie à leurs personnages, dans des moments d’amitié virile comme ce bon Raoul Walsh en a le secret. Du pur plaisir…

Mais cette légèreté apparente est constamment baignée dans une étrange atmosphère qui semble annoncer les drames à venir, et qui ne manquent pas. La gravité d’un ouvrier vieillissant qui pressent la tragédie en marche, ces rapports tendus avec une fille qu’il a délaissée et qu’il a retrouvée alors qu’elle était en prison, le quotidien de cette jeune femme obligée de jouer l’entraîneuse dans un bar mal fréquenté pour simplement vivre.

Cette jeune femme, c’est Marlene Dietrich, qui a de nouveau l’occasion de chanter (passage quasi-obligé pur elle), et qui excelle à faire de son personnage une fausse dure qui cherche à dissimuler ses fêlures et sa sensibilité derrière des abords revêches que ce couillon cynique de George Raft est bien le seul à prendre au sérieux. Mais malgré toutes les bonnes intentions de la belle, on sent vite que c’est le drame qu’elle va apporter dans cette petite équipe soudée, entre le couillon cynique et son pote Robinson, parfait dans son rôle de couillon naïf.

Entre le rire franc et la tragédie pure, Walsh joue un peu aux montagnes russes avec ce film. Mais le résultat, intense et réjouissant, ne laisse aucune place à la tiédeur ou à la facilité. Du pur plaisir, vraiment.

Evasion 3 (Escape Plane : the extractors) – de John Herzfeld – 2019

Posté : 21 juillet, 2019 @ 8:00 dans 2010-2019, ACTION US (1980-…), HERZFELD John, STALLONE Sylvester | Pas de commentaires »

Evasion 3

C’est bien par fidélité pour ce bon Sly que je m’enquille cette suite de la suite la plus désastreuse de toute la carrière de Stallone. Evasion 2 était plus qu’un ratage : c’était une véritable aberration. Et c’est sans doute la plus grande force de ce troisième volet, qui tente (maladroitement) de recoller à l’univers du premier : en comparaison, c’est une réussite. En comparaison.

Au moins John Herzfeld, un proche de Stallone (qu’il a déjà dirigé dans Bad Luck), a-t-il la volonté de faire de belles images. OK, il s’y prend souvent maladroitement, en collant un orage (numérique) à l’arrière-plan, ou un ciel étoilé (numérique) à l’arrière-plan, mais quand même : tout ça permet, de temps à autres, d’oublier la vacuité du truc et la nullité d’un scénario écrit avec des gants. De boxe, les gants : au point de s’oublier et de faire dire à Stallone une « réplique » comme sortie de Rocky. Quelque chose comme « Vas-y, cogne… plus fort. »

Côté histoire, la routine : Ray Breslin, le personnage de Stallone, doit cette fois libéré la fille d’un puissant homme d’affaires chinois, pris en otage par le fils d’un ennemi personnel. D’autant plus personnel qu’il a aussi enlevé sa petite amie, histoire de rendre la chose plus intime… Et comme le film (comme le précédent) est avant tout taillé pour le public chinois, qui avait fait un bel accueil au premier, Stallone partage l’affiche avec deux vedettes locales, spécialistes des arts martiaux.

Stallone est quand même plus présent que dans le deuxième volet. Plus à sa place aussi, même si les différents personnages semblent avoir tous leur propre film, sans grande cohérence : Stallone dézingue méchamment une poignée de méchants, ses deux side-kicks chinois castagnent et se chamaillent de leur côté, Dave Bautista débarque comme par magie les armes à la main au cœur de cette prison soi-disant imprenable, et Curtis « 50 cents » Jackson se contente de cinq minutes d’écran sans intérêt.

Voilà, voilà. Que dire d’autres ? Ah oui, le film s’ouvre avec une longue série de plans sur les laissés pour compte d’une petite ville américaine, qui n’a strictement rien à voir avec la suite. Et il se referme avec une chouette chanson, à peu près le meilleur moment du film. Entre les deux, du tout venant pour Stallone et ses comparses, tourné à la va-vite dans la foulée du précédent pour limiter les frais de production. Clairement pas un grand Stallone, mais vu qu’on n’en attendait strictement rien…

Condamné au silence (The Court-Martial of Billy Mitchell) – d’Otto Preminger – 1955

Posté : 14 juillet, 2019 @ 8:00 dans 1950-1959, COOPER Gary, PREMINGER Otto | Pas de commentaires »

Condamné au silence

Avec ce film, Preminger délaisse le film de genre qui a marqué ses débuts enthousiasmants, pour un cinéma plus ample, et plus engagé. Il y a là une honnêteté et une sincérité qui font mouche. Preminger y dévoile pour la première fois ses ambitions de peintre du système. Mais il y a aussi une application un peu plombante, et une vision franchement édifiante de l’armée et du devoir du militaire…

Tiré d’une histoire vraie, le film raconte la désobéissance d’un officier qui refuse de se soumettre aux ordres de supérieurs qui ne croient pas en l’avenir de l’aviation dans l’armée américaine. On est dans les années 20, à une époque charnière pour l’Air Force, jugée trop coûteuse et pas assez efficace dans la bataille. « C’est sur terre qu’on gagne les batailles » clame l’officier buté.

Pourtant, notre héros, qu’interprète Gary Cooper, a une sacré vista : le scénario va loin, très loin, dans sa capacité d’anticiper les événements à venir, prédisant avec une précision incroyable l’attaque de Pearl Harbor, deux décennies plus tard. Franchement too much…

Le titre original est plutôt bien trouvé, puisque c’est dans la partie procès (la dernière) que le film se révèle le plus efficace, remarquablement écrit : le témoignage qui raconte la mort de Zack (Jack Lord) est aussi fort que toutes les images du monde.

Un gros malaise quand même : la prestation de Rod Steiger. Sa manière d’en faire des tonnes peut avoir un certain charme, voire une vraie portée. Pas dans ce film, face à Gary Cooper et à des seconds rôles comme Charles Bickford, tous excellents mais aucun dans l’esbroufe. Cette façon qu’a Steiger de tirer si ostensiblement la couverture à lui à quelque chose d’assez désagréable qui pèse sur toute la dernière partie.

L’Etang tragique (Swamp Water) – de Jean Renoir – 1941

Posté : 11 juillet, 2019 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, BOND Ward, CARRADINE John, RENOIR Jean | Pas de commentaires »

L'Etang tragique

Il y a des réalisateurs français qui ont su s’adapter aussi bien, voire mieux que les Américains eux-même, au cinéma américain. Jean Renoir est de ceux-là, qui réussit dès son premier film en exil un grand film hollywoodien, maîtrisant d’emblée les codes, le langage, et l’atmosphère de son éphémère terre d’accueil.

L’Etang tragique n’est sans doute pas au niveau de La Bête humaine, ou de La Grande Illusion. Il n’empêche : c’est une vraie réussite, à la fois personnelle dans la manière qu’à Renoir de filmer l’homme dans son environnement, et très américain dans son utilisation des décors, dans le rythme qu’il donne au film, ou dans sa manière de filmer quelques-unes des gueules les plus passionnantes du cinéma américain de l’époque.

Walter Brennan, Walter Huston, Ward Bond, John Carradine, Eugene Pallette, Guinn Williams… Le casting du film ressemble à une liste quasi-complète des meilleurs seconds rôles hollywoodiens (tous bien servis qui plus est). S’ajoutent Anne Baxter en charmante sauvageonne, et Dana Andrews, décidément très grand, absolument formidable dans son rôle de jeune homme à peine entré dans l’âge adulte confronté pour la première fois à l’hostilité du monde.

Surtout, Renoir séduit dans sa manière d’utiliser ses incroyables décors naturels : les marais de Georgie, infestés d’alligators, de serpents et de moustiques. Ces marais hostiles tellement américains, Renoir les filme comme personne avant lui, et comme presque personne après lui : Nicholas Ray dans les Everglades peut-être (La Forêt interdite), ou Bertrand Tavernier, encore un Français, en Louisiane (Dans la brume électrique). A la rigueur Raoul Walsh dans les Everglades aussi (Les Aventures du Capitaine Wyatt).

Renoir, lui, associe assez génialement des images tournées en décors réels et d’autres filmées en studio. Sans doute moins réaliste visuellement que le Ray, son film réussit pourtant sans peine à faire ressentir le danger, la moiteur, et l’immensité désolée de ce décor hors du commun, ne serait-ce qu’à travers le visage suant de Walter Brennan, banni de la société qui vit là, seul, depuis des années, condamné à fuir les hommes qui l’ont condamné à mort.

Beau film noir, à la fois classique par son intrigue, tirée par les cheveux par son dénouement, mais puissant et passionnant du début à la fin. Aux Etats-Unis comme en France, Renoir filme les passions humaines, les soubresauts d’une micro-société. Avec ces décors-là, et avec ces acteurs-là, c’est du pur plaisir.

Honkytonk Man (id.) – de Clint Eastwood – 1982

Posté : 10 juillet, 2019 @ 8:00 dans 1980-1989, EASTWOOD Clint (acteur), EASTWOOD Clint (réal.) | Pas de commentaires »

Honkytonk Man

Clint Eastwood, chanteur de country dont le rêve se brise en même temps que sa voix sur la scène du mythique Grand Ole Opry… Voilà une image qui vous déchire le cœur, l’une des plus touchantes de tout son cinéma. Il faut dire qu’Eastwood cinéaste atteint ici l’un de ses premiers sommets, lui qui venait pourtant de signer Firefox, qui serait pour le coup plutôt à caler dans le bas de la pile… Ce n’est d’ailleurs pas un fait unique dans sa filmographie : dix ans plus tard, il enchaînera La Relève (nanar) et Impitoyable (chef d’œuvre).

Le grand écart est à peu près aussi important, entre les effets spéciaux cheap et dévorants du précédent, et la sensibilité et la simplicité de ce Honkytonk Man, film très personnel autant qu’hommage à l’âge d’or hollywoodien. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si c’est là l’une des rares occasions qu’Eastwood a eu de diriger un acteur de cet âge d’or : John McIntire, figure du cinéma de Raoul Walsh, Anthony Mann ou Henry Hathaway, vu dans une quantité de classiques de Appelez Nord 777 à Psychose.

Eastwood plonge dans cette Amérique de la Grande Dépression, qui est aussi celle de son enfance, lui qui a grandi dans la Californie des années 30. Avec ce film, Eastwood s’impose comme l’un des meilleurs héritiers d’un certain classicisme, celui de Walsh ou Ford, celui des grands espaces et des Raisins de la colère, celui du voyage et de la communauté qui se crée sur la route, thème que l’on retrouvait déjà dans Josey Wales ou Bronco Billy.

Entre le drame social et la comédie de mœurs, Eastwood trouve un ton original qui fait la particularité de son film. Surtout, sa belle voix douce et éraillée à la fois donne au film une atmosphère envoûtante. La musique a souvent été importante dans son cinéma, mais sa propre voix n’a sans doute pas été assez utilisée (il a chanté dans le western musical La Kermesse de l’Ouest et dans les bandes sons de Ça va cogner et Minuit dans le jardin du bien et du mal). Jamais en tout cas comme ici.

Entre deux épisodes quasi-comiques (le faux braquage raté, le bain contrarié par un taureau, le dépucelage du neveu joué par le propre fils de Clint, Kyle), le film est surtout marqué par la vision qu’Eastwood offre de cette Amérique qui oublie la Grande dépression dans les clubs ruraux (les Honkytonk), superbes séquences nostalgiques au rythme envoûtant. Et cette chanson qui donne son titre au film, qui plane sur les dernières images comme un rêve amer, et qui vous hante longtemps…

Jusqu’au bout du rêve (Field of dreams) – de Phil Alden Robinson – 1989

Posté : 8 juillet, 2019 @ 8:00 dans 1980-1989, COSTNER Kevin, FANTASTIQUE/SF, LANCASTER Burt, ROBINSON Phil Alden | Pas de commentaires »

Jusqu'au bout du rêve

Le base-ball comme symbole de l’innocence perdue, la nostalgie d’une certaine Amérique profonde… Il y a dans ce film des tas de choses qui pourraient agacer, ennuyer, ou faire fuir. Et pourtant, avec Field of dreams, Phil Alden Robinson réussit une sorte de miracle: tout fonctionne, tout est d’une justesse totale, l’émotion est constante, et forte. Avec ce film, le réalisateur un superbe conte à la Capra, trouvant une sorte d’alchimie que la suite de sa filmographie n’expliquera pas.

Kevin Costner, fermier paisible qui s’ennuie un peu dans ses terres reculées, qui entend des voix dans son champ de maïs… La scène qui ouvre le film aurait pu plomber l’ensemble du récit. Mais pour une raison que je n’arrive toujours pas à m’expliquer après quelques visions, cette image est belle, très belle. Et elle dégage d’emblée un parfum doucement nostalgique qui renvoie à l’enfance et vous prend aux tripes.

Et il est formidable, Costner, juste . Alors en pleine ascension (il n’allait pas tarder à tourner Danse Avec les Loups, son grand-œuvre), il est une incarnation parfaite d’une certaine Amérique : celle des rêves perdus, d’une certaine innocence. Le film valorise cet esprit d’auto-entreprise qui a accompagné la naissance de la nation. Et ce qui aurait pu être de la naïveté se transforme en une fable universelle autour de la figure du père, qui vous prend aux tripes pour ne plus vous lâcher.

Impossible de ne pas verser une larme devant ce face-à-face tant attendu entre Kevin et son père, figé pour l’éternité dans une jeunesse qu’il n’a jamais connue, sur ce terrain de base-ball créé au milieu des champs de maïs pour apaiser les fantômes de joueurs morts depuis longtemps (un beau rôle pour Ray Liotta). Impossible aussi de ne pas vibrer devant la dernière scène d’un Burt Lancaster en fin de carrière, qui disparaît avec une douceur ouatée dans un ailleurs qu’on ne peut qu’imaginer. Un beau film, en état de grâce…

LIVRE : Frank Borzage, un romantique à Hollywood – d’Hervé Dumont – 1993/2013

Posté : 15 juin, 2019 @ 8:00 dans BORZAGE Frank, FARRELL Charles, LIVRES | Pas de commentaires »

LIVRE Frank Borzage un romantique à Hollywood

Voilà sans doute la meilleure façon de découvrir l’univers d’un cinéaste, de vraiment le découvrir : enchaîner en trois ou quatre mois 35 de ses films, tout en lisant un pavé de 1000 pages qui lui est consacré. Le voyage a en tout cas été passionnant, et je l’écris ici pour la postérité : Frank Borzage est un cinéaste immense, peut-être le plus grand de tous les grands cinéastes mésestimés.

Il y a bien longtemps que j’aime passionnément ses grands chefs d’œuvre muet avec le couple Janet Gaynor-Charles Farrel. Mais quelle découverte, quel voyage fascinant : ses débuts en tant qu’acteur puis réalisateur de petits westerns déjà très intéressants (The Pilgrim), ses premières œuvres personnelles (The Circle), son premier âge d’or (Seventh Hour), mais aussi le passage au parlant (They had to see Paris).

Et ces extraordinaires années 30, émaillée d’immenses chefs d’œuvre (Man’s Castle, Three Comrades), et d’une richesse inépuisable. Rien à jeter, ou presque, dans cette décennie, où même ses films considérés comme mineurs (Shipmates forever) recèlent des moments de pure magie, sans même compter tous les bijoux méconnus, trop vite oubliés (Living on velvet, Stranded, Big City…).

A vrai dire, sa carrière reste passionnante de bout en bout. Ses années 40 sont souvent méprisées ? A tort : même si les grands chefs d’œuvres sont plus rares, le plus romantique des cinéastes hollywoodiens a toujours ce don pour faire naître une émotion immense, et pour filmer l’intimité naissante entre ses personnages. Et quel directeur d’acteur, qui tire le meilleur de ses comédiens, de Deanna Durbin (His butler’s sister) à Van Heflin (Seven Sweetheart).

Bref, une mine inépuisable pour Hervé Dumont, qui signe l’ouvrage de référence sur Borzage. Moins une biographie à proprement parler qu’une étude détaillée de sa filmographie. Sans doute est-ce dû à la discrétion du cinéaste, Dumont ne s’attarde qu’à de rares occasions sur des épisodes personnelles de sa vie, ne livrant que très peu d’anecdotes. Trop peu à mon goût d’ailleurs : c’est uniquement à travers ses films qu’on découvre l’homme.

A une exception près quand même : Dumont s’intéresse longuement, très longuement, à l’appartenance de Borzage à la franc-maçonnerie, dont il fait le socle de toute la filmographie du cinéaste, en tout cas dans sa première moitié. Quitte à surinterpréter certains de ses films, sans doute.

Cela dit, le livre de Dumont est d’une grande précision sur le travail de Borzage, détaillant longuement les films majeurs du cinéaste (à tel point qu’il vaut mieux avoir vu les films, pour ne pas s’en gâcher le plaisir), balayant un peu trop vite certaines œuvres plus mineurs, en réhabilitant d’autres… Pas la plus intime des biographies, mais un livre important pour plonger dans l’œuvre si méconnue d’un si grand cinéaste.

L’Emprise du crime (The Strange Love of Martha Ivers) – de Lewis Milestone – 1946

Posté : 10 juin, 2019 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, DOUGLAS Kirk, MILESTONE Lewis, STANWYCK Barbara | Pas de commentaires »

L'Emprise du crime

« Don’t look back… Don’t ever look back. » La dernière réplique résume assez bien ce très beau film noir, dans lequel la nostalgie est quelque chose de franchement cruel.

Tout commence en 1928. Martha Ivers, jeune nièce de la toute puissante maîtresse d’Iverstown (jouée par la grande Judith Anderson), ne rêve que de fuir sa prison dorée avec Sam, fils de personne. Rattrapée alors qu’elle embarquait dans un train, elle finit par tuer sa tante devant un autre ami, Walter, alors que Sam s’est enfuie. Dix-huit ans plus tard, ce dernier revient à Iverstown…

En revenant (par hasard) dans la ville de son enfance, Sam pensait simplement renouer avec des souvenirs de jeunesse. Il retrouve les amis avec lesquels il a grandi mariés, riches et puissants, mais misérablement malheureux. Elle, autoritaire et froide comme l’était sa tante. Lui, pathétique avec ses faux airs de gamins pleurnichard qui se noie dans l’alcool du matin au soir pour oublier qu’il n’est qu’une poupée entre les mains de sa femme.

Et c’est un magnifique trio d’acteurs que filme Lewis Milestone. Barbara Stanwyck, immense comme elle l’a souvent été. Van Heflin (Sam), parfait dans le rôle du brave gars, droit et intègre. Et Kirk Douglas, dans son tout premier rôle, et déjà formidable en sale type tellement pathétique qu’il en devient touchant. Plus Lizabeth Scott, également quasi-débutante, très bien en ex-taularde qui croit enfin saisir une chance d’être heureuse.

C’est avant tout un film de personnages prisonniers de leur passé. Pas Van Heflin, le seul à avoir su partir à temps. Mais ses amis d’enfance, qui vivent depuis toujours dans le décor d’un drame, prisonniers de leurs crimes et de leurs souvenirs. Lewis Milestone filme parfaitement le sentiment de gâchis de ces vies basées sur des mensonges.

Et s’il utilise les codes du film noir, s’il crée un vrai suspense et quelques moments de grande tension, son film est avant tout l’histoire d’un homme qui ne se retourne pas et qui apprend à une jeune femme paumée à en faire de même, et d’un autre couple condamné à constamment se retourner, et donc sans avenir.

Il y a là des tas de grands moments de cinéma. La rencontre entre Van Heflin et Lizabeth Scott, sur les perrons d’une maison qui l’a vu naître (lui) et qui l’a mise à la porte (elle) : c’était l’époque où les couples se formaient autour d’une cigarette, et c’était visuellement magique. Les retrouvailles entre Van Heflin et Kirk Douglas, sommet de faux-cuterie. La froideur glaçante de Barbara Stanwyck au sommet de l’escalier…

Rien à jeter en fait, dans ce film cruel et lumineux à la fois, superbe confrontation de deux couples que tout oppose, l’un des sommets de la carrière de Milestone, sans aucun doute.

Quand les aigles attaquent (Where Eagles dare) – de Brian G. Hutton – 1969

Posté : 3 juin, 2019 @ 8:00 dans 1960-1969, EASTWOOD Clint (acteur), HUTTON Brian G. | Pas de commentaires »

Quand les aigles attaquent

Ça commence dans l’avion qui amène le commando sur les lieux de sa mission, et ça s’achève dans l’avion qui remmène les rescapés. Entre ces deux moments, pas le moindre bout de gras, pas le moindre temps mort. Pas la moindre tentative de développer une quelconque psychologie non plus d’ailleurs : du suspense, de l’action, de la tuerie, pendant près de deux heures et demi.

Entre la trilogie du dollar et L’Inspecteur Harry, Clint Eastwood est dans une sorte d’entre-deux. Une star déjà, qui partage ici l’affiche avec Richard Burton (derrière Burton, comme il sera derrière Lee Marvin pour La Kermesse de l’Ouest, et derrière Shirley MacLaine dans Sierra Torride), mais pas encore un mythe. Même si, mine de rien, sa manière de dessouder à lui seul toute une partie de l’armée allemande sera une pierre non négligeable dans la construction de ce mythe.

On ne voit d’ailleurs que Clint dans ce film explosif, grosse production comme il en tournera finalement peu dans sa carrière. Il n’a strictement rien à jouer ici : à peine sert-il la mâchoire entre deux fusillades, à peine prend-il le temps de sortir une poignée de dialogues sans grande importance. Mais il faut lui reconnaître un vrai talent pour incarner l’homme d’action dans ce qu’il a de plus élémentaire. De fait, il éclipse sans mal un Richard Burton un rien transparent.

Quand les aigles attaquent, c’est du bon cinéma bien bourrin à l’ancienne, une sorte de plaisir régressif qui renvoie votre humble serviteur à son adolescence, lorsque je n’attendais qu’une occasion de revoir ce film que je considérai comme un chef d’œuvre. Délire d’ado sans doute, mais on se doit de respecter ses propres souvenirs : OK, ce n’est pas un chef d’œuvre, mais Brian G. Hutton mène cette opération commando en pleine guerre mondiale avec un vrai sens du rythme, et une efficacité énorme.

C’est gros, jamais crédible, pas vraiment émouvant, mais ça en met plein les yeux, et ça se regarde avec un vrai plaisir gourmand. Que demander de plus ?

Six chevaux dans la plaine (Six black horses) – de Harry Keller – 1962

Posté : 26 mai, 2019 @ 8:00 dans 1960-1969, KELLER Harry, MURPHY Audie, WESTERNS | Pas de commentaires »

Six chevaux dans la plaine

Ce n’est pas parce qu’on n’a pas de moyens qu’on ne peut pas avoir d’ambitions. Ce western fauché n’en manque pas, pas plus qu’il ne manque d’intérêts…

De beaux décors naturels, trois acteurs qui se partagent seuls l’écran pendant une bonne partie du film… Il n’en faut pas plus à Harry Keller pour mener son film avec une efficacité indéniable. Pas de grands effets, ni de cascades spectaculaires : le film se limite en grande partie à l’avancée de ces deux hommes (Audie Murphy et Dan Duryea) qui escortent une jeune femme aux motivations mystérieuses à travers le territoire indien.

Parmi les aspects très réussis du film, il y a la manière dont Keller utilise ses décors, parfois les mêmes d’une scène à l’autre, mais avec un vrai sens de l’espace, particulièrement frappant dans les boyaux étroits des monts rocheux.

Et puis les rapports troubles entre les deux personnages principaux, amicaux et ambigus à la fois, et pour une fois vraiment complémentaires, sont particulièrement convaincants.

Une limite, quand même : Harry Keller n’est pas un excellent directeur d’acteurs. Malgré l’alchimie indéniable entre Murphy et Duryea, deux gueules qui connaissent leur métier, on sent ce dernier souvent mal à l’aise, pas dans le ton. Au contraire de Murphy, très bien comme souvent.

En revanche, évacuons vite la question Joan O’Brien, jolie plante qui se contente à près de faire ça : la jolie plante, y compris lors d’une séquence sous tension qu’elle gâche royalement, celle où un chef Indien veut l’échanger contre un cheval. Un cheval contre une jolie plante ?

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