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Archive pour la catégorie 'par acteurs'

La Vallée de la peur (Pursued) – de Raoul Walsh – 1947

Posté : 13 octobre, 2017 @ 8:00 dans 1940-1949, MITCHUM Robert, WALSH Raoul, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Vallée de la peur

Un vrai mystère dans un western, sombre et profond, qui ne s’éclaire que dans les toutes dernières minutes… Ce n’est pas si courant, et c’est ce qui rend ce Walsh si atypique, et si fascinant. Dès la première scène, on est littéralement happé par le destin tragique d’un Robert Mitchum tout jeune, qui affiche une triste résignation face à son sort : on le découvre réfugié dans une ruine au milieu du désert, attendant presque sereinement les hommes qui vont venir pour le tuer.

Comment est-il arrivé là ? Qui sont ces hommes décidés à en finir avec lui ? Lui-même n’a pas toutes les réponses, et ce mystère le hante littéralement, comme il hante tout ce beau film. Le passé de Bob, il se le remémore lui-même au gré de ses souvenirs, avec la belle Teresa Wright venue le retrouver. Construit sur de longs flash-backs, le film joue la carte de l’originalité, et frappe fort.

Cette originalité permet d’ailleurs d’avaler l’intrigue elle-même, banale et peu crédible histoire de vengeance, simple prétexte que Walsh semble prendre moyennement au sérieux. Un Walsh particulièrement tourné vers la psychologie de ses personnages : de Bob Mitchum qui s’interroge sur la nature du mal et sur sa propre nature, à Judith Anderson, toujours excellente, dans un rôle auquel elle apporte ce trouble qu’elle trimbale de film en film.

Les Vikings (The Vikings) – de Richard Fleischer – 1958

Posté : 5 octobre, 2017 @ 8:00 dans 1950-1959, CURTIS Tony, DOUGLAS Kirk, FLEISCHER Richard | Pas de commentaires »

Les Vikings

Mel Gibson rêve depuis des années de réaliser le film ultime sur les Vikings. Mais il ferait mieux de réviser sa cinéphilie : ce film ultime existe déjà, même qu’il s’appelle très sobrement Les Vikings, et que c’est l’excellent Richard Fleischer qui l’a réalisé il y presque 60 ans. Même qu’il y a Kirk Douglas et Tony Curtis en (demi-) frères ennemis là-dedans, que Janet Leigh y est sexy comme jamais, et que Ernest Borgnine y est un truculent et réjouissant chef Viking.

Voilà donc un très grand film d’aventures tourné en Cinemascope et dans un Technicolor magnifique : la photo, signée Jack Cardiff, est sublime, aussi bien dans les scènes intérieures de beuverie que dans les extérieurs en décors naturels, ou sur la mer baignée de brouillard. Mais Les Vikings est plus que ça. Les moyens conséquents dont Fleischer dispose permettent d’offrir une reconstitution d’une rare ambition, fascinante par sa précision, que ce soit pour filmer le quotidien du village Viking (dans des paysages à couper le souffle), ou la défense qui s’organise dans le château anglais assiégé.

Cette ambition n’écrase jamais Fleischer, qui se montre aussi à l’aise dans la superproduction que dans les séries B de ses débuts. Ici, il réussit constamment le plan juste et souvent inattendu : une contre-plongée sur le pont-levis qui se baisse, une plongée vertigineuse sur Kirk et Tont qui se battent au sommet du château, ou ce magnifique travelling filmant en gros plan les visages des Vikings prêts à affronter la mort… C’est du très grand cinéma hollywoodien, visuellement superbe.

Le scénario relève de la même ambition, avec cette histoire de deux ennemis qui découvrent trop tard qu’ils ont le même père. Les regards perdus des deux acteurs dans leur ultime scène ensemble sont inoubliables, image digne des plus grandes tragédies. Même l’histoire d’amour (avec un tendre baiser entre Janet et Tony que Jamie Lee doit se repasser en boucle) dépasse les conventions du genre, lors de cette scène où Janet Leigh laisse transparaître une attirance trouble pour la brute Einar, tout en clamant son amour pour Eric.

On la comprend bien d’ailleurs : face à un Tony Curtis un peu effacé derrière sa barbe, Kirk Douglas (également producteur et au sommet de sa carrière, entre Les Sentiers de la gloire et Le Dernier Train de Gun Hill) est extraordinaire d’intensité, inquiétant et séduisant à la fois. Un grand rôle, dans un grand film.

Le Champion (Champion) – de Mark Robson – 1949

Posté : 29 septembre, 2017 @ 8:00 dans 1940-1949, DOUGLAS Kirk, ROBSON MARK | Pas de commentaires »

Le Champion

Encore un film de boxe ? Oui, et celui-ci s’inscrit gentiment dans la mécanique bien huilée du genre, avec le destin d’un laissé pour compte qui trouve sa place sur le ring, et gravit les échelons de la gloire et de la fortune tout en perdant son humanité. Rien de bien surprenant, donc, même si Mark Robson filme tout ça fort bien, comme un film noir.

Surtout, c’est le premier grand rôle de Kirk Douglas, 33 ans et une présence magnétique. C’est à lui, surtout, que le film doit d’être à ce point mémorable. Remarqué dans quelques films remarquables (dès son tout premier rôle dans L’Emprise du crime), Douglas n’hésite pas, dès ces premières années à Hollywood, à mettre en avant les aspects détestables de ses personnages. C’est particulièrement vrai dans Le Champion.

Le film n’est jamais vraiment surprenant ? Kirk Douglas l’est, lui, constamment, trouvant le parfait équilibre entre l’humanité et la mesquinerie de son personnage, dont on ne sait jamais s’il nous touche ou s’il nous dégoûte. En contrepoint de son personnage à la présence dévorante, Arthur Kennedy est excellent dans un rôle ouvertement en retrait, frère handicapé et étouffé, qui révèle en négatif l’humanité perdue du « champion ».

On sent bien qu’on est en plein « film noir », et que rien de bon n’attend Kirk, son regard obtus et sa sensibilité en berne. Et comme dans tout bon film noir, son ascension et sa chute sont étroitement liés. Le personnage est pathétique. L’acteur est magnifique.

L’Ombre d’un géant (Cast a giant shadow) – de Melville Shavelson – 1966

Posté : 17 septembre, 2017 @ 8:00 dans 1960-1969, DOUGLAS Kirk, SHAVELSON Melville, WAYNE John | Pas de commentaires »

L'Ombre d'un géant

On sent bien que Melville Shavelson, scénariste et réalisateur dont j’avoue ne connaître aucun autre film, a pris à cœur cette grosse production consacrée à la naissance de l’Etat d’Israël, véritable hommage au courage du peuple juif. Cet engagement du cinéaste fait à la fois la force et la faiblesse du film. La force parce qu’on ne peut qu’être séduit par la sincérité du propos, et par le soin apporté à l’écriture et à la mise en scène, ample et souvent spectaculaire. La faiblesse parce qu’on sent aussi la crainte de ne pas être à la hauteur du sujet derrière l’extrême application, parfois, et ce désir d’être didactique tout en étant admiratif.

Le film est finalement trop dans l’hommage pour être tout à fait honnête, hélas. Aussi attachant soit-il, le film pêche par trop d’académisme et trop d’application, et manque probablement d’un peu de recul. Cela dit, ça fonctionne plutôt bien, comme une succession de moments forts souvent bien réalisés. Dans les transitions, la réussite est plus discutable, comme dans les quelques flash-backs assez calamiteux, dont le seul intérêt semble être d’étoffer le rôle tenu par John Wayne.

Wayne fait partie des « special appearances » du film, avec Yul Brynner et Frank Sinatra. Mais c’est Kirk Douglas qui tient le rôle principal : celui, bien réel, d’un ancien officier de l’armée américaine qui accepte de conseiller, puis d’unifier et de diriger la toute jeune armée israélienne. Excellent, comme toujours, l’ami Kirk incarne parfaitement ce mélange de force et de doutes qui caractérise son personnage.

D’ailleurs, le film n’est jamais aussi bon que quand il s’intéresse à lui, à la manière dont il s’éprend de la cause israélienne, coup de foudre personnifiée par une jeune et belle combattante (Senta Berger, qui lui ferait presque oublier l’épouse qu’il a laissée à New York, et qui est quand même interprétée par Angie Dickinson. Ces errements de cœur, l’évolution de la perception de « son » Amérique et de cette terre d’Israël qu’il découvre, sont les plus belles réussites de ce film imparfait mais à la sincérité séduisante.

La Chaîne (The Defiant Ones) – de Stanley Kramer – 1958

Posté : 11 septembre, 2017 @ 8:00 dans 1950-1959, CURTIS Tony, KRAMER Stanley | Pas de commentaires »

La Chaîne

« Ils doivent être des millions, et aucun ne se comprend ! » Tony Curtis et Sidney Poitier, prisonniers en cavale enchaînés l’un à l’autre, parlent des animaux qui les entourent, mais on jurerait que c’est d’eux-mêmes qu’il s’agit en fait : deux hommes que tout oppose dans ce Sud des Etats-Unis où leur couleur de peau respective représente une barrière infranchissable entre eux.

Le racisme qu’ils affichent l’un comme l’autre est de circonstance, et ne souffre aucune explication, aucune justification. Ils se détestent tout simplement parce que l’un est blanc, et l’autre et noir. « Negro » ? Ce n’est même pas une insulte, juste une vérité absolue. « Et il n’y a rien que tu puisses y faire », lance Curtis. Dans des circonstances « normales », ces deux-là ne se seraient pas parlé. Dans des circonstances exceptionnelles, ils auraient pu d’entre-tuer.

Sauf que tous deux courent (au sens propre) pour leur liberté, poursuivis par des policiers et leurs chiens. Et que la chaîne qui les relie par le poignet les oblige à courir ensemble, à se reposer ensemble, à affronter ensemble les danger, et à s’entraider plutôt que s’entre-tuer, parce que la survie de l’un dépend de celle de l’autre, tout simplement.

Le dispositif est habile, et la mise en scène est parfaite. Plutôt que de surjouer la haine et le rejet de l’autre, Stanley Kramer préfère filmer les doutes qui naissent dans le regard de l’un et de l’autre. Les interrogations que l’on devine aussi : au fond, pourquoi devrait-on se haïr ? Si les hommes ne se comprennent pas, c’est peut-être simplement parce qu’ils ne se parlent pas.

Dans le rôle du « Negro », qui d’autre que Sidney Poitier ? L’acteur allait devenir le symbole hollywoodien de la cause noire, et sa filmographie est parsemée de films (souvent excellents) dénonçant le racisme. Du coup, c’est plutôt Tony Curtis qui surprend. Loin de ses rôles de jeunes premiers, il est d’une intensité assez impressionnante, tout en laissant sourdre une émotion à fleur de peau.

En contrepoint de leur course en avant, le groupe de policiers est lui aussi joliment écrit, du flic va-t-en guerre joué par Charles McGraw au shérif débonnaire interprété par Theodore Bikel, deux personnalités qui disent beaucoup du rapport à l’autre souvent difficile. Dans ce road movie sans route, on croise d’ailleurs beaucoup d’êtres profondément seuls, de cet ancien bagnard que joue Lon Chaney Jr, à la mère de famille désespérément en manque d’amour (Cara Williams).

Finalement, la chaîne qui unit nos deux fuyards ressemble presque au symbole d’un nouveau départ, tourné vers l’autre. Au-delà du suspense très efficace, une belle leçon de vie.

Le Clan des Siciliens – de Henri Verneuil – 1969

Posté : 5 septembre, 2017 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1960-1969, GABIN Jean, VERNEUIL Henri | Pas de commentaires »

Le Clan des Siciliens

Gabin, Delon, Ventura… On pouvait craindre le pire de l’association de ces trois monstres du cinéma français, s’attendre à une simple formule pour créer l’événement. D’où la très agréable surprise à revoir ce petit classique du « cinéma de papa ».

D’accord, les trois stars sont en terrain connu, et se contentent de rejouer les personnages que l’on attend d’eux, sans surprise et sans éclat. Gabin, surtout, ronronne un peu en patriarche d’une famille de gangsters siciliens installés à Paris, abhorrant la violence. Oui, Gabin en Sicilien, déjà, ça n’aide pas à croire énormément au personnage…

Ventura en flic, ce n’est pas non plus une nouveauté. Mais son personnage, un peu en retrait, n’est pas inintéressant. Totalement débordé par les événements, il séduit même franchement par ses regards dépassés et fatigués, apportant une (petite) touche de légèreté à un film plutôt sombre et tendu par ailleurs.

Quant à Delon, il apporte beaucoup de nuances à un personnage mutique et inquiétant. Un sourire à peine ébauché à l’évocation d’un souvenir d’enfance, un regard plein de désir vers une femme trop facile par qui le malheur arrivera… Il réussit à rendre humain un homme qui semble a priori sans aspérité.

Mais Le Clan des Siciliens est moins un film de personnage qu’une remarquable mécanique scénaristique. Adapté (par Verneuil lui-même avec José Giovanni et Pierre Pelegri) d’un roman d’Auguste Le Breton, l’auteur de Razzia sur la chnouf, le film est un modèle de construction, où les personnages se croisent et participent constamment à une sorte de mouvement perpétuel, à l’image de Delon passant d’un véhicule à un autre dans cette scène au suspens imparable.

Et puis il y a la musique de Morricone (très réussie), un duel final très westernien (Verneuil multiplie d’ailleurs les clins d’œil à Vera Cruz), quelques excès de violence particulièrement marquants (la scène, courte et brutale, dans la chambre de la prostituée), et une ambition désinhibée qui fait plaisir dans le polar français de cette époque : le contraste entre le détournement réussi d’un avion au-dessus de New York et la banale histoire de tromperie donne au film une belle amertume.

New York – Miami (It happened one night) – de Frank Capra – 1934

Posté : 1 septembre, 2017 @ 8:00 dans 1930-1939, BOND Ward, CAPRA Frank | Pas de commentaires »

New York Miami

Premier triomphe absolu pour Capra, qui en connaîtra d’autres, et dont le film est le tout premier à décrocher les cinq Oscars majeurs (film, réal, scénar, acteur et actrice). Il restera d’ailleurs le seul dans cette catégorie pendant plus de quarante ans, jusqu’à Vol au-dessus d’un nid de coucou (puis Le Silence des Agneaux). Dans une période particulièrement riche pour le cinéaste, qui peaufine son style et enrichit son univers film après film, celui-ci frappe pourtant par son extrême simplicité, et même par une certaine modestie.

La plupart des films de Capra sont basés sur un postulat de départ très fort. Ici, le cinéaste utilise un modèle déjà presque éculé de la comédie romantique : une riche héritière en cavale rencontre un type modeste et droit. Cela se passe dans un bus, et forcément, ces deux-là passent leur temps à s’engueuler, forcés de cohabiter après s’être retrouvés sans le sou. L’issue de l’histoire ne fait aucun doute, et Capra sait mieux que quiconque filmer ces ébauches de sourire et ces regards en coin qui annoncent la romance à venir. Mais ce qui fait tout le sel de It happened one night, ce n’est pas le terminus du voyage, c’est le voyage lui-même.

Pas la moindre fausse note dans ce monument indépassable de la « rom com ». L’alchimie est parfaite entre une Claudette Colbert irrésistible en jeune femme trop gâtée qui découvre les contraintes du quotidien, et Clark Gable dans l’un de ses premiers très grands rôles, un peu macho, un peu grande gueule, et très noble au bout du compte. Ce couple improbable est le moteur de ce road movie délicieux, qui respecte les règles du genre tout en surprenant constamment.

Capra réussit à donner un beau mouvement à son film, tout en s’offrant d’innombrables pauses, à l’image de cette chanson qu’improvisent les passagers du bus en pleine nuit. Un moment de partage et de joie comme seul Capra sait les mettre en scène, et qui annonce ses grands classiques avec James Stewart. Il a aussi cette incroyable sensibilité pour filmer les sentiments : ce plan quasi-obscur de Claudette Colbert de dos, faisant face à ce mur de couverture qui la sépare de celui qu’elle aime sans le dire, est d’une beauté renversante.

Comédie libre et réjouissante, le film a profondément marqué le genre, lançant la mode de la Screwball Comedy. Un vrai classique, quoi…

La Blonde framboise / Strawberry Blonde (The Strawberry Blonde) – de Raoul Walsh – 1941

Posté : 30 août, 2017 @ 8:00 dans 1940-1949, CAGNEY James, WALSH Raoul | Pas de commentaires »

The Strawberry Blonde

Dans la liste des films qui rendent heureux, celui-ci figure en bonne place. Loin des films de gangsters qui ont fait leurs réputations, Raoul Walsh et James Cagney se retrouvent pour un film drôle et infiniment délicat, hymne au bonheur simple et à l’amour, le vrai, avec un grand A et les yeux doux et irrésistibles d’Olivia De Havilland.

On en sort en fredonnant « And the band played on » (le générique de fin propose même aux spectateurs de reprendre la chanson en karaoké avant de quitter la salle, on imagine l’ambiance et le plaisir partagé), et avec l’envie irrépressible d’enlacer nos deux tourtereaux, et de dire à celle qu’on aime qu’on l’aime. Bref, un vrai feel-good movie.

The Strawberry Blonde n’est pas une comédie musicale. Mais c’est le genre de films où les clients d’un barbier peuvent se mettre à chanter ensemble, et où tout est mouvement, à l’image de cette première rencontre entre les deux « couples » du film : l’horrible Jack Carson dont l’avenir prometteur séduit celle qui monopolise tous les regards, jouée par la star montante Rita Hayworth, et ce bon vieux James Cagney qui se « rabat » sur la bonne copine, Olivia De Havilland.

C’est tout le drame de sa vie, à la pourtant magnifique Olivia : ce couillon de Jimmy mettra dix ans pour réaliser que celle qu’il a finalement épousée est non seulement la plus belle, mais aussi celle qui peut le rendre profondément heureux. Elle en interprétera d’autres, des personnages plongés dans l’ombre d’actrices à la beauté plus arrogante. Mais ici, le drame ne fait qu’affleurer, malgré un passage bouleversant où Olivia voit son mari partir avec bravade entre deux policiers, loin d’elle.

Les larmes, pourtant, sont de joie dans ce film, qui est aussi l’un des plus drôles tournés par Walsh. Un chef d’œuvre dont le cinéaste filmera lui-même un remake dès 1948, cette fois sous la forme d’une vraie comédie musicale : One sunday afternoon, pas le plus connus de ses films…

Le Bon, la brute et le truand (Il buono, il brutto, il cattivo) – de Sergio Leone – 1966

Posté : 29 août, 2017 @ 8:00 dans 1960-1969, EASTWOOD Clint (acteur), LEONE Sergio, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Bon, la brute et le truand

Film après film, la fameuse “trilogie du dollar” de Sergio Leone n’aura cessé de gagner en ambition, sans rien perdre de son originalité et de son esprit, ni de sa volonté de rendre hommage au grand western traditionnel américain tout en le dézinguant allègrement. Avec Pour une poignée de dollars puis Et pour quelques dollars de plus, Leone avait posé les bases esthétiques et thématiques que l’on retrouve ici démultipliées, et magnifiées.

A commencer par cette manière si nouvelle d’étirer l’action à l’extrême et de filmer les temps morts comme d’authentiques moments de vie. C’est flagrant dès la scène d’ouverture, long moment muet tout en faux semblants dans les rues désertiques et poussiéreuses d’une petite ville de l’Ouest. Ça l’est encore plus dans le mythique duel à trois (on doit dire “truel” ?) au milieu des tombes qui clôt le film, chef d’oeuvre de découpage qui sera maintes fois copié.

Surtout, Leone confirme, avec le soutien d’un Clint Eastwood déjà mythologique, son désir de rompre avec l’esprit chevaleresque et l’héroïsme des westerns classiques. Le “bon” qu’interprète Clint est en effet un type aussi peu fréquentable que le “truand” joué avec gourmandise par Eli Wallach. Et lorsque ce terme, “Le Bon”, apparaît à l’écran à la fin du long prologue, c’est juste après qu’il ait trahi son complice en l’abandonnant au beau milieu d’un désert. Ou comment s’amuser avec cynisme et jubilation des vieux mythes de l’Ouest…

Le Bon, la brute et le truand est un film d’une richesse à peu près inépuisable. Une véritable fresque historique, autant qu’une histoire assez traditionnelle de chasse aux trésors. Un film monumental construit, avec une fluidité exemplaire, comme une succession de moments d’anthologie tous inoubliables. Le visage de Clint brûlé par le soleil dans le désert ? La rencontre cruelle et émouvante de Tuco/Eli Wallach avec son frère moine ? Les musiciens de la prison qui jouent pour couvrir les cris des victimes de la “brute” Lee Van Cleef ? Difficile de dire quel est le moment le plus marquant de ces presque trois heures de pur plaisir.

Mais il y a là une ampleur qui fait plaisir à voir, et une manière fascinante de construire le films en épisodes qui pourraient être indépendants mais qui forment un tout absolument cohérent. Avec la guerre en civile en toile de fond, à la fois prétexte de l’intrigue, et fil conducteur d’un sous-texte curieusement pacifiste.

Car si Leone filme avec un plaisir ironique les trois personnages principaux qui se trahissent ou tentent constamment de s’entre-tuer, c’est une vision tragique de la guerre qu’il offre, avec ces colonnes de soldats fatigués, ou ces gros plans sur des visages encore jeunes mais d’une tristesse abyssale. Jusqu’à cette hallucinante séquence du pont, belle dénonciation des absurdités de la guerre. « J’avais encore jamais vu crever autant de monde », lance même un Clint Eastwood pourtant habitué à la violence…

Clint Eastwood, justement, qui refusera de prolonger cette période “spaghetti”, estimant qu’il y avait dans les films de Leone de moins en moins de place pour exister : lui qui était la seule vedette de Pour une poignée de dollars devait partager le haut de l’affiche avec Lee Van Cleef dans Et pour quelques dollars de plus. Cette fois, ils sont trois, et c’est vrai que Eli Wallach, extraordinaire, a clairement le rôle le plus spectaculaire et le plus réjouissant. Pourtant, le charisme de Clint joue à fond. Et même sans avoir grand-chose à jouer, il dévore littéralement l’écran dès qu’il apparaît. Un mythe !

On peut quand même émettre une petite réserve sur la version longue du film : vingt minutes rajoutées au métrage en 2002. Certes, ce montage “intégral” colle à la volonté première de Leone. Mais les sept scènes rajoutées n’apportent pas grand-chose à l’histoire, et auraient même tendance à mettre à mal la fluidité de l’ensemble. Et puis il n’existait plus que la version italienne de ces scènes. La majorité des comédiens étant américains, le choix de cette version n’est peut-être pas le plus judicieux. Clint Eastwood et Eli Wallach ont donc redoublé leurs personnages plus de trente-cinq ans après le tournage pour les scènes inédites, mais avec des voix qui ont énormément changé. Certains autres acteurs, morts, sont même doublés par d’autres voix (comme dans la version française), ce qui crée un sentiment étrange.

L’Allée sanglante (Blood Alley) – de William Wellman – 1955

Posté : 22 août, 2017 @ 8:00 dans 1950-1959, WAYNE John, WELLMAN William A. | Pas de commentaires »

L'Allée sanglante

John Wayne a voulu ce film, tourné alors qu’Hollywood est en plein dans sa période exotique. Mais dès la scène d’ouverture, troublante et déroutante, on sent bien que l’ambition dépasse largement le simple effet de mode. On y découvre un Duke quasi-fou, se parlant à lui-même, ou plutôt à une amie imaginaire, dans une prison dont on ne sait pas comment il y est arrivé… ni même par quel miracle il finit par s’en échapper.

Etonnant John Wayne, qui joue avec son image comme il ne l’a pas si souvent fait, laissant entrevoir une faiblesse certes passagère, mais inhabituelle. Tout le début du film est magnifique, entre ces plans de solitude, puis le long voyage quasi-muet de notre héros qui a retrouvé sa liberté, et qui cohabite avec un Mike Mazurki formidable dans un rôle aussi taiseux que ceux qu’il joue d’habitude, mais pour une fois très attachant.

Tout n’est pas aussi réussi que ces dix premières minutes superbes, mais Wellman réussit un film d’aventures qui est constamment beau parce qu’il est bienveillant, et qu’il s’intéresse plus aux personnages qu’à l’action elle-même. Les plus beaux moments du film sont d’ailleurs ceux où il filme les visages au plus près, comme ce plan superbe sur les regards des villageois quittant l’endroit où ils ont toujours vécu.

Le film est inspiré d’une histoire vraie : dans la Chine communiste des années 50, les habitants d’un petit village tente de rejoindre Hong Kong à bord d’un bateau à aube qui va devoir remonter un fleuve jugé très dangereux. Une belle histoire, traitée avec beaucoup d’humanité, à l’image de ce beau moment où, pour économiser l’eau, les Chinois acceptent les uns après les autres de renoncer à leur sacro-saint thé, reversant le contenu de leurs minuscules tasses dans un seau qui finit par se remplir.

La charge anti-communiste, sans surprise, est un peu lourdement appuyée. Mais c’est bien l’aventure humaine qui intéresse Wellman, offrant de beaux rôles à ses acteurs. Aux hommes en tout cas, parce que la pauvre Lauren Bacall est la sacrifiée de l’histoire, réduite la plupart du temps à de la jolie figuration. A deux ou trois scènes près quand même, dont une belle course poursuite à travers les quais dévastés d’un ancien port.

Relativement économe en grandes scènes d’action, le film privilégie les moments d’intimité. Mais lorsque la violence fait irruption, elle est frappante : le meurtre de l’officier communiste est particulièrement violent, et cette bagarre dans la cabine du pilote est tout aussi brutale, mais vue uniquement à travers la fenêtre balayée par la pluie, et couverte par le bruit de la tempête en cours. L’une des très grandes scènes de violence du cinéma de Wellman.

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