Play it again, Sam

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Archive pour la catégorie 'par acteurs'

La Vérité sur Bébé Donge – d’Henri Decoin – 1952

Posté : 18 mai, 2019 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1950-1959, DECOIN Henri, GABIN Jean | Pas de commentaires »

La Vérité sur Bébé Donge

Le ton, la construction, les personnages, les dialogues, l’interprétation… Le film est d’une modernité hallucinante, et suffit à démontrer à quel point le jugement des jeunes loups de la Nouvelle Vague était excessif, voire absurde, sur leurs aînés. Certes, Henri Decoin n’a pas fait que des chefs d’œuvre, mais celui-ci en est un. Et Gabin, qui a parfois eu une tendance à la facilité, est ici magnifique, tout en retenue, en pudeur et en douleur. Raide dingue de Danielle Darrieux, et on le comprend, qui souffle le chaud (brûlant) et le froid (glacial).

C’est un film d’une étonnante modernité, dont le personnage principal est un homme d’un autre temps, figure du mâle dominant à l’ancienne, qui ne voit pas le mal de coucher à gauche et à droite ou de gifler sa femme. Faut bien que ça rentre dans sa caboche… Un type d’un autre temps, donc, marié à une femme également d’un autre temps, sans doute trop en avance dans cette société patriarcale implacable. Une jeune femme romantique et libre, détruite par cet homme (et cette société) psychologiquement si brutal.

D’une puissance folle sur le fond, La Vérité sur Bébé Donge est aussi un film magnifique dans sa forme, avec ses flash-backs audacieux, ce refus de la grandiloquence, cette caméra qui sait être virtuose (passant d’un personnage à l’autre, d’une conversation à l’autre, avec une extraordinaire fluidité lors d’une belle scène de réception), ces dialogues dits par des acteurs qui annoncent très paradoxalement ceux de la Nouvelle Vague dans leur manière de scander les mots.

Gabin est formidable parce qu’il ose jouer un homme qui ressemble à tous ses personnages de l’époque, mais qui au fond est odieux. Et Danielle Darrieux est sublime parce qu’elle sait être pleine de vie, puis livide, comme morte. Avec cette adaptation de Simenon, Decoin prouve une bonne fois pour toute que les jeunes loups des Cahiers ont un peu vite sacrifié tout un pan du cinéma français, qui recèle quelques perles brutes.

Né un 4 juillet (Born on the fourth of july) – d’Oliver Stone – 1989

Posté : 5 mai, 2019 @ 8:00 dans 1980-1989, CRUISE Tom, STONE Oliver | Pas de commentaires »

Né un 4 juillet

Après Platoon et avant Entre ciel et terre, Stone poursuit sa trilogie du VietNam avec cette adaptation (avec l’auteur) du livre autobiographique de Ron Kovic, vétéran de guerre revenu à la vie civile cloué sur un fauteuil, qui deviendra l’un des grands activistes anti-guerre. Un film radicalement différent du précédent, et du suivant, avec lesquels il forme pourtant un ensemble d’une remarquable cohérence.

Stone aurait pu surfer sur le succès de Platoon en creusant le même sillon. Du VietNam, on ne voit pourtant que quelques épisodes, aussi brefs que traumatisants : le massacre « accidentel » de civils, femmes et enfants dans un village, la mort « accidentelle » d’un soldat américain tué par l’un des siens, et puis les blessures de Ron. Rien d’autre, juste ces images qui reviennent en flashs tout au long du film.

Le film parle du traumatisme de la guerre, plus que de la guerre elle-même. Et Ron Kovic est le symbole parfait de ce traumatisme, pour ce qu’il représente de la jeunesse sacrifiée de tout un pays, et pour son destin personnel. Stone mêle ces deux aspects avec beaucoup de force et beaucoup de pudeur aussi. Plus encore que dans Platoon peut-être, la mise en scène est entièrement raccord avec l’état d’esprit de son personnage principal, tantôt va-t-en guerre nationaliste, tantôt vétéran en colère, tantôt jeune homme paumé à la recherche désespérée d’un sens à donner à sa vie.

Il fallait un acteur intense pour donner vie à cette vision de Ron Kovic selon Oliver Stone. Tom Cruise est l’homme de la situation (et pas seulement parce qu’il est né un 3 juillet). Déjà remarqué dans La Couleur de l’argent ou dans Rain Man, son talent protéiforme explose littéralement dans ce film, qui lui donne l’occasion de jouer sur tous les tableaux, du gamin puceau et maladroit au poivrot rageur en fauteuil. Il est assez exceptionnel, sans jamais en faire trop.

Jamais dans la performance pure, jamais dans le clinquant, il incarne un type pas facile à aimer. Un petit con qui se transforme en handicapé plein d’aigreur, avant de trouver une sorte de rédemption tardive. Comme dans tous ses meilleurs films (de Platoon justement, à JFK), Oliver Stone laisse planer un doute sur le fond : son personnage est-il totalement convaincu, ou ne cherche-t-il pas avant tout à trouver un sens à cette vie gâchée ?

Une trajectoire dont Stone s’empare en tout cas pour faire l’un de ses films les plus habités, l’un de ses plus convaincants.

La Brigade du Texas (Posse) – de Kirk Douglas – 1975

Posté : 22 avril, 2019 @ 8:00 dans 1970-1979, DOUGLAS Kirk, DOUGLAS Kirk, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Brigade du Texas

Malgré l’échec de Scalawag, Kirk Douglas repasse derrière la caméra pour la seconde fois, et signe ce qui est sans doute son meilleur film depuis Le Reptile, cinq ans plus tôt : un western qui transforme une histoire simple en une passionnante étude de caractères, originale et souvent très surprenante.

L’histoire est tellement simple que le personnage d’homme de loi qu’interprète Douglas lui-même réussit à la résumer en une phrase, après quelques minutes d’action : « Si je ne l’arrête pas, je ne serai pas élu au Sénat ». Tout est dit sur l’intrigue et l’enjeu du film : Douglas, marshall entouré d’une brigade de choc, doit mettre la main sur le chef de gang joué par Bruce Dern, dont l’arrestation fera de lui un vainqueur assuré aux prochaines élections.

Drôle de western, donc, où on se surprend à avoir plus de sympathie pour le braqueur et tueur que pour le justicier, politicard en devenir que Douglas s’attache à ne pas rendre sympathique : il en fait un faux patriarche calculateur, qui fait graver sur une croix le nom d’un de ses hommes avant même la mort de ce dernier, et qu’on devine se désintéresser du sort de ceux qui l’ont accompagnés si longtemps et qu’en bon politicien il évoque régulièrement comme étant « the best posse ».

Kirk Douglas réalisateur filme un Ouest plus si sauvage, rattrapé par une modernité dont on sent bien qu’il n’a pas une grande passion pour elle. Le personnage le plus recommandable est d’ailleurs un journaliste attaché à dénoncer les dérives du tout puissant chemin de fer, symbole de cette modernité en marche. Ce journaliste, unijambiste et manchot, est joué par James Stacy, acteur qui faisait son grand retour sur les écrans, deux ans après un tragique accident qui lui a coûté son bras et sa jambe gauches, et que Douglas filme sans misérabilisme.

Le film oppose en fait deux hommes pas si différents : deux chefs que Douglas prend le temps de filmer avant l’action, dans la réflexion et les préparatifs. Deux chefs qui s’affrontent autour d’une même bande et dont le rapport de force finit par basculer sans qu’on s’en rende vraiment compte. Jusqu’à un retournement de situation aussi inattendu que réjouissant.

Cynique et ironique, Kirk Douglas réussit son coup. De quoi regretter amèrement que le public n’ait pas suivi, condamnant ainsi la carrière de cinéaste qui s’ouvrait à lui. Sa carrière d’acteur, elle, continuait son inexorable déclin.

Les Copains d’Eddie Coyle (The Friends of Eddie Coyle) – de Peter Yates – 1973

Posté : 15 avril, 2019 @ 8:00 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, MITCHUM Robert, YATES Peter | Pas de commentaires »

Les Copains d'Eddie Coyle

Glacial et anti-romantique au possible, ce polar poisseux et méconnu vaut mieux que le désintérêt total qui l’a accueilli à sa sortie. Rien d’immédiatement séduisant, il est vrai, là-dedans : le réalisateur à succès de Bullitt choisit de prendre le contre-pied à peu près systématique de toute l’iconographie du polar noir.

Noir, oui, mais sans l’ombre d’un truc cool ou fun à l’horizon. Côté décors : de tristes banlieues, des parkings, des terrains en friche, des usines désaffectées, du béton, de la grisaille… Côté personnages : des petits malfrats sans envergure, des flics à la ramasse… Et au milieu, l’immense Bob Mitchum, sa carcasse fatiguée, son regard bas…

La grande idée du film : faire de cette icône du film noir un type un peu minable, amoureux d’une femme plus très jeune et pas très jolie, père de deux enfants… et prêt à balancer ses potes pour éviter d’aller en prison. Parce que l’homme doit retourner purger sa peine dans quelques jours. Pas une peine à vie, non, pas même 30 ans : 2 ans. Pas pour meurtre, ni pour une série de cambriolages spectaculaires : pour avoir conduit un camion chargé d’alcool de contrebande.

Rien d’héroïque donc, chez lui. Rien dont il pourrait tirer une quelconque gloire, si douteuse soit-elle. Et rien qui ferait de lui quelqu’un de différent, qui serait au-dessus de la mêlée : malgré les longues tirades qu’il assène, ces conseils qu’il prodigue à qui veut l’entendre dans des dialogues étonnants, pré-tarantinesques à certains moments, le fait est là : Bob est complètement dépassé par les événements.

Ils le sont tous, d’ailleurs, du flic aux vendeurs d’armes en passant par les braqueurs. Le suspense, efficace, qui se dégage des moments de bravoure (braquages, arrestations, rendez-vous nocturnes…) tient surtout au fait que personne ne maîtrise vraiment la situation, et que tout peut donc arriver. La fin, sèche et glaçante, enfonce le clou. Les Copains d’Eddie Coyle est un film pas aimable, mais marquant.

La Tempête qui tue (The Mortal Storm) – de Frank Borzage – 1940

Posté : 3 avril, 2019 @ 8:00 dans 1940-1949, BOND Ward, BORZAGE Frank, STEWART James | Pas de commentaires »

The Mortal Storm

Encore un chef d’œuvre à mettre au crédit de Borzage, qui vit alors un second âge d’or de sa carrière, après celui de la fin du muet. Un Borzage très en phase avec les affres de son époque, qui conclut ici une sorte de trilogie informelle consacrée à la montée du nazisme en Allemagne, après Little Man, what now ? (où les premiers signes de haine et de totalitarisme se banalisaient) et Three Comrades (qui allait plus loin encore).

Sublime héroïne tragique de ces trois films, Margaret Sullavan est une nouvelle fois au cœur de The Mortal Storm, pour lequel Borzage fait un petit saut dans le temps. Nous voilà désormais en 1933, dans une petite ville du Sud de l’Allemagne que la proximité des montagnes semble devoir préserver des soubresauts de l’époque. Le film commence d’ailleurs comme une fable bienveillante, où le père de Margaret, professeur respecté et aimé de tous, fête joyeusement ses 60 ans entourés de ses proches.

Mais en plein repas d’anniversaire, la radio annonce l’arrivée d’Hitler au pouvoir. Et là, un vent glacial semble sortir de la caméra de Borzage qui, sans en rajouter, filme la joie exhubérance des beaux-fils du prof (parmi lesquels Robert Stack) et d’un ami étudiant (Robert Young), et l’angoisse mutique d’un autre étudiant (James Stewart) et du vieux patriarche. Qui n’est pas exactement l’incarnation parfaite du bon Aryen.

Ce repas d’anniversaire flottera comme un fantôme terrible sur la suite des événements… Parce que les vœux d’harmonie perpétuelle ne tardent pas à voler en éclat, chez cette jeunesse qui découvre les bienfaits de l’intolérance et du totalitarisme, face à ce professeur qui découvre avec horreur l’échec généralisé de toutes les valeurs qu’il pensait avoir transmises à ses élèves.

En se concentrant sur ce microcosme comme coupé du monde, loin en tout cas des grands mouvements populaires de Berlin ou des inquiétudes du reste du monde, Borzage signe l’un des films anti-nazis les plus forts et les plus bouleversants qui soit. On n’est qu’en 1940, et l’Amérique reste encore très en retrait des événements qui se déroulent en Europe. The Mortal Storm est ainsi l’un des premiers films hollywoodiens à dénoncer le Nazisme avec autant d’acuité et d’engagement, évoquant déjà les camps et tout l’aveuglement meurtrier du régime nazi.

Peu de films ont décrit avec autant de force l’aliénation d’un pays, et les effets sur la vie d’individus balayés par cette « tempête » soufflée par la folie des hommes. Borzage entremêle l’intime et le spectaculaire, et fait naître l’horreur, la terreur et l’émotion de petits détails, d’un simple regard, d’une ombre sur un mur, ou de ce plan bouleversant des mains de Mme Breitner serrant la coupe de mariage, objet symbolique du film.

Il y a une vérité incroyable qui se dégage du film, et de ses personnages. Pas une faute de goût dans le choix des acteurs. Margaret Sullavan et James Stewart (le couple hongrois inoubliable de The Shop around the corner) forme un couple romantique et tragique. Ils sont tous les deux magnifiques.

Gran Torino (id.) – de Clint Eastwood – 2008

Posté : 2 avril, 2019 @ 8:00 dans 2000-2009, EASTWOOD Clint (acteur), EASTWOOD Clint (réal.), POLARS/NOIRS | Pas de commentaires »

Gran Torino

Lorsque Clint Eastwood a commencé le tournage de Gran Torino, une rumeur persistante voulait que l’acteur y renoue avec son personnage de Dirty Harry, abandonné vingt ans plus tôt. L’ex-inspecteur Callahan contraint de sortir de sa retraite paisible? La présence de la Ford Gran Torino, voiture mythique des années 70 (c’est celle de Starsky et Hutch) semblait renforcer cette hypothèse.

Et puis non. Mais la parenté est, quoi qu’on en dise, indéniable entre Harry et Walt Kowalski, vétéran de la guerre de Corée hanté par la violence de son passé. Un homme rude, taiseux et direct, dont les paroles ouvertement racistes ne sont qu’une façade, et qui a une certaine propension à sortir les armes. Cela étant dit, Walt et Harry, pas même combat.

Kowalski est un type qui ne demande rien à personne, si ce n’est qu’on le laisse siroter ses bières sur le porche de sa petite maison, en admirant sa Gran Torino impeccablement lustrée fièrement garée le long de sa pelouse. Une image très Américaine et très eastwoodienne, qui s’inscrit dans la longue évolution de son personnage des années 70 jusqu’au tout récent La Mule.

L’humaniste du type, son côté réac, la violence qu’il trimbale comme un boulet… C’est tout un pan de la culture américaine des Etats ruraux que symbolise Eastwood, ici d’une manière plus marquée peut-être que dans la plupart de ses autres films. On pourrait se sentir exclu, ou être agacé devant des valeurs qui peuvent sembler d’un autre temps. Mais il y a une telle sincérité là-dedans qu’on est séduit par ce baroud d’honneur plein de panache.

Eastwood aime ses personnages : ce vieux Kowalski, dont il fait une sorte de dinosaure grognant la moitié de ses répliques, mais aussi et surtout cette famille Hmong qu’il va aider à échapper à la violence des gangs, et même ce jeune prêtre à peine sorti du séminaire dont on croit d’abord, à tort, qu’il va se faire un plaisir de le ridiculiser. Eastwood se moque du politiquement correct, mais s’impose comme un cinéaste humaniste, dans la lignée d’un John Ford.

Et puis il y a ce thème récurrent du cinéma de Clint Eastwood, dont il est lui-même la meilleure incarnation : le vieillissement, son propre vieillissement, qu’il ne cesse de mettre en scène, sans complaisance, mais sans rien cacher non plus de la faillite du corps et du poids des souvenirs et des regrets. Gran Torino est en cela l’un de ses films les plus personnels, qui condense une grande partie de ses obsessions.

Jusqu’au générique final, où l’on entend la voix éraillée et fatiguée de Clint entonner la chanson « Gran Torino » (qu’il a co-écrite avec son fils Kyle et Michael Stevens), bientôt reprise par la voix pure et jeune de Jamie Cullum. Comme un écho de Honkytonk Man. Bouleversant.

La Sanction (The Eiger Sanction) – de Clint Eastwood- 1975

Posté : 31 mars, 2019 @ 8:00 dans * Espionnage, 1970-1979, EASTWOOD Clint (acteur), EASTWOOD Clint (réal.) | Pas de commentaires »

La Sanction

Il y a dans La Sanction quelques notes d’humour qui flirtent ouvertement avec des stéréotypes homophobes (la vilaine tapette au petit chien, bof) et racistes (les vannes à l’encontre de la jeune Indienne, re-bof). Il y a aussi quelques notes franches de mauvais goût (l’imagerie autour de Dragon, le patron albinos des espions, re-re-bof). On peut donc avoir de sérieuses réserves sur ce film.

Mais il y a aussi des tas de bonnes choses, dans ce film particulièrement physique de Clint Eastwood, qui sort clairement de sa zone de confort en s’offrant le rôle pas foncièrement sympathique d’un tueur-alpiniste. Le genre de personnages qu’on n’a pas forcément l’occasion de croiser dans toutes les salles de cinéma, qui sort de l’imagination de Trevanian, auteur qui signait là son premier roman, et qui donne à Clint l’occasion de se mettre en scène dans quelques séquences d’escalade impressionnantes.

Ces scènes sont la raison d’être principale du film, et marquent par leur diversité et par leurs approches esthétiques différentes. Le film est ainsi clairement séparé en trois parties. La première adopte une esthétique typique de film d’espionnage (un peu comme le début de Firefox, l’autre film d’espionnage d’Eastwood) : dans un pays de l’Est, le personnage de Clint doit tuer un espion au service des Russes. L’image est alors froide et grisâtre. Quant à Clint, il se contente d’y grimper le long d’une gouttière, séquence déjà gentiment vertigineuse.

Changement de décor pour la partie centrale : Clint se rend dans les décors spectaculaires et lumineux de Monument Valley pour s’entraîner aux côtés de son vieux comparse George Kennedy (qu’il retrouve après Le Canardeur, et dans un rôle très différent mais tout aussi marquant). Ce qui nous donne pour le coup une fort belle grimpette de l’une de ces « aiguilles » typiques du site, aux images très impressionnantes (Clint et George sur cette plateforme de 5 m2…).

Puis vient le gros morceau de bravoure : Clint gravissant le dangereux Eiger, dans les Alpes suisses, avec trois compagnons de cordée dont il ne sait pas lequel est le traître qu’il doit abattre. L’intrigue passe d’ailleurs vite au second plan. Eastwood ne s’intéresse qu’à filmer ses personnages au plus près dans ses décors (réels) impressionnants. Un parti-pris qui fonctionne parfaitement, et qui donne quelques belles suées.

JFK (id.) – d’Oliver Stone – 1991

Posté : 21 mars, 2019 @ 8:00 dans 1990-1999, COSTNER Kevin, STONE Oliver | Pas de commentaires »

JFK

Le 22 novembre 1963, le président des Etats-Unis a été assassiné à Dallas. Si, si. Contrairement au moyennement enthousiasmant Complot à Dallas, le film d’Oliver Stone ne chemine pas vers cet assassinat : il en fait son point de départ, le scénario étant basé sur le livre de Jim Garrison, le procureur ayant longuement mené l’enquête et remis en cause le très officiel rapport Warren, qui établissait l’acte d’un tireur isolé, à l’occasion de l’unique procès mené après la mort de Kennedy.

Très ironiquement, le vrai Jim Garrison (qui allait mourir d’un cancer l’année suivante) apparaît brièvement dans le film, jouant le rôle d’Earl Warren. Lui-même est bien entendu interprété par Kevin Costner, au sommet de sa gloire, qui trouve là l’un de ses meilleurs rôles. Un rôle taillé sur mesure pour lui en tout cas, tant Costner incarne parfaitement une certaine idée de l’Amérique : celle des cow-boys et des hommes de loi intègres. Étonnant d’ailleurs de voir le nombre de plans qui sont des réminiscences, sans doute inconscientes de la part de Stone, des Incorruptibles.

Elliott Ness et Jim Garrison : même combat ? En quelque sorte, oui. Les deux personnages (bien réels) sont des chevaliers blancs qui sacrifient tout au profit de la justice, affrontant un système établi gangrené par la corruption et la violence. Dans JFK, on atteint des sommets, bien sûr. Nul besoin de préciser que Stone, pas plus que Garrison, ne croit pas une seconde à cette thèse du tireur isolé qu’il ridiculise allègrement avec tous les outils cinématographiques qui sont à sa disposition.

Les Cubains, la mafia, la CIA, le FBI, le gouvernement… même Lyndon B. Johnson, le successeur de Kennedy à la Maison Blanche, est dans la ligne de mire. C’est dire si la thèse complotiste défendue par Garrison surfe avec les limites de la paranoïa. Stone y croit sans doute dur comme fer, lui aussi, et son film est clairement politique. Pourtant, jamais il ne troque sa casquette de cinéaste contre celui de pur militant.

JFK est en effet un film qui ne quitte jamais le strict point de vue de son personnage principal, ce qui laisse constamment planer le doute quant à la vérité de ce que l’on voit : si convaincante soit-elle, la thèse de Garrison n’est-elle pas le fruit de fantasmes complotistes, ou de simples erreurs de jugements ? Impossible de sortir du film sans pencher très clairement du côté du complot, mais certains faits semblent un peu facilement assénés comme des vérités.

Stone livre une version plausible du complot, extraordinairement documenté : on y croise des dizaines de « vrais » personnages et des centaines de faits et de détails qu’on a parfois un peu de mal à suivre, mais qui donnent une fascinante impression de vertige. Et quel casting, pour interpréter tous ces personnages : Jack Lemmon, Walter Mathau, Tommy Lee Jones, Joe Pesci, Gary Oldman, Kevin Bacon, Sissy Spacek, Michael Rooker, Ed Asner, John Candy… ou encore Donald Sutherland dans le rôle d’un « Mister X » très influencé de Gorge Profonde, et unique personnage fictif du film : Stone expliquait avoir synthétisé dans ce « X » de nombreux personnages réels, afin de limiter son film à une durée raisonnable.

Reste que JFK, dans sa version intégrale, dure pas loin de 3h30. Mais 3h30 absolument grisantes et enthousiasmantes. Le style d’Oliver Stone trouve ici sa forme la plus parfaite, comme si tout son cinéma tendait vers JFK (un peu comme Les Affranchis pour Scorsese). Dans ce film-enquête et ce sujet si fascinant, Stone trouve la matière à toutes les expérimentations, mêlant dans un montage virtuose les images « classiques », les archives authentiques, les fausses archives.

Le procédé a dû faire bondir les historiens, tant il joue avec la perception du spectateur, recréant des images que l’on croit (re)connaître par cœur pour obtenir l’angle qu’il recherche, ou le détail qu’il veut mettre en avant, ou pour incorporer ses acteurs. Procédé sans doute discutable (mais que le point de vue de Garrison justifie), mais que Stone assume pleinement, faisant de son film-fleuve un long mouvement hallucinant de maîtrise et de cohérence. Son chef d’œuvre, sans l’ombre d’un doute.

Désir (Desire) – de Frank Borzage – 1936

Posté : 19 mars, 2019 @ 8:00 dans 1930-1939, BORZAGE Frank, COOPER Gary, DIETRICH Marlene | Pas de commentaires »

Désir

Marlene Dietrich a beau avoir affirmé, des années après, que Borzage était bien le réalisateur de Désir, l’ombre de Lubitsch, producteur et réalisateur probable de certaines scènes, plane d’une manière très insistante sur cette comédie romantique sophistiquée et pleine de folie, description qu’on attribue plus volontiers au réalisateur de L’Eventail de Lady Windermere qu’à celui de L’Heure suprême.

Qu’importe finalement, si le film est l’œuvre d’un immense cinéaste… ou d’un autre immense cinéaste. Disons que c’est l’œuvre commune de deux immenses cinéastes, et que même si le film peut sembler mineur dans l’une ou l’autre de leurs filmographies, le plaisir qu’on y prend est immense.

C’est en tout cas une date pour Marlene Dietrich, qui venait tout juste de rompre avec son tout puissant pygmalion Von Sternberg, qui retrouve son partenaire de Morocco Gary Cooper, et qui s’impose pour la première fois comme une grande actrice de comédie, genre que sa carrière américaine ne lui avait encore jamais donné l’occasion d’aborder.

Est-ce un don inné, ou une sorte de naturel auquel elle peut enfin laisser libre court ? La star est absolument formidable dans le rôle de cette voleuse de haut rang qui rencontre un brave type sur la route de ses premières vacances depuis des lustres. C’est le genre de comédies auxquelles on n’associera jamais ni Borzage, ni Dietrich : pleines de rythmes et de folies, de quiproquos et de rebondissements.

Entre romance et aventures, c’est une charmante comédie, bien moins innocente qu’elle n’y paraît. Toute en suggestion, même : dans cet Hollywood dominée par la bien-pensance du code Hayes, il fallait des trésors de suggestion pour évoquer la rencontre de ces deux monstres sacrés, dominée par une tension sexuelle qui ne reste pas à l’état de fantasme. Il suffit de draps froissés, d’allures débraillées et de regards langoureux pour raconter, mieux que n’importe quelle image illustrative, la nuit de passion que ces deux-là viennent de vivre.

Les Feux de l’été (The Long Hot Summer) – de Martin Ritt – 1958

Posté : 13 mars, 2019 @ 8:00 dans 1950-1959, NEWMAN Paul, RITT Martin | Pas de commentaires »

Les Feux de l'été

Il symbolise quelque chose de la jeunesse mal aimée d’une certaine Amérique, ce quasi débutant nommé Paul Newman. Une beauté magnétique, des yeux bleus qui vous scotchent dès le premier plan, et cette moue boudeuse si fascinante. Bref, avant d’enchaîner avec Le Gaucher et La Chatte sur un toit brûlant, Paul Newman a déjà une carrure de mythe avec ce film méconnu mais très réussi.

C’est bavard, très bavard même. Mais Martin Ritt est un cinéaste visuellement très inspiré. Et la vérité des personnages fait oublier les défauts du film. Newman est grand, Joanne Woodward est formidable. Ces deux-là ne ressemblent à aucun autre acteur. Comment pouvaient-ils passer l’un à côté de l’autre ? Improbable, leur couple est déjà magnifique. Quant à Orson Welles, en roue presque libre, il réussit à être intense et très émouvant.

Finalement, le plus embêtant avec cette adaptation de Faulkner, c’est qu’elle évoque d’une manière trop proche La Chatte… (d’après Tennessee Williams), avec ce patriarche vieillissant et despotique, ses tensions familiales, son décor brûlant, et Paul Newman au centre bien sûr. Le film de Richard Brooks est un chef d’œuvre absolu, bien sûr. Forcément, la comparaison a tendance à enterrer le film de Ritt, surtout que ce dernier n’a pas la même cohérence, ni la même puissance émotionnelle.

Mais Martin Ritt sait filmer ses personnages, leur donner du corps, de la matière, et ce petit quelque chose un peu trouble qui fait la différence. Il filme des jeunes femmes qui ont peur de ne pas trouver un homme, un homme trop proche de sa mère, un fils humilié par son père… A peu près que des personnages un peu malades, un peu à la marge. Mais sans jamais en rajouter sur le drame et l’émotion, avec même une sorte de vision quasi-cartoonesque que le personnage de Newman illustre bien.

Il y a en tout cas de la vie, du rythme, et la naissance d’un couple mythique qui va vite devenir inséparable, et que Martin Ritt retrouvera lui-même trois ans plus tard, avec Paris Blues.

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