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Archive pour la catégorie 'WESTERNS'

Le Fils du Désert (Three Godfathers) – de John Ford – 1948

Posté : 18 mai, 2012 @ 9:29 dans 1940-1949, BOND Ward, FORD John, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Fils du désert

Etrange western que signe Ford, comme une parenthèse au cœur de sa trilogie de la cavalerie (le film est tourné entre Le Massacre de Fort Apache et La Charge héroïque). Il y a bien un braquage de banque, des hommes de loi qui pistent des desperados, et une longue traversée du désert, autant de figures imposés du genre de prédilection de Ford. Pourtant, Three Godfathers est loin, très loin, de tous les westerns que l’on a pu voir.

Passé un vol de banque dont ne voit que la fuite (jamais la caméra ne pénètre dans la banque), le film est curieusement totalement dépourvu de scènes d’action. Pas de fusillade, ni d’empoignade ; pas non plus de course au trésor (d’ailleurs, où donc est passé le butin du braquage ? tout le monde s’en fiche, et les braqueurs les premiers), encore moins d’indiens… Qu’a-t-on à la place ? Trois hommes (John Wayne, Pedro Armendariz et Harry Carey Jr) qui se retrouvent au milieu du désert, sans eau et sans cheval, qui aident une femme à accoucher et adoptent le bébé lorsque cette dernière meurt. Trois hommes qui finissent par se prendre pour les rois mages…

Ford va loin dans la parabole, et n’évite pas une certaine lourdeur. On est à la veille de Noël ; les trois braqueurs découvrent dans un chariot échoué qui évoquent furieusement une certaine étable ; la femme (Mildred Natwick) est filmée comme une pieta, alors que le père est absent (de là à imaginer l’accouchement d’une vierge…) ; les fuyards se dirigent vers… New Jerusalem. Ford n’oublie rien, cite la Bible à longueur de film, et pense même à faire de l’un de ses mages (pardon, braqueurs) un homme de couleur : pas un Maure, western oblige, mais un Mexicain campé par Pedro Armendariz.

Cette charge biblique pourrait être indigeste. Et par moment, c’est vrai qu’on frôle le trop-plein. Mais les autres aspects du film sont tous réjouissants, à commencer par le côté comique : voir John Wayne passer de l’huile d’essieu sur le bébé qui vient de naître vaut largement le détour. Et puis il y a l’histoire d’amitié entre ces trois hommes très différents, qui nous vaut quelques beaux moments très fordiens.

Malgré l’apparition presque miraculeuse de Mildred Natwick, malgré les seconds rôles hauts en couleurs que sont Mae Marsh et Jane Darwell, le film est avant tout un film d’hommes. Ford prend un plaisir communicatif à ne filmer quasiment que des habitués de son cinéma. Les face-à-face entre Wayne et Ward Bond, en vieux shérif malin et sympathique, sont tous de grands moments, qui donnent le ton d’un film étonnamment léger. « Etonnamment », car le propos est plutôt dramatique.

Le film n’est cependant pas exempt d’une certaine nostalgie. Nostalgie donnée par cette magnifique première image du film : un cowboy à cheval dont l’ombre chinoise se dessine sur la lumière d’un soleil couchant, avec ces mots qui apparaissent : « To the Memory of Harry Carey, Bright Star of the early western sky ». Three Godfathers » (titre qui rappelle Three Bad Men, sommet du western muet, époque bénie pour Ford) est le premier film tourné par le cinéaste après la mort de celui qui fut son premier alter-ego dès 1917. C’est aussi le premier rôle important d’un certain Harry Carey Jr, qui deviendra un second rôle incontournable des westerns de Ford. Une page se referme, une autre s’ouvre.

Rédemption (The Claim) – de Michael Winterbottom – 2000

Posté : 30 avril, 2012 @ 9:14 dans 2000-2009, WESTERNS, WINTERBOTTOM Michael | Pas de commentaires »

Rédemption

Il y a de la vie dans ce « western » enneigé et mélancolique, signé par un Michael Winterbottom particulièrement inspiré. Capable du meilleur (Jude) comme du beaucoup moins bon (Code 46), le cinéaste réussit là l’un de ses plus beaux films, à la fois spectaculaire, d’une justesse incroyable, et profondément émouvant.

Le décor évoque celui de John McCabe, le film de Robert Altman : même ville de pionniers isolée du monde par une nature d’un blanc immaculé, et régie par sa propre loi ; même réalisme dans la peinture du quotidien de ses habitants… Mais la comparaison s’arrête là, et The Claim a sa propre vie. C’est d’ailleurs ce qui frappe, dans ce film : l’impression de vie et de quotidien qui s’en dégage.

Loin des poncifs du genre, et délaissant toute figure imposée, Winterbottom place sa caméra au cœur de la population de cette petite ville. Il filme les visages comme autant de parties d’une foule et met en scène un joyeux (ou pas) bordel qui ne donne pas l’impression d’être maîtrisé. Résultat : le moindre figurant donne le sentiment d’être dans son élément, filmé à un moment impromptu de son existence.

La lumière, chaude dans les intérieurs éclairés à la bougie, immaculée dans les extérieurs couverts de neige, ne fait que renforcer ce réalisme si frappant.

Mais The Claim est aussi un beau film romanesque, fort et poignant. C’est le portrait d’une ville créée de toute pièce par un pionnier (Peter Mullan, extraordinaire), et qui attend de savoir si elle va prospérer, ou si elle va mourir. Pas d’entre-deux : tout dépend d’un seul homme, Wes Bentley, ingénieur des chemins de fer qui doit décider si le premier train transcontinental (celui-là même au cœur de grands westerns comme Le Cheval de Fer ou Pacific Express) passera ou non par la ville de Kingdome Come.

C’est l’histoire tous ces personnages qui se rencontrent à une époque charnière de la construction d’un pays. Ce jeune ingénieur en perpétuel mouvement, qui tombe amoureux d’une jeune femme (Sarah Polley), qui arrive à Kingdome Come avec sa mère mourante (Nastassja Kinski) pour découvrir ce père (Mullan) qui les a vendus il y a si longtemps contre un filon d’or, et qui vit désormais avec une tenancière de saloon, jouée par Milla Jovovich à une époque où elle était actrice (et plutôt bonne, qui plus est).

C’est l’histoire de ces êtres qui illustre ce monde qui disparaît, et cet autre qui apparaît. La construction de l’Amérique s’est faite par des actes de bravoure incroyables, mais aussi par une cruauté parfois inimaginable. Le personnage de Peter Mullan représente tout cela à la fois. A la fois monstrueux et charismatique, repoussant et attachant. Dans tous les cas, profondément émouvant. Un pur personnage de tragédie, bouleversant.

Une Corde pour te pendre / Le Désert de la peur (Along the great divide) – de Raoul Walsh – 1951

Posté : 24 avril, 2012 @ 12:29 dans 1950-1959, DOUGLAS Kirk, WALSH Raoul, WESTERNS | Pas de commentaires »

Une corde pour te pendre

« Si seulement mon père n’était pas entre nous »

Walsh ne s’embarrasse pas de superflu avec ce western âpre et tendu, qui plonge le spectateur directement au cœur de l’action. Dès les premières images, dans un beau noir et blanc baigné de soleil, on est dans les grandes étendues qu’on ne quittera pas avant la séquence finale. Un marshall est là, avec ses deux adjoints. Que font-ils là ? On n’en sait rien et ça n’a aucun intérêt. Mais ils sont au bon endroit, au bon moment pour empêcher un lynchage. Ils convoient alors le « condamné » vers une ville où il pourra être jugé, mais sont pistés par les lyncheurs qui ont juré de l’abattre à tout prix.

C’est le premier western de Kirk Douglas qui, cinq ans après ses débuts sur grand écran, s’était particulièrement illustré dans le film noir jusqu’à présent (notamment avec ses deux premiers films, L’Emprise du crime et La Griffe du passé, deux chef d’œuvre absolus). Il apporte à son personnage de marshall obstiné jusqu’à l’extrême une modernité et une noirceur plutôt rare dans le genre.

Le personnage féminin est tout aussi réussi : c’est la très belle Virginia Mayo, que Walsh avait déjà dirigée dans La Fille du désert et surtout L’Enfer est à lui, et qu’il retrouvera pour Capitaine sans peur. Dans le rôle de la fille du lynché (joué lui par l’incontournable Walter Brennan), garçon manqué et incroyablement féminine, elle apporte au film une séduction trouble. Et qu’importe si elle sort du désert avec un brushing impeccable et une chemise immaculée…

Along the great divide (un titre original bien plus beau et poétique que l’un ou l’autre des titres français) n’est pas qu’un western de plus se déroulant dans le désert. Walsh, ici, ne parle ni d’héroïsme, ni de vengeance, ni d’amour : il ne s’intéresse qu’aux relations père-fils, au cœur de tout le film jusque dans ses moindres recoins.

L’obstination de Kirk Douglas est motivée par le souvenir douloureux de ses rapports avec son père décédé ; Walter Brennan se met en scène auprès de son « geôlier » comme un père de substitution sournois et manipulateur ; Virginia Mayo est prête à sacrifier son amour naissant et son propre sens de l’honneur pour soutenir son père ; le riche propriétaire qui piste le convoi est bien décidé à venger la mort de son fils préféré ; le frère aîné de ce dernier n’est motivé que par la volonté d’exister aux yeux de son père…

On pourrait encore continuer comme ça : il n’est question que des relations père-fils (ou fille) dans ce très beau western tendu et passionnant, réalisé par un Walsh en grande forme. Et ce ne sont pas les deux ou trois zooms grossiers (j’aime pas les zooms), qui tranchent avec la fluidité habituelle des films de Walsh, qui gâchent le plaisir. Même si ces effets pas terribles font un peu tâche chez le réalisateur qui a élevé le travelling au rang de grand art trente-cinq ans plus tôt, avec Régénération.

Règlement de comptes à O.K. Corral (Gunfight at the O.K. Corral) – de John Sturges – 1956

Posté : 18 avril, 2012 @ 10:07 dans 1950-1959, DOUGLAS Kirk, LANCASTER Burt, STURGES John, WESTERNS, Wyatt Earp / Doc Holiday | Pas de commentaires »

Réglement de comptes à OK Corral

Revoir ce classique de John Sturges après avoir redécouvert le sublime La Poursuite infernale de Ford est une mauvaise idée. Les deux films étant inspirés du même événement authentique (l’affrontement sanglant entre les frères Earp et le clan Clanton, maintes fois porté à l’écran), et la plupart des personnages étant les mêmes, difficile de ne pas comparer ces deux versions. Et sur tous les plans, la supériorité du film de Ford est écrasante.

Tourné moins de dix ans après, le film de Sturges adopte un style très différent. Loin du noir et blanc nostalgique du Ford, Sturges préfère des couleurs vives et automnales. Dans les deux cas, Wyatt Earp est un homme d’une autre époque, en décalage avec le monde en mouvement qui l’entoure. Chez Ford, ce décalage est une malédiction, Earp est condamné à rester seul. Chez Sturges, c’est le début d’autre chose : il y a un espoir et un avenir pour le héros. Moins sombre, mais aussi nettement moins émouvant.

Comme dans le film de Ford, le plus beau ici, c’est la relation entre le marshall Wyatt Earp et l’ancien bandit Doc Holiday, leur amitié qui dépasse la loi et toute logique. J’avais le souvenir d’une sorte d’apothéose dans la carrière commune de Kirk Douglas et Burt Lancaster… Mais là encore, la comparaison avec le duo Victor Mature/Henry Fonda n’est pas à l’avantage du film de Sturges. Les deux stars sont excellentes, cela dit : Lancaster est droit et inflexible comme il faut, et Douglas secoue parfaitement sa mèche quand il tousse. Mais leur relation est beaucoup plus convenue que dans le film de Ford.

Pourtant, Sturges fait du bon travail. En habile cinéaste qu’il est, il signe un western bourré d’action, de bagarres, de règlements de comptes et de jolies femmes (en particulier Rhonda Fleming, vue dans Deux rouquines dans la bagarre et décidément très belle). Et puis en choisissant d’être un tantinet plus fidèle à la véritable histoire que Ford (on n’est pas dans documentaire, quand même), Sturges signe un film curieusement plus romanesque et épique. Et le fameux règlement de comptes de O.K. Corral est très spectaculaire.

Parmi les curiosités du film, notons la participation du jeune Dennis Hopper. Tout juste sorti de La Fureur de vivre, qu’il a tourné l’année précédente avec James Dean, le jeune acteur tient un petit rôle (celui du plus jeune fils Clanton), mais peut-être le plus intéressant du film : un gamin qui n’adhère pas aux crimes de sa famille, mais qui réalise qu’il n’a pas d’autre choix que de se ranger au côté des siens. Son destin sera tragique, et traité sans concession…

La Rivière d’Argent (Silver River) – de Raoul Walsh – 1948

Posté : 27 mars, 2012 @ 6:54 dans 1940-1949, WALSH Raoul, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Rivière d'argent

L’argent est partout, dans ce western qui ne respecte quasiment aucune règle du genre. L’argent est le moteur de tous les rebondissements, la cause de tous les changements, il est au cœur de toutes les motivations. Et il est le révélateur des instincts humains les plus sombres…

Soldat yankee héroïque durant la guerre civile, Errol Flynn aurait pu être l’un des héros de Gettysburg. Il en avait la carrure, le sens du devoir, l’héroïsme, le charisme, l’intégrité. Tout pour faire un vrai et grand héros de western, donc, sauf que son grand acte de bravoure lui est renvoyé dans les dents avec une violence inattendue : poursuivi par les Sudistes alors qu’on lui a confié la paye de l’armée de Grant, et qu’il croie la bataille perdue, il décide de brûler l’argent pour éviter qu’il ne tombe aux mains de l’ennemi. Quelques minutes seulement avant l’annonce de la retraite de Lee et de ses hommes…

Pas de bol, vraiment, et la descente de mine de Flynn lorsqu’il réalise que la médaille qu’il attendait va se transformer en procès, est assez impressionnante. Il ne sera pas un héros, mais un traître aux yeux de ses supérieurs, qui le mettent à la porte de l’armée sans ménagement. Largement de quoi motiver un changement de mentalité, et notre Flynn ne va pas s’en priver.

Mis au ban de la société à cause de l’argent, il se fait désormais un point d’honneur à ne vivre que pour cet argent qu’il a jadis brûlé avec une innocence qui a totalement disparu. Quant à la société, il la méprise de toute sa hauteur. Une philosophie qui l’amène effectivement très haut, mais très seul. Devenu maître absolu d’une région minière, il fait et défait l’économie locale, les mineurs n’étant plus que des pions dans ses manœuvres financières. Nettement plus percutant et actuel que les derniers films d’Oliver Stone…

Mais Raoul Walsh est un vrai Américain. Et en Amérique, rien n’est vraiment irréparable. Le cynisme du personnage pourrait être excusée par sa réussite impressionnante. Son manque de moral aurait pu être pardonné. Jusqu’à ce que l’impardonnable soit commis : envoyer volontairement son rival amoureux dans une région qu’il sait infestée d’Indiens belliqueux. Et ses remords tardifs n’y font rien : le rival meurt, Flynn épouse Anne Baxter, et se construit un palais impérial sur la tombe de son rival… Une ordure.

Même l’avocat alcoolique, formidable personnage interprété par Thomas Mitchell, est révolté par l’absence de limite de Flynn. Complice passif et vaguement bienveillant dans un premier temps, il se transforme en mauvaise conscience personnifiée lors d’une scène absolument sublime : totalement ivre, Mitchell condamne enfin les actions de Flynn, ce dernier laissant alors furtivement apparaître l’homme derrière la façade (lorsqu’il couvre d’un drap son ancien ami endormi). Une lueur d’espoir, mais trop tard…

Thomas Mitchell, c’est la personnification même de l’Amérique, capable de construire le plus beau projet d’avenir sur des bases faites de sang, de mensonge et de cruauté. Il sera l’instrument de la rédemption de ce film qui est à la fois la plus cruelle critique et le plus grand cri d’amour à l’Amérique que l’immense Raoul Walsh ait filmé…

La Poursuite infernale (My darling Clementine) – de John Ford – 1947

Posté : 19 mars, 2012 @ 2:43 dans 1940-1949, BOND Ward, FORD John, WESTERNS, Wyatt Earp / Doc Holiday | Pas de commentaires »

La Poursuite infernale

« Ma’am, I sure like that name… Clementine »

Dès le générique de ce western sublime et indémodable, le ton est donné. La chanson qui donne son (étrange) titre au film résonne, presque étouffée, douloureusement nostalgique… My darling Clementine est déjà un western crépusculaire, celui d’une époque déjà en train de changer. Les légendes sont déjà écrites (les noms de Wyatt Earp et Doc Holiday sont déjà connus de tous), et la civilisation est en marche dans cette ville de Tombstone où la loi est encore approximative, mais où la société se fédère autour de la construction, hautement symbolique, d’une église.

Vingt-cinq ans avant Sam Peckinpah, quarante-cinq avant Clint Eastwood, Ford n’est déjà plus dans la naissance du mythe, mais dans sa déconstruction. Pourtant, comme il le fera lui-même avec L’Homme qui tua Liberty Valance quinze ans plus tard, ou comme Eastwood dans Impitoyable, il ne fait que rendre la légende plus forte, car plus ancrée dans la réalité.

Comme Tom Doniphon (Wayne dans Liberty Valance) dans une société qui avance grâce aux politiciens ; comme William Munny (Eastwood dans Impitoyable) ramenant soudain le chaos dans une ville qui se « civilise »… Wyatt Earp est déjà un homme d’un autre temps, qui ne se mêle à la fête que pour les beaux yeux de Clem’, et qui porte le parfum comme une aberration.

Guindé, mal à l’aise dans ses trop beaux habits et sa coiffure trop citadine, il est maladroit avec les dames et lève les jambes trop haut lorsqu’il s’agit de danser… Wyatt Earp est l’homme d’un Ouest encore sauvage, qui peine à trouver sa vraie place dans une Amérique qui s’organise et se civilise. Il n’est vraiment lui que dans les grandes étendues arides, ou lorsqu’il se rend sur la tombe de son jeune frère, dans l’une de ces scènes purement fordiennes qui donnent toute la dimension nostalgique de son œuvre.

Le film raconte les événements qui aboutissent au fameux règlement de compte de O.K. Corral, événement maintes fois raconté au cinéma (dans le film de John Sturges, dans le Wyatt Earp avec Kevin Costner, ou dans des dizaines d’autres westerns) : la fusillade qui a opposé les frères Earp et le célèbre joueur Doc Holiday, à la famille Clanton, éleveurs ayant causé la mort de deux frères de Wyatt Earp. Mais la richesse de ce film est ailleurs : dans les multiples à-côtés, dans les digressions amusantes ou émouvantes, dans l’amitié virile et belle de ces deux légendes que sont le joueur et as de la gâchette Doc Holliday, et l’ancien marshall Wyatt Earp…

Ancré dans la réalité, le film n’en prend pas moins d’immenses libertés avec la réalité historique : Virgil Earp a participé à la fusillade de O.K. Corral ; Wyatt Earp est arrivé à Tombstone pour travailler à la mine ; Holiday était dentiste, et pas chirurgien, et est mort dans son lit. Mais qu’importe. Ford est au sommet de son art, et son film n’est pas un documentaire mais l’un des westerns les plus beaux, et les plus touchants, jamais tournés.

Wyatt Earp lui-même est un personnage passionnant : Henry Fonda, alors l’acteur fétiche de Ford, lui apporte ce mélange de réalisme et de mythe qui caractérise le film. Mais Victor Mature, acteur généralement plus limité, est tout aussi formidable dans le rôle de Doc Holliday, homme à la destinée contrariée par la tuberculose. Si le personnage de Clementine (Cathy Downs) est assez terne, celui de Chihuahua (Linda Darnell), inspiré de la véritable compagne de Holliday, « Big Nose Kate » Helder, fait partie des plus beaux personnages de femmes de la filmographie de Ford.

Fort Invincible (Only the Valiant) – de Gordon Douglas – 1951

Posté : 22 février, 2012 @ 10:49 dans 1950-1959, BOND Ward, DOUGLAS Gordon, WESTERNS | Pas de commentaires »

Fort Invincible (Only the Valiant) – de Gordon Douglas – 1951 dans 1950-1959 fort-invincible

Au sommet de sa gloire, Gregory Peck interprète l’un de ses personnages qu’il affectionnait à l’époque : un héros intègre prêt à sa sacrifier pour ce qu’il croit. Ce sens du devoir est le sujet même de ce western sympathique. Lieutenant de cavalerie durant les guerres indiennes, Peck passe pour un salaud lorsque, en obéissant aux ordres directs de son supérieur, il envoie à une mort certaine son ami, qui est aussi son rival dans le cœur de la belle Barbara Payton. Considéré comme un lâche et un traître, il encaisse, toujours par sens du devoir, et décide de prendre la tête d’un petit groupe qui devra tenir « Fort Invincible », un poste avancé stratégique et intenable. Une mission suicide dont la plupart ne sortiront pas vivants…

Beau western en noir et blanc, Fort Invincible est une belle réussite, en tout cas dans sa première partie : la manière dont Gordon Douglas filme la déchéance de cet officier mis au ban de la société à laquelle il est pourtant totalement dévoué, est d’une belle subtilité, et d’une grande efficacité. Le génie en moins, le réalisateur a plutôt bien assimilé le classicisme de John Ford, son sens du rythme et son goût pour les seconds rôles hauts en couleur.

La comparaison avec Ford n’est pas anodine, et pas seulement parce que Ward Bond, incontournable acteur fordien, tient l’un des rôles principaux. Gordon Douglas s’inscrit ouvertement dans la lignée du grand borgne. Lui qui a réalisé un remake de Stagecoach (La Diligence vers l’Ouest, 1966) s’inspire ici énormément de la trilogie de la cavalerie (Le Massacre de Fort Apache, La Charge héroïque, Rio Grande), que Ford venait de boucler.

On y retrouve, comme dans les films de Ford, une vision vivante et quotidienne de la vie dans les garnisons de cavalerie, mais aussi l’importance des femmes, même dans des rôles secondaires. Le problème, c’est que Barbara Payton a la grâce d’une patate tiède, et qu’elle est très, très loin de Shirley Temple (Le Massacre…) ou de Maureen O’Hara (Rio Grande).

Le problème aussi, c’est que n’est pas Ford qui veut, et que si Gordon Douglas est un bon élève, son talent n’effleure pas le génie du maître. Après une première partie tendue et palpitante, Douglas se perd un peu dans un affrontement interminable entre le petit groupe (style 12 Salopards avant l’heure) et les Indiens belliqueux. Dans cette dernière partie, Douglas confirme son talent dans les scènes d’action (heureusement nombreuses), mais révèle ses limites dans les tout aussi nombreux moments de calme.

On ne boude pas son plaisir : Gregory Peck est impérial, Ward Bond est un second rôle comme on n’en fait plus, et Barbara Payton est une patate tiède qui n’a droit qu’à une poignée de scènes bien suffisantes…

Cowboys et envahisseurs (Cowboys and Aliens) – de Jon Favreau – 2011

Posté : 7 février, 2012 @ 7:25 dans 2010-2019, FANTASTIQUE/SF, FAVREAU Jon, FORD Harrison, WESTERNS | Pas de commentaires »

Cowboys et envahisseurs

Mais que ce film est fainéant… L’idée de départ, une invasion extraterrestre en plein Far West, était particulièrement excitante. Confier les rôles principaux à Daniel Craig et Harrison Ford faisait même saliver. Et la présence derrière la caméra de Jon Favreau, à qui on doit Iron Man et sa suite, laissait présager un blockbuster original, ambitieux et explosif.

A l’arrivée, il y a bien des explosions, beaucoup, et des grosses encore. Mais à part ça ? Des poncifs, des emprunts éhontés (le mélange des genres est l’occasion de puiser aussi bien du côté du western que du côté du film fantastique : de Impitoyable à Predator, toutes les références incontournables y passent), et une propension remarquable à foirer tous les débuts de pistes intéressantes.

Il y avait au moins un thème qui aurait pu sortir le film de la paresse dans laquelle il se complaît : la menace des « démons » oblige les ennemis d’hier (hommes de loi, riches propriétaires corrompus, hors-la-loi, petites gens, et même Indiens) à faire front commun. Un sujet en or ? Ben pas pour Jon Favreau, qui présente cette alliance impossible comme une évidence torchée en deux plans. Bon…

A vrai dire, il fait même bien pire, en invoquant un personnage féminin qui fait joli, certes (Olivia Wilde a des atouts, c’est sûr), mais qui bousille complètement le sujet même du film (vous n’avez qu’à le voir pour comprendre).

Qu’est-ce qu’on a, à part ça ? Une grosse production efficace, explosive, et anonyme, qui aurait mérité mille fois mieux.

Et les deux stars, dans tout ça ? Absolument irréprochables : Daniel Craig et Harrison Ford se contentent de faire ce pour quoi on les a embauchés, à défaut d’avoir un directeur d’acteur pour les guider. Ford s’en sort le mieux : son personnage de vieille teigne a beau ne pas être très crédible, l’acteur lui donne une vraie épaisseur. Rien que pour lui…

Le Mécano de la « General » (The General) – de Buster Keaton et Clyde Bruckman – 1927

Posté : 25 janvier, 2012 @ 7:11 dans 1920-1929, BRUCKMAN Clyde, FILMS MUETS, KEATON Buster, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Mécano de la General

Combien de fois ai-je vu ce bijou ? Des tas, et à chaque vision, ce chef d’œuvre de Keaton est un enchantement absolu. Le sommet, déjà, d’une carrière qui n’allait pas tarder à décliner : dès 1929, ce sera la chute inexorable, avec son arrivée à la MGM et l’avènement du parlant. Difficile à imaginer tant ce film approche la perfection…

Dix ans après ses débuts au côté de Fatty Arbuckle, Keaton peut alors faire ce qu’il veut, avec les moyens dont il a besoin. Le Mécano de la « Général » est sans doute le plus ambitieux de ses films, inspiré d’un épisode apparemment authentique de la Guerre de Sécession : en 1830, des soldats nordistes, déguisés en Sudiste, avaient détourné un train en le « volant » en plein territoire ennemi. Le conducteur du train les avait poursuivi pour tenter de reprendre sa locomotive.

On comprend bien ce qui a pu attirer Keaton dans cette histoire : à la fois l’ampleur du contexte historique, et les possibilités comiques offertes par ce petit conducteur de train qui affronte l’armée ennemie à lui seul. La force du film est d’ailleurs de ne pas choisir entre ces deux aspects. Ce conducteur, appelé Johnnie Gray dans le film, est un personnage en or pour Keaton, à qui la locomotive, cadre principal de l’histoire, inspire des dizaines de gags géniaux (inoubliable, l’air ahuri de Keaton lorsqu’il voit apparaître et disparaître comme par magie le wagon devant sa locomotive…).

Quant à la toile de fond historique, elle est d’une précision et d’un réalisme étonnants. Ce n’est pas un hasard : Keaton a tenu à tourner le film sur les lieux même de la véritable histoire, en Georgie. Quand on lui demandait comment il avait fait, avec ce qui est pourtant une comédie et pas un film historique, pour montrer une guerre civile qui fasse plus vraie que Naissance d’une Nation, film pourtant très sérieux, Keaton répondait : « Ils se sont référés à un roman pour leur scénario. Moi je le suis référé à l’Histoire. »

Le cinéaste souhaitait également utiliser la véritable locomotive. Mais n’ayant pas eu l’autorisation, il a fidèlement maquiller trois autres trains pour reconstituer une General plus authentique que nature. L’un de ces trains a été « sacrifié » pour tourner ce qui reste l’un des plans les plus spectaculaires du cinéma muet : l’effondrement d’un pont qui entraîne la locomotive au fond d’un torrent (où la légende veut qu’elle soit toujours). C’est aussi le plan le plus coûteux de tout le muet : il a coûté 42 000 dollars.

Plus que les moyens énormes dont a disposé Keaton (et qui figurent bel et bien à l’écran), ce qui frappe d’abord, c’est le mouvement perpétuel : en collant au plus près de son train, Keaton donne un rythme effréné à son film. Alors que le paysage défile constamment, Keaton lui-même  semble incapable de se poser, courant sur son train, sautant du wagon à la locomotive. Pas la moindre pause, et c’est tout simplement ébouriffant.

Le Traître du Texas (Horizons West) – de Budd Boetticher – 1952

Posté : 25 janvier, 2012 @ 10:18 dans 1950-1959, BOETTICHER Budd, RYAN Robert, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Traître du Texas

La rivalité entre le gentil frère et le méchant frère est l’un des thèmes récurrents du western : le genre est pratiquement propice à ce type d’histoire, avec l’opposition classique entre la vie familiale et rangée (le travail au ranch) et la tentation de la grande vie facile (le banditisme). De La Vallée de la Vengeance de Richard Thorpe au Survivant des Monts lointains de James Neilson, cette opposition revient très régulièrement, avec des variations plus ou moins importantes. Le Traître du Texas, western « pre-Randolph Scott » de Budd Boetticher, fait peut-être figure de film de jeunesse dans sa filmographie, loin des films de la maturité qu’il tournera avec Scott, mais il aborde ce thème avec une sensibilité rare.

Résultat : ce petit western tourné pour la Universal est un film épatant, touchant, émouvant, et passionnant. La première grande idée est d’avoir inscrit cette histoire de guerre fratricide dans un contexte historique fort : l’après guerre civile. Les personnages principaux du film sont trois Sudistes de retour dans leur ville natale après des années de guerre : deux frères et le palefrenier travaillant dans leur ranch. Ils reviennent vaincus, mais heureux d’être en vie et de retrouver leurs racines. Tous, sauf le frère aîné, Robert Ryan. Pas un méchant homme, non : un type banal broyé par ces années sacrifiées pour rien, ou si peu. Un homme à qui les années passées sous le drapeau ont enlevé toute envie de retrouver une vie de labeur, où une génération de souffrances ne suffit pas à effacer toutes les dettes…

C’est l’autre grande idée du film : faire du « méchant » non pas un ambitieux sans scrupule, mais un homme aussi attachant qu’inquiétant, une victime de son époque. Le pire ennemi de ce fils d’un fermier modèle, ce n’est pas le riche propriétaire réellement sans scrupule (Raymond Burr, éternel salaud de cette époque) qui l’accule et le pousse à passer du mauvais côté de la barrière ; ce n’est pas non plus cette femme trop belle dont il tombe amoureux (Julie Adams, joli personnage très complexe) : c’est lui-même, frère et fils aimant, mais trop désireux de rattraper trop vite des années sacrifiées. Qu’importe les horreurs qu’il finit par commettre : jamais le personnage de Robert Ryan ne devient totalement antipathique. Pathétique, oui.

Face à Ryan, le personnage du petit frère, joué par Rock Hudson, paraît bien fade, mais le jeune acteur s’en tire avec les honneurs. Révélé la même année dans le Victime du Destin de Raoul Walsh, il retrouvera Boetticher l’année suivante avec L’Expédition du Fort King, autre western très réussi dans lequel il aura un rôle bien plus conséquent.

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