Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Archive pour la catégorie 'WESTERNS'

Le Souffle de la violence (The Violent Men) – de Rudolph Maté – 1954

Posté : 26 janvier, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, MATÉ Rudolph, STANWYCK Barbara, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Souffle de la violence

Il y a comme un air de déjà vu lorsque commence ce western : l’histoire de petits éleveurs tyrannisés par un grand propriétaire tout puissant, on a déjà vu ça cent fois. Et puis cette petite ville poussiéreuse avec ses rues bien alignées, ses escaliers de pilier, et son arbre central… En cherchant bien, on doit pouvoir trouver quelques dizaines de westerns qui y ont été tournés.

Drôle de film aussi, où deux des co-vedettes n’apparaissent qu’après plus de vingt minutes. Surtout que quand ces deux-là apparaissent, le film prend une toute autre dimension : Barbara Stanwyck et Edward G. Robinson (rien que ces deux noms-là accolés, ça renvoie à la grande histoire du cinéma !), en couple de propriétaires dont les actes violents semblent contredits par leur tendresse et leur douceur dans l’intimité. Mouais…

Il n’a pas un si mauvais fond, Robinson, homme tout puissant mais diminué par des jambes mortes. Un homme surtout manipulé par une femme ambitieuse et calculatrice. Ce n’est d’ailleurs pas la seule, dans ce western où les femmes sont loin d’être réduites aux rôles de faire-valoir qu’on leur réserve souvent dans le genre. Car si Robinson se fait balader par sa femme qui le trompe avec son propre frère (Brian Keith), Glenn Ford, dans le rôle du héros, n’est pas beaucoup plus malin : sa fiancée, elle, ne voit en lui que son billet pour quitter l’Ouest.

La réussite du film doit beaucoup à ces personnages, qui échappent constamment aux stéréotypes du western que l’on attend avec une telle histoire. Son originalité repose aussi sur la manière dont la violence est abordée. Là encore, jamais comme on l’attend : loin des fusillades frontales et spontanées habituelles, la « guerre » qui éclate prend des allures de véritable conflit. Le personnage de Glenn Ford, ancien officier, utilise les tactiques et ruses qu’il a sans doute découvertes sous les drapeaux, et ça change tout. Comme le duel final, totalement « dé-romantisé », prend un étonnant aspect réaliste.

La mise en scène de Rudolph Maté manque sans doute un peu de rythme, et le film n’évite pas certaines baisses de régime. Mais l’originalité du scénario fait la différence, et il faut mettre au crédit de Maté la beauté des images, tournées intégralement en extérieurs, et la profondeur de champs qui souligne constamment l’immensité de la nature.

Cette profondeur de champs donne en particulier une séquence formidable : après avoir laissé brûler son ranch, Glenn Ford attend avec ses hommes derrière des rochers, guettant l’arrivée de ses ennemis qui se rapprochent lentement. De ce plan fixe naît une tension formidable, qui annonce l’explosion de violence à venir.

La Kermesse de l’Ouest (Paint your wagon) – de Joshua Logan – 1969

Posté : 15 janvier, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, EASTWOOD Clint (acteur), LOGAN Joshua, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Kermesse de l'Ouest

Sur le tournage de Paint your wagon, Clint Eastwood s’est juré d’être désormais son propre maître, et de prendre définitivement sa carrière en main. Plus question pour lui de renouveler une telle expérience, et de participer de nouveau à une telle débauche de moyens. Ce n’est pas tant le fait qu’il s’agit là d’un très gros budget qui pose problème : Clint lui-même tournera encore de grosses productions. C’est le fait que « débauche » et « moyens » sont ici totalement indissociables.

Y’a-t-il un seul plan « modeste » ? Une seule image qui semble ne pas avoir coûté une fortune ? Et que dire de cet extraordinaire décor de ville-champignon littéralement avalé dans une séquence hallucinante, variation sur le mode de la farce de Sodome et Gomorrhe… Et pourquoi pas après tout. Sauf que là, cette débauche de moyens (oui, j’insiste) n’est pas au service de la vision d’un cinéaste : elle EST la vision du cinéaste.

Le problème est flagrant dès les toutes premières images, qui montrent un convoi de chariot avançant à travers de grandes plaines. Une image classique du western, que Ford, pour ne citer que lui, a souvent filmé à sa manière frontale, au cœur de l’action. Joshua Logan, lui, multiplie les angles de prise de vue, place sa caméra devant, derrière, sur le côté, et même à bord d’un hélicoptère, comme si cette succession de points de vue allaient donner du rythme à cette introduction.

Mais de rythme, point l’ombre de la queue d’un, dans ce film par moments sympathique, voire amusant, mais constamment too much : trop tape-à-l’oeil, trop prétentieux, trop long aussi. Deux heures et demi pour un western musical aux enjeux dramatiques franchement anecdotiques… On est bien tenté d’abandonner la partie à deux ou trois reprises. Heureusement, une poignée de moments musicaux nous rattrapent par la manche, par leur douce mélancolie : la chanson de la pluie notamment, et surtout celle où Lee Marvin déambule dans la ville, pensant à sa liberté perdue.

« I’m an ex-citizen of nowhere. Sometimes, I get mighty home-sick. »

Dans ce joli moment mélancolique, la voix sourde de Marvin et son regard noir font des merveilles. Et comme si le fait d’avoir vraiment quelque chose à filmer lui ouvrait les yeux, Logan filme cette scène avec une simplicité qui tranche avec le reste du film. Une sorte de parenthèse douce-amère qui ne dure pas, cela dit…

Comme ne dure pas le regard mélancolique de Marvin, qui par ailleurs en fait des tonnes, reléguant ses co-stars au statut de faire-valoirs : Jean Seberg, pourtant fort jolie et surprenante en jeune femme bien décidée à fonder un foyer avec deux maris, et Clint Eastwood donc, qu’on ne verra plus jamais autant en retrait qu’ici. Ses moues offusquées ne trompent pas : on sent bien qu’il se demande ce qu’il fait là, avec son brushing impeccable et ses joues parfaitement rasées, à chanter (plutôt bien d’ailleurs, c’est qu’il a un beau filet de voix) des chansons ineptes :

« I talk to the trees, but they don’t listen to me… »

Ben non, ils n’écoutent pas…

Grands noms de la comédie musicale, Alan Jay Lerner et Fredeick Loewe ont le vent en poupe à cette époque : les films qu’ils ont eux-mêmes adaptés de leurs spectacles Gigi et My fair lady ont été des triomphes. Mais Paint your wagon n’avait pas connu le même succès sur scène. Le thème n’a pas la même force. Les numéros musicaux sont nettement moins emballants (et pourraient d’ailleurs quasiment tous être coupés du film sans qu’on perde quoi que ce soit à l’histoire). Bref… Si une bonne idée ne fait pas forcément un bon film, une mauvaise idée…

La première balle tue (The Fastest Gun alive) – de Russell Rouse – 1956

Posté : 18 novembre, 2017 @ 8:00 dans 1950-1959, ROUSE Russell, WESTERNS | Pas de commentaires »

La première balle tue

Oui, d’accord, il est un peu caricatural le grand méchant, tueur persuadé d’être le tireur le plus rapide de l’Ouest, et qui ne pense qu’à affronter en duel ceux que la foule désigne comme les tenants du titre… Mais il est joué par Broderick Crawford, et le brave type qu’il veut affronter, c’est Glenn Ford. Alors même si on peut préférer La Cible humaine de Vidor sur le même thème, on peut aussi prendre un plaisir fou à revoir ce western au rythme parfait.

Ça commence par un duel justement, que remporte l’imposant Broderick Crawford, plus inquiétant que jamais avec son regard noir, sa silhouette massive et sa voix caverneuse. Pourtant, l’action est plutôt rare, et même le grand duel final très attendu se résume à une suite (impressionnante) de gros plans sur les revolvers qui se déchargent. Audacieux, pour un western avec un tel titre et un tel sujet. Le film s’autorise même un curieux et réjouissant intermède, avec un impressionnant numéro de danse lors d’une fête qui réunit tous les habitants de la ville.

Mais Russell Rouse, réalisateur méconnu qui peut être excellent (on lui doit le noir New York Confidential, déjà avec Broderick Crawford), excelle à faire grandir la tension. D’abord autour du personnage de Glenn Ford, homme tranquille qui cache secrètement un mystérieux passé et une aptitude hors du commun à dégainer, et qui ne supporte plus le mépris quotidien dont il est l’objet pour ne jamais porter d’arme.

La tension devient même étouffante avec l’arrivée des trois bandits (dont l’excellent John Dehner, dans un rôle de méchant débonnaire très original) qui occupent la ville déserte, tandis que les bons habitants sont enfermés dans l’église où le drame se noue en parallèle. Jusqu’à l’affrontement des deux duellistes : l’un tout de blanc vêtu qui sort de l’église, l’autre en noir qui vient du saloon. Tout un symbole, bien sûr.

Rio Lobo (id.) – de Howard Hawks – 1970

Posté : 13 novembre, 2017 @ 8:00 dans 1970-1979, HAWKS Howard, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Rio Lobo

Quatre ans après El Dorado, Hawks fait un ultime baroud d’honneur avec ce western qui sera son tout dernier film. Comme son précédent, celui-ci reprend une partie de la trame de Rio Bravo, avec une nouvelle version du siège d’une prison, dans laquelle se réfugient une poignée de personnages autour du grand héros John Wayne.

Mais les temps ont changé. Le grand héros est devenu un vieux cow-boy bedonnant et « confortable », comme le disent tour à tour les femmes qu’il rencontre. Et il n’y a plus guère que les hommes pour croire que tout est encore comme avant. On est en 1970, l’âge d’or du western est révolu, et tout particulièrement les héros infaillibles comme John Wayne. D’où une étrange sensation d’anachronisme qui se dégage de ce film au budget modeste et à la réussite qui l’est tout autant.

C’est un peu comme si le moule avait été cassé, et que Hawks faisait ce qu’il pouvait pour recoller les morceaux. Oui, les temps ont changé. La remarquable fluidité de Rio Bravo n’est plus qu’un souvenir. Rio Lobo avance son histoire ambitieuse avec une certaine difficulté, comme si plus rien n’était facile. Ce n’est pas pour autant l’oeuvre d’un vieillard sénile et nostalgique : Hawks semble se moquer de lui-même comme il se moque de Wayne, en soulignant ses faiblesses dans des situations qu’il a déjà traversées auparavant.

Surtout, Hawks confronte ces hommes trop fiers pour accepter le changement, à des femmes d’une stupéfiante modernité : trois beaux personnages de femmes fortes et volontaires, aux caractères bien affirmés, qui s’amusent des regards énamourés des hommes et de leur romantisme démodé. Parmi elles : Shery Lansing, qui deviendra plus tard la première femme patronne d’un studio hollywoodien.

Dans ce récit ample aux rebondissements multiples, très loin finalement de la construction épurée d’un Rio Bravo, Hawks réussit en tout cas quelques séquences étonnantes, à commencer par cette épique attaque de train, où les armes utilisées sont de la graisse, un nid de frelons et des cordes tendues… Ou cet étonnant jeu du chat et de la souris entre Nordistes et Sudistes au début du film… Ou encore la savoureuse apparition d’un Jack Elam gentil pour une fois, qui reprend à son compte le rôle de vieux râleur que tenait jadis Walter Brennan.

Horizons lointains (The Far Horizon) – de Rudolph Maté – 1955

Posté : 17 octobre, 2017 @ 8:00 dans 1950-1959, MATÉ Rudolph, WESTERNS | Pas de commentaires »

Horizons lointains 1955

Pas franchement enthousiasmante, cette adaptation d’un roman qui narre les aventures authentiques (mais romancées) de la fameuse expédition Lewis and Clark qui, en 1807, traversa les territoires inexplorés de l’Ouest et permit aux Etats-Unis de s’étendre jusqu’au Pacifique. L’aventure est grande, pleine de péripéties, avec cette éternelle confrontation de l’homme et d’une nature qui, souvent, est plus grande que lui.

Oui, sauf que la production semble ne pas avoir confiance en son sujet, pourtant historique. Pourquoi y avoir greffer une romance ? Non pas un triangle, mais un carré amoureux, maladroit et guère convaincant… Comme si cette aventure hors du commun ne se suffisait pas à elle-même. Le problème, c’est que la production manque cruellement d’ampleur, et semble prendre un malin plaisir à enchaîner les clichés les plus éculés.

L’aventure est historique ? Le film se contente d’en illustrer quelques épisodes plus ou moins marquants, sur un modèle sans surprise: une scène pour les difficultés liées à la géographie, une scène pour une attaque d’Indiens, une autre pour souligner les tensions entre les deux héros… L’aventure humaine est hors du commun? Les personnages interprétés par Fred McMurray et Charlton Heston sont la plupart du temps sans aspérité. Les paysages sont superbes, au moins ? Oui, mais filmés sans le moindre lyrisme.

Et on n’évoquera que brièvement le sort réservé aux pauvres Indiens, présentés de la manière la plus caricaturale qui soit, digne des petits westerns de série des années 30. Et Donna Reed a beau y mettre beaucoup de sincérité, de charme, et de fond de teint, on a un peu de mal à voir l’Indienne qui sommeille en elle.

Le film n’est pas totalement raté pour autant. Il y a bien quelques passages bien filmés. La fin surtout, assez belle, et quelques plans éparses qui rappellent que Rudolph Maté n’est pas un manchot, et qu’il nous a habitués à mieux. Les plus beaux : un plan très court et très joliment construit montrant un Indien perché sur une branche surplombant un paysage superbe ; et un autre, plus long, montrant Charlton Heston qui sort de l’eau en portant Donna Reed. Là, l’espace de quelques instants, la barrière semble s’effacer entre ces deux êtres de cultures différentes, et la nature environnante. Ce que le film aurait pu mettre bien mieux en avant.

La Vallée de la peur (Pursued) – de Raoul Walsh – 1947

Posté : 13 octobre, 2017 @ 8:00 dans 1940-1949, MITCHUM Robert, WALSH Raoul, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Vallée de la peur

Un vrai mystère dans un western, sombre et profond, qui ne s’éclaire que dans les toutes dernières minutes… Ce n’est pas si courant, et c’est ce qui rend ce Walsh si atypique, et si fascinant. Dès la première scène, on est littéralement happé par le destin tragique d’un Robert Mitchum tout jeune, qui affiche une triste résignation face à son sort : on le découvre réfugié dans une ruine au milieu du désert, attendant presque sereinement les hommes qui vont venir pour le tuer.

Comment est-il arrivé là ? Qui sont ces hommes décidés à en finir avec lui ? Lui-même n’a pas toutes les réponses, et ce mystère le hante littéralement, comme il hante tout ce beau film. Le passé de Bob, il se le remémore lui-même au gré de ses souvenirs, avec la belle Teresa Wright venue le retrouver. Construit sur de longs flash-backs, le film joue la carte de l’originalité, et frappe fort.

Cette originalité permet d’ailleurs d’avaler l’intrigue elle-même, banale et peu crédible histoire de vengeance, simple prétexte que Walsh semble prendre moyennement au sérieux. Un Walsh particulièrement tourné vers la psychologie de ses personnages : de Bob Mitchum qui s’interroge sur la nature du mal et sur sa propre nature, à Judith Anderson, toujours excellente, dans un rôle auquel elle apporte ce trouble qu’elle trimbale de film en film.

Maverick (id.) – de Richard Donner – 1994

Posté : 9 octobre, 2017 @ 8:00 dans 1990-1999, DONNER Richard, WESTERNS | Pas de commentaires »

Maverick

Richard Donner est un veau. Ce n’est pas une nouveauté : il y a souvent dans ses films un rythme discutable, et une absence assez flagrante d’idées neuves. Maverick, adaptation rigolarde d’une série western des années 60, ne fait pas vraiment exception.

Un exemple : la scène où Jodie Foster et Mel Gibson se précipitent sans se voir vers la chambre de l’autre, clin d’œil appuyé aux grandes comédies hollywoodiennes des années 40 (et 30), qui passe totalement à côté de la force comique ET sexy de la situation.

Plus gênant encore : Donner ne sait pas filmer le poker, motif habituel du cinéma américain (qui a souvent donné de beaux moments dans d’autres films)… qui occupe pourtant une place centrale dans l’histoire de Maverick. Ignorant presque totalement les possibilités dramatiques du jeu, Donner se contente de filmer des cartes qui tombent au ralenti et des gueules déconfites, ne gardant qu’un ultime faux suspense franchement lourdaud.

Mais, il y a les acteurs. Et c’est à eux, et à eux seuls, que l’on doit le plaisir, bien réel malgré tout, que l’on prend par moments. Il y a James Garner, dans une sorte de version vieillie du personnage qu’il tenait dans la série originale. Et surtout le couple Jodie Foster/Mel Gibson, tous deux au sommet de leur gloire. Entre eux, le courant passe, c’est rien de le dire. Et leur couple s’inscrit d’avantage dans la tradition du slapstick que dans celle du western.

C’est bien un western pour rire, comme le confirme avec une joyeuse dérision Graham Greene en chef Indien, dans une quasi-parodie du rôle qu’il tenait dans Danse Avec les Loups. Il reconnaît ainsi qu’il sait choisir les plus beaux endroits pour installer ses camps, se souvenant sans doute des beaux décors naturels du film de Costner. Et là aussi, les paysages sont beaux, spectaculaires, et parfois même surprenants (comme ce village construit au pied des falaises).

Richard Donner « emprunte » sans vergogne, reprenant des motifs des comédies de Hawks, ou copiant éhontément une scène entière d’Indiana Jones et la dernière croisade (celle de la falaise). Le réalisateur semble tout entier tourné vers le plaisir qu’il a pris sur le tournage, invitant même Danny Glover pour un rapide clin d’œil plutôt rigolo à L’Arme fatale. Plaisir partagé par les acteurs, tous dans un registre léger qui fait mouche (James Coburn, Alfred Molina…). Un petit plaisir communicatif dont on peut ne pas se priver.

Nevada Smith (id.) – de Henry Hathaway – 1966

Posté : 1 octobre, 2017 @ 8:00 dans 1960-1969, HATHAWAY Henry, WESTERNS | Pas de commentaires »

Nevada Smith

Curieux western que ce Nevada Smith porté par un Steve McQueen assez formidable… mais au moins deux fois trop vieux pour le rôle. Cette question de l’âge pose surtout problème dans les premières scènes, et il en a visiblement conscience, le pauvre Steve : pour tenter d’être crédible dans la peau d’un tout jeune homme inexpérimenté en tout, qui décide de retrouver seul les hommes qui ont tué ses parents, il minaude et prend des airs censés être enfantins. Le résultat est… étonnant.

C’est qu’il a 36 ans, quand même, et derrière lui déjà une solide collection de personnages virils et bien adultes. Avec un tel bagage, on a un peu de mal à voir en lui le puceau qui ne connaît rien de la vie. Heureusement, le film est une vraie fresque, dont l’action se déroule sur de longues années. Le temps pour le jeunot de s’aguerrir, de prendre de la consistance, et d’aller enfin comme un gant à l’acteur, qui révèle une belle intensité avec ce personnage tellement obsédé par la vengeance qu’il en vient à causer lui-même des drames.

Le film n’est pas seulement étonnant par le personnage que joue McQueen. Il l’est aussi par son ton, et par sa construction audacieuse, faite de longs épisodes quasiment indépendants les uns des autres. A chaque étape de son voyage, l’atmosphère change, le décor aussi, et les seconds rôles qui font l’entourage de Max Sand, qui deviendra le Nevada Smith du titre. Ce sont ces rencontres qui font aussi la richesse du film, chacune d’entre elles influant d’une manière ou d’une autre sur la personnalité du héros.

Plutôt inhabituel, aussi, de voir autant de bons samaritains croiser la route d’un personnage en quête de vengeance : à chaque étape, une âme charitable qui va avoir son importance dans la construction de cet homme. Et toutes ces rencontres permettent de croiser des tas d’acteurs formidables et de seconds couteaux qu’on aime : Karl Malden, Martin Landau et Arthur Kennedy dans les rôles des trois tueurs, mais aussi Brian Keith, Ted De Corsia, Pat Hingle ou Howard Da Silva.

Il y a la beauté des paysages aussi, et surtout, magnifiée par un superbe Cinemascope qui souligne constamment la place de Max dans cette nature qui peut être belle et hostile. Tourné dans des décors naturels, le film n’a pas à proprement parler un discours écologique, mais la manière dont Hathaway filme ces paysages est à elle seule une ode à une vie près de la nature.

Le film est une sorte de prequel du roman The Carpetbaggers de Harold Robbins, dont l’adaptation a été réalisée par Edward Dmytryk deux ans plus tôt (sous le titre français Les Ambitieux), avec Alan Ladd dans le rôle d’un Nevada Smith « adulte ». Le film commence avec la mort de Jonas Cord (joué par Leif Erickson), personnage qu’interprète Brian Keith dans Nevada Smith, sorte de père spirituel du héros.

Le Grand Attentat (The Tall Target) – d’Anthony Mann – 1951

Posté : 27 septembre, 2017 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, MANN Anthony, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Grand Attentat

John Kennedy qui sauve le président Abraham Lincoln d’un attentat… On peut dire qu’il y a de l’ironie, bien involontaire bien sûr, derrière le pitch de ce Mann méconnu. Après avoir fait des débuts fulgurants dans le western (trois films formidables tournés en 1950 dont Winchester 73), le réalisateur reste dans l’Amérique du 19e siècle, avec de grandes figures westerniennes (Lincoln, le chemin de fer…), mais c’est bien un film noir qu’il signe. Ce sera même son tout dernier.

Et c’est, encore, un modèle de mise en scène et de précision que réussit Mann, bouclant en à peine une heure quinze un suspense exemplaire, qui avance à la vitesse de son train. Un bémol quand même : le noir et blanc signé Paul C. Vogel n’a pas la profondeur fascinante que donnait le chef op John Alton lorsque Mann enchaînait les chefs d’œuvre noirs.

Mais quel rythme ! Dans l’espace exigu du train, Mann signe un suspense que n’aurait pas renié Hitchcock, grand spécialiste du thriller sur rails (jusqu’au message écrit sur la buée d’une fenêtre, comme un clin d’œil à Une femme disparaît). Un espace clos qui donne tout son sel à une histoire aux rebondissements pour la plupart attendus.

Le scénario repose en grande partie sur la question d’identité et les faux semblants. Comment le flic John Kennedy peut-il prouver qu’il est bien celui qu’il prétend être ? Qui est ce mystérieux malade qui reste enfermé dans sa cabine ? Qui sont les traîtres et qui cherche à tuer Lincoln ?…

Pourtant, ce qui semble intéresser le plus Mann, c’est plutôt ce décor et ses contraintes. Tout le plaisir du film repose sur la manière dont Mann met son héros en mauvaise posture, devant faire preuve d’imagination pour l’en sortir. Le héros, c’est Dick Powell, acteur de comédies légères devenu sur le tard un formidable tough guy, dont la présence paraît aujourd’hui encore d’une étonnante modernité. En voiture !

La Diligence partira à l’aube (Stage to Thunder Rock) – de William F. Claxton – 1964

Posté : 16 septembre, 2017 @ 8:00 dans 1960-1969, CLAXTON William F., WESTERNS | Pas de commentaires »

La Diligence partira à l'aube

Les premières minutes font craindre le pire, pour ce petit western tardif qui réunit quelques anciennes vedettes de secondes zones : pas de rythme, une lumière vive et laide, des plans à la composition discutable (même s’il est difficile de juger honnêtement le film sur ce dernier point, la copie disponible ayant été recadrée en 4/3 comme tant d’autres films de cette époque). Bref, pas franchement enthousiasmant.

Il y a la distribution quand même : Scott Brady (qui semble avoir pris trente kilos au cours des dix dernières années, et souffle comme un âne dès qu’il a fait trois mètres), John Agar (toujours pas l’acteur le plus expressif de l’histoire du western), Lon Chaney Jr (toujours impeccable, lui) et Barry Sullivan (le réalisateur dans Les Ensorcelés) en shérif inflexible… D’accord, ce n’est pas l’affiche la plus impressionnante du monde, mais c’est plutôt sympa, ces réunions d’old-timers.

Surtout, il y a ces petits détails qui, peu à peu, tirent le film vers le haut. Le scénario, malin et pas franchement mis en valeur par la mise en scène de Claxton, les accumule, ces petits détails : un tueur à gages qui ne travaille que pour payer les soins de sa fillette aveugle, des Indiens qui traînent en espérant pouvoir s’installer dans une maison qui doit être désertée, une curieuse mère qui ne pense qu’à l’argent dont elle a besoin sans montrer la moindre affection pour ses enfants, ou ce père qui rattrape dans l’alcool tous les échecs de sa vie…

La particularité du film, plutôt rare pour un western au budget aussi modeste, c’est aussi le nombre de personnages importants : une famille de braqueurs, un shérif qui a arrêté l’un d’entre eux, le tueur à leurs trousses, un couple sur le point de perdre sa maison, leur fille ancienne prostituée qui se fait passer pour une enseignante… Et tout ce monde qui converge vers un relais de diligence, où ils doivent passer la nuit.

C’est là, lors de cette nuit passée dans le relais, que le film est le plus convainquant. A la lumière artificielle, la mise en scène de Claxton reprend du tonus. Et c’est dans ces moments d’attente, paradoxalement, que le film est le plus tonique, le plus passionnant. Et au final, La Diligence partira à l’aube mérite un bon satisfecit.

12345...25
 

Kiefer Sutherland Filmographie |
LE PIANO un film de Lévon ... |
Twilight, The vampire diari... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | CABINE OF THE DEAD
| film streaming
| inderalfr