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Archive pour la catégorie 'WESTERNS'

Vers la mort / Le pionnier de la Baie d’Hudson (North of Hudson Bay) – de John Ford – 1923

Posté : 30 mars, 2020 @ 8:00 dans 1920-1929, FILMS MUETS, FORD John, WESTERNS | Pas de commentaires »

North of Hudson Bay

Dans la série des raretés signées Ford, ce North of Hudson Bay a bien belle allure. Certes, le film a en partie disparu (il n’en reste que 40 minutes, version tronquée et amputée de sa dernière partie). Mais même en l’état, ce film d’aventures dans le Grand Nord canadien s’impose comme le digne pendant nordique de The Iron Horse ou Three Bad Men, ses grands westerns muets. Et puis la version survivante, si incomplète soit-elle, permet de suivre l’intrigue sans problème, ce qui est déjà une bonne chose.

L’histoire, c’est donc celle d’un jeune aventurier que joue Tom Mix, et qui décide de partir vers le Grand Nord pour rejoindre son frère (Eugene Pallette, dont on croit déjà percevoir la truculence de la voix, même sans le son). Ce dernier vient de trouver un énorme filon dans la mine qu’il exploite avec son partenaire. De quoi attiser la convoitise des salauds de ce bout du monde, notamment le potentat local, qui imagine un ingénieux système pour que la lumière du soleil déclenche, en son absence, un fusil habilement disposé.

Lorsque Tom Mix arrive, c’est pour découvrir que le frangin a été assassiné, et que c’est son partenaire qui est accusé du crime, condamné à la « marche de la mort » : obligé de s’enfoncer dans la nature hostile jusqu’à ce que mort s’ensuive. Bien sûr, le Tom va s’en mêler, comprendre l’imposture, affronter les éléments et les méchants, séduire la belle (qui n’est autre que la nièce du machiavélique basterd), et triompher.

Enfin on le suppose, parce que c’est en pleine action que le métrage survivant s’arrête. Certes, notre couple semble alors provisoirement tiré d’affaires, mais les méchants sont toujours là, la nature est toujours hostile, et on sort alors d’une longue séquence d’action franchement bluffante qui rend cette fin abrupte particulièrement frustrante.

Dans les minutes qui précèdent, on a quand même vu Tom Mix affronter une meute de loups à mains nus (dans une tanière très cinégénique, John Ford n’est sans doute jamais aussi enthousiasmant que quand il a des ombres à filmer), puis se battre avec deux méchants armés dans la neige, et enfin se lancer en canoë à la poursuite de la belle perdue dans les rapides…

Le sens de l’action de Ford est la grande force de ce film, qui commence pourtant un peu mollement, autour de l’une de ces figures maternelles tragiques comme les aime le cinéaste, mais avec une utilisation trop abondante d’intertitres. Mais dès qu’il s’agit de filmer l’action et la violence, Ford se réveille, de la manière la plus inventive et brutale qui soit, à l’image de Tom Mix dégondant une porte pour s’en servir comme d’un bouclier et foncer vers des hommes armés.

De quoi faire regretter, outre les scènes manquantes, que ce North of Hudson Bay soit l’unique occasion de découvrir les étincelles que provoque la rencontre entre John Ford et Tom Mix. Les deux hommes, qui sont pourtant deux des plus grands noms du western ces années-là, n’ont travaillé ensemble que sur deux films. Le premier, Three jumps ahead (un « vrai » western celui-là) est considéré comme perdu.

La Rivière de nos amours (The Indian Fighter) – d’Andre De Toth – 1955

Posté : 22 mars, 2020 @ 8:00 dans 1950-1959, DE TOTH Andre, DOUGLAS Kirk, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Rivière de nos amours

Petit homme à Kirk, le grand Kirk, histoire de se souvenir qu’il y a quelques semaines seulement, on respirait le même air que cet acteur extraordinaire… Me sens d’humeur nostalgique, d’un coup. Le grand Kirk, qui produit ce superbe western très personnel avec sa société Byrna (le prénom de sa môman, c’est beau), presque aussi personnel que Seuls sont les indomptés, avec qui ce film a une vraie filiation.

Dans celui-là, Kirk sera un cow-boy attaché à un mode de vie qui n’existe plus. Dans celui-ci, il est l’incarnation de ce mode de vie : un homme amoureux de la vie sauvage (il refuse d’ailleurs les avances d’une colonne pour les beaux yeux d’une native), mais qui sait bien que tout ça est appelé à disparaître. Il y a une scène magnifique où le cow-boy échange avec son ami photographe (Elisha Cook) devant un paysage grandiose. Ce dernier s’enthousiasme d’être celui qui montrera au monde les beautés de l’Ouest, ouvrant ainsi la voie à la civilisation. Kirk, lui, s’en désole, préférant garder jalousement cette nature telle qu’elle est, mais bien conscient que rien n’arrêtera l’histoire.

Ce thème est au cœur du film. Et le couple que forme Kirk et l’Indienne jouée par Elsa Martinelli ressemble à un cri désespéré, ou plutôt à une volonté farouche de refuser la marche de l’histoire, et de s’accrocher à ce paradis pas encore tout à fait perdu. La dernière image, heureuse mais si fragile, dit tout de cette posture superbe.

Andre De Toth filme magnifiquement ces paysages dans un Cinemascope qui n’a rien d’anodin : tout ici est tourné vers cette nature si vaste et encore préservé, sur cette terre de tous les possibles, sur ce mode de vie menacé. Il n’est pas question de savoir si les Indiens sont bons ou méchants, si les blancs sont des victimes ou des bourreaux. La vérité est bien sûr nettement moins tranchée, et le film ne se veut pas une étude réaliste, avec ces Indiens qui parlent un anglais parfait et cette violence si maîtrisée.

D’une histoire somme toute très classique (la paix entre blancs et indiens est mise à mal par les manigances de deux trafiquants joués par Walter Matthau et Lon Chaney Jr), De Toth et Douglas tirent un hommage superbe à cet Ouest d’un autre temps, à la vie sauvage, et à l’amour dans ce qu’il a de plus primal. Du grand De Toth, du grand Kirk…

Au-delà du Missouri (Across the Wide Missouri) – de William A. Wellman – 1951

Posté : 15 mars, 2020 @ 8:00 dans 1950-1959, WELLMAN William A., WESTERNS | Pas de commentaires »

Au-delà du Missouri

Une voix off qui commente assez platement une série d’images – cartes postales, des personnages qui semblent mal dégrossis, des couleurs un peu criardes qui ont franchement mal vieilli (contrairement à la réputation que le film continue à avoir)… Les premières minutes laissent craindre le pire : comme si Wellman, pour une fois, avait un peu raté son coup.

Pour une fois, parce que Wellman est quand même un cinéaste assez magique qui a le don quasi-unique de transcender tout ce qui lui tombe sous la main, quel que soit le genre et les moyens qui lui sont confiés. Et il tourne beaucoup : cette seule année 1951, ce sont trois films qui portent sa signature, dont le très beau Convoi de femmes.

Un faux pas, donc ? Eh bien non : une fois encore, la magie opère. Le scénario est clairement abouti que celui de Convoi…, et ça se sent. L’humour un peu potache, les Indiens tels que Hollywood les fantasme, l’histoire d’amour un peu facile dans sa première partie (elle gagne en profondeur, quand même)… Autant de défauts qui se ressentent tout de même.

Mais il y a cette « patte » Wellman, cette capacité qu’il, comme Walsh, à donner du corps, de l’intensité et du rythme à son histoire, avec une impression de naturel confondante. Au-delà du Missouri est donc, en dépit de tous ses défauts, passionnant.

Dans cette Amérique des pionniers (l’histoire se passe entre 1828 et 1830), Clark Gable est un trappeur cynique qui « achète » une Indienne dans une scène étonnante, avant d’en tomber sincèrement amoureux. Plus que l’histoire, racontée comme un hommage à des pionniers d’un pays encore à construire, ce sont les paysages qui frappent. Leur beauté, l’importance des grands espaces, mais aussi leur diversité. Des montagnes enneigées aux forêts de bouleaux en passant par les lacs et les vastes plaines, Au-delà du Missouri est aussi un hommage à la beauté de ce pays, entaché de sang.

La voix off renforce l’impression de paradis perdu, un paradis au goût amer, quand même, que fréquentent des immigrants qui ont rompu avec un passé sans doute glorieux : un noble français (Adolph Menjou, réjouissant), ou un officier écossais. Et la cornemuse qui retentit dans les grands espaces du Montana, ça a vraiment de la gueule…

L’Homme des hautes plaines (High Plains Drifter) – de Clint Eastwood – 1973

Posté : 14 mars, 2020 @ 8:00 dans 1970-1979, EASTWOOD Clint (acteur), EASTWOOD Clint (réal.), WESTERNS | Pas de commentaires »

L'Homme des hautes plaines

Un étranger sans nom, taiseux, qui débarque dans une petite ville où il ne tarde pas à dégommer trois gros bras… Le cigare aux lèvres et la barbe de six jours… Clint Eastwood lorgnerait-il du côté de Sergio Leone pour son premier western derrière la caméra ? Pour l’argument initial, sans doute. Mais dès cette deuxième mise en scène, l’ami Clint impose son style, et son univers très particulier.

Chez Eastwood cinéaste, en tout cas dans une grande partie de sa carrière, le rapport à la mort a souvent quelque chose d’étrange, flirtant avec le surnaturel. Le film s’ouvre ainsi sur un climat oppressant et mystérieux qui laisse des marques. Comme dans Pale Rider douze ans plus tard, l’étranger semble sortir d’un mirage. Surtout, c’est le son qui crée ce sentiment de malaise qui ne s’effacera plus : le bruit assourdissant et totalement décalé que fait le cheval de l’étranger, qui agace les sens, absolument inconfortable.

La suite est à l’avenant. L’étranger que joue Clint abat sans sommation, viole une jeune femme un peu trop aguicheuse et hautaine, et s’emploie bientôt à humilier tous les habitants de cette ville qui voit en lui l’ultime rempart contre trois tueurs en quête de vengeance (dont l’indispensable acteur eastwoodien Geoffrey Lewis). Lâches, hypocrites, avides, mesquins… Pas le moindre personnage attachant dans cette ville que Clint va transformer, littéralement, en enfer.

Et d’où viennent ces réminiscences ? Comme des bribes de souvenirs qui ne peuvent pas en être (des souvenirs)… Qui est cet étranger qui sème la mort et confronte la population à sa propre conscience. Surtout, surtout, fuyez l’aberrante version française qui dénature en une réplique finale tout le mystère et la nature même du film. Clint Eastwood mérite bien mieux que ça avec ce western audacieux et radical.

Quand siffle la dernière balle (Shoot out) – de Henry Hathaway – 1971

Posté : 3 mars, 2020 @ 8:00 dans 1970-1979, HATHAWAY Henry, WESTERNS | Pas de commentaires »

Quand siffle la dernière balle

Dans True Grit, Hathaway flanquait John Wayne d’une gamine, toute jeune adolescente. Dans Shoot out, tourné deux ans plus tard, le même Hathaway prolonge ce thème en mettant dans les pattes d’un Gregory Peck en quête de vengeance une fillette encore plus jeune : à peine l’âge de raison.

Autant dire que la quête de vengeance va en prendre un coup dans l’aile. Tant mieux : Hathaway ne s’y intéresse pas le moins du monde, expédiant le traumatisme originel en un flash-back de quelques secondes (montrant le braqueur de banque joué par Peck trahi par son complice et ami), et sacrifiant sans état d’âme l’affrontement final.

Une chose seulement l’intéresse dans ce western tardif : les rapports entre ce cow-boy vieillissant et cette fillette qui pourrait bien être sa fille. Ou pas. Qu’importe l’histoire, qu’importe le scénario cousu de fil blanc, qu’importe aussi que les méchants soient si caricaturaux et si peu crédibles… Le fait est que ce duo inattendu donne quelques jolis moments tendres et touchants.

Pour le reste, il y a le métier d’Hathaway. Pas franchement au sommet de son art, certes, mais même dans cette dernière partie de carrière, le cinéaste marque des points par quelques beaux cadres dynamiques qui rappellent que c’est lui derrière la caméra, et pas un tâcheron anonyme : Gregory Peck dans un train devant un paysage westernien, le même Peck sur un cheval avec sa « fille »…

Des images simples mais incroyablement immersives, qui compensent la banalité, voire la fadeur des premières minutes du film, avec ces dos en amorces de plan et cette mise en scène curieusement artificielle. Après ce début fadasse, Hathaway retrouve du souffle, et finit par nous avoir au forceps.

Appaloosa (id.) – de Ed Harris – 2008

Posté : 28 février, 2020 @ 8:00 dans 2000-2009, HARRIS Ed, WESTERNS | Pas de commentaires »

Appaloosa

Des hommes de loi, un tueur qui attend son jugement, une petite ville presque tranquille, des règlements de compte… Western très classique sur le papier, que signe Ed Harris. Mais l’acteur réalisateur réussit là un film dense et original, qui trouve sa propre voie malgré les références incontournables à Rio Bravo ou Impitoyable.

Il y a quelque chose du chef d’œuvre de Hawks dans les rapports entre le shérif (Harris) et son adjoint (Viggo Mortensen), basés sur une confiance absolue que l’arrivée d’une femme ne peut pas dépasser. Et il y a quelque chose du chef d’œuvre d’Eastwood dans la manière dont Harris filme les silences, les moments en creux.

Et il y en a beaucoup, des moments en creux, dans ce western de l’attente. La violence est sèche, et souvent rapide (les héros s’en étonnent eux-mêmes après le grand affrontement, digne de OK Corral). Mais elle ne fait que renforcer la beauté de ces longs moments où il ne se passe rien, ou si peu.

Des regards, des silences, des habitudes qui évoluent presque imperceptiblement, des petits sourires. Les personnages flirtent tous avec les stéréotypes pour mieux surprendre, que ce soit celui de Renée Zellweger, le tueur joué par Lance Henricksen, ou le grand méchant Jeremy Irons. Tous déjouent les idées toutes faites et surprennent.

Mais c’est le tandem Ed Harris / Viggo Mortensen qui fait de Appaloosa un western aussi réussi et intense. Entre ces deux acteurs se passe quelque chose qui dépasse de loin les mots. Des repères solides pour l’un et l’autre, dans un monde où rien n’est vraiment à sa place, ce que souligne formidablement l’utilisation de la (belle) musique signée Jeff Beal.

Le Bourreau du Nevada (The Hangman) – de Michael Curtiz – 1959

Posté : 25 février, 2020 @ 8:00 dans 1950-1959, CURTIZ Michael, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Bourreau du Nevada

La première chose qui surprend dans ce western tardif de Curtiz, c’est le choix du noir et blanc, devenu plutôt rare dans le genre en cette fin des années 50 : c’est la même année qu’ont été tournés Rio Bravo et Les Cavaliers, pour ne citer qu’eux. Un choix d’autant plus curieux que le noir et blanc un peu terne évoque plus celui de la télévision naissante que les grandes heures d’Hollywood.

Visuellement, ce Hangman est indéniablement loin des chefs d’œuvre de Curtiz, dont on ne va pas faire l’interminable liste ici. Cela étant dit, le film ne manque pas d’intérêt. Et à part une propension pas désagréable mais assez gênante à filmer Tina Louise dans les tenues les plus sexys, avec des plongées qui mettent systématiquement en valeur sa poitrine généreuse… A part cette vision sexiste embarrassante, donc, le film s’avère une vraie réussite.

Et un western très original, même, porté par un Robert Taylor en marshall sans la moindre illusion sur l’espèce humaine. « Tout le monde a un prix, y compris vous et moi », lance-t-il à un shérif plus humain. Un personnage cynique et froid qui rend le film passionnant, parce qu’il ouvre la porte à tous les possibles, tous les drames imaginables. Curtiz s’en sert comme d’un contrepoint pour mettre la lumière sur la fraternité, thème récurrent dans son oeuvre.

Curtiz utilise très bien des décors vus dans des tas d’autres westerns, donnant un vrai souffle à une intrigue qui ne sort que rarement de la ville. Il le fait avec une certaine noirceur, mais aussi un humour bien présent : avec ce personnage exaspérant de vieille femme énamourée et ridicule, ou avec cette idée de relier Taylor et Tina Louise par des menottes dans le grand moment de bravoure du film…

Par moments, humour et gravité sont même intimement liés. C’est le cas lorsque Tina Louise, que le marshall Robert Taylor a fait venir en ville pour identifier l’homme qu’il recherche, déclenche toute une série de réactions démesurées chez les hommes qu’elle croise. Une scène qui semble tirée d’une comédie, mais dont l’enjeu dramatique est particulièrement fort : l’homme qu’elle est censée connaître va-t-il se trahir… ?

Plein de bonnes choses inattendues dans ce Curtiz méconnu.

Sacramento (In Old California) – de William C. McGann – 1942

Posté : 20 février, 2020 @ 8:00 dans 1940-1949, McGANN William C., WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Sacramento

Après s’être évadé du purgatoire dans lequel il végétait depuis près de dix ans grâce à Stagecoach, John Wayne n’est pas tout de suite devenu le mythe que l’on connaît? C’est à la Republic qu’il a trouvé le plus de rôles durant ces années de guerre, dans des séries B fauchées, mais souvent très réussies.

Celle-ci ne fait pas partie du haut du panier. Wayne y interprète un jeune pharmacien qui s’attire les foudres du tout puissant maître de Sacramento, où il a décidé de s’installer. Passée la surprise de voir Duke en dandy de l’Est avec chapeau haut de forme, on voit vite que la psychologie des personnages ne sera pas le point fort du film.

Pas plus celle de Wayne, dont le principal trait de caractère consiste à plier des pièces de monnaie pour faire le malin, que celle du grand méchant joué par Albert Dekker, dont le principal trait de caractère est d’être très méchant… et très amoureux de la belle de l’histoire. C’est sans doute elle le personnage le plus intéressant, le seul en tout cas qui évolue vraiment au fil de l’histoire. Pas de bol : elle est jouée par Binnie Barnes, dont l’alchimie avec Wayne est assez discutable.

Discutable aussi, l’humour lourdingue que glisse McGann, cinéaste dont le talent, réel, s’exprime surtout dans les moments graves, rares et brefs. Il réussit particulièrement les scènes de foule, auxquelles il sait donner un caractère de menace. C’est surtout frappant dans cette belle scène où Wayne manque de se faire lyncher.

Mais la gravité est vite balayée par un trait d’humour potache pas très convainquant. Sympathique malgré tout, mais bancal avant tout…

Ouragan sur la Louisiane / La Fille du pêché (Lady from Louisiana) – de Bernard Vorhaus – 1941

Posté : 8 février, 2020 @ 8:00 dans 1940-1949, VORHAUS Bernard, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Ouragan sur la Louisiane

Un jeune avocat devient procureur de la Louisiane pour débarrasser la ville de ses vices, symbolisés par la Loterie, véritable institution qui finance de bonnes œuvres, mais cache une corruption qui gangrène la ville.

La rombière qui a fait venir cet avocat incorruptible l’avait prévenu : la Louisiane, c’est une nouvelle version de Sodome et Gomorre, qui finira par essuyer la colère de Dieu. Pas manqué : c’est un véritable déluge qui épurera la ville, comme L’Incendie de Chicago dans le film du même nom, qui inspire visiblement Lady from Louisiana.

Vorhaus n’a pas tout à fait les même moyens dans cette production Republic Pictures. Mais à part quelques transparences pas terribles, il se tire formidablement bien d’un budget confortable pour la Republic, mais loin d’une superproduction. La scène du déluge utilise ainsi très bien les gros plans, les détails, l’obscurité et le montage. L’effet est assez saisissant.

C’est peut-être dans la première partie que le talent de Vorhaus est le plus évident. Une première partie où le ton est à la comédie, et à la légèreté. Sourires et bienveillances sont partout, en particulier dans une séquence de Mardi Gras assez formidable, digne des grands maîtres hollywoodiens. Cadrage, mouvement de caméra, rythme, manière d’intégrer les personnages dans un décor plein de vie… C’est sans doute la plus belle scène du film.

John Wayne, encore tout jeunot, est impeccable bien sûr. Le film s’ouvre sur lui, qui embrasse longuement Ona Munson (imposée par son compagnon de producteur, mais très bien), avant de lui demander son nom, un large sourire aux lèvres, sourire qu’il ne quittera qu’après le premier meurtre…

La suite oscille entre comédie et drame, avec une bonne dose de suspense. Il y a bien des maladresses, des grosses ficelles. Mais il y a aussi des moments réjouissants, comme ce braquage assuré par John Wayne et la fameuse rombière, jouée par Helen Westley.

Ce « southern », bancal et réjouissant à la fois, est une bien chouette curiosité.

La Ballade de Buster Scruggs (The Ballad of Buster Scruggs) – de Joel et Ethan Coen – 2018

Posté : 5 février, 2020 @ 8:00 dans 2010-2019, COEN Ethan, COEN Joel, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Ballade de Buster Scruggs 1

Retour au western pour les frères Coen. Après le magistral True Grit, les frangins les plus enthousiasmants du 7e art signent leur premier film à sketch. Un genre auquel ils ont déjà participé à deux reprises (Paris je t’aime et Chacun son cinéma). Cette fois, et pour la première fois, ils ont l’occasion de varier les tons et les styles, en livrant leur(s) vision(s) de l’Ouest sauvage. Et c’est ébouriffant.

1. La Ballade de Buster Scruggs (The Ballad of Buster Scruggs)

Un cowboy tout de blanc vêtu qui chante et joue de la guitare sur son cheval… Un saloon perdu au milieu de nulle part… Dès ce premier segment, on voit bient que le retour au western des frères Coen n’a rien d’une redite.

Cette anthologie, qui aurait pu être déclinée en série télé, s’ouvre sur une ballade aussi décalée que visuellement somptueuse. Dans l’esprit, ce pourrait presque être du Lucky Luke, si les morts ne s’amoncelaient pas dans des détails volontiers gores.
Mais visuellement, quelle maîtrise. Si le ton très décalé a quelque chose de trop artificiel, les Coen nous régalent d’emblée avec un esthétisme somptueux. Un exemple : Tim Blake Nelson qui entre dans le saloon et s’époussette. Et c’est comme s’il laissait une partie de lui-même derrière lui…

2. Près d’Algodones (Near Algodones)

Après le saloon coupé de tout, la banque au milieu de nulle part, pour un braquage qui ne ressemble à aucun autre.
James Franco campe un voleur pendu deux fois, mais qui réchappe en passant à une tuerie de Comanches venus d’on ne sait où.

Moins ouvertement clownesque que le premier segment, celui-ci joue pourtant la carte de l’absurde. S’en dégage pourtant une étrange nostalgie, sans qu’on sache vraiment pourquoi. Déroutant !

3. Ticket repas (Meal ticket)

Le conte suivant lorgne du côté du Freaks de Tod Browning, avec Liam Neeson en artiste ambulant qui balade de bled en bled un comédien sans jambe et sans bras, dont les prestations attirent de moins en moins de monde.

Quasi-muet, si ce n’est, toujours, les mêmes tirades sorties inlassablement par l’artiste-tronc, ce segment hivernal est d’une cruauté bouleversante. Entre un Liam Neeson marmoréen (qu’on est heureux de revoir dans un vrai rôle, même aussi bref que celui-ci), et le lunaire Harry Melling, cette histoire absurde flirte constamment avec le comique, pour mieux faire ressortir le pathétique et la cruauté. Oui, comme Browning.

La Ballade de Buster Scruggs 2

4. Gorge dorée (All Gold Canyon)

Suit le soliloque intense d’un vieux chercheur d’or, dans une nature absolument splendide. Tom Waits est superbe dans ce rôle intense, seul à l’écran la plupart du temps. Un personnage qui a tous les aspects de la folie, mais qui révèle au final une humanité qui a à peine sa place dans ces décors encore vierges.

Au fil des segments, et malgré les ruptures de ton, les différences de rythme et les approches esthétiques parfois opposées, des thèmes commencent à surgir, à commencer par la solitude, le rapport à la nature et la présence constante de la mort.

5. La Fille qui fut sonnée (The Gal who got rattled)

Le segment suivant, le plus long de tous, est aussi peut-être le plus beau, le plus terrible. Parce qu’il concentre tout l’espoir du monde, et l’absurdité à la Coen.

C’est aussi le plus ancré dans un certain réalisme : l’histoire tragique d’une jeune femme ballottée par la vie, et par les chaos d’une caravane qui s’enfonce vers l’Ouest.

Zoe Kazan est bouleversante dans le rôle de cette jeune femme à qui la vie s’ouvre soudain, mais qui se heurte, encore, à la violence et aux menaces d’une nature pas encore domptée par l’homme.

6. Les Restes mortels (The Mortal Remains)

Après les grands espaces, place à un huis-clos étouffant, celui d’une diligence avançant dans une nuit noire. On retrouve là tous les thèmes du film : le théâtre, la mort, le destin…

Mieux, on y retrouve comme concentrés tous les thèmes qui hantent le cinéma des Coen depuis leur premier film. La Ballade de Buster Scruggs n’est pas seulement une anthologie westernienne, c’est aussi une promenade étonnante et assez fascinante dans l’univers des Coen, de O’Brother à Barton Fink

Alors que, pour la première fois, l’un s’apprête à signer un film sans l’autre (Macbeth, de Joel Coen tout seul), La Ballade de Buster Scruggs aurait-il quelque chose d’une œuvre-bilan ? Si c’est le cas, le résumé est facile à trouver : les frères Coen, quel que soit le genre et le ton, c’est du pur et du grand cinéma.

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