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Archive pour la catégorie 'WESTERNS'

Le Bagarreur du Kentucky (The Fighting Kentuckian) – de George Waggner – 1949

Posté : 13 octobre, 2019 @ 8:00 dans 1940-1949, LAUREL et HARDY, WAGGNER George, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Bagarreur du Kentucky

Voilà un duo qui m’avait totalement échappé jusqu’à présent. Quoi, John Wayne a tourné un western avec Oliver Hardy ? Oui, celui-là même du tandem le plus drôle de l’histoire du cinéma. Et mieux : ces deux-là forment pour l’occasion un vrai duo, qui joue à fond sur l’opposition de leurs styles et de leurs personnalités. Deux questions très profondes se posent à moi. La première : mais comment une telle association, même très éphémère, a-t-elle pu m’échapper ? La seconde : mais pourquoi ?

Rien d’évident, quand même, à associer deux des silhouettes les plus mémorables du 7e art. Certes, aucun des deux n’est au sommet de sa carrière, mais quand même… John Wayne n’est pas encore tout à fait un mythe, et Oliver Hardy est en fin de carrière : il n’a plus rien tourné depuis quatre ans, et ne reformera son inoubliable duo avec Stan Laurel qu’une ultime fois, en 1951 (pour Atoll K, qu’ils viendront tourner en France). Mais drôle d’idée, vraiment.

Pour associer ces deux-là, il fallait une vraie direction, un vrai projet, plus abouti que simplement celui de placer ces deux personnages si forts côte à côte et de voir ce qui se passe. Et c’est bien l’impression qui se dégage le plus souvent, hélas. On l’aime bien, Hardy, et il y a une sorte d’excitation à l’idée de voir ce que cette association peut donner. Mais George Waggner ne sait visiblement pas quoi faire de la star comique, se contentant de le laisser faire son truc dans son coin, comme s’il s’attendait à voir débouler Laurel.

Ancien acteur (il a joué Buffalo Bill dans Le Cheval de fer, le monument de John Ford), ancien scénariste (il a écrit Les Ecumeurs de la mer et Chasseurs d’images pour John Wayne), George Waggner est un réalisateur discutable. Il y a de bonnes choses dans son film : de belles images pour commencer, ce qui n’est quand même pas rien. Waggner connaît son métier, et réussit quelques scènes mémorables (la mort de Beau notamment, le personnage interprété par Paul Fix, second rôle qu’on a toujours plaisir à retrouver).

On peut aussi souligner la voix off originale et quelques détails charmants qui donnent à ce western un ton relativement léger inattendu. Et un contexte original, avec la présence de soldats napoléoniens qui ont trouvé refuge en Amérique après Waterloo et la disgrâce de l’empereur. Mais il y a aussi pas mal de problèmes : un ton mal maîtrisé, un scénario très confus et franchement improbable, construit autour de la marche d’anciens soldats retournant vers leur Kentucky…

Un détail, aussi, qui gâche constamment le plaisir que l’on pourrait prendre : le son, d’une « propreté » déstabilisante. Un homme alpague la foule au milieu du brouhaha, et on a l’impression qu’il utilise un porte-voix. Les hommes du Kentucky marchent en chantant des chansons d’amitié virile, et la musique semble extérieure à la scène. Gênant.

Gênante aussi : la présence de Vera Ralston, actrice agaçante et à peu près mille fois moins charismatiques que le moindre second rôle (dont Marie Windsor qui, même mal servie, dévore l’écran). Un problème récurrent pour cette protégée (et épouse) de Herbert J. Yates, le patron de la Republic Pictures, que l’on avait déjà vue au côté de John Wayne dans La Femme du pionnier. Wayne qui, lui, est impeccable. Comme toujours.

A l’assaut du boulevard (Bucking Broadway) – de John Ford – 1917

Posté : 4 septembre, 2019 @ 8:00 dans 1895-1919, FORD John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Bucking Broadway

Avec John Ford, la notion « d’œuvre de jeunesse » n’a finalement pas grand sens, tant ses premiers films sont, déjà, exceptionnels, loin au-dessus de la production de l’époque… Seule une poignée de ses premiers films a survécu. Et plus encore que dans Straight Shooting, le premier de ces films survivants, Bucking Broadway est un western d’une maîtrise totale.

La comparaison entre ces deux premiers films connus de Ford est incontournable. Pas seulement parce que les deux mettent en scène le fidèle compagnon des premières années Harry Carey dans son rôle de Cheyenne Harry. Mais aussi et surtout parce que les deux films illustrent déjà la cohérence visuelle et thématique du cinéma de Ford.

Comme dans le précédent, on retrouve dans Bucking Broadway l’attachement de Ford pour les grands espaces, qu’il filme comme personne à l’époque (ou depuis), jouant de la profondeur de champs comme des plongées avec un art exceptionnel de la mise en scène. On retrouve aussi, comme dans le précédent, un plan cadrant la silhouette d’un homme dans l’encadrement d’une porte ouverte sur la nature, que l’on retrouve régulièrement jusqu’à The Searchers, bien sûr…

Mais plus encore que Straight Shooting, Bucking Broadway affiche une ambition esthétique et une richesse narrative hors du commun de la part de Ford, qui passe de la comédie au drame dans un même élan, ce qui sera toujours l’une des forces de sa filmographie. Dans la scène de fiançailles, il filme le visage de Carey passant de la joie à la gravité comme il le fera de celui de Ward Bond, John Wayne ou Henry Fonda dans tant de films (pensons à la scène du bal de Fort Apache par exemple), créant à cette occasion l’un de ces moments de grande camaraderie qui peupleront son cinéma.

Peut-être, sans doute même, le film n’existe-t-il au fond que pour ces quelques plans montrant des cowboys du Wyoming chevauchant au milieu des voitures sur Broadway (tournés à Los Angeles, mais qu’importe)… Mais Ford ne néglige aucun passage. Ni cette très belle scène intime entre Harry et sa promise, filmée à la seule lumière de la bougie. Ni la grande bagarre finale d’anthologie. Ni le moment où Harry retrouve l’espoir de conquérir sa belle et saute dans un train en marche…

Ford filme tout ça avec la même intensité, la même puissance visuelle. Un grand, dès 1917.

Du sang dans la prairie (Hell Bent) – de John Ford – 1918

Posté : 3 septembre, 2019 @ 8:00 dans 1895-1919, FILMS MUETS, FORD John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Hellbent

Même dans ces westerns de jeunesse que Ford enchaînait alors à un rythme effréné avec Harry Carey, il y a déjà la marque du futur auteur de Vers sa destinée ou Fort Apache. Dans sa manière de filmer les paysages d’abord, en plans larges, en plongées ou contre-plongées spectaculaires, la caméra soulignant la grandeur, la beauté ou le danger d’un lieu.

Mais aussi dans sa manière toute particulière de glisser une pointe d’humanité bien réelle entre les personnages : un simple regard qu’une jeune femme lève vers son héros qui vient de la libérer de la meute lubrique d’un saloon…

L’histoire de Hell Bent n’a pas un intérêt énorme. Les détails en sont d’ailleurs un peu difficile à suivre, dans cette copie disponible, visiblement remontée au scalpel et dont quelques photogrammes manquent. En gros : Cheyenne Harry, fuyard, tombe sous le charme d’une jeune femme forcée de travailler dans un « dance hall », et la sauvera des griffes d’un bandit, qu’il affrontera dans un final épique au milieu d’un désert aride et mortel…

Qu’importe cette histoire, qui en vaut d’autres. La scène inaugurale, d’ailleurs, joue joyeusement avec cette idée que le western d’alors est un genre particulièrement propice aux clichés. Le film commence avec un auteur de westerns lisant une lettre de son éditeur lui reprochant de ne pas créer de personnages réalistes. Il s’approche alors d’un tableau représentant un saloon saccagé par une bagarre. Et quand la caméra cadre le tableau plein écran, la scène prend vie… Le film est lancé.

En quelques secondes, habiles et originales, Ford répond d’avance aux critiques, se dédouanant des invraisemblances, dont il fait même la force de son film. Il se permet ainsi une scène totalement improbable, où Harry traverse le hall d’un saloon et grimpe l’escalier qui mène aux chambres en restant sur son cheval. Une scène particulièrement réjouissante où le héros rencontre celui qui va devenir son meilleur ami, après que les deux hommes se sont balancés successivement par la fenêtre…

Ford alterne alors avec bonheur l’humour et le tragique, jusqu’à cette belle séquence de désert, avec une tempête de sable qui en annonce bien d’autres qui marqueront le genre, du Stroheim des Rapaces au Leone du Bon, la brute et le truand

D’un rayon de lumière qui éclaire le visage de Neva Gerber à l’air las et mélancolique de Duke Lee qui annonce les grands personnages de Wayne, Ford a déjà posé les bases de son art et de ses classiques à venir. Hell Bent n’est pas exempt de défauts : un rythme inégal, des situations parfois caricaturales… Mais c’est déjà, bien, du John Ford. Jusqu’à la dernière (et très belle) image, avec cette clôture qui conduit Cheyenne Harry vers le bonheur conjugal. Tellement fordien…

Les Rivaux du Rail (Denver & Rio Grande) – de Byron Haskin – 1952

Posté : 1 septembre, 2019 @ 8:00 dans 1950-1959, HASKIN Byron, WESTERNS | Pas de commentaires »

Les Rivaux du Rail

La construction des grandes voies de chemin de fer est un thème qui a valu au western quelques-uns de ses moments de gloire, du Cheval de Fer à Pacific Express. Un sous-genre, presque, qui est presque toujours l’assurance de bons moments, ne serait-ce que parce que cette traversée inédite des grands espaces américains implique qu’on les montre, ces grands espaces.

Il s’agit ici encore du meilleur atout du film : les spectaculaires décors naturels, au cœur des plus beaux plans de ce western visuellement très réussi grâce à un beau travail du chef op Ray Rennahan (Sur la piste des Mohawks et Duel au soleil, quand même), mais par ailleurs pas franchement emballant. L’histoire en vaut bien une autre : c’est l’affrontement de deux compagnies de chemin de fer. Forcément, l’une est dirigée par des héros de guerre, honnêtes et courageux, tandis que l’autre ne vaut pas mieux qu’une bande de gangsters.

Le film prend des raccourcis, et préfère l’efficacité directe à la crédibilité, qu’importe. Il donne le rôle principal, celui d’un meneur d’homme charismatique et héroïque à Edmond O’Brien… passons, même si le gars, qui peut être très bien quand il joue de simples quidams, n’a définitivement pas l’étoffe d’un héros. Mais ce qu’on a bien du mal à oublier, c’est l’incapacité flagrante et totale de Byron Haskin de mettre en scène ses acteurs…

A ce niveau, on n’est plus dans l’accident de parcours, mais dans la catastrophe industrielle. La foule qui suit avec enthousiasme le moindre cri ; quatre bandits qui attendent sagement, face caméra, l’ordre qui les fera se lever comme un seul homme en file indienne ; Sterling Hayden forcé de se mettre sur la pointe des pieds pour être vu du spectateur derrière son tas de bois…

Sterling Hayden ! Parlons-en, du pauvre Sterling Hayden. Voilà un acteur qu’on aime bien, dont la raideur étrange et le visage juvénile peuvent apporter ce petit quelque chose qui fait la différence, mais dont Haskin ne sait absolument pas quoi faire, se contentant la plupart du temps de le filmer debout, à moitié appuyé sur un arbre, comme s’il attendait désespérément que quelque chose se passe. Quoi ? Un éclair de génie d’Haskin ? On attend toujours…

Une séquence, quand même, laisse espérer un regain de vivacité et d’efficacité : celle, centrale, du train volé qui prend d’assaut une demi-douzaine de gares successives. Un détail plutôt original, qui se conclue par un moment lourd en suspense, lorsque deux locomotives lancées à vive allure se précipitent l’une vers l’autre. Le choc est inévitable, comme le confirme une série de plans courts, et pour le coup plutôt haletante. Las : ce beau moment plein de promesse se termine par un plan large d’une platitude extrême, étouffant en une poignée de secondes ce regain d’énergie. Oublions…

Le Déserteur de Fort Alamo (The Man from the Alamo) – de Budd Boetticher – 1953

Posté : 15 juillet, 2019 @ 8:00 dans 1950-1959, BOETTICHER Budd, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Déserteur de Fort Alamo

Ce n’est pas encore l’ère des grands films, mais le cinéma de Boetticher est déjà très recommandable au début des années 50, avec des premiers westerns qui n’ont certes pas l’impact de ceux que jouera Randolph Scott quelques années plus tard, mais qui sont déjà de belles réussites : L’Expédition du Fort King, Le Traître du Texas… Autant de films dont on peut dire qu’ils sont des Boetticher mineurs, mais qui ont quand même une sacré classe.

Le Déserteur de Fort Alamo est de ceux-là. Clairement pas le plus personnel de sa filmographie : lui-même ne le tenait d’ailleurs pas en très grande estime, l’évoquant dans Amis Américains (le pavé de Bertrand Tavernier réunissant quelques-uns de ses interviews fleuves) comme « un film drôle ». Ce qu’il répète d’ailleurs : « Nous avons voulu faire un film drôle pour contrebalancer le pathétique de l’histoire. »

Bon. Visiblement, son propre film ne l’a pas marqué outre mesure, parce que le côté humoristique du film m’a complètement échappé. Le pathétique, lui, est bien là, avec ce personnage de Glenn Ford, considéré comme un lâche parce qu’il a quitté le fort Alamo avant l’ultime massacre : choisi par le hasard pour aller sauver les femmes et enfants de ses camarades, mais qui ne peut que constater que toutes les familles ont été massacrées par des bandits déguisés en Mexicains.

Le gars arrive trop tard pour sauver qui que ce soit, y compris sa propre femme et son propre fils. Trop tard aussi pour retourner à Alamo, ou même pour sauver sa réputation. Condamné par ce putain de sort à être considéré comme un lâche, lui qu’on a pourtant vu risquer sa vie pour redresser le drapeau flottant sur le fort assiégé. Même si la fin adoucit le propos, toute notion de drôlerie est absente de ce western.

Un western carré et efficace, qui fait le spectacle à défaut d’être hyper personnel. Il ne manque en tout cas d’intérêt, ne serait-ce que pour sa manière d’être complémentaire avec le futur classique de John Wayne consacré au siège d’Alamo. Le film de Boetticher ne se situe dans le fort que dans le premier quart d’heure. Après quoi c’est le contexte et les enjeux se jouant à l’extérieur du fort que le film évoque : la menace des Mexicains sur les Texans, la désorganisation d’une population livrée à elle-même…

Pas inintéressante non plus, quoi que plus convenue, la manière dont Boetticher filme la meute : la rapidité avec laquelle le « déserteur » est condamné, au moins moralement, par la population parce qu’il a commis le crime de survivre à des héros. Glenn Ford apporte beaucoup d’intensité à ce personnage tragique. Et Fictif, contrairement à certains autres (à commencer par Davy Corckett et Jim Bowie).

La Chasse aux visages pâles (Apache Territory) – de Ray Nazarro – 1958

Posté : 13 juillet, 2019 @ 8:00 dans 1950-1959, NAZARRO Ray, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Chasse aux visages pâles

C’est fou le monde qu’il y a, dans ce désert. Rory Calhoun y chevauchait tranquillement, philosophiquement sur la destinée de l’homme seul en voix off, dans une très belle scène pré-générique. Mais le calme qui l’entoure ne va pas durer : en quelques minutes, notre cow-boy croise la route de trois voyageurs, d’une bande d’Indiens assoiffés de sang, d’une jeune femme ligotée, d’une poignée de soldats de la cavalerie, d’un gentil indien, et même de son ex accompagnée de son nouveau fiancé, tous deux en route pour prendre la diligence…

Et oui, tout ça en quelques minutes à peine, le temps pour Nazarro de créer le microcosme au cœur de son film. C’est que le temps lui est compté : moins d’une heure dix pour raconter cette histoire d’un petit groupe d’hommes et de femmes pris d’assaut par les Apaches au milieu du désert. Alors c’est vrai, il ne fait pas beaucoup d’effort pour apporter un sentiment de véracité à son film : seule compte l’efficacité, et tant pis si cette convergence de tous les personnages prête à sourire. Parce que l’efficacité est bien au rendez-vous.

C’est dense, ramassé, réduit à sa forme la plus simple. Apache Territory est un western sans gras, mais avec une vraie originalité de ton, et qui s’autorise quelques moments inattendus : un long suspense autour d’un gros varan bien dégueulasse se glissant dangereusement au plus près de Calhoun ; ou une attaque à coup de bombes improvisées… Des curiosités qui viennent confirmer la singularité de ce chouette petit western.

Face à Rory Calhoun, deux habitués des bad guys : Leo Gordon et John Dehner, toujours très bien, même quand il s’agit comme ici de jouer des sales types sans trop de nuances. Ce n’est d’ailleurs pas dans la nuance que se trouve l’intérêt du film : Rory Calhoun est un vrai héros, les Indiens sont des vrais méchants (et pas futés), et les vrais couples survivront. Sans grande surprise ? Peut-être, mais efficace et très sympathique.

L’Aventurier du Texas (Buchanan rides alone) – de Budd Boetticher – 1958

Posté : 7 juillet, 2019 @ 8:00 dans 1950-1959, BOETTICHER Budd, WESTERNS | Pas de commentaires »

L'Aventurier du Texas

Randolph Scott, cowboy solitaire. Normal. Mais ce cowboy solitaire là débarque en ville avec un large sourire aux lèvres, dont il ne se départira que dans les circonstances les plus sombres… et encore. Et ce n’est pas la seule originalité de ce western plein de surprises.

L’histoire, pourtant, semble classique. Ce voyageur en route vers son Texas natal débarque dans une ville frontalière dominée par une famille omniprésente, qu’il ne tarde pas à se mettre à dos : le juge Agry, qui détient le pouvoir et la fortune ; le shérif Agry, qui aimerait bien s’approprier les deux ; et le patron d’hôtel Agruy, qui passe son temps à courir d’un frère à l’autre.

Curieux western, où le héros passe son temps à être sauvé de la mort par ceux qui sont censés être ses ennemis. Une sorte d’ironie amusée qui baigne tout le film, avec un humour plutôt inhabituel pour un western de Boetticher, surtout dans sa période Scott.

Boetticher glisse des tas de détails étonnants dans son récit : ce frère constamment essouflé qui a tout du poulet paniqué ; l’homme qu’on « enterre » au sommet d’un arbre ; Scott qui manque tranquillement son steak sous le regard de l’homme qui veut le tuer ; le prix fixe (10 dollars) de tout ce qui s’achète dans cette ville…

Buchanan rides alone peut sembler mineur dans la collaboration de Scott et Boetticher, mais cette pochade au ton parfois déroutant séduit par son côté décalé, par son rythme impeccable, et par l’écriture de ses personnages, à commencer par l’homme de main du juge joué par Craig Stevens, totalement inattendu, sorte d’ange noir dont la présence domine tout.

Un dollar entre les dents (Un Dollaro tra i denti) – de Luigi Vanzi (sous le pseudonyme Vance Lewis) – 1967

Posté : 23 juin, 2019 @ 8:00 dans 1960-1969, VANZI Luigi, WESTERNS | Pas de commentaires »

Un dollar entre les dents

Un étranger arrive dans une petite ville où sévit une bande de dangereux voleurs qu’il se met vite à dos, et décide de profiter de la situation pour s’enrichir. Bon sang, délivrez-moi d’un doute : ce spaghetti ne serait-il pas pompé sur le mégasuccès Pour une poignée de dollars ?! Remarquez, il n’est pas le seul : des dizaines de films sont tournés ces années-là, dans le sillon de Leone. Et celui-ci a au moins l’honnêteté (à moins que ce ne soit purement mercantile) d’annoncer la couleur dès le titre.

Il y a quand même au moins trois problèmes. D’abord, Tony Anthony n’est pas Clint Eastwood. Il a beau le singer, adopter un regard sombre et porter un poncho… Plus il s’inscrit dans la mouvance du grand Cint, plus l’acteur (américain) révèle ses limites. Qu’il n’exprime rien n’est pas un problème. Qu’il semble sur le point de pleurer à la première baffe est un peu plus problématique. La moue de Clint était intense, celle de Tony est assez rigolote. C’est sans doute le but, mais l’aspect parodique n’est pas bien convaincant.

La musique aussi, pompée sans vergogne sur celle de Morricone, le talent en moins. C’est que le film ne bénéficie pas d’un gros budget, et que cela se ressent sur plusieurs points. La musique, donc, mais aussi les décors extérieurs. Si le réalisateur se tire plutôt bien de ses intérieurs, il ne fait strictement rien de cette grande carrière à ciel ouvert qui revient à plusieurs reprises, sans grande cohérence, décor assez laid où on s’attend constamment à voir débouler un engin de chantier…

Et surtout, Luigi Vanzi n’est pas Sergio Leone. Il fait bien des efforts dans ses cadrages, sans doute poussé par la volonté de s’inspirer du maître. Mais sans le style de Leone, les scènes étirées à l’envi deviennent… eh bien des scènes trop longues, et ennuyeuses. Vanzi n’est pas Leone, mais il serait injuste de l’enterrer complètement. Son film n’est pas un chef d’œuvre, certes, mais il a tout de même quelques soudaines inspirations qui sauvent l’ensemble.

Des accès de violence, surtout. A commencer par cette première fusillade, dans un noir soudain et total, d’où ne sortent que les traînées lumineuses des coups de feu. Percutant. Le noir, d’ailleurs, réussi bien à Vanzi, qui réussit une courte mais belle scène : celle où l’étranger se faufile près du coffre, dans l’obscurité où des allumettes s »embrasent l’une après l’autre, révélant la présence des méchants dans un plan aussi fugace qu’impressionnant.

On peut aussi retenir un personnage inhabituel de méchante, femme forte et dominatrice dont la fin, mariage détonnant du sexe et de la mort, est aussi brutale qu’inattendue.

Échec en Europe, le film connaîtra un petit succès en Amérique, suffisant pour lui valoir deux suites.

Trois enterrements (The Three Burials of Melquiades Estrada) – de Tommy Lee Jones – 2005

Posté : 7 juin, 2019 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2000-2009, JONES Tommy Lee, WESTERNS | Pas de commentaires »

Trois enterrements

Tommy Lee Jones passe derrière la caméra, et il signe un film à son image. Brut, humaniste, sombre, et terriblement Américain. Un film formidable, en fait, qui n’aurait pu être tourné par personne d’autre, et nulle part ailleurs. Ce qui, en soit, est un sacré compliment. Rajoutons en un autre : Tommy Lee Jones, acteur central de son film, est absolument formidable. Il a d’ailleurs obtenu le prix d’interprétation à Cannes pour ce rôle. Mérité.

Le voilà donc en vieux cow-boy (contemporain) qui kidnappe le policier des frontières qui a tué (par accident) son ami mexicain. Le duo improbable déterre la victime, histoire de lui faire passer la frontière, de l’enterrer dans le village où il a laissé sa famille, et possiblement de venger la mort de ce type bien. Et c’est un mouvement lent et terrible qui se met en branle, à travers des paysages désolés, croisant des êtres comme en suspens entre la vie et la mort.

Pour son premier film, Jones ne choisit pas le côté glamour du film de genre. Son étrange western moderne est une sorte de récit initiatique, de long voyage dans le tréfonds des âmes de ses personnages. Un voyage à la construction savante, plein d’allers-retours temporels et géographiques (sur un scénario également récompensé à Cannes). L’acteur et réalisateur est formidable, donc. Mais il lui fallait aussi un contrepoint à la hauteur, et Barry Pepper se révèle exceptionnel, sale type pathétique et détestable, que l’on se prend à prendre en pitié tant il tombe bas.

Cette frontière mexicano-américaine, Jones en fait d’ailleurs une sorte de purgatoire, pour des êtres sans perspective. La (belle) femme du policier-tueur se livre à la seule amie qu’elle a pu se faire dans ces contrées hostiles, où les rares femmes sont des versions monstrueuses et désespérément seules d’elle-même : « Nous étions tous les deux très populaires au lycée. » Une simple phrase qui sonne tragiquement dans la réalité du moment.

Les femmes sont le plus souvent en retrait dans cette histoire, mais Jones ne les sacrifie pas pour autant, soulignant justement leur côté sacrificiel, annonçant ainsi le thème central de son second film, The Homesman. Deux films seulement, et déjà un univers d’une extrême cohérence. Et d’une extrême noirceur, même s’il y a dans cet opus inaugural un certain espoir, une certaine foi. Pas en un monde meilleur sans doute, mais au moins à la possibilité d’une pénitence.

Six chevaux dans la plaine (Six black horses) – de Harry Keller – 1962

Posté : 26 mai, 2019 @ 8:00 dans 1960-1969, KELLER Harry, MURPHY Audie, WESTERNS | Pas de commentaires »

Six chevaux dans la plaine

Ce n’est pas parce qu’on n’a pas de moyens qu’on ne peut pas avoir d’ambitions. Ce western fauché n’en manque pas, pas plus qu’il ne manque d’intérêts…

De beaux décors naturels, trois acteurs qui se partagent seuls l’écran pendant une bonne partie du film… Il n’en faut pas plus à Harry Keller pour mener son film avec une efficacité indéniable. Pas de grands effets, ni de cascades spectaculaires : le film se limite en grande partie à l’avancée de ces deux hommes (Audie Murphy et Dan Duryea) qui escortent une jeune femme aux motivations mystérieuses à travers le territoire indien.

Parmi les aspects très réussis du film, il y a la manière dont Keller utilise ses décors, parfois les mêmes d’une scène à l’autre, mais avec un vrai sens de l’espace, particulièrement frappant dans les boyaux étroits des monts rocheux.

Et puis les rapports troubles entre les deux personnages principaux, amicaux et ambigus à la fois, et pour une fois vraiment complémentaires, sont particulièrement convaincants.

Une limite, quand même : Harry Keller n’est pas un excellent directeur d’acteurs. Malgré l’alchimie indéniable entre Murphy et Duryea, deux gueules qui connaissent leur métier, on sent ce dernier souvent mal à l’aise, pas dans le ton. Au contraire de Murphy, très bien comme souvent.

En revanche, évacuons vite la question Joan O’Brien, jolie plante qui se contente à près de faire ça : la jolie plante, y compris lors d’une séquence sous tension qu’elle gâche royalement, celle où un chef Indien veut l’échanger contre un cheval. Un cheval contre une jolie plante ?

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