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Archive pour la catégorie '* Thrillers US (1980-…)'

Témoin génant (Not safe for work) – de Joe Johnston – 2014

Posté : 25 mai, 2015 @ 3:47 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, JOHNSTON Joe | Pas de commentaires »

Témoin génant

Rien, absolument rien à se mettre sous la dent dans ce thriller con et fauché, sorte de variation sur le mode suspense du premier Die Hard. On nous fait croire un temps à une charge contre la toute puissance de l’industrie pharmaceutiques, mais le film se limite à un jeu du chat et de la souris entre un petit employé sans envergure (Max Minghella, sans charisme non plus) et un tueur implacable et froid (JJ Feild, en costume donc dangereux).

Pourquoi pas d’ailleurs, d’autant plus que le huis clos de ces gigantesques bureaux tout en vitres et en open space représentent un décor assez original. Mais Joe Johnston, qu’on avait connu plus efficace avec Jurassic Park 3, signe ici le degré zéro de la mise en scène. Aucune ambition esthétique, aucun sens du rythme ou du suspense, Johnston semble avoir posé sa caméra où il y avait de la place, sans se soucier de ce qu’il se passait devant lui. On oublie…

* Blue ray chez Universal, sans supplément.

Le Dahlia noir (The Black Dahlia) – de Brian De Palma – 2006

Posté : 3 avril, 2015 @ 7:17 dans * Thrillers US (1980-…), 2000-2009, DE PALMA Brian | Pas de commentaires »

Le Dahlia noir.jpg

Le « Dahlia noir », c’est Elizabeth Short, une jeune starlette qui a tenté sa chance comme tant d’autres dans le Hollywood des années 40, éblouie par ses rêves de gamine, avant d’être aveuglée par une réalité nettement plus sordide, et de finir coupée en deux par un tueur qu’on ne retrouvera jamais. C’est une histoire vraie (le succès du Dahlia bleu, sorti peu avant, a valu à la victime ce surnom), qui a inspiré à James Ellroy un roman autant basé sur l’obsession de deux flics (fictifs) que sur la sienne propre autour de sa mère, elle aussi assassinée par un mystérieux tueur…

L’adaptation d’un des plus grands romans noirs de ces dernières décennies par un cinéaste majeur pouvait-elle être à la hauteur de l’attente, forcément énorme ? Le premier sentiment (il y a presque dix ans) n’approchait pas, même de loin, l’enthousiasme délirant… Trop appliquée ? Trop froide ? En respectant religieusement l’univers percutant de James Ellroy, De Palma avait-il laissé de côté son propre regard ? C’est ce qu’il me semblait à l’époque, comme à beaucoup de spectateurs d’alors.

A le revoir, et débarassé du souvenir trop proche de la lecture du roman, ce premier jugement me paraît totalement à côté de la plaque. Car avec Le Dahlia noir, De Palma réussit une sorte de miracle : tout en restituant l’atmosphère sombre, violent et opaque d’Ellroy (aussi bien, au moins, que Curtis Hanson avec L.A. Confidential, la « suite » sur le papier du Dahlia noir), il signe bien un film très personnel, à la fois par les thématiques abordées (l’obsession, le sexe et la violence…) et par l’esthétique faussement glacée.

C’est la rencontre de ces deux univers, qui ont chacun à leur manière marqué le polar et le thriller des années 80 et 90, qui fait la réussite du film, et qui en fait une oeuvre unique. A la fois grand film classique dans la tradition hollywoodienne (De Palma rend d’incessants hommages aux films noirs des années 40), et sublime exercice de style qui pousse très loin le génie depalmesque, nouvelle variation de motifs déjà au cœur de son magnifique Blow Out, auquel on pense souvent.

Ses fameux jeux sur la profondeur de champs, avec des premiers (très gros) plans et des scènes en fond également nettes, créent d’incessants contrastes à l’image, et de troublants décalages entre les faits et la vérité cachée, entre ce qui semble être important et ce qui aura vraiment de l’importance. Ces mêmes oppositions qui rassemblent les deux flics, surnommés « le feu et la glace », réunis autour d’une même obsession et d’une passion pour la troublante Scarlett Johannson, dont le glamour « à l’ancienne » n’a jamais été aussi à propos qu’ici.

Comme dans un bouquin d’Ellroy, il faut s’accrocher pour ne pas se perdre dans le dédale des fausses pistes et des révélations qui n’en ont pas l’air. Ne pas se laisser duper, non plus, par les images tellement léchées qu’elles finissent par moments par sonner faux (comme cette étrange scène d’émeute, qui semble… mise en scène). La beauté des images, des décors, des costumes… dissimule mal la pourriture sur laquelle est construite l’usine à rêve. Comme le sourire ultra-bright de Josh Hartnett dissimule mal les blessures de ce flic trop idéaliste, rongé par un Mal dont on sait qu’il aura le dernier mot.

Gone Girl (id.) – de David Fincher – 2014

Posté : 1 avril, 2015 @ 4:25 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, FINCHER David | Pas de commentaires »

Gone Girl

Le jour de son anniversaire de mariage, une jeune femme (Rosamund Pike) disparaît mystérieusement. Son mari idéal (Ben Afflek) affiche aux yeux du grand public un manque d’émotion forcément suspect… Un sujet passionnant et intriguant pour ce nouveau thriller de Fincher. Pas de tueur en série, pour une fois, mais une plongée complexe et fascinante « derrière les rideaux » : ceux des fenêtres de ce couple en apparrence parfait, et ceux que se créent les personnages entre eux.

La première heure est exceptionnelle, parce que la tension repose sur le doute. Ben Afflek a-t-il tué sa femme ? L’image de bonheur que son couple dégageait était-elle fabriquée de toutes pièces ? Fincher joue , comme souvent, sur l’image et la mise en scène pour tromper son monde, et crée un décalage constant entre l’horreur de la situation et la posture des personnages.

Il y a le sourire ultra bright de Ben, pour commencer, qui semble étrangement déplacé. Il y a aussi la présence étouffante des beaux parents, totalement maîtres de leurs postures, qui ont fait de la mise en scène le principe même de leur vie et de « l’éducation » de leur fille, transformée en modèle fantasmée dès son plus jeunes âge : cette fille de chair et de sang n’est qu’un brouillon pour la « vraie » fille, héroïne de romans créée par les parents écrivains.

Il y a dans Gone Girl une vision effrayante de la famille et du rapport aux parents, dénué (pour la marie comme pour l’épouse) du moindre sentiment d’amour. Une absence troublante dont Fincher ne fait pas le sujet central, mais qui pèse constamment sur le film, créant un profond malaise. Une absence de spontanéité aussi, la moindre action des personnages semblant guidée par un objectif mystérieux.

Définitivement débarrassé des trucs de clipeux de ses débuts, Fincher est devenu un cinéaste élégant, classique et classieux, à la mise en scène d’une intelligence redoutable, toujours au service de l’histoire et de l’émotion, quel qu’il soit. Gone Girl est une nouvelle preuve éclatante de son talent quasi-unique dans le cinéma américain actuel.

On peut regretter, quand même, le tournant que prend le scénario au bout d’une heure. En privant le spectateur du plaisir immense du doute lancinant, Fincher bifurque alors vers un autre film, tout aussi retors mais un peu plus convenu. Et là, je me demande bien ce que je pourrais dire de plus sans priver le futur spectateur de ce mystère si jouissif… Rien, sans doute. Si ce n’est qu’un Fincher un peu frustrant reste un film hors du commun…

* Le film est édité en DVD chez Fox, dans un bel écrin, et avec un commentaire audio de David Fincher.

Cutter’s way / La Blessure (Cutter’s way) – de Ivan Passer – 1981

Posté : 1 avril, 2015 @ 4:07 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, PASSER Ivan | Pas de commentaires »

Cutter's way

Le DVD a cette fonction indispensable : permettre de redécouvrir des films tombés dans l’oubli, un rôle qu’il remplit pleinement avec Cutter’s way. Tourné au tout début des années 80, sorte de transition entre des années 70 qui ont bouleversé le cinéma américain et une décennie où tout semble possible (cette production United Artists est lancée avant la sortie de La Porte du Paradis), ce faux film noir évoque une enquête dont on ne verra quasiment rien directement, simple fil rouge auquel se raccrochent une poignée de personnages abîmés chacun à leur manière.

Avec Cutter’s way, Ivan Passer, réalisateur tchèque lui aussi complètement oublié, fait comme beaucoup de cinéastes exilés dans l’histoire d’Hollywood : sous le couvert du film de genre, il dresse le portrait sans concession d’une Amérique malade, hantée par ses échecs et ses fantômes. Le VietNam en l’occurrence, dont Cutter est un vétéran éclopé, borgne, manchot et unijambiste, moitié d’homme qui se jette aveuglement dans une improbable croisade (la recherche d’un tueur) parce qu’il n’arrive pas à affronter le quotidien, en la personne de sa femme qui, elle, se réfugie dans l’alcool plutôt que d’affronter la réalité…

A leur côté, Bone, l’ami indéfectible, séducteur qui semble étouffer sous les conquêtes la culpabilité qui le ronge de ne pas avoir été au feu comme son inséparable ami. Dans le rôle titre, John Heard est intense et dégage une rage et une douleur inoubliables. Mais dans celui de Bone, Jeff Bridges est peut-être plus impressionnant encore. Moins spectaculaire, plus retenue, sa prestation est d’une justesse absolue, et d’une sobriété remarquable.

C’est le destin de ce trio ravagé par une guerre dont on ne verra aucune réminiscence qui intéresse Ivan Passer, cinéaste tchèque qui n’aura pas la carrière de son compatriote Milos Forman, condamné à un oubli injuste mais presque total. Du film de genre, il ne conserve qu’une vague trame à laquelle se rattachent ces personnages sans autre but que d’enchaîner les journées en oubliant leurs fantômes.

Visuellement, pourtant, le film doit beaucoup aux films noirs américains, avec ses ruelles obscures, la confrontation des puissants et des « héros », et même l’irruption d’un semblant de femme fatale. Un hommage sincère au genre, mais dont Ivan Passer se sert pour dresser le portrait d’une Amérique post-VietNam rongée par ses pertes et sa culpabilité.

* Un film qui mérite d’être redécouvert, ce que permet l’édition du DVD chez Sidonis, agrémenté de passionnantes évocations du film par Bertrand Tavernier (qui le considère comme l’un des plus grands films américains des années 80), et par Ivan Passer lui-même.

The Equalizer (id.) – d’Antoine Fuqua – 2014

Posté : 20 mars, 2015 @ 1:40 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, ACTION US (1980-…), FUQUA Antoine | Pas de commentaires »

The Equalizer

J’aime bien Denzel Washington, et c’est plutôt sympa de le voir retrouver son réalisateur de Training Day. Assez intriguant, aussi, de le voir s’intéresser à une série des années 80 tombée dans un oubli total de ce côté de l’Atlantique.

D’ailleurs, le film est franchement réussi : Fuqua connaît son métier, et sait créer une atmosphère sombre comme il faut ; Washington, lui, sait donner de l’intensité à son personnage, et lui apporter un mélange de lassitude et de menace qui convient parfaitement à ce rôle d’ancien agent d’élite qui reprend du service pour aider une jeune pute qu’il croise chaque soir sans vraiment la connaître.

Mais c’est justement ce personnage qui marque la limite du film. Après les super-héros (qui ne sont pas morts, loin de là), après les survivants de l’apocalypse (qui, eux, se font un peu plus rares depuis quelques mois), c’est donc les ex-tueurs-d’élite-rangés-des-affaires-mais-obligés-de-reprendre-du-service-pour-dézinguer-tous-les-méchants que Hollywood va nous servir à toutes les sauces ?

Liam Neeson s’en est fait une spécialité depuis Taken. Kevin Costner a repris le flambeau dans Three days to kill. John Wick, avec une histoire quasi-identique, vient d’offrir un come-back inattendu à Keanu Reeves… La liste s’allonge mois après mois, et le trop-plein est déjà là. La règle immuable : mettre le héros en contact avec un maximum de bad-guys qu’il va dessouder avec une science certaine du flingage et du coup de tatane.

Dans cet exercice, Denzel Washington est très à l’aise. Mais aime trop l’acteur pour se contenter de tels stéréotypes. Le cinéma d’action est un genre formidable, à condition qu’on y mette un minimum d’ambition et d’originalité. The Equalizer se regarde avec un certain plaisir, c’est vrai. Mais aussi avec l’impression que ses auteurs ont totalement abdiqué en matière d’ambition et d’originalité.

• DVD chez Sony, avec documentaires et making of promotionnels.

Balade entre les tombes (A walk among the tombstones) – de Scott Frank – 2014

Posté : 26 février, 2015 @ 5:49 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, ACTION US (1980-…), FRANK Scott | Pas de commentaires »

Balade entre les tombes

On est bien heureux de retrouver Liam Neeson dans un rôle un peu plus nuancé que ceux auxquels il est abonné depuis qu’il est devenu sur le tard un produit de Luc Besson. C’est certes encore une fois un thriller, mais avant tout un film d’atmosphère, où l’action pure se fait rare et expéditive.

Scott Frank, scénariste et réalisateur, est visiblement un amoureux et un connaisseur du polar à l’américaine. Et à l’ancienne. La première scène évoque furieusement le début de L’Inspecteur Harry (est-ce un hasard si le héros est joué par Neeson, dont l’un des premiers rôles marquants était à l’affiche du cinquième Dirty Harry ?), fusillade urbaine à laquelle prend part un flic raide et sûr de lui, dérangé en pleine pause dans un café, et traversant la chaussée d’un pas décidé et dégagé, le flingue pendant le long de son bras… Une image fugitive, mais qui semble sortie tout droit du classique de Siegel.

La suite évoque davantage les grands films de détectives privés à la Bogart. L’un des personnages cite d’ailleurs Sam Spade et Philip Marlowe, deux private eyes mythiques, sur les traces desquelles marche Matt Scudder.

Et il marche ce privé, beaucoup, donnant un rythme particulier au film, loin de l’effervescence idiote habituelle. Frank ne tient pas toujours un rythme irréprochable : il y a bien quelques moments un peu creux. Mais on lui sait gré de savoir prendre son temps, et de privilégier l’atmosphère, aussi glauque soit-elle, à un excès de baston ou de gore.

• DVD impeccable chez Metropolitan, avec les habituels bonus promotionnels : interview de Liam Neeson, images de l’avant-première parisienne, featurettes, making-of et bandes annonces.

A most violent year (id.) – de J.C. Chandor – 2014

Posté : 6 février, 2015 @ 6:24 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, CHANDOR J.C. | Pas de commentaires »

A most violent year

En trois films seulement (après les intenses Margin Call et All is lost), J.C. Chandor est devenu, mine de rien, l’un des cinéastes les plus passionnantes et excitants du moment. Derrière son apparente simplicité, A most violent year est un film joliment ambitieux, qui fait bien plus que renouer avec les grands films du « Nouvel Hollywood » : c’est l’atmosphère d’une époque que Chandor entreprend de faire revivre ici, celle de 1981 en l’occurrence, considérée comme « l’année la plus violente » de l’histoire de New York.

Sa réussite impressionne d’autant plus que tout paraît d’une simplicité et d’une évidence absolues. Le film semble être l’oeuvre d’un cinéaste déjà au sommet de son art, qui maîtrise parfaitement la tension, sans ressentir le besoin d’avoir recours à de grosses ficelles. Malgré la complexité de l’intrigue (le film raconte les efforts d’un immigré aux Etats-Unis pour gravir les échelons dans le commerce du pétrole), le cinéaste semble avoir une confiance absolue en l’intelligence du spectacteur, et en son propre art.

Son film est ainsi une sorte de tragédie grecque qu’aurait remodelé le cynisme de cette société qu’il décrit, où l’argent et le pouvoir semblent tout dominer. Une tragédie marquée par de rares éclats de violence, d’autant plus marquants qu’ils viennent ponctuer d’impressionnantes montées en tension, que Chandor maîtrise d’une manière impressionnante.

Le cinéaste nous livre notamment l’une des plus incroyables poursuite en voiture de ces dernières années, digne des grandes figures du genre des années 70 (on pense furieusement à French Connection), qui place le spectateur littéralement derrière le volant, le plongeant soudainement au coeur du chaos, et de la violence réfrénée du « héros ».

Ce buisenessman qui refuse ouvertement de céder au ganstérisme, aurait été un rôle idéal pour Al Pacino dans les années 70. Ce n’est pas un hasard si Chandor a choisi le formidable Oscar Isaac (déjà magnifique dans Inside Llewyn Davis), dont la ressemblance avec Pacino saute aux yeux, d’autant plus qu’il adopte souvent les mêmes postures. Difficile de ne pas penser à Serpico, ou à Scarface, dont le personnage serait une sorte de double apaisé.

Brillant et haletant, le film atteint des sommets lorsqu’il s’agit d’évoquer le cynisme de cette société dominée par le fric, et l’hypocrisie d’un personnage qui jure qu’il restera fidèle à la loi… mais dont la part sombre a le visage séduisant et froid de sa femme, jouée par Jessica Chastain. Même dans un rôle en retrait, cette dernière irradie le film de sa présence dérangeante. L’actrice est, décidément, de tous les films américains les plus excitants, ces dernières années.

Le Sortilège du Scorpion de Jade (The Curse of the Jade Scorpion) – de Woody Allen – 2001

Posté : 30 décembre, 2014 @ 5:42 dans * Thrillers US (1980-…), 2000-2009, ALLEN Woody, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Le Sortilège du Scorpion de Jade

Lors de sa sortie en salles, c’est ce film qui m’avait très durablement fâché avec le cinéma de Woody Allen (jusqu’à Blue Jasmine, pour tout dire). Je trouvais alors qu’il s’agissait là d’un pur râbachage de la part d’un cinéaste à bout de souffle, qui recyclait jusqu’à plus soif ses vieux thèmes, avec un humour de plus en plus graveleux. Le regard toujours énamouré de la critique d’alors ne faisait que renforcer mon agacement.

Quelques années plus tard, revoir ce film que Woody Allen a depuis largement descendu en flamme lui-même est une heureuse surprise. Une comédie policière tantôt poussive, tantôt jubilatoire où Woody incarne un personnage qui ne lui ressemble pas tout à fait : le super détective d’une société d’assurance, qui devient cambrioleur sans le savoir en étant victime d’un hypnotiseur. De quoi réserver quelques gags bien sentis (Woody sous contrôle qui jette hors de son lit la « bombe » Charlize Theron, qui n’en revient pas), et s’amuser des dialogies sans grande surprise mais toujours percutants de Woody.

On est quand même dans la veine la plus mineure du cinéaste. Un peu en panne d’inspiration au tournant du millénaire, Woody ressort de ses vieux cartons la figure du magicien asiatisant qui lui avait réussi dans Alice (et qu’il retrouvera avec bonheur dans Magic in the Moonlight), l’ambiance film noir qui lui avait valu l’un de ses grands succès avec Meurtre mystérieux à Manhattan, et l’Amérique de la fin des années 30 qui lui avait inspiré La Rose pourpre du Caire. Mais il reste constamment très en deça de tous ces films références.

Le plus réussi dans ce film, c’est la relarion vacharde qui unit Woody lui-même, stéréotype de cette Amérique d’avant-guerre, macho et séducteur, et sa nouvelle patronne (Helen Hunt), peau de vache bien décidée à trouver sa place dans ce monde d’hommes et à se débarasser des dinosaures génés par l’ascencion d’une femme. Forcément, il y a de la romance dans l’air, que Woody aborde en se moquant joyeusement du politiquement correct.

On peut voir Le Sortilège du Scorpion de Jade comme une fable sur le pouvoir de la fiction, et du cinéma en particulier. Grâce à la magie de l’hypnose (ou celle du cinéma), Woody peut se rêver une histoire d’amour avec la partenaire la plus inaccessible pour lui. La fiction plus belle que la réalité ? Oui, mais les deux finissent par se confondre, comme toujours dans le cinéma de Woody Allen.

Mulholland Drive (id.) – de David Lynch – 2001

Posté : 7 novembre, 2014 @ 2:03 dans * Thrillers US (1980-…), 2000-2009, LYNCH David | Pas de commentaires »

Mulholland Drive

Rêves insouciants et cruelles désillusions dans la Cité des Anges… Lynch s’attaque à la machine à rêve dans ce cauchemar éveillant fascinant et mystérieux.

Qui est cette brune brûlante et amnésique, beauté revenue de tout qui manque de se faire assassiner sur Mulholland Drive avant de rencontrer la blonde pure et innocente destinée à une grande carrière d’actrice ? Quel est le mystérieux lien qui unit ces deux jeunes femmes que tout oppose, deux versants opposés d’un même rêve hollywoodien ?

Tout au long des deux premières heures, on ne peut qu’accumuler les questions sans réponse, et se laisser envoûter par les images hypnotiques d’une élégance folle, et par la musique voluptueuse d’Angelo Badalamenti, par cette étrange quête d’identité entrecoupée de scènes fascinantes qui semblent sans rapport avec l’histoire des deux jeunes femmes (les deux hommes qui viennent affronter les rêves de l’un d’eux dans un coffee shop, la mauvaise passe d’un réalisateur confronté au fiasco de sa vie professionnelle et de son couple), et par la troublante attirance des deux héroïnes (Laura Harring et Naomi Watts, révélée par ce film).

Lynch s’amuse à nous promener dans cet Hollywood de rêve et de carte postale, mais dont les routes sinueuses (ce fameux Mulholland Drive qui serpente dans les hauteurs de Los Angeles) conduisent directement au cauchemar. Sans que l’on comprenne réellement tout ce qui se passe à l’écran, mais qu’importe : c’est le plaisir de cinéma le plus total, le plus absolu, que Lynch nous offre. Comme pour Twin Peaks ou Lost Highway, ses deux chef d’œuvre, Lynch signe un film sensoriel, trip enthousiasmant et fascinant.

Curieusement, et contrairement aux deux précédents films, les dernières minutes soulèvent les nombreuses zones d’ombre, et donnent les clés (littéralement) de tout ce qui précède. Mais à rendre son film plus explicite, plus compréhensible, Lynch gâche un peu le plaisir trouble et dérangeant. Surtout que l’explication, même si elle révèle les déceptions à la hauteur de leurs rêves de ces starlettes en quête de gloire de cinéma, n’est pas tout à fait à la hauteur du trip magnifique des deux premières heures de ce projet pensé pour être le point de départ d’une série TV à la Twin Peaks, et devenu un grand film lynchien, inoubliable.

A fleur de peau (Underneath) – de Steven Soderbergh – 1996

Posté : 6 novembre, 2014 @ 2:18 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, SODERBERGH Steven | Pas de commentaires »

A fleur de peau

Le Criss Cross de Siodmak avait-il besoin d’un remake ? Réponse sans appel après avoir revu ce polar esthétisant de Soderbergh : non. En reprenant très fidèlement les rebondissements du film original, en choisissant certains acteurs visiblement pour leur ressemblance avec ceux de 1949, le cinéaste rencontre très vite la limite de son entreprise.

Car au petit jeu de la comparaison, A fleur de peau est systématiquement perdant. La construction qui multiplie les allers-retours temporels est bien moins efficace que la longue spirale infernale choisir par Siodmak, et les acteurs sont tous plus ternes : le trio Peter Gallagher- Alison Elliott-William Fichtner fait bien pâle figure face à Burt Lancaster, Yvonne de Carlo et Dan Duryea.

Surtout, Soderbergh multiplie les cadres savamment composés mais totalement vains, faits de carrés de couleurs vives et de cadres dans le cadre, comme s’il voulait rompre absolument avec le classicisme des images de Siodmak. OK, mais à quoi bon ?

Finalement, j’ai sans doute eu un grand tort : regarder ce remake aussitôt après l’original. Forcément, la comparaison est inévitable, et elle n’est jamais à l’avantage de Soderbergh. Une belle idée originale, quand même : le beau rôle, pas suffisamment exploité d’Elisabeth Shue, image du destin heureux qu’aurait pu avoir les personnages sans ces pulsions autodestructrices.

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