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Archive pour la catégorie '* Thrillers US (1980-…)'

American Bluff (American Hustle) – de David O. Russell – 2013

Posté : 15 mars, 2016 @ 8:00 dans * Films de gangsters, * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, DE NIRO Robert, RUSSELL David O. | Pas de commentaires »

American Bluff

David O. Russell est un cinéaste sous influences. Celles d’American Bluff sont évidentes, Les Affranchis et Ocean’s Eleven en tête. Deux références qui imposent leur marque, leur ton, leur rythme à ce film dont on s’attend d’emblée à ce qu’il aille très loin dans le noir.

Si la construction et le décor évoquent furieusement le chef d’œuvre de Scorsese, et malgré l’apparition lors d’une unique scène d’un Robert De Niro glaçant en figure de la mafia, American Bluff est curieusement dénué de toute violence physique. On sent pourtant la menace constante, mais jamais les gangsters ne lèvent le doigt sur qui que ce soit, à l’exception d’une virée punitive en voiture qu’on a du mal à prendre au sérieux.

Finalement, la seule explosion de violence vient de celui des personnages principaux qui est censé représenter la loi. J’ai nommé Bradley Cooper, acteur généralement pas bien passionnant, mais ici assez épatant en agent du FBI plus ambitieux que talentueux, jeune loup un rien ridicule que Cooper interprète avec une certaine autodérision, mais aussi avec une belle retenue.

Christian Bale est lui carrément génial en arnaqueur embarqué malgré lui dans une histoire trop ambitieuse et trop dangereuse pour lui. A la fois magnifique et pathétique. Sa première apparition laissait pourtant craindre le pire, la caméra dévoilant sa bedaine énorme et son crâne dégarni lors d’une longue séquence d’ouverture sur le thème « regarde jusqu’où je vais pour ce rôle, si j’ai pas un Oscar avec ça bah merde. » Un rien complaisant.

David O. Russell n’est pas tout à fait à la hauteur d’un Soderbergh pour instaurer une ambiance. Et surtout pas au niveau d’un Scorsese dont il se contente souvent de singer le style. Mais il est un formidable directeur d’acteurs, qui pousse ses interprètes très loins sans jamais les laisser tomber dans le cabotinage. Jeremy Renner réussit ainsi à être aussi expensif que touchant. Amy Adams est elle aussi parfaite en arnaqueuse très sûre d’elle qui bouleverse lorsque son armure se fissure. Quant à Jennifer Lawrence, elle est magnifique en paumée alcoolique et un rien idiote.

Finalement, American Bluff, film d’atmosphère au scénario particulièrement retors, est avant tout un grand film d’acteurs.

* DVD chez Metropolitan, avec en bonus une vingtaine de minutes de scènes coupées, et un making of promotionnel assez anodin.

Le Rêve de Cassandre (Cassandra’s Dream) – de Woody Allen – 2007

Posté : 14 janvier, 2016 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2000-2009, ALLEN Woody | Pas de commentaires »

Le Rêve de Cassandre

Après Match Point et Scoop, Woody Allen clôt une sorte de trilogie criminelle anglaise. « Sorte », parce que autant les deux précédents présentaient une vraie parenté, autant celui-ci s’en démarque par un ton inhabituellement sombre pour le cinéaste, qui signe un authentique film noir, sans la légèreté apparente et l’aspect lumineux de la plupart de ses « films criminels ».

Le film permet à Woody d’explorer des rivages jusqu’alors inconnus. Notamment en installant une atmosphère extrêmement dure, avec une lumière et un ciel londoniens qui semblent constamment peser sur les personnages. Mais aussi en quittant la bonne société pour un quartier populaire de Londres, où vivent deux frères avec leurs parents vieillissants, évoquant à longueur de journée la réussite d’un oncle parti faire fortune au bout du monde.

Ces deux frères sont des nouveaux venus dans le cinéma d’Allen : Ewan McGregor et Colin Farrell, que Woody Allen filme le plus souvent côte à côte, partageant l’écran avec une complicité fraternelle absolument formidable. Deux frères qui, un peu par sens de la famille, beaucoup pour s’assurer un meilleur avenir, acceptent de tuer un inconnu…

Des personnages sans histoire qui décident de commettre un crime. Le thème a déjà été et sera encore exploré par le cinéaste. Mais cette fois, aucune ironie, aucun semblant de comédie… Juste le poids du destin, et celui des rêves brisés, pour un film particulièrement intense, où Woody Allen joue avec sadisme avec nos émotions. Quatre moments, en apparence simple, atteignent ainsi des sommets…

Le premier est un simple plan, en apparence banal : un panoramique suivant le premier départ du bateau acheté par les deux frères, et qui submerge le spectateur d’une vague de bien-être, comme si l’avenir était tout tracé.

Le deuxième est tout simple, lui aussi : les parents des frères observant leurs enfants par la fenêtre. Lui d’habitude taiseux annonçant qu’il avait encore rêvé des garçons. Elle soudain attentive à son inquiétude… L’image banale d’un couple dans la pénombre d’une cuisine, tendre et cruellement conscient de l’avenir.

Et puis, après une série de séquences où le crime est constamment repoussé, où le grotesque flirte avec le suspense, deux coups de feu qui claquent dans la nuit, hors champs. Littéralement glaçant. Là, Woody Allen se met au niveau des plus grands spécialistes du noir : durant de longues minutes, il a fait plané le doute, jouant avec la tension et les espoirs de ses personnages et des spectateurs, étirant au maximum cette angoissante attente. Jusqu’à ce dénouement explosif qui semble raisonner de longues minutes.

Enfin, après cette douloureuse descente aux enfers, et alors que le fantôme de Match Point (et du futur L’Homme irrationnel) plane sur le personnage « fort » d’Ewan McGregor, alors que l’engrenage de la violence le pousse aux portes de l’horreur absolue, cette canette soudain brisée. Et les deux frères qui acceptent leur destin dans la rage…

Le Rêve de Cassandre, déjà oublié, est pourtant l’un des grands films de Woody Allen de ces dernières années. Un film destabilisant, certes, dénué du charme léger et de l’ironie de ses précédentes réussites. Mais aussi l’un de ses plus intenses.

Cotton Club (The Cotton Club) – de Francis Ford Coppola – 1984

Posté : 15 décembre, 2015 @ 7:00 dans * Films de gangsters, * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, COPPOLA Francis Ford | Pas de commentaires »

Cotton Club

Coppola qui renoue avec l’univers des gangsters ? Difficile de ne pas penser au Parrain… Pourtant, à part une explosion de violence sur fond de numéro musical, qui évoque les règlements de compte sur fond d’opéra de son grand-œuvre, vers la fin du film, le ton est radicalement différent dans cette évocation de l’Amérique des années 1928 à 1931. La forme aussi d’ailleurs.

Plutôt qu’un film de gangsters, Coppola préfère réinventer cette période qui a tant inspiré le cinéma : celle des débuts du parlant, de la crise économique, des gangsters mythiques comme Dutch Schultz ou Lucky Luciano (deux personnages centraux du film), et surtout celle du swing et de la musique noire américaine qui rythmait les soirées folles, notamment dans le fameux Cotton Club, célèbre pour ne présenter que des numéros de noirs (tout en étant réservé à une clientèle blanche).

Coppola filme une Amérique totalement musicale. Son film n’est pas à proprement parler une comédie musicale (à l’exception de la dernière séquence), mais la musique est omniprésente, et fait bien plus qu’accompagner l’action : elle l’incarne, à travers les destins croisés des deux personnages principaux, Dixie le musicien blanc (Richard Gere) et Sandman le tanseur de claquettes noir (Gregory Hines).

Deux personnages qui vivent pour leur art, tournés vers les autres. Deux personnages pour qui la famille est une valeur centrale. Deux personnages qui affichent un sourire et un optimisme qui semblent à toute épreuve. Mais deux personnages prisonniers de leur époque et de cette Amérique pas si légère : l’un confronté aux préjugés raciaux, l’autre embringué malgré lui dans la cohabitation avec les plus grands gangsters de son temps.

Cotton Club est à la fois grand et un peu raté. Grand, parce que Coppola en fait une sorte de mouvement perpétuel fascinant et très séduisant. Un peu raté parce que cet exercice de style paraît par moments étrangement désincarné. La faute à un Richard Gere un rien transparent ? Ou à un ton qui oscille constamment entre le grave et le léger sans paraître réussir à faire un choix.

Coppola filme bien un monde dangereux et violent, avec une poignée de séquences particulièrement cruelles (la mort de Nicolas Cage, petit frère de Dixie, petite frappe qui se prend pour un caïd). Mais c’est bien dans la légéreté et l’ironie qu’il fait mouche. Le plus beau ? Les scènes de retrouvailles : celle très émouvante de Gregory Hines et son frère au milieu d’un numéro. Et celle surtout du ponte de la mafia Owney Madden (Bob Hoskins) et de son gorille Frenchy (Fred Gwynne). Hilarante et génialement décalée.

Jackie Brown (id.) – de Quentin Tarantino – 1997

Posté : 9 décembre, 2015 @ 2:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, DE NIRO Robert, TARANTINO Quentin | Pas de commentaires »

Jacky Brown

Entre Pulp Fiction et Jackie Brown, il y a plus d’un lien. D’un film à l’autre, Tarantino garde son goût pour les personnages barrés et verbeux, pour les dialogues interminables et quasi-absurdes, ou encore pour les chansons oubliées du folklore américain. Mais la reconnaissance immense obtenue avec son précédent film semble avoir libéré le cinéaste, qui s’aventure pour la première fois vers une narration à peu près classique.

Pour Jackie Brown, Tarantino garde un principe de chapitrage,qui rappelle qu’il s’agit de l’adaptation d’un roman (celui d’Elmore Leonard, co-producteur du film). Mais contrairement à Pulp Fiction, le film est d’une remarquable linéarité, à une exception près : la scène cruciale de l’échange, répétée à trois reprises avec des points de vue différents. Un procédé particulièrement efficace, mais finalement assez classique.

Mais, surprise, c’est lorsqu’il révèle une vraie sensibilité (honnêtement, pas flagrante dans ses deux premiers films) que Tarantino est ici le plus passionnant. Des revenants marqués par leur passé, le cinéaste en avait déjà filmé auparavant. Mais cette fois, il utilise le statut de Pam Grier et Robert Forster pour faire de leurs personnages des êtres moins marqués par leur passé que par leur avenir, et par la difficulté de se voir offrir une nouvelle chance.

Si Forster est remarquable en vieil ours solitaire, Pam Grier, l’ex reine de la blaxploitation, est sublime, bouleversante en hôtesse de l’air effrayée par son manque de perspective, à 44 ans. Il y a quelque chose de déchirant dans ce portrait sensible d’une femme à la croisée des chemins, qui transforme le piège mortel dans lequel elle se retrouve entraînée, en ultime chance de se construire un avenir.

Jackie Brown est du pur Tarantino, avec tout ce qu’on peut lui reprocher, en particulier des scènes trop longues basées uniquement sur les dialogues « à la Tarantino », un peu vaines et agaçantes. Mais on y retrouve surtout tout ce qui fait la richesse de son cinéma, et le plaisir simple que l’on y prend : son sens du récit, sa capacité à créer de grands moments de cinéma à partir de pas grand-chose (rien que le premier plan, fascinant travelling sur le profil de Pam Grier), et sa manière de prendre son temps pour nous introduire au plus près de ses personnages.

Et le directeur d’acteurs est exceptionnel. Pam Grier trouve là le rôle de sa vie, Robert Forster aussi sans doute. Tous sont formidables : Samuel Jackson en trafiquant parano, Michael Keaton en flic intraitable, Bridget Fonda en droguée téléphage, et surtout Robert De Niro, extraordinaire (et d’une sobriété rare) en ex-taulard taiseux et bas du fond, dont la subite explosion de violence, absurde, terrible et hilarante, est l’un des sommets de ce Tarantino là.

Body Double (id.) – de Brian De Palma – 1984

Posté : 2 décembre, 2015 @ 1:16 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, DE PALMA Brian | Pas de commentaires »

Body Double

Sale journée pour l’acteur Jake Scully qui, en quelques heures, perd le petit boulot qu’il avait déniché, surprend sa femme au lit avec un autre, se retrouve à la rue sans savoir où aller, et tombe sur un type un peu louche qui lui propose de dormir dans un appartement de rêve avec vue plongeante sur une voisine qui lui offre un strip-tease chaque soir. Oui, ça sent le sale coup à plein nez…

Body Double est une étape importante dans la carrière de Brian De Palma : ce chef d’œuvre est le dernier de ses films purement hitchcockiens, ces films qui ont marqué sa filmographie entre les années 70 et le début des années 80 (Pulsions, Obsession…).

Comme s’il savait déjà qu’il n’y reviendrait plus sous cette forme, De Palma multiplie les références à son maître. Fenêtre sur cour bien sûr, pour l’argument de base, mais aussi et surtout Sueurs froides : moins pour la claustrophobie qui renvoie au vertige de James Stewart et qui paraît finalement assez anecdotique, que pour le motif de l’obsession qui trouble la perception, et pour ce jeu perpétuel sur les faux-semblants.

L’action se passe à Los Angeles, parce que la production cinématographique sert de toile de fond troublante à ce thriller virtuose. Mais on jurerait par moment que l’on est à San Francisco, tant l’atmosphère du film évoque le chef d’œuvre d’Hitchcock, en particulier lors de la longue séquence de la filature.

On pourrait ainsi évoquer longuement les références à Hitchcock, jusqu’à la présence de Melanie Griffith (fille de Tippi Hedren, l’héroïne des Oiseaux et de Marnie), et à la séquence de la douche qui clôt le film, avec intervention d’une doublure… comme dans Psychose.

Mais ce qui frappe surtout, c’est de voir à quel point De Palma s’approprie pleinement un film qui n’est pourtant que références, et à quel point il se dirige vers un pur cinéma de l’image. Car aussi machiavélique semble-t-elle, l’intrigue est finalement étonnamment simple, presque un prétexte à multiplier les moments de suspense durant lesquels le temps semble suspendu, étiré à l’envi.

Finalement, la comparaison la plus frappante avec le cinéma d’Hitchcock repose peut-être sur l’impressionnante maîtrise dont fait preuve De Palma, qui joue avec sa caméra (avec de longs et sublimes plans qui embrassent littéralement les personnages) et avec le spectateur avec le même plaisir gourmand. Son film se déroule dans le monde du cinéma ? Ce n’est pas un hasard: il ne parle que de la position du spectateur, et du plaisir de manipuler son monde. Troublant, et totalement jouissif.

* L’excellentissime éditeur Carlotta a choisi ce chef d’œuvre de Brian De Palma pour inaugurer sa nouvelle collection luxueuse : un DVD et un blue ray aux bonus passionnants (comme toujours chez cet éditeur), et accompagné d’un livre écrit par Susan Dworkin, qui évoque sur près de 200 pages la genèse du film, dont elle a pu suivre le tournage en 1984.

L’Homme irrationnel (Irrational Man) – de Woody Allen – 2015

Posté : 5 novembre, 2015 @ 7:30 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, ALLEN Woody | Pas de commentaires »

L'Homme irrationnel

En pleine forme, le Woody Allen. A quelques jours de son 80ème anniversaire, le cinéaste ne lâche rien en terme de rythme de tournage (son “Fall project” arrive chaque année à l’heure), et surtout en terme d’inspiration. Après l’aérien Magic in the Moonlight de la fournée 2014, le revoilà de retour dans la veine hitchcockienne qu’il retrouve régulièrement et qui lui a valu quelques-uns de ses sommets.

On pense bien sûr à Match Point, sorti il y a tout juste dix ans après une période un peu creuse, avec lequel cet Homme irrationnel a quelques traits communs… dus essentiellement à l’influence de l’œuvre de Sir Alfred. Il y a cette fois encore quelque chose du Crime était presque parfait, mais aussi de L’Inconnu du Nord Express, dans cette histoire d’un homme qui décide de commettre un crime parfait en tuant un individu qu’il ne connaît pas…

Mais on est bien chez Woody, et le film ne repose pas sur la mécanique du crime ou sur le suspense (même si la dernière partie nous incite clairement à retenir notre souffle). Car ce néo-meurtrier est une sorte de condensé de tout le cinéma allenien. Prof de philo dépressif, séducteur (malgré lui), vivant dans une société grand-bourgeoise intellectuelle qui prend un plaisir fou à théoriser sur un crime (un autre point commun avec Hitchcock)…

Dans le rôle, Joaquin Phoenix, qui en fait généralement des tonnes, a rarement été aussi sobre. Un comble pour un personnage qui descend une quantité impressionnante de vieux single malt écossais (une manière totalement dégueulasse de traiter le whisky, à propos). Une sorte de version amorphe et au bout du rouleau des personnages chers au cinéaste, dont la première apparition, à moitié ivre et muet dans le bureau de la directrice d’un collège, est irrésistible.

On sourit souvent, et la musique très allenienne donne clairement un air de comédie, que vient confirmer la présence toujours pleine de vie d’Emma Stone, que le cinéaste retrouve pour un deuxième film consécutif (une première pour lui depuis Scarlett Johansson). Mais il y a un décalage étrange et réjouissant entre le ton du film et ce qu’il raconte, plus pathétique encore peut-être que Match Point.

En terrain connu, sur des thèmes et avec des personnages que l’on croit connaître par cœur, Woody Allen réussit une nouvelle fois à nous surprendre. Vivement l’automne prochain…

Les Incorruptibles (The Untouchables) – de Brian DePalma – 1987

Posté : 3 novembre, 2015 @ 3:15 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, COSTNER Kevin, DE NIRO Robert, DE PALMA Brian | Pas de commentaires »

Les Incorruptibles

Ce n’est à l’évidence pas le plus personnel film de De Palma. Lui qui, une dizaine d’années plus tard, saura s’approprier son autre adaption de série TV culte (Mission Impossible, donc), se met ici totalement au service de la production, en mettant de côté les thèmes habituels de sa filmographie, mais en lui réservant tout de même le meilleur de son savoir-faire.

Ajoutez à cela une très belle reconstitution de ce Chicago de la Prohibition, très appliquée, et vous obtiendrez un grand film de genre. Un peu propret toutefois, et sans les aspérités que l’on aimerait voir, mais réjouissant de bout en bout. Le scénario de David Mamet, remarquablement construit, n’y est pas pour rien. De même que la musique très inspirée (et très présente) de Morricone.

Les acteurs aussi sont formidables. De Niro cabotine à mort, le vétéran Connery et le jeunôt Garcia dévorent l’écran, et Costner a une classe folle dans le rôle qui inaugure sa période glorieuse, avec ce jeu effacé que certains prennent pour de la transparence.

Mais c’est bien quand le cinéaste laisse aller son inspiration visuelle et sa logique cinéphile que le film atteint des sommets. C’est évidemment le cas lors de la fameuse séquence de la gare, hommage appuyé et impressionnant au Cuirassé Potemkine et scène d’anthologie qui justifie à elle seule l’existence du film. Ralenti et tension incroyable, maîtrise parfaite de l’espace : cette séquence rentre dans le panthéon des grandes scènes de gare du cinéma de De Palma (oui, il y a un panthéon pour ça), avec celle de Blow Out, et surtout celle de L’Impasse.

Il y a bien d’autres grands moments : la rencontre avec Sean Connery, l’exécution du cadavre à la frontière canadienne, la mort de Charles Martin Smith, ou le saut de l’ange de Billy Drago. Les Incorruptibles, malgré son aspect par moments trop lisse par rapport à la violence de son sujet, est clairement l’une des grandes réussites du cinéma de genre des années 80.

Basic Instinct (id.) – de Paul Verhoeven – 1992

Posté : 3 novembre, 2015 @ 3:08 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, VERHOEVEN Paul | Pas de commentaires »

Basic Instinct

Le pic à glace, la beauté impériale de Sharon Stone, ses jambes qui se décroisent, Michael Douglas qui n’y tient plus en jean trop moulant, l’apparition intrigante de Dorothy Malone, les rues chargées de références de San Francisco…

A revoir Basic Instinct plus de vingt ans après sa sortie, on est frappé de réaliser à quel point les images marquantes de ce film ont été nombreuses. Et parmi elles, bizarrement, pas vraiment les scènes de sexe, certes nombreuses et assez osées pour l’époque, mais qui semblent presque sages aujourd’hui.

Il faut dire que le film a ouvert tellement de portes (et en tellement grand) que ces scènes de sexe n’ont plus la même puissance et ne procurent plus le même trouble en soi. Mais ce qui reste particulièrement troublant, et d’une manière rarement égalée, c’est l’atmosphère du film, et la manière dont Paul Verhoeven a réussi à mettre en image le trouble de ses personnages.

Le film est clairement une variation sur le thème de Sueurs froides. Une séquence de filature dans les rues de San Francisco (un décor pas choisi par hasard) évoque d’ailleurs ouvertement le film d’Hitchcock. Le vrai thème du film, c’est l’obsession mortifère de Michael Douglas, qui ressemble à s’y méprendre à celle de James Stewart dans le film d’Hitchcock. Avec une différence, quand même : le sexe justement, nettement plus explicite.

Mais on le regretterait presque. Pas que l’idée de voir Sharon Stone ou Jeanne Triplehorn nues soit particulièrement insupportable, remarquez ! Mais ces scènes qui ont fait le succès du film viennent souvent désamorcer la tension sexuelle incroyable qui habite les personnages. Pire, elles sont parfois un peu maladroites, voire franchement lourdingues, comme ce faux suspense tout pourri avec le pic à glace, que Verhoeven nous sort tout au long du film.

Reste que Basic Instinct est un thriller remarquablement construit et d’une efficacité redoutable, l’un des meilleurs de ces années-là.

Hacker (Blackhat) – de Michael Mann – 2015

Posté : 17 août, 2015 @ 11:06 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, ACTION US (1980-…), MANN Michael | Pas de commentaires »

Hacker

Cinéaste viscéral, Michael Mann fait un cinéma qui ne ressemble à aucun autre. A la fois d’un autre temps avec ses personnages melvilliens pour qui l’honneur est la principale valeur, et profondément ancré dans son époque avec ses parti-pris esthétiques : l’utilisation de la HD notamment, dont Mann reste le maître inégalé.

Jusqu’à présent, tradition et modernité étaient clairement dissociées : le fond pour l’une, la forme pour l’autre. Avec Blackhat, plongée au cœur de la cybercriminalité, Mann confronte réellement ces deux aspects pour la première fois. La modernité la plus pointue est au cœur de son intrigue, mais le cinéaste reste fidèle à son type de personnage, et aux relations qu’il affectionne : ses deux « héros » sont un flic (chinois) et un hacker (américain) que l’on sort de prison pour aider les forces de l’ordre à mettre la main sur un cyberterroriste.

Le plus beau dans ce film, c’est lorsque Mann fait ce qu’il sait le mieux faire. Une simple scène de retrouvailles entre le flic et le voyou, et l’on sent tout le poids et l’émotion que le réalisateur donne à ces affinités qui dépassent les frontières et les lois. Le thème central des meilleurs films de Mann.

Et puis il y a une poignée de fusillades comme lui seul sait en trousser : ces explosions de violence qui nous scotchent sur notre fauteuil et qu’on regarde le souffle coupé. De Heat à Public Enemies en passant par Collateral ou Miami Vice, papy Mann a signé les séquences les plus inoubliables de ces dernières années, dans le genre. L’hallucinante scène du tunnel et celle, traumatisante, dans la nuit de Hong Kong, sont de ce niveau.

Ces moments de « pur Mann » suffisent largement à mon bonheur. Ne comptez donc pas sur moi pour faire la fine bouche et reconnaître que, lorsqu’il tente de filmer l’hyper connexion et le parcours des informations numériques à travers le monde, Mann tombe dans le cliché le plus ringard. Ni pour souligner que ses acteurs n’ont, cette fois, pas la présence de ses plus grandes « incarnations », de Tom Cruise à Colin Farrell en passant par De Niro.

* Le blue ray est le support idéal pour la HD chère à Mann. Edité chez Universal.

Survivor (id.) – de James McTeigue – 2014

Posté : 15 août, 2015 @ 9:08 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, ACTION US (1980-…), McTEIGUE James | Pas de commentaires »

Survivor

Collaborateur des Wachovsky, qui lui ont confié la réalisation de V pour Vendetta, James McTeigue s’est, depuis, spécialisé dans le thriller, avec une poignée de films passés inaperçus, dont celui-ci qui, malgré un beau casting, n’est pas passé par la case « grand écran » en France.

Il a pourtant tout pour plaire, ce film d’espionnage paranoïaque qui renouvelle avec efficacité des thèmes archi-rabachés, une sorte de version post 11 septembre des Trois Jours du Condor. Seulement, McTeigue n’est pas Pollack, et son film penche plus souvent vers l’action pure que vers la parano terrifiante des chefs d’oeuvre du genre, jusqu’à foirer assez magnifiquement un final qui rappelle curieusement celui de Strange Days (tiens, avec Angela Basset, qui tient ici un petit rôle sans consistance), dans un autre genre et en beaucoup moins percutant.

Formellement, McTeigue a sans doute plus d’ambition que de talent. On sent bien qu’il veut prendre le contre-pied des thrillers surexcités du moment, et qu’il cherche à créer une atmosphère nocturne à la Michael Mann. En vain, hélas. Trop anonyme, sa mise en scène ne parvient jamais à emballer totalement un récit pourtant plein de bonnes idées.

Dans le rôle principal, Milla Jovovich est très bien en spécialiste de la sécurité travaillant pour l’ambassade américaine à Londres, qui découvre l’existence d’un complot visant à perpétrer un attentat à grande échelle sur le sol américain. Convaincante, même si son personnage manque de profondeur. Comme l’ensemble des personnages, d’ailleurs, tous très schématiques. Mais l’interprétation est de qualité, à commencer par Pierce Brosnan qui trouve là son grand rôle de méchant.

Le meilleur du film, mis à part quelques séquences joliment tendues (le premier attentat surtout, beau morceau de bravoure), c’est son décor : Londres, que la caméra explore de fond en comble, des quartiers résidentiels aux bas-fonds, du coeur touristique aux égoûts. La capitale anglaise est le vrai personnage principal (d’ailleurs, l’affiche met en scène un Big Ben en flammes… totalement trompeur !!). Dès que l’action bascule aux Etats-Unis, le film perd de sa force et se met au niveau d’un direct-to-DVD classique.

* DVD chez M6Vidéo, avec un making-of promotionnel en bonus.

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