Play it again, Sam

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Archive pour la catégorie '* Thrillers US (1980-…)'

Sens unique (No Way Out) – de Roger Donaldson – 1987

Posté : 4 octobre, 2016 @ 8:00 dans * Espionnage, * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, COSTNER Kevin, DONALDSON Roger | Pas de commentaires »

Sens unique

En 1948, John Farrow réalisait La Grande Horloge, un modèle de thriller. Le héros, interprété par le génial Ray Milland, était un reporter chargé par son patron d’identifier l’homme que sa maîtresse fréquentait, et qui est censé l’avoir assassiné. Sans savoir que cet homme n’est autre que Milland lui-même. Un film tendu et claustrophobique, l’intrigue se déroulant entièrement dans les murs d’une rédaction de journal.

Quarante ans plus tard, Roger Donaldson reprend la même intrigue et le même parti-pris (un homme chargé de démasquer un suspect qui n’est autre que lui-même, dans un environnement clos), mais change complètement le décor. Oublié le journalisme d’investigation des années 40. Désormais, c’est au cœur du Pentagone, avec l’ombre de la guerre froide qui plane, que nous plonge Donaldson.

L’idée en vaut une autre. Et ce décor, fait de grands couloirs et de vastes salles, et où l’informatique (à la sauce 80s) est omniprésent, offre de belles perspectives en matière de suspense. Mais Donaldson n’est, décidément, pas Farrow. Et ce remake dont j’avais gardé un bon souvenir met un temps fou à se mettre en route. Comme s’il fallait absolument profiter de la présence de Sean Young, dans le rôle de la victime, sa mort semble être repoussée autant que possible… jusqu’à la mi-film en fait.

Le problème, c’est qu’avant sa mort, il n’y a pas de film. L’intrigue n’existe pas, le suspense n’a pas de raison d’être, et ne reste alors qu’une romance banale et franchement ennuyeuse, avec un Kevin Costner qui se contente d’être beau et charismatique, et une Sean Young qui minaude comme c’est pas permis. Ajoutez un Gene Hackman en grand méchant et en roue libre, et un Will Patton qui cabotine à outrance… Bref, Donaldson n’est pas, non plus, un grand directeur d’acteur.

La deuxième moitié, heureusement, est plus palpitante. Le suspense fonctionne plutôt bien. Et dès que Costner se met à courir, il donne un vrai rythme à ce thriller souvent mou. Ça suffit pour passer un bon moment. Pas, mais vraiment pas, pour oublier le chef d’œuvre de John Farrow.

Extrême Préjudice (Extreme Prejudice) – de Walter Hill – 1987

Posté : 20 septembre, 2016 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, HILL Walter, WESTERNS | Pas de commentaires »

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Sa filmographie le prouve, du Gang des frères James à Wild Bill, Walter Hill aime le western. Avec Extrême Préjudice, il aurait mieux fait de se cantonner au cœur de son sujet, à savoir un western contemporain qui reprend un thème incontournable du genre : celui des frères ennemis, qui ont chacun choisi un côté de la loi, et dont le différent doit finir par un duel.

Ici, les frères ennemis ne sont pas vraiment frères, mais amis d’enfance. Qu’importe. Nick Nolte, dans le rôle du shérif, et Powers Boothe, dans celui du proche qui a mal tourné, nous offrent un face-à-face formidable qui renoue avec la sécheresse et l’honnêteté des grands westerns d’antan. Dans cette partie-là, Hill tient toutes ses promesses : celui d’un film d’action décomplexé, une série B brutale et réjouissante.

La scène post-générique renvoie ainsi d’emblée aux grands classiques du genre, Rio Bravo en tête, le shérif cherchant son homme dans un bar (un saloon) rempli de clients hostiles. La fusillade qui suit donne le ton : Extrême Préjudice n’est pas un pop-corn movie typique des années 80, mais un film hard boiled au premier degré assumé. Tant mieux.

Sauf qu’avant le générique, il y a eu une autre scène d’introduction, nettement moins convaincante et pour tout dire assez crispante : la présentation d’un groupe de soldats laissés pour morts des années plus tôt, et en fait bien vivants, dont on ne sait pas trop quel est le rôle. On le saura plus tard dans le film, et pour tout dire, malgré la présence dans cette équipe de Michael Ironside, Clancy Brown ou William Forsythe (autant de gueules qu’on aime bien), on s’en fichera un peu.

Non seulement cette séquence, avec son montage impossible, renvoie aux pires nanars de la décennie (du genre Portés Disparus), mais elle est portée par une musique horripilante, signée pourtant Jerry Goldsmith. Sa partition reste l’un des points faibles de cette série B. Elle reste fort heureusement très discrète la plupart du temps, et ne gâche pas le plaisir simple et brutal que l’on prend à voir Nick Nolte aussi raide et inflexible que l’étaient John Wayne, Randolph Scott ou Gary Cooper.

Un monde parfait (A Perfect World) – de Clint Eastwood – 1993

Posté : 21 août, 2016 @ 5:15 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, COSTNER Kevin, EASTWOOD Clint (acteur), EASTWOOD Clint (réal.) | Pas de commentaires »

UN MONDE PARFAIT

Avec Impitoyable, ce chef d’œuvre qu’il portait en lui depuis dix ans, Clint Eastwood a mis un terme définitif à une logique dans laquelle il s’était enfermé lui-même : l’alternance quasi-systématique de films personnels qui rencontraient un succès limité, et de films de commandes qui commençaient sérieusement à ennuyer ses admirateurs les plus fervents. Même réalisé par ses soins, La Relève était ainsi l’œuvre d’un action hero totalement dépassé par l’évolution du genre.

Après une virée dans les tréfonds où plus d’une ancienne gloire se sont perdues à jamais (qui se souvient de Pink Cadillac, nanar même pas sorti en salles en France ?), Eastwood s’est totalement débarrassé de tout autre critère que l’envie pure. Et c’est sa plus belle période qui s’est ouverte, symbolisée par le triomphe critique et public d’Impitoyable, mais marqué par une impressionnante série de chefs d’œuvre, jusque dans les années 2000.

Un monde parfait, malgré son casting (Clint en second rôle face à un Kevin Costner encore au sommet), ne sera pas son plus gros succès. Mais il s’agit bien de l’un de ses plus beaux films, un faux thriller qui est en fait une balade émouvante et déchirante sur les regrets et les remords, et sur l’innocence perdue.

Plus encore que dans son précédent film, Eastwood s’est totalement libéré de cette nécessité de « faire spectaculaire ». Il est définitivement devenu le cinéaste introspectif et presque contemplatif que Honkytonk Man avait déjà dévoilé. Un cinéaste des émotions pures et des petits plaisirs de la vie. Un monde parfait est une drôle de chasse à l’homme, où d’étranges liens se tissent : entre l’évadé Costner et le flic Eastwood qui le traque et qui dévoile peu à peu une culpabilité inattendue ; et surtout entre Costner et son très jeune otage, petit Témoin de Jeovah dont les manques font échos à sa propre enfance gâchée.

Quant à Kevin Costner, magnifique, c’est un peu son chant de cygne, la fin d’un cycle magnifique pour lui depuis Les Incorruptibles. Le semi-échec du film, et les fiasco de Waterworld, Wyatt Earp et The War qu’il tournerait l’année suivante (sa cruelle « année W ») l’éloigneront du sommet, comme un certain Eastwood avant lui. Mais lui, aujourd’hui, n’y est toujours pas retourné.

Blue Jean Cop (Shakedown) – de James Glickenhaus – 1988

Posté : 15 juillet, 2016 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, GLICKENHAUS James | Pas de commentaires »

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Plus que le film lui-même, c’est la collection DVD qu’il inaugure qui mérite d’être souligné ici. L’éditeur Carlotta, que l’on connaît plutôt pour sa défense du cinéma classique (Sirk ou Cimino ont été particulièrement bien traités par sa ligne éditoriale), réhabilite la série B nanardesque des années 80. Un pari pour le moins inattendu, mais aussi séduisant.

Avec cette « Midnight Collection » que l’on a le droit de prendre au second degrés, Carlotta fait revivre l’âge d’or de la VHS. Jusque dans l’habillage visuel et dans l’interface du DVD, tout rappelle ce qui, pour les jeunes quadra d’aujourd’hui (ma génération, donc), évoque des souvenirs gentiment coupables d’adolescence. Ceux dont la cinéphilie a suivi les mêmes méandres que la mienne auront peut-être de doux relents des pages « vidéo » d’Impact, ou de Mad Movies

C’est donc avec un petit plaisir régressif que je me glisse Blue Jean Cop dans mon lecteur. Un film que, contrairement à d’autres titres de cette première vague de la collection (comme Maniac Cop), je n’avais pas vu à l’époque. La première impression est celle d’un franc retour en arrière, au cœur d’une décennie pas vraiment réputée pour son bon goût en matière de film de genre… Générique au néon, musique au synthé… ça envoie du lourd et du pas fin.

Pourtant, malgré surtout cette musique horrible et omniprésente (et dont le volume déborde trop souvent sur les dialogues eux-mêmes), Blue Jean Cop est plutôt une bonne surprise. Pour la finesse, on repassera, mais le film aborde des sujets forts avec un certain courage : la corruption des flics, le racisme, la fascination de la violence, à travers cette histoire d’un avocat qui défend un dealer ayant tué un flic peut-être ripoux.

Surtout, le film offre une vision assez édifiante d’un New York encore rongé par la violence et l’insécurité. Une Big Apple totalement dominée par les extrêmes, entre la masse agglutinée dans des rues sans âmes assommées par les enseignes lumineuses omniprésentes, et l’élite dominante Central Park du haut de ses baies immenses.

De bonnes choses, donc, dans un film qui par ailleurs se moque bien de la vraisemblance pour enchaîner les scènes d’action, transformant sans ciller le prudent avocat (Peter Weller, tout juste sorti de l’armure de RoboCop) en cow-boy sans peur, au côté d’un flic si pur qu’il en devient presque abstrait (Sam Elliott, charismatique et pourtant vide). Jusqu’à l’attaque finale d’un avion, si grotesque qu’elle en devient réjouissante. Un savoureux mélange de premier et de soixante-dix-huitième degré…

* Le film inaugure donc en DVD la « Midnight Collection » de Carlotta, hommage à l’âge d’or de la VHS. Seul bonus : la bande annonce originale.

L’Année du Dragon (Year of the Dragon) – de Michael Cimino – 1985

Posté : 5 avril, 2016 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, CIMINO Michael | Pas de commentaires »

L'Année du Dragon

Il a fallu cinq ans à Michael Cimino pour repasser derrière la caméra. L’échec de La Porte du Paradis a été tellement monumental que le génial cinéaste n’a réussi à faire aboutir qu’un film de genre : un polar qui s’inscrit dans la lignée du Parrain et de Chinatown, deux triomphes en leur temps. Un succès à peu près garanti, donc, qui aurait dû relancer la carrière de Cimino…

Sauf que les temps ont changé, et que ce changement est justement intervenu avec la catastrophe La Porte du Paradis. Le Nouvel Hollywood était enterré, les années 80 allaient entériner durablement l’ère des blockbusters, et la rupture entre cinéma populaire et cinéma d’auteur. Bref, L’Année du Dragon, jugé raciste par une partie de la critique (quelqu’un avait-il accusé Le Parrain d’être raciste ?), a été un nouvel échec cinglant. Totalement incompréhensible, celui-ci…

Car il s’agit bien là de l’un des polars (LE polar) les plus intenses de cette décennie, un chef d’œuvre que le temps a fini par consacrer comme l’un des sommets du genre. Trop tard pour Cimino hélas, qui n’atteindra plus jamais une telle perfection. Pas plus que Mickey Rourke d’ailleurs, qui avait fait une petite apparition dans La Porte… (il était l’un des comparses de Christopher Walken dans sa cabane paumée), et qui est ici à l’apogée de sa carrière.

L’intensité de son interprétation était indispensable à la réussite de l’entreprise, tant le ton, le rythme, et le jusqu’au-boutisme du film reposent sur son personnage de flic prêt à aller au bout de ses obsessions, quitte à tout perdre. Le flic solitaire en butte à la corruption généralisée… On a souvent vu ça au cinéma, mais rarement avec un tel sentiment de violence et de menace perpétuelles.

Tout fleure le danger dans ce Chinatown plein d’inconnu : les bureaux luxueux des hommes d’affaires qui n’ont de respectable que l’apparence, les caves inondées d’obscurs restaurants, ou même dans la beauté troublante de la journaliste, sorte de miroir de celle, inquiétante, de John Lone, révélation du film en jeune parrain des triades.

Et lorsque la violence éclate, elle semble toujours venir de nulle part, irruption de l’horreur dans le quotidien le plus confortable : celui d’un restaurant chaleureux ou celui du refuge familial, si fragile soit-il. Dans sa manière de traiter la violence et ses effets, L’Année du Dragon semble clairement conclure une trilogie magnifique, commencée avec Voyage au bout de l’enfer. Le grand œuvre de Cimino.

* Une préface de Jean-Baptiste Thoret, un long entretien audio avec Cimino, et surtout un passionnant livre proposant le scénario original (co-écrit avec Oliver Stone), une analyse du film et plusieurs entretiens réalisés à l’époque de la sortie… C’est ce que propose le luxueux coffret Blue ray/DVD « Ultra collector » édité chez Carlotta, le deuxième de cette collection de prestige après Body Double de Brian De Palma.

Shutter Island (id.) – de Martin Scorsese – 2010

Posté : 31 mars, 2016 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, SCORSESE Martin | Pas de commentaires »

Shutter Island

Grand fan de Dennis Lehane, je dois avouer que Shutter Island est à peu près le seul de ses romans à m’être tombé des mains. Pas pour le style, impeccable, mais pour le fameux rebondissement final, très à la mode à l’époque après le succès de Sixième Sens (celui très oubliable de M. Night Shyamalan), le genre de trucs renversant qui doit t’arriver comme une claque, et que en l’occurrence j’avais senti dès la page 30.

Bref, un peu agacé d’emblée, l’adaptation qu’en avait signé Scorsese m’avait fait à peu près le même effet lors de sa sortie en salles. Le revoir quelques années après, en ayant bien assimilé le procédé narratif, m’oblige à revoir le jugement que j’en faisais. Justement parce que Scorsese, contrairement à Lehane, ne joue pas sur cette révélation finale. Son film, fascinant, est un voyage mental aux tréfonds de la folie. Un trip hallucinant et visuellement splendide.

J’essaye de ne point trop spoiler le film, qui est de ceux dont il est difficile de parler sans en dire trop, justement. Disons simplement que la première scène nous montre un bateau sortir de la brume. A son bord, le marshall Teddy Daniels et son nouveau partenaire, qui arrivent sur une île isolée sur laquelle est construit un asile qui abrite de dangereux pensionnaires instables. L’une de ces pensionnaires a disparu mystérieusement. Les deux flics enquêtent.

D’emblée, le comportement de Daniels est étrange : un homme dont la femme est morte et qui semble constamment sur le fil, au bord de la rupture. Soupçonnant tout le monde, doutant de tout. Leonardo DiCaprio est exceptionnel, d’une intensité ahurissante. Sa prestation ne trompe jamais le spectateur ; elle l’entraîne avec lui dans sa terrible descente aux enfers.

Tourné comme un film noir, truffé de costumes et de répliques trop clichés pour être honnêtes, Shutter Island est pur objet cinématographique. Scorsese y glisse des indices troublants et souvent à peine perceptibles, qui incitent à revoir et revoir le film, et qui laissent une sensation troublante. Le même trouble provient de la beauté des images, qui nous entraîne dans une contrée étrange entre réalisme et onirisme. Avec Shutter Island, Scorsese s’autorise un authentique exercice de style. Brillant, inquiétant et bouleversant.

American Bluff (American Hustle) – de David O. Russell – 2013

Posté : 15 mars, 2016 @ 8:00 dans * Films de gangsters, * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, DE NIRO Robert, RUSSELL David O. | Pas de commentaires »

American Bluff

David O. Russell est un cinéaste sous influences. Celles d’American Bluff sont évidentes, Les Affranchis et Ocean’s Eleven en tête. Deux références qui imposent leur marque, leur ton, leur rythme à ce film dont on s’attend d’emblée à ce qu’il aille très loin dans le noir.

Si la construction et le décor évoquent furieusement le chef d’œuvre de Scorsese, et malgré l’apparition lors d’une unique scène d’un Robert De Niro glaçant en figure de la mafia, American Bluff est curieusement dénué de toute violence physique. On sent pourtant la menace constante, mais jamais les gangsters ne lèvent le doigt sur qui que ce soit, à l’exception d’une virée punitive en voiture qu’on a du mal à prendre au sérieux.

Finalement, la seule explosion de violence vient de celui des personnages principaux qui est censé représenter la loi. J’ai nommé Bradley Cooper, acteur généralement pas bien passionnant, mais ici assez épatant en agent du FBI plus ambitieux que talentueux, jeune loup un rien ridicule que Cooper interprète avec une certaine autodérision, mais aussi avec une belle retenue.

Christian Bale est lui carrément génial en arnaqueur embarqué malgré lui dans une histoire trop ambitieuse et trop dangereuse pour lui. A la fois magnifique et pathétique. Sa première apparition laissait pourtant craindre le pire, la caméra dévoilant sa bedaine énorme et son crâne dégarni lors d’une longue séquence d’ouverture sur le thème « regarde jusqu’où je vais pour ce rôle, si j’ai pas un Oscar avec ça bah merde. » Un rien complaisant.

David O. Russell n’est pas tout à fait à la hauteur d’un Soderbergh pour instaurer une ambiance. Et surtout pas au niveau d’un Scorsese dont il se contente souvent de singer le style. Mais il est un formidable directeur d’acteurs, qui pousse ses interprètes très loins sans jamais les laisser tomber dans le cabotinage. Jeremy Renner réussit ainsi à être aussi expensif que touchant. Amy Adams est elle aussi parfaite en arnaqueuse très sûre d’elle qui bouleverse lorsque son armure se fissure. Quant à Jennifer Lawrence, elle est magnifique en paumée alcoolique et un rien idiote.

Finalement, American Bluff, film d’atmosphère au scénario particulièrement retors, est avant tout un grand film d’acteurs.

* DVD chez Metropolitan, avec en bonus une vingtaine de minutes de scènes coupées, et un making of promotionnel assez anodin.

Le Rêve de Cassandre (Cassandra’s Dream) – de Woody Allen – 2007

Posté : 14 janvier, 2016 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2000-2009, ALLEN Woody | Pas de commentaires »

Le Rêve de Cassandre

Après Match Point et Scoop, Woody Allen clôt une sorte de trilogie criminelle anglaise. « Sorte », parce que autant les deux précédents présentaient une vraie parenté, autant celui-ci s’en démarque par un ton inhabituellement sombre pour le cinéaste, qui signe un authentique film noir, sans la légèreté apparente et l’aspect lumineux de la plupart de ses « films criminels ».

Le film permet à Woody d’explorer des rivages jusqu’alors inconnus. Notamment en installant une atmosphère extrêmement dure, avec une lumière et un ciel londoniens qui semblent constamment peser sur les personnages. Mais aussi en quittant la bonne société pour un quartier populaire de Londres, où vivent deux frères avec leurs parents vieillissants, évoquant à longueur de journée la réussite d’un oncle parti faire fortune au bout du monde.

Ces deux frères sont des nouveaux venus dans le cinéma d’Allen : Ewan McGregor et Colin Farrell, que Woody Allen filme le plus souvent côte à côte, partageant l’écran avec une complicité fraternelle absolument formidable. Deux frères qui, un peu par sens de la famille, beaucoup pour s’assurer un meilleur avenir, acceptent de tuer un inconnu…

Des personnages sans histoire qui décident de commettre un crime. Le thème a déjà été et sera encore exploré par le cinéaste. Mais cette fois, aucune ironie, aucun semblant de comédie… Juste le poids du destin, et celui des rêves brisés, pour un film particulièrement intense, où Woody Allen joue avec sadisme avec nos émotions. Quatre moments, en apparence simple, atteignent ainsi des sommets…

Le premier est un simple plan, en apparence banal : un panoramique suivant le premier départ du bateau acheté par les deux frères, et qui submerge le spectateur d’une vague de bien-être, comme si l’avenir était tout tracé.

Le deuxième est tout simple, lui aussi : les parents des frères observant leurs enfants par la fenêtre. Lui d’habitude taiseux annonçant qu’il avait encore rêvé des garçons. Elle soudain attentive à son inquiétude… L’image banale d’un couple dans la pénombre d’une cuisine, tendre et cruellement conscient de l’avenir.

Et puis, après une série de séquences où le crime est constamment repoussé, où le grotesque flirte avec le suspense, deux coups de feu qui claquent dans la nuit, hors champs. Littéralement glaçant. Là, Woody Allen se met au niveau des plus grands spécialistes du noir : durant de longues minutes, il a fait plané le doute, jouant avec la tension et les espoirs de ses personnages et des spectateurs, étirant au maximum cette angoissante attente. Jusqu’à ce dénouement explosif qui semble raisonner de longues minutes.

Enfin, après cette douloureuse descente aux enfers, et alors que le fantôme de Match Point (et du futur L’Homme irrationnel) plane sur le personnage « fort » d’Ewan McGregor, alors que l’engrenage de la violence le pousse aux portes de l’horreur absolue, cette canette soudain brisée. Et les deux frères qui acceptent leur destin dans la rage…

Le Rêve de Cassandre, déjà oublié, est pourtant l’un des grands films de Woody Allen de ces dernières années. Un film destabilisant, certes, dénué du charme léger et de l’ironie de ses précédentes réussites. Mais aussi l’un de ses plus intenses.

Cotton Club (The Cotton Club) – de Francis Ford Coppola – 1984

Posté : 15 décembre, 2015 @ 7:00 dans * Films de gangsters, * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, COPPOLA Francis Ford | Pas de commentaires »

Cotton Club

Coppola qui renoue avec l’univers des gangsters ? Difficile de ne pas penser au Parrain… Pourtant, à part une explosion de violence sur fond de numéro musical, qui évoque les règlements de compte sur fond d’opéra de son grand-œuvre, vers la fin du film, le ton est radicalement différent dans cette évocation de l’Amérique des années 1928 à 1931. La forme aussi d’ailleurs.

Plutôt qu’un film de gangsters, Coppola préfère réinventer cette période qui a tant inspiré le cinéma : celle des débuts du parlant, de la crise économique, des gangsters mythiques comme Dutch Schultz ou Lucky Luciano (deux personnages centraux du film), et surtout celle du swing et de la musique noire américaine qui rythmait les soirées folles, notamment dans le fameux Cotton Club, célèbre pour ne présenter que des numéros de noirs (tout en étant réservé à une clientèle blanche).

Coppola filme une Amérique totalement musicale. Son film n’est pas à proprement parler une comédie musicale (à l’exception de la dernière séquence), mais la musique est omniprésente, et fait bien plus qu’accompagner l’action : elle l’incarne, à travers les destins croisés des deux personnages principaux, Dixie le musicien blanc (Richard Gere) et Sandman le tanseur de claquettes noir (Gregory Hines).

Deux personnages qui vivent pour leur art, tournés vers les autres. Deux personnages pour qui la famille est une valeur centrale. Deux personnages qui affichent un sourire et un optimisme qui semblent à toute épreuve. Mais deux personnages prisonniers de leur époque et de cette Amérique pas si légère : l’un confronté aux préjugés raciaux, l’autre embringué malgré lui dans la cohabitation avec les plus grands gangsters de son temps.

Cotton Club est à la fois grand et un peu raté. Grand, parce que Coppola en fait une sorte de mouvement perpétuel fascinant et très séduisant. Un peu raté parce que cet exercice de style paraît par moments étrangement désincarné. La faute à un Richard Gere un rien transparent ? Ou à un ton qui oscille constamment entre le grave et le léger sans paraître réussir à faire un choix.

Coppola filme bien un monde dangereux et violent, avec une poignée de séquences particulièrement cruelles (la mort de Nicolas Cage, petit frère de Dixie, petite frappe qui se prend pour un caïd). Mais c’est bien dans la légéreté et l’ironie qu’il fait mouche. Le plus beau ? Les scènes de retrouvailles : celle très émouvante de Gregory Hines et son frère au milieu d’un numéro. Et celle surtout du ponte de la mafia Owney Madden (Bob Hoskins) et de son gorille Frenchy (Fred Gwynne). Hilarante et génialement décalée.

Jackie Brown (id.) – de Quentin Tarantino – 1997

Posté : 9 décembre, 2015 @ 2:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, DE NIRO Robert, TARANTINO Quentin | Pas de commentaires »

Jacky Brown

Entre Pulp Fiction et Jackie Brown, il y a plus d’un lien. D’un film à l’autre, Tarantino garde son goût pour les personnages barrés et verbeux, pour les dialogues interminables et quasi-absurdes, ou encore pour les chansons oubliées du folklore américain. Mais la reconnaissance immense obtenue avec son précédent film semble avoir libéré le cinéaste, qui s’aventure pour la première fois vers une narration à peu près classique.

Pour Jackie Brown, Tarantino garde un principe de chapitrage,qui rappelle qu’il s’agit de l’adaptation d’un roman (celui d’Elmore Leonard, co-producteur du film). Mais contrairement à Pulp Fiction, le film est d’une remarquable linéarité, à une exception près : la scène cruciale de l’échange, répétée à trois reprises avec des points de vue différents. Un procédé particulièrement efficace, mais finalement assez classique.

Mais, surprise, c’est lorsqu’il révèle une vraie sensibilité (honnêtement, pas flagrante dans ses deux premiers films) que Tarantino est ici le plus passionnant. Des revenants marqués par leur passé, le cinéaste en avait déjà filmé auparavant. Mais cette fois, il utilise le statut de Pam Grier et Robert Forster pour faire de leurs personnages des êtres moins marqués par leur passé que par leur avenir, et par la difficulté de se voir offrir une nouvelle chance.

Si Forster est remarquable en vieil ours solitaire, Pam Grier, l’ex reine de la blaxploitation, est sublime, bouleversante en hôtesse de l’air effrayée par son manque de perspective, à 44 ans. Il y a quelque chose de déchirant dans ce portrait sensible d’une femme à la croisée des chemins, qui transforme le piège mortel dans lequel elle se retrouve entraînée, en ultime chance de se construire un avenir.

Jackie Brown est du pur Tarantino, avec tout ce qu’on peut lui reprocher, en particulier des scènes trop longues basées uniquement sur les dialogues « à la Tarantino », un peu vaines et agaçantes. Mais on y retrouve surtout tout ce qui fait la richesse de son cinéma, et le plaisir simple que l’on y prend : son sens du récit, sa capacité à créer de grands moments de cinéma à partir de pas grand-chose (rien que le premier plan, fascinant travelling sur le profil de Pam Grier), et sa manière de prendre son temps pour nous introduire au plus près de ses personnages.

Et le directeur d’acteurs est exceptionnel. Pam Grier trouve là le rôle de sa vie, Robert Forster aussi sans doute. Tous sont formidables : Samuel Jackson en trafiquant parano, Michael Keaton en flic intraitable, Bridget Fonda en droguée téléphage, et surtout Robert De Niro, extraordinaire (et d’une sobriété rare) en ex-taulard taiseux et bas du fond, dont la subite explosion de violence, absurde, terrible et hilarante, est l’un des sommets de ce Tarantino là.

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