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La Loi et l’Ordre (Righteous Kill) – de Jon Avnet – 2008

Posté : 30 juin, 2013 @ 5:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2000-2009, AVNET Jon, DE NIRO Robert, PACINO Al | Pas de commentaires »

La Loi et l'Ordre (Righteous Kill) - de Jon Avnet - 2008 dans * Thrillers US (1980-…) la-loi-et-lordre

Je ne sais plus quel critique a souligné le premier que Avnet était l’anagramme de navet. Un peu facile, oui, mais faut reconnaître que le réalisateur n’est pas un auteur, et qu’il a une fâcheuse tendance à creuser des sillons déjà bien profonds. Ce qui n’est pas si grave, puisque ses films ne sont pas pires que le tout venant hollywoodien.

Sauf qu’avec La Loi et l’Ordre, Avnet mérite d’être giflé en place publique. Cette énième histoire de tueur en série, faux remake de Magnum Force, ne repose que sur une seule idée et une seule envie : réunir vraiment DeNiro et Pacino, en les filmant côte à côte comme ils ne l’avaient jamais été auparavant.

C’est un peu mince, surtout que pour arriver à ça, le film film emprunte les pires sentiers battus : un polar, bien sûr, bourré de clichés et franchement fatiguant, plein de ces effets tape-à-l’œil que l’on retrouve d’une production à l’autre, et avec des personnages qui frôlent le ridicule. La pauvre Carla Gugino, par exemple, est réduite à jouer une fliquette nympho excitée par la violence…

DeNiro et Pacino, versions parodiques d’eux-mêmes, ont à peu près trente ans de trop pour leurs rôles. Difficile de les imaginer comme des superflics. Difficiles, même, de les imaginer comme des super-acteurs : livrés à eux-mêmes, ils grimacent et cabotinent comme dans leurs pires prestations de ces dernières années. Triste…

Pourtant, c’est leur âge avancé qui sauve (un peu) le film. Parce qu’on sent derrière ces flics en bout de course un mélange d’urgence et de frustration, et l’absence de meilleurs lendemains les rend émouvants. A condition d’être particulièrement tolérants et de chercher au-delà des ambitions du réalisateur…

Un conseil, quand même, pour les nostalgiques de DeNiro et Pacino : mieux vaut se replonger dans le fameux fondu-enchaîné du Parrain 2, ou dans les champs/contre-champs de Heat. Deux occasions nettement plus enthousiasmantes de voir ces deux immenses acteurs partager l’écran.

Zodiac (id.) – de David Fincher – 2007

Posté : 26 juin, 2013 @ 5:23 dans * Thrillers US (1980-…), 2000-2009, FINCHER David | Pas de commentaires »

Zodiac (id.) – de David Fincher - 2007 dans * Thrillers US (1980-…) zodiac

Après le triomphe de Seven, David Fincher avait entamé un cycle étonnant et hétéroclite, mais entièrement dédié à la manipulation et au pouvoir de l’image. Avec une relative sobriété (The Game), avec un style tape-à-l’œil tout droit venu de son passé de clippeur (Fight Club), ou avec une virtuosité un peu gratuite (Panic Room).

Avec Zodiac, Fincher signe peut-être son premier très, très grand film. Une œuvre fascinante et d’un grand classicisme qui annonce ses grands films à venir. En renouant avec le thème du tueur en série, on pouvait imaginer que le cinéaste allait surfer sur le succès de Seven. Il en prend au contraire le contre-pied. Alors que le précédent film flirtait avec le surnaturel, dans une ville cauchemardesque et inhumaine, et avec un tueur machiavélique à la limite de la caricature, celui-ci est absolument ancré dans la réalité.

Logique : l’histoire est vraie, celle d’un tueur surnommé « le Zodiac » ayant sévi dans la région de San Francisco entre le milieu des années 60 et la fin des années 70. C’est lui qui avait inspiré (librement) le tueur de L’Inspecteur Harry, film que les protagonistes de Zodiac découvrent d’ailleurs lors de sa première. Et le film est avant tout le portrait d’une époque de liberté et d’innocence perdues : celle des années 70 sur cette terre qui fut le paradis des babas-cool. Fincher restitue formidablement l’atmosphère de cette époque, et l’angoisse qui s’installe dans la population.

Le sujet du film, c’est aussi l’obsession. En cela, Zodiac est très comparable au formidable Memories of Murder du Coréen Bong Joon-ho, lui aussi inspiré d’un authentique tueur en série jamais arrêté. Une obsession qui, ici, habite et dévore littéralement trois personnages au cœur de l’enquête : un flic (celui qui a inspiré le Bullitt de Steve McQueen) interprété par Mark ruffalo, un journaliste star joué par Robert Downey Jr, et un jeune dessinateur de presse campé par Jake Gyllenhaal.

Les trois acteurs sont absolument formidables, donnant corps à l’obsession qui les ronge de l’intérieur, jusqu’au point de non-retour : tous trois perdront beaucoup dans cette histoire interminable, qui se prolonge des années durant. Le film fait parfaitement ressentir le poids insupportable du temps qui passe, les laissant parfois de longs mois, et même années, sans le moindre élément nouveau. Gyllenhaal, surtout, subit une mutation physique d’autant plus spectaculaire qu’elle ne repose que sur de petits détails : un regard fiévreux, des gestes moins apaisés… Il est ce type qui se sait condamné à chercher, conscient qu’il ne trouvera le repos que s’il croise un jour le regard du vrai tueur.

Fincher fait reposer son film sur ces petits détails qui soulignent l’obsession, la frustration, et la peur aussi, omniprésente dès la séquence d’ouverture. Car si le cinéaste évite ici tout effet gratuit, et toute surenchère, les scènes de crime, filmées sans fioriture, sont absolument glaçantes. Comme cette scène durant laquelle Gyllenhall se retrouve dans la maison d’un type qui pourrait être le tueur. Par de petits riens, sans que rien de tangible ne vienne appuyer la menace, Fincher fait de ce moment l’une des scènes les plus terrifiantes, les plus oppressantes et les plus claustrophobiques de la décennie.

Sous surveillance (The Company you keep) – de Robert Redford – 2012

Posté : 25 juin, 2013 @ 1:08 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, REDFORD Robert (réal) | Pas de commentaires »

Sous surveillance (The Company you keep) – de Robert Redford – 2012 dans * Thrillers US (1980-…) sous-surveillance

Six ans qu’on n’avait plus vu Bob devant la camera (la dernière fois, c’était pour son Lions et agneaux). Passée la première réaction, cruelle, sur les marques du temps que portent son visage et son corps, on est frappé de voir à quel point Redford, au fond, n’a pas changé : ce Jim Grant, ou quel que soit son nom, est un personnage qu’il aurait pu interpréter il y a quarante ans. A quelques nuances près, quand même.

Redford réalisateur, lui, se fait le petit frère des grands maîtres des années 70, Pollack ou Pakula, avec qui il a tourné quelques-uns de ses meilleurs films. Il fait le choix d’un classicisme à l’ancienne, adoptant un rythme relativement lent qui est aux antipodes des normes actuelles. Pourtant, son film est bel et bien moderne, dans ce qu’il montre et raconte en tout cas. Les smartphones y jouent un rôle important, et le monde de la presse n’a plus rien à voir avec celui des Hommes du président.

Comme le dit l’un des personnages, « les temps changent, eux ». Si les hommes restent les mêmes, ils se débattent aujourd’hui dans une société qui a radicalement changé, à l’image de ce monde de la presse dans lequel le jeune Shia LaBeouf fait paradoxalement figure de dinosaure. Son style vestimentaire très 70s n’est pas anodin : face à des collègues journalistes qui ont depuis longtemps rendu les armes (et à un rédac chef, Stanley Tucci, trop occupé à se débattre comme il le peut dans un monde de la presse en crise), lui est encore un enquêteur entièrement dédié à la vérité.

Sauf que le Redford de 2012 n’est plus celui des années 70, sans doute plus non plus celui de Lions et agneaux. Il a 76 ans, quelques échecs récents à son actif, et du recul sur la vie. Il sait que les certitudes de la jeunesse peuvent avoir un prix élevé, et qu’un homme se détermine non par ce qu’il est, mais par les choses qu’il fait.

Avec Sous surveillance, c’est un peu comme si Redford refermait définitivement une époque : celle de ses thrillers politiques. Ce film commence comme tel, avec un enjeu fort et ambitieux : que fera cet ancien activiste recherché pour meurtre depuis trente ans ? Affronter ses responsabilités de citoyens, ou celles de père ? Une question forte qui en amène d’autres : la deuxième chance, le remord, la culpabilité, la justification de la violence…

Autant de questions qui passeront à la trappe. On peut le regretter, mais Redford préfère une réflexion sur le temps qui passe. Son thriller politique, efficace et très nostalgique, prend des allures plus intimes, plus émouvantes que dérangeantes.

Jack Reacher (id.) – de Christopher McQuarrie – 2012

Posté : 3 juin, 2013 @ 10:08 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, ACTION US (1980-…), CRUISE Tom, McQUARRIE Christopher | 1 commentaire »

Jack Reacher (id.) – de Christopher McQuarrie – 2012 dans * Thrillers US (1980-…) jack-reacher

Jack Reacher n’a pas eu le succès qu’il méritait, mais la tiédeur de son accueil populaire n’est pas une surprise. Dans un certain sens, c’est un film d’un autre temps, qui évite la surenchère d’action et d’effets spéciaux de rigueur aujourd’hui. Un film qui aurait pu être réalisé dans les années 70, avec son thème du vigilante et sa poursuite en voiture que n’aurait reniée ni Friedkin, ni Frankenheimer. Ou même dans les années 30 : ce héros sans vie réelle, sans identité propre, visiblement taillé pour devenir un héros récurrent, évoque Le Saint de la série de films originels, ou d’autres personnages de cette époque.

C’est d’ailleurs ce qui séduit et déroute à la fois : Jack Reacher est un personnage totalement en dehors des critères actuels, l’un de ces héros dont le public raffolait avant l’avènement de la télévision et des séries. Des héros dont on savait qu’on les retrouverait dans d’autres décors, avec d’autres seconds rôles, un autre emploi, mais toujours justicier. De Cheyenne Harry à Simon Templar en passant par The Thin Man, le cinéma américain d’avant-guerre en est peuplé.

Hélas, le succès très relatif du film semble condamner tout retour de Jack Reacher. Hélas, car il y a dans ce film un décalage constant qui fait mouche. Un humour qu’on n’attend pas, une certaine manière de prendre son temps et d’éviter toute surenchère, et une interprétation qui, mine de rien, est constamment étonnante.

Christopher McQuarrie, loin quand même de l’intelligence dont il avait fait preuve avec le scénario de Usual Suspects, s’amuse à filmer des personnages dont on doute constamment de la nature et du prochain acte. Tom Cruise, parfait comme toujours ; Werner Herzog, stoïque et glaçant ; Jai Courtney, nettement moins insupportable que dans Die Hard 5 ; Robert Duvall (qui retrouve Tom Cruise plus de vingt ans après Jours de Tonnerre), irrésistible… Tous, même la douce Rosamund Pike, donnent l’impression de pouvoir passer d’un côté à l’autre de la loi.

A ce petit jeu, le personnage de Jack Reacher pourrait être le moins intéressant, mais Tom Cruise, acteur décidément doué, impose une interprétation sensible et nuancée. Sa prestation ne ressemble à aucune autre de ses films précédents.

Parfois lent, parfois déroutant, Jack Reacher n’est ni un film moderne, ni un film à l’ancienne. C’est un film en dehors du temps, qui devrait donc durer, et être réévalué…

Identity (id.) – de James Mangold – 2003

Posté : 22 mai, 2013 @ 10:09 dans * Thrillers US (1980-…), 2000-2009, FANTASTIQUE/SF, MANGOLD James | 1 commentaire »

Identity (id.) – de James Mangold – 2003 dans * Thrillers US (1980-…) identity

James Mangold revisite les 10 petits nègres, à la manière du slasher. Un lieu coupé du monde, dix personnages qui ne se connaissent pas et qui sont obligés de cohabiter, les éléments qui se déchaînent, et le casting qui se fait dessouder petit à petit et de manières très différentes : décapité, empalé, écrasé, explosé… C’est à un jeu de massacre saignant et jouissif que Mangold nous convie.

Difficile d’en dire plus sur l’histoire sans dévoiler le rebondissement final, et sans gâcher le plaisir très grand que l’on prend à se laisser manipuler. Mais dans la série des trompe-l’œil agaçant (Sixième Sens, Les Autres, Shutter Island…), celui-ci surprend agréablement. Dès le début, on réalise qu’on n’est pas dans un shasher de plus, et qu’il y a une force inattendue qui réunit ces dix personnages par cette nuit de tempête. Mais l’intelligence du scénario et son originalité font mouche, même si le fameux rebondissement arrive sans doute trop vite, vidant le dernier quart d’heure de son mystère et de son intérêt.

Malin, Mangold donne à ses acteurs des rôles volontairement stéréotypés (le héros au lourd passé pour John Cusack, le flic intense pour Ray Liotta, la pute qui rêve d’un meilleur avenir pour Amanda Peet, l’ex star capricieuse pour Rebecca de Mornay, le tueur psychopathe pour Jake Busey… même Clea Duvall retrouve un emploi qui ressemble comme deux gouttes d’eau à celui qu’elle avait dans Ghosts of Mars), choix qui accentue l’aspect irréel de cette communauté forcée, comme des indices semées sur la piste du mystère.
Ben oui, difficile d’en dire plus sans en dire trop…

En tout cas, on marche à fond (sauf à la fin, donc) dans ce film d’horreur brillamment réalisé par un James Mangold décidément surdoué dans tous les genres. Copland, 3h10 pour Yuma… Quel que soit le genre abordé, Mangold se l’approprie, surprend et pose sa patte. Un auteur, quoi…

Alex Cross (id.) – de Rob Cohen – 2012

Posté : 20 mai, 2013 @ 3:16 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, ACTION US (1980-…), COHEN Rob | Pas de commentaires »

Alex Cross (id.) – de Rob Cohen – 2012 dans * Thrillers US (1980-…) alex-cross

Alex Cross est le héros d’une série de romans signés James Patterson déjà adaptés deux fois au cinéma avec Morgan Freeman dans le rôle principal (Le Collectionneur et Le Masque de l’araignée, dans lesquels l’acteur surfait sur le succès de Seven) : un profiler qui traque des tueurs en série en s’identifiant à eux.

Ce « reboot » (la pratique est décidément très à la mode) présente un Alex Cross qui s’apprête à faire son entrée au FBI, suite à une tragédie personnelle qui fait du tueur qu’il piste une proie très personnelle. Pourquoi pas… Ce pitch était la promesse d’une petite soirée plutôt sympathique : les deux films avec Morgan Freeman étaient très efficaces à défaut d’être des chefs d’œuvre, et Rob Cohen est le réalisateur d’un Daylight que j’ai toujours beaucoup aimé.

Sauf que Tyler Perry n’a pas le dixième du charisme (ou du talent) de Morgan Freeman, et que Cohen est aussi le réalisateur de Fast and Furious et xXx, et que Daylight fait plutôt figure d’heureuse exception dans une filmographie un rien douteuse.

Violent et très sombre, ce Alex Cross remplit son cahier des charges assez efficacement, mais le plaisir qu’on aurait pu prendre est gâché par une accumulation de mauvais choix de réalisateur. Une caméra souvent portée à l’épaule qui donne l’impression que Cohen a définitivement déposé les armes, tombant dans le pire travers de la facilité (tu veux pas te casser la tête à composer un plan qui fasse mouche ? t’as qu’à faire trembler ta caméra, ça marche toujours…).

Vers la fin du film, les choses se gâtent encore : la caméra embarquée dans une voiture adopte soudain le point de vue du tueur ; puis l’image devient soudain plus froide, sans transition ni autre raison que de signaler qu’on arrive dans le climax du film… Au lieu de renforcer le drame, ces effets ratés ne font que casser un rythme déjà discutable.

Et puis, si Tyler Perry est irréprochable (malgré son manque manifeste de charisme), Matthew Fox fait un numéro de dingue. Son but, visiblement : camper un méchant inoubliable. Son résultat : être grotesque, constamment dans l’excès.

A condition d’être dans une particulièrement bonne humeur, le film se laisse voir avec un certain plaisir. Mais on est bien dans le tout venant hollywoodien, sans personnalité, ni originalité.

7h58 ce samedi-là (Before the devil knows you’re dead) – de Sidney Lumet – 2007

Posté : 13 mai, 2013 @ 1:36 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, LUMET Sidney | Pas de commentaires »

7h58 ce samedi-là (Before the devil knows you’re dead) – de Sidney Lumet – 2007 dans * Thrillers US (1980-…) 7h58-ce-samedi-la

Cinéaste passionné par les affres de la famille, Lumet conclut sa carrière avec une pure tragédie familiale digne de Shakespeare. On a vu à peu près tout dans son œuvre, sauf peut-être des familles équilibrées et tranquilles (pas très cinégéniques, c’est vrai). Mais là, le cinéaste va loin, très loin, avec cette histoire de deux frères acculés par leurs problèmes d’argent, qui préparent le braquage de la bijouterie de leurs parents.

Aucun risque, juré : les deux frangins connaissent parfaitement les lieux et les systèmes de sécurité, savent que leurs vieux parents seront couverts par l’assurance, et que l’argent qu’ils en tireront leur offrira une nouvelle chance… Devinez quoi : ce coup sans risque va tourner au cauchemar. Un comparse chargé à la coke, un échange de coups de feu… et cette arnaque provoque la mort de la vieille maman, et le chagrin abyssal du père, magnifique Albert Finney.

C’est beaucoup ? Ce n’est pourtant que le début. Dans la grande tradition du film noir, Lumet s’intéresse aux conséquences de ce drame, à la descente aux enfers inexorables des deux frères, au sentiment de panique, de désespoir et de douleur auxquels ils réagissent très différemment. L’un dévoré par ses remords (Ethan Hawke, toujours très intense), l’autre laissant sa part monstrueuse prendre le dessus (Philip Seymour Hoffman, immense) et se coupant de tout et tous : son père, son frère, et sa femme (Marisa Tomei, qui n’a jamais été aussi belle et émouvante).

C’est du très grand film noir, qui excelle à faire ressentir la spirale infernale dans laquelle ces deux paumés sont plongés. Et la construction en puzzle, faite d’allers et retour incessants entre le braquage, les préparatifs et les conséquences, peut sembler artificielle, mais elle renforce le sentiment de tragédie et de piège inexorable.

En signant son film le plus fort depuis des lustres, Lumet tire sa révérence de la plus belle manière, avec un chef d’œuvre qui fait oublier les déceptions des dernières années.

Contre-enquête (Q & A) – de Sidney Lumet – 1990

Posté : 3 avril, 2013 @ 12:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, LUMET Sidney | Pas de commentaires »

Contre-enquête (Q & A) – de Sidney Lumet – 1990 dans * Thrillers US (1980-…) contre-enquete

Un tout jeune juge d’instruction, fils d’un héros de la police new-yorkaise, est chargée de rédiger le procès verbal d’une affaire toute simple : un autre héros du NYPD a tué en état de légitime défense un petit malfrat. C’est du tout cuit, lui assure le chef de la police : il suffit de recueillir les témoignages unanimes (les Q & A du titre : les questions and answers de la déposition) et de rédiger un rapport qui sera bien classé et vite oublié.

Sauf que le jeunôt n’est pas aussi niais que son costume bien repassé et le sourire ultrabright de Timothy Hutton (qui avait un grand avenir à l’époque) peuvent le laisser penser. Bien décidé à faire son travail jusqu’au bout, il interroge, contre-interroge, confronte, et finit par entrevoir la vérité à laquelle le spectateur a assisté dès le début du film : le grand flic, interprété par un Nick Nolte immense, a abattu le malfrat de sang-froid, lui tendant un piège mortel.

Lumet poursuit son exploration de la justice américaine, de sa grandeur et de ses limites, qui sont souvent intimement liées dans son œuvre : de 12 hommes en colère à The Offence en passant par Serpico. Et Q & A est une nouvelle réussite majeure pour le cinéaste, qui réussit aussi à marier ce thème à celui de la filiation, également important dans son œuvre (A bout de course, Family Business…) : le jeune juriste est bien le fils spirituel du grand boss, qui le traite comme tel. Mais pour se révéler, il devra couper le cordon et tuer le père, au moins symboliquement.

Rompre avec sa famille : c’est bien le thème au cœur de ce film noir et violent. Car la police est bel et bien filmée comme une famille, dont Timothy Hutton fait indéniablement parti. Son père en étant l’un des membres les plus éminents, et ses propres débuts sous l’uniforme font que les plus coriaces voient en lui un frère de sang. Mais ces liens indéfectibles sont bien ténus, et cachent une réalité bien plus glauque.

Le personnage de Timothy Hutton refuse de se laisser enfermer par ces liens. Mais Lumet ne se fait guère d’illusion dans ce film, profondément pessimiste.  la manière d’un livre de James Ellroy, auquel on pense forcément même si le film est adapté d’un autre auteur : Edwin Torres, juge de la Cour suprême reconverti en écrivain et dont l’œuvre sera de nouveau adaptée au cinéma. Ce sera pour L’Impasse, le chef d’œuvre de Brian De Palma.

Killer Joe (id.) – de William Friedkin – 2012

Posté : 28 mars, 2013 @ 4:23 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, FRIEDKIN William | Pas de commentaires »

Killer Joe (id.) – de William Friedkin – 2012 dans * Thrillers US (1980-…) killer-joe

Bienvenue dans la plus belle famille du Texas. Dans la caravane familiale, Papa fume la drogue que lui revend son fiston, belle maman couche avec la moitié de la ville, et la petite sœur vit avec le souvenir de sa maman qui a essayé de la tuer quand elle était bébé. Un beau projet va ressouder cette petite famille : pour encaisser l’argent de l’assurance, tout ce petit monde va faire appel à un flic, qui assure ses fins de mois en faisant le tueur à gages, pour tuer la chère maman…

L’unique question morale qui se posera pour le papa, le grand frère et la belle-maman ne concerne pas l’assassinat, qui ne pose pas le moindre problème à qui que ce soit, mais la relation qui unit bientôt le tueur à la petite sœur. Car en guise de garantie, le bon papa a offert au tueur la virginité de sa gamine, à peine pubère. On est comme ça dans la famille, le cœur sur la main…

Malgré le thème et le décor (Ploucville dans toute sa splendeur), on est loin du Fargo des frères Coen, où une arnaque maladroite tournait au drame. Ici, ce n’est pas que tout tourne mal, c’est que rien ne tourne rond dans la vie de cette famille hallucinante.

Ce film noir totalement barré et glauquissime confirme le retour au premier plan de William Friedkin, après un Bug déjà mémorable. Pivot du film, révélateur des pire défauts et des sensibilités (si, si) des protagonistes, Matthew McConaughey est ahurissant, avec ses bonnes manières et ses jeux qui font mal. Il est à l’image du film : fascinant, répugnant, glaçant.

Cogan : Killing them softly (Killing them softly) – de Andrew Dominik – 2012

Posté : 28 mars, 2013 @ 4:19 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, DOMINIK Andrew | Pas de commentaires »

Cogan : Killing them softly (Killing them softly) – de Andrew Dominik – 2012 dans * Thrillers US (1980-…) cogan

Comme tous les grands films noirs, celui-ci prend pour toile de fond une Amérique qui va mal, celle des laissés pour compte. Et celle-ci se situe à une croisée des chemins, au passage de témoin entre les présidents Bush et Obama, à une époque d’espoirs et de promesses… Mais dans une Amérique profonde, presque totalement dénuée de femmes (on n’en croise qu’une : une prostitué) qui ne se fait guère d’illusions.

« In America, you live by your own. America is not a country, it’s just a business. Now fucking pay me,” lance Brad Pitt à son commanditaire.

Noir, le film l’est assurément. Pas tant pour la violence que pour l’absence totale d’espoir : dans cette Amérique-là, aucune chance d’échapper à sa condition. La seule manière de s’en sortir, c’est de jouer le jeu du business. Celui qui triche avec ça finira par en payer le prix fort. Drôle de morale.

Après la réussite de son western (L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford), Andrew Dominik change de registre, mais garde un ton décalé, et une manière toute personnelle de coller à la réalité des personnages, avec de longues scènes de dialogues, et un rythme exagérément lent.

Le résultat était fascinant dans Jesse James. Ici, Andrew Dominik est un peu trop vampé par ses références : en s’attaquant au film noir urbain, il lorgne ostensiblement du côté de Scorsese (la participation de Ray Liotta fait forcément penser aux Affranchis), et surtout de Tarantino, avec des personnages aussi bavards… le style tarantinesque en moins.

La comparaison avec ces deux modèles est forcément difficile. Mais Andrew Dominik est un excellent directeur d’acteurs. Brad Pitt, également producteur, est étonnant. Et James Gandolfini, dans un second rôle, est tout simplement monstrueux, dans tous les sens du terme.

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