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Archive pour la catégorie '* Thrillers US (1980-…)'

Jeux de guerre (Patriot Games) – de Phillip Noyce – 1992

Posté : 5 février, 2014 @ 2:16 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, ACTION US (1980-…), FORD Harrison, NOYCE Philip | Pas de commentaires »

Jeux de guerre

Après le formidable A la poursuite d’Octobre Rouge, les producteurs ont rapidement mis en chantier une suite des aventures de Jack Ryan. Deux suites, même : les droits de Jeux de guerre et de Danger immédiat avaient été achetés à Tom Clancy, et des scénarios ont été commandés pour les deux. Finalement, il a été décidé de privilégier le premier, davantage axé sur la vie privé de Jack Ryan.

Sauf que Alec Baldwin, qui souhaitait monter sur scène, a rejeté l’offre, et qu’il a fallu lui trouver un remplaçant. C’est Harrison Ford qui s’y colle. La star avait déjà été approchée pour le précédent film, mais il estimait alors que le seul rôle intéressant était celui de l’officier russe finalement joué par Sean Connery. Cette deuxième chance lui vaudra l’un de ses plus gros succès populaires de la décennie.

Le film n’a pourtant pas bonne réputation. Beaucoup lui reprochent son manichéisme outrancier, et la condamnation sans nuance de l’IRA. Cette critique est un peu excessive et injuste. Manichéen, le film l’est assurément. Mais il ne fait pas des indépendantistes irlandais des monstres absolus. Le grand méchant, joué par Sean Bean, n’est finalement mû que par une soif de vengeance personnelle, un méchant plutôt classique du cinéma américain. Quant au groupuscule auquel il appartient, qui tente de tuer un membre de la famille royale, il s’agit d’une branche dissidente de l’IRA, qui marque de manière radicale sa rupture avec le mouvement officiel, dès les premières séquences.

Cette précision faite, on peut trouver bien d’autres défauts au film, dus avant tout à la personnalité du réalisateur : Phillip Noyce, pas vraiment un foudre de guerre, faiseur un peu mollasson que le monde a découvert grâce à son Calme Blanc made in Australia, et qui tournera par la suite des films oubliables comme Le Saint ou Salt. Avec une propension affirmée à passer à côté de ses sujets…

D’un thème fort (jusqu’où un homme « normal » est-il prêt à aller pour défendre sa famille, et « faire ce qui est bien » ?), Noyce tire un thriller honnête et assez efficace, mais anonyme et sans la moindre aspérité à laquelle se raccrocher.

Pour Harrison Ford, le film inaugure en quelque sorte une décennie toute entière consacrée à ces thrillers dont il est le héros, le sujet, et la seule raison d’être. Presque un genre en soi : « le thriller des années 90 avec Harrison Ford monsieur tout-le-monde intègre et droit qui se retrouve plongé au cœur de la violence ». Et dans ce rôle, bien sûr, il est parfait.

Il y a quand même deux grandes scènes très réussies. La première d’abord : celle où Ryan, témoin d’un attentat, ne peut s’empêcher d’intervenir. Et surtout celle où il assister, par écran interposé, au massacre de terroristes qu’il a lui-même localisés, et dont on ne voit que de vagues silhouettes à l’écran.

Une séquence quasi-muette et statique, mais qui est la seule à rompre avec le manichéisme du film. Soudain, le gentil sans peur et sans reproche laisse transparaître doutes et dégoût, en réalisant que les méthodes que son camp utilise ne sont pas si différentes de celles des monstres qu’il traque…

• A l’occasion de la sortie en salles de The Ryan Initiative, Paramount vient d’éditer un coffret, DVD ou blue ray, regroupant les quatre premiers films consacrés à Jack Ryan (A la poursuite d’Octobre rouge, Jeux de guerre, Danger immédiat et La Somme de toutes les peurs), avec des interviews d’époque plutôt intéressantes, consacrées à la gestation des films.

End of watch (id.) – de David Ayer – 2012

Posté : 8 novembre, 2013 @ 7:27 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, AYER David | Pas de commentaires »

End of watch (id.) – de David Ayer – 2012 dans * Thrillers US (1980-…) end-of-watch

Scénariste de Training Day et réalisateur de Au bout de la nuit, polar urbain co-écrit par James Ellroy, David Ayer poursuit dans la même veine avec ce End of Watch, qui part d’un part-pris original et audacieux : suivre le quotidien mouvementés de deux flics du LAPD, dans un quartier particulièrement difficile, à travers des caméras embarquées ou des images de vidéo-surveillance.

Il ne faut pas plus de dix minutes pour réaliser que ce postulat gène Ayer plutôt qu’il ne l’inspire. Il ne lui faut pas longtemps pour ne plus même tenter de donner le change : même si, visuellement, Ayer tient son cap, ne proposant que des images qui semblent effectivement sorties de caméras embarquées, le réalisateur se défait rapidement de toute contrainte de cadrage. De temps à autres, il glisse bien une caméra dans le cadre, mais le choix des cadres n’est clairement dicté que par de pures contraintes d’efficacité.

Et côté efficacité, il faut reconnaître que David Ayer frappe très, très fort. Une fois passé l’agacement lié aux choix visuels, cette plongée dans les bas fonds de L.A. est réellement bluffante. L’aspect documentaire du film n’est qu’une façade : il arrive davantage de péripéties à ces deux flics en quelques jours qu’à leurs vrais collègues en une décennie. Mais le scénario est aussi sombre qu’intelligent, et Ayer sait donner un souffle tragique à son film, parsemé d’éclairs de violence qui tétanisent tant ils paraissent réalistes.

Le cinéaste sait créer une tension. Il sait aussi diriger ses acteurs : Jake Gyllenhaal et Michael Pena, loin d’être prisonniers des contraintes formelles, sont extraordinaires en flics ordinaires, ni héroïques ni lâches, ni parfaits ni pourris. Des agents en uniformes qui patrouillent toute la journée, et sont confrontés à ce que l’humanité fait de plus bas. Il y a des passages bouleversants dans ce faux docu, à commencer par la découverte de deux gamins attachés dans un placard par des parents défoncés.

Les deux flics révèlent peu à peu leurs fêlures, et leur humanité. Leurs virées nocturnes et diurnes n’en deviennent que plus tendues, et plus émouvantes…

• DVD chez Metropolitan, avec une poignée de scènes coupées et des commentaires audios du réalisateur.

Les derniers affranchis (Stand-up guys) – de Fisher Stevens – 2012

Posté : 7 novembre, 2013 @ 10:34 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, PACINO Al, STEVENS Fisher | Pas de commentaires »

Les derniers affranchis (Stand-up guys) – de Fisher Stevens – 2012 dans * Thrillers US (1980-…) les-derniers-affranchis

Voilà un film en demi-teinte, avec beaucoup de bonnes idées, mais aussi des limites qui apparaissent rapidement. Cette virée nocturne de vieux gangsters retirés qui se retrouvent vingt-huit ans après, à la sortie de prison de l’un d’eux, est l’occasion pour Al Pacino, Christopher Walken et Alan Arkin de jouer avec leur âge, sans chercher à s’embellir, mais sans apitoiement non plus.

Entre légèreté et nostalgie, filmé par l’ancien comédien moyen Fisher Stevens, ce baroud d’honneur de vieillards qui renouent avec la folie de leur jeunesse (« en mieux, parce que cette fois on en profite ») le temps d’une nuit qui doit être la dernière (l’un d’eux doit tuer l’autre au lever du jour) donne bien lieu à quelques moments de bravoure : deux-trois coups de feu, une poursuite en voiture, quelques coups de poings bien sentis… Mais l’essentiel est ailleurs : dans la relation de profonde amitié qui unit ces êtres trop habitués à vivre seuls.

Rien de grave ici : le ton est doux-amer, foncièrement léger. Sauf que c’est là que se trouve la principale limite du film : ’humour, globalement, tombe à plat, avec même quelques passages franchement gênants, comme ces vingt premières minutes qui tournent lourdement autour du priapisme d’un Pacino qui s’est bourré de pilules bleues. Pas vraiment drôle, mais vraiment embarrassant.

Mais le duo formé par Pacino (très en forme, mais sans en faire trop comme il en a un peu l’habitude ces dernières années) et Christopher Walken (qui lui ne fait rien, mais semble curieusement revivre derrière son visage fermé) fonctionne parfaitement, rejoints trop brièvement par Alan Arkin, réjouissant.

Ce qui fonctionne le mieux, c’est l’alchimie entre les personnages, et spécialement dans les séquences de déambulation nocturne. Là, côte à côte, ils n’ont besoin de rien dire pour être émouvants.

• Le film de Fisher Stevens n’a pas eu droit à une sortie cinéma, mais est disponible en DVD chez Metropolitan, avec une poignée d’interviews et de featurettes en bonus.

The Iceman (id.) – de Ariel Vromen – 2012

Posté : 6 novembre, 2013 @ 8:12 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, VROMEN Ariel | Pas de commentaires »

The Iceman (id.) – de Ariel Vromen – 2012 dans * Thrillers US (1980-…) the-iceman

Inspiré d’une histoire vraie, The Iceman raconte le parcours meurtrier d’un tueur à gages qui aurait tué plus de 100 personnes avant d’être arrêté, et de finir sa vie en prison. Un tueur qui tire son surnom (the iceman, donc) de l’habitude qu’il avait prise de congeler ses victimes pour brouiller le travail des médecins légistes. Mais ce surnom révèle aussi l’insensibilité absolue de ce type qui tue sans la moindre hésitation, simplement parce qu’il n’en a rien à foutre…

Cette particularité est à la fois la force du film, et sa faiblesse parfois. Surtout dans la première moitié, durant laquelle cette froideur, et l’enchaînement presque clinique des exécutions, finit par lasser et laisser de marbre. Surtout, l’amour total de cet homme pour sa famille passe au second plan, dans un premier temps, Vromen préférant se concentrer sur la mécanique du mal et sur l’omniprésence de la violence, jusqu’à frôler le trop-plein.

Heureusement, le scénario finit par trouver un bel équilibre entre les deux vies de Kuklinski, tueur inhumain et père de famille aimant et protecteur. Comme pour le Tony Curtis de L’Etrangleur de Boston, c’est cette effroyable contradiction qui rend le film aussi fort.

Mais Kuklinski, contrairement au tueur campé par Curtis, n’a pas tout à fait l’apparence d’un père de famille sans histoire. Michael Shannon, acteur exceptionnel capable de tout jouer avec une présence et une puissance hors du commun, souligne continuellement la brutalité et la détermination de son personnage.

A ses côtés, de beaux seconds rôles : Ray Liotta, Robert Davi, James Franco, David Schwimmer (oui, celui de Friends). Et surtout Winona Ryder, actrice magnifique qu’on est bien heureux de retrouver dans un rôle de premier plan, incarne avec perfection cette épouse dont on sent bien qu’elle n’est pas tout à fait dupe, mais qu’elle ne veut surtout pas se poser trop de question, au risque de perdre ce confort matériel et de voir le cocon familial exploser.

La fin du film est déchirante, malgré toutes les atrocités auxquelles on a assisté. Il y a quelque chose de bouleversant, et dérangeant en même temps, à voir cet homme incapable d’éprouver le moindre remords, ou cette femme arrachée brutalement à ses confortables illusions.

Ariel Vromen a porté ce film durant plusieurs années. On le sent, dans le soin apporté aux moindres détails, et surtout dans la reconstitution, soigneuse et crédible, des années 60 et 70.

• Blue ray chez Metropolitan, avec un documentaire promotionnel fait de témoignages des acteurs et du réalisateur, et une poignée de bandes annonces.

Etat de choc (Inhale) – de Baltasar Kormakur – 2010

Posté : 2 octobre, 2013 @ 9:40 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, KORMAKUR Baltasar | Pas de commentaires »

Etat de choc (Inhale) – de Baltasar Kormakur – 2010 dans * Thrillers US (1980-…) etat-de-choc

Révélé en tant qu’acteur par Illegal Traffic et en tant que réalisateur par son remake américain, Contrebande, Baltasar Kormakur s’est fait un nom en Europe et de l’autre côté de l’Atlantique avec des thrillers qui sont autant de prétextes pour prendre le pouls de sociétés qui ne vont pas bien.

Ce Etat de choc, production américaine sortie en toute discrétion chez nous, s’inscrit dans la même lignée, avec un sujet fort. Le héros est le père désespéré d’une fillette condamnée à mourir si on ne lui transplante pas très vite de nouveaux poumons. Mais devant la lenteur des procédures américaines, devant la longue liste d’attente de donneur, ce père honnête (mieux : il représente la loi, en tant que procureur) décide de franchir la frontière et de chercher des filières plus rapides au Mexique, en utilisant son argent.

On voit bien tout le potentiel dramatique que véhicule cette situation : le père de famille prêt à tout, qui plonge de plus en plus profondément dans une société gangrenée par la violence et la corruption, qu’il doit affronter pour sauver sa fille. Sur le plan formel, Kormakur se révèle efficace, à défaut d’être original : comme tous les films récents qui se déroulent dans un Mexique inquiétant, l’image est saturée d’un beige poussiéreux et étouffant, qui donne immédiatement le ton.

Mais c’est surtout sur le fond que le film impressionne : sur l’honnêteté avec laquelle le sujet est abordé. Car plus il s’enfonce dans cette violence dont il espère tirer la survie de sa fille, plus le père s’approche de la réalité, et réalise que le miracle qu’il espère n’est qu’une abomination.

Jusqu’à où un père est-il capable d’aller pour sauver son enfant ? Jusqu’à quel point peut-il remettre en cause tout ce en quoi il croit ? Le film n’apporte pas une réponse philosophique à ces questions, mais a le mérite de les poser frontalement, à travers ce personnage bouleversant interprété avec une grande retenue et une grande force par Dermot Mulroney.

Les seconds rôles (Diane Kruger en mère éplorée, Vincent Perez en médecin mystérieux, Sam Shepard en ami au lourd secret) sont bien fades, mais lui porte le film et le drame sur ses épaules. On n’est pas prêt d’oublier son regard éperdu face à l’impossible décision qu’il doit prendre dans la salle d’opération…

Infiltré (Snitch) – de Ric Roman Waugh – 2012

Posté : 6 septembre, 2013 @ 1:35 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, WAUGH Ric Roman | Pas de commentaires »

Infiltré (Snitch) – de Ric Roman Waugh - 2012 dans * Thrillers US (1980-…) infiltre

Aujourd’hui est un grand jour : celui où j’ai vu un bon film avec Dwayne Johnson. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la version junior de Schwarzie prend de l’envergure avec ce film noir fort bien troussé par un auteur-réalisateur venu je ne sais d’où, mais pas dénué de talent le bougre.

Grotesque et tellement lisse qu’il en devenait invisible dans G.I. Joe 2 et autres superproductions sans cervelle, Johnson révèle enfin qu’il a la carrure (normal, vues les épaules) pour un cinéma plus adulte.

Inspiré de faits réels (c’est écrit au générique), le film raconte le combat d’un père sans histoire, petit patron du BTP, pour sauver son fils qui encourt une longue peine de prison pour une bêtise de jeunes avec un pote dealer. Prêt à tout, il passe un marché avec le procureur, et accepte de jouer les infiltrés pour piéger des pontes du trafic de drogue.

Très réussi, le film privilégie la tension à l’action. Il y a bien quelques rares explosions de violence : une course poursuite avec un poids lourd, une fusillade dans les étroits couloirs d’une petite maison. Mais la violence y est sèche et brutale, rien de fun ici.

L’ex-The Rock est très émouvant dans le rôle de ce père acculé, qui plonge de plus en plus profond dans un milieu qu’il ne connaît pas, et dont on sent qu’il ne pourra plus jamais s’extirper. Mais l’ancien taulard (Jon Bernthal) que le père de famille entraîne malgré lui dans sa spirale infernale est plus intéressant encore : ancien trafiquant décidé à tout subir pour mener une vie de famille plutôt que de replonger, il a tout de l’anti-héros tragique qui donne de la consistance au film. Et qui pose la question du bien-fondé des actes du père.

Et puis les seconds rôles sont parfaits, de Susan Sarandon en procureur cynique, à Barry Pepper dont la longue barbichette met en valeur le regard mort de celui qui en a trop vu.

Ric Roman Waugh signe un bon petit noir comme on les aime, une bien belle surprise.

• Des featurettes spéciales promo accompagnent le blue ray du film, édité chez Metropolitan.

Le Verdict (The Verdict) – de Sidney Lumet – 1982

Posté : 7 août, 2013 @ 3:28 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, LUMET Sidney, NEWMAN Paul | Pas de commentaires »

Le Verdict (The Verdict) – de Sidney Lumet – 1982 dans * Thrillers US (1980-…) le-verdict

La justice est omniprésente dans l’œuvre de Lumet, qui a réussi tout au long de sa carrière à revenir régulièrement dans les salles d’audience tout en se renouvelant constamment. Loin du huis-clos de son premier film, 12 hommes en colère (deux des jurés, Jack Warden et Ed Binns, font d’ailleurs partie de la distribution de The Verdict), tourné vingt-cinq ans plus tôt, ce film passionnant co-écrit par David Mamet est le portrait d’un avocat raté et alcoolique qui semble tout droit sorti d’un roman noir.

C’est un rôle en or, que quelques grands noms ont pourtant refusé : Redford surtout, peu enclin à interpréter un type aussi peu séduisant que ce poivrot queutard et adepte de l’apitoiement sur soi-même. Paul Newman, son ancien complice de Butch Cassidy et de L’Arnaque, lui, n’a jamais eu peur d’abîmer son image. Et il livre ici l’une des grandes interprétations de sa carrière.

Fatigué et immature à la fois, Newman est grand, faisant de son personnage un vrai minable qui semble s’écœurer lui-même. On le découvre, avocat ayant perdu toute ambition, squattant les salons funéraires pour inciter les familles dans le deuil à l’engager pour poursuivre d’éventuels responsables. On le voit traîner sa médiocrité dans les bars, draguant et s’alcoolisant auprès de compagnons de beuverie dont il ne connaît sans doute même pas les noms.

Pour que ce type franchement méprisable se prenne enfin en main, il faudra la « rencontre » avec pire que lui : une jeune femme plongée dans un coma dont elle ne peut, elle, pas se sortir. Dès lors, le grand procès qui va suivre, où il jouera le rôle de David contre un Goliath tout puissant (l’Eglise), sera pour lui le seul chemin de la rédemption.

Jamais Lumet ne tombe dans la caricature ou dans la facilité. L’avocat joué par Newman ne devient pas un chevalier blanc, mais reste ancré dans sa solitude (malgré sa rencontre avec une charmante Charlotte Rampling) et son égoïsme. Cette croisade qu’il mène devant la justice, il l’a fait au moins autant pour lui-même que pour la victime, conscient qu’il s’agit là de sa dernière chance.

Face à lui, il retrouve un brillant avocat, à la tête d’un grand cabinet parfaitement organisé et respecté de tous. C’est James Mason (à qui il s’était déjà frotté dans Le Piège, dix ans plus tôt), l’exact inverse de ce que lui est devenu.
Lumet réussit sur tous les tableaux : dans le portrait de ce type qui s’est enfermé dans sa solitude, et dans la figure plus attendue du film de procès, genre à part entière du cinéma américain dont il respecte tous les codes avec une grande efficacité.

Un peu trop vite considéré comme un film mineur du cinéaste, Le Verdict est une grande réussite. Il vaut aussi le coup d’œil pour une curiosité : il s’agit de l’un des premiers films du jeune Bruce Willis. Pas encore révélé par la série télé Clair de Lune, l’apprenti comédien est l’un des figurants présents (longuement) dans le public de la salle de tribunal. Il n’est qu’une silhouette muette. Une quinzaine d’années plus tard, il retrouvera Newman dans Un homme presque parfait, de Robert Benton.

• Belle qualité d’image pour le blue ray « collector » édité chez Fox. Un bel objet riche en bonus (que je n’ai hélas pas pu visionner).

Dead Man Down (id.) – de Niels Arden Oplev – 2013

Posté : 7 août, 2013 @ 3:18 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, ACTION US (1980-…), OPLEV Niels Arden | Pas de commentaires »

Dead Man Down (id.) – de Niels Arden Oplev – 2013 dans * Thrillers US (1980-…) dead-man-down

L’affiche française du film est un pur produit marketing, qui surfe éhontément sur le succès de Millenium, le roman à succès de Stig Larsson : même code visuel, gros plan de Noomi Rapace, révélée par l’adaptation danoise du roman (tournée avant celle de David Fincher), et mise en avant du réalisateur Niels Arden Oplev, à qui on doit justement cette première adaptation.

Pourtant, le premier film américain du réalisateur danois est bien plus qu’un ersatz de son précédent film. Oplev s’empare du film de genre (en l’occurrence, le film noir et le film de vengeance), dont il respecte les règles tout en apportant un vrai souffle de fraîcheur.

Il y a d’abord une construction originale, qui fait confiance à l’intelligence et à la curiosité du spectateur. Qui est vraiment ce personnage d’homme de main interprété par Colin Farrel ? On ne le découvrira vraiment que longtemps après le début du film. Oplev laisse planer le mystère, et n’hésite pas à nous laisser dans l’incompréhension, par moments. Comme il ne nous aide pas à comprendre cette jeune femme défigurée (Noomi Rapace), qui vit chez sa mère un peu fofolle et un peu sourde (Isabelle Huppert, inattendue), et dont on ne sait jamais vraiment par quoi elle est animée.

C’est d’ailleurs l’une des grandes réussites du film : les beaux rapports entre le tueur au lourd secret et sa voisine défigurée, qui dépassent tous les poncifs. La romance qui pourrait les sauver est contrariée par leur rage à tous les deux, qui les poussent à être aussi inhumains que ceux qu’ils visent. Cette manière de décevoir constamment la romance potentielle donne au film un ton et une force rares.

Il y a aussi de vrais morceaux de bravoure dans le film, avec un suspense très solide (notamment lors d’une scène ébouriffante dans un immeuble dont notre héros tente de s’échapper), et une ultime séquence de fusillade qui ose franchir toutes les limites, y compris la vraisemblance de rigueur depuis le début du film (on peut quand même se demander où sont passés les flics, qui ne pointent pas le bout du nez dans ce quartier résidentiel dont une maison est transformée en zone de bataille).

Dead Man Down est l’un des meilleurs thrillers de ces dernières années.

• Le film vient de sortir en DVD chez Metropolitan Films, avec quelques featurettes promotionnelles.

Panic Room (id.) – de David Fincher – 2002

Posté : 4 juillet, 2013 @ 3:12 dans * Thrillers US (1980-…), 2000-2009, FINCHER David | Pas de commentaires »

Panic Room (id.) – de David Fincher – 2002 dans * Thrillers US (1980-…) panic-room

Au choix, Panic Room est le film le plus virtuose, ou le plus vain, de David Fincher. Les deux qualificatifs vont de pair, pour ce thriller qui est, sur le papier au moins, et de loin, le film le moins ambitieux du réalisateur de Seven, Zodiac ou Social Network. Jugez plutôt : une mère fraîchement divorcée et sa fille adolescente emménagent dans une énorme maison de Manhattan, dotée d’une « panic room », une chambre forte inviolable qui permet aux habitants de se mettre à l’abri en cas de menace ou d’intrusion. Devinez quoi : la première nuit, trois intrus pénètrent dans la maison.

Rien de plus : juste un thriller en huis clos, une histoire que Hitchcock aurait sans doute beaucoup aimée. Les clins d’œil au maître du suspense sont d’ailleurs omniprésents. Plus ou moins évidents, mais bel et bien présents : la maison tout en verticalité qui évoque Psychose, les deux héroïnes cloîtrées qui observent la menace par écrans interposés qui cite Fenêtre sur cour, l’utilisation du faux plan séquence qui ne peut pas ne pas faire penser à La Corde

La démarche de Fincher, d’ailleurs, ressemble beaucoup à celle d’Hitchcock dans nombre de ses films : comment s’emparer d’un sujet banal et pas franchement passionnant, et le transcender par la seule grâce de la mise en scène. Fincher semble ainsi n’avoir choisi ce sujet que pour le plaisir de jouer avec toutes les possibilités d’un décor unique (à l’exception de l’introduction et de la conclusion du film) : cette maison sur quatre niveaux qui lui inspire des mouvements de caméra verticaux et horizontaux pensés au millimètre.

Trop peut-être : c’est en tout cas l’impression tenace qui me restait de la sortie en salles. Le fameux plan impossible, où la caméra semblait traverser les entresols, les barreaux des escaliers, et même passer à travers l’anse d’une cafetière, m’avait paru le comble du tape-à-l’œil inutile et grotesque. Avec le recul, et une dizaine d’années plus tard, me voilà plus nuancé. Il y a certes un côté virtuose gratuit dans ces vastes plans séquences inimaginables sans le numérique. Mais Fincher donne aussi l’impression de justifier avec intelligence l’utilisation des effets spéciaux : des outils qui permettent de se débarrasser des contraintes purement physiques pour permettre la réalisation des plans parfaits, ceux qui conviennent le mieux à la scène présente.

Parce que le moindre mouvement de caméra, le moindre plan de coupe… Tout est ici au service du suspense et de l’impression d’étouffement et de menace qui pèse sur les personnages de Jodie Foster (parfaite, dans un rôle prévu à l’origine pour Nicole Kidman) et de sa fille. Comme dans The Game, autre film mal aimé de Fincher, la virtuosité du cinéaste est totalement destinée au plaisir du spectateur, plaisir basé sur la manipulation et sur la perception. Des thèmes décidément très hitchcociens…

Passion (id.) – de Brian De Palma – 2012

Posté : 2 juillet, 2013 @ 5:24 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, DE PALMA Brian | Pas de commentaires »

Passion (id.) - de Brian De Palma - 2012 dans * Thrillers US (1980-…) passion

Cinq ans après Redacted, De Palma revient à un cinéma plus expérimental et apparemment plus personnel, avec ce remake du dernier film d’Alain Corneau (Crime d’amour), co-production européenne où le cinéaste, loin de Hollywood et des contraintes qui avaient plombé son Dahlia Noir, retrouve la liberté qui était la sienne à la fin des années 70 ou au début des années 80. On le sent aussi cynique et sincère qu’à ses grandes heures.

Même si le film souffre trop souvent de son vernis glacial, à l’image de Rachel McAdams, qui n’a que l’apparence des blondes hitchcockiennes, pulpeuses et glamour, qui ont visiblement inspiré le personnage, De Palma retrouve la fraîcheur d’un jeune cinéaste, et ça fait du bien après une décennie pour le moins en demi-teinte.

La référence à Hitchcock est incontournable, une fois encore. Ce qui a toujours été un bon signe dans le cinéma de Da Palma, jamais aussi inspiré, et en liberté, que quand il se réfère à son maître. Et dans cet exercice si périlleux du remake, c’est ses propres imperfections qu’il semble vouloir réparer, et pas celles du film de Corneau : celles de ses précédentes réalisations, pas franchement abouties. Passion évoque ainsi, à tour de rôle, Le Dahlia Noir et Femme fatale, deux films malades.

Dans ce qui ressemble à un film de commande, De Palma renoue avec la veine de ses films du tournant des années 80, où le sexe, l’envie, la frustration, le voyeurisme et les faux-semblants étaient au centre de tout. Pas un retour en arrière pour autant : Passion est un film résolument moderne. Par l’utilisation des nouvelles technologies (on est dans le monde de la publicité et de l’audiovisuel), et par la peinture du monde impitoyable de l’entreprise (on est dans le monde de la publicité et de l’audiovisuel).

La première heure se concentre sur cet univers, qu’on a rarement vu aussi cruel. Le face-à-face entre Rachel McAdams et Noomi Rapace est un sommet du cynisme et de l’hypocrisie modernes : une vision absolument glaçantes de l’ambition à tout prix.

Bien sûr, il y a un meurtre. Mais à partie de ce moment précis, le film n’est plus qu’un jeu franchement réjouissant sur les faux-semblants et la manipulation. Le style même de De Palma change : jusqu’alors entièrement dédié au face-à-face entre ses deux actrices, il laisse sa caméra s’emballer, les plans se désaxer…

De Palma, comme dans ses plus brillants exercices de style (Snake Eyes, Pulsions…), s’amuse à nous manipuler, tout en ne nous cachant rien de ce qu’il y a à voir. Il ne triche pas, mais se livre à un jeu un rien sadique sur la perception. En grand maître de l’image (comme Hitchcock avant lui), il joue avec nos peurs et nos sentiments, par la seule force de sa mise en scène.

On sort de cette dernière partie à bout de souffle et exsangue, conscient d’avoir été une nouvelle fois manipulé par un maître du genre, et pressé de remettre ça…

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