Play it again, Sam

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Archive pour la catégorie '* Thrillers US (1980-…)'

Black Rain (id.) – de Ridley Scott – 1989

Posté : 8 juin, 2019 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, SCOTT Ridley | Pas de commentaires »

Black Rain

C’était quand même très bien, le cinéma de Ridley Scott, avant que le gars ne prenne le melon. Aujourd’hui, je suis tout surpris quand, par hasard, je tombe sur l’un de ses films qui me procure un vrai plaisir (Seul sur Mars). Il y a quelques décennies de ça, il enchaînait les films mémorables avec une envie de cinéma qui emportait systématiquement l’adhésion. C’est le cas avec ce polar presque banal sur le papier, mais totalement réjouissant.

Pour le coup, Scott se la joue presque humble, même, revendiquant ouvertement la parenté de son film avec Yakuza, que Sydney Pollack a réalisé quinze ans plus tôt, et dont il reprend l’un des acteurs principaux, Ken Takakura, dans un rôle comparable. Il y joue un policier japonais chargé de chaperonner deux flics américains qui ont laissé échapper le dangereux prisonnier qu’ils escortaient, joués par Michael Douglas (tout juste oscarisé pour Wall Street) et Andy Garcia (qui n’allait pas tarder à connaître l’apogée de sa carrière avec Le Parrain 3).

Pourtant, c’est à un film d’un tout autre genre que Black Rain fait furieusement penser : à Blade Runner, le chef d’œuvre de Ridley Scott, dont ce polar nerveux reprend en partie l’esthétique, et la vision de la mégalopole absolue que représente ici Tokyo. Sept ans après, c’est comme si Scott imaginait une sorte de prolongement de son classique de la SF dans l’univers du polar contemporain.

C’est esthétisant à souhait, avec ses néons omniprésents et ses volutes de fumée. Mais loin de se cantonner à un exercice de style qui aurait pu être vain, ce mélange des genres s’avère fascinant, et d’une efficacité redoutable. Ces images envoûtantes et parfois presque irréelles soulignent parfaitement le sentiment que ces deux flics sont des intrus dans cette société japonaise dont ils n’ont ni les manières, ni les codes.

Cette confrontation des cultures n’a rien de nouveau. De French Connection 2 à L’Année du Dragon, le polar est même un genre idéal pour développer ce thème. Mais il y a derrière l’esthétisation extrême du cinéaste une efficacité absolument imparable, qui éclate lors d’une séquence particulièrement tendue – et traumatisante – de mise à mort dans les couloirs déserts d’un centre commercial.

Black Rain est un pur polar, rien de plus au fond. Et cette modestie sied parfaitement à un Ridley Scott, jamais aussi bon que lorsqu’il s’attaque au film de genre, sans chercher à réaliser son grand-œuvre définitif. Le film est d’ailleurs souvent oublié lorsqu’on évoque sa filmographie. Injustement : Black Rain fait partie de ses plus grandes réussites.

Trois enterrements (The Three Burials of Melquiades Estrada) – de Tommy Lee Jones – 2005

Posté : 7 juin, 2019 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2000-2009, JONES Tommy Lee, WESTERNS | Pas de commentaires »

Trois enterrements

Tommy Lee Jones passe derrière la caméra, et il signe un film à son image. Brut, humaniste, sombre, et terriblement Américain. Un film formidable, en fait, qui n’aurait pu être tourné par personne d’autre, et nulle part ailleurs. Ce qui, en soit, est un sacré compliment. Rajoutons en un autre : Tommy Lee Jones, acteur central de son film, est absolument formidable. Il a d’ailleurs obtenu le prix d’interprétation à Cannes pour ce rôle. Mérité.

Le voilà donc en vieux cow-boy (contemporain) qui kidnappe le policier des frontières qui a tué (par accident) son ami mexicain. Le duo improbable déterre la victime, histoire de lui faire passer la frontière, de l’enterrer dans le village où il a laissé sa famille, et possiblement de venger la mort de ce type bien. Et c’est un mouvement lent et terrible qui se met en branle, à travers des paysages désolés, croisant des êtres comme en suspens entre la vie et la mort.

Pour son premier film, Jones ne choisit pas le côté glamour du film de genre. Son étrange western moderne est une sorte de récit initiatique, de long voyage dans le tréfonds des âmes de ses personnages. Un voyage à la construction savante, plein d’allers-retours temporels et géographiques (sur un scénario également récompensé à Cannes). L’acteur et réalisateur est formidable, donc. Mais il lui fallait aussi un contrepoint à la hauteur, et Barry Pepper se révèle exceptionnel, sale type pathétique et détestable, que l’on se prend à prendre en pitié tant il tombe bas.

Cette frontière mexicano-américaine, Jones en fait d’ailleurs une sorte de purgatoire, pour des êtres sans perspective. La (belle) femme du policier-tueur se livre à la seule amie qu’elle a pu se faire dans ces contrées hostiles, où les rares femmes sont des versions monstrueuses et désespérément seules d’elle-même : « Nous étions tous les deux très populaires au lycée. » Une simple phrase qui sonne tragiquement dans la réalité du moment.

Les femmes sont le plus souvent en retrait dans cette histoire, mais Jones ne les sacrifie pas pour autant, soulignant justement leur côté sacrificiel, annonçant ainsi le thème central de son second film, The Homesman. Deux films seulement, et déjà un univers d’une extrême cohérence. Et d’une extrême noirceur, même s’il y a dans cet opus inaugural un certain espoir, une certaine foi. Pas en un monde meilleur sans doute, mais au moins à la possibilité d’une pénitence.

Les Anges de la nuit (State of Grace) – de Phil Joanou – 1990

Posté : 1 juin, 2019 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, JOANOU Phil | Pas de commentaires »

Les Anges de la nuit

Voilà un film qui porte bien son titre : le réalisateur Phil Joanou est en état de grâce lorsqu’il signe ce polar noir et tragique, qui annonce d’une certaine manière les grandes œuvres à venir d’un James Gray. Les carrières ne sont pas les mêmes : là où Gray enchaînera les chefs d’œuvres, Joanou reste l’auteur d’un film, grand mais sans suite hélas (Joanou tournera encore quelques films moins réussis, mais se tournera surtout vers les séries télé).

Il n’y a pourtant pas grand-chose à jeter dans ce film âpre et violent, véritable tragédie urbaine. La dernière séquence est sans doute en deçà, quelque peu parasitée par des ralentis très John-Woo-iens (son influence commence à se faire sentir, à cette époque à Hollywood) qui diluent l’émotion quand elle devrait être à son apogée. Et la musique de Morricone est peut-être un rien trop démonstrative. OK.

Mais ces quelques bémols mis à part, Joanou flirte avec le sans-faute, avec cette histoire de famille très shakespearienne. Et avec un casting magnifique. Sean Penn en tête, ancien délinquant qui revient dans son quartier de Hell’s Kitchen après douze ans d’absence et retrouve ses amis d’enfance : Gary Oldman en paumé taré, sa sœur Robin Wright qui tente d’échapper à la violence et dont Penn est raide dingue, et leur frère Ed Harris devenu caïd glacial.

Il est question de fraternité, d’amitié, d’amour, de fidélité, et de trahison. Parce que Sean Penn n’est pas celui que l’on croit, et que son retour au bercail sera nettement plus violent que ce qu’il imaginait, dans ce quartier qu’il reconnaît à peine, où les manières sont devenues plus importantes que l’honneur. Où on reproche à un homme de faire tomber des miettes tout en lui demandant de tuer un ami d’enfance.

Phil Joanou ne révolutionne pas le genre : son film est emprunt d’influences prestigieuses, celles de Scorsese et Coppola notamment. Mais il donne un rythme implacable et crée une atmosphère de plus en plus étouffante, utilisant parfaitement les décors new-yorkais pour accentuer le malaise grandissant de son personnage principal. Dans State of Grace, filmé constamment à hauteur d’homme, la violence est omniprésente, implacable. Le film est tragique, et très beau.

 

La Mule (The Mule) – de Clint Eastwood – 2018

Posté : 9 février, 2019 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, EASTWOOD Clint (acteur), EASTWOOD Clint (réal.) | Pas de commentaires »

La Mule

Il aura donc attendu dix ans avant de revenir devant sa propre caméra, pour ce qui restera sans doute un ultime baroud d’honneur ? Allez savoir… Dix ans durant lesquels Eastwood aura enchaîné les films, parfois pour le meilleur, parfois moins, à l’image de ses derniers films : Sully dans la première catégorie, Le 15h17 pour Paris dans la seconde. Dix ans aussi durant lesquels ses plus grands admirateurs espéraient qu’il renonce à son renoncement d’acteur.

Eastwood cinéaste, c’est (presque) toujours l’assurance d’un film intéressant (au minimum). Eastwood cinéaste ET acteur, eh bien c’est un genre en soit, tant il a su, et depuis longtemps, filmer son propre vieillissement de la manière la plus fascinante qui soit. De Honkytonk Man à Gran Torino en passant par Impitoyable, Les Pleins Pouvoirs, Space Cowboys ou Million Dollar Baby, Eastwood prend un malin plaisir à mettre en scène sa décrépitude, lui qui affiche pourtant, à 88 ans, une santé et une forme hallucinantes.

C’est une nouvelle fois le cœur de La Mule, beau film qui ne vaut sans doute que parce qu’il est eastwoodien. Bradley Cooper, qu’il retrouve après American Sniper, raconte amusé comment Clint s’est inspiré de son grand-père pour « jouer les vieux » de manière crédible, adoptant une démarche hésitante et grognant ses dialogues comme s’il avait du mal à articuler. Il n’y a sans doute que lui pour (à 88 ans, je le rappelle une dernière fois) décider de se vieillir comme ça…

Le résultat : un plaisir évident de renouer avec la comédie (notamment lors de l’une de ces pauses qu’il a toujours aimé glisser dans ses films, ou son personnage rencontre le flic qui le traque), une manière toute en gourmandise d’incarner ce type jouisseur qui ne pense qu’à profiter de la vie telle qu’elle se présente, s’amusant du politiquement correct lorsqu’il vient en aide à des « nègres » dont il rit sans arrière pensée lorsqu’ils lui font remarquer qu’ils sont juste « des personnes ». Un type qui n’a plus l’âge de parler avec des filtres (« mais je ne me souviens pas avoir jamais eu de filtre », précise-t-il), et dont la liberté a quelque chose de beau et émouvant.

Comme un paradis perdu, même : sa manière de parler aux « nègres », ou aux « lesbiennes à motos », marque moins pour la rudesse très impolitiquement correcte pour le coup, que pour son naturel absolu, au-delà de toute ébauche de jugement moral. Ça n’a l’air de rien, mais c’est presque révolutionnaire aujourd’hui, cette liberté de ton du type qui ne se demande pas si ses propos ne vont pas être mal compris. Peut-être est-ce l’âge, ou le sourire désarmant, mais il peut tout dire, l’empathie transparaît constamment.

Plein de grands moments d’une légèreté étonnante, La Mule n’est pas une comédie pour autant. Inspiré d’une histoire vraie, celle d’un nonagénaire qui est devenu le principal transporteur de drogue d’un cartel mexicain, le film permet aussi à Clint Eastwood de livrer une interprétation toute en nuances, et sans doute très personnelle. Car cet homme jouisseur réalise à l’aube de sa vie qu’il a sacrifié l’essentiel à son travail (il est horticulteur, passionné par les fleurs qui ne s’épanouissent qu’une journée, tout un symbole) : sa famille.

Confier le rôle de sa fille à sa propre fille, Alison, renforce le sentiment que Clint Eastwood se livre dans ce film, comme rarement auparavant. Se serait-il reconnu dans ce personnage d’Earl Stone, séducteur impénitent, homme à femmes, qui a passé plus de temps avec ses fleurs qu’avec ses proches ? Eastwood est en tout cas presque de chaque scène, et son film sonne à la fois comme un retour aux sources et comme une belle méditation sur l’importance de réussir la fin de sa vie.

La fin de son film est en cela particulièrement belle. En paix avec lui-même, ayant réglé ses comptes avec son passé, retrouvant l’essentiel, et près à profiter du présent en regardant un peu vers l’avenir. « Il n’y a qu’à 99 ans qu’on veut être centenaire. »

Dead again (id.) – de Kenneth Branagh – 1991

Posté : 3 février, 2019 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, BRANAGH Kenneth, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Dead Again

Des ciseaux meurtriers, une femme amnésique, des réminiscences d’une autre vie, un privé fasciné par une femme pleine de mystères… Oui, Branagh lorgne très ouvertement du côté d’Hitchcock pour son deuxième film, assez loin (encore que) de l’univers shakespearien dont il ne sort que rarement en cette première partie de carrière.

Il y a donc du Sueurs froides, du Crime était presque parfait, du … Docteur Edwardes dans ce thriller à travers le temps, histoire d’amour, de meurtre et de réincarnation qui a ceci de quasiment unique dans la filmographie de Branagh : il s’agit d’une histoire originale. Le gars a tellement été acclamé dès son premier film (Henry V) que ce simple constat paraît étonnant, il est pourtant vrai : les films qu’il a réalisés d’après une histoire et des personnages originaux se comptent sur les doigts d’une main de lépreux.

Entre ses adaptations shakespeariennes, ses remakes (de Frankenstein au Crime de l’Orient Express) et ses incursions dans le joli monde moderne des univers étendus (de Disney à Marvel), Branagh s’est presque toujours glissé dans des univers qui n’étaient pas les siens. Parfois avec bonheur, parfois moins. Disons le clairement : Dead again est sans doute son meilleur film, de quoi faire regretter que le talentueux British n’ait pas plus souvent fait confiance à son talent original…

Même si, encore une fois, Dead again est, du début à la fin, un hommage au cinéma d’Hitchcock. Branagh signe là un film assez brillant et très retors, à la fois très marqué par son époque (par toujours pour le meilleur, avec un final limite grand-guignol et généreux en ralentis typique de ce début des années 90, qui évoque d’ailleurs plus les copies de Brian De Palma que Hitchcock lui-même), et intemporel. Le film marque notamment pour la manière dont Branagh met en scène les deux époques de son histoire, la fin des années 40 et l’époque contemporaine.

Le rythme, le cadre, le jeu des acteurs (les mêmes, pourtant : Emma Thompson et Kenneth Branagh, très beau couple), tout est légèrement différent (sans même mentionner l’utilisation du noir et blanc et de la couleur), tout en donnant l’impression tenace que les deux époques se répondent constamment. C’est ce qui fait la réussite du film (l’intrigue en elle-même, efficace, n’a rien d’exceptionnel), ainsi que le jeu des acteurs, avec des seconds rôles parfaits, d’Andy Garcia à Robin Williams en passant par Hanna Schygulla et Derek Jacobi.

Get Carter (id.) – de Stephen T. Kay – 2000

Posté : 26 janvier, 2019 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2000-2009, KAY Stephen T., STALLONE Sylvester | Pas de commentaires »

Get Carter

Je ne dis pas que ce film est bon, ni même qu’il y a quelque chose à y sauver. A vrai dire, je serais tenté de dire l’inverse : si, sur le principe, on peut trouver une certaine excitation à voir Stallone dans un remake de ce petit classique hard boiled des seventies, tous les parti-pris sont simplement catastrophiques.

Bref, je ne dis pas que Get Carter est réussi, je dis juste qu’il est un maillon incontournable si on veut appréhender correctement la carrière hors normes de Stallone. Je ne dis d’ailleurs pas qu’il faut l’appréhender correctement. Juste que j’en ai envie.

Après les échecs (injustes, comme j’ai déjà eu l’occasion de l’écrire) de Daylight et Copland, Stallone sait qu’il doit se renouveler. Il le croit, en tout cas : quelques années plus tard, c’est en revenant à ses personnages fétiches qu’il finira par sortir de l’ornière. Son inspiration, en l’occurrence, est assez évidente : c’est du côté du Payback avec Mel Gibson que Stallone lorgne. Pourquoi pas.

Sauf que le film est aussi indispensable pour comprendre une bonne fois pour toutes l’importance d’un réalisateur aux commandes d’un film. Zooms utilisés à l’excès, plans désaxés, montage syncopé… Tout l’attirail lourdingue du réalisateur de bouses est réuni pour faire de ce film… eh bien une bouse. Ajoutez des dialogues lourdingues (« still pretty ? – yeah, like cat pee on the snow »).

Qu’est-ce qu’il reste ? Ben pas grand-chose. Pour l’anecdote : juste les retrouvailles de Stallone et Michael Caine, le Carter original qui avait autrement plus de classe, vingt ans après s’être donnés la réplique dans A nous la victoire, devant la caméra de John Huston. Ce n’était peut-être pas un chef d’œuvre, mais c’est un peu plus glorieux sur un CV.

Blue Velvet (id.) – de David Lynch – 1986

Posté : 14 novembre, 2018 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, LYNCH David | Pas de commentaires »

Blue Velvet

Un rideau rouge inquiétant, des musiques envoûtantes jouées dans des bars interlopes, une jeunesse apparemment tranquille qui cache des tourments secrets, l’imagerie d’une Amérique presque fantasmée héritée des glorieuses fifties, le bitume qui défile dans la nuit… Blue Velvet est le film qui révèle définitivement les plus grandes obsessions de David Lynch. Après Elephant Man et Dune, ce film très personnel annonce les grands chefs d’œuvre, de Twin Peaks (la série)… à Twin Peaks (le retour).

Revoir ce film fondateur après le choc énorme qu’a provoqué le sublime retour de la série phénoménale de Lynch (j’ai décidément envie de multiplier les superlatifs dès que j’évoque Twin Peaks) a quelque chose de troublant. Comment ne pas penser à Cooper et Diane en voyant Kyle McLachlan et Laura Dern s’enlacer. Mais trente ans plus tôt, les deux acteurs semblent à peine sortis de l’adolescence.

Avant la période des grands chefs d’œuvre, donc, Blue Velvet étonne a posteriori par la linéarité de son scénario. Mais cette simplicité n’est qu’un trompe l’œil : le malaise vient justement de quantités de détails qui ne paraissent pas à leur place. Un rideau qui vole, une chanson qui revient comme un mantra, l’image étonnante de cette famille fantasmée à la fin du film, sans même mentionner une oreille coupée dans un terrain vague…

Le malaise vient aussi des réactions inattendus, de caractères déviants. Isabella Rossellini est bien barrée dans son rôle de victime qui se transforme lors d’une scène hallucinante en bourreau hyper sexuée. Quant à Dennis Hopper, il est carrément ravagé, en psychopathe qui se dope à l’oxygène et qui souffre d’un sérieux complexe d’Œdipe. Comment voulez-vous que ce type ait pu jouer autre chose que des mecs dangereux après ça ?

Blue Velvet est parsemé de moments envoûtants. Porté aussi par la présence jamais si anodine de McLachlan, qui excelle à jouer les types pas si transparents. Et toutes les obsessions de Lynch sont là. Mais le cinéaste ira nettement plus loin, et avec une maîtrise de plus en plus affirmée qui lui permettra de s’affranchir chaque fois d’avantage des codes du récit cinématographique.

BlacKkKlansman (id.) – de Spike Lee – 2018

Posté : 29 octobre, 2018 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, LEE Spike | Pas de commentaires »

BlacKkKlansman

Spike Lee fait une (presque) entrée bien tardive sur ce blog. Après huit ans d’activité intense, à voir et commenter quelques centaines de films (c’est pour vous que je m’astreins à un tel labeur), il n’y figurait jusqu’à présent que pour un documentaire consacré aux 25 ans de l’album Bad de Michael Jackson. Excellent docu, d’ailleurs. Mais c’est dire à quel point je suis passé à côté de ses derniers films, moi qui avait tellement aimé Summer of Sam, et surtout La 25e heure, pour n’en citer que deux.

Eh bien nos retrouvailles sont particulièrement chaleureuses, et c’est avec beaucoup de plaisir que je me suis replongé dans l’univers du Spike. Toujours en colère, toujours cynique, toujours engagé, bien sûr. Avec la même volonté de bousculer et de confronter l’Amérique à ses travers. Les dernières minutes du film, images d’actualité montrant les dramatiques événements de Charlottesville, avec un montage particulièrement incisif.

Ce drame (une jeune fille écrasée par un militant d’extrême droite lors d’une manifestation) s’est produit après le tournage du film. La décision de Lee d’en inclure des images à la fin de son film, avec l’accord de la famille de la victime, donne une résonance particulière à cette histoire, tirée du récit autobiographique d’un jeune policier noir ayant infiltré le Ku Klux Klan dans les années 70. Parce que si l’intrigue se déroule avant la réélection de Nixon, dont on voit des affiches de campagne, Lee ne parle en fait que de l’Amérique de Trump.

Le réalisateur revient presque inchangé, mais à quelques nuances près quand même. L’humour qu’il insuffle n’est pas nouveau : c’était même l’une des marques de fabrique de ses premiers films. Mais la colère que l’on retrouve est nettement plus nuancée que par le passé. Et l’ironie se fait plus mordante. Bien sûr, les néonazis sont des salauds irrécupérables. Mais Lee ose faire des graduations dans l’abject, et rendre le responsable local du KKK presque sympathique par moment, en regard en tout cas de son bras droit totalement malade.

D’ailleurs, le KKK est aussi grotesque que dangereux, devant la caméra de Lee. Et la plus grande victoire de ces flics noir et blanc, interprétés par John David Washington et Adam Driver, n’est pas tant d’avoir déjoué un attentat que d’avoir ridiculisé le grand manitou du Klan. Et les salauds sont des clowns morbides destinés à l’implosion (au sens propre comme au sens figuré).

Derrière le polar, derrière la comédie aussi, le film tente de répondre à une question simple : comment en est-on arrivé là ? Qui est responsable ? Les racistes bien sûr, mais pas seulement : blancs, noirs… tout le monde a laissé pourrir la situation. « Si on continue comme ça, ils finiront par prendre le pouvoir », prédit même un (bon) flic blanc au héros noir incrédule, annonçant l’élection de Trump.

Pas manichéen pour deux sous, pour le coup, Spike Lee n’épargne vraiment personne quant à la responsabilité de cette Amérique si fractionnée de 2018. Avec un raccourci peut-être un peu rapide, mais surtout fulgurant et cinglant, il en attribue le germe au développement de la culture de masse, et plus précisément à Naissance d’une Nation, premier blockbuster de l’histoire, dont la vision héroïque et romantique du KKK a permis au Klan de connaître une nouvelle vigueur. Et au racisme de prendre une nouvelle forme, latente, et durable.

Malin, bien vu et terriblement désenchanté. Ah oui, en plus c’est un film de genre assez formidable, mené à un rythme d’enfer. Et avec deux acteurs au top : l’excellent Adam Driver, et John David Washington. Le fils de Denzel, qui fut Malcolm X pour Spike Lee, est la révélation du film. Et c’est tout un symbole.

Bad Lieutenant (id.) – d’Abel Ferrara – 1992

Posté : 24 avril, 2018 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, FERRARA Abel | Pas de commentaires »

Bad Lieutenant

Il y en a qui aiment les héros, d’autres les losers, certains préfèrent les romantiques, d’autres encore les cyniques. Le cinéma de Ferrara, lui, est peuplé d’authentiques paumés, d’ordures, de ratés, de violents minables. Bref, des laissés pour compte de l’humanité, pour ne pas dire des rebus.

Bad Lieutenant est peut-être le plus hallucinant de ses films, le plus radical, et en même temps le plus tenu. Celui de ses films qui montre de la manière la plus brute et frontale le naufrage absolu et sans secours possible d’un homme trop faible pour surnager, pour choisir la bonne voie.

Le constat est d’autant plus radical que le type en question est un flic, qu’il a une chouette famille, et qu’il vit dans un pavillon simple mais accueillant. C’est Harvey Keitel, extraordinaire en ripoux minable et dopé par tous les pores de son corps, dont la descente aux enfers est marquée par des scènes de piqûre, de sniffe, de fumette… Comme si tout ce qu’il pouvait attendre de son existence était de faire le tour des différents moyens de se droguer.

Ferrara filme ça avec un réalisme qui bouscule, sans le moindre romantisme bien sûr. Et il fallait un acteur de la trempe de Keitel, au sommet, pour se laisser entraîner dans ce voyage si absolu et si autodestructeur. A l’époque, il enchaînait les rôles marquants, chez Jane Campion (La Leçon de Piano) comme chez Tarantino (Reservoir Dogs). Celui-ci est sans doute le plus extrême et le plus fort.

Il est question de rédemption pourtant, et la religion est omniprésente : le viol d’une religieuse trop belle et trop pure, et le pardon que cette dernière accorde immédiatement à ses agresseurs, conduisent le « bad lieutenant » vers une prise de conscience. Mais si la rédemption est possible, l’espoir, lui, n’existe pas : le rapport à la foi, si important soit-il, ne fait que confronter le personnage à ses échecs et à ses actes minables.

La descente aux enfers est brutale, et Ferrara n’accorde aucune circonstance atténuante à son personnage. Pourtant, on sent une certaine tendresse pour lui, pour ce type qui, finalement, forme un tout avec ce New York des paumés et des dopés dont il est devenu l’un des éléments. D’ailleurs, lorsqu’il se décide enfin à se racheter, c’est en offrant un aller simple à deux types entraînés dans la même spirale que lui.

Les Joueurs (Rounders) – de John Dahl – 1998

Posté : 4 avril, 2018 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, DAHL John | Pas de commentaires »

Les Joueurs

Avant de devenir réalisateur de séries TV, John Dahl fut un bel espoir du cinéma de genre américain. Ses trois premiers films (Kill me again, Red Rock West et Last Seduction), surtout, firent de lui un séduisant héritier des grands maîtres du film noir classique, avec leurs anti-héros champions de la lose et leurs femmes fatales. Avec Les Joueurs, Dahl s’attaque à une autre figure cinématographique purement américaine : le joueur de poker. Sans apporter grand-chose à un motif qui, lui, n’a jamais quitté le grand écran.

Il y a quelque chose d’évidemment très cinégénique dans le poker, y compris lorsqu’on n’y comprend pas grand-chose : le jeu de dupes, les retournements de situation, le suspense omniprésent… Pas difficile d’utiliser le jeu comme un ressors dramatique efficace. D’ailleurs, plus d’un film médiocre a été sauvé par ces scènes de poker qui, comme une scène de montagne par exemple, assure un moment de tension facile dans le pire des cas.

John Dahl n’apporte rien à la manière de filmer le poker. Moins virtuose que le Curtis Hanson de Lucky You, il signe toutefois une mise en scène classique et très efficace. Ses personnages aussi sont classiques et efficaces : le duo Matt Damon – Edward Norton surtout, qui semblent tout droit sortis d’un film des années 40. On peut quand même avoir quelques réserves face au cabotinage de John Turturro, et surtout de John Malokovich, à qui il faudrait une bonne fois pour toutes arrêter de dire qu’il est génial : depuis qu’on lui répète, il a fini par s’en convaincre.

N’empêche, on suit ça avec un certain plaisir, tout en ayant toujours conscience d’être en terrain connu, avec zéro surprise. D’ailleurs, in fine, on comprend que le scénario n’existe que pour la séquence finale. Toute l’histoire ne servait qu’à nous conduire vers cette partie durant laquelle Matt Damon joue littéralement pour sa vie. Partie réjouissante, mais étonnamment dépourvue de suspense, pourtant…

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