Play it again, Sam

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Archive pour la catégorie '* Thrillers US (1980-…)'

Wind River (id.) – de Taylor Sheridan – 2017

Posté : 7 novembre, 2017 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, SHERIDAN Taylor | Pas de commentaires »

Wind River

C’est aussi efficace que Le Silence des Agneaux, et aussi bouleversant que Manchester by the Sea… Bref, c’est un film formidable que réussit le scénariste Taylor Sheridan pour son dépucelage derrière la caméra: à la fois un très beau film engagé sur l’injustice dont est toujours victime la minorité des Amérindiens, un film déchirant sur la filiation et la perte d’un enfant, et un grand, un très grand thriller.

Avec ce film, le scénariste de Sicario et Comancheria conclut sa trilogie consacrée à la “frontière américaine moderne”. En l’occurrence, cette frontière-là se situe au cœur des Etats-Unis: dans le Wyoming, l’état le moins peuplé, dominé par une nature à la fois belle et hostile. Et cette nature joue effectivement un rôle central, à la fois cadre omniprésent et dévorant de l’histoire, antagoniste admiré ou haï des personnages, et déclencheur du drame qui se joue.

Le film adopte constamment le rythme imposé par cette nature recouverte de neige: la précipitation n’y a pas sa place, les sons sont feutrés, et tout avance avec une certaine lenteur et une difficulté que la caméra de Sheridan rend constamment palpable, fascinante et presque étouffante par moments.

Il y a ceux qui savent s’y mouvoir: les “natifs” bien sûr (comme Graham Greene, beau clin d’œil à son rôle de Danse Avec les Loups) ou Jeremy Renner, formidable en chasseur en quête de paix. Et il y a les autres, que ces vastes étendues désertes obligent à se confronter à leurs propres démons. Parmi ceux-là, il y a les méchants (dont on ne dira rien ici), et il y a cette très jeune agent du FBI (Elizabeth Olsen, également formidable) qui semble à peine sortir de l’enfance, mais trimbale déjà un regard étonnamment dur, et qui forme un tandem improbable avec Jeremy Renner.

Voilà qui aurait pu tourner au traditionnel buddy movie, source d’engueulades ou de gags c’est au choix. Mais Taylor Sheridan a la bonne idée de ne jamais jouer sur ce registre, préférant souligner le respect mutuel qui se crée immédiatement entre ces deux êtres si différents mais également abîmés par la vie.

La force du film, c’est la manière dont chaque thème, chaque aspect, enrichit les autres: le drame, le suspense, le mystère, l’émotion se nourrissent les uns les autres jusqu’à une conclusion aussi belle que noire. Le crime au cœur de l’histoire ne réserve pas de surprise extraordinaire, mais la manière dont il est traité fait de Wind River l’un des grands thrillers de ces dernières années.

Est-ce la présence de cette jeune recrue du FBI ? Ou cette manière de filmer une réalité ni glamour ni attendue ? L’ombre du Silence des Agneaux est en tout cas bien présente, mais jamais dévorante. Taylor Sheridan l’assume d’ailleurs, en reprenant et détournant habilement le fameux “coup de la porte”, montage trompeur qui faisait naître l’horreur dans le film de Jonathan Demme, et qui révèle ici de manière prématurée (et très maline) tout le mystère.

Pour mieux réussir à imbriquer violence (quelle fusillade!) et émotion, dans un final éblouissant.

Miller’s Crossing (id.) – de Joel et Ethan Coen – 1990

Posté : 26 octobre, 2017 @ 8:00 dans * Films de gangsters, * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, COEN Ethan, COEN Joel | Pas de commentaires »

Miller's crossing

Le grand film de gangsters des frères Coen… Après le film noir (Blood Simple) et la comédie noire (Arizona Junior), les frangins continuent à explorer les grands genres américains, avec un regard amoureux, une vraie gourmandise de cinéphile, et un style extraordinaire.

Ce regard amoureux est évident dès la toute première scène, clin d’œil évident et assumé à celle du Parrain. A l’autre extrêmité du film, le tout dernier plan révèle une autre raison d’être du film : Miller’s Crossing n’est pas seulement un hommage aux grands films de gangsters, il répond aussi à l’envie des deux frères de s’approprier les grandes figures archétypales du genre.

Ce dernier plan de Gabriel Byrne remettant son chapeau et relevant doucement la tête révèle une pure gourmandise de cinéaste : juste l’envie de filmer ce beau plan iconique, avec ce chapeau comme symbole d’un genre jamais vraiment disparu, qui joue d’ailleurs un rôle central dans le film, sorte de fil rouge visuel et thématique.

Miller’s Crossing est plein de ces petits moments anodins que le style des Coen transforme en grands moments de cinéma, totalement jouissifs, toujours en s’amusant avec les codes du genre. On retrouve là tous les poncifs du film de gangsters : les trahisons, les règlements de compte, les flics pourris, les politiques aux ordres, les hommes de main brutaux… Et les références ne manquent pas, de Scarface à Il était une fois en Amérique, en passant par La Clé de verre, c’est à peu près toute l’histoire de ce genre très américain qui est passée en revue.

Le style est exceptionnel et donne une suite de scènes mémorables, le rythme est impeccable, les acteurs sont formidables (Albert Finney, John Turturro, Steve Buscemi… tous au sommet autour de Gabriel Byrne, incarnation idéale du gangster à la Alan Ladd)… Et il y a l’ironie des Coen, un sens du décalage réjouissant qui flirte par moments avec la parodie. En particulier lors des fusillades, tellement énormes qu’elles en deviennent absurdes. Entre noirceur et dérision, les Coen trouvent le ton juste. Miller’s Crossing est une grande réussite.

Couple modèle (A Good Marriage) – de Peter Askin – 2014

Posté : 16 octobre, 2017 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, ASKIN Peter | Pas de commentaires »

Couple modèle

Il n’y a pas que Ça dans la vie. La seconde adaptation du roman culte est un succès phénoménal en salles. Mais un autre Stephen King fait l’actualité. Plus discrètement, certes : scénarisé par le King lui-même, cette adaptation de la nouvelle « Bon ménage » (publiée dans Nuit noire, étoiles mortes en 2010) débarque chez nous directement en DVD.

On ne va pas crier au génie : Couple modèle ne fait clairement pas partie des adaptations les plus mémorables du King, du genre Shining, Les Evadés ou Misery. Mais le film ne manque pas complètement d’intérêt. Il y a, déjà, une idée forte : celle d’adopter le point de vue d’une femme d’âge mur (Joan Allen, qui semble avoir pris 35 ans depuis son précédent rôle) à qui tout réussit, et qui découvre que son mari depuis trente ans (Anthony LaPaglia) pourrait bien être le tueur en série qui sévit depuis des années.

Le scénario a l’intelligence de ne pas jouer longtemps sur le suspense, qui n’est pas le sujet du film : oui, le mari est bel et bien un tueur. Toute la question est : que va faire la douce épouse ? Va-t-elle dénoncer son monstre de mari, et gâcher par la même occasion la vie de leurs enfants, leur fille s’apprêtant justement à se marier ?

OK, une bonne idée ne fait pas un grand film : celui-ci le prouve constamment. Souvent maladroit, plein de seconds rôles totalement sacrifiés (à part l’épouse, franchement, aucun personnage n’existe réellement), Couple modèle est sur à peu près tous les plans un rendez-vous manqué. Le retour du mari après la révélation, qui joue sur la confusion entre rêve et réalité, est même un ratage total qui sombre dans le grand-guignol foireux.

Va savoir pourquoi, pourtant, j’ai envie d’être indulgent avec ce film, trèèèès imparfait, mais qui ose déjouer constamment les codes du thriller, frustrant les attentes des amateurs d’hémoglobines, et s’offrant même un final humain et émouvant.

Sang pour sang (Blood Simple) – de Joel et Ethan Coen – 1984

Posté : 15 septembre, 2017 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, COEN Ethan, COEN Joel | Pas de commentaires »

Sang pour sang

Le premier plan du premier film des frères Coen est une merveille : la caméra, sur le siège arrière d’une voiture roulant dans la nuit, filme de dos un homme et une femme qui discutent et ébauchent les prémices d’une liaison. Un plan envoûtant et inquiétant déjà. Est-ce à cause de l’accent texan de cet homme au ton monocorde, de celui qui n’attend plus rien ? Ou l’évocation du mari qui ne va pas tardé à être trompé ? Ou simplement l’aspect hypnotique de cette route qui défile à l’arrière plan ? De ce premier plan naît une angoisse sourde qui ne nous quittera plus.

Sur un thème similaire, les Coen réussiront le grand Fargo une douzaine d’années plus tard. Il y a déjà ici l’idée du mari qui imagine un sale coup qui va totalement déraper. Mais de manière moins « innocente » ici : le mari en question (Dan Hedaya, pathétique et excellent) fait appel à un tueur libidineux (M. Emmet Walsh, extraordinaire dans le rôle de sa vie) pour descendre sa femme (Frances McDormand, déjà géniale dans son tout premier rôle) et l’amant de celle-ci (John Getz), lui-même ayant lamentablement échoué dans sa tentative de vengeance.

Tout est minable et échoue misérablement dans ce film noir oppressant. Et la violence n’est jamais anodine, pesant lourdement sur les rapports entre les personnages, et faisant naître la suspicion entre des amants qui se regardent avec un mélange troublant de désir et d’envie de meurtre. Jusqu’à la séquence finale, glaçante et inoubliable. Les ultimes éclats de violence ont définitivement isolé les personnages, l’un s’en prenant à l’autre en étant constamment dans des pièces séparées.

Dans Blood Simple, tout l’art des Coen est déjà là, avec une maîtrise impressionnante. Visuellement splendide, à l’atmosphère lourdement pesante, d’une violence physique et psychologique particulièrement marquante, ce coup d’essai est un coup de maître qui n’a pas pris une ride en plus de trente ans. A l’exception peut-être de la musique très synthé de Carter Burwell, qui faisait lui aussi ses débuts à Hollywood, et qui fera beaucoup mieux par la suite, notamment lors de ses nombreuses collaborations avec les Coen.

Prisoners (id.) – de Denis Villeneuve – 2013

Posté : 6 septembre, 2017 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, VILLENEUVE Denis | Pas de commentaires »

Prisoners

Villeneuve fait ses débuts à Hollywood avec ce thriller sombre et étouffant, qui confirme son immense talent et fait de lui l’un des cinéastes les plus passionnants du moment. Avec Prisonners, le réalisateur canadien réussit un thriller à peu près aussi marquant que Demme avec Le Silence des Agneaux, ou Fincher avec Seven puis Zodiac (déjà avec Jake Gyllenhaal). Bref, un grand film.

Deux fillettes disparaissent mystérieusement. Un jeune simplet est d’abord soupçonné, mais la police écarte vite cette piste. L’un des pères, lui, est persuadé de sa culpabilité, et ira très loin pour découvrir la vérité et retrouver sa fille. Ce père, c’est Hugh Jackman, acteur pas toujours ébouriffant, mais qui fait ici des merveilles dans le rôle de cet homme obsessionnel et désespéré, entre force brute et sensibilité à fleur de peau.

Ses confrontations avec le flic joué par Gyllenhaal (assez génial), qui semble constamment à côté de la plaque, sont étonnantes : deux versions radicalement opposées de l’obsession, qui mettent joliment en lumière les noirceurs de l’âme humaine. La réussite du film tient en partie à la vérité qui se dégage de ces personnages, et de tous les autres. Villeneuve ne fait pas l’impasse sur le spectaculaire, et signe quelques belles scènes d’action et de suspense, mais c’est cette vérité, et les erreurs dramatiques que les personnages commettent, qui marquent les esprits.

Et visuellement, c’est une splendeur. Sans renier les grandes références du genre des années 90 et 2000, Villeneuve affirme un style fascinant, à hauteur d’hommes et porté sur l’ellipse. D’une intensité rare, terrifiant et bouleversant, le meilleur thriller de ces dernières années ? Formidable, en tout cas.

Fargo (id.) – de Joel et Ethan Coen – 1996

Posté : 25 juin, 2017 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, COEN Ethan, COEN Joel | Pas de commentaires »

 Fargo

On a souvent parlé de la thématique de l’échec chère à John Huston. On pourrait parler de la thématique du crétin pour les frères Coen. Dans Fargo, les frangins nous plongent en plein cœur de la crétinerie, peuplée d’êtres bêtes ou méchants, ou les deux, d’où surnage un couple au verbe rare et aux gestes lents, dans un paysage immensément plat et couvert de neige qui renforce l’impression d’isolement et de silence oppressant.

Étrange et fascinante atmosphère, que celle de Fargo, avec sa policière taiseuse et enceinte jusqu’aux dents, qui semble porter un regard maternel un rien affligé sur la violence et la bêtise qui l’entourent, mais qui traverse ce monde tragique avec une forme d’apaisement magnifique, à l’image du couple superbement complice (au-delà des mots qu’ils ne prononcent que rarement) qu’elle forme avec son mari.

C’est le rôle d’une vie pour Frances McDormand, qui a souvent été gâtée par son mari de cinéaste (Joel), et qui a décroché un Oscar mérité pour sa prestation très décalée dans Fargo. Mais c’est toute la distribution qui aurait mérité une récompense, avec cette magnifique galerie d’abrutis, de losers et de monstres pour qui n’existe aucun espoir dans ces paysages d’où toute joie est absente.

A qui revient la palme ? A William H. Macy, révélation du film, extraordinaire en quintessence d’anti-héros de film noir ? Petit homme sans charisme et sans talent, dévoré par un beau-père trop riche et trop présent, il imagine une petite combine qu’il croit sans risque mais qui va précipiter un effroyable bain de sang. Un homme qui porte la culpabilité et la bêtise sur son visage de paumé et dans ses longues phrases vides de sens.

De l’autre côté, une sorte de double négatif : Steve Buscemi en petit escroc sans envergure dont la logorrhée conduit son complice Peter Stormare jusqu’à l’explosion inévitable de violence. Ces deux-là forment le duo de méchants le plus improbable et le plus inquiétant de la décennie. Parce qu’ils sont totalement cons et incontrôlables (l’un très franchement, l’autre parce qu’il se croit plus fort qu’il ne l’est), et parce que l’on sent dès leur apparition qu’ils amènent le drame et le sang, une sorte de boîte de Pandore aux regards ahuris.

Tout ça finit très mal bien sûr, et ce n’est jamais une surprise : la défaite de tous ses ratés semble écrite dès la toute première image, comme celle des grands personnages du film noir de la grande époque (celui de Détour, ou du Facteur sonne toujours deux fois…). Mais c’est le chemin qu’utilisent les Coen qui fait la singularité du film, la manière dont la violence fait irruption, absurde et radicale à la fois. Et ce regard, toujours, d’une Frances McDormand émouvante et hilarante à la fois. Un très grand cru.

Witness (id.) – de Peter Weir – 1985

Posté : 23 avril, 2017 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, FORD Harrison | Pas de commentaires »

Witness

C’est un film d’une grande délicatesse que réussit Peter Weir, avec ce faux polar qui s’intéresse à une communauté rarement évoquée au cinéma : les Amish, et leur mode de vie qui semble ne pas avoir changé depuis le 19e siècle. Weir évite soigneusement tous les clichés qui lui tendaient les bras avec cette communauté à l’imagerie si pittoresque, qui attire d’ailleurs des touristes plus caricaturaux que les Amish eux-mêmes.

Mieux : le cinéaste évite de tomber dans un angélisme béat. Le mode de vie des Amish, l’importance du travail manuel, la force de la communauté… Cette vie si anachronique éveille une douce nostalgie, l’envie d’une existence différente, plus simple, plus pure, plus honnête. Un vrai chant d’amour pour cette culture en dehors du temps. Mais en même temps, Weir n’atténue rien des limites de ces choix : de cette volonté de ne rien savoir des autres, de cette méfiance vis-à-vis de l’étranger…

Mais c’est dans les scènes quotidiennes que Witness est le plus beau. Dans cette magnifique séquence de travail collectif autour de la construction d’une grange notamment, d’une beauté à couper le souffle. Ou lorsque le flic échoué là redécouvre le travail du bois. Oui, parce qu’il y a un flic, que joue avec beaucoup de nuances et de sensibilité Harrison Ford, symbole de ce monde extérieur plein de violence.

On sent bien que Weir ne s’intéresse pas vraiment à son intrigue policière, et à ses flics ripoux (parmi lesquels Danny Glover) très caricaturaux. Toutes les séquences intermédiaires urbaines, rapidement expédiées, sont d’ailleurs, et de loin, les plus faibles du film. Le réalisateur ne leur accorde visiblement aucune importance, et il a bien raison : cette intrigue n’est qu’une manière de justifier l’irruption de ce flic honnête dans le quotidien des Amish.

Et l’histoire d’amour avec l’une d’entre eux, jouée par Kelly McGillis, terriblement émouvante dans un rôle quasiment muet. Entre Harrison Ford et elle, il y a d’évidence une attirance folle, un amour qui ne demande qu’à exploser (et qui le fait lors d’une courte scène sublime dans le crépuscule), mais aussi un fossé infranchissable. Deux univers radicalement différents qui se découvrent mais savent qu’ils sont incompatibles. Et c’est magnifique.

Seven (id.) – de David Fincher – 1995

Posté : 4 mars, 2017 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, FINCHER David | Pas de commentaires »

Seven

Je me souviens encore du jour où j’ai découvert Seven, lors de sa sortie en salles : j’en étais sorti avec les jambes molles, traumatisé par le choc de cette découverte. Un peu plus de vingt ans après, le film de David Fincher a été plus que pillé : son style visuel, sa manière de filmer la violence dans ses effets les plus horribles, jusqu’à sa musique et le générique du début… Seven a posé les bases de la quasi-totalité des thrillers qui ont suivi, avec à chaque fois un jeu de surenchère dans l’horreur et la violence crue.

Revoir Seven pouvait donc déboucher sur une petite déception : à l’époque, le style du film était à lui seul un choc ; aujourd’hui, l’effet de surprise est forcément émoussé. Pourtant, le deuxième long métrage de David Fincher (après le très prometteur Alien 3) se porte encore très bien. Et le constat est clair : si le style de Fincher a été maintes fois copié par des cinéastes moins talentueux que lui, ils ne sont pas bien nombreux à avoir réussi une telle alchimie entre le sujet, le décor et le style.

Devant la caméra de Fincher, la violence de ces meurtres inspirés par les sept pêchés capitaux devient une allégorie de la déshumanisation des grandes villes. Et cette ville, où on ne croise finalement personne véritablement, devient une sorte d’enfer sur terre, dont la pluie incessante (et très cinégénique) n’arrive pas à laver la pourriture ambiante.

Au milieu de cet enfer, trois personnages, guère plus : le vieux flic revenu de tout (Morgan Freeman, absolument génial), le jeune chien fou plein d’illusions (Brad Pitt, intense mais un rien cabot), et une personnification de l’innocence (Gwyneth Paltrow, désincarnée). Les autres ne sont, pour la plupart, que des silhouettes, à commencer par celle du tueur, forme abstraite que l’on découvre lors d’une poursuite à pied (et sous la pluie, donc) qui n’a rien perdu de son extraordinaire puissance.

Les meurtres, avec leur originalité macabre, ont certes un côté « catalogue » qui inspirera tout un pan douteux du cinéma américain (à commencer par l’interminable saga Saw). Mais le film reste un chef d’œuvre indépassable du genre, l’un des thrillers les plus mémorables de la décennie.

Le Lion sort ses griffes (Rough Cut) – de Don Siegel – 1980

Posté : 31 janvier, 2017 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, SIEGEL Don | Pas de commentaires »

Le Lion sort ses griffes

Suis-je fatigué (pas impossible, en ce moment) ? Ou est-ce Don Siegel qui accuse le coup en cette fin de carrière ? Difficile en tout cas de reconnaître la patte du réalisateur de Madigan, Dirty Harry ou Charley Varrick dans cette petite chose tournée après Escape from Alcatraz, et qui sera son avant-dernière réalisation.

Pas désagréable cela dit, et on prend même un petit plaisir intermittent devant ce film de braquage alambiqué et ouvertement léger : Siegel flirte ici avec la comédie, ce qui n’est pas loin d’être une première dans sa brillante filmographie, plutôt teintée de noir et de toutes ses nuances.

C’est léger, avec un Burt Reynolds qui se rêve en dandy décontracté, façon le Saint : un cambrioleur de génie doublé d’un séducteur, qu’un flic au bord de la retraite (David Niven, dans son emploi habituel) veut faire tomber en utilisant une belle cleptomane (Lesley Ann Down, charmante), qui bien sûr tombera amoureuse de sa cible.

Ce n’est pas désagréable, donc, mais rien ne fonctionne vraiment totalement. Le scénario inutilement tarabiscoté finit par lasser, et jamais on ne ressent la tension sexuelle qui devrait attirer Burt et Lesley l’un vers l’autre.

Résultat : une petite bluette pas vraiment mémorable.

Police fédérale Los Angeles (To live and die in L.A.) – de William Friedkin – 1985

Posté : 3 décembre, 2016 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, FRIEDKIN William | Pas de commentaires »

Police Fédérale Los Angeles

Il y a eu un avant Gil Grissom pour William Petersen : dans les années 80, le charismatique acteur des Experts a été le héros de deux polars qui ont fait très forte impression, le génial Sixième Sens de Michael Mann, et ce Police Fédérale Los Angeles de William Friedkin, qui a fait l’objet d’un petit culte, et dont j’avais gardé un souvenir fort.

Il y a effectivement de belles choses dans ce polar très sombre, qui plonge au cœur d’un trafic de faux billets et de sa violence extrême : une belle noirceur, une vraie ambition de la part de Friedkin de créer une atmosphère, un rythme lancinant ponctué par des éclats de violence extrême… Bref, tout ce qui fera la réussite du film de Michael Mann l’année suivante.

Le personnage de Petersen, flic obstiné et borderline, est intéressant. Les effusions de sang sont percutantes et efficaces. L’incontournable scène de poursuite en voiture est étonnante, parenthèse haletante dans un récit qui sait par ailleurs prendre son temps. Et cette histoire de flics (l’un plus innocent que l’autre) qui tentent d’infiltrer un dangereux gang est assez passionnante.

Mais tout ça ne vous rappelle rien ? Pendant une grande partie, on a cette impression, gênante, que Friedkin, qui enchaîne les échecs à cette époque, essaye de renouer avec le succès de French Connection en retrouvant les mêmes recettes. Et par moments, c’est carrément du copié-collé : même construction, même noirceur, même parenthèse stock-car, mêmes personnages… jusqu’au coup de feu « choc » qui change la donne dans la dernière partie.

Ajoutez à ça un début au suspense téléphoné (le partenaire de William Petersen qui s’apprête à partir en retraite et qui insiste pour boucler seul sa dernière enquête… eh bien oui, il va se faire dessouder), et une musique agressive qui rappelle à elle seule les pires excès des 80s… Alors oui, il y a de belles choses dans ce polar qui se voit avec un certain plaisir. Mais Friedkin nous prend quand même, un peu, pour des idiots.

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