Play it again, Sam

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Archive pour la catégorie '* Thrillers US (1980-…)'

Fight Club (id.) – de David Fincher – 1999

Posté : 14 janvier, 2022 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, FINCHER David | Pas de commentaires »

Fight Club

Il a plutôt pas si mal vieilli ce film étendard d’une génération, qui a toujours divisé les admirateurs de David Fincher. D’un côté, ceux qui ne jurent que par cette critique acide et très punk du consumérisme. De l’autre, ceux qui estiment que le cinéaste s’est pour une fois laissé débordé par l’esthétique clipesque qui a fait sa réputation avant qu’il ne se mette à faire (avec le talent qu’on lui connaît) du cinéma.

La vérité est sans doute entre les deux. On a bien droit de préférer le versant « grand cinéaste classique » de Fincher, qui a donné ce que j’estime être ses grands chefs d’œuvre, de Zodiac à Mank. Et de trouver que ce Fight Club flirte par moments avec un maniérisme appuyé. Mais tout de même, malgré ses défauts, malgré le tape-à-l’œil que Fincher n’évite pas toujours, il faut bien reconnaître que tout ça est assez brillamment mené, avec un sens du rythme impeccable, et une maîtrise impressionnante du langage cinématographique.

Saluons aussi l’enthousiasme salutaire avec lequel Fincher plonge dans le politiquement incorrect. Bien sûr, on est avant 2001, et le monde n’est pas tout à fait celui qu’il sera après les attentats du 11 septembre. Mais quand même : c’est dans l’esprit d’un type qui devient un gourou terroriste qu’il nous plonge, sans autre filtre que celui de l’écran, et sans rien faire pour le rendre antipathique. Un trip sous acide dont on finit par réaliser qu’il ne nous sort jamais de l’esprit malade du « héros ».

Edward Norton trouve là l’un de ses très grands rôles, celui d’un Américain bien sous tous rapports : employé modèle d’une grande société d’assurance, et consommateur modèle qui remplit son appartement modèle de meubles design dont il n’a évidemment pas l’usage. Un homme au bord de la rupture surtout, incapable de trouver le sommeil, qui finit par trouver la « drogue » dont il a besoin : participer à des thérapies de groupes en se faisant passer pour un grand malade.

Le voir câliner un grand gaillard souffrant d’un cancer des testicules et pleurant sur son épaule nous tire des sourires qui, par la même occasion, nous plongent dans un malaise qui ne fera que se renforcer. Sa rencontre explosive avec un alter ego féminin (Helena Bonham Carter), avec laquelle il se partage les maladies, enfonce le clou. Et quand apparaît Tyler Durden, on comprend qu’il n’y a plus de demi-tour possible. Tyler Durden : représentant en savon… et bien plus qu’un alter ego en l’occurrence, rôle cultissime pour Brad Pitt, déjà grand.

Voir Fight Club pour la première fois est une expérience assez forte. Le revoir est pas mal non plus, et permet de détecter les nombreux signes que glisse Fincher pour annoncer dès les premières minutes la grande révélation finale, signes parfois à peine visibles. L’effet de surprise est bien un peu émoussé, et Fincher a fait tellement mieux depuis. Mais quand même, revoir Fight Club plus de vingt ans après confirme que le gars a décidément un talent fou.

Angel Heart : aux portes de l’enfer (Angel Heart) – d’Alan Parker – 1987

Posté : 10 janvier, 2022 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, DE NIRO Robert, FANTASTIQUE/SF, PARKER Alan | Pas de commentaires »

Angel Heart

Harry Angel, un détective privé sans envergure est engagé par un mystérieux Louis Cypher pour retrouver la trace d’un musicien disparu depuis douze ans. Angel… Louis Cypher… En deux patronymes un peu lourdingues, l’atmosphère est posée. Sous les allures d’un film noir aux images plutôt chiadées se tapis, littéralement, une descente aux enfers : l’éternelle histoire de l’âme vendue au diable.

Angel Heart est un film aux belles ambitions, qui flirte constamment avec les codes de deux genres bien différents, qui n’ont que très rarement eu l’occasion de se côtoyer. Il y a bien eu le très bon Alias Nick Beal de John Farrow en 1949, mais Alan Parker s’en démarque, en instaurant d’emblée une esthétique bien de son époque. Même si l’intrigue se déroule une dizaine d’années après la seconde guerre mondiale, Angel Heart est clairement ancré dans les années 1980, avec des images hyper léchées.

Pour le coup, l’esthétique volontiers clipesque de cette décennies est assez bien utilisée dans une série de belles images, souvent fascinantes : en particulier cette cage d’ascenseur qui revient comme un mantra, ne cessant de s’enfoncer toujours plus profondément. La symbolique, bien sûr, est évidente. C’est la descente aux enfer du personnage principal, entraîner dans une enquête qui le dépasse, croit-on d’abord, qui le mène des quartiers chauds de New York à une Louisiane à l’ambiance moite.

Parker filme avec un vrai talent cette ambiance, la magie noir omniprésente, et le malaise qui s’installe et ne cesse de grandir. Il réussit quelques moments de pur cauchemar : cette scène où le sexe et le sang s’entremêlent de la manière la plus dérangeante qui soit. Et il filme un Mickey Rourke remarquablement pathétique, qui subit plus qu’il ne provoque les événements. Une loque, qui suinte et qui saigne lamentablement.

Le malaise est bien là, donc, mais il manque au film ce petit quelque chose, ce liant, cette patte (de poulet) que Parker n’a pas, et qui aurait pu faire pencher Angel Heart du côté d’un grand film. Les images sont belles, l’ambition l’est tout autant, mais jamais le sentiment de peur et de paranoïa ne prend la dimension prévue. Robert DeNiro n’y peut rien. Se contentant de quelques apparitions suaves et sages en Lucifer urbain, jamais vraiment inquiétant.

On peut saluer l’ambition d’Alan Parker avec ce film. On peut aussi rêver de ce qu’en aurait fait le John Carpenter de ces années-là, celui de Prince des Ténèbres en particulier, produit à la même période, et autrement plus cauchemardesque et traumatisant que ce Angel Heart qui marque bien plus les esprits par ses belles ambitions que par ses effets.

The Guilty (id.) – d’Antoine Fuqua – 2021

Posté : 29 décembre, 2021 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2020-2029, FUQUA Antoine | Pas de commentaires »

The Guilty

Dans un centre d’appel de la police, un officier a en ligne une jeune femme dont il comprend qu’elle a été enlevée. Multipliant les appels, il fait tout pour la sauver. Et peut-être pour se sauver lui-même par la même occasion, le flic étant rongé par une culpabilité dont on ne sait d’abord rien.

Antoine Fuqua, réalisateur d’habitude plutôt musclé (Training Day, Equalizer), signe le remake paraît-il très fidèle d’un thriller danois qui a fait forte impression à sa sortie, et pour lequel on imagine bien qu’il sort de sa zone de confort. L’histoire a certes son lot de révélations, et de surprises, mais ne révolutionne rien. Le parti-pris de mise en scène, en revanche, est assez audacieux : jamais la caméra ne sort de ce centre d’appel.

Dans le rôle de ce flic comme habité par cette quête de la dernière chance, Jake Gyllenhaal est de presque tous les plans. Et presque constamment filmé en gros plan, assis dans un fauteuil, casque de téléphone sur la tête, les yeux rivés sur une flopée d’écrans. Un parti-pris que Fuqua suit scrupuleusement, ne s’autorisant que quelques images vaporeuses comme sorties de l’imagination de Joe, le flic.

Pour le reste, pas de triche : c’est par les oreilles (et un peu par les yeux) de Joe qu’on suit l’intrigue. Le résultat est plutôt convainquant, Fuqua donnant beaucoup de rythme à ces échanges téléphoniques qui se succèdent sans temps mort. Il y met de la tension, maintenant l’attention en variant les plans, mais sans jamais changer de décor, ou si peu : à mi-film quand même, il s’autorise un changement de pièce, passant d’un open-space à un bureau plus sombre et intime.

Plus que l’intrigue, finalement assez convenue, c’est l’interprétation de Gyllenhaal que l’on retient, l’intensité qu’il met dans ce type dont on comprend tardivement le poids de la culpabilité qu’il porte en lui. La mise en place du drame est sans doute un peu longue. La conclusion manque pour le coup de poids. Mais entre les deux, The Guilty est un bel exercice de style, en plus d’être un thriller efficace.

Mélodie pour un meurtre (Sea of Love) – de Harold Becker – 1989

Posté : 13 décembre, 2021 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, BECKER Harold, PACINO Al | Pas de commentaires »

Mélodie pour un meurtre

Le sexe comme arme du crime… Paul Verhoeven a une approche tellement frontale dans Basic Instinct qu’on a un peu le sentiment qu’il a inventé le thriller érotique. Ce qui, évidemment, est faux. En 1992, son film s’inscrivait même dans une tradition très ancrée, du Body Double de De Palma au Hot Spot de Dennis Hopper (deux grandes réussites), en passant par Liaison fatale et bien d’autres.

Sea of love n’est pas le plus sulfureux, loin s’en faut. Pas non plus celui où la température monte le plus haut. Harold Becker se montre un peu trop sage, à la fois dans la mise en scène du désir (les scènes de sexe sont passionnées, mais relativement prudes) et dans le trouble qu’il accorde au personnage principal. Al Pacino, qui étrenne ici le genre de flics qu’il retrouvera régulièrement dans les vingt années suivantes, lorsqu’il sera en manque d’inspiration.

Il est d’ailleurs très bien, Pacino. Mais à ce stade de sa carrière, l’inspecteur Frank Keller est sans doute le personnage le plus lisse qu’il a eu à interpréter. Ce qui est un comble : tout l’intérêt de ce thriller repose sur le fait que le flic, obsédé par son enquête et par sa principale suspecte, est constamment sur le fil du rasoir. Sans déflorer la conclusion du film, soulignons simplement qu’elle flanque par terre toutes les bonnes intentions initiales.

Passons. Sea of love reste, malgré tout, un polar diablement efficace, qui se voit et se revoit avec un plaisir intact. L’histoire est suffisamment retorse pour assurer le suspense. Pacino enquête sur des meurtres d’hommes, tués pendant l’acte sexuel après avoir répondu à des petites annonces de rencontre. Pour démasquer la tueuse, il décide avec son partenaire (le grand John Goodman) de passer lui-même des petites annonces… et tombe sur Ellen Barkin, étonnante, convaincante et sexy, qu’il soupçonne rapidement mais qu’il ne peut s’empêcher de désirer.

Ce jeu constant entre le désir et la peur, entre le sexe et la mort, sera traité de manière nettement plus frontale et troublante par Verhoeven. Mais même dans cette version sage et grand public, il donne un thriller très recommandable.

Affliction (id.) – de Paul Schrader – 1997

Posté : 26 novembre, 2021 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, SCHRADER Paul | Pas de commentaires »

Affliction

Une région montagneuse de l’Amérique profonde, une petite ville recouverte par la neige, un homme pourchassé par ses démons, qui se débat entre un job pourri, un divorce difficile, une fille dont il sent qu’elle lui échappe, et un vieux père violent… Bienvenue dans l’univers de Russel Banks, grand auteur pas joyeux-joyeux, dont les romans marquent par leur atmosphère pesante et tragique, et par l’épaisseur de personnages qui se débattent.

En adaptant Affliction, Paul Schrader relève un vrai défi : porter à l’écran cet univers oppressant et désespéré, sans étouffer pour autant ni le récit, ni le spectateur. Il y réussit plutôt bien, en adoptant quasi-exclusivement le regard de Wade, père et fils en déroute, à qui Nick Nolte apporte une intensité impressionnante : un chien battu à qui il arrive de grogner, mais qui n’a pas encore mordu, comme il le dit lui-même. Pas encore.

Quand un accident de chasse se produit, Wade se persuade qu’il s’agit d’autre chose que d’un accident. Mais déjà, on le sent, il perd pied. On le sent près à exploser d’une minute à l’autre, et c’est là la plus grande réussite du film : la manière dont Schrader rend perceptible la tension qui ne cesse d’augmenter dans le crâne de Wade, qui se raccroche à ce qu’il peut tandis que son univers part en vrille autour de lui : une relation sans avenir avec une femme qui a le malheur de l’aimer (Sissy Spacek, touchante), un rôle de père qui n’est plus qu’une chimère, un frère qu’il ne voit jamais mais dont il se rêve proche (Willem Dafoe, toujours impeccable, mais dans un rôle un peu sacrifié).

Et ce père, joué par James Coburn, violent et castrateur, devenu un vieil homme insensible, toujours odieux. Dans une poignée de plans, Schrader joue habilement sur la ressemblance du père et de son fils, sur ce glissement de plus en plus perceptible de l’enfant battu vers le vieil homme violent. On peut reprocher à Schrader de ne pas avoir retrouvé l’intensité de Banks. On peut aussi saluer la troublante banalité des personnages, et remarquer que, à l’exception d’une conclusion trop explicative, le film est réussi parce qu’il nous place exactement dans la peau de son personnage principal, un homme qui perd le fil et se noie.

Beckett (id.) – de Ferdinando Cito Filomarino – 2021

Posté : 23 novembre, 2021 @ 8:00 dans * Polars européens, * Polars sud-américains, * Thrillers US (1980-…), 2020-2029, CITO FILOMARINO Ferdinando | Pas de commentaires »

Beckett

Un couple d’Américains en voyage en Grèce. Un accident. Et tout déraille. L’homme, qui surmonte difficilement de gros problèmes de communication, se retrouve pris pour cible pour une raison qu’il ignore, dans un pays qu’il ne connaît pas, coupé du monde.

John David Washington est de toutes les scènes, presque de chaque plan. La grande force du film, c’est d’adopter son strict point de vue. Oh, rien de bien neuf là-dedans. Roman Polanski avait à peu près le même parti-pris pour Frantic, autre thriller dont le héros est un homme ordinaire pris dans une machination qui le dépasse, seul dans un pays dont il ne parle pas la langue. Pas grand-chose de neuf, donc, mais une efficacité indéniable, une grande intensité, et un vrai point de vue.

Sur la Grèce en l’occurrence, pays finalement rarement filmé dans le cinéma de genre, et ici totalement dépouillé de ses images toutes faites. Ce n’est pas la Grèce touristique que l’on découvre ici, encore que la première moitié se déroule dans une région de montagnes d’une grande beauté. C’est, plutôt, la Grèce de la crise financière, au bord de la rupture, où tout semble à l’abandon, poussiéreux. C’est surtout frappant dans la seconde moitié du film, à Athènes, ville pleine de vie, et d’une pauvreté omniprésente.

C’est le second film de Fernando Cito Filomarino, réalisateur italien qui renoue ici avec le thriller paranoïaque style Les Trois Jours du Condor. Avec une vraie efficacité, une réussite visuelle exempte de toute afféterie. On peut juste regretter la surenchère de rebondissements et de scènes d’action, comme si le cinéaste ne faisait pas suffisamment confiance à la seule force de son mystère. Alors c’est parfois un peu trop, mais les coups et blessures que se prend le pauvre John David Washington finissent par créer une étrange fascination, comme un violent trip qui chercherait à garder l’émotion à distance. Pour mieux la laisser éclater.

Dans la ligne de mire (In the line of fire) – de Wolfgang Petersen – 1993

Posté : 19 septembre, 2021 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, EASTWOOD Clint (acteur) | Pas de commentaires »

Dans la ligne de mire

Wolfgang Petersen n’est pas un grand metteur en scène, ni un grand directeur d’acteurs : beaucoup, ici, semblent par moments comme figés. Mais il peut compter sur le beau travail du directeur de la photo, qui réussit en particulier les scènes d’intérieur et de nuits, pour donner à ce thriller une tonalité assez fascinante par intermittence.

Ces moments ont un côté franchement cliché, certes, surtout avec Clint se la jouant une nouvelle fois pianiste amateur, pour la beauté du geste. Mais pourquoi se priver de ce plaisir, toujours bien réel : les scènes de bar avec Clint au piano sont parmi les plus belles, celles où l’atmosphère est la plus réussie dans ce film de genre par ailleurs plutôt calibré.

John Malkovich, grand méchant, en fait une nouvelle fois beaucoup dans le côté « regardez comme je suis un grand acteur caméléon capable d’endosser n’importe quelle identité, et comme je le fais avec un naturel exceptionnellement… naturel ». Bref, il cabotine éhontément en se la pétant intériorisation. Mais ça fonctionne, parce que ça colle bien au personnage.

Clint, lui, est impérial. Dans ce qui a longtemps été son ultime film en tant que simple interprète (avant Une nouvelle chance, presque vingt ans plus tard), sortant du triomphe de Impitoyable, il trouve un rôle taillé pour lui, pour ce qu’il a incarné et pour ce qu’il est alors : l’ancien inspecteur Harry (il s’appelle Horrigan, sans doute pas un hasard si les deux patronymes sont si proches), à l’âge de raccrocher les armes.

Un héros marqué par son passé : garde du corps de JFK qui était à ses côtés à Dallas… Curieux hasard, Eastwood enchaînera avec Un monde parfait, dont l’action se déroule les jours précédents ce fameux 22 novembre 1963. Mais un héros fatigué, qui sue et souffle dans l’effort, qui attrape la crève sous la pluie…

Pourtant, il a rarement été aussi séducteur. Il n’y a pas tant de films où il apparaît si souriant, si charmeur, lançant des sourires enjôleurs irrésistibles à Rene Russo, que l’on voit effrayée à l’idée de coucher avec un vieux qui pourrait être son père, un type que l’on traite de dinosaure. Séduisant, sans tricher sur son âge… Clint Eastwood est la raison d’être de ce thriller fort efficace, son pivot.

Absence de malice (Absence of Malice) – de Sydney Pollack – 1981

Posté : 18 septembre, 2021 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, NEWMAN Paul, POLLACK Sydney | Pas de commentaires »

Absence de malice

Sydney Pollack, cinéaste engagé, aime associé le film de genre et la critique du système américain. C’est une constante, qui a souvent donné d’excellents films, des Trois Jours du Condor à Havana (oui, j’aime Havana). Absence de malice n’est pas son film le plus connu, pas le plus célébré, pas le plus intense non plus, il faut le reconnaître. Mais il trouve sa place dans une filmographie très cohérente (même si pleine de surprises).

Paul Newman est excellent dans le rôle d’un petit chef d’entreprise que le FBI et les journalistes désignent comme l’héritier naturel de son truand de père. Un homme normal et sans histoire, emporté dans la spirale infernale du « système », thème pollackien par excellence. Le film manque d’intensité, disais-je. Mais Pollack excelle à décrire un univers inhumain, d’où personne ne surnage vraiment.

Newman lui-même, victime de moins en moins conciliante, qui comprend vite que pour garder la tête hors de l’eau dans cette Amérique-là, il faut adopter le point de vue et les méthodes de ceux qui vous détruisent. Et que dire de Sally Field, très bien en journaliste dont l’idéalisme fait si peu de cas des dégâts collatéraux de ses scoops ? Cynique, cruel, sans concession, Absence de malice s’inscrit dans la lignée des grands films de Pollack, à la fois film noir passionnant et miroir tendu à un certain système, déshumanisé et dénué d’empathie.

Les politiques, les forces de l’ordre, les journalistes, personne ne sort grandi de ce jeu de massacre fort bien écrit, et réalisé avec une certaine efficacité… mais oui, sans cette flamme qui aurait fait la différence, sans cette passion qui aurait fait de la « croisade » de Paul Newman une sorte de porte-étendard, un film majeur sur un certain journalisme, plus tourné vers les « coups » que vers la vérité. Un rendez-vous manqué, tout de même…

Misery (id.) – de Rob Reiner – 1990

Posté : 14 septembre, 2021 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, REINER Rob | Pas de commentaires »

Misery

En écrivant Misery, Stephen King donnait corps à ses angoisses d’écrivain trop marqué par le genre dans lequel il excelle. Grand fan de l’écrivain, Rob Reiner n’est pas dans la même position que lui quand il tourne cette adaptation, sa seconde du maître après le très beau Stand by me. Mais il partage peut-être cette angoisse, qu’il traduit bien différemment, en changeant ouvertement et radicalement de genre film après film.

Ce qui lui réussit bien à cette époque, sa plus glorieuse : il vient de tourner une évocation douce-amère de l’adolescence (Stand by me, donc), un réjouissant pastiche de conte pour enfants (Princess Bride) et un fleuron de la comédie romantique (Quand Harry rencontre Sally), et il enchaînera avec un film de procès (Des hommes d’honneur)… Cinq succès d’affilée dans autant de genres très différents.

Misery est peut-être le plus réussi de tous ses films. Trente ans après, il garde en tout cas toute sa force, et reste à la fois une adaptation brillante d’un excellent roman, et un bel exercice de style : c’est toujours une gageure de filmer l’angoisse d’un type cloué dans un lit, enfermé dans une chambre dont il ne sort quasiment jamais. Paul Sheldon donc, écrivain d’une série à succès sauvé d’un accident par sa « fan numéro 1 » qui le soigne et l’enferme en même temps, et découvre avec horreur que dans son dernier livre, Sheldon a tué son héroïne. Avec horreur et colère.

Il faut dire qu’elle n’est pas très équilibrée, cette fan numéro 1. On s’en rend compte assez vite, Paul aussi. Elle est interprétée par Kathy Bates, et c’est l’un des coups de génie de Reiner. Parce que c’est peut-être bien le rôle de sa vie, qu’elle est absolument terrifiante dans le rôle de cette vieille fille au col Claudine, qui vit seule avec un cochon et envoie des baisers à un homme qu’elle prive de sa liberté et à qui elle vient de… Mais non, pas de spoiler.

L’autre coup de génie, c’est James Caan, choix totalement inattendu : acteur physique, voire bondissant, souvent incapable de rester immobile, entravé dès la cinquième minute du film. Il est remarquable, lui aussi, faisant de ses contraintes inhabituelles un moteur pour l’une de ses prestations les plus mémorables. Ajoutez une apparition de Lauren Bacall, et surtout le beau rôle de shérif de Richard Farnsworth (futur héros de Une histoire vraie de Lynch)…

Il n’y a pas beaucoup d’acteurs, dans Misery, mais la distribution frise la perfection. Avec un Rob Reiner en pleine forme, très à l’aise pour faire monter la tension, pour filmer l’absence et les éclats de violence. Petit classique qui n’a pas pris une ride.

Tequila Sunrise (id.) – de Robert Towne – 1988

Posté : 27 août, 2021 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, TOWNE Robert | Pas de commentaires »

Tequila Sunrise

Il y a de bien belles images dans ce polar très daté années 80. Des plans américains, souvent, qui jouent avec la lumière éclatante de Californie, ces ciels oranges, bleues ou presque marrons selon l’heure du jour. Des silhouettes en ombres chinoises, ou des couleurs à peine perceptibles dans une lumière entre chien et loup. Robert Towne, nettement plus réputé pour son travail de scénariste (Chinatown) que de réalisateur, s’applique, pour le moins.

Il manque tout de même un liant, ce mouvement que l’on attend d’un grand film. Tequila Sunrise est, visuellement, un beau film, mais un film qui semble par moments enchaîner les jolies photos pour illustrer des magazines, ou les vitrines des cinémas. C’est une réserve qui n’est pas anodine, mais saluons malgré tout les efforts et la beauté de certains plans : il y a tant de polars, alors comme aujourd’hui, qui n’ont pas même cette ambition.

Curieusement, c’est surtout sur le scénario que le film pêche. A la fois trop complexe dans ses rebondissements, et trop simplistes dans les rapports humains entre les personnages, Tequila Sunrise ne sonne jamais vraiment juste. Le triangle amoureux est convenu : ces deux amis, l’un flic, l’autre voyou, amoureux de la même femme. Convenu, et jamais vraiment inquiétant : on sent bien que, peu importe la beauté renversante de Michelle Pfeiffer, le flic Kurt Russell et le voyou Mel Gibson s’aiment trop profondément pour se faire du mal.

Mais il y a un autre triangle amoureux, qui serait presque plus prometteur, et dont Mel Gibson serait le cœur, tiraillé entre son amitié indéfectible pour son pote de toujours Kurt Russell, et celle plus obscure qui le lie à un grand trafiquant de drogue dont je tairai le nom pour ne pas spoiler un rebondissement qu’on voit venir très tôt. Prometteur, mais pas beaucoup plus intense, hélas.

Pas désagréable, mais Tequila Sunrise ne dépasse jamais le stade de sympathique polar estampillé eighties, avec chanson de Duran Duran pour l’atmosphère, et quelques seconds rôles qu’on aimait bien : J.T. Walsh et Raul Julia, deux gueules pour toujours associés aux films de genre de cette époque. L’époque où Mel et Kurt étaient d’une jeunesse éclatante.

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