Play it again, Sam

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Archive pour la catégorie '* Thrillers US (1980-…)'

Blue Velvet (id.) – de David Lynch – 1986

Posté : 14 novembre, 2018 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, LYNCH David | Pas de commentaires »

Blue Velvet

Un rideau rouge inquiétant, des musiques envoûtantes jouées dans des bars interlopes, une jeunesse apparemment tranquille qui cache des tourments secrets, l’imagerie d’une Amérique presque fantasmée héritée des glorieuses fifties, le bitume qui défile dans la nuit… Blue Velvet est le film qui révèle définitivement les plus grandes obsessions de David Lynch. Après Elephant Man et Dune, ce film très personnel annonce les grands chefs d’œuvre, de Twin Peaks (la série)… à Twin Peaks (le retour).

Revoir ce film fondateur après le choc énorme qu’a provoqué le sublime retour de la série phénoménale de Lynch (j’ai décidément envie de multiplier les superlatifs dès que j’évoque Twin Peaks) a quelque chose de troublant. Comment ne pas penser à Cooper et Diane en voyant Kyle McLachlan et Laura Dern s’enlacer. Mais trente ans plus tôt, les deux acteurs semblent à peine sortis de l’adolescence.

Avant la période des grands chefs d’œuvre, donc, Blue Velvet étonne a posteriori par la linéarité de son scénario. Mais cette simplicité n’est qu’un trompe l’œil : le malaise vient justement de quantités de détails qui ne paraissent pas à leur place. Un rideau qui vole, une chanson qui revient comme un mantra, l’image étonnante de cette famille fantasmée à la fin du film, sans même mentionner une oreille coupée dans un terrain vague…

Le malaise vient aussi des réactions inattendus, de caractères déviants. Isabella Rossellini est bien barrée dans son rôle de victime qui se transforme lors d’une scène hallucinante en bourreau hyper sexuée. Quant à Dennis Hopper, il est carrément ravagé, en psychopathe qui se dope à l’oxygène et qui souffre d’un sérieux complexe d’Œdipe. Comment voulez-vous que ce type ait pu jouer autre chose que des mecs dangereux après ça ?

Blue Velvet est parsemé de moments envoûtants. Porté aussi par la présence jamais si anodine de McLachlan, qui excelle à jouer les types pas si transparents. Et toutes les obsessions de Lynch sont là. Mais le cinéaste ira nettement plus loin, et avec une maîtrise de plus en plus affirmée qui lui permettra de s’affranchir chaque fois d’avantage des codes du récit cinématographique.

BlacKkKlansman (id.) – de Spike Lee – 2018

Posté : 29 octobre, 2018 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, LEE Spike | Pas de commentaires »

BlacKkKlansman

Spike Lee fait une (presque) entrée bien tardive sur ce blog. Après huit ans d’activité intense, à voir et commenter quelques centaines de films (c’est pour vous que je m’astreins à un tel labeur), il n’y figurait jusqu’à présent que pour un documentaire consacré aux 25 ans de l’album Bad de Michael Jackson. Excellent docu, d’ailleurs. Mais c’est dire à quel point je suis passé à côté de ses derniers films, moi qui avait tellement aimé Summer of Sam, et surtout La 25e heure, pour n’en citer que deux.

Eh bien nos retrouvailles sont particulièrement chaleureuses, et c’est avec beaucoup de plaisir que je me suis replongé dans l’univers du Spike. Toujours en colère, toujours cynique, toujours engagé, bien sûr. Avec la même volonté de bousculer et de confronter l’Amérique à ses travers. Les dernières minutes du film, images d’actualité montrant les dramatiques événements de Charlottesville, avec un montage particulièrement incisif.

Ce drame (une jeune fille écrasée par un militant d’extrême droite lors d’une manifestation) s’est produit après le tournage du film. La décision de Lee d’en inclure des images à la fin de son film, avec l’accord de la famille de la victime, donne une résonance particulière à cette histoire, tirée du récit autobiographique d’un jeune policier noir ayant infiltré le Ku Klux Klan dans les années 70. Parce que si l’intrigue se déroule avant la réélection de Nixon, dont on voit des affiches de campagne, Lee ne parle en fait que de l’Amérique de Trump.

Le réalisateur revient presque inchangé, mais à quelques nuances près quand même. L’humour qu’il insuffle n’est pas nouveau : c’était même l’une des marques de fabrique de ses premiers films. Mais la colère que l’on retrouve est nettement plus nuancée que par le passé. Et l’ironie se fait plus mordante. Bien sûr, les néonazis sont des salauds irrécupérables. Mais Lee ose faire des graduations dans l’abject, et rendre le responsable local du KKK presque sympathique par moment, en regard en tout cas de son bras droit totalement malade.

D’ailleurs, le KKK est aussi grotesque que dangereux, devant la caméra de Lee. Et la plus grande victoire de ces flics noir et blanc, interprétés par John David Washington et Adam Driver, n’est pas tant d’avoir déjoué un attentat que d’avoir ridiculisé le grand manitou du Klan. Et les salauds sont des clowns morbides destinés à l’implosion (au sens propre comme au sens figuré).

Derrière le polar, derrière la comédie aussi, le film tente de répondre à une question simple : comment en est-on arrivé là ? Qui est responsable ? Les racistes bien sûr, mais pas seulement : blancs, noirs… tout le monde a laissé pourrir la situation. « Si on continue comme ça, ils finiront par prendre le pouvoir », prédit même un (bon) flic blanc au héros noir incrédule, annonçant l’élection de Trump.

Pas manichéen pour deux sous, pour le coup, Spike Lee n’épargne vraiment personne quant à la responsabilité de cette Amérique si fractionnée de 2018. Avec un raccourci peut-être un peu rapide, mais surtout fulgurant et cinglant, il en attribue le germe au développement de la culture de masse, et plus précisément à Naissance d’une Nation, premier blockbuster de l’histoire, dont la vision héroïque et romantique du KKK a permis au Klan de connaître une nouvelle vigueur. Et au racisme de prendre une nouvelle forme, latente, et durable.

Malin, bien vu et terriblement désenchanté. Ah oui, en plus c’est un film de genre assez formidable, mené à un rythme d’enfer. Et avec deux acteurs au top : l’excellent Adam Driver, et John David Washington. Le fils de Denzel, qui fut Malcolm X pour Spike Lee, est la révélation du film. Et c’est tout un symbole.

Bad Lieutenant (id.) – d’Abel Ferrara – 1992

Posté : 24 avril, 2018 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, FERRARA Abel | Pas de commentaires »

Bad Lieutenant

Il y en a qui aiment les héros, d’autres les losers, certains préfèrent les romantiques, d’autres encore les cyniques. Le cinéma de Ferrara, lui, est peuplé d’authentiques paumés, d’ordures, de ratés, de violents minables. Bref, des laissés pour compte de l’humanité, pour ne pas dire des rebus.

Bad Lieutenant est peut-être le plus hallucinant de ses films, le plus radical, et en même temps le plus tenu. Celui de ses films qui montre de la manière la plus brute et frontale le naufrage absolu et sans secours possible d’un homme trop faible pour surnager, pour choisir la bonne voie.

Le constat est d’autant plus radical que le type en question est un flic, qu’il a une chouette famille, et qu’il vit dans un pavillon simple mais accueillant. C’est Harvey Keitel, extraordinaire en ripoux minable et dopé par tous les pores de son corps, dont la descente aux enfers est marquée par des scènes de piqûre, de sniffe, de fumette… Comme si tout ce qu’il pouvait attendre de son existence était de faire le tour des différents moyens de se droguer.

Ferrara filme ça avec un réalisme qui bouscule, sans le moindre romantisme bien sûr. Et il fallait un acteur de la trempe de Keitel, au sommet, pour se laisser entraîner dans ce voyage si absolu et si autodestructeur. A l’époque, il enchaînait les rôles marquants, chez Jane Campion (La Leçon de Piano) comme chez Tarantino (Reservoir Dogs). Celui-ci est sans doute le plus extrême et le plus fort.

Il est question de rédemption pourtant, et la religion est omniprésente : le viol d’une religieuse trop belle et trop pure, et le pardon que cette dernière accorde immédiatement à ses agresseurs, conduisent le « bad lieutenant » vers une prise de conscience. Mais si la rédemption est possible, l’espoir, lui, n’existe pas : le rapport à la foi, si important soit-il, ne fait que confronter le personnage à ses échecs et à ses actes minables.

La descente aux enfers est brutale, et Ferrara n’accorde aucune circonstance atténuante à son personnage. Pourtant, on sent une certaine tendresse pour lui, pour ce type qui, finalement, forme un tout avec ce New York des paumés et des dopés dont il est devenu l’un des éléments. D’ailleurs, lorsqu’il se décide enfin à se racheter, c’est en offrant un aller simple à deux types entraînés dans la même spirale que lui.

Les Joueurs (Rounders) – de John Dahl – 1998

Posté : 4 avril, 2018 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, DAHL John | Pas de commentaires »

Les Joueurs

Avant de devenir réalisateur de séries TV, John Dahl fut un bel espoir du cinéma de genre américain. Ses trois premiers films (Kill me again, Red Rock West et Last Seduction), surtout, firent de lui un séduisant héritier des grands maîtres du film noir classique, avec leurs anti-héros champions de la lose et leurs femmes fatales. Avec Les Joueurs, Dahl s’attaque à une autre figure cinématographique purement américaine : le joueur de poker. Sans apporter grand-chose à un motif qui, lui, n’a jamais quitté le grand écran.

Il y a quelque chose d’évidemment très cinégénique dans le poker, y compris lorsqu’on n’y comprend pas grand-chose : le jeu de dupes, les retournements de situation, le suspense omniprésent… Pas difficile d’utiliser le jeu comme un ressors dramatique efficace. D’ailleurs, plus d’un film médiocre a été sauvé par ces scènes de poker qui, comme une scène de montagne par exemple, assure un moment de tension facile dans le pire des cas.

John Dahl n’apporte rien à la manière de filmer le poker. Moins virtuose que le Curtis Hanson de Lucky You, il signe toutefois une mise en scène classique et très efficace. Ses personnages aussi sont classiques et efficaces : le duo Matt Damon – Edward Norton surtout, qui semblent tout droit sortis d’un film des années 40. On peut quand même avoir quelques réserves face au cabotinage de John Turturro, et surtout de John Malokovich, à qui il faudrait une bonne fois pour toutes arrêter de dire qu’il est génial : depuis qu’on lui répète, il a fini par s’en convaincre.

N’empêche, on suit ça avec un certain plaisir, tout en ayant toujours conscience d’être en terrain connu, avec zéro surprise. D’ailleurs, in fine, on comprend que le scénario n’existe que pour la séquence finale. Toute l’histoire ne servait qu’à nous conduire vers cette partie durant laquelle Matt Damon joue littéralement pour sa vie. Partie réjouissante, mais étonnamment dépourvue de suspense, pourtant…

Wind River (id.) – de Taylor Sheridan – 2017

Posté : 7 novembre, 2017 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, SHERIDAN Taylor | Pas de commentaires »

Wind River

C’est aussi efficace que Le Silence des Agneaux, et aussi bouleversant que Manchester by the Sea… Bref, c’est un film formidable que réussit le scénariste Taylor Sheridan pour son dépucelage derrière la caméra: à la fois un très beau film engagé sur l’injustice dont est toujours victime la minorité des Amérindiens, un film déchirant sur la filiation et la perte d’un enfant, et un grand, un très grand thriller.

Avec ce film, le scénariste de Sicario et Comancheria conclut sa trilogie consacrée à la “frontière américaine moderne”. En l’occurrence, cette frontière-là se situe au cœur des Etats-Unis: dans le Wyoming, l’état le moins peuplé, dominé par une nature à la fois belle et hostile. Et cette nature joue effectivement un rôle central, à la fois cadre omniprésent et dévorant de l’histoire, antagoniste admiré ou haï des personnages, et déclencheur du drame qui se joue.

Le film adopte constamment le rythme imposé par cette nature recouverte de neige: la précipitation n’y a pas sa place, les sons sont feutrés, et tout avance avec une certaine lenteur et une difficulté que la caméra de Sheridan rend constamment palpable, fascinante et presque étouffante par moments.

Il y a ceux qui savent s’y mouvoir: les “natifs” bien sûr (comme Graham Greene, beau clin d’œil à son rôle de Danse Avec les Loups) ou Jeremy Renner, formidable en chasseur en quête de paix. Et il y a les autres, que ces vastes étendues désertes obligent à se confronter à leurs propres démons. Parmi ceux-là, il y a les méchants (dont on ne dira rien ici), et il y a cette très jeune agent du FBI (Elizabeth Olsen, également formidable) qui semble à peine sortir de l’enfance, mais trimbale déjà un regard étonnamment dur, et qui forme un tandem improbable avec Jeremy Renner.

Voilà qui aurait pu tourner au traditionnel buddy movie, source d’engueulades ou de gags c’est au choix. Mais Taylor Sheridan a la bonne idée de ne jamais jouer sur ce registre, préférant souligner le respect mutuel qui se crée immédiatement entre ces deux êtres si différents mais également abîmés par la vie.

La force du film, c’est la manière dont chaque thème, chaque aspect, enrichit les autres: le drame, le suspense, le mystère, l’émotion se nourrissent les uns les autres jusqu’à une conclusion aussi belle que noire. Le crime au cœur de l’histoire ne réserve pas de surprise extraordinaire, mais la manière dont il est traité fait de Wind River l’un des grands thrillers de ces dernières années.

Est-ce la présence de cette jeune recrue du FBI ? Ou cette manière de filmer une réalité ni glamour ni attendue ? L’ombre du Silence des Agneaux est en tout cas bien présente, mais jamais dévorante. Taylor Sheridan l’assume d’ailleurs, en reprenant et détournant habilement le fameux “coup de la porte”, montage trompeur qui faisait naître l’horreur dans le film de Jonathan Demme, et qui révèle ici de manière prématurée (et très maline) tout le mystère.

Pour mieux réussir à imbriquer violence (quelle fusillade!) et émotion, dans un final éblouissant.

Miller’s Crossing (id.) – de Joel et Ethan Coen – 1990

Posté : 26 octobre, 2017 @ 8:00 dans * Films de gangsters, * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, COEN Ethan, COEN Joel | Pas de commentaires »

Miller's crossing

Le grand film de gangsters des frères Coen… Après le film noir (Blood Simple) et la comédie noire (Arizona Junior), les frangins continuent à explorer les grands genres américains, avec un regard amoureux, une vraie gourmandise de cinéphile, et un style extraordinaire.

Ce regard amoureux est évident dès la toute première scène, clin d’œil évident et assumé à celle du Parrain. A l’autre extrêmité du film, le tout dernier plan révèle une autre raison d’être du film : Miller’s Crossing n’est pas seulement un hommage aux grands films de gangsters, il répond aussi à l’envie des deux frères de s’approprier les grandes figures archétypales du genre.

Ce dernier plan de Gabriel Byrne remettant son chapeau et relevant doucement la tête révèle une pure gourmandise de cinéaste : juste l’envie de filmer ce beau plan iconique, avec ce chapeau comme symbole d’un genre jamais vraiment disparu, qui joue d’ailleurs un rôle central dans le film, sorte de fil rouge visuel et thématique.

Miller’s Crossing est plein de ces petits moments anodins que le style des Coen transforme en grands moments de cinéma, totalement jouissifs, toujours en s’amusant avec les codes du genre. On retrouve là tous les poncifs du film de gangsters : les trahisons, les règlements de compte, les flics pourris, les politiques aux ordres, les hommes de main brutaux… Et les références ne manquent pas, de Scarface à Il était une fois en Amérique, en passant par La Clé de verre, c’est à peu près toute l’histoire de ce genre très américain qui est passée en revue.

Le style est exceptionnel et donne une suite de scènes mémorables, le rythme est impeccable, les acteurs sont formidables (Albert Finney, John Turturro, Steve Buscemi… tous au sommet autour de Gabriel Byrne, incarnation idéale du gangster à la Alan Ladd)… Et il y a l’ironie des Coen, un sens du décalage réjouissant qui flirte par moments avec la parodie. En particulier lors des fusillades, tellement énormes qu’elles en deviennent absurdes. Entre noirceur et dérision, les Coen trouvent le ton juste. Miller’s Crossing est une grande réussite.

Couple modèle (A Good Marriage) – de Peter Askin – 2014

Posté : 16 octobre, 2017 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, ASKIN Peter | Pas de commentaires »

Couple modèle

Il n’y a pas que Ça dans la vie. La seconde adaptation du roman culte est un succès phénoménal en salles. Mais un autre Stephen King fait l’actualité. Plus discrètement, certes : scénarisé par le King lui-même, cette adaptation de la nouvelle « Bon ménage » (publiée dans Nuit noire, étoiles mortes en 2010) débarque chez nous directement en DVD.

On ne va pas crier au génie : Couple modèle ne fait clairement pas partie des adaptations les plus mémorables du King, du genre Shining, Les Evadés ou Misery. Mais le film ne manque pas complètement d’intérêt. Il y a, déjà, une idée forte : celle d’adopter le point de vue d’une femme d’âge mur (Joan Allen, qui semble avoir pris 35 ans depuis son précédent rôle) à qui tout réussit, et qui découvre que son mari depuis trente ans (Anthony LaPaglia) pourrait bien être le tueur en série qui sévit depuis des années.

Le scénario a l’intelligence de ne pas jouer longtemps sur le suspense, qui n’est pas le sujet du film : oui, le mari est bel et bien un tueur. Toute la question est : que va faire la douce épouse ? Va-t-elle dénoncer son monstre de mari, et gâcher par la même occasion la vie de leurs enfants, leur fille s’apprêtant justement à se marier ?

OK, une bonne idée ne fait pas un grand film : celui-ci le prouve constamment. Souvent maladroit, plein de seconds rôles totalement sacrifiés (à part l’épouse, franchement, aucun personnage n’existe réellement), Couple modèle est sur à peu près tous les plans un rendez-vous manqué. Le retour du mari après la révélation, qui joue sur la confusion entre rêve et réalité, est même un ratage total qui sombre dans le grand-guignol foireux.

Va savoir pourquoi, pourtant, j’ai envie d’être indulgent avec ce film, trèèèès imparfait, mais qui ose déjouer constamment les codes du thriller, frustrant les attentes des amateurs d’hémoglobines, et s’offrant même un final humain et émouvant.

Sang pour sang (Blood Simple) – de Joel et Ethan Coen – 1984

Posté : 15 septembre, 2017 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, COEN Ethan, COEN Joel | Pas de commentaires »

Sang pour sang

Le premier plan du premier film des frères Coen est une merveille : la caméra, sur le siège arrière d’une voiture roulant dans la nuit, filme de dos un homme et une femme qui discutent et ébauchent les prémices d’une liaison. Un plan envoûtant et inquiétant déjà. Est-ce à cause de l’accent texan de cet homme au ton monocorde, de celui qui n’attend plus rien ? Ou l’évocation du mari qui ne va pas tardé à être trompé ? Ou simplement l’aspect hypnotique de cette route qui défile à l’arrière plan ? De ce premier plan naît une angoisse sourde qui ne nous quittera plus.

Sur un thème similaire, les Coen réussiront le grand Fargo une douzaine d’années plus tard. Il y a déjà ici l’idée du mari qui imagine un sale coup qui va totalement déraper. Mais de manière moins « innocente » ici : le mari en question (Dan Hedaya, pathétique et excellent) fait appel à un tueur libidineux (M. Emmet Walsh, extraordinaire dans le rôle de sa vie) pour descendre sa femme (Frances McDormand, déjà géniale dans son tout premier rôle) et l’amant de celle-ci (John Getz), lui-même ayant lamentablement échoué dans sa tentative de vengeance.

Tout est minable et échoue misérablement dans ce film noir oppressant. Et la violence n’est jamais anodine, pesant lourdement sur les rapports entre les personnages, et faisant naître la suspicion entre des amants qui se regardent avec un mélange troublant de désir et d’envie de meurtre. Jusqu’à la séquence finale, glaçante et inoubliable. Les ultimes éclats de violence ont définitivement isolé les personnages, l’un s’en prenant à l’autre en étant constamment dans des pièces séparées.

Dans Blood Simple, tout l’art des Coen est déjà là, avec une maîtrise impressionnante. Visuellement splendide, à l’atmosphère lourdement pesante, d’une violence physique et psychologique particulièrement marquante, ce coup d’essai est un coup de maître qui n’a pas pris une ride en plus de trente ans. A l’exception peut-être de la musique très synthé de Carter Burwell, qui faisait lui aussi ses débuts à Hollywood, et qui fera beaucoup mieux par la suite, notamment lors de ses nombreuses collaborations avec les Coen.

Prisoners (id.) – de Denis Villeneuve – 2013

Posté : 6 septembre, 2017 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, VILLENEUVE Denis | Pas de commentaires »

Prisoners

Villeneuve fait ses débuts à Hollywood avec ce thriller sombre et étouffant, qui confirme son immense talent et fait de lui l’un des cinéastes les plus passionnants du moment. Avec Prisonners, le réalisateur canadien réussit un thriller à peu près aussi marquant que Demme avec Le Silence des Agneaux, ou Fincher avec Seven puis Zodiac (déjà avec Jake Gyllenhaal). Bref, un grand film.

Deux fillettes disparaissent mystérieusement. Un jeune simplet est d’abord soupçonné, mais la police écarte vite cette piste. L’un des pères, lui, est persuadé de sa culpabilité, et ira très loin pour découvrir la vérité et retrouver sa fille. Ce père, c’est Hugh Jackman, acteur pas toujours ébouriffant, mais qui fait ici des merveilles dans le rôle de cet homme obsessionnel et désespéré, entre force brute et sensibilité à fleur de peau.

Ses confrontations avec le flic joué par Gyllenhaal (assez génial), qui semble constamment à côté de la plaque, sont étonnantes : deux versions radicalement opposées de l’obsession, qui mettent joliment en lumière les noirceurs de l’âme humaine. La réussite du film tient en partie à la vérité qui se dégage de ces personnages, et de tous les autres. Villeneuve ne fait pas l’impasse sur le spectaculaire, et signe quelques belles scènes d’action et de suspense, mais c’est cette vérité, et les erreurs dramatiques que les personnages commettent, qui marquent les esprits.

Et visuellement, c’est une splendeur. Sans renier les grandes références du genre des années 90 et 2000, Villeneuve affirme un style fascinant, à hauteur d’hommes et porté sur l’ellipse. D’une intensité rare, terrifiant et bouleversant, le meilleur thriller de ces dernières années ? Formidable, en tout cas.

Fargo (id.) – de Joel et Ethan Coen – 1996

Posté : 25 juin, 2017 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, COEN Ethan, COEN Joel | Pas de commentaires »

 Fargo

On a souvent parlé de la thématique de l’échec chère à John Huston. On pourrait parler de la thématique du crétin pour les frères Coen. Dans Fargo, les frangins nous plongent en plein cœur de la crétinerie, peuplée d’êtres bêtes ou méchants, ou les deux, d’où surnage un couple au verbe rare et aux gestes lents, dans un paysage immensément plat et couvert de neige qui renforce l’impression d’isolement et de silence oppressant.

Étrange et fascinante atmosphère, que celle de Fargo, avec sa policière taiseuse et enceinte jusqu’aux dents, qui semble porter un regard maternel un rien affligé sur la violence et la bêtise qui l’entourent, mais qui traverse ce monde tragique avec une forme d’apaisement magnifique, à l’image du couple superbement complice (au-delà des mots qu’ils ne prononcent que rarement) qu’elle forme avec son mari.

C’est le rôle d’une vie pour Frances McDormand, qui a souvent été gâtée par son mari de cinéaste (Joel), et qui a décroché un Oscar mérité pour sa prestation très décalée dans Fargo. Mais c’est toute la distribution qui aurait mérité une récompense, avec cette magnifique galerie d’abrutis, de losers et de monstres pour qui n’existe aucun espoir dans ces paysages d’où toute joie est absente.

A qui revient la palme ? A William H. Macy, révélation du film, extraordinaire en quintessence d’anti-héros de film noir ? Petit homme sans charisme et sans talent, dévoré par un beau-père trop riche et trop présent, il imagine une petite combine qu’il croit sans risque mais qui va précipiter un effroyable bain de sang. Un homme qui porte la culpabilité et la bêtise sur son visage de paumé et dans ses longues phrases vides de sens.

De l’autre côté, une sorte de double négatif : Steve Buscemi en petit escroc sans envergure dont la logorrhée conduit son complice Peter Stormare jusqu’à l’explosion inévitable de violence. Ces deux-là forment le duo de méchants le plus improbable et le plus inquiétant de la décennie. Parce qu’ils sont totalement cons et incontrôlables (l’un très franchement, l’autre parce qu’il se croit plus fort qu’il ne l’est), et parce que l’on sent dès leur apparition qu’ils amènent le drame et le sang, une sorte de boîte de Pandore aux regards ahuris.

Tout ça finit très mal bien sûr, et ce n’est jamais une surprise : la défaite de tous ses ratés semble écrite dès la toute première image, comme celle des grands personnages du film noir de la grande époque (celui de Détour, ou du Facteur sonne toujours deux fois…). Mais c’est le chemin qu’utilisent les Coen qui fait la singularité du film, la manière dont la violence fait irruption, absurde et radicale à la fois. Et ce regard, toujours, d’une Frances McDormand émouvante et hilarante à la fois. Un très grand cru.

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