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Archive pour la catégorie '* Thrillers US (1980-…)'

La Nuit des juges (The Star Chamber) – de Peter Hyams – 1983

Posté : 25 mars, 2020 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, HYAMS Peter | Pas de commentaires »

La Nuit des juges

Michael Douglas n’est encore qu’une ancienne vedette de série télé (et un producteur oscarisé) lorsqu’il tient la vedette de ce petit thriller à la fois discutable sur le fond, et franchement séduisant sur la forme. Il y incarne un jeune juge malade de devoir libéré des accusés qu’il sait coupables, pour de simples raisons de procédures, et qui accepte de rejoindre un tribunal secret composé de juges qui ont décidé d’appliquer leur propre loi.

Le film flirte avec le vigilante movie, mais c’est pour mieux pointer du doigt les « imperfections » d’une justice personnelle et expéditive. Un peu comme si Un justicier dans la ville prenait subitement la route de Magnum Force. Sauf que, pas plus que dans ces deux films, le scénario ne fait pas franchement le choix de la nuance.

Que ce soit dans la première partie clairement destinée à nous asséner à quel point les jeux de prétoire sont déshumanisés, ou dans la dernière où c’est l’innocence de deux condamnés qui révèle au juge Michael Douglas son erreur, c’est à grands sabots qu’avance le film, et avec volupté qu’il passe à côté d’une vraie réflexion.

Cela étant dit, La Nuit des juges surprend et séduit à plus d’un titre. Parce que Michael Douglas est excellent, dans un rôle curieusement effacé. Et surtout parce que Peter Hyams y révèle des talents de cinéaste pictural qu’il ne confirmera pas toujours, dans une filmographie très inégale. Dès la première scène, course-poursuite à pied particulièrement immersive, jusqu’à la grande séquence finale étirée à l’extrême et franchement flippante, le réalisateur signe un film intense au rythme impeccable.

Un vrai film d’atmosphère aussi, grâce à l’utilisation esthétiquement très réussie de jeux de lumières, tamisées par les éléments de décors, qui plongent constamment les personnages dans une sorte de trouble bien à l’image du film. Belle surprise, au final.

Mindhunter (id.) – saison 2 – créée par Joe Penhall et David Fincher – 2019

Posté : 19 mars, 2020 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, DOMINIK Andrew, FINCHER David, FRANKLIN Carl, PENHALL Joe, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Mindhunter saison 2

Après l’excellente première saison, on se demandait quand même un peu si le show de David Fincher allait réussir à garder la même intensité, avec ce parti-pris si radical. La réponse est oui, grâce à une logique dont Fincher ne se départit jamais : il n’est pas homme à se reposer sur ses lauriers, ses différentes contributions au « film de serial killer » le prouvent. Cette deuxième saison, tout en s’inscrivant dans le prolongement de la précédente, fait donc le choix d’une évolution très marquée.

Les entretiens avec les tueurs enfermés sont toujours présents, mais n’apportent plus grand-chose d’autres que des échecs, comme si Fincher (qui réalise encore les trois premiers épisodes) et les scénaristes voulaient montrer qu’ils n’étaient pas dupe : après la théorie, il est grand temps de passer à la pratique. En l’occurrence à la traque d’un authentique tueur en série toujours en activité : à Atlanta, où de nombreux enfants noirs ont été enlevés et assassinés.

Cette enquête, la première à laquelle la cellule créée par nos héros au sein du FBI est officiellement associée, occupe la plus grande partie de cette saison. Un choix là encore assez radical. D’abord parce que l’affaire, bien réelle, n’a été que partiellement élucidée. Puis parce qu’un doute subsiste toujours sur l’existence d’un tueur unique dans cette vague de meurtres.

Fausses pistes, plantages complets… L’enquête souligne l’importance de cette science du comportement encore balbutiante, mais aussi ses limites, et la difficulté d’associer les méthodes nouvelles et celles plus traditionnelles. Le formidable duo formé par les agents Ford (Jonathan Groff) et Tench (Holt McCallany) l’illustre bien : ce dernier étant partagé entre admiration et agacement à propos de son jeune collègue, aussi brillant et intuitif lorsqu’il s’agit de comprendre des tueurs qu’il ne connaît pas, que déconnecté et à côté de la plaque avec son entourage.

L’entourage du duo d’enquêteurs et de l’analyste jouée par Anna Torv semble en retrait. Pourtant, son importance est centrale dans cette saison qui, au fond, évoque surtout la radicalisation de ces personnages qui, plus ils avancent dans la compréhension de ces tueurs qu’ils apprennent à connaître mieux que quiconque, plus ils s’enfoncent dans une logique d’où tous les êtres censés sont exclus. Les dernières minutes de cette belle fascinante d’épisodes sont ainsi d’une tristesse insondable. La troisième saison, incertaine, n’en est que plus urgente.

Les Infiltrés (The Departed) – de Martin Scorsese – 2006

Posté : 12 mars, 2020 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2000-2009, SCORSESE Martin | Pas de commentaires »

Les Infiltrés

Internal Affairs était un excellent thriller hong-kongais sur l’éternel thème du double négatif. Scorsese en tire la matière pour un film très personnel, l’un de ses grands films de gangsters, tragédie douloureuse et violente qui s’inscrit finalement plus dans la lignée des Affranchis que dans celle du film dont il est le remake.

Scorsese va beaucoup plus loin dans la thématique du double, opposant systématiquement les trajectoires des deux flics : l’un renseignant un parrain de la mafia de Boston (Matt Damon), l’autre infiltré auprès du même parrain (Leonardo Di Caprio)… Plus le premier gravit les échelons de la police, plus l’autre s’enfonce dans une vie de violence, de solitude et d’aliénation.

Une opposition d’autant plus forte que ces deux là se retrouvent sur de nombreux points. Tous deux vont toujours plus loin dans le mensonge et dans la tromperie, poussés par une figure paternelle qui les dirige dans l’ombre : Jack Nicholson en mafieux glaçant, Martin Sheen en policier à la figure de père tranquille. Tous deux rêvent aussi de s’émanciper et de retrouver leur vraie identité. Et tous deux tombent amoureux de la même femme, Vera Fermagia.

On pourrait ajouter aussi que tous deux sont entourés d’hommes vulgaires et mal dégrossis, aux langages de charretiers. Et les flics ne sont pas les plus élégants : les joutes verbales entre Mark Whalberg et Alec Baldwin (oui, la distribution est éblouissante) sont d’ailleurs des moments étonnants, presque légers. En tout cas drôles et franchement réjouissants.

Scorsese est pourtant en mode sombre. Crépusculaire, même. La mort est omniprésente, et elle frappe fort, sans jamais être anodine. Sur le toit d’un immeuble, dans une cage d’ascenseur ou dans un entrepôt désaffecté, la mort est mise en scène avec une brutalité et une intensité hallucinantes.

Le film a valu un Oscar tardif à Scorsese. Le film de gangsters lui va décidément comme un gant, que ce soit la mafia italienne ou, comme ici, la mafia irlandaise…

The Yards (id.) – de James Gray – 2000

Posté : 7 mars, 2020 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2000-2009, GRAY James | Pas de commentaires »

The Yards

C’est toujours bon à prendre, deux heures de franche rigolade. Et en la matière, James Gray se pose un peu là !… Non ?… Non… Gray est un cinéaste immense, visiblement pas un clown. Avec lui, même un semblant de happy-end a des allures d’échec total.

Comme dans son premier film, Little Odessa (et comme dans le suivant, La Nuit nous appartient, qui bouclera une sorte de trilogie noire informelle), Gray parle de famille, de destin, de violence et de mort. De famille, il est question constamment, de ces liens du sang, du mariage ou de l’amitié qui sont plus forts que tout… sauf quand la réalité vous rattrape.

Bref, il est question de famille, mais il est aussi question de trahison, et surtout de destin, forcément tragique. Mark Whalberg, délinquant à peine sorti de prison et décidé à marcher droit pour se rattraper auprès de sa maman si triste (Ellen Burstyn, merveilleuse), passe ainsi le film à se noyer. Littéralement, et sans une goutte d’eau.

Un type bien, entouré de proches décidés à l’aider à tout prix… jusqu’à ce que leur propre vie se retrouve menacée : le meilleur pote Joaquin Phoenix (extraordinaire… bien sûr !), le « tonton » James Caan, et même la tante jouée par Faye Dunaway.

Le plus terrible dans cette histoire, c’est que les sentiments qui lient tout ce petit monde sont sincères. Le patriarche James Caan a vraiment un bon cœur, mais ce bon cœur cohabite avec un instinct de survie tout personnel et un beau sens de la corruption. Tout se serait idéalement passé pour Leo (Whalberg) s’il n’y avait eu cet incident…

L’incident, sans en dire trop, fait partie de ces moments dont James Gray a le secret. Dans ses trois premiers films, ces chefs d’œuvre noirs, la tragédie humaine est toujours ponctuée de séquences de suspense hallucinantes dont on se rend compte lorsqu’elles s’achèvent qu’on les a regardées le souffle coupé. Littéralement.

Mindhunter (id.) – saison 1 – créée par Joe Penhall et David Fincher – 2017

Posté : 1 mars, 2020 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, DOUGLAS Andrew, FINCHER David, KAPADIA Asif, LINDHOLM Tobias, PENHALL Joe, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Minhunter saison 1

La fascination de David Fincher pour les tueurs en série a donné de grands films de cinéma : Seven, Zodiac, mais aussi Millenium. Elle donne cette fois une grande série télé qui, comme tout ce qu’il a fait jusqu’à présent, offre une approche inédite du genre.

Loin de Seven, donc. Loin de Zodiac aussi, Mindhunter évoque la naissance de la science du comportement au sein du FBI. Inspirée de personnages réels, la série met en scène quelques uns des tueurs en série les plus marquants des Etats-Unis, à commencer par Ed Kemper, mais d’une manière assez radicale, en reléguant le suspense traditionnel loin, très loin en arrière-plan.

Rien de facile, ni d’évident dans l’approche de Mindhunter. L’essentiel de l’action consiste en de longues « interviews » des criminels en prison. Il y a bien quelques tueurs en liberté, que les méthodes nouvelles de nos héros pourraient aider à interpeller. Mais la série évite de tomber dans la logique du polar, et fuit comme la peste toutes les ficelles habituelles pour créer le suspense.

Peu de suspense, d’ailleurs, mais une tension, énorme. Et des glissements, imperceptibles et vertigineux. Celui de Ford et Tench, les deux agents si différents dont le quotidien est de côtoyer les pires monstres de l’histoire récente avant de rentrer faire un bécot à leurs compagnes. Ils sont formidables, Jonathan Groff et Holt McCanally, deux acteurs aux styles radicalement opposés : l’un éthéré, délicat et si perméable aux horreurs qu’il approche au plus près, l’autre solide, massif et terrien. Une grande trouvaille, que d’associer ces deux là.

David Fincher, comme il l’avait fait pour House of Cards, définit l’univers visuel de la série en réalisant lui-même les deux premiers épisodes. Il signe aussi les deux derniers de cette première saison, chef d’œuvre de tension, inconfortable au possible.

On sort haletant de cette ultime confrontation entre Ford et Kemper, conscient des limites de ce l’humain peut endurer. Mal à l’aise, mais on en redemande…

Hangman (id.) – de Johnny Martin – 2017

Posté : 26 février, 2020 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, MARTIN Johnny, PACINO Al | Pas de commentaires »

Hangman

Le Parrain, Serpico, Un après-midi de chien, Heat… et Hangman. Pacino touche le fond avec ce thriller de bas étage, pâle copie tardive de Seven, tourné à une époque où on ne pensait plus voir de pâles copies de Seven, tant le sujet a été rabâché dans les années 90.

Il a tourné beaucoup, et souvent n’importe quoi, Pacino, ces dernières années. Beaucoup de films indignes de son talent. Mais là… Pas envie d’en rajouter sur le film lui-même, au scénario très con (un tueur en série qui s’inspire du jeu du pendu), à la mise en scène épileptique, aux acteurs lambda (Karl Urban, bof), sans surprise et à peine efficace.

Il y aurait en revanche beaucoup à dire sur le choix d’Al Pacino, légende vivante qui se vautre dans un rôle qui n’est ni de sa trempe, ni de son âge. Gênant, même pour lui. Après ça, il enchaînera avec Tarantino et Scorsese, pour ses deux meilleurs films depuis plus de vingt ans. Sans doute lui fallait-il toucher le fond pour remonter à la surface !

Brooklyn Affairs (Motherless Brooklyn) – d’Edward Norton – 2019

Posté : 16 février, 2020 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, NORTON Edward | Pas de commentaires »

Brooklyn Affairs

Il est des films comme ça dont on ne saurait dire d’emblée pourquoi ils sont au-dessus des autres. C’est clairement le cas de ce Brooklyn Affairs, deuxième mise en scène d’Edward Norton, presque vingt ans après son baptême du feu (pour Au nom d’Anna, pas vu). Et tant qu’on est dans les chiffres : cela fait une dizaine d’années que l’acteur planche sur cette adaptation, dont il a lui-même écrit le scénario, ample et complexe.

L’intrigue s’inscrit dans la lignée d’un Chinatown : la ville est différente (ici, c’est New York), mais on retrouve la même ambition, la même ampleur, la même complexité aussi, avec ces ramifications qui s’entrecroisent et ne cessent de s’ouvrir vers d’autres choses, mélange de politique véreuse et de secrets d’alcôves. Le récit est dense, touffu même, mais toujours limpide : la marque d’un cinéaste qui maîtrise totalement son sujet.

A ce sujet s’ajoute le personnage que joue Norton : un petit détective sans envergure, dont la vie est bouffée par le syndrome Gilles de la Tourette qui le déforme à force de tics, et qui le pousse à sortir des insanités ou des phrases absurdes. Un syndrome qu’on n’imaginait à vrai dire pas voir un jour dans un film, si ce n’est sous l’angle de la comédie. Et là, petit miracle : ça ne prête jamais à sourire autrement qu’avec bienveillance et tendresse. Ce pourrait être ridicule, risible, mais non. Tout en en faisant beaucoup, Norton réussit à rendre ça naturel, sans angélisme ni apitoiement.

Pourtant, c’est encore un autre aspect du film qui marque le plus : cette petite musique d’un autre temps. Elle vient du jazz bien sûr, omniprésent dans la bande son et à l’image. Mais pas seulement. Cette petite musique si vivante, qui semble raviver toute une imagerie d’une certaine Amérique, elle vient aussi des choix esthétiques de Norton. Une scène, magique, l’illustre bien : celle de la gare, où le héros va trouver la clé de l’intrigue.

Cette scène toute entière a quelque chose d’irréel, et une beauté picturale qui renvoie directement au réalisme social des peintres américains des années 40. Cette femme assise sur un tas de valises, éclairée par un halo de lumière, et près de laquelle un pigeon picore des miettes. Plus loin, ce couple qui s’embrasse près des casiers de la gare. Là encore, Norton flirte avec le grotesque, tant ces images semblent iconiques. Mais non, ces apparitions ancrent le film dans une certaine idée de l’Amérique, nostalgique et fascinante.

C’est d’ailleurs lui, Norton, qui a placé son intrigue dans l’Amérique des années 50. Un choix qui renforce le caractère social de l’histoire, et notamment la lutte des noirs pour leurs droits, centrale dans le film. Ancrée dans cette décennie donc, mais avec de brûlantes résonances avec l’époque moderne, en particulier dans le personnage du grand méchant politicien, qu’Alec Baldwin s’amuse en transformer en brûlot anti-Trump (qui veut que l’Amérique soit grande).

Grand film de détective, grand film de personnages (des tas de seconds rôles formidables, dont Willem Dafoe et Bruce Willis), grand film jazzy, et grand film romantique aussi. Voir surtout. La plus belle scène, celle qui dit le mieux la réussite de ce film, c’est celle du club de jazz, où un Edward Norton ravagé par les tics est soudain calmé par la main que la jeune militante noire dont il s’éprend (Gugu Mbatha-Raw) lui passe doucement sur la nuque, comme le faisait sa maman lorsqu’il était petit.

Ce geste simple pourrait facilement être grotesque, là encore. Mais non. Ce moment, simple et tendre, cette parenthèse dans le tourment intérieur du héros, pendant que l’orchestre joue, est l’un de ces moments rares de cinéma où le temps s’arrête, où les frissons vous gagnent. Un moment de pure magie.

Enemy (id.) – de Dennis Villeneuve – 2013

Posté : 10 février, 2020 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, FANTASTIQUE/SF, VILLENEUVE Denis | Pas de commentaires »

Enemy

Un professeur discret à la triste vie bien rangée découvre qu’il a un sosie, jeune acteur dont la vie fantasque le fascine. Il se met à l’observer, et décide bientôt de le rencontrer…

Une simple histoire de sosie et de fascination ? Dès les premières images, Denis Villeneuve nous fait ressentir que ce n’est pas si simple. Ressentir plus que comprendre, vraiment : le film multiplie les images dont on sait que ce sont des clés, mais sans jamais faciliter la compréhension de la chose.
Et ce dès les premières minutes, avec cette araignée qui sort d’une boîte mystérieuse, dans un lieu de débauche. On sent bien qu’elle signifie quelque chose, mais quoi ? Le trouble qui s’installe, et et monte en puissance sans qu’on puisse réellement dire pourquoi, est la grande réussite de Villeneuve avec ce film.

Avec cette histoire sans réel fil narratif tangible, Villeneuve flirte avec le grotesque. Mais en faisant ressentir cette inquiétude, cette angoisse que rien de précis ne justifie vraiment, le réalisateur réussit quelque chose d’assez fort. Quelque chose de presque lynchien (avec une pointe de Cronenberg), mais à sa manière propre.

Le problème, c’est qu’on ne peut pas dire grand-chose du film sans en dévoiler la nature et sans éventer le mystère. En vrac, soulignons donc simplement la belle (et opaque) double-performance de Jake Gyllenhaal, la force quasi-abstraite des décors (une qualité que l’on retrouvera dans le Blade Runner de Villeneuve) ou la simplicité dérangeante de la mise en scène.

On notera aussi qu’il est question de mal-être, de culpabilité et de peur de l’avenir. Mais aussi que la dernière image, traumatisante et insondable, n’a pas fini de hanter l’esprit du spectateur qui se raccrochait jusque là à une histoire basique de sosie.

The Score (id.) – de Frank Oz – 2001

Posté : 6 février, 2020 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2000-2009, DE NIRO Robert, OZ Frank | Pas de commentaires »

The Score

De Niro et Brando dans un même film… Ces deux monstres sacrés avaient partagé le même rôle (Don Vito, respectivement dans Le Parrain 2 et Le Parrain tout court), jamais la même affiche. Autant dire que ce face-à-face était excitant, surtout qu’une troisième génération alors très prometteuse s’invitait à la fête : Edward Norton, en pleine ascension.

Il y a une scène où, quand même, cette réunion est très enthousiasmante : lorsque Norton s’attable à côté de ses deux aînés. Là, on ne peut s’empêcher de se mettre à la place de ce jeune trentenaire et de se dire : Wouah ! Je joue dans la même cour que Robert De Niro et Marlon Brando !

D’autant plus impressionnant que c’est le tout dernier rôle de Brando, énorme et fatigué, qui fait des efforts louables pour rendre son personnage intéressant. Peine perdue : aucun des personnages ne l’est vraiment, intéressant. Ni surprenant, ni inquiétant, ni intense… Ou comment gâcher une incroyable réunion de talents, par un incroyable manque d’ambition.

Passées les quelques scènes de Brando, anecdotiques, The Score est un simple film de braquage, qui n’a ni l’élégance d’Ocean’s eleven, ni l’intensité de L’Ultime Razzia. Pas même inventif, encore moins excitant, avec des facilités scénaristiques énormes (la moindre difficulté rencontrée dans l’organisation du braquage est réglée d’un coup de téléphone) que les efforts de Frank Oz ne parviennent pas à faire oublier.

De Niro et Brando dans un même film ? A quoi bon, si c’est pour en faire un film de série aussi anonyme que celui-ci…

The Highwaymen (id.) – de John Lee Hancock – 2019

Posté : 30 janvier, 2020 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, COSTNER Kevin, HANCOCK John Lee | Pas de commentaires »

The Highwaymen

Une question me taraude : le fait que mes deux premiers films Netflix, The Irishman et The Highwaymen, soient deux films sur la vieillesse, dit-il quelque chose sur Netflix ? Ou sur moi-même ? Passons… The Highwaymen, ou la traque de Bonnie et Clyde par un duo légendaire d’hommes de loi, est donc un film sur la vieillesse.

Kevin Costner et Woody Harrelson y sont deux Texas Rangers retirés des affaires, et auréolés d’une légende tâchée de sang, qui reprennent du service pour se lancer à la poursuite des célèbres Bonnie and Clyde. On pense au William Munny d’Impitoyable bien sûr, référence très assumée, jusqu’à cette manière dont le personnage de Costner est incapable de toucher la moindre bouteille avec son flingue…

Et il y a un peu de ça dans The Highwaymen, un peu de ce « baroud d’honneur » d’homme d’un autre temps, de vieux cowboys qui renouent avec la violence parce qu’elle est là, dans leur peau, mais qui réalisent sur le tard qu’elle est tout ce qu’ils ont cherché à fuir.

C’est un rôle sur mesure pour Costner, qui ne s’est peut-être jamais autant mis à nu, mettant en scène sa décrépitude physique avec une sincérité d’autant plus touchant qu’elle n’a rien de gratuite. L’acteur et sa place dans le cinéma contemporain est d’ailleurs, peut-être, le vrai sujet du film, tant les références à sa filmographie sont nombreuses. « Et après, on va appeler qui ? Wyatt Earp ? » interroge Kathy Bates. « Now we’re on open range« , lance Woody Harrelson.

Entre Costner et Harrelson, l’alchimie est parfaite, le second degré réjouissant du premier renforçant la prestation du deuxième. Bonnie and Clyde, d’ailleurs, ne sont qu’un prétexte pour souligner l’absurdité de cette époque où tout change, sorte de trait d’union entre l’Amérique des cow-boys et l’ère moderne, entre la Grande Dépression et la Grande Amérique.

Le film met à mal le mythe de Bonnie and Clyde. Il n’épargne pas non plus ceux qui les ont arrêtés. Et le réalisateur John Lee Jancock (scénariste d’Un monde parfait, la rencontre entre Costner et Eastwood) trouve le ton juste entre la gravité et la légende. Il y a une bonne dose de dérision dans cette virée de deux anciens dépassés par le monde qui les entoure. Il y a aussi de l’intensité, et une vraie dose de cynisme.

Costner domine le film avec son passé d’homme de l’Ouest, comme Eastwood avant lui. Il y avait bien longtemps qu’on ne l’avait pas vu dans un aussi bon film.

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