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Archive pour la catégorie '* Polars/noirs France'

Les Caves du Majestic – de Richard Pottier – 1944

Posté : 23 janvier, 2013 @ 3:04 dans * Polars/noirs France, 1940-1949, Maigret, POTTIER Richard | Pas de commentaires »

Les Caves du Majestic – de Richard Pottier – 1944 dans * Polars/noirs France les-caves-du-majestic

Dynamique, bavard, primesautier, Albert Préjean est un Maigret formidable à une réserve près : il n’a pas grand-chose à voir avec le personnage de Simenon. Maigret, le vrai, est un taiseux, qui se fond dans l’atmosphère des lieux, et laisse gagner par la « musique » qui l’aide à comprendre les gens, le contexte…

Maigret, sous les traits de Préjean, passe à son temps à dire qu’il va flâner en se laissant gagnant par la musique, mais fait constamment le contraire. Un beau parleur et un manipulateur, qui interroge en usant de trucs un rien éculés (comme celui, redondant, qui consiste à poser une question anodine pour tester la nervosité de l’autre).

Maigret n’est donc pas Maigret, mais cela n’enlève rien à la réussite du film, polar absolument passionnant qui est, au final, une adaptation qui colle plutôt bien à l’esprit de Simenon. Car si Maigret est un observateur bien bavard, Richard Pottier, lui, laisse bel et bien sa caméra s’imprégner des lieux, en l’occurrence un grand palace parisien et quelques lieux de nuit où se croisent tous les suspects dans une affaire de meurtre.

Une cliente du palace a été retrouvée morte dans les caves du Majestic, et Maigret réalise bientôt que la plupart des suspects la connaissaient, qu’ils soient milliardaires ou simples employés, secrétaires ou danseurs… Une intrigue complexe, avec des tas de fils qui se croisent, et que Maigret démêle avec une fluidité parfaite.

Trop démonstratif, peut-être (« Dans mon métier, il est important de paraître plus bête qu’on est » fait partie des nombreuses phrases inutiles). Et l’intrigue secondaire, qui tourne autour de l’enfant, est très émouvante, mais paraît quelque peu hors sujet.

Il y a en tout cas le bonheur de retrouver des tas de seconds rôles incontournables du cinéma français des années 40, avec le débit incompréhensible d’André Gabriello et la voix profonde et gouailleuse de Jacques Baumer parfaitement mis en valeur par les dialogues et le scénario de Charles Spaak (à qui on doit entre autre La Grande Illusion).

Spaak et Pottier assument totalement le film de genre : Les Caves du Majestic ne se veut pas autre chose d’une intrigue policière passionnante.

Aux yeux de tous – de Cédric Jimenez – 2012

Posté : 11 janvier, 2013 @ 7:07 dans * Polars/noirs France, 2010-2019, JIMENEZ Cédric | Pas de commentaires »

Aux yeux de tous – de Cédric Jimenez – 2012 dans * Polars/noirs France aux-yeux-de-tous

Typiquement le genre de films construits uniquement sur un parti-pris de mise en scène, et qui peut très facilement tomber dans l’exercice de style un peu vain. Le point de départ : un attentat dans une gare parisienne, qui fait 17 morts et des dizaines de blessés. Le postulat : un hacker de génie a déniché les images de l’attentat, identifier les coupables, et les piste par le seul intermédiaire des caméras de surveillance et autres webcams auxquelles il parvient à avoir accès.

En grande partie, le film, dans sa forme, n’est que ça : uniquement fait de ces images volées que notre mystérieux hacker fait défiler pour démasquer et piéger tous les protagonistes de cet attentat, et pour mettre à jour une conspiration internationale. Tout ça de chez lui, en n’étant qu’un simple spectateur-manipulateur.

Pendant une petite demi-heure, la maîtise de cette narration hors normes est assez bluffante. Cédric Jimenez réussit son pari, et réussit à faire vivre ses personnages (Mélanie Doutey, Olivier Barthélémy, Francis Renaud) à travers ces seules images froides et impersonnelles. Un tour de force.

Et lorsque la mécanique commence à lasser (parce que ça arrive immanquablement), Jimenez fait évoluer son film. Pas de révolution brutale, non : le principe voyeuriste reste de rigueur. Mais le hackeur déshumanisé, dont on ne voit que les yeux froids, assiste à un acte d’une brutale réalité, à laquelle il n’était pas préparé. Le spectateur-internaute s’humanise enfin, et entre dans l’action. Toujours par écrans et téléphone interposés cependant, jamais en se coltant directement avec l’âpre réalité de l’extérieur.

On passera sur le dénouement un peu trop paranoïaque pour être vraiment honnête. Et on retiendra que Cédric Jimenez a réussi son pari : faire d’un exercice de style assez extrême un pur film de genre efficace et tendu comme il faut.

Justin de Marseille – de Maurice Tourneur – 1935

Posté : 7 janvier, 2013 @ 6:20 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, TOURNEUR Maurice | Pas de commentaires »

Justin de Marseille – de Maurice Tourneur – 1935 dans * Polars/noirs France justin-de-marseille

Paraît qu’il fut un temps où il y avait des règlements de comptes entre voyous à Marseille. C’était il y a tout juste huit décennies, difficile d’imaginer ça aujourd’hui… Surtout qu’à l’époque, les gangsters étaient bien sapés, portaient chapeaux, et avaient le sens de l’honneur. Les gangsters de cinéma dignes de ce nom en tout cas, parce que les autres, les petites frappes sans honneur, le milieu s’arrangeait pour les faire disparaître….

C’est donc le Marseille de la pègre que filme Maurice Tourneur, et on sent bien que le cinéaste est encore marqué par sa longue expérience hollywoodienne (qu’il me reste à découvrir), avec ces clans ennemis qui s’habillent et agissent « à l’américaine », comme les gangsters de Chicago qui crevaient l’écran au cours de cette décennie. Des durs qui impressionnent (et qui inspirent à Tourneur l’un des plus beaux plans de sa carrière française : un long travelling qui suit un gangster en fuite qui se fond dans la foule), mais qui n’ont pas le cœur des Marseillais.

Parce que le personnage principal de ce film, c’est Marseille, son âme, ses valeurs, tout ça symbolisé par Justin (Antonin Berval), caïd au grand cœur qui, à en croire le scénario de Carlo Rim et la caméra de Tourneur, n’agit que par sens de l’honneur, jamais pour l’appât du gain. Et la guerre des gangs qu’il livre à son principal concurrent n’a qu’une raison d’être : l’absence de valeur de ce dernier.

Un Marseille fantasmé ? Bien sûr, mais ce chant d’amour à la cité phocéenne (qui s’ouvre et se referme effectivement sur des déclarations d’amour à la ville) n’est léger qu’en apparence. Si on prête attention aux détails de la mise en scène, on réalise que l’approche de Tourneur est loin d’être naïve. Son film est parsemé de petits indices qui illustrent avec délicatesse la dureté, et la cruauté, de cette ville qui broie les plus faibles.

Cet Hôtel de L’Etoile, par exemple, tenu par un patron bonhomme, n’est qu’un hôtel de passe où la jeune femme amoureuse et innocente est entraînée malgré elle, alors qu’elle n’aspire qu’à prolonger ses années de pureté… Ce personnage secondaire de jeune femme échouée à Marseille on ne sait pour quelle raison, mais dont on devine qu’elle a un lourd passé, inspire à Tourneur quelques-uns des plus beaux moments de son film, comme cette tentative de suicide en pleine nuit, et alors que les éclats de rires résonnent un peu partout. Une séquence d’une beauté terrifiante et frappante.

L’accent marseillais omniprésent fait ressembler le film à ce qu’il n’est pas : une chronique haute en couleurs et inoffensive de canailles fort sympathiques. Justin de Marseille est bien plus riche que ça. Très inspiré, Tourneur y fait germer le glauque et le désespoir d’un décor de cartes postales.

Le Chien jaune – de Jean Tarride – 1932

Posté : 11 décembre, 2012 @ 2:59 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, Maigret, TARRIDE Jean | Pas de commentaires »

Le Chien jaune

En 1932, Simenon est adapté pour la première fois au cinéma, et à deux reprises : par Jean Renoir avec La Nuit du Carrefour, et par Jean Tarride avec ce Chien jaune, les deux premiers Maigret d’une très longue liste. Petite anecdote amusante, mais pas facile à caser dans un dîner en ville : dans ces deux films, le réalisateur dirige un membre de sa famille dans le rôle du commissaire Maigret, son frère aîné Pierre pour Jean Renoir, et son père père Abel pour Jean Tarride.

Tiré d’un très grand roman, Le Chien jaune a tout pour être une grande réussite. Tarride suit à la lettre le livre de Simenon, adopte les mêmes décors (réels) : les ruelles de Concarneau, son port, sa campagne, et le petit hôtel de l’Amiral où Maigret passe le plus clair de son temps à observer les va-et-vient de la populace locale. Tarride filme les rues obscures et venteuses, s’attache à la vie qui s’installe dans cette petite communauté.

Bref, il fait tout comme Simenon. Sauf que l’écrivain a du style, et qu’il sait mieux que quiconque instaurer une ambiance en une phrase. Tarride n’a pas ce talent. Le Chien jaune peine à créer une atmosphère, la faute aussi à des acteurs qui déclament leur texte, et peut-être plus que tout à un Maigret antipathique.

Abel Tarride a beau avoir le physique imposant du commissaire, il est constamment à côté de la plaque. Dans les romans de Simenon, Maigret est une masse qui se fond dans l’environnement qu’il découvre. Incarné par Abel Tarride, c’est un être intrusif, brutal et peu aimable.

Plus connu comme dramaturge que comme acteur (même s’il a quelques films muets derrière lui), Abel Tarride n’est guère convaincant. A vrai dire, il donne l’impression d’être un père filmé par un fils qui veut le mettre en valeur. Un fils qui ne voit pas que ce Maigret-là n’est pas à la hauteur du personnage.

Le film vaut surtout pour son intérêt historique, et pour quelques séquences nocturnes bien troussées.

L’Assassin habite au 21 – de Henri-Georges Clouzot – 1942

Posté : 12 octobre, 2012 @ 3:29 dans * Polars/noirs France, 1940-1949, CLOUZOT Henri-Georges | Pas de commentaires »

L'Assassin habite au 21 1

J’ai toujours eu un faible pour ce premier film réalisé par Clouzot, une petite merveille légère et irrésistible, souvent considérée comme une comédie policière mineure. Libre adaptation (par Clouzot et l’auteur lui-même) d’un polar de Steeman (qui fait partie de ces écrivains très en vogue dans les années 30/40, mais dont le style paraît bien vieillot aujourd’hui), le film est la suite de Le Dernier des Six, dont Clouzot avait déjà signé l’adaptation un an plus tôt. Pierre Fresnay et Suzy Delair y retrouvent leurs rôles : celui du commissaire Wens et de sa petite amie, apprentie chanteuse grande gueule et casse couilles.

Chacun de leur côté (lui pour éviter d’être renvoyé, elle pour attirer l’attention d’un impresario), ils tentent de démasquer « Monsieur Durand », un tueur en série qui sévit à Paris, et dont le commissaire apprend qu’il est l’un des pensionnaires d’une pension de famille, les Mimosas. Wens s’y fait admettre en se faisant passer pour un pasteur, et sa douce ne tarde pas à l’y rejoindre.

L’intrigue policière n’intéresse pas vraiment Clouzot, qui se concentre bien davantage sur les personnages, leurs comportements au sein d’une communauté hétéroclite confrontée à l’irruption du Mal et du soupçon (le même thème qu’il développera, en bien moins léger, dans Le Corbeau). Surtout, il privilégie l’humour, fait peut-être unique dans sa filmographie. Les dialogues, gouailleurs et caustiques, sont particulièrement réussis. « Je ne peux pas me rendre compte, je suis une vraie jeune fille », lance une vieille pensionnaire des Mimosas. « Mes compliments », lui répond Wens… C’est brillant, croustillant, et c’est comme ça jusqu’à la fin.

Le couple Fresnay/Delair est un autre moteur de l’humour et du rythme imparable de ce film. Parce qu’ils sont totalement opposés, lui raide comme la justice, elle totalement exubérante, ces deux-là forment un couple de comédie idéal. Suzy Delair d’ailleurs, souvent tête à claque dans ses films, est formidable ici, en partie grâce au contrepoint que lui offre Fresnay.

L'Assassin habite au 21 2Et les moindres seconds rôles sont exceptionnels, avec une mention spéciale à Pierre Larquey, acteur de second plan génial et indispensable, qui donne un relief formidable à un personnage qui, sur le papier, n’en a guère. Noël Roquevert en faux militaire, et Jean Tissier en artiste de music-hall haut en couleurs, sont excellents eux aussi.

Le moindre petit rôle a la gouaille si séduisante de ce Paris disparu, et j’avoue un petit faible pour André Gabriello, le gros flic bonhomme au débit impossible, et pour le tout jeunôt Raymond Bussières qui lui chante du haut de son lampadaire « J’emmerde les gendarmes, et la maréchaussée, et la maréchaussée… ».

Et puis il y a le rythme, imparable et jubilatoire, et l’intelligence de la mise en scène, qui utilise merveilleusement les beaux décors. Dès la toute première séquence, Clouzot impressionne par la maîtrise de son art. En quelques minutes, il plante le contexte, et signe une belle séquence de suspense tout droit issue du réalisme poétique. La toute première scène de sa filmographie, et déjà un chef d’œuvre.

Les 5 Gentlemen maudits – de Julien Duvivier – 1931

Posté : 21 mai, 2012 @ 11:59 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, DUVIVIER Julien | Pas de commentaires »

Les 5 gentlemen maudits

Cinq amis occidentaux se retrouvent dans une ville sainte de Tunisie, et son maudits par un sorcier local lorsque l’un d’eux bouscule une jeune femme dont il voulait ôter le voile. Le sorcier leur assure qu’ils mourront tous l’un après l’autre, avant la prochaine pleine lune. Le lendemain, l’un d’entre eux se noie accidentellement. Quelques jours après, un deuxième meurt dans un accident d’avion. Puis, un troisième est assassiné. Les deux derniers, un Français devenu millionnaire par héritage, et son ami Anglais, finissent par prendre au sérieux la malédiction, et partent à la recherche du sorcier…

Disons-le tout de suite : Julien Duvivier ne prend absolument pas au sérieux son histoire de malédiction, qui n’est qu’une excuse à peine déguisée pour filmer sa toile de fond. En l’occurrence les rues bondées de monde et baignées de soleil de Moulay-Indriss, cité traditionnelle de Tunisie où les rites vont bon train, et où les vieilles traditions sont toujours en vigueur en ce début des années 30.

On n’est pas loin du documentaire déguisé, mais le film est un témoignage peut-être plus fascinant encore. Parce que rares sont les films de fiction populaire dont la toile de fond est à ce point criants de vérité. Normal : Duvivier tourne sur le vif, avec des acteurs qui se mêlent à la population. Et pourtant, les images sont d’une beauté assez époustouflante. Rien à voir avec les traditionnelles images volées que l’on voit souvent dans les films de fiction. Ici, le cinéaste soigne le moindre de ses plans, jouant avec les « gueules » des autochtones, avec les couchers de soleil, avec la foule en mouvement, avec les champs infinis, ou avec le mystère qui se dégage des ruines.

D’ailleurs, Les 5 Gentlement maudits est avant tout un film visuel. Est-ce l’effet du temps sur la copie ? Est-ce une volonté de Duvivier ? La plupart des dialogues sont difficiles, voire impossibles, à comprendre (seul Harry Baur, dans un rôle qui n’est utile que pour assurer une tête d’affiche au film, est vraiment audible ; à l’exception de Robert Le Vigan, dont la diction est bien plus claire que celle des autres comédiens). Mais qu’importe : le plaisir est de chaque instant dans ce film que Hergé a sans aucun doute vu à sa sortie (on en retrouve des plans entiers dans les cases du Crabe aux pinces d’or).

Un film qui est l’ultime cri d’amour au cinéma muet d’un cinéaste qui a eu du mal à accepter le passage au parlant. Au bonheur des dames était déjà un film muet tardif (tourné par Duvivier en 1930)… Les 5 Gentlemen maudits, le deuxième « talkie » du cinéaste après David Golder, est essentiellement tourné comme un film muet. Avec toute la richesse visuelle que cela implique.

Un Crime – de Jacques Deray – 1992

Posté : 24 septembre, 2011 @ 3:37 dans * Polars/noirs France, 1990-1999, DERAY Jacques | Pas de commentaires »

Un crime

Le tandem Delon/Deray, c’est sept films tournés entre 1968 (La Piscine) et 1980 (Trois hommes à abattre) ; et dans le lot, pas grand-chose à jeter. C’est aussi un retour raté, tenté au début des années 90, alors que les deux hommes cherchaient un nouveau souffle : ni cette adaptation d’un roman de Gilles Perrault, ni celle d’un Simenon (L’Ours en peluche) tournée l’année suivante ne rencontreront le succès escompté. Et en quelques sorte, on peut dire que ces deux films constituent la fin de leurs carrières à tous les deux. Parce que Deray ne tournera plus rien après 1993, et parce que Delon n’apparaîtra plus que dans des films qu’il préférera oublier (Le Jour et la nuit, de BHL, vous vous souvenez ?) ou dans d’autres dans lesquels il se parodiera (1 chance sur 2 ou le troisième Astérix).

Beaucoup se réjouissent de cette fin de carrière prématurée, mais j’ai tendance à y voir un petit gâchis. Après avoir perdu quasiment toutes les années 80 avec des films d’action qui étaient de simples merdes à l’époque, mais qui sont devenues des merdes datées aujourd’hui, Delon devenait soudain plus intéressant, le visage marqué par le temps, plus sobre qu’autrefois. C’est un peu le syndrome Eastwood qui, en tant qu’acteur, est devenu plus fascinant à peu près à la même époque. Sauf que Delon, lui, était allé bien trop loin dans la suffisance et l’auto-parodie involontaire, que le public s’était lassé, et que logiquement il n’a pas suivi. Dommage.

Non pas, d’ailleurs, que Un crime soit un grand film. Il a un côté statique et ne décolle vraiment que dans le dernier tiers, durant lequel la tension monte vite et haut, mais trop tardivement. Et le personnage interprété par Manuel Blanc est trop mal défini, caricatural, et jamais vraiment crédible (jusqu’au dernier tiers, du moins). Mais celui de Delon, lui, est fort et intéressant : ce grand avocat gouverné par de grandes valeurs, qui obtient l’acquittement de son client, convaincu qu’il n’a pas tué ses parents « parce que je l’aurais vu dans ses yeux. On ne peut pas être aussi sensible et commettre un crime aussi odieux » clame-t-il. Mais la stature de l’avocat va trembler lorsque son client (Blanc, donc), aussitôt acquitté, lui affirme qu’il a bel et bien tué ses parents. S’ensuit un long huis-clos, face à face tantôt tendu, tantôt déroutant, entre l’avocat et son ancien client.

Le meilleur dans le film, ce n’est ni ce mystère dont on devine assez tôt les grandes lignes, ni la mise en scène élégante de Deray. Non, c’est Delon lui-même, passionnant lorsqu’il laisse transparaître ses fêlures et ses doutes. A ces moments-là, il rappelle quel grand acteur il peut être, lorsqu’il est bien dirigé. Lorsque Deray le laisse aller à sa grandiloquence, lorsqu’il le laisse défaire son nœud de cravate pour le refaire aussitôt après (si, si), lorsqu’il arpente l’appartement avec de grands gestes, une voix qui porte, et l’air d’avoir inventé le métier d’acteur, là, par contre…

L’Avocat – de Cédric Anger – 2010

Posté : 15 septembre, 2011 @ 3:47 dans * Polars/noirs France, 2010-2019, ANGER Cédric | Pas de commentaires »

L'Avocat

Avec Le Tueur, Cédric Anger avait signé un film de genre et d’atmosphère très séduisant. Avec L’Avocat, le réalisateur persévère dans le thriller à influences. Le résultat n’a rien de honteux, mais les influences trop marquées, trop évidentes, du cinéaste, finissent par aliéner le projet. Dommage, on ne demandait qu’à se laisser aller à un petit plaisir sans arrière pensée, devant cette histoire d’un jeune avocat qui, fraîchement sorti de l’école, est engagé par un puissant homme d’affaires spécialisé dans le recyclage des déchets, et qui dissimule des liens très serrés avec le Milieu (l’affaire Guérini n’est pas loin)…

D’autant plus que le rôle principal est interprété par Benoît Magimel, un acteur assez passionnant, que l’industriel mafieux est joué par l’excellent Gilbert Melki, et que Barbet Schroeder joue un petit rôle, comme s’il parrainait ce film de genre « à l’américaine » (lui-même a signé quelques bijoux dans ce registre, comme L’Enjeu ou Inju, justement avec Magimel). Mais la déception est grande. Melki est bien, à défaut d’être surprenant ; mais Magimel est franchement décevant…

Ce n’est d’ailleurs pas totalement la faute de l’acteur : à force de le filmer « à la manière de », Anger rend incontournable la comparaison avec quelques grands numéros d’acteur des années 90, dans une poignée de chef d’œuvre absolus et incontournables, qu’il a visiblement revus en boucle avant de commencer son tournage. Avec Al Pacino, puisque le réalisateur cite lourdement l’ouverture de L’Impasse de De Palma ; avec Tom Cruise, L’Avocat s’inscrivant clairement dans la lignée de La Firme de Pollack (histoire très similaire, mais résultat bien plus convaincant) ; ou encore avec Ray Liotta, la dernière partie de L’Avocat étant nettement mais maladroitement inspirée par Les Affranchis, jusqu’au dernier gros plan sur Magimel, qui parachève la comparaison, peu flatteuse.

L’Avocat, c’est l’exemple typique d’un réalisateur cinéphile qui n’a pas su digérer ses influences. Le film n’est toutefois pas désagréable : le suspense fonctionne bien ; et si ce n’était cette impression constante d’avoir déjà vu la même chose, en mieux (et pour cause), on y prendrait un vrai plaisir. J’irais même jusqu’à le conseiller, ne serait-ce que pour Samir Guesmi, d’une grande justesse dans un second rôle de tueur étrangement sympathique… A condition, bien sûr, de n’avoir encore jamais vu ni La Firme, ni L’Impasse, ni Les Affranchis.

A nous deux – de Claude Lelouch – 1979

Posté : 7 février, 2011 @ 2:06 dans * Polars/noirs France, 1970-1979, LELOUCH Claude | Pas de commentaires »

A nous deux - de Claude Lelouch - 1979 dans * Polars/noirs France a-nous-deux

Dès le générique, très beau comme toujours chez Lelouch, le réalisateur nous met de son côté : il a décidément un don presque infaillible pour nous faire glisser directement dans son univers si marqué, dès les toutes premières images, les toutes premières notes de ses films. Et ici, c’est encore le cas, surtout qu’on est en terrain connu : le prologue peut même nous faire croire qu’on est dans une sorte de suite de Le Bon et les Méchants, qu’il avait tourné, déjà avec Jacques Dutronc, en 1975. Même époque (l’après-guerre), mêmes personnages (deux gangsters, Dutronc et Villeret), même couleur sépia…

Mais le sépia laisse vite la place à la couleur, le passé (qui restera très présent tout au long de ce film inhabituellement nostalgique) au présent, et le grand gangster Dutronc à son fils, toujours joué par Dutronc, qui a suivi la même voie que son père, et qui s’apprête à purger une longue peine de prison. Les chats ne font pas des chiens, donc, et un fils de voleur, selon Lelouch, a toutes les chances de suivre la même voie. Je ne commenterai pas cette hypothèse sur ce blog purement cinématographique…

Il y a en tout cas une filiation évidente entre Le Bon et les Méchants et ce A nous deux, qui n’est pas un remake, mais au contraire une sorte de double négatif : après l’entrée difficile dans le banditisme, c’est l’entrée encore plus difficile dans l’honnêteté qui est le sujet principal du film. Parce que c’est ce chemin que suivront Simon (Drutronc) et Françoise (Catherine Deneuve), deux jeunes gens réunis dans une même cavale, tous deux victimes à leur manière de la société : lui par son hérédité, elle parce qu’elle a été violée alors qu’elle menait une vie bourgeoise.

Le poids du passé, le poids de l’hérédité, le poids des préjugés, son omniprésents. Et Lelouch dévoile une facette qu’il cache le plus souvent : un profond pessimisme. Pour ses deux compagnons de route, il n’y a pas de réhabilitation possible. Pas dans cette société en tout cas, pas dans ce pays, pas dans cet environnement qui est le leur. Pour avoir une chance, aussi infime soit-elle, de pouvoir vivre honnêtement, il leur faudra traverser l’Atlantique, et vivre leur rêve américain, dont on ne verra rien qu’une vue lointaine de New York, entourée d’un no man’s land franchement glauque.

Le film est aussi l’un des plus linéaires de Lelouch (et donc celui que je recommanderais en priorité à ses si nombreux et excessifs détracteurs), qui ne sort quasiment pas de son scénario. Peu de digressions, pas d’envolées lyriques… On est pourtant bel et bien dans l’univers du cinéaste, dont le style est bien là. Lelouch (dans un excellent entretien présenté en bonus du DVD) raconte lui-même que son film l’a frustré, que la rencontre entre Catherine Deneuve et Jacques Dutronc n’a pas été à la hauteur de ses attentes. « Il y avait trop de respects entre eux », explique-t-il, regrettant de ne pas avoir réussi à créer ces petits moments de magie « en marge » qui peuplent ses films.

Cher monsieur Lelouch, sachez que vous êtes bien sévère avec vous-même : votre film est un pur moment de cinéma, beau, triste, et en même temps plein d’espoir…

Comme les cinq doigts de la main – de Alexandre Arcady – 2009

Posté : 24 octobre, 2010 @ 5:45 dans * Polars/noirs France, 2000-2009, ARCADY Alexandre | Pas de commentaires »

Comme les cinq doigts de la main - de Alexandre Arcady - 2009 dans * Polars/noirs France comme-les-cinq-doigts-de-la-main

Les bons côtés, d’abord : ces cinq frères que tout oppose ont beau être caricaturaux, il faut bien reconnaître que l’alchimie entre les acteurs est plutôt efficace. Les acteurs, même s’ils sont servis par des dialogues souvent poussifs s’en sortent avec les honneurs, Bruel surtout, curieusement émouvant en grand frère sûr de lui et de ses décisions. C’est lui le personnage le plus intéressant du film, lui qui doit faire face à ses difficultés relationnelles avec les deux personnes que, au fond, il aime le plus : son frère-le rebelle, et sa femme-la trop belle. C’est dans ces deux relations que se trouvent les plus belles séquences du film. Et il y en a, quand même, des belles scènes, malgré les défauts innombrables du film. De l’émotion, aussi, qui finit par toucher le cœur le plus endurci…

Mais on a beau dire, Alexandre Arcady ne s’est pas foulé sur ce film. Il n’a jamais été un grand cinéaste, ça non, mais il s’est déjà montré un tout petit peu plus inspiré que dans ce film mal écrit, et mal filmé. L’histoire, pourtant, aurait pu donner lieu à un vrai bon petit polar : la vie de quatre frères est bouleversée lorsque le cinquième de la fratrie réapparaît après des années d’absence, poursuivi par la police et des truands prêts à tout. Avec ce retour, un secret familial va resurgir…

Ben oui, mais quand on a dit ça, on a tout dit. Arcady n’avait visiblement que cette trame en tête, et a brodé un scénario peu convaincant autour de ça. Et pour être sûr de ne pas se tromper, il a renoué avec son acteur fétiche (Bruel, donc), et convoqué un tas de (bons) acteurs connus, à qui il a fait faire très précisément ce qu’ils ont déjà fait des tas de fois : Vincent Elbaz est un jeune révolté, Pascal Elbé un quadra angoissé, Eric Caravaca un prof de philo en banlieue, Caterina Murino une très jolie femme, Michel Aumont un vieil homme que tout le monde respecte, Philippe Nahon un gangster inquiétant, et Françoise Fabian une chef de tribu… Cherchez pas le contre-emploi, y’en a pas.

Ils sont tous très bien, d’ailleurs, mais tout donne l’impression d’avoir été vu et revu un nombre incalculable de fois. Et souvent bien mieux : côté réalisation, Arcady frôle l’amateurisme, dès les premières images d’exposition (j’ai fait un film avec des copains quand on avait 18 ans, avec une pauvre caméra pourrie ; il y avait les mêmes plans de voiture… les mêmes !), et jusqu’au dénouement. Arcady ne recule devant aucune facilité, aucun poncif : le méchant (qui a une tête de méchant, on peut pas se tromper) baisse la vitre de sa voiture et fait une grimace lorsque les gentils frères passent près de lui ; le traître est démasqué par une nuit de tempête, les éclairs zébrant le ciel… On pourrait continuer longtemps comme ça, mais franchement, c’est pas la peine.

Alors allez savoir pourquoi ce film reste sympathique, avec tout ça… Les acteurs, sûrement, et rien que les acteurs.

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