Play it again, Sam

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Archive pour la catégorie '* Polars/noirs France'

Le Samouraï – de Jean-Pierre Melville – 1967

Posté : 29 novembre, 2013 @ 3:40 dans * Polars/noirs France, 1960-1969, MELVILLE Jean-Pierre | Pas de commentaires »

Le Samouraï

A la jeune génération qui ne voit en Alain Delon que l’incarnation du vieux réac odieux et imbus de lui-même (on se demande d’où vient cette image qui lui colle à la peau), à ceux qui se demandent comment une telle aura peut entourer l’interprète de Jules César dans un pathétique Astérix… A tous ceux-là, une vision du Samouraï s’impose. Avec ce personnage de tueur solitaire et taiseux (et avec une poignée d’autres, dont Plein Soleil et Rocco et ses frères), Delon est entré dans la légende.

Quarante-cinq ans après, on est toujours saisi par la présence sidérante de l’acteur, bloc de marbre dont le verbe est rare, mais dont le regard dit tellement sur la profonde solitude. La première séquence est inoubliable. Une chambre à peine meublée, Delon attendant allongé sur son lit, un moineau qui piaffe dans sa cage, rien d’autre qui puisse évoquer une quelconque attache… Ce Jeff Costello est une ombre, un fantôme. Un tueur à gages dont on ne saura rien du passé, des doutes ou des rêves.

Melville le filme comme un cadavre en marché. Raide, blafard, résigné. Un être tragique que la mort entoure, et qui n’essaye même pas de se raccrocher aux dernières beautés qui l’entourent : une « fiancée » prête à tout pour lui (Nathalie Delon, dans son rôle le plus marquant), et une pianiste de jazz au comportement trouble, qui a été témoin de son crime mais le couvre devant les policiers.

C’est (avec L’Armée des ombres) le chef d’œuvre de Melville. Une marche funèbre dépouillée et fascinante, qui inspirera des tas d’autres cinéastes, et tout particulièrement à Hong Kong : John Woo n’a jamais caché son admiration pour Melville, et s’inspirera du personnage de Delon pour le tueur de The Killer (qui s’appelle même Jeff) ; plus récemment, Johnnie To avait proposé à Delon le personnage principal de Vengeance (hélas interprété par Johnny), lui aussi très inspiré de Jeff Costello.

Plein soleil – de René Clément – 1960

Posté : 7 novembre, 2013 @ 10:41 dans * Polars/noirs France, 1960-1969, CLÉMENT René | Pas de commentaires »

Plein soleil – de René Clément – 1960 dans * Polars/noirs France plein-soleil

Le film qui a fait exploser Delon. Encore peu connu à l’époque (c’est en voyant ce film que Visconti s’est pris de passion pour lui, lui offrant Rocco et ses frères), il est de toutes les scènes, présence animale dont le comportement fascine autant qu’il dérange.

C’est quand il est seul à l’écran que la mise en scène de René Clément est la plus inspirée, comme si son seul magnétisme guidait la caméra. La première partie assume l’influence de la Nouvelle Vague. C’est, visuellement en tout cas, la moins intéressante du film : Clément cherche son style, et ces premières minutes paraissent un peu datées aujourd’hui. Il y a là aussi une courte apparition (muette) de Romy Schneider, qui dévore Delon des yeux. Une simple apparition pour l’ex-interprète de Sissi, venue rendre visite à son fiancé d’alors sur le tournage du film.

Heureusement, les acteurs sont fascinants, et la relation entre Maurice Ronet et Alain Delon est parfaitement trouble. Le premier, enfant riche et gâté, se joue de son « ami » venu le chercher en Italie à la demande de son père, prenant plaisir à l’humilier. Le second accepte tout et se glisse dans les frusques de son comparse : attirance, fascination, ou envie ?

Et puis le ton change radicalement en une fraction de seconde, lors de la scène du meurtre, brutale et sauvage, qui semble déchaîner les éléments. Impressionnant.

La suite est passionnante, Delon semblant se transformer peu à peu en clone de Ronet, faisant sienne sa vie, ses vêtements, et même sa petite amie, Marie Laforêt, dont on se demande jusqu’à quel point elle est vraiment dupe.

Œuvre troublante et fascinante, Plein soleil est une belle adaptation d’un roman de Patricia Highsmith, un grand thriller, d’une efficacité imparable dont la fin est absolument magnifique : ultime image de bonheur d’un Tom Ripley arrivé là où il le voulait, dans la peau et la vie de Philippe Greenleaf.

Intersections – de David Marconi – 2012

Posté : 8 août, 2013 @ 11:48 dans * Polars/noirs France, 2010-2019, MARCONI David | Pas de commentaires »

Intersections – de David Marconi – 2012 dans * Polars/noirs France intersections

Ça commence plutôt bien : un couple américain en lune de miel au Maroc, un amant qui rode et complote avec la jeune épouse, une virée en voiture au cœur du désert, un accident aussi inattendu que spectaculaire et tragique, et une poignée de personnages mystérieux qui se retrouvent perdus loin de tout…

Le réalisateur David Marconi met en place son action avec une efficacité radicale. La première partie du film est aussi sèche que le climat marocain, et la tension monte en flèche jusqu’à l’apparition du personnage le plus mystérieux de tous : un étrange réparateur interprété par l’excellent Roshdy Zem.

La tension ne retombe pas vraiment, alors, mais le scénario a un peu trop tendance à multiplier les révélations et les rebondissements. On réalise bien vite que tous les personnages cachent des secrets bien peu avouables. Même en ayant l’esprit très ouvert, on se dit quand même que voir cette demi-douzaine de personnages internationaux dont les vies cachées se télescopent dans un lieu aussi éloignée de tout repose sur un postulat bien peu convaincant.

La psychologie, d’ailleurs, est pour le moins limitée. Pourtant, le plaisir est réel. Scénariste élevé à Hollywood (Ennemi d’Etat, Die Hard 4), David Marconi signe une mise en scène franchement efficace.

• Peu de bonus sur le DVD édité chez Europa, mais une interview très intéressante de David Marconi qui explique avec clarté et passion la genèse du film.

Secret défense – de Philippe Haïm – 2008

Posté : 4 juillet, 2013 @ 3:20 dans * Polars/noirs France, 2000-2009, HAÏM Philippe | Pas de commentaires »

Secret défense – de Philippe Haïm – 2008 dans * Polars/noirs France secret-defense

Un film d’espionnage qui respecte toutes les règles modernes du genre, et dont le principal défaut est d’avoir été suivi par les excellents Zero Dark Thirty et Möbius, deux films qui, chacun à leur manière, explorent les méandres du renseignement post-11 septembre. Le film de Philippe Haïm est par moment une sorte d’ébauche de ces deux films, avec une même vision sombre et sans concession de l’humanité (mais c’est inhérent au genre depuis toujours).

Il y a une idée forte au cœur de ce film : montrer les destins parallèles de deux jeunes Français complètement paumés qui vont être happés chacun à leur manière par cette guerre qui ne dit pas son nom. D’un côté, Nicolas Duvauchelle, petit dealer sans avenir, qui croise l’islamisme radical en prison, et croit y trouver un sens à sa vie. De l’autre, Vahina Giocante, étudiante et pute à ses heures, qui croit trouver l’amour mais se retrouve recrutée malgré elle par la DGSE (sous les traits de Gérard Lanvin).

Deux gamins qui ne cherchaient qu’une seconde chance, et qui se raccrochent à ce qu’ils trouvent. C’est à la fois la plus belle idée du film, et sa limite. Parce qu’en faisant de ses deux personnages principaux des paumés un rien candides, Haïm n’affronte pas frontalement le danger de la radicalisation. Duvauchelle, surtout, est moins converti que manipulé. Sa dernière réplique (« Je ne suis pas Azziz, je m’appelle Pierre ») est éloquente. Quant à Vahina Giocante, son innocence et sa capacité à se faire manipulée jusqu’au bout est assez édifiante.

Pour le coup, c’est son scénario que Haïm aurait dû radicaliser. Mais ses deux jeunes acteurs sont formidables, et constamment convaincants. Et puis, quand il ramène son film au pur plaisir du thriller, le film est une grande réussite. La séquence finale de l’aéroport, en particulier, est un modèle de suspense comme on en voit rarement dans le cinéma français.

Ambitieux, imparfait, et séduisant.

Arrêtez-moi – de Jean-Paul Lilienfeld – 2012

Posté : 2 juillet, 2013 @ 5:09 dans * Polars/noirs France, 2010-2019 | Pas de commentaires »

Arrêtez-moi – de Jean-Paul Lilienfeld – 2012 dans * Polars/noirs France arretez-moi

Une nuit, dans un commissariat du Nord de la France, une femme vient confesser à l’officier de garde le meurtre de son mari, commis des années plus tôt. Le flic, une femme totalement désabusée, n’aspire qu’à passer une nuit au calme. Elle est contrainte d’écouter l’histoire de l’intruse…

L’affiche donne envie : Sophie Marceau et Miou-Miou, deux des meilleures actrices françaises de ces trente dernières années, dans un huis clos qui évoque forcément le Garde à vue de Claude Miller… Le face-à-face tient en partie ses promesses. En partie seulement, parce que même si les deux comédiennes sont parfaites, les dialogues qu’elles débitent semblent constamment trop écrits. C’est bien simple : on a souvent l’impression tenace qu’elles sont en train de lire du Jean Teulé.

Le film est l’adaptation du roman La loi de la gravité. N’ayant pas lu celui-ci, je ne saurais dire si c’est une adaptation fidèle. Mais la langue, elle est bien celle de l’écrivain. On y retrouve son style ironique et sa manière d’évoquer des sujets très glauques avec un humour parfois enfantin et souvent amusé. Un style que Lilienfeld a repris tel quel dans ses dialogues, oubliant au passage que les dialogues de romans ne sont pas faits pour le cinéma.

Du coup, tout ça sonne parfois très faux, et les deux personnages perdent en crédibilité. Sophie Marceau, qui fait bien attention de ponctuer ses phrases de liaisons mal-t-à propos et d’une grammaire parfois hasardeuse, parle aussi de temps en temps comme une agrégée de philosophie. Dommage, parce qu’elle fait de beaux efforts pour non pas s’enlaidir, mais paraître banale.

On retrouve dans le film les mêmes qualités et les mêmes défauts que dans les livres de Jean Teulé : un séduisant mélange d’ironie et de cynisme, un peu gâché par une volonté constante d’être brillant et intelligent, en affichant une légèreté feinte.

Le film commence fort, en nous faisant plonger dans le quotidien d’une femme battue (avec l’utilisation toujours très discutable de la caméra subjective). Le face-à-face entre cette femme battue et meurtrière et la policière désenchantée, qui porte elle aussi une lourde croix, sera plein de surprises. Certaines belles et émouvantes, d’autres étonnantes et parfois lourdingues.

Trop bavard, le film n’est finalement jamais aussi beau que quand il se tait : lors de quelques plans de la ville qui révèlent, bien plus que tous les dialogues, le mal-être et le lourd héritage de ces deux personnages cassés par la vie, mais que leur rencontre improbable va sauver.

• Le film vient de sortir en DVD, édité par les éditions France Télévisions, avec notamment un making of qui donne le plaisir de voir Sophie Marceau et Miou-Miou au travail.

Bellamy – de Claude Chabrol – 2009

Posté : 29 juin, 2013 @ 8:13 dans * Polars/noirs France, 2000-2009, CHABROL Claude | Pas de commentaires »

Bellamy – de Claude Chabrol – 2009 dans * Polars/noirs France bellamy

Ces deux-là auraient dû faire toute une carrière ensemble. Pourtant, Chabrol a attendu son ultime film pour diriger Depardieu. La rencontre de ces deux ogres, fous de cinéma et de bouffe, avait tout d’une évidence. C’est aussi un retour aux sources pour Chabrol, qui retrouve une veine très « simenonienne ». Même si le film n’est pas une adaptation de Simenon, l’ombre du père de Maigret plane continuellement (la dédicace « aux deux George » – l’autre étant Brassens, lui aussi omniprésent).

Ce commissaire Bellamy a tout du personnage fétiche de l’écrivain. Même aspect débonnaire, même force brute, même volonté de sentir l’atmosphère… Après tout, Depardieu était également fait pour incarner Maigret, ce qu’il n’a jamais fait. Bellamy répare aussi ce rendez-vous manqué.

La présence du jeune frère du commissaire (Cornillac, excellent) fausse la donne, donnant au gros Gégé une facette plus sombre et mystérieuse, une personnification de sa mauvaise conscience.

Comme dans le roman de Simenon, l’intrigue policière n’est qu’un prétexte pour explorer les consciences, et les rapports entre les personnages, à commencer par ceux entre ce commissaire à qui la chance ne cesse de sourire, et ce jeune frère qui rate tout depuis toujours, et qui s’aiment et se détestent en même temps, passant de l’un à l’autre dans le même mouvement…

Chabrol referme aussi sa filmographie sur ce qui restera comme l’un des plus beaux personnages féminins de sa carrière : l’épouse de Bellamy, personnage qui a tout du faire-valoir, mais qui est peut-être le plus profond, le plus beau et le plus complexe du film. Surtout que Marie Bunel est absolument formidable dans ce rôle tout en demi-teinte.

Il y a bien quelques dialogues un peu lourdingues, et deux ou trois scènes trop longues (la première scène du Bricomarché est de trop), mais Bellamy permet à Chabrol de sortir par la grande porte, comme tous les grands : c’est son plus beau film depuis des années.

La Bandéra – de Julien Duvivier – 1935

Posté : 2 juin, 2013 @ 6:24 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, DUVIVIER Julien, GABIN Jean | Pas de commentaires »

La Bandéra – de Julien Duvivier – 1935 dans * Polars/noirs France la-bandera

Toute une époque, la meilleure de Gabin : celle de ses grands chefs-d’œuvre d’avant-guerre. Celui-ci est celui qui a fait de l’acteur une immense star. Un rôle qui conditionnera une grande parie de filmo d’avant-guerre.

La toute première scène est extraordinaire. Dans un Paris nocturne de studio, digne des décors de Borzage, Duvivier présente en quelques plans secs et frappants ce qui hantera le personnage de Gabin : un crime qu’il a commis rue Saint-Vincent, à Paris, et dont on ne saura pas grand-chose.

Toute la première partie est digne des plus grands films noirs américains : c’est la descente aux enfers d’un type qui n’a plus ni passé, ni avenir. Hyper noir, et filmé avec un sens du cadre exceptionnel, qui fait ressentir le poids du monde sur les larges épaules de Gabin, qui paraissent parfois bien frêles

Recherché, sans argent ni papier, il s’engage dans la Légion étrangère espagnole, dont Julien Duvivier filme le quotidien, les longues semaines d’inaction qui précédent le massacre annoncé. Le film est visiblement inspiré par La Patrouille perdue, de Ford, qui fut l’un des films américains les plus remarqués l’année précédente. Curieusement, cette communauté d’hommes aux passés obscurs, filmée dans son quotidien, fait penser au Ford à venir, celui du Massacre de Fort Apache surtout.

Duvivier est à la hauteur de ces références. Il signe avec La Bandéra un chef d’œuvre indémodable où tout sonne juste. Le jeu des acteurs (Gabin est immense), la lumière (impressionnante)… Même les transparences pourtant approximatives et les décors de carton-pâte sont magnifiques.

Et puis ces amitiés viriles, cette camaraderie d’un autre temps, avec ce langage de titi parisien qui, dans le désert, revêt une dimension particulière, ont un charme décidément indémodable.

Möbius – d’Eric Rochant – 2013

Posté : 21 mars, 2013 @ 2:05 dans * Polars/noirs France, 2010-2019, ROCHANT Eric | Pas de commentaires »

Möbius - d'Eric Rochant - 2013 dans * Polars/noirs France mobius

C’est beau de voir un cinéaste dont on n’attendait plus rien revenir, après des années de silence, avec ce qui est peut-être bien son plus beau film. Et c’est encore plus beau de le voir tenir sa revanche : parce que son grand retour, Eric Rochant le fait avec un genre et un esprit qui était déjà celui des Patriotes, le grand échec (injuste) qui a précipité sa chute il y a vingt ans, alors que les succès de Un Monde sans pitié et de Aux yeux du monde avaient fait de lui l’un des réalisateurs les plus prometteurs de sa génération.

Comme pour Les Patriotes, donc, Rochant s’attaque au film d’espionnage contemporain, et y fait naître le désir et l’amour entre deux êtres qui ne peuvent pas s’aimer. Ici, c’est Jean Dujardin et Cécile de France, le maître espion et celle dont il se sert pour infiltrer l’ennemi, dans une variation perverse (elle ne sait pas qui il est) des Enchaînés d’Hitchcock.

Le film est clairement ancré dans son époque ; la pègre et la finance sont inexorablement liés ; Russes et Américains travaillent ensemble dans une relation trouble… Le film, d’ailleurs, s’inspire vaguement de faits réels. Mais malgré les apparences, Rochant se moque un peu de la vraisemblance : des facilités et un pseudo happy-end viennent ostensiblement rompre avec le réalisme.

Mais quoi de pure normale : la réalité qui entoure les deux personnages principaux est bien là, mais elle n’est qu’un décor. Comme le couple de The Red Dance de Raoul Walsh, qui s’aimaient en se désintéressant de la révolution russe qui les entourait, seul compte l’amour passionné et miraculeux qui unit ces deux êtres qui pensaient être condamnés à la réalité de leur époque.

Ni l’un ni l’autre ne sont des gens biens : elle est à l’origine de la crise financière mondiale ; lui manœuvre pour déclencher des guerres. Mais leur amour est tellement fort, leurs corps semblent tellement faits l’un pour l’autre (les scènes d’amour sont d’une belle sensualité, assez rare), que plus rien n’a d’importance. La société qu’ils ont pourtant, chacun à leur manière, contribué à forger, devient soudain une prison insupportable.

Malgré son décor, précis et actuel, Möbius est avant tout un film d’amour, le film le plus romantique qui soit, le film français le plus enthousiasmant depuis longtemps.

• Le beau film d’Eric Rochant est disponible en DVD et blue ray dans une belle édition chez Europa.

Les Caves du Majestic – de Richard Pottier – 1944

Posté : 23 janvier, 2013 @ 3:04 dans * Polars/noirs France, 1940-1949, Maigret, POTTIER Richard | Pas de commentaires »

Les Caves du Majestic – de Richard Pottier – 1944 dans * Polars/noirs France les-caves-du-majestic

Dynamique, bavard, primesautier, Albert Préjean est un Maigret formidable à une réserve près : il n’a pas grand-chose à voir avec le personnage de Simenon. Maigret, le vrai, est un taiseux, qui se fond dans l’atmosphère des lieux, et laisse gagner par la « musique » qui l’aide à comprendre les gens, le contexte…

Maigret, sous les traits de Préjean, passe à son temps à dire qu’il va flâner en se laissant gagnant par la musique, mais fait constamment le contraire. Un beau parleur et un manipulateur, qui interroge en usant de trucs un rien éculés (comme celui, redondant, qui consiste à poser une question anodine pour tester la nervosité de l’autre).

Maigret n’est donc pas Maigret, mais cela n’enlève rien à la réussite du film, polar absolument passionnant qui est, au final, une adaptation qui colle plutôt bien à l’esprit de Simenon. Car si Maigret est un observateur bien bavard, Richard Pottier, lui, laisse bel et bien sa caméra s’imprégner des lieux, en l’occurrence un grand palace parisien et quelques lieux de nuit où se croisent tous les suspects dans une affaire de meurtre.

Une cliente du palace a été retrouvée morte dans les caves du Majestic, et Maigret réalise bientôt que la plupart des suspects la connaissaient, qu’ils soient milliardaires ou simples employés, secrétaires ou danseurs… Une intrigue complexe, avec des tas de fils qui se croisent, et que Maigret démêle avec une fluidité parfaite.

Trop démonstratif, peut-être (« Dans mon métier, il est important de paraître plus bête qu’on est » fait partie des nombreuses phrases inutiles). Et l’intrigue secondaire, qui tourne autour de l’enfant, est très émouvante, mais paraît quelque peu hors sujet.

Il y a en tout cas le bonheur de retrouver des tas de seconds rôles incontournables du cinéma français des années 40, avec le débit incompréhensible d’André Gabriello et la voix profonde et gouailleuse de Jacques Baumer parfaitement mis en valeur par les dialogues et le scénario de Charles Spaak (à qui on doit entre autre La Grande Illusion).

Spaak et Pottier assument totalement le film de genre : Les Caves du Majestic ne se veut pas autre chose d’une intrigue policière passionnante.

Aux yeux de tous – de Cédric Jimenez – 2012

Posté : 11 janvier, 2013 @ 7:07 dans * Polars/noirs France, 2010-2019, JIMENEZ Cédric | Pas de commentaires »

Aux yeux de tous – de Cédric Jimenez – 2012 dans * Polars/noirs France aux-yeux-de-tous

Typiquement le genre de films construits uniquement sur un parti-pris de mise en scène, et qui peut très facilement tomber dans l’exercice de style un peu vain. Le point de départ : un attentat dans une gare parisienne, qui fait 17 morts et des dizaines de blessés. Le postulat : un hacker de génie a déniché les images de l’attentat, identifier les coupables, et les piste par le seul intermédiaire des caméras de surveillance et autres webcams auxquelles il parvient à avoir accès.

En grande partie, le film, dans sa forme, n’est que ça : uniquement fait de ces images volées que notre mystérieux hacker fait défiler pour démasquer et piéger tous les protagonistes de cet attentat, et pour mettre à jour une conspiration internationale. Tout ça de chez lui, en n’étant qu’un simple spectateur-manipulateur.

Pendant une petite demi-heure, la maîtise de cette narration hors normes est assez bluffante. Cédric Jimenez réussit son pari, et réussit à faire vivre ses personnages (Mélanie Doutey, Olivier Barthélémy, Francis Renaud) à travers ces seules images froides et impersonnelles. Un tour de force.

Et lorsque la mécanique commence à lasser (parce que ça arrive immanquablement), Jimenez fait évoluer son film. Pas de révolution brutale, non : le principe voyeuriste reste de rigueur. Mais le hackeur déshumanisé, dont on ne voit que les yeux froids, assiste à un acte d’une brutale réalité, à laquelle il n’était pas préparé. Le spectateur-internaute s’humanise enfin, et entre dans l’action. Toujours par écrans et téléphone interposés cependant, jamais en se coltant directement avec l’âpre réalité de l’extérieur.

On passera sur le dénouement un peu trop paranoïaque pour être vraiment honnête. Et on retiendra que Cédric Jimenez a réussi son pari : faire d’un exercice de style assez extrême un pur film de genre efficace et tendu comme il faut.

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