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Archive pour la catégorie '* Polars/noirs France'

Maigret tend un piège – de Jean Delannoy – 1957

Posté : 13 novembre, 2015 @ 1:35 dans * Polars/noirs France, 1950-1959, DELANNOY Jean, GABIN Jean, Maigret | Pas de commentaires »

Maigret tend un piège

Il y a comme une évidence à voir Gabin endosser l’imper de Maigret, ce qu’il fait ici pour la première fois (… l’affaire Saint Fiacre et Maigret voit rouge suivront), comme il y avait une évidence à voir l’acteur incarner Jean Valjean. Il était comme ça dans les années 50, l’ancien prolétaire idéal d’avant-guerre : l’incarnation parfaite d’une certaine culture populaire française.

Comme Valjean version Gabin, Maigret version Gabin doit autant à son interprète qu’à l’imagination de Simenon. Pas que le film soit totalement irrespectueux de l’œuvre originale, bien au contraire : d’une certaine manière, Gabin EST Maigret, comme aucun autre interprète ne l’a été ou ne le sera après lui. Une force tranquille, une présence, une masse qui se déplace avec lassitude et écœurement dans un Paris de troquets, de petites gens et de paumés, où la violence est crue et les motifs plus cruels encore.

Maigret est Gabin, ou le contraire. Les doutes du commissaire de papier ont disparu au profit de la certitude omnisciente imposée par la présence de la star. Mais cette petite « trahison » n’a aucune importance. L’essentiel est bien là : Maigret est une sorte de catalyseur qui révèle la vérité des personnages, leurs secrets bien enfouis, les mesquineries de chacun. Et Gabin impose son rythme au film par son jeu si caractéristique.

Jean Delannoy, cinéaste méprisé par la Nouvelle Vague, signe un beau film d’atmosphère, un polar qui sait prendre son temps et se perdre dans les ruelles obscurs où le pêché reste tapi. Sa mise en scène est d’une grande efficacité, suggérant la violence sans rien édulcorer. Loin de l’image que ses détracteurs en donneront dans les années suivantes.

Bien sûr, Delannoy scénariste est épaulé par Michel Audiard, qui signe des dialogues magnifiques (« Vous êtes méchantes, mais surtout vous êtes bêêêtes !! »). Mais l’adaptation a aussi l’intelligence, malgré la présence de Gabin, de ne pas transformer le commissaire en surhomme. Grand psychologue et grand observateur, il reste jusqu’au bout un révélateur, laissant le travail d’enquêteur à cet inspecteur Lagrume trop rapidement élevé au rang de ridicule. C’est lui qui fait véritablement avancer l’enquête pendant que Maigret, las, balaye d’un revers de la main la preuve qu’on lui présente : « On verra ça plus tard ».

Bon réalisateur, bon scénariste, Delannoy se révèle aussi grand directeur d’acteur. Passons sur la prestation de Gabin, formidable mais absolument typique : tous les seconds rôles sont exceptionnels, qu’ils soient en valeur comme Jean Desailly en fils trop aimé ou, dans un autre registre, Annie Girardot en femme effacée, ou en retrait comme le débutant Lino Ventura, impeccable en jeune flic.

Un sans faute pour cette première aventure du commissaire Maigret Gabin. La qualité française avait du bon…

* Voir aussi Maigret et l’affaire Saint Fiacre et Maigret voit rouge.

Mister Flow / Les Amants traqués – de Robert Siodmak – 1936

Posté : 6 novembre, 2015 @ 11:34 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, SIODMAK Robert | Pas de commentaires »

Mister Flow

Dans les années 40, à Hollywood, Siodmak allait devenir l’un des très grands spécialistes du film noir, enchaînant les chefs d’œuvre intemporels aux atmosphères si fortes. En attendant, c’est en France que Siodmak s’est installé après avoir fui l’Allemagne d’Hitler et Goebels. Durant cette courte période (entre 1933 et 1940), Siodmak signe sept films dont ce Mister Flow adapté d’un roman de Gaston Leroux.

Je ne connais rien des films allemands de Siodmak, pas plus que de sa période française. Mais avec ce petit polar ouvertement humoristique, on peine à reconnaître la patte du futur réalisateur de Criss Cross ou des Tueurs. De l’intrigue improbable, le cinéaste semble ne pas trop savoir quoi faire, mal à l’aise qu’il est avec les aspects comiques de son film.

C’est l’histoire d’un petit avocat sans le sou (Fernand Gravey), dont un gangster international (Louis Jouvet) utilise la naïveté grâce à l’aide de sa maîtresse (Edwige Feuillère). Mais à ce niveau-là, ce n’est plus de la naïveté: cet avocaillon tombe avec gourmandise dans tous les pièges qui lui sont tendus, devient cambrioleur en l’espace d’une soirée, finit par devenir lui-même un fugitif…

Le scénario est franchement outrancier, et pourquoi pas. D’ailleurs, la première partie se laisse voir avec un certain plaisir. Mais à force de filmer ses acteurs en roue libre, Siodmak finit par ennuyer pour une fois. Jouvet en fait des tonnes en se faisant passer pour un demeuré, et Gravey joue l’alcoolique avec la délicatesse d’une baleine dans une écluse. Seule Edwige Feuillère apporte une véritable énergie à ce film à l’humour un rien poussif.

Heureusement, l’intérêt de Siodmak semble renaître dans la dernière partie, séquence de tribunal au second degré au rythme impeccable, qui associe enfin avec bonheur suspense et humour.

En cas de malheur – de Claude Autant-Lara – 1958

Posté : 3 novembre, 2015 @ 3:17 dans * Polars/noirs France, 1950-1959, AUTANT-LARA Claude, GABIN Jean | Pas de commentaires »

En cas de malheur

La rencontre entre Gabin, avocat digne et vieillissant, et Barbot, gamine rebelle et paumée, est un choc des mondes passionnant, qui révèle les fêlures de ces deux êtres que tout oppose a priori. La dernière partie du film est un sommet tragique qui souligne le gâchis de ces vies perdues. Mais entre-deux, Autant-Lara rappelle pourquoi il a si mauvaise réputation, hélas.

Il y a un grand ventre mou (et je ne parle pas de celui de Gabin) dans cette « histoire d’amour » sinistre et glauque, dont la mise en scène est soignée et très appliquée du réalisateur est la principale responsable. Dénuées de toute dramaturgie, de toute profondeur, et même de toute élégance, les images d’Autant-Lara sont souvent d’une platitude qui plombe le film.

Mais le scénario de Pierre Bost, adapté d’un roman de Simenon, et les dialogues de Jean Aurench sont brillants (« Elle ne t’a pas aimé ta mère ? – Pas trop »). Et sans rien filmer explicitement, Autant-Lara va loin, évoquant les pulsions sexuelles de Bardot, et surtout un triangle sexuel avec la bonne, lors d’une étonnante séquence de séduction particulièrement osée (même si absolument rien n’est montré).

Et puis il y a les acteurs. La tragique sensualité de Bardot, et Gabin, massif, qui semble étouffer « l’innocence » de sa cliente. Gabin qui profite de son ascendence sur cet objet du désir. Gabin qui tourne littéralement le dos à la souffrance terrible de sa femme, tragique Edwige Feuillère. Un avocat sans limite, un homme peu sympathique, que l’acteur ne cherche pas à défendre, son interprétation parfaite soulignant au contraire sa petitesse et son égoïsme. Rien que pour lui…

Le Furet – de Raymond Leboursier – 1949

Posté : 17 août, 2015 @ 11:11 dans * Polars/noirs France, 1940-1949, LEBOURSIER Raymond | Pas de commentaires »

Le Furet

Un seul être vous manque… Deux mêmes, dans cette nouvelle adaptation d’un roman de S.A. Steeman, sans Clouzot (scénariste du Dernier des Six et réalisateur de L’Assassin habite au 21), et sans Pierre Fresnay, qui cède le rôle du commissaire Wens à Pierre Jourdan, si transparent qu’il est condamné à jouer les quasi-figurants.

Raymond Leboursier, qui co-signe l’adaptation avec Steeman lui-même, n’a clairement pas le talent de Clouzot. Et le voir s’attaquer à un polar somme toute très semblable sur le papier à L’Assassin… souligne paradoxalement l’importance de ce dernier dans la réussite des précédents films.

De l’humour et du plaisir intense de la série des Wens, il ne reste que quelques répliques un peu trop appuyées de Wens (« Pourquoi on ne vous a pas vu descendre de l’avion ? – Je suis descendu avant l’arrêt de l’appareil »), et quelques seconds rôles hauts en couleurs : Jean Tissier qui en fait des tonnes en aspirant Immortel, et surtout Pierre Larquey dans un registre qu’il connaît par cœur. Comme par hasard deux des « assassins » de Clouzot.

Le Furet est une succession de moments vraiment plaisants. Mais il se résume la plupart du temps à cela : les meurtres s’enchaînent, sans lien apparant entre eux si ce n’est ces lettres anonymes d’un certain « furet » qui les annonce à la police. Mais il faut attendre près d’une heure avant que ces différents crimes cessent d’être des sketchs indépendants pour s’inscrire dans un ensemble machiavélique… et pas vraiment passionnant.

Larquey s’amuse comme un fou à jouer les voyants derrière sa boule. Les policiers (à l’exception de Wens bien sûr) tombent dans le panneau. Nous ? On reste sur le côté de la route, en se disant que Clouzot, c’est quand même très bien…

La Bête humaine – de Jean Renoir – 1938

Posté : 1 juillet, 2015 @ 1:30 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, GABIN Jean, RENOIR Jean | Pas de commentaires »

La Bête humaine

On ne va pas revenir sur l’incroyable richesse de ces années d’avant-guerre pour Jean Gabin, qui tourne en l’espace de cinq ans près d’une dizaine des plus grands chef d’oeuvre du cinéma français. Mais cette adaptation par Jean Renoir d’un roman de Zola fait partie de ces classiques indémodables dont la richesse ne cesse de surprendre, visions après vision.

J’avais déjà été marqué par l’intensité de Jean Gabin, extraordinaire en cheminot hanté par des pulsions violentes qu’il ressent comme une malédiction imposée pour les pêchés alcoolisés de ses aïeux (la série des Rougon-Macquart n’a pas fait de cadeaux à la lignée des Lantier). Mais aussi par la manière dont Renoir impose, en avance sur la plupart des cinéastes américains, les codes du film noir hollywoodien, avec cette femme fatale (Simone Simon, dans l’autre rôle de sa vie avant La Féline) dont la rencontre correspond à une condamnation à mort…

Mais ce qui impressionne aussi, c’est le réalisme qu’apporte Renoir, et le soin qu’il donne à sa peinture du « rail ». Le film commence ainsi par une longue scène d’un train en mouvement, du point de vue des deux machinistes (Gabin et Carette), dont les gestes sont d’une précision absolue. Pas un mot dans cette séquence: le bruit assourdissant de la machine interdit aux deux hommes de se parler, mais on jurerait que, l’un comme l’autre, ont fait ça toute leur vie et connaissent par coeur les gestes à faire et la manière de communiquer entre eux.

Ce réalisme et ce soin de chaque détail sont l’une des forces majeures du film. Au même titre que la puissance érotique dégagée par le couple Simon-Gabin, ou que la force du destin que l’on sent constamment peser sur les personnages, Jean Gabin le tragique, ou Fernand Ledoux le pathétique. Julien Carette apporte bien une petite dose de légèreté, mais c’est bien peu pour éclairer la noirceur sidérale de ce chef d’oeuvre.

Classe tous risques – de Claude Sautet – 1960

Posté : 21 mai, 2015 @ 3:47 dans * Polars/noirs France, 1960-1969, SAUTET Claude | Pas de commentaires »

Classe tous risques

C’est le presque premier film de Sautet, et l’un des plus grands polars français de la décennie. Un film qui aurait bien pu ne jamais exister, en tout cas comme ça : après l’échec de L’Arme à gauche, le « vrai » premier film de Sautet, le réalisateur échaudé par l’expérience n’a accepté de reprendre du service que devant l’insistance de Lino Ventura, la star des deux films.

La présence du jeune Belmondo, dans son premier grand rôle après le phénomène A Bout de souffle, rattacherait naturellement Classe tous risques à la Nouvelle Vague, qui révolutionnait alors le cinéma français. Mais Sautet s’inscrit bien d’avantage dans l’héritage de Jean-Pierre Meville, celui du Deuxième Souffle, auquel on pense forcément.

Moins pour la présence de Lino Ventura que pour la perfection imparable et implacable de la construction : lente mais inexorable chute d’un gangster à l’ancienne encore habité par les valeurs « romantiques » d’autrefois : honneur, amitiés viriles, sens du devoir…

Mais Sautet est déjà là. Pas seulement pour sa maîtrise impressionnante de la mise en scène et de l’action. Mais aussi parce que le personnage de Ventura est, déjà, un quadragénaire las qui cherche une échappatoire… Un personnage très proche sur le papier du Gu du film de Melville, avec le même destin tragique que l’on pressent dès les premières images. Mais le ton est différent : plus tendre, plus humain peut-être, et d’autant plus bouleversant.

Quai des Orfèvres – de Henri-Georges Clouzot – 1947

Posté : 20 avril, 2015 @ 4:47 dans * Polars/noirs France, 1940-1949, CLOUZOT Henri-Georges | Pas de commentaires »

Quai des Orfèvres

Après la libération, Clouzot est sur la sellette. Son implication au sein de la Continental, où il a tourné ses deux premiers films (L’Assassin habite au 21 et Le Corbeau) fait de lui un traître tout trouvé aux yeux des résistants de la dernière heure. Grâce à la mobilisation de nombreux artistes et intellectuels, Clouzot peut de nouveau tourné et signe d’emblée ce qui est l’un des plus beaux films français de la décennie.

Sombre et intense, d’une richesse infinie dans sa peinture d’une humanité à la marge, Quai des Orfèvres révolutionne, et c’est peu de le dire, le polar made in France, en lui apportant un réalisme et un sous-texte social rarissime pour l’époque. En évoquant le film, on a immanquablement l’image de Louis Jouvet à contre-emploi, lançant son fameux “Vous êtes un type dans mon genre” à une Simone Renant seule et fière. Et c’est vrai qu’il est formidable, Jouvet, incarnant merveilleusement ce petit flic à la vie misérable, qui tente de trouver une place à cet enfant métisse qu’il chérit maladroitement, et dont on ne peut que deviner qu’il le ramène à un passé lui aussi chéri…

Mais Jouvet n’est pas seul. Commissaire chargé d’une affaire de meurtre, il se retrouve au cœur d’un microcosme tel que les aime Clouzot, où la légéreté apparente dissimule à peine des jalousies et de douloureux non-dits. Autour de Suzy Delair, jeune chanteuse trop aimée, trop ambitieuse et trop casse-couilles (elle sait faire !), Bernard Blier trouve l’un de ses plus beaux rôles lui aussi : une âme de cocu, effacé et passionné à la fois, mari aimant et aimé. Les moments de tendresse avec Suzy Delair sont d’une délicatesse rare, et frappent d’autant plus qu’ils tranchent avec la violence de leurs échanges.

Et puis il y a Simone Renant, actrice magnifique qui n’a pas eu la carrière qu’elle méritait. Dans un rôle incroyablement moderne, qui ose (en 1947) aborder même sans le dire l’homosexualité féminine, elle est absolument sublime, illuminant le film de sa présence. Son fameux face à face avec Louis Jouvet est d’une grande intensité : deux solitudes abîmées par la vie, qui se reconnaissent dans le cadre froid et inamical du quai des orfèvres.

Le Grand Alibi – de Pascal Bonitzer – 2008

Posté : 27 février, 2015 @ 3:22 dans * Polars/noirs France, 2000-2009, BONITZER Pascal | Pas de commentaires »

Le Grand Alibi - Bonitzer

Au cinéma, l’œuvre d’Agatha Christie a connu plusieurs heures de gloire : celle contemporaine des romans, dans les années 30 et 40, celle « all stars » des années 70, celle des films et séries télés. Et puis celle, inattendue et passionnante, des adaptations françaises dans les années 2000, portées essentiellement par Pascal Thomas : pas moins de quatre films à lui seul en moins d’une décennie…

Un autre Pascal s’est intéressé à l’œuvre d’Agatha Christie, à la même époque : Bonitzer, le fascinant réalisateur de Petites coupures, qui adapte ici le roman Le Vallon, dont le héros était un certain Hercule Poirot. De Poirot, pas l’ombre d’une trace ici : le flic interprété (très bien d’ailleurs) par Maurice Bénichou n’apparaît que tardivement, et dans un emploi tout juste utilitaire. Cette absence du personnage principal est, évidemment, tout sauf anodine (d’ailleurs, Agatha Christie elle-même avait supprimé le personnage du détective dans l’adaptation théâtrale de son roman)…

Avec Le Grand Alibi (un titre hitchcockien, qui révèle sans doute les vraies ambitions du cinéaste), Bonitzer réussit un véritable tour de force : adapter un roman d’Agatha Christie en s’en détachant totalement, tout en lui restant fidèle jusqu’à la déférence. Les figures incontournables de la romancière anglaise sont bien là : univers grand bourgeois, grandes réunions de familles, victime que tout le monde aurait des raisons d’avoir assassiné… Mais le réalisateur, peu attiré par le polar, se désintéresse totalement de l’intigue policière pour se pencher sur l’étude de moeurs.

Et dans ce domaine, le film est une immense réussite. Cette réunion de sociopathes qui affichent un bonheur de circonstance évoque des souvenirs très chabroliens, mais Bonitzer porte sur ses personnages un regard étrangement affectueux. A quelques exceptions près quand même : Lambert Wilson en playboy incapable de résister aux femmes qui le désirent (il n’en a d’ailleurs visiblement aucune envie), ou Caterina Murino en comédienne trop sûre de ses charmes, n’ont pas grand-chose de défendable… Et ce n’est sans doute pas un hasard s’il s’agit là des deux victimes du film.

La première demi-heure est la plus réjouissante, parce qu’elle est totalement débarassée d’une quelconque intrigue poilicière qui n’intéresse visiblement pas Bonitzer, et parce qu’elle met en scène l’ensemble de la distribution dans l’un de ces lieux clos chers à la romancière : Pierre Arditi en sénateur amoureux des armes à feu, Miou Miou en épouse trop bavarde et trop bécasse, Mathieu Demy en écrivain raté et alcoolique, Valéria Bruni-Tedeschi en maîtresse trop consentante, Anne Consigny en épouse trompée et effacée…

Un casting assez formidable, à la fois drôle et glaçant, dont l’alchimie parfaite de la première partie s’étiole un peu dans la dernière moitié du film, alors que le huis clos éclate en morceaux et que l’intrigue policière prend plus d’importance. Pas de quoi gâcher son plaisir : Pascal Bonitzer a réussi un pari improbable avec cette adaptation, œuvre très personnelle, mais respectueuse du livre original. Un film absolument réjouissant.

Le Doulos – de Jean-Pierre Meville – 1962

Posté : 16 février, 2015 @ 4:59 dans * Polars/noirs France, 1960-1969, MELVILLE Jean-Pierre | 2 commentaires »

Le Doulos

« Salut les hommes, et tant pis si je me trompe. » Cela sonne presque comme du Audiard, mais c’est à Melville qu’on doit cette réplique mythique, et c’est Serge Reggiani, raide et mutique, qui la prononce en entrant dans la cellule où va se nouer définitivement son destin, sans qu’il le réalise lui-même avant qu’il soit trop tard.

Le Doulos porte déjà en germe tout ce qui fera la grandeur des grandes œuvres noires et de plus en plus dépouillées du cinéaste, du Deuxième Souffle à Un Flic. Plus il abordera le polar (ou le film de gangster), plus il approchera l’épure, jusqu’à frôler l’abstraction, avec des personnages de plus fermés et silencieux. Et toujours avec cet extraordinaire sens de la mise en scène, et du mouvement dans le cadre.

Il y a déjà tout cela dans Le Doulos : une manière unique de filmer des décors dont on est bien incapable de dire s’ils sont naturels ou de studios ; une tension de chaque instant qui naît des silences ou des non-dits derrière des dialogues viriles ; un sens de l’honneur et une amitié virile où les femmes n’ont pas leur place…

Mais Le Doulos n’a pas encore la simplicité des grands films à venir. Il repose sur des procédés qu’il banira à peu près systématiquement à l’avenir, basant notamment son récit sur des faux semblants, et un mensonge par ommission qui pèse sur la perception que l’on a du personnage du « doulos » (a.k.a. la balance) joué par Jean-Paul Belmondo, dans la période la plus passionnante de sa carrière.

Très originale aussi, la manière dont le point de vue central passe de Serge Reggianni, braqueur fraichement sorti de prison et bien décidé à se venger, à Belmondo, impassible et intense. Une construction qui donne au Doulos une dimension unique dans l’œuvre melvilienne. Bien plus qu’une ébauche : une passionnante étape dans l’élaboration de son style unique.

Les Brigades du Tigre – de Jérôme Cornuau – 2006

Posté : 21 novembre, 2014 @ 4:08 dans * Polars/noirs France, 2000-2009, CORNUAU Jérôme | Pas de commentaires »

Les Brigades du tigre

C’était l’époque où le cinéma français se mettait, comme Hollywood, à adapter des séries télé : il y a eu Belphégor, Vidocq, Les Chevaliers du Ciel… Et il y a ces Brigades du Tigre, l’exception qui confirme la règle (selon laquelle on a sans doute bien fait de ne pas persévérer dans cette voie) : la seule vraie réussite de cette liste pour le moins imparfaite.

Et c’est vrai qu’il se passe une espèce de miracle avec cette adaptation du feuilleton très vieillôt des 70s, qui évoque la brigade de Clémenceau dans l’immédiat avant-guerre, chargée d’assurer la sûreté de la France dans un contexte international difficile. Car il n’y en a pas beaucoup, des films d’action français qui soutiennent aussi bien la comparaison avec Hollywood. C’est bien comme ça qu’il faut voir ces Brigades du Tigre : comme un pur film de genre, où Cornuau se révèle particulièrement à l’aise avec les nombreux moments de bravoure.

Côté scénario, le film est peut-être trop ambitieux, abordant trop de thèmes qui auraient mérité chacun un long métrage : Valentin et ses flics face à la bande à Bonnot, une magouille internationale autour des emprunts russes, la figure de Jean Jaurès, le poids des anarchistes… Cornuau ne fait pas de choix, et embrouille inutilement son récit. Mais quelle efficacité ! La fin de Bonnot, surtout, laisse absolument exsangue, surtout que cette séquence spectaculaire brouille durablement la frontière entre le bien et le mal.

Bonnot (Jacques Gamblin), terroriste entouré d’authentiques tueurs (en particulier un Thierry Frémont glaçant), révèle in fine sa nature d’amoureux poussé au crime par la société. Quant au commissaire Valentin (Clovis Cornillac, intense), il est un fonctionnaire aux ordres écoeuré par le cynisme de ceux qu’il doit protéger, et révolté par les méthodes de ceux à qui il doit obéir.

Le casting est assez formidable, avec aussi Edouard Baer en flic sanguin et violent, et Olivier Gourmet en ogre pur et naïf, ou encore Diane Kruger en princesse anarchistes, Léa Drucker en pute amoureuse, Gérard Jugnot en commissaire intègre, et Philippe Duquesne à contre-emploi en banquier pourri et promis à une fin peu réjouissante…

Quant à la reconstitution d’époque (celle de 1912), elle est particulièrement séduisante, bien plus efficace dans son classicisme aux effets grandiloquents grotesques de Vidocq par exemple. De quoi faire regretter que ce pendant français aux Incorruptibles (une référence revendiquée par Cornuau) n’ait jamais eu de suite…

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