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Archive pour la catégorie '* Polars/noirs France'

La Bête humaine – de Jean Renoir – 1938

Posté : 1 juillet, 2015 @ 1:30 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, GABIN Jean, RENOIR Jean | Pas de commentaires »

La Bête humaine

On ne va pas revenir sur l’incroyable richesse de ces années d’avant-guerre pour Jean Gabin, qui tourne en l’espace de cinq ans près d’une dizaine des plus grands chef d’oeuvre du cinéma français. Mais cette adaptation par Jean Renoir d’un roman de Zola fait partie de ces classiques indémodables dont la richesse ne cesse de surprendre, visions après vision.

J’avais déjà été marqué par l’intensité de Jean Gabin, extraordinaire en cheminot hanté par des pulsions violentes qu’il ressent comme une malédiction imposée pour les pêchés alcoolisés de ses aïeux (la série des Rougon-Macquart n’a pas fait de cadeaux à la lignée des Lantier). Mais aussi par la manière dont Renoir impose, en avance sur la plupart des cinéastes américains, les codes du film noir hollywoodien, avec cette femme fatale (Simone Simon, dans l’autre rôle de sa vie avant La Féline) dont la rencontre correspond à une condamnation à mort…

Mais ce qui impressionne aussi, c’est le réalisme qu’apporte Renoir, et le soin qu’il donne à sa peinture du « rail ». Le film commence ainsi par une longue scène d’un train en mouvement, du point de vue des deux machinistes (Gabin et Carette), dont les gestes sont d’une précision absolue. Pas un mot dans cette séquence: le bruit assourdissant de la machine interdit aux deux hommes de se parler, mais on jurerait que, l’un comme l’autre, ont fait ça toute leur vie et connaissent par coeur les gestes à faire et la manière de communiquer entre eux.

Ce réalisme et ce soin de chaque détail sont l’une des forces majeures du film. Au même titre que la puissance érotique dégagée par le couple Simon-Gabin, ou que la force du destin que l’on sent constamment peser sur les personnages, Jean Gabin le tragique, ou Fernand Ledoux le pathétique. Julien Carette apporte bien une petite dose de légèreté, mais c’est bien peu pour éclairer la noirceur sidérale de ce chef d’oeuvre.

Classe tous risques – de Claude Sautet – 1960

Posté : 21 mai, 2015 @ 3:47 dans * Polars/noirs France, 1960-1969, SAUTET Claude | Pas de commentaires »

Classe tous risques

C’est le presque premier film de Sautet, et l’un des plus grands polars français de la décennie. Un film qui aurait bien pu ne jamais exister, en tout cas comme ça : après l’échec de L’Arme à gauche, le « vrai » premier film de Sautet, le réalisateur échaudé par l’expérience n’a accepté de reprendre du service que devant l’insistance de Lino Ventura, la star des deux films.

La présence du jeune Belmondo, dans son premier grand rôle après le phénomène A Bout de souffle, rattacherait naturellement Classe tous risques à la Nouvelle Vague, qui révolutionnait alors le cinéma français. Mais Sautet s’inscrit bien d’avantage dans l’héritage de Jean-Pierre Meville, celui du Deuxième Souffle, auquel on pense forcément.

Moins pour la présence de Lino Ventura que pour la perfection imparable et implacable de la construction : lente mais inexorable chute d’un gangster à l’ancienne encore habité par les valeurs « romantiques » d’autrefois : honneur, amitiés viriles, sens du devoir…

Mais Sautet est déjà là. Pas seulement pour sa maîtrise impressionnante de la mise en scène et de l’action. Mais aussi parce que le personnage de Ventura est, déjà, un quadragénaire las qui cherche une échappatoire… Un personnage très proche sur le papier du Gu du film de Melville, avec le même destin tragique que l’on pressent dès les premières images. Mais le ton est différent : plus tendre, plus humain peut-être, et d’autant plus bouleversant.

Quai des Orfèvres – de Henri-Georges Clouzot – 1947

Posté : 20 avril, 2015 @ 4:47 dans * Polars/noirs France, 1940-1949, CLOUZOT Henri-Georges | Pas de commentaires »

Quai des Orfèvres

Après la libération, Clouzot est sur la sellette. Son implication au sein de la Continental, où il a tourné ses deux premiers films (L’Assassin habite au 21 et Le Corbeau) fait de lui un traître tout trouvé aux yeux des résistants de la dernière heure. Grâce à la mobilisation de nombreux artistes et intellectuels, Clouzot peut de nouveau tourné et signe d’emblée ce qui est l’un des plus beaux films français de la décennie.

Sombre et intense, d’une richesse infinie dans sa peinture d’une humanité à la marge, Quai des Orfèvres révolutionne, et c’est peu de le dire, le polar made in France, en lui apportant un réalisme et un sous-texte social rarissime pour l’époque. En évoquant le film, on a immanquablement l’image de Louis Jouvet à contre-emploi, lançant son fameux “Vous êtes un type dans mon genre” à une Simone Renant seule et fière. Et c’est vrai qu’il est formidable, Jouvet, incarnant merveilleusement ce petit flic à la vie misérable, qui tente de trouver une place à cet enfant métisse qu’il chérit maladroitement, et dont on ne peut que deviner qu’il le ramène à un passé lui aussi chéri…

Mais Jouvet n’est pas seul. Commissaire chargé d’une affaire de meurtre, il se retrouve au cœur d’un microcosme tel que les aime Clouzot, où la légéreté apparente dissimule à peine des jalousies et de douloureux non-dits. Autour de Suzy Delair, jeune chanteuse trop aimée, trop ambitieuse et trop casse-couilles (elle sait faire !), Bernard Blier trouve l’un de ses plus beaux rôles lui aussi : une âme de cocu, effacé et passionné à la fois, mari aimant et aimé. Les moments de tendresse avec Suzy Delair sont d’une délicatesse rare, et frappent d’autant plus qu’ils tranchent avec la violence de leurs échanges.

Et puis il y a Simone Renant, actrice magnifique qui n’a pas eu la carrière qu’elle méritait. Dans un rôle incroyablement moderne, qui ose (en 1947) aborder même sans le dire l’homosexualité féminine, elle est absolument sublime, illuminant le film de sa présence. Son fameux face à face avec Louis Jouvet est d’une grande intensité : deux solitudes abîmées par la vie, qui se reconnaissent dans le cadre froid et inamical du quai des orfèvres.

Le Grand Alibi – de Pascal Bonitzer – 2008

Posté : 27 février, 2015 @ 3:22 dans * Polars/noirs France, 2000-2009, BONITZER Pascal | Pas de commentaires »

Le Grand Alibi - Bonitzer

Au cinéma, l’œuvre d’Agatha Christie a connu plusieurs heures de gloire : celle contemporaine des romans, dans les années 30 et 40, celle « all stars » des années 70, celle des films et séries télés. Et puis celle, inattendue et passionnante, des adaptations françaises dans les années 2000, portées essentiellement par Pascal Thomas : pas moins de quatre films à lui seul en moins d’une décennie…

Un autre Pascal s’est intéressé à l’œuvre d’Agatha Christie, à la même époque : Bonitzer, le fascinant réalisateur de Petites coupures, qui adapte ici le roman Le Vallon, dont le héros était un certain Hercule Poirot. De Poirot, pas l’ombre d’une trace ici : le flic interprété (très bien d’ailleurs) par Maurice Bénichou n’apparaît que tardivement, et dans un emploi tout juste utilitaire. Cette absence du personnage principal est, évidemment, tout sauf anodine (d’ailleurs, Agatha Christie elle-même avait supprimé le personnage du détective dans l’adaptation théâtrale de son roman)…

Avec Le Grand Alibi (un titre hitchcockien, qui révèle sans doute les vraies ambitions du cinéaste), Bonitzer réussit un véritable tour de force : adapter un roman d’Agatha Christie en s’en détachant totalement, tout en lui restant fidèle jusqu’à la déférence. Les figures incontournables de la romancière anglaise sont bien là : univers grand bourgeois, grandes réunions de familles, victime que tout le monde aurait des raisons d’avoir assassiné… Mais le réalisateur, peu attiré par le polar, se désintéresse totalement de l’intigue policière pour se pencher sur l’étude de moeurs.

Et dans ce domaine, le film est une immense réussite. Cette réunion de sociopathes qui affichent un bonheur de circonstance évoque des souvenirs très chabroliens, mais Bonitzer porte sur ses personnages un regard étrangement affectueux. A quelques exceptions près quand même : Lambert Wilson en playboy incapable de résister aux femmes qui le désirent (il n’en a d’ailleurs visiblement aucune envie), ou Caterina Murino en comédienne trop sûre de ses charmes, n’ont pas grand-chose de défendable… Et ce n’est sans doute pas un hasard s’il s’agit là des deux victimes du film.

La première demi-heure est la plus réjouissante, parce qu’elle est totalement débarassée d’une quelconque intrigue poilicière qui n’intéresse visiblement pas Bonitzer, et parce qu’elle met en scène l’ensemble de la distribution dans l’un de ces lieux clos chers à la romancière : Pierre Arditi en sénateur amoureux des armes à feu, Miou Miou en épouse trop bavarde et trop bécasse, Mathieu Demy en écrivain raté et alcoolique, Valéria Bruni-Tedeschi en maîtresse trop consentante, Anne Consigny en épouse trompée et effacée…

Un casting assez formidable, à la fois drôle et glaçant, dont l’alchimie parfaite de la première partie s’étiole un peu dans la dernière moitié du film, alors que le huis clos éclate en morceaux et que l’intrigue policière prend plus d’importance. Pas de quoi gâcher son plaisir : Pascal Bonitzer a réussi un pari improbable avec cette adaptation, œuvre très personnelle, mais respectueuse du livre original. Un film absolument réjouissant.

Le Doulos – de Jean-Pierre Meville – 1962

Posté : 16 février, 2015 @ 4:59 dans * Polars/noirs France, 1960-1969, MELVILLE Jean-Pierre | 2 commentaires »

Le Doulos

« Salut les hommes, et tant pis si je me trompe. » Cela sonne presque comme du Audiard, mais c’est à Melville qu’on doit cette réplique mythique, et c’est Serge Reggiani, raide et mutique, qui la prononce en entrant dans la cellule où va se nouer définitivement son destin, sans qu’il le réalise lui-même avant qu’il soit trop tard.

Le Doulos porte déjà en germe tout ce qui fera la grandeur des grandes œuvres noires et de plus en plus dépouillées du cinéaste, du Deuxième Souffle à Un Flic. Plus il abordera le polar (ou le film de gangster), plus il approchera l’épure, jusqu’à frôler l’abstraction, avec des personnages de plus fermés et silencieux. Et toujours avec cet extraordinaire sens de la mise en scène, et du mouvement dans le cadre.

Il y a déjà tout cela dans Le Doulos : une manière unique de filmer des décors dont on est bien incapable de dire s’ils sont naturels ou de studios ; une tension de chaque instant qui naît des silences ou des non-dits derrière des dialogues viriles ; un sens de l’honneur et une amitié virile où les femmes n’ont pas leur place…

Mais Le Doulos n’a pas encore la simplicité des grands films à venir. Il repose sur des procédés qu’il banira à peu près systématiquement à l’avenir, basant notamment son récit sur des faux semblants, et un mensonge par ommission qui pèse sur la perception que l’on a du personnage du « doulos » (a.k.a. la balance) joué par Jean-Paul Belmondo, dans la période la plus passionnante de sa carrière.

Très originale aussi, la manière dont le point de vue central passe de Serge Reggianni, braqueur fraichement sorti de prison et bien décidé à se venger, à Belmondo, impassible et intense. Une construction qui donne au Doulos une dimension unique dans l’œuvre melvilienne. Bien plus qu’une ébauche : une passionnante étape dans l’élaboration de son style unique.

Les Brigades du Tigre – de Jérôme Cornuau – 2006

Posté : 21 novembre, 2014 @ 4:08 dans * Polars/noirs France, 2000-2009, CORNUAU Jérôme | Pas de commentaires »

Les Brigades du tigre

C’était l’époque où le cinéma français se mettait, comme Hollywood, à adapter des séries télé : il y a eu Belphégor, Vidocq, Les Chevaliers du Ciel… Et il y a ces Brigades du Tigre, l’exception qui confirme la règle (selon laquelle on a sans doute bien fait de ne pas persévérer dans cette voie) : la seule vraie réussite de cette liste pour le moins imparfaite.

Et c’est vrai qu’il se passe une espèce de miracle avec cette adaptation du feuilleton très vieillôt des 70s, qui évoque la brigade de Clémenceau dans l’immédiat avant-guerre, chargée d’assurer la sûreté de la France dans un contexte international difficile. Car il n’y en a pas beaucoup, des films d’action français qui soutiennent aussi bien la comparaison avec Hollywood. C’est bien comme ça qu’il faut voir ces Brigades du Tigre : comme un pur film de genre, où Cornuau se révèle particulièrement à l’aise avec les nombreux moments de bravoure.

Côté scénario, le film est peut-être trop ambitieux, abordant trop de thèmes qui auraient mérité chacun un long métrage : Valentin et ses flics face à la bande à Bonnot, une magouille internationale autour des emprunts russes, la figure de Jean Jaurès, le poids des anarchistes… Cornuau ne fait pas de choix, et embrouille inutilement son récit. Mais quelle efficacité ! La fin de Bonnot, surtout, laisse absolument exsangue, surtout que cette séquence spectaculaire brouille durablement la frontière entre le bien et le mal.

Bonnot (Jacques Gamblin), terroriste entouré d’authentiques tueurs (en particulier un Thierry Frémont glaçant), révèle in fine sa nature d’amoureux poussé au crime par la société. Quant au commissaire Valentin (Clovis Cornillac, intense), il est un fonctionnaire aux ordres écoeuré par le cynisme de ceux qu’il doit protéger, et révolté par les méthodes de ceux à qui il doit obéir.

Le casting est assez formidable, avec aussi Edouard Baer en flic sanguin et violent, et Olivier Gourmet en ogre pur et naïf, ou encore Diane Kruger en princesse anarchistes, Léa Drucker en pute amoureuse, Gérard Jugnot en commissaire intègre, et Philippe Duquesne à contre-emploi en banquier pourri et promis à une fin peu réjouissante…

Quant à la reconstitution d’époque (celle de 1912), elle est particulièrement séduisante, bien plus efficace dans son classicisme aux effets grandiloquents grotesques de Vidocq par exemple. De quoi faire regretter que ce pendant français aux Incorruptibles (une référence revendiquée par Cornuau) n’ait jamais eu de suite…

Les Félins – de René Clément – 1962

Posté : 15 octobre, 2014 @ 2:06 dans * Polars/noirs France, 1960-1969, CLÉMENT René | Pas de commentaires »

Les Félins

Trois ans après Plein soleil, Les Félins marque les retrouvailles entre Delon et Clément, sur un thème a priori similaire : dans les deux cas, l’acteur est au cœur d’une traque internationale, entre les Etats-Unis et l’Europe. Mais cette fois, la violence est affichée dès la séquence d’ouverture : on est ouvertement dans le noir et le film de genre. Clément joue avec les codes du genre, se glisse dans les bottes d’un réalisateur de genre, mais en restant fidèle à un style européen, marqué par la Nouvelle Vague.

Delon est d’une jeunesse insolente. Ce ne pouvait être que lui dans ce film, parce qu’il est une sorte de miroir déformé de Plein Soleil. Et parce que sa beauté canaille et arrogante est unique dans le paysage cinématographique française des années 60. Une beauté qui est le sujet même de ce film, puisqu’il incarne un playboy qui vit de ses charmes, s’attire les foudres d’un parrain de la pègre new-yorkaise qui veut s’offrir la tête de celui qui a séduit sa femme, et se réfugie dans un château plein de mystère, entre une bonne à l’innocence toute relative et une patronne sexy et trouble.

La première, c’est Jane Fonda, craquante et d’une complexité inattendue. La seconde, c’est Lola Albright, d’une sensualité affolante. Delon trouve refuge dans un domaine magnifique, enfermé avec ces deux femmes superbes toutes prêtes à lui offrir leurs charmes ? Un paradis qui se transforme bientôt en enfer, dans ce film qui joue avec délectation avec les rebondissements les plus improbables, s’amusant à accumuler les poncifs les plus éculés du pur cinéma de diverstissement.

Fusillades, poursuites, séduction, luxe, secrets bien gardés, portes dérobées, faux disparus et vraie manipulation… Plus le film avance, plus l’intrigue devient improbable. Clément s’amuse de ce parti pris, et joue pleinement le jeu. Les Félins est un pur plaisir, coupable et assumé.

Scènes de crime – de Frédéric Schoendoerffer – 1999

Posté : 15 octobre, 2014 @ 1:44 dans * Polars/noirs France, 1990-1999, SCHOENDOERFFER Frédéric | Pas de commentaires »

Scènes de crimes

J’ai toujours beaucoup aimé ce premier film de Schoendoerffer fils. Si ses films suivants n’ont pas tout à fait confirmé tout le bien qu’on pensait alors du jeune cinéaste, reste ce polar cru et traumatisant, l’une des plus belles réussites françaises du genre. Sur un sujet – l’enquête autour d’un tueur en série – éminemment plus hollywoodien que français.

Curieusement, on pense beaucoup au Silence des Agneaux : la nature des crimes peut-être, ou alors l’environnement choisi par les scénaristes, une province anonyme et banale, un peu morne et triste, où surgit une violence que rien ne vient embellir ou rendre plus spectaculaire qu’elle n’est.

Le sujet du film est d’ailleurs moins l’enquête elle-même que les ravages de la violence au quotidien sur des flics qui n’ont rien d’héroïque. Plus encore que dans le chef d’œuvre de Jonathan Demme, Schoendoerffer s’attache au quotidien de ces policiers, au côté laborieux de l’enquête. Pas de figure exceptionnelle à la Hannibal Lecter, ici, mais des faux pas, des interrogatoires inutiles, des bourdes idiotes, de nombreux dossiers à traiter en même temps, des hasards inattendus… La police dans ce qu’elle a de plus quotidienne, de moins spectaculaire.

Et au cœur de l’enquête : deux policiers, l’un encore jeune (Charles Berling, intense), l’autre plus âgé (André Dussolier, magnifique et totalement à nu), dont on jurerait qu’il est une sorte de miroir de ce que le premier deviendra, lorsque les horreurs qu’ils côtoient auront fini de le ravager. Sans effets inutiles, sans jamais en faire trop, Schoendoerffer filme ses personnages au plus près, soulignant à peine (bien aidé par la belle musique de Bruno Coulais) le dégoût qui envahit au fur et à mesure le regard de Berling.

Et lorsqu’il fait l’amour à sa femme un peu trop rudement, visiblement secoué par les horreurs qu’il a côtoyées (et par sa rencontre avec une actrice porno très belle et très sexy), et que l’image ralentit légèrement sur ces corps entremêlés, il se dégage de l’un et de l’autre une douleur et une compréhension absolue qui sont réellement déchirantes.

Magnifique d’un point de vue humain, Scènes de crime reste aussi un vrai polar, avec une enquête totalement dénuée des poncifs et des effets habituels du genre. Un film qui évite constamment les pièges inhérents au genre (on ne compte plus les polars français qui singent bêtement les grands succès américains du genre) pour imposer un ton singulier, réaliste, poisseux, et passionnant.

Pour elle – de Fred Cavayé – 2008

Posté : 21 août, 2014 @ 1:38 dans * Polars/noirs France, 2000-2009, CAVAYÉ Fred | Pas de commentaires »

Pour elle

Dès son premier long métrage, placé sous le parrainage d’un Olivier Marchal qui fait une apparition clin d’œil dans le film, Fred Cavayé s’impose comme le nouveau roi incontournable du thriller français. Très inspiré aussi par le film de genre hollywoodien, Pour elle marque une date dans l’histoire du polar français, qui atteint une sorte de maturité et d’excellence rarement atteintes jusque là.

Avec Pour elle, Fred Cavayé joue à la fois sur le romanesque tragique à la James Gray, et sur un dépouillement absolu (à l’image de l’appartement de Vincent Lindon à la fin du film) qui évoque lui le Jean-Pierre Melville des grands films. Rien de superflu dans ce polar sec et tendu, l’histoire d’un père de famille sans histoire qui décide de faire évader sa femme, incarcérée depuis trois ans pour un meurtre qu’elle n’a pas commis.

Cavayé aurait pu jouer sur le doute concernant la culpabilité de l’épouse, jouée par Diane Kruger. Mais là n’était pas son sujet. L’innocence de la jeune femme est dévoilée en trois plans – flash backs d’une concision exemplaire. La nature même du crime, d’ailleurs, n’est abordée que brièvement, comme un passage obligé mais expédié en une poignée de répliques seulement.

Le cœur du film est ailleurs. Dans la détermination d’un homme ordinaire de tout faire pour libérer la mère de son enfant, victime d’une société imparfaite. Cavayé ne cherche pas à ménager le spectateur : le système qui a condamné cette innocente ne reconnaîtra pas son erreur, et l’unique chance qu’a Vincent Lindon de sauver sa famille est de braver tous les interdits…

Plus encore, peut-être, que cette détermination à toute épreuve, d’un homme prêt à tout pour celle qu’il aime, Pour elle est un film sur la filiation. Le personnage de Vincent Lindon ferait-il les mêmes choix s’il n’y avait cet enfant qui crève de ne pas vivre avec sa mère ? Et puis il y a le père de Lindon, taiseux n’ayant plus échangé un mot avec son fils depuis des années, des décennies peut-être. Les regards que ces deux-là s’échangent, et l’étreinte qu’ils se font au dernier moment sont absolument bouleversants.

C’est dans ces moments intimes, plus que dans les grands moments de suspense ou les accès de violence, que le film est le plus marquant : les brèves retrouvailles dans le parloir, les après-midi dans le parc, ou le face à face entre les deux frères. Là, Cavayé réussit ce que peu de cinéastes français ont su faire avec lui : mêler le suspense et l’intime, dans une sorte de tragédie déchirante. La marque d’un auteur à suivre…

Razzia sur la chnouf – de Henri Decoin – 1955

Posté : 20 août, 2014 @ 2:54 dans * Polars/noirs France, 1950-1959, DECOIN Henri, GABIN Jean | Pas de commentaires »

Razzia sur la chnouf

L’année précédente, Touchez pas au grisbi avait permis à Gabin de se construire un nouveau personnage, loin de ses rôles de prolétaires tragiques de l’avant-guerre. Plus mûr, bien installé, le personnage impose le respect et se dresse, droit comme un I. Le film de Henri Decoin s’inscrit dans la même lignée : le titre, bien sûr, semble être un écho à celui de Jacques Becker. Mais les similitudes ne s’arrêtent pas là : tous deux adaptés de romans de la Série Noire, les deux films permettent aussi à Gabin de donner la réplique à Paul Frankeur et surtout Lino Ventura, impressionnant en homme de main.

Razzia sur la chnouf est en tout cas une belle réussite, joliment photographiée et répondant à une démarche ambitieuse et aboutie : plonger dans les bas-fonds de Paris, là où la drogue circule à flot. La faune que l’on y croise n’a rien de romantique : des paumés camés aux regards perdus, des toxicos trop conscients de leur propre dépendance (un beau rôle pour Lila Kedrova, la future « comtesse » du Rideau déchiré), des petites gens qui pensent pouvoir profiter d’un système sanguinaire et inhumain…

On est loin du cinéma de papa dont Gabin deviendra l’un des symboles. Le ton, ici, n’a rien de complaisant ni de romanesque : l’univers que décrit Decoin est glauque et violent, et ne laisse guère de place aux sentiments. La partition qu’y joue Gabin, entre fermeté et bienveillance, n’est en est que plus complexe.

Cinéaste inégal, Decoin est ici particulièrement inspiré. Sa caméra, au plus près des visages, capte parfaitement les sentiments de ses personnages, qu’elle filme l’attirance sexuelle de Gabin et Magali Noël (dans une scène d’une sensualité troublante), ou l’angoisse d’un jeune dealer qui se sait condamner. Le film atteint même un sommet lors d’une virée nocturne dans Paris de Gabin et Lila Kedrova, qui se termine dans un club où se retrouvent des fumeurs de marie-jeanne sur des rythmes antillais. Le film devient alors totalement immersif, et bouscule le spectateur troublé face aux effets de la drogue. Une charge dérangeante, en plus d’un polar efficace…

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