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Archive pour la catégorie '* Polars/noirs France'

Au nom de la loi – de Maurice Tourneur – 1931

Posté : 9 novembre, 2016 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, TOURNEUR Maurice | Pas de commentaires »

Au nom de la loi

Revenu en France depuis l’avènement du parlant, Tourneur père s’est plutôt bien acclimaté aux méthodes de son pays natal. Comme Justin de Marseille, autre grande réussite de cette époque, Au nom de la loi, adaptation d’un roman policier, est un film dont l’audace et la splendeur visuelle rappellent les grandes heures de son œuvre muette.

Tourneur y filme des images sidérantes des bas-fonds de Paris et de lieux « interlopes » comme on disait alors, où la pègre se livre à ses basses besognes. Des lieux plein de dangers où on sent que la violence peut surgir de n’importe où. Une vision réaliste, mais pleine de belles idées de cinéma : ces chaussures qui bougent derrière un rideau, font froid dans le dos avant de révéler qu’elles sont en fait mues par… des chatons.

Il y a là une vision étonnante aussi des relations entre policiers et truands, d’une dureté qui frappe les esprits (les scènes de fusillades et d’empoignades sont d’une brutalité étonnante pour l’époque). Mais après un interrogatoire musclé et tendu, le flic Charles Vanel offre au suspect qu’il a durement cuisiné un verre de vin… Il y a une sorte de respect entre les uns et les autres, tous fréquentant les mêmes lieux, connaissant les mêmes personnes, et naviguant dans les mêmes eaux.

On ne trouvera d’ailleurs pas grand monde pour accuser ce jeune policier qui flirte avec la principale suspecte, quitte à oublier son devoir… Passionnant « polar », Au nom de la loi est aussi une formidable galerie de portraits souvent troubles. Un chef d’œuvre à redécouvrir.

Le Septième Juré – de Georges Lautner – 1961

Posté : 7 octobre, 2016 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1960-1969, LAUTNER Georges | Pas de commentaires »

Le septième juré

Lautner n’a pas encore connu le grand succès populaire lorsqu’il réalise Le Septième Juré (son Monocle noir a été tourné la même année). Est-ce la raison ? Voilà peut-être en tout cas le plus réussi de ses films. Le plus abouti esthétiquement en tout cas, et l’un des rares à être tenus de bout en bout, avec une vraie volonté d’imposer un style visuel et un rythme au film.

Le succès venant, Lautner aura un peu trop tendance à se reposer sur ses acteurs et ses dialogues souvent éclatants (déjà excellents ici, d’ailleurs). Mais avec cette adaptation d’un roman de Francis Didelot, il semble encore avoir l’ambition de sa jeunesse. Et dévoile ce que la suite ne confirmera pas toujours : le gars a du talent.

Dès la séquence d’ouverture, admirable flânerie sur un lac écrasé par le soleil, l’atmosphère est posée, et le malaise est là. Plus tard dans le film, une autre scène, dans un bar à la mode cette fois, créera une autre atmosphère autour des confessions troublantes d’un homme à son fils. Et puis ces soirées infinies qui réunissent les notables de la petite ville où s’est noué le drame, où la bonne humeur n’est une façade qu’on ne fait pas même mine de lustrer.

Plus qu’un film de prétoire comme le laisse entendre le titre (les scènes de tribunal ne sont d’ailleurs pas les plus convaincantes), Le Septième Juré est le portrait cruel de cette « bonne société » qui prend des arrangements confortables avec la morale et les faits, et pour qui la vérité est une notion qui ne doit surtout pas bousculer l’ordre établi.

Bernard Blier (sobre et formidable) en fera les frais, pharmacien très fréquentable choisi pour être l’un des jurés dans le procès d’un homme accusé d’un meurtre… qu’il a lui-même commis. L’idée est forte, et aurait pu donner un grand thriller, mais on est dans un tout autre registre, un véritable jeu de massacre dont à peu près personne ne sortira indemne.

Rapt – de Lucas Belvaux – 2009

Posté : 4 juin, 2016 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 2000-2009, BELVAUX Lucas | Pas de commentaires »

Rapt

Il a un vrai ton, le cinéma de Belvaux. Mine de rien, avec un style visuel qui n’a rien de tape-à-l’œil, le réalisateur construit une œuvre d’une cohérence rare. Rapt rompt pourtant totalement avec le monde ouvrier qui lui avait si bien réussi dans La Raison du plus faible, ou même avec la classe très moyenne de l’excellent 38 témoins. Mais il y a dans tous ces films une même manière de filmer les êtres frontalement et simplement pour mieux démonter leurs travers.

Belvaux adopte les bases du film de genre. Mais c’est bien un cinéma de caractère qu’il fait. En s’inspirant de la célèbre affaire du baron Empain, enlevé en 1978 par des kidnappeurs qui lui ont coupé un doigt avant de réclamer une lourde rançon, ce n’est pas l’intrigue criminelle qui intéresse Belvaux, même s’il n’élude pas les moments de pur suspense comme ce moment où le baron de l’industrie attend de savoir s’il va être libéré ou exécuté.

Ce qu’il raconte, c’est l’effet révélateur de cet enlèvement. Le comportement de tous les proches de cet homme richissime et respecté, dont les réactions rapprochent plus que jamais le cinéma de Belvaux à celui de Chabrol (chez qui on l’a découvert acteur, dans le rôle du postier indélicat de Poulet au vinaigre) : même critique acerbe et sans concession de la grande bourgeoisie, l’ironie en moins. Dans le rôle de l’épouse effacée, éplorée et autocentrée, Anne Consigny est formidable, mélange de froideur absolue et d’extrême fragilité.

Et puis il y a la prestation de Yvan Attal, assez exceptionnelle. Son rôle n’est pas facile, contraint la plupart du temps au silence et à rester dans l’ombre, dissimulé derrière une épaisse barbe et un bandeau qui lui cache le visage. Pourtant, il incarne formidablement cet être tout puissant qui se retrouve coupé de la société, et qui retrouve une douloureuse humanité au fur et à mesure que son comportement se met à ressembler à celui d’un animal : une espèce d’ours enchaîné qui découvre peu à peu la solitude de sa captivité… et celle, pire encore, qui l’attend.

Mains armées – de Pierre Jolivet – 2012

Posté : 30 mars, 2016 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 2010-2019, JOLIVET Pierre | Pas de commentaires »

Mains armées

La mâchoire serrée, le regard d’acier, le sourire rare (absent, d’ailleurs, totalement), Roshdy Zem s’inscrit d’emblée dans la grande lignée des héros de films noirs, flic hanté par son passé, et habité par son job, qui ne laisse de place à rien d’autres dans sa vie.

Pourtant, il y a autre chose, dans cette vie qui n’en est pas une : une ex-femme qu’il a abandonnée il y a bien longtemps, et une fille qu’il n’a jamais voulu élever, et qui, tu parles d’un hasard, est justement entrée dans la police. Comme ce père qui l’a fuie dès sa naissance, absence qui semble l’avoir privée de tout horizon. C’est Leïla Bekhti, splendide et aussi sombre que Roshdy Zem.

Lui est le patron de la brigade marseillaise de luttre contre le trafic d’armes. Elle est une jeune flic des stups à Paris. Une enquête va leur permettre de se revoir, à défaut de se retrouver : entre eux deux, le malaise est aussi abyssal que le désir… La relation entre ces deux-là est bouleversante de non-dits, et d’incapacité à aller vers l’autre. Les scènes de « retrouvailles », aussi brèves qu’absurdes, sont magnifiques

Pierre Jolivet (qui co-signe le scénario avec l’ancien policier Simon Michael) s’avère aussi un réalisateur très efficace en matière de thriller policier. Quelques scènes d’action sont particulièrement réussies, d’une violence sèche très impressionnante. Mais l’enquête policière n’apporte pas grand-chose au genre, prenant trop souvent le pas sur cette passionnante relation père-fille. Finalement, il faut attendre le superbe final pour que le film de genre et l’émotion se rejoignent enfin.

38 témoins – de Lucas Belvaux – 2012

Posté : 5 janvier, 2016 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 2010-2019, BELVAUX Lucas | Pas de commentaires »

38 témoins

En 1964, à New York, une jeune femme de 29 ans était assassinée entre le bar où elle travaillait et son appartement du Queens. Un faits divers tristement banal, mais l’enquête démontrera que, dans les immeubles qui entourent le lieu du crime, 38 personnes ont été témoin du meurtre. 38 hommes et femmes qui ont vu la jeune femme aux prises avec son agresseur, et ont entendu ses cris pendant près d’une demi-heure, et qui n’ont rien fait. Pas même pris leur téléphone pour appeler la police.

De ce faits divers sordide, glaçant et authentique, Didier Decoin a tiré un (excellent) roman, Est-ce ainsi que les femmes meurent ?, publié en 2009. C’est ce roman qu’adapte librement Lucas Belvaux, transposant l’action (ou plutôt le manque d’action) dans un quartier du Havre. Ni huppé, ni laissé pour compte : un quartier « normal » peuplé de gens « normaux ».

Decoin s’intéressait aussi au destin de la jeune femme (Kitty Genovese, dans la vraie vie), et à sa rencontre avec son tueur. Belvaux, lui, débarrasse son film de tout ce qui n’est pas le vrai sujet, la véritable interrogation : pourquoi autant de personnes sont-elles restées, chacune dans leur coin, silencieuse et immobile face à l’horreur, alors qu’un simple coup de téléphone aurait pu changer une vie…

Dans son livre, Decoin avançait une hypothèse : seul, il est facile de faire l’autruche ; dans un groupe, chacun compte sur l’autre… Belvaux, lui, n’apporte pas le début d’une réponse, préférant se concentrer sur la culpabilité, l’incompréhension, le dégoût de soi… Les 38 témoins ne sont pas des monstres : c’est monsieur et madame tout le monde, qui doivent se confronter à leur propre lâcheté, d’autant plus difficile à assumer qu’ils ne la comprennent pas…

Le film de Lucas Belvaux est formidable à plusieurs titres. D’abord, le réalisateur révèle plus que jamais sa patte de cinéaste, qui ne se contente pas d’un sujet fort : dès la séquence générique, troublant ballet des porte-containers dans le port du Havre, une atmosphère se dégage du film, rare et fascinante, à peine troublée par des dialogues un peu trop écrits qui ne sonnent pas toujours très justes.

Et en éludant soigneusement toute dimension romanesque ou polaresque, Belvaux fait le bon choix. Son sujet, ce sont les troubles intérieurs qui naissent de ce manque de réaction. Yvan Attal, témoin brisé par son propre silence, qui décide de tout raconter parce qu’il à besoin d’être jugé, pas d’être compris. Sa fiancée Sophie Quinton, jeune femme quasi-parfaite qui se réfugie dans un déni coupable, prête à tout non pas pour sauver son grand amour, mais leur bonheur confortable. Et la journaliste Nicole Garcia, soudain plus tout à fait persuadée qu’exposer l’inhumanité passagère de ces témoins soit la chose la plus humaine qui soit…

Le film de Lucas Belvaux n’apporte pas de réponse. Il se contente de montrer l’individu le plus normal dans ce qu’il peut avoir de plus abject. A la fois compréhensif et glaçant, 38 témoins est un film fort. Mais sombre.

La Nuit du carrefour – de Jean Renoir – 1932

Posté : 10 décembre, 2015 @ 4:12 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, Maigret, RENOIR Jean | Pas de commentaires »

La Nuit du Carrefour

Curieux objet que cette première adaptation de Maigret sur grand écran (un titre partagé avec Le Chien jaune, tourné la même année par Jean Tarride avec son père Abel dans le rôle du commissaire). Constamment plongé dans la brume, l’obscurité ou les volutes de tabac, le film est une œuvre totalement à part à la fois dans la longue série des adaptations de l’œuvre de Simenon, et dans la filmographie d’un Jean Renoir particulièrement prolifique en ces débuts du parlant (la même année, il tourne Chotard et compagnie, et Boudu sauvé des eaux).

Pas de gros plans, des personnages peu loquaces, une intrigue alambiquée bien difficile à suivre… Le film, techniquement très imparfait (avec des dialogues quasi inaudibles, et un montage parfois hasardeux), pourrait nous perdre sur le chemin de ce carrefour perdu dans une banlieue sans charme ni personnalité. C’est tout le contraire qui se passe. Même si on peine à suivre tous les rebondissements, et même si on comprend parfois à peine ce qui se passe à l’écran, tant l’action est diluée dans ces brouillards constants, l’expérience est purement fascinante.

Si on reste scotché devant cette improbable enquête menée par un Maigret qui se contente la plupart du temps d’adopter un sourire sardonique, interrogeant peu et dévoilant encore moins, c’est pour la composition très pictural des images, pour cette manière totalement en avance sur son temps de faire ressentir l’environnement des décors naturels, et paradoxalement parce qu’il y a quelque chose de presque irréel dans ce faux polar où chacun semble attendre. Attendre quoi ? Que la vérité éclate, que le jour revienne, ou simplement que le temps passe.

Renoir est d’ailleurs particulièrement inspiré lorsqu’il s’agit de faire ressentir ce temps qui passe : par la valse des journaux qui se suivent au fil d’une journée, par la fumée des cigarettes qui opacifie de plus en plus la pièce où se déroule un interrogatoire, ou par un robinet qui goutte et qui remplit peu à peu un récipient…

Le temps qui passe, les êtres qui semblent hors du monde dans ce carrefour perdu où un crime a été commis, l’observation d’un microcosme qui révèle la culpabilité des uns… et l’absence d’innocence des autres. Même si le film surprend, et que le personnage même de Maigret (interprété ici par Pierre Renoir, le frère de Jean) déroute par son étrange comportement, La Nuit du carrefour est pourtant l’une des adaptations les plus fidèles à l’esprit de Simenon.

Le romancier a semble-t-il travaillé avec Renoir pour préparer le film. L’atmosphère du film, le malaise qui s’en dégage, portent clairement sa marque…

Inspecteur Lavardin – de Claude Chabrol – 1986

Posté : 7 décembre, 2015 @ 2:08 dans * Polars/noirs France, 1980-1989, CHABROL Claude | Pas de commentaires »

Inspecteur Lavardin

Une suite dans la filmo de Chabrol ? Le fait est quasiment unique (il avait réalisé deux épisodes du Tigre dans les années 60 : Le Tigre aime la chair fraîche et Le Tigre se parfume à la dynamite), et on pourrait se dire que le cinéaste se plie aux lois du marché pour le coup… Mais Inspecteur Lavardin, semble plutôt répondre à une pure gourmandise, et au besoin de renouer avec les racines du cinéaste.

Tourné dans la foulée de Poulet au vinaigre, le film permet de retrouver ce flic faussement débonnaire incarné avec délectation par un Jean Poiret aussi séducteur qu’inquiétant. Un personnage qui a tellement plus à Chabrol (et au public) qu’il en tirera même une mini-série télé de quatre épisodes, toujours interprétée par Poiret sur le même ton.

C’est donc un retour aux sources pour le cinéaste, qui retrouve, à travers ce personnage tellement libre qu’il en devient cynique, son mordant vis-à-vis de la fameuse bourgeoisie de province, de ses codes et de son hypocrisie. Et la charge est sévère. Au point de paraître bien maladroite, quasi caricaturale, dans la première partie du film. Mais Chabrol finit par installer une atmosphère très… chabrolienne, dans ce microcosme rongé par les secrets et les mensonges.

Lavardin serait-il un alter ego de Chabrol ? On sent bien que le réalisateur se reconnaît dans ce personnage dont l’apparrente légèreté dissimule à peine la détestation de ce monde de mensonge et d’hypocrisie. Jusqu’à un face-à-face réjouissant et tendu avec un Jean-Luc Bidau parfait en faux-cul au bras long.

C’est aussi un retour aux sources parce que Chabrol retrouve deux acteurs qui ont marqué ses débuts, à l’éclosion de la Nouvelle Vague : Jean-Claude Brialy et Bernadette Lafont, en troublante émanation du passé. On retrouve aussi son goût (et celui de Lavardin) pour la bonne chair, et sa propension à aborder les sujets légers avec gravité, et les sujets sérieux avec dérision. A moins que ce ne soit le contraire…

Le Café du Cadran – de Jean Gehret (et Henri Decoin) – 1946

Posté : 30 novembre, 2015 @ 2:38 dans * Polars/noirs France, 1940-1949, DECOIN Henri, GEHRET Jean | Pas de commentaires »

Blanchette Brunoy, Bernard Blier, Félix Oudart

Bernard Blier en patron de bistrot à la femme trop belle… On a l’impression d’avoir vu ça cent fois. Pourtant, ce film méconnu d’un cinéaste oublié (même s’il semble que Decoin soit le véritable auteur du film) est une réussite et une œuvre assez originale. Parce que Blier n’est pas le cocu magnifique qu’on attend de lui, et parce que le réalisateur, quel qu’il soit, prend le temps d’installer son film dans une sorte de routine quotidienne assez passionnante.

C’est à la fois la force et la petite faiblesse du film : ne pas se reposer sur un enjeu dramatique fort, et signer une chronique basée sur les habitudes d’un bistrot parisien, ces gestes quotidiens répétés à l’envi, et ces petits changements qui paraissent si anodins mais qui sont de véritables révolutions pour ces silhouettes désormais si familières.

Sans doute le film manque-t-il d’une atmosphère plus envoûtante, et peut-être souffre-t-il d’une réalisation un peu trop fonctionnelle. Mais dans ce quasi hui-clos, on se laisse emporter par cette petite musique qui évite à tout prix le sensationnel. Et puis, il y a autant de personnages que d’enjeux personnels : le poivrot repenti qui cherche à se racheter aux yeux de celle qu’il a blessé, les journalistes confrontés au rachat de leur canard (déjà), cette amoureuse transie qui observe son amant lui échapper, ce vieux barman qui connaît tout de ses clients…

Malgré les contraintes de lieu (jamais la caméra ne va plus loin que le trottoir devant le café), le film grouille de vie et de mouvements. En fil rouge, la traditionnelle opposition de la campagne et de la capitale : Blier et sa femme (Blanchette Brunoy) sont deux Auvergnats tendres et amoureux, qui découvrent la vie parisienne. Avec résignation pour elle, avec un rien de cynisme pour lui, qui réalisera trop tard qu’il n’est pas de taille pour dompter la ville. La conclusion, cruellement ironique, remettra chacun à sa place.

Maigret voit rouge – de Gilles Grangier – 1963

Posté : 13 novembre, 2015 @ 1:44 dans * Polars/noirs France, 1960-1969, GABIN Jean, GRANGIER Gilles, Maigret | Pas de commentaires »

Maigret voit rouge

Quatre ans seulement ont passé depuis L’Affaire Saint-Fiacre. Pourtant, tout semble avoir changé dans ce nouveau Maigret, le troisième et dernier interprété par Jean Gabin (curieusement, le dernier interprété par un acteur français au cinéma, d’ailleurs). Delannoy et Audiard sont partis, remplacés par Gilles Grangier à la caméra et au scénario.

Pas un manchot, cela dit : le réalisateur nous offre quelques belles séquences nocturnes, joliement photographiées, tendues et pleines de suspense. Quant à l’adaptateur, ses dialogues « à la Audiard » le sont trop pour ne pas sonner un peu faux. Gabin, d’ailleurs, n’y croit pas trop, à ces dialogues : ses mimiques habituelles semblent un peu forcées ici. Un détail, cependant. Parce que le polar est réellement très efficace, le rythme ne baisse jamais, et la violence et le danger sont constamment palpables dans les rues de Paris.

Mais plus que l’absence de Delannoy et Audiard, c’est celle de l’atmosphère chère à Simenon que l’on regrette, et l’esprit même de Maigret. La silhouette massive et voûtée est bien là, mais pas cette lassitude et ce doute permanents qui font la richesse du personnage, et qui faisaient le charme des deux précédents films.

On le comprend bien d’ailleurs : cette fois, Maigret est confronté à des adversaires différents, des étrangers, des Américains, qui prennent les rues parisiennes pour « le Chicago de la Prohibition », dixit Maigret. Ce qui est au cœur de la plupart des « Maigret », cette lente immersion dans un microcosme dont il découvre peu à peu les secrets, n’a plus de raison d’être. On est ici dans l’environnement du commissaire, où la violence fait une incursion brutale.

Le sujet aurait pu être intéressant, comme aurait pu l’être la confrontation du traditionnel Maigret avec la culture américaine, le culte des gangsters, le jazz et le bowling. Mais tout ça n’est qu’un décor, et le polar est d’avantage un « Gabin » qu’un « Maigret ». Un bon Gabin d’ailleurs, mais sans grande surprise, et forcément très frustrant pour les amoureux de Maigret et Simenon.

* Voir aussi Maigret tend un piège et Maigret et l’affaire Saint Fiacre.

Maigret et l’affaire Saint Fiacre – de Jean Delannoy – 1959

Posté : 13 novembre, 2015 @ 1:40 dans * Polars/noirs France, 1950-1959, DELANNOY Jean, GABIN Jean, Maigret | Pas de commentaires »

Maigret et l'affaire Saint Fiacre

La question de savoir qui est le meurtrier n’a aucune importance, et la confrontation finale de tous les protagonistes doit plus à Agatha Christie qu’à Simenon. Bref, tout l’aspect « film policier » est presque de trop… Pourtant, il s’agit bien là du meilleur Maigret tourné pour le cinéma, beau parce qu’il plonge dans l’intimité d’un personnage qui évite soigneusement de se dévoiler.

Pour sa deuxième apparition dans le rôle, Gabin prouve définitivement qu’il était le meilleur choix possible. Sa force tranquille, sa présence incroyable, font merveille dans ce voyage de Maigret vers son propre passé. Il y a derrière le regard fatigué de la star tout le poids de son enfance, et le long chemin si rempli qui sépare l’enfant du superflic arrivé au sommet.

On jurerait même que Gabin a joué ce rôle-là, dans ce film-là, comme s’il s’agissait de sa propre histoire : celle d’une star qui n’a plus rien à prouver, et se retourne vers le chemin parcouru. Le plus beau moment du film, c’est d’ailleurs cette première rencontre entre Maigret et la comtesse de Saint-Fiacre, devenue une vieille dame, qui confrontent avec espièglerie leurs souvenirs communs.

Cette scène toute simple et tout en légèreté est bouleversante. Aucune grandiloquence, aucun effet facile, juste un homme mur qui évoque sa vieille passion pour une femme qu’il a connue jeune et désirable, lorsque lui-même n’était qu’un gamin. C’est simple et juste, simplement beau.

La suite est plus convenue, mais réalisée sans aucun temps mort, et regorgeant de beaux moments : une scène de nuit dans un couloir désert, le souvenir de Maigret père qui surgit soudain… La nostalgie sied bien à Gabin.

* Voir aussi Maigret tend un piège et Maigret voit rouge.

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