Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Archive pour la catégorie '* Polars/noirs France'

38 témoins – de Lucas Belvaux – 2012

Posté : 5 janvier, 2016 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 2010-2019, BELVAUX Lucas | Pas de commentaires »

38 témoins

En 1964, à New York, une jeune femme de 29 ans était assassinée entre le bar où elle travaillait et son appartement du Queens. Un faits divers tristement banal, mais l’enquête démontrera que, dans les immeubles qui entourent le lieu du crime, 38 personnes ont été témoin du meurtre. 38 hommes et femmes qui ont vu la jeune femme aux prises avec son agresseur, et ont entendu ses cris pendant près d’une demi-heure, et qui n’ont rien fait. Pas même pris leur téléphone pour appeler la police.

De ce faits divers sordide, glaçant et authentique, Didier Decoin a tiré un (excellent) roman, Est-ce ainsi que les femmes meurent ?, publié en 2009. C’est ce roman qu’adapte librement Lucas Belvaux, transposant l’action (ou plutôt le manque d’action) dans un quartier du Havre. Ni huppé, ni laissé pour compte : un quartier « normal » peuplé de gens « normaux ».

Decoin s’intéressait aussi au destin de la jeune femme (Kitty Genovese, dans la vraie vie), et à sa rencontre avec son tueur. Belvaux, lui, débarrasse son film de tout ce qui n’est pas le vrai sujet, la véritable interrogation : pourquoi autant de personnes sont-elles restées, chacune dans leur coin, silencieuse et immobile face à l’horreur, alors qu’un simple coup de téléphone aurait pu changer une vie…

Dans son livre, Decoin avançait une hypothèse : seul, il est facile de faire l’autruche ; dans un groupe, chacun compte sur l’autre… Belvaux, lui, n’apporte pas le début d’une réponse, préférant se concentrer sur la culpabilité, l’incompréhension, le dégoût de soi… Les 38 témoins ne sont pas des monstres : c’est monsieur et madame tout le monde, qui doivent se confronter à leur propre lâcheté, d’autant plus difficile à assumer qu’ils ne la comprennent pas…

Le film de Lucas Belvaux est formidable à plusieurs titres. D’abord, le réalisateur révèle plus que jamais sa patte de cinéaste, qui ne se contente pas d’un sujet fort : dès la séquence générique, troublant ballet des porte-containers dans le port du Havre, une atmosphère se dégage du film, rare et fascinante, à peine troublée par des dialogues un peu trop écrits qui ne sonnent pas toujours très justes.

Et en éludant soigneusement toute dimension romanesque ou polaresque, Belvaux fait le bon choix. Son sujet, ce sont les troubles intérieurs qui naissent de ce manque de réaction. Yvan Attal, témoin brisé par son propre silence, qui décide de tout raconter parce qu’il à besoin d’être jugé, pas d’être compris. Sa fiancée Sophie Quinton, jeune femme quasi-parfaite qui se réfugie dans un déni coupable, prête à tout non pas pour sauver son grand amour, mais leur bonheur confortable. Et la journaliste Nicole Garcia, soudain plus tout à fait persuadée qu’exposer l’inhumanité passagère de ces témoins soit la chose la plus humaine qui soit…

Le film de Lucas Belvaux n’apporte pas de réponse. Il se contente de montrer l’individu le plus normal dans ce qu’il peut avoir de plus abject. A la fois compréhensif et glaçant, 38 témoins est un film fort. Mais sombre.

La Nuit du carrefour – de Jean Renoir – 1932

Posté : 10 décembre, 2015 @ 4:12 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, Maigret, RENOIR Jean | Pas de commentaires »

La Nuit du Carrefour

Curieux objet que cette première adaptation de Maigret sur grand écran (un titre partagé avec Le Chien jaune, tourné la même année par Jean Tarride avec son père Abel dans le rôle du commissaire). Constamment plongé dans la brume, l’obscurité ou les volutes de tabac, le film est une œuvre totalement à part à la fois dans la longue série des adaptations de l’œuvre de Simenon, et dans la filmographie d’un Jean Renoir particulièrement prolifique en ces débuts du parlant (la même année, il tourne Chotard et compagnie, et Boudu sauvé des eaux).

Pas de gros plans, des personnages peu loquaces, une intrigue alambiquée bien difficile à suivre… Le film, techniquement très imparfait (avec des dialogues quasi inaudibles, et un montage parfois hasardeux), pourrait nous perdre sur le chemin de ce carrefour perdu dans une banlieue sans charme ni personnalité. C’est tout le contraire qui se passe. Même si on peine à suivre tous les rebondissements, et même si on comprend parfois à peine ce qui se passe à l’écran, tant l’action est diluée dans ces brouillards constants, l’expérience est purement fascinante.

Si on reste scotché devant cette improbable enquête menée par un Maigret qui se contente la plupart du temps d’adopter un sourire sardonique, interrogeant peu et dévoilant encore moins, c’est pour la composition très pictural des images, pour cette manière totalement en avance sur son temps de faire ressentir l’environnement des décors naturels, et paradoxalement parce qu’il y a quelque chose de presque irréel dans ce faux polar où chacun semble attendre. Attendre quoi ? Que la vérité éclate, que le jour revienne, ou simplement que le temps passe.

Renoir est d’ailleurs particulièrement inspiré lorsqu’il s’agit de faire ressentir ce temps qui passe : par la valse des journaux qui se suivent au fil d’une journée, par la fumée des cigarettes qui opacifie de plus en plus la pièce où se déroule un interrogatoire, ou par un robinet qui goutte et qui remplit peu à peu un récipient…

Le temps qui passe, les êtres qui semblent hors du monde dans ce carrefour perdu où un crime a été commis, l’observation d’un microcosme qui révèle la culpabilité des uns… et l’absence d’innocence des autres. Même si le film surprend, et que le personnage même de Maigret (interprété ici par Pierre Renoir, le frère de Jean) déroute par son étrange comportement, La Nuit du carrefour est pourtant l’une des adaptations les plus fidèles à l’esprit de Simenon.

Le romancier a semble-t-il travaillé avec Renoir pour préparer le film. L’atmosphère du film, le malaise qui s’en dégage, portent clairement sa marque…

Inspecteur Lavardin – de Claude Chabrol – 1986

Posté : 7 décembre, 2015 @ 2:08 dans * Polars/noirs France, 1980-1989, CHABROL Claude | Pas de commentaires »

Inspecteur Lavardin

Une suite dans la filmo de Chabrol ? Le fait est quasiment unique (il avait réalisé deux épisodes du Tigre dans les années 60 : Le Tigre aime la chair fraîche et Le Tigre se parfume à la dynamite), et on pourrait se dire que le cinéaste se plie aux lois du marché pour le coup… Mais Inspecteur Lavardin, semble plutôt répondre à une pure gourmandise, et au besoin de renouer avec les racines du cinéaste.

Tourné dans la foulée de Poulet au vinaigre, le film permet de retrouver ce flic faussement débonnaire incarné avec délectation par un Jean Poiret aussi séducteur qu’inquiétant. Un personnage qui a tellement plus à Chabrol (et au public) qu’il en tirera même une mini-série télé de quatre épisodes, toujours interprétée par Poiret sur le même ton.

C’est donc un retour aux sources pour le cinéaste, qui retrouve, à travers ce personnage tellement libre qu’il en devient cynique, son mordant vis-à-vis de la fameuse bourgeoisie de province, de ses codes et de son hypocrisie. Et la charge est sévère. Au point de paraître bien maladroite, quasi caricaturale, dans la première partie du film. Mais Chabrol finit par installer une atmosphère très… chabrolienne, dans ce microcosme rongé par les secrets et les mensonges.

Lavardin serait-il un alter ego de Chabrol ? On sent bien que le réalisateur se reconnaît dans ce personnage dont l’apparrente légèreté dissimule à peine la détestation de ce monde de mensonge et d’hypocrisie. Jusqu’à un face-à-face réjouissant et tendu avec un Jean-Luc Bidau parfait en faux-cul au bras long.

C’est aussi un retour aux sources parce que Chabrol retrouve deux acteurs qui ont marqué ses débuts, à l’éclosion de la Nouvelle Vague : Jean-Claude Brialy et Bernadette Lafont, en troublante émanation du passé. On retrouve aussi son goût (et celui de Lavardin) pour la bonne chair, et sa propension à aborder les sujets légers avec gravité, et les sujets sérieux avec dérision. A moins que ce ne soit le contraire…

Le Café du Cadran – de Jean Gehret (et Henri Decoin) – 1946

Posté : 30 novembre, 2015 @ 2:38 dans * Polars/noirs France, 1940-1949, DECOIN Henri, GEHRET Jean | Pas de commentaires »

Blanchette Brunoy, Bernard Blier, Félix Oudart

Bernard Blier en patron de bistrot à la femme trop belle… On a l’impression d’avoir vu ça cent fois. Pourtant, ce film méconnu d’un cinéaste oublié (même s’il semble que Decoin soit le véritable auteur du film) est une réussite et une œuvre assez originale. Parce que Blier n’est pas le cocu magnifique qu’on attend de lui, et parce que le réalisateur, quel qu’il soit, prend le temps d’installer son film dans une sorte de routine quotidienne assez passionnante.

C’est à la fois la force et la petite faiblesse du film : ne pas se reposer sur un enjeu dramatique fort, et signer une chronique basée sur les habitudes d’un bistrot parisien, ces gestes quotidiens répétés à l’envi, et ces petits changements qui paraissent si anodins mais qui sont de véritables révolutions pour ces silhouettes désormais si familières.

Sans doute le film manque-t-il d’une atmosphère plus envoûtante, et peut-être souffre-t-il d’une réalisation un peu trop fonctionnelle. Mais dans ce quasi hui-clos, on se laisse emporter par cette petite musique qui évite à tout prix le sensationnel. Et puis, il y a autant de personnages que d’enjeux personnels : le poivrot repenti qui cherche à se racheter aux yeux de celle qu’il a blessé, les journalistes confrontés au rachat de leur canard (déjà), cette amoureuse transie qui observe son amant lui échapper, ce vieux barman qui connaît tout de ses clients…

Malgré les contraintes de lieu (jamais la caméra ne va plus loin que le trottoir devant le café), le film grouille de vie et de mouvements. En fil rouge, la traditionnelle opposition de la campagne et de la capitale : Blier et sa femme (Blanchette Brunoy) sont deux Auvergnats tendres et amoureux, qui découvrent la vie parisienne. Avec résignation pour elle, avec un rien de cynisme pour lui, qui réalisera trop tard qu’il n’est pas de taille pour dompter la ville. La conclusion, cruellement ironique, remettra chacun à sa place.

Maigret voit rouge – de Gilles Grangier – 1963

Posté : 13 novembre, 2015 @ 1:44 dans * Polars/noirs France, 1960-1969, GABIN Jean, GRANGIER Gilles, Maigret | Pas de commentaires »

Maigret voit rouge

Quatre ans seulement ont passé depuis L’Affaire Saint-Fiacre. Pourtant, tout semble avoir changé dans ce nouveau Maigret, le troisième et dernier interprété par Jean Gabin (curieusement, le dernier interprété par un acteur français au cinéma, d’ailleurs). Delannoy et Audiard sont partis, remplacés par Gilles Grangier à la caméra et au scénario.

Pas un manchot, cela dit : le réalisateur nous offre quelques belles séquences nocturnes, joliement photographiées, tendues et pleines de suspense. Quant à l’adaptateur, ses dialogues « à la Audiard » le sont trop pour ne pas sonner un peu faux. Gabin, d’ailleurs, n’y croit pas trop, à ces dialogues : ses mimiques habituelles semblent un peu forcées ici. Un détail, cependant. Parce que le polar est réellement très efficace, le rythme ne baisse jamais, et la violence et le danger sont constamment palpables dans les rues de Paris.

Mais plus que l’absence de Delannoy et Audiard, c’est celle de l’atmosphère chère à Simenon que l’on regrette, et l’esprit même de Maigret. La silhouette massive et voûtée est bien là, mais pas cette lassitude et ce doute permanents qui font la richesse du personnage, et qui faisaient le charme des deux précédents films.

On le comprend bien d’ailleurs : cette fois, Maigret est confronté à des adversaires différents, des étrangers, des Américains, qui prennent les rues parisiennes pour « le Chicago de la Prohibition », dixit Maigret. Ce qui est au cœur de la plupart des « Maigret », cette lente immersion dans un microcosme dont il découvre peu à peu les secrets, n’a plus de raison d’être. On est ici dans l’environnement du commissaire, où la violence fait une incursion brutale.

Le sujet aurait pu être intéressant, comme aurait pu l’être la confrontation du traditionnel Maigret avec la culture américaine, le culte des gangsters, le jazz et le bowling. Mais tout ça n’est qu’un décor, et le polar est d’avantage un « Gabin » qu’un « Maigret ». Un bon Gabin d’ailleurs, mais sans grande surprise, et forcément très frustrant pour les amoureux de Maigret et Simenon.

* Voir aussi Maigret tend un piège et Maigret et l’affaire Saint Fiacre.

Maigret et l’affaire Saint Fiacre – de Jean Delannoy – 1959

Posté : 13 novembre, 2015 @ 1:40 dans * Polars/noirs France, 1950-1959, DELANNOY Jean, GABIN Jean, Maigret | Pas de commentaires »

Maigret et l'affaire Saint Fiacre

La question de savoir qui est le meurtrier n’a aucune importance, et la confrontation finale de tous les protagonistes doit plus à Agatha Christie qu’à Simenon. Bref, tout l’aspect « film policier » est presque de trop… Pourtant, il s’agit bien là du meilleur Maigret tourné pour le cinéma, beau parce qu’il plonge dans l’intimité d’un personnage qui évite soigneusement de se dévoiler.

Pour sa deuxième apparition dans le rôle, Gabin prouve définitivement qu’il était le meilleur choix possible. Sa force tranquille, sa présence incroyable, font merveille dans ce voyage de Maigret vers son propre passé. Il y a derrière le regard fatigué de la star tout le poids de son enfance, et le long chemin si rempli qui sépare l’enfant du superflic arrivé au sommet.

On jurerait même que Gabin a joué ce rôle-là, dans ce film-là, comme s’il s’agissait de sa propre histoire : celle d’une star qui n’a plus rien à prouver, et se retourne vers le chemin parcouru. Le plus beau moment du film, c’est d’ailleurs cette première rencontre entre Maigret et la comtesse de Saint-Fiacre, devenue une vieille dame, qui confrontent avec espièglerie leurs souvenirs communs.

Cette scène toute simple et tout en légèreté est bouleversante. Aucune grandiloquence, aucun effet facile, juste un homme mur qui évoque sa vieille passion pour une femme qu’il a connue jeune et désirable, lorsque lui-même n’était qu’un gamin. C’est simple et juste, simplement beau.

La suite est plus convenue, mais réalisée sans aucun temps mort, et regorgeant de beaux moments : une scène de nuit dans un couloir désert, le souvenir de Maigret père qui surgit soudain… La nostalgie sied bien à Gabin.

* Voir aussi Maigret tend un piège et Maigret voit rouge.

Maigret tend un piège – de Jean Delannoy – 1957

Posté : 13 novembre, 2015 @ 1:35 dans * Polars/noirs France, 1950-1959, DELANNOY Jean, GABIN Jean, Maigret | Pas de commentaires »

Maigret tend un piège

Il y a comme une évidence à voir Gabin endosser l’imper de Maigret, ce qu’il fait ici pour la première fois (… l’affaire Saint Fiacre et Maigret voit rouge suivront), comme il y avait une évidence à voir l’acteur incarner Jean Valjean. Il était comme ça dans les années 50, l’ancien prolétaire idéal d’avant-guerre : l’incarnation parfaite d’une certaine culture populaire française.

Comme Valjean version Gabin, Maigret version Gabin doit autant à son interprète qu’à l’imagination de Simenon. Pas que le film soit totalement irrespectueux de l’œuvre originale, bien au contraire : d’une certaine manière, Gabin EST Maigret, comme aucun autre interprète ne l’a été ou ne le sera après lui. Une force tranquille, une présence, une masse qui se déplace avec lassitude et écœurement dans un Paris de troquets, de petites gens et de paumés, où la violence est crue et les motifs plus cruels encore.

Maigret est Gabin, ou le contraire. Les doutes du commissaire de papier ont disparu au profit de la certitude omnisciente imposée par la présence de la star. Mais cette petite « trahison » n’a aucune importance. L’essentiel est bien là : Maigret est une sorte de catalyseur qui révèle la vérité des personnages, leurs secrets bien enfouis, les mesquineries de chacun. Et Gabin impose son rythme au film par son jeu si caractéristique.

Jean Delannoy, cinéaste méprisé par la Nouvelle Vague, signe un beau film d’atmosphère, un polar qui sait prendre son temps et se perdre dans les ruelles obscurs où le pêché reste tapi. Sa mise en scène est d’une grande efficacité, suggérant la violence sans rien édulcorer. Loin de l’image que ses détracteurs en donneront dans les années suivantes.

Bien sûr, Delannoy scénariste est épaulé par Michel Audiard, qui signe des dialogues magnifiques (« Vous êtes méchantes, mais surtout vous êtes bêêêtes !! »). Mais l’adaptation a aussi l’intelligence, malgré la présence de Gabin, de ne pas transformer le commissaire en surhomme. Grand psychologue et grand observateur, il reste jusqu’au bout un révélateur, laissant le travail d’enquêteur à cet inspecteur Lagrume trop rapidement élevé au rang de ridicule. C’est lui qui fait véritablement avancer l’enquête pendant que Maigret, las, balaye d’un revers de la main la preuve qu’on lui présente : « On verra ça plus tard ».

Bon réalisateur, bon scénariste, Delannoy se révèle aussi grand directeur d’acteur. Passons sur la prestation de Gabin, formidable mais absolument typique : tous les seconds rôles sont exceptionnels, qu’ils soient en valeur comme Jean Desailly en fils trop aimé ou, dans un autre registre, Annie Girardot en femme effacée, ou en retrait comme le débutant Lino Ventura, impeccable en jeune flic.

Un sans faute pour cette première aventure du commissaire Maigret Gabin. La qualité française avait du bon…

* Voir aussi Maigret et l’affaire Saint Fiacre et Maigret voit rouge.

Mister Flow / Les Amants traqués – de Robert Siodmak – 1936

Posté : 6 novembre, 2015 @ 11:34 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, SIODMAK Robert | Pas de commentaires »

Mister Flow

Dans les années 40, à Hollywood, Siodmak allait devenir l’un des très grands spécialistes du film noir, enchaînant les chefs d’œuvre intemporels aux atmosphères si fortes. En attendant, c’est en France que Siodmak s’est installé après avoir fui l’Allemagne d’Hitler et Goebels. Durant cette courte période (entre 1933 et 1940), Siodmak signe sept films dont ce Mister Flow adapté d’un roman de Gaston Leroux.

Je ne connais rien des films allemands de Siodmak, pas plus que de sa période française. Mais avec ce petit polar ouvertement humoristique, on peine à reconnaître la patte du futur réalisateur de Criss Cross ou des Tueurs. De l’intrigue improbable, le cinéaste semble ne pas trop savoir quoi faire, mal à l’aise qu’il est avec les aspects comiques de son film.

C’est l’histoire d’un petit avocat sans le sou (Fernand Gravey), dont un gangster international (Louis Jouvet) utilise la naïveté grâce à l’aide de sa maîtresse (Edwige Feuillère). Mais à ce niveau-là, ce n’est plus de la naïveté: cet avocaillon tombe avec gourmandise dans tous les pièges qui lui sont tendus, devient cambrioleur en l’espace d’une soirée, finit par devenir lui-même un fugitif…

Le scénario est franchement outrancier, et pourquoi pas. D’ailleurs, la première partie se laisse voir avec un certain plaisir. Mais à force de filmer ses acteurs en roue libre, Siodmak finit par ennuyer pour une fois. Jouvet en fait des tonnes en se faisant passer pour un demeuré, et Gravey joue l’alcoolique avec la délicatesse d’une baleine dans une écluse. Seule Edwige Feuillère apporte une véritable énergie à ce film à l’humour un rien poussif.

Heureusement, l’intérêt de Siodmak semble renaître dans la dernière partie, séquence de tribunal au second degré au rythme impeccable, qui associe enfin avec bonheur suspense et humour.

En cas de malheur – de Claude Autant-Lara – 1958

Posté : 3 novembre, 2015 @ 3:17 dans * Polars/noirs France, 1950-1959, AUTANT-LARA Claude, GABIN Jean | Pas de commentaires »

En cas de malheur

La rencontre entre Gabin, avocat digne et vieillissant, et Barbot, gamine rebelle et paumée, est un choc des mondes passionnant, qui révèle les fêlures de ces deux êtres que tout oppose a priori. La dernière partie du film est un sommet tragique qui souligne le gâchis de ces vies perdues. Mais entre-deux, Autant-Lara rappelle pourquoi il a si mauvaise réputation, hélas.

Il y a un grand ventre mou (et je ne parle pas de celui de Gabin) dans cette « histoire d’amour » sinistre et glauque, dont la mise en scène est soignée et très appliquée du réalisateur est la principale responsable. Dénuées de toute dramaturgie, de toute profondeur, et même de toute élégance, les images d’Autant-Lara sont souvent d’une platitude qui plombe le film.

Mais le scénario de Pierre Bost, adapté d’un roman de Simenon, et les dialogues de Jean Aurench sont brillants (« Elle ne t’a pas aimé ta mère ? – Pas trop »). Et sans rien filmer explicitement, Autant-Lara va loin, évoquant les pulsions sexuelles de Bardot, et surtout un triangle sexuel avec la bonne, lors d’une étonnante séquence de séduction particulièrement osée (même si absolument rien n’est montré).

Et puis il y a les acteurs. La tragique sensualité de Bardot, et Gabin, massif, qui semble étouffer « l’innocence » de sa cliente. Gabin qui profite de son ascendence sur cet objet du désir. Gabin qui tourne littéralement le dos à la souffrance terrible de sa femme, tragique Edwige Feuillère. Un avocat sans limite, un homme peu sympathique, que l’acteur ne cherche pas à défendre, son interprétation parfaite soulignant au contraire sa petitesse et son égoïsme. Rien que pour lui…

Le Furet – de Raymond Leboursier – 1949

Posté : 17 août, 2015 @ 11:11 dans * Polars/noirs France, 1940-1949, LEBOURSIER Raymond | Pas de commentaires »

Le Furet

Un seul être vous manque… Deux mêmes, dans cette nouvelle adaptation d’un roman de S.A. Steeman, sans Clouzot (scénariste du Dernier des Six et réalisateur de L’Assassin habite au 21), et sans Pierre Fresnay, qui cède le rôle du commissaire Wens à Pierre Jourdan, si transparent qu’il est condamné à jouer les quasi-figurants.

Raymond Leboursier, qui co-signe l’adaptation avec Steeman lui-même, n’a clairement pas le talent de Clouzot. Et le voir s’attaquer à un polar somme toute très semblable sur le papier à L’Assassin… souligne paradoxalement l’importance de ce dernier dans la réussite des précédents films.

De l’humour et du plaisir intense de la série des Wens, il ne reste que quelques répliques un peu trop appuyées de Wens (« Pourquoi on ne vous a pas vu descendre de l’avion ? – Je suis descendu avant l’arrêt de l’appareil »), et quelques seconds rôles hauts en couleurs : Jean Tissier qui en fait des tonnes en aspirant Immortel, et surtout Pierre Larquey dans un registre qu’il connaît par cœur. Comme par hasard deux des « assassins » de Clouzot.

Le Furet est une succession de moments vraiment plaisants. Mais il se résume la plupart du temps à cela : les meurtres s’enchaînent, sans lien apparant entre eux si ce n’est ces lettres anonymes d’un certain « furet » qui les annonce à la police. Mais il faut attendre près d’une heure avant que ces différents crimes cessent d’être des sketchs indépendants pour s’inscrire dans un ensemble machiavélique… et pas vraiment passionnant.

Larquey s’amuse comme un fou à jouer les voyants derrière sa boule. Les policiers (à l’exception de Wens bien sûr) tombent dans le panneau. Nous ? On reste sur le côté de la route, en se disant que Clouzot, c’est quand même très bien…

12345...7
 

Kiefer Sutherland Filmographie |
LE PIANO un film de Lévon ... |
Twilight, The vampire diari... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | CABINE OF THE DEAD
| film streaming
| inderalfr