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Archive pour la catégorie '* Polars/noirs France'

Le Trou – de Jacques Becker – 1960

Posté : 18 avril, 2019 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1960-1969, BECKER Jacques | Pas de commentaires »

Le Trou

Dans la famille des grands cinéastes qui terminent leur carrière sur un chef d’œuvre, je demande Jacques Becker, cinéaste passionnant qui rompt, pour son ultime film (il mourra prématurément avant sa sortie), avec à peu près tout ce qu’il a fait auparavant, et avec à peu près tout ce que le genre du film d’évasion nous a habitués à voir…

Il s’agit bien d’un film d’évasion, inspiré d’ailleurs d’une histoire vraie : celle d’une poignée de prisonniers de la Santé parmi lesquels José Giovanni (qui en a tiré un livre, puis le scénario du Trou) et Roland Barbat. Ce dernier tient son propre rôle dans le film de Becker, apparaissant au générique sous le pseudonyme de Jean Keraudy. Une expérience d’acteur unique pour lui, mais dont il se sort avec une remarquable intensité.

Les acteurs sont d’ailleurs tous des débutants. Un choix revendiqué par Jacques Becker, qui voulait donner à son film un aspect très brut. Avec Le Trou, Becker ne signe pas pour autant un semi-documentaire : son film est très construit, avec un suspens souvent très tendu, et une dramatisation des rapports humains. Un vrai film de fiction, donc. Mais la forme frappe par sa radicalité.

Le plus marquant, ce sont ces interminables plans sur les détenus mangeant en silence, ou répétant inlassablement les mêmes gestes quotidiens. La répétition des gestes, des situations, des mots même : Becker souligne ainsi avec audace le poids du temps, cet ultime luxe dont disposent les prisonniers qui préparent leur évasion.

Combien de temps dure ce plan fixe qui cadre les mains des détenus burinant longuement (et bruyamment) le sol de leur cellule pour percer le béton et commencer leur tunnel ? De longues, très longues minutes, où la caméra ne montre rien d’autre que ces coups répétés, filmés en gros plans fixe. Et ces minutes sont d’une force dramatique hallucinante : il y a de la rage, de la volonté, de la peur, de la sueur… dans ces images.

Sans fard, sans artifice, Becker filme ces moments interminables. Et c’est l’humanité de ses personnages qui apparaît miraculeusement. D’un scénario on ne peut plus classique d’évasion, Jacques Becker signe un film immense, radical et passionnant. Un authentique chef d’œuvre.

Daïnah la métisse – de Jean Grémillon – 1932

Posté : 6 avril, 2019 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, GRÉMILLON Jean | Pas de commentaires »

Daïnah la métisse

Sur un bateau de croisière au milieu du Pacifique, une jeune femme, métisse à la beauté insolente, s’amuse de l’effet qu’elle produit sur les hommes. « Le plus important, c’est l’amour » lui répètent-ils. « La seule chose qui compte, c’est d’être désirée », rétorque-t-elle.

Un soir, elle rencontre l’un des mécaniciens du bateau, rencontre inattendue entre cette femme du monde belle et moderne, désirée par tous, et ce rustaud sans manière. Rencontre dont on pressent vite qu’elle va mener au drame.

Ce petit film de jeunesse de Jean Grémillon (48 minutes, pas plus) est déjà une grande réussite, troublante et passionnante. L’atmosphère doit beaucoup au fait que le bateau est au milieu de l’océan, dans une sorte d’entre-deux, loin de toute terre.

Et c’est comme si la loi et les règles morales de la société de la société ne s’appliquaient plus, comme si tous se déshumanisaient. A l’image de cet envoûtant et très macabre bal des masques, au milieu duquel Daïnah (Laurence Clavius) semble perdue, oppressée, et qui la pousse vers ce destin tragique qui prend la forme du mécanicien, joué par Charles Vanel, parfait comme toujours.

On est marqué aussi par la froideur des personnages, cette manière si détachée d’affronter les crises, ou d’accueillir le pire des drames. Le personnage du mari surtout (Habib Benglia), magicien taiseux et grand lecteur, est particulièrement intriguant. Le fait qu’il soit noir (comme le titre du film d’ailleurs) n’est pas anecdotique : sa couleur de peau en fait la cible de tous les cancans de cette micro-bonne société improvisée. « Magie noire », « mari cruel »… Les rumeurs vont bon train.

La dernière image de ce film beau et angoissant vient balayer doutes et rumeurs d’un revers cinglant. Et fait éclater l’émotion qui, jusqu’à présent, était étrangement tenue à distance.

Poulet au vinaigre – de Claude Chabrol – 1985

Posté : 31 janvier, 2019 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1980-1989, CHABROL Claude | Pas de commentaires »

Poulet au vinaigre

« Ecoute ta mère : touche pas à ça, c’est une lève-tard ! » Stéphane Audran, en invalide victime des bourgeois d’une ville de province, ne serait-elle pas plus odieuse encore que lesdits bourgeois, dans cette nouvelle charge très chabralienne, qui valut à son cinéaste l’un de ses plus grands succès populaires ?

A vrai dire, il n’y a pas grand-monde à sauver, dans cette bourgade de Seine-Maritime où les petits secrets bien pourris ne sont l’exclusivité de personne. En vrac : un notaire hautain (Michel Bouquet, qui d’autre…), un médecin malsain et un garagiste au sang chaud associés pour virer à tout prix l’invalide en question de chez elle ; le fils de ladite, postier qui épie les premiers et ouvre leurs lettres (Lucas Belvaux) ; sa collègue un rien nymphomane, qui pique dans la caisse (Bernadette Laffonf) ; et bien sûr le flic le plus célèbre du cinéma de Chabrol, l’inspecteur Lavardin, arrogant et violent, pas à un dérapage près.

Dans le rôle, Jean Poiret fait preuve d’une antipathie gourmande, dans une interprétation réjouissante qui fait beaucoup pour le charme du film. Surtout que la présence de ce personnage très fort est loin d’étouffer le reste : il n’apparaît que très tardivement, et ne revient que de loin en loin, comme le sparadrap de Dupont dont ce microcosme à l’équilibre vacillant n’arriverait pas à se débarrasser.

Tellement peu présent que Chabrol (et ses producteurs) en ressentira une sorte de frustration, enchaînant l’année suivante avec un Inspecteur Lavardin qui annoncera d’emblée l’ambition, et avec une éphémère série éponyme.
C’est d’ailleurs une nouveauté dans le cinéma de Chabrol : l’intérêt du film repose avant tout sur ce flic intarissable sur les œufs au plat du matin, et sur les petites gens, eux-mêmes victimes de la férocité du cinéaste. Des personnages atypiques que l’on retrouve dans un univers, lui, bien familier. Du Chabrol dans le texte, où les bourgeois sont très exactement comme on les attend.

L’Empereur de Paris – de Jean-François Richet – 2018

Posté : 16 janvier, 2019 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 2010-2019, RICHET Jean-François | Pas de commentaires »

L'Empereur de Paris

Il a de la gueule, Vincent Cassel. De la gueule, une présence indéniable, et une capacité pas si commune à se glisser naturellement dans des époques différentes. Le voilà donc en bagnard évadé qui devient chef d’une police alternative dans le Paris napoléonien. En Vidocq, donc, reprenant des frusques portées par des tas d’acteurs avant lui (depuis Harry Baur dans les années 1900, d’après Wikipédia) et salement chiffonnées par Depardieu dans le machin de Pitof (quelqu’un a des nouvelles ?).

Alors forcément, au grand jeu des comparaisons, Cassel sort vainqueur par KO, terrassant les interprétations télévisuelles bien lisses des années 60, ou même l’interprétation toute en suavité de George Sanders (dans l’excellent Scandale à Paris). Pas que le film de Richet soit meilleur que celui de Douglas Sirk, non. Mais il prend le parti d’un certain réalisme, à la fois dans le soin apporté à la reconstitution historique (merci aux effets spéciaux, très réussis) et dans le rapport à la violence.

C’est donc un film brut qui sent le parfum de la rue, que nous offrent Richet et Cassel, dix ans après Mesrine. Une grosse production comme le cinéma français n’ose en faire que très rarement. On peut faire la fine bouche, souligner la paresse d’un scénario qui accumule tous les poncifs et tous les rebondissements faciles (on devine dès leur première apparition qui va mourir et qui va survivre, et presque comment), et on n’aurait pas tort de le faire.

OK, on sait d’emblée que Vidocq ferait mieux de laisser l’autre bagnard se noyer. On sait qu’il ferait mieux de ne pas y aller, à ce rendez-vous tout foireux. On sait aussi que sa croisade finira dans un bain de sang, comme dans Les Incorruptibles de De Palma auquel Richet semble régulièrement se rapprocher. Strictement zéro surprise, donc.

Pourtant, l’ambition de la reconstitution, l’ampleur de la mise en scène, et surtout l’interprétation, procurent un plaisir rare dans un cinéma populaire rarement aussi ample. Le regard sombre, les poings serrés, Cassel a la carrure des grandes stars. A ses côtés, de Chesnais à Lucchini en passant par Thierrée et Menochet, les seconds rôles ne sont pas oubliés. Les femmes, quand même, sont pauvrement traitées : Olga Kurylenko et Freya Mavor (cette dernière a quand même droit à une belle séquence de suspense) sont largement cantonnées à un affrontement de charmes. Fort agréable au demeurant, mais franchement vain.

Le Rouge est mis – de Gilles Grangier – 1957

Posté : 6 janvier, 2019 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1950-1959, GABIN Jean, GRANGIER Gilles | Pas de commentaires »

Le Rouge est mis

Gabin en braqueur à l’apparence bourgeoise, Lino Ventura en petite frappe dangereuse, Annie Girardot en jeune femme fatale, Paul Frankeur en comparse un peu lâche, Marcel Bozzufi en petit frère encombrant… On est en terrain connu avec ce polar adapté par lui-même d’un roman d’Auguste Le Breton, dont on sait d’emblée qu’il se terminera mal.

Rien de surprenant ? Au contraire. Il y a dans ce film des tas de détails que la caméra de Grangier sait admirablement capter, et qui donnent un ton différent, original, à cet excellent polar. Un bref passage dans un marché populaire plein de vie, une discussion inattendue autour d’actions qui montent ou qui baissent, ou encore une scène totalement inutile avec des cyclistes du dimanche que Gabin regarde partir avec une bienveillance un rien nostalgique…

Il y a de la vie dans Le Rouge est mis. Un savoir faire évident, une efficacité imparable, mais surtout de la vie, que l’on ressent dans chaque scène, et qui a pour effet de renforcer les émotions. Lors du braquage qui ouvre le film, le sentiment de danger est ainsi palpable, sentiment plus fort encore lors de la course poursuite avec les motards de la police. Les face-à-face entre Girardot et Bozzuffi sont elles aussi très fortes, dans un tout autre registre. Jusqu’à la séquence finale, haletante, désespérée et forcément tragique.

Quant à Gabin, il est formidable. A la fois totalement lui-même tel qu’on se l’imagine, et toujours un peu différent : une manière d’être à la fois dur, voire dénué d’empathie, mais aussi humain voire fragile. Il faut voir son regard surpris après s’être pris une giffle par sa mère, ou son regard implorant lorsqu’il rattrape enfin Ventura dans la dernière séquence. Toujours grand, Gabin. Et devant la caméra de Grangier, c’est du bonheur.

Masques – de Claude Chabrol – 1987

Posté : 30 novembre, 2018 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1980-1989, CHABROL Claude | Pas de commentaires »

Masques

Un jeune auteur qui prépare la biographie d’un présentateur vedette de la télé retrouve ce dernier dans sa maison de campagne pour y passer quelques jours. La rencontre a priori anodine se transforme bientôt en un face à face sous tension sous des apparences de cordialité, où les apparences sont trompeuses…

Chabrol flirte clairement du côté du Mankiewicz du Limier, et la comparaison est cruelle pour le Français, en particulier dans la première scène du film, où la mise en scène même de Chabrol et le montage paraissent étonnamment maladroits, voire approximatifs. S’en dégage aussitôt une impression de dilettantisme qui tranche avec la perfection méticuleuse de Mankiewicz.

Pourtant, ça marche. Allez savoir par quel miracle, mais dans ces vieux murs bourgeois avec ces portes qui grincent et ce plancher qui craque, dont on pensait tout connaître depuis des années avec Chabrol, le cinéaste réussit à nous emmener là où il veut, et à instaurer une atmosphère oppressante et dérangeante.

En différant la révélation de l’intrigue et en se concentrant sur cette atmosphère d’angoisse, Chabrol fait mouche malgré tout. Et la simplicité extrême de sa mise en scène se révèle parfaitement efficace. OK il ne fait pas dans la nuance, et lâche clairement la bride à Noiret comme à Renucci, qui en font des tonnes dans les œillades et les faux-semblants. Mais là aussi, ça marche.

Le suspense est bel et bien oppressant, comme les vieilles boiseries omniprésentes de cette maison de campagne. Le décor est de plus en plus pesant, la tension monte, la vérité éclate, et tout ça finit par une scène réjouissante, pied de nez amusé et gentiment méchant au monde de la télévision. Ni mineur, ni majeur, ce Chabrol là se déguste sans grande surprise, mais avec plaisir.

Forfaiture – de Marcel L’Herbier – 1937

Posté : 19 novembre, 2018 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, L'HERBIER Marcel | Pas de commentaires »

Forfaiture 1937

Amoureux du film de Cecil B. De Mille, L’Herbier en signe un remake, une revisite, ou un hommage, c’est selon. C’est même tout ça à la fois, tant L’Herbier est fidèle à son modèle tout en imposant sa marque, et tant il témoigne ouvertement de son admiration pour le film de 1915, qu’il cite explicitement dès les premiers instants tout en glissant quelques images de Fanny Ward et Sessue Hayakawa.

Mieux, L’Herbier prend le parti, rarissime, de rappeler ce dernier pour qu’il rejoue le rôle qui l’a rendu internationalement connu vingt-deux ans plus tôt, alors que l’art du cinéma muet était encore en plein apprentissage. Le passage du jeune Sessue à celui plus mur de 1937 est assez troublant, d’autant que le choix de l’acteur doit tout à la volonté de L’Herbier de rendre hommage à De Mille: l’acteur japonais est visiblement mal à l’aise avec ses dialogues en français.

Sa première rencontre avec Victor Francen est étonnante, L’Herbier ne filmant que les répliques du Français, comme s’il avait une conversation au téléphone alors que Sessue Hayakawa est bien en face de lui. Limitant au maximum ses dialogues, L’Herbier fait de lui un personnage à l’aura surpuissante et un peu mystérieuse, dont la présence (ou l’absence d’ailleurs) semble peser sur tous ceux qui l’entourent, « son » monde.

Le film marque ainsi par la cruauté et la brutalité des rapports humains. Tout n’est que domination dans Forfaiture. Dans sa partie mongolienne bien sûr, qui s’ouvre avec des plans particulièrement forts montrant de véritables esclaves au travail, marqués dans leur chair par le sceau du prince local, ce sceau qui aura une importance si grande dans le drame qui se joue.

Mais cette domination s’étend à tous les rapports humains. Il y a l’impérialisme occidental bien sûr, la domination des blancs sur les Asiatiques. Mais aussi celle, plus généralement, des puissants sur les plus petits. Sans oublier les rapports hommes/femmes, très brutaux, à commencer par le couple interprété par Francen et Lise Delamare, cette dernière cherchant constamment le regard de son mari lorsqu’elle doit prendre une décision. Autant de jeux de domination dont joue le personnage de Louis Jouvet, symbole cynique d’une société loin d’être égalitaire.

Visuellement, c’est une réussite, L’Herbier étant particulièrement doué pour créer une atmosphère dramatique, qui ne perd rien en changeant de continent d’ailleurs. Ses qualités de directeur d’acteurs sont sans doute plus discutables : Francen en fait des tonnes, Sessue Hayakawa est le plus souvent en retrait, et Louis Jouvet est sous-exploité si ce n’est dans les scènes de procès, où il est admirable dans sa manière de commenter l’action presque en aparté. Mais c’est Lise Delamare qui s’en sort le mieux. Glissant irrémédiablement de la légèreté à la tragédie, elle est magnifique.

Pièges – de Robert Siodmak – 1939

Posté : 16 novembre, 2018 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, SIODMAK Robert | Pas de commentaires »

Pièges

« La chance est une femelle. J’ai su la dompter. » C’est Maurice Chevalier qui balance cette réplique dans Pièges. Hallucinant bien sûr, à une époque (aujourd’hui) où je n’ose même pas écrire que cette réplique m’a fait rire. Mais particulièrement éloquent, parce que derrière le côté charmeur (et il a un charme fou) de Chevalier, le film montre que l’égalité des sexes est un leurre, dont personne ici n’est vraiment dupe.

Siodmak est dans sa période française, avant donc les grands chefs d’oeuvre noirs qu’il signera à Hollywood. Mais on sent déjà le grand auteur de film noir, dans sa manière de créer des atmosphères angoissantes avec les jeux d’ombres qui dominent, ou qui tremblent à la lueur du feu.

Surtout, le film est admirable dans sa capacité à passer de la plus grande légèreté à la gravité la plus lourde. D’une comédie tirant sur le musical, avec deux numéros chantés réjouissants de Maurice Chevalier, à un drame sombre et à une histoire de tueur en série.

Pièges est pourtant, d’une remarquable cohérence, une sorte de condensé des émotions humaines où la lumière et l’ombre ne sont jamais très loin l’une de l’autre. La légèreté qui semble dominer dans la première partie n’est jamais dénuée d’une certaine violence des sentiments. Les rapports hommes-femmes sont ainsi particulièrement rudes.

Remarquable aussi, la construction en épisodes successifs. Marie Déa, danseuse transformée en suppléante de la police, rencontre tour à tour différents hommes qui recherchent des femmes seules par petites annonces. Les rencontres sont parfois amusantes, parfois inquiétantes, parfois déstabilisantes comme Erich Von Stroheim qui organise un défilé devant un parterre… de chaises vides.

OK, on voit venir le dénouement d’assez loin. Mais ce mélange de comédie, de drame et de suspense fonctionne formidablement bien. Et les comédiens sont tous formidables. Pierre Renoir bien sûr, mais Maurice Chevalier aussi. Et surtout. Plus que Marie Déa, parfaite, c’est lui qui donne le ton au film. Son apparition tardive donne un rythme fou. Il cabotine ? A peine, et avec une justesse totale.

Tirez sur le pianiste – de François Truffaut – 1960

Posté : 10 novembre, 2018 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1960-1969, TRUFFAUT François | Pas de commentaires »

Tirez sur le pianiste

« Peur… Peur ?… Merde, j’ai peur! » Filmé en gros plan, Charles Aznavour a sans doute là le plus beau plan de sa carrière d’acteur. Le plus intense, et celui où ses talents de comédiens, pas toujours bien servis par ailleurs, paraissent les plus éclatants. Ce petit homme discret, comme étranger au monde qui l’entoure, révèle une humanité à fleur de peau, et une détresse infinie.

La prestation d’Aznavour convient parfaitement au ton que Truffaut donne à son deuxième long métrage, son premier « noir » : une longue errance largement nocturne, sur une partition jazzy fascinante et d’une immense liberté. Ruptures de ton, faux rythmes, décalage entre le drame qui se noue et l’apparente légèreté des dialogues… Il fallait un phare pour ne pas se perdre, et Aznavour tient formidablement ce rôle, bien servi par des dialogues formidables (et l’utilisation fascinante d’une voix off qui semble être sa voix intérieure, mais qui n’est pas celle d’Aznavour).

Paradoxalement, c’est son apparente banalité qui fascine ici, la sensation constante qu’il est dépassé par les événements. Pas uniquement lorsqu’il est pisté par des gangsters d’ailleurs : dans un passage du long flash-back, où on découvre le passé de concertiste de ce petit pianiste au lourd secret, on le découvre trop petit dans son manteau, marchant dans un simple couloir où se joue son avenir, et qui semble prêt à le dévorer.

Aznavour n’a peut-être jamais été aussi bien que dans Tirez sur le pianiste ? Pas étonnant : c’est sans aucun doute son meilleur film, une merveille dans laquelle Truffaut confirme le style à la fois réaliste et littéraire des 400 coups, une caméra qui paraît capter sur le vif des moments de vie, alors que l’ensemble affirme une immense maîtrise. Parce que, avec cette liberté de ton qui le caractérise, Truffaut mène le spectateur exactement où il veut, créant des atmosphères puissantes.

Sûr de sa maîtrise, il se permet d’improbables digressions. Le film s’ouvre ainsi sur un homme (Albert Rémy, le « père » d’Antoine Doinel) fuyant des hommes qui le poursuivent dans les rues quasi désertes de la nuit parisienne, et prenant le temps de discuter de la vie avec un quidam rencontré par hasard (Alex Joffé, réalisateur pas franchement proche de la Nouvelle Vague, et acteur occasionnel au débit impossible).

Des parenthèses comme celles-là, il y en a plusieurs dans le film, qui enchaîne ces ruptures de ton inattendues. Dans la nuit, traversée à pied ou en voiture dans de longues séquences assez fascinantes, ce parti-pris renforce l’impression de voir un film fondamentalement jazzy. C’est en tout cas la nuit que Truffaut nous offre quelques scènes inoubliables : la marche silencieuse de Marie Dubois et Aznavour, qui tente maladroitement de lui saisir la main ; la longue route vers le « chalet »…

Seul bémol : un court plan de coupe qui montre une mère foudroyée après que son gangster de fils a juré sur la vie de sa mère qu’il portait un foulard en acier asiatique. Pour le coup, ce n’est pas dans le gag pur que Truffaut révèle toute l’étendue de son talent. Mais ne chipotons pas pour un plan qui ne dure que deux ou trois secondes : Tirez sur le pianiste est un chef d’oeuvre, souvent oublié dans la liste des grandes réussites trufaldiennes.

Deux hommes dans la ville – de José Giovanni – 1973

Posté : 15 octobre, 2018 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1970-1979, GABIN Jean, GIOVANNI José | Pas de commentaires »

Deux hommes dans la ville

La diffusion de votre film sera suivie d’un débat sur la peine de mort. Rendez-vous avec nos invités dans deux petites heures… Oui, voilà un film taillé pour les Dossiers de l’Ecran. Dommage seulement qu’il passe, un peu, à côté de son sujet.

La charge de Giovanni est sans appel, et pas toujours dans la nuance. Sauf que ce qu’il démonte, c’est peut-être moins la peine de mort en elle-même que le système judiciaire et policier, qui broie des hommes et interdit toute réinsertion. C’est aussi la bêtise et la mesquinerie.

Mais de la peine de mort, il n’est question qu’en pointillés, jusqu’à la dernière partie. Le plaidoyer de l’avocate ? Il est beau… et convenu. Un certain Badinter sera autrement plus marquant, et ce ne sera pas du cinéma. Giovanni, cela dit, a au moins le courage de mettre les pieds dans le plat, dans cette France pas encore prête à tourner la page de la trancheuse.

Le plus marquant, dans cette fin de film, c’est toute la longue dernière séquence, froide et méticuleuse, qui illustre justement un système froid et méticuleux. De cette longue et terrible séquence, ce sont les regards des deux acteurs, qui se croisent enfin après être restés longtemps baissés, qui frappent le plus.

Gabin et Delon, quand même, ça a de la gueule. Delon qui produit un film contre la peine de mort… Rien que cette incongruité, cela mérite le détour ! Et puis il est encore très acteur, à cette époque. Sa composition est juste et forte, et la plupart du temps pleine de nuances, elle. Quant à Gabin, son air fatigué et pas si désabusé que ça fait des merveilles. OK, il est dans un registre qu’il connaît par cœur, et ne surprend pas vraiment. Mais bon, c’est le patron, quand même.

Face à eux, le casting est pas mal : Michel Bouquet en authentique salaud (et flic), Victor Lanoux en gangster jovial, Bernard Giraudeau en fiston en colère, et Gérard Depardieu très jeune et très chien fou en petite frappe.

Rien de renversant, certes : Giovanni est sincère et généreux (il faut dire qu’il fut lui-même un condamné à mort, avant d’être gracié), mais pas un cinéaste très inspiré. Cela dit, il fait le job sans génie, mais avec efficacité, et avec une belle musique de Philippe Sarde pour emballer tout ça, et finir de nous plomber le moral.

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