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Archive pour la catégorie '* Polars/noirs France'

Dernier atout – de Jacques Becker – 1942

Posté : 22 juin, 2020 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1940-1949, BECKER Jacques | Pas de commentaires »

Dernier atout

Jacques Becker fait ses débuts derrière la caméra avec un polar à l’américaine, léger et plein de rythme. Une petite chose, au fond, avec un scénario de série B aux ficelles énormes et aux multiples rebondissements.

Deux jeunes policiers rivaux, un vol de bijoux, des gangsters internationaux… C’est du lourd et du pas très fin, du suspense et de la vitesse plutôt que de la psychologie et de l’atmosphère.

Mais Becker est déjà un cinéaste intéressant, y compris dans sa manière de s’approprier la culture américaine. L’histoire se passe dans un pays imaginaire, annonce un carton introductif. Ce pourrait être la France, ou n’importe quel pays européen. Mais non : l’influence américaine est trop importante pour ne pas se dégager de cette étiquette européenne.

D’emblée, Becker prend ses distances avec le noir français de l’époque. Un gros homme sur un homme faisant des mots croisés, des coups de peu répétitifs, puis un très gros plan sur un pistolet, un plan plus large… C’est un concours de tirs chez les aspirants policiers. Une introduction d’un dynamisme et d’une modernité étonnants.

Tout n’est pas aussi percutant que ces premières images, mais le film est émaillé de grands moments franchement mémorables. Une fusillade nocturne, un meurtre hors-champ… Cinéaste d’action, Becker, mais aussi grand portraitiste. Pierre Renoir est franchement flippant, enfoncé dans un fauteuil profond, et Noël Roquevert a carrément droit au plus beau plan de sa carrière (pas vérifié en voyant tous ses films, quand même), le regard illuminé.

Petit polar, certes, anodin à certains égards. Mais Dernier atout marque la naissance, passionnante, d’un grand cinéaste. Anodin et indispensable, donc.

Copie conforme – de Jean Dréville – 1947

Posté : 17 mai, 2020 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1940-1949, DREVILLE Jean | Pas de commentaires »

Copie conforme

Entre deux très grands films (Les Amoureux sont seuls au monde et Quai des Orfèvres), qu’il enchaîne ces années-là, Louis Jouvet s’offre une récréation qui a dû être franchement jouissive à tourner : une fantaisie entre polar et comédie, qui lui permet de se glisser dans la peau d’un vieux duc, d’un déménageur normand, d’un collectionneur de bijou ou d’un modeste marchand de boutons…

En fait, il ne tient « que » deux rôles : celui d’un escroc roi du déguisement, et celui de son sosie trop effacé. Soit un manipulateur cynique et superbe, et un timide mal dans sa peau. Deux opposées que Jouvet interprète avec une même intensité. Ou plutôt deux intensités différentes Avec un (double) naturel remarquable, il donne une vraie personnalité à ses deux personnages, sème le trouble, mais reste lui. Et lui.

Comédie gentiment cynique, bien réalisée par Jean Dréville qui n’en rajoute pas non plus dans la performance. Comme pour le jeu de Jouvet, c’est la sobriété du réalisateur qui fait mouche, avec cette manière de confronter les deux Jouvet à l’image sans la ramener, sans jamais focaliser l’attention sur les trucages simplement utilitaires, et aussi discrets que remarquables.

L’histoire, elle, est sympathique et anecdotique. Le film compte surtout pour ses acteurs (Suzy Delair, aussi), les dialogues d’Henri Jeanson, et le ton surtout, la légèreté et l’allant que Dréville lui donne. Et ce plaisir communicatif d’un Jouvet décidément très grand.

Mauvaise graine – de Billy Wilder (et Alexander Esway) – 1934

Posté : 5 mai, 2020 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, DARRIEUX Danielle, ESWAY Alexander, WILDER Billy | Pas de commentaires »

Mauvaise graine

Comme Lang, Wilder est passé par la France en fuyant le nazisme. C’est même là qu’il réalise son premier film, avant de partir pour Hollywood, où ses talents de scénaristes ont déjà été remarqués. Il mettra en revanche huit ans avant de repasser derrière la caméra…

Ce coup d’essai est pourtant, déjà, l’œuvre d’un grand cinéaste, un film plein de vivacité, à la maîtrise formelle impressionnante. Qu’il utilise les surimpressions pour souligner le trouble de son héros marchants dans les rues de Paris, ou le montage alterné pour faire monter le suspense lors d’une belle séquence de poursuite automobile… Wilder maîtrise parfaitement son sujet.

On peut même déjà parler d’une vraie signature. Pas encore celle de ses grands chefs d’œuvre : l’influence de Lubitsch n’est pas encore passée par là. Mais dans sa manière d’utiliser le montage et les ellipses courtes, Wilder donne un ton singulier à son film, l’art de ne pas filmer cet instant précis où les décisions sont prises… Des choix de mise en scène qui rythment constamment l’action.

Beau scénario, aussi, qui flirte à la fois avec la comédie et le film d’action, avec cette histoire d’un jeune homme trop gâté que son père veut remettre dans le droit chemin, mais qui se perd avec une bande de voleurs de voitures. Il y rencontre une toute jeune femme, dont le visage accroche déjà la caméra : Danielle Darrieux, 16 ans à peine, le visage encore un peu poupin.

Wilder a donc commencé sa carrière de réalisateur en dirigeant Darrieux, en France. Et dire que ce film reste une curiosité largement oubliée…

Un revenant – de Christian-Jacque – 1946

Posté : 12 avril, 2020 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1940-1949, CHRISTIAN-JAQUE | Pas de commentaires »

Un revenant

Un homme revient à Lyon, après des années d’absence. Cette ville, il l’a quittée dans des circonstances dramatiques et troubles. Ses anciens amis, qui apprennent son retour, sont persuadés qu’il est là pour régler ses vieux comptes. Ce n’était sans doute pas si simple, mais les retrouvailles ravivent bien des blessures que tout le monde pensait bien guéries…

Christian-Jacque signe un beau film trouble et cynique à souhait. La première séquence, surtout, est un petit chef d’œuvre de mise en scène, avec des images de Lyon très stylisées, et l’arrivée du personnage joué par Louis Jouvet, immense. Une première scène visuellement splendide, histoire de préciser que le réalisateur n’est pas pour rien dans la réussite du film. Rythme parfait, tension palpable, excellente direction d’acteurs… Le film est à placer dans le haut du panier de la filmographie de Christian-Jacque.

Cette précision a du sens, tant la réputation du film repose essentiellement sur les dialogues, signés Henri Jeanson (en écrivant le scénario, ce dernier s’est inspiré d’une authentique affaire lyonnaise, dans les années 1920). Jeanson a, c’est vrai, un talent unique, et a plus d’une fois sorti des films de l’anonymat par des dialogues extraordinaires.

« En amour, l’éternité, ça n’a qu’un temps » lance ainsi un Jouvet parfait dans le rôle d’un homme confronté aux rêves du jeune homme qu’il fut. Une réplique restée célèbre. Moins célèbre, mais plus brillant encore, un dialogue entre le même Jouvet et Gaby Morlay, l’ancienne maîtresse qui croit encore en une seconde chance possible :
« J’ai l’impression de rêver.
- Moi de me réveiller. Dans ces conditions-là, on ne se rencontrera jamais. »

Un dialogue bien dans le ton du film, qui confronte constamment l’innocence d’autrefois à une réalité nettement plus cynique. L’arrivée de ce vieil ami devenu menace révèle des secrets bien enfouis et sème le trouble dans une famille bourgeoise, fissurant le bonheur apparent.

Admirable, Jouvet faisait son grand retour au cinéma avec ce film, après avoir passé les années d’occupation en Amérique du Sud. Superbe retour, qu’il allait confirmer avec ses films suivants, Les Amoureux sont seuls au monde (autres dialogues merveilleux d’Henri Jeanson) et Quai des Orfèvres, deux chefs d’œuvre.

Pépé le Moko – de Julien Duvivier – 1937

Posté : 4 avril, 2020 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, DUVIVIER Julien, GABIN Jean | Pas de commentaires »

Pépé le Moko

Avec Pépé le Moko, Gabin est au cœur d’une incroyable succession de chefs-d’œuvre : une dizaine des plus grands films du cinéma français concentrés sur cinq ans et son nom. Pépé le Moko est sa dernière collaboration d’avant-guerre avec Duvivier, le grand Duvivier, cinéaste formidable qui sait aussi bien filmer les acteurs que les décors, aussi à l’aise pour filmer l’action que curieux des autres cultures.

C’est évidemment la raison d’être de Pépé le Moko nous plonger dans les dédales grouillants de vie de la Casbah d’Alger, cette ville-monde si proche et si loin de Paris, que le personnage de Gabin crève de ne pouvoir revoir. La Casbah, que de riches touristes adipeux et grotesques visitent comme s’ils étaient à la foire. Tout le contraire de Duvivier.

Dans le cinéma (et la France) de ces années 30, le regard de Duvivier est précieux, et singulier. Son propos tient plus de l’ethnologie que d’une curiosité teintée d’esprit colonialiste, et la vision qu’il offre de la Casbah, avec sa caméra qui se perd dans la foule, est fascinante de réalité. Qui d’autre que lui aurait associé à Vincent Scotto un compositeur algérien (Mohamed Iguerbouchène), pour la musique de son film

Duvivier, grand cinéaste du monde, comme on parle de « musique du monde ». Grand cinéaste tout court aussi, qui filme merveilleusement ce Pépé, gangster charismatique qui contribue à faire de Gabin un mythe, et sa superbe cour. Saturnin Fabre, Gabriel Gabrio (« Ça va… »), Charpin, Dalio,… et Mireille Balin en incarnation du destin en marche.

La représentation de la Casbah est formidable. Mais le film fonctionne tout autant pour la force de ses personnages, et de leurs rapports compliqués, avec des dialogues (géniaux) signés Henri Jeanson, qui soulignent la frustration de ces hommes, comme prisonniers d’un monde qui n’est pas le leur.

Réjouissants face-à-face aussi entre Pépé et Slimane (Lucas Gridoux), le flic dont on sent bien que sa proie et lui s’aiment tout en se livrant à un jeu mortel. Et la chanson qu’entonne Fréhel en écoutant un disque de sa propre voix, gros plan de son visage en larmes, superbe et déchirant.

Leur dernière nuit – de Georges Lacombe – 1953

Posté : 1 avril, 2020 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1950-1959, GABIN Jean, LACOMBE Georges | Pas de commentaires »

Leur dernière nuit

Gabin, à la croisée des chemins. Son passage à vide (relatif) d’après-guerre n’est pas une accumulation de navets, loin de là : l’année d’avant, par exemple, il a tourné Le Plaisir et La Vérité sur Bébé Donge, deux films formidables. Mais quand même : l’époque des grandes classiques d’avant-guerre est déjà loin, et Gabin cherche un nouveau souffle, qu’il trouvera vraiment l’année suivante, avec Razzia sur la chnouf.

Leur dernière nuit, tourné à la fin de cette période « creuse », fait partie de ses films totalement oubliés. Pas un grand film, clairement. Mais vraiment pas honteux. La mise en scène de Lacombe est efficace, à défaut d’être spectaculaire, avec une simplicité et une économie de moyens qui collent bien au personnage de Gabin, bibliothécaire qui cache une double vie inattendue, et qui devient bientôt une proie résignée.

La résignation : qui mieux que Gabin pour l’incarner ? Une fois encore, il est bouleversant. Ce regard qu’il lance à la nuit lors d’une soirée en tête à tête avec Madeleine Robinson, et ce « Dommage, quand même… » dénué de toute illusion.

Le film manque parfois de souffle, le noir et blanc est tristounet, et la première partie manque de ferveur… Mais il y a comme ça quelques très beaux moments de cinéma, autour de ce beau couple qui se consomme hors champs, on le sait par un soudain tutoiement d’une tendresse inattendue. On le sent par ce « J’aime bien les violettes » lancé par un Gabin qui baisse la garde…

Et la fin, bouleversante, dont la force doit encore beaucoup à l’incarnation de Gabin. Grand acteur, pour bon film.

Le Dernier Tournant – de Pierre Chenal – 1939

Posté : 26 mars, 2020 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, CHENAL Pierre | Pas de commentaires »

Le dernier tournant

Sept ans avant le chef d’œuvre de Tay Garnet, quatre ans avant le Ossessione de Visconti, c’est Pierre Chenal, en France, qui réalise la première adaptation de The Postman always rings twice, le roman noir de James M. Cain. Difficile de ne pas comparer, tant le classique américain est un sommet du film noir, sorte de mètre-étalon d’un genre dont il fixe les grandes figures : la (fausse) femme fatale, l’anti-héros condamné d’avance, la force du destin…

Garnet signera un grand film autour d’un couple aussi improbable que mythique formé par Lana Turner et John Garfield. Pierre Chenal la joue moins frontalement pour filmer la tension sexuelle entre ses personnages, mais son approche n’est pas moins passionnante. Il y a, dans ce film, beaucoup plus de non-dits et d’ellipses. Certaines sont d’ailleurs particulièrement fortes, laissant la place à une imagination qui s’emballe : ce fondu au noir qui suit le premier baiser à peine esquissé, et le tutoiement si éloquent qui suit dans le plan suivant.

Toutes les ellipses n’ont cependant pas cette puissance évocatrice, et beaucoup donnent simplement l’impression que Chenal s’est contenté de filmer les scènes importantes de l’histoire, sans trop savoir comment tisser un lien entre elles. Les personnages manquent ainsi parfois de cohérence, et le film d’un vrai mouvement qui aurait accompagné le destin mortifère du couple d’anti-héros.

Certaines scènes, aussi, tombent un peu comme un cheveu dans la soupe : le personnage du cousin joué par l’excellent Le Vigan sort de nulle part pour y retourner aussi sec. Et la scène de bagarre à laquelle il est mêlé à beau être fort joliment filmée, elle s’inscrit à peine dans le drame qui se noue.

Chenal se contente d’enchaîner les séquences ? La plupart du temps, oui, mais il les réussit à peu près toutes, créant dans chacun de ces épisodes successifs de vraies et belles atmosphères du cinéma, jouant avec les ombres qui semblent préfigurer les barreaux d’une prison, renforçant le sentiment d’étouffement de Cora et Franck, le couple maudit.

Corinne Luchaire et Fernand Gravey sont formidables en amants dont on ne saurait dire s’ils sont machiavéliques ou simplement tragiques. Terriblement émouvants en tout cas, comme leur victime Michel Simon, à la fois pathétique, tendre et monstrueux. Cette fragilité, cette naïveté qu’il affiche, son attachement à son nouveau « copain », et cette absence totale d’empathie pour cette femme qu’il a pu « acheter pour (ses) vieux jours.

Le film excelle à souligner les contradictions de ces personnages, touchants, attachants et indéfendables. Un vrai film noir américain, mais français. James Cain est décidément bien servi.

Les Tontons flingueurs – de Georges Lautner – 1963

Posté : 9 mars, 2020 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1960-1969, LAUTNER Georges | Pas de commentaires »

Les Tontons flingueurs

On a à peu près tout dit sur ce Lautner là. Qu’il fait partie pour toujours des films cultes du cinéma français, que les dialogues d’Audiard sont inoubliables, que les acteurs atteignent des sommets, mais aussi que c’est du bon vieux cinéma de papa. Tout ça est vrai.

Du cinéma de papa, donc, parce que même si le rythme est plutôt plus soutenu que dans mon souvenir, la mise en scène de Lautner reste tout de même très fonctionnelle. Et les scènes « d’action », sans être ennuyeuses, n’ont pas un grand intérêt.
L’intrigue non plus d’ailleurs, n’a pas d’intérêt. Franchement, qui se soucie de qui est le traître ? Qui s’intéresse vraiment à l’histoire d’amour entre Patricia et son précieux prétendant ? Et qui se pose la question de l’avenir de Fernand ? Va-t-il s’installer à Paris ou retrouver son entreprise pépère à Montauban ?

On s’en fiche royalement, parce que les personnages n’existent pas. Ni Fernand, ni Raoul, ni le notaire, ni les autres… La seule chose qui existe, ce sont les acteurs, et le plaisir énorme qu’ils prennent à dire les dialogues d’Audiard. Ventura, Blier, Blanche, Dalban, Rich… Même Jean Lefebvre est assez génial avec cette gueule d’ahuri constamment surpris de voir son frère (Blier) s’en prendre plein la tronche (« en pleine paix ! »).

Un sommet bien sûr : la beuverie mémorable dans la cuisine autour du paquet de « grisby », avec les cinq acteurs principaux qui vident des bouteilles de tords-boyaux, « du costaud » avec « un goût de pomme ». Et l’air outré de Lino Ventura et Francis Blanche lorsque Patricia (Sabine Sinjen) les accuse d’être complètement saouls : « On a rien bu… » assure le premier. « Du jus de pomme », s’insurge le second.

Un film ? A peine : un écrin royal pour des dialogues et des comédiens réjouissants.

Jenny – de Marcel Carné – 1936

Posté : 29 février, 2020 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, CARNÉ Marcel | Pas de commentaires »

Jenny

Premier long métrage de Carné, tourné juste avant l’ère des grands classiques, Jenny est un film nettement moins célèbre que Drôle de drame ou Le Jour se lève dans la longue collaboration entre Carné et Jacques Prévert. L’heure n’est pas encore au fameux réalisme poétique qui atteindra des sommets avec Hôtel du Nord, mais à un réalisme plus cru, avec moins de fards…

Jenny, qui donne son titre au film, c’est la grande Françoise Rosay. Ou plutôt la femme qu’elle est à la nuit tombée, lorsque la mère de famille digne et vieillissante qu’elle est devient la patronne d’un club très libertin, où les jolies jeunes femmes ne demandent qu’à être très gentilles avec les riches clients prêts à sortir leurs portefeuilles.

Quand sa fille revient d’Angleterre, où elle a vécu depuis l’adolescence, elle lui cache son vrai métier. Pour la jeune Danièle (Lisette Lanvin), sa mère est une bourgeoise bien comme il faut… Jusqu’au jour où elle découvre la vérité, et rencontre Lucien (Albert Préjean), sorte de gigolo qui vit de la générosité de sa mère…

Jenny s’annonce comme un drame amoureux qui va opposer mère et fille. Mais le film se révèle vite plus subtil que ça. Et c’est une série de portraits de personnages trop seuls que Carné filme. Tout est simple, semble-t-il, dans cet univers où il suffit de payer pour avoir des amis, une maîtresse, un amant… Mais personne n’est vraiment dupe : ni Charles Vanel, petit caïd qui brandit son pouvoir mais se consume d’amour pour Françoise Rosay ; ni Jean-Louis Barrault, qui s’invente un chien imaginaire parce qu’au fond, personne ne s’intéresse au bossu qu’il est ; ni Albert Préjean, gigolo repenti…

Au fond, seul le milliardaire joué par Le Vigan prend son argent vraiment au sérieux. Une posture qui, d’ailleurs, le coupe totalement du monde et de la réalité.

Superbe interprétation, musique très présente mais prenante de Joseph Kosma, et quelques beaux moments qui annoncent les chefs d’œuvre à venir : les amoureux qui regardent la brume sur le canal, ou cette dernière image de Françoise Rosay, seule dans le brouillard, déchirante.

Monsieur la Souris – de Georges Lacombe – 1942

Posté : 27 février, 2020 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1940-1949, LACOMBE Georges | Pas de commentaires »

Monsieur la souris

Après le succès des Inconnus dans la maison, Raimu retrouve l’univers de Simenon, dans un film moins noir et moins intense (le premier était né de la collaboration de Decoin à la mise en scène et Clouzot au scénario, quand même), mais franchement réjouissant.

Le film de Lacombe atténue beaucoup la noirceur de Simenon, pour se concentrer sur l’intrigue policière, très prenante, et sur la prestation gourmande de Raimu. Dans le rôle d’un clochard à l’élégance très chaplinesque, témoin malgré lui d’un crime mystérieux, il en fait des tonnes, Raimu, mais avec cette humanité si entière, si forte, si émouvante qu’il sait incarner mieux que quiconque dans l’excès.

Alors oui, il cabotine, comme en roue libre. Du Raimu dans le texte, tel qu’on se l’imagine. Pourtant, ce personnage-là ne ressemble pas aux autres. Par sa manière de fermer son parapluie, par sa persévérance à garder le vouvoiement avec son compagnon d’infortune (Aimos, génial dans le rôle de Cupidon, l’autre clochard), par son élégance miteuse, Raimu incarne merveilleusement l’homme déchu mais toujours digne. Il y a dans sa prestation une nostalgie déchirante.

L’intrigue elle-même est efficace, mais pas renversante, basée sur des hasards et des raccourcis énormes. Qu’importe. Le plaisir repose sur les dialogues (signés Marcel Achard) et les personnages, moins caricaturaux qu’on pourrait le croire à première vue.

Un exemple : l’inspecteur de police Lognon, franchouillard et antipathique incarné par René Bergeron, dont la mesquinerie laisse peu à peu place à un sourire amusé et tendre. A l’image de ce chouette film méconnu.

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