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Archive pour la catégorie '* Polars/noirs France'

Brelan d’as – d’Henri Verneuil – 1952

Posté : 13 septembre, 2021 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1950-1959, Maigret, VERNEUIL Henri | Pas de commentaires »

Brelan d'as

Monsieur Wens, Lemmy Caution et le commissaire Maigret : trois grands enquêteurs de la littérature policière, à l’affiche d’un même film. J’avoue que cette curiosité m’avait totalement échappé jusqu’à présent. Le projet, pourtant, est particulièrement séduisant. Le résultat l’est aussi, ne serait-ce que pour sa forme, déclaration d’amour à une certaine littérature populaire : la série noire, le polar, le thriller… Peu importe comment elle l’appelle, puisqu’elle brasse des univers très différents.

Le film s’ouvre donc sur une série de plans de Paris, où on découvre une employée du métro, un gamin, un vieil homme digne, un homme d’affaires… Tous plongés dans des lectures de la fameuse Série Noire de Gallimard, tandis qu’une voix off malicieuse ironise sur le caractère honteux de ce sous-genre. Avant d’introduire les trois héros que l’on s’apprête à voir en action : trois héros qui ont connu, connaissent ou vont connaître leur heure de gloire sur grand écran. Et qui ne se croisent pas hélas, dans cette succession de trois sketchs indépendants, que réalise le tout jeune Henri Verneuil d’après trois nouvelles.

Le principe, donc, est très sympathique. Les sketchs, eux, sont franchement inégaux, allant du médiocre à l’excellent. Allons y dans l’ordre…

C’est par un héros qui fut très populaire que commence le film : Monsieur Wens, l’enquêteur surdoué créé par S.A. Steeman, dont c’est l’une des dernières apparitions au cinéma après une demi-douzaine de films au cours de la décennie précédente. Pas que du bon, certes, mais le personnage reste mémorable pour l’interprétation qu’en donne Pierre Fresnay dans Le Dernier des Six et surtout L’Assassin habite au 21 (Pierre Jourdan dans Le Furet, aussi…). Pierre Fresnay à qui un clin d’œil amusant est réservé, par le biais d’une mystérieuse imitatrice.

Ici, c’est Raymond Rouleau qui interprète Wens, détective (et pas inspecteur cette fois) chargé de protéger une richissime femme, qui meurt quasiment sous ses yeux, lui-même devenant le parfait alibi de son mari, qui aurait fait un suspect idéal. Intrigue maline, rythme parfait, mélange de suspense et de légèreté pour une enquête prenante à défaut d’être renversante. Et un Rouleau parfait en Wens gentiment égocentré et franchement goujat.

Le segment central est, de loin, le plus faible : celui consacré à Lemmy Caution, héros de romans qui n’allait pas tarder à connaître une gloire cinématographique sous les traits d’Eddie Constantine, dans une bonne dizaine de longs métrages. Pour l’heure, il apparaît sous les traits de John Van Dreelen, acteur néerlandais trop lisse et pas bien convaincant en Américain mal dégrossi. Pas aidé par un scénario bâclé, une mise en scène paresseuse et des dialogues aberrant. Difficile de prendre du plaisir à cette traque à travers l’Europe.

Difficile même d’imaginer que c’est le même réalisateur, et les mêmes scénaristes, qui ont adapté une nouvelle de Simenon pour le dernier segment, un excellent Maigret à la fois rude et tendre, où le commissaire prend sous son aile un gamin témoin d’un meurtre mais enfermé dans un mensonge par peur des représailles. Verneuil, qui avait déjà adapté Simenon pour son précédent film, Le Fruit défendu (d’après Lettre à mon juge), apporte un soin particulier à ce troisième sketch, comme si, au fond, il n’avait tourné le film que pour celui-ci.

Michel Simon, pour son unique incarnation du commissaire, est formidable, balayant le souvenir d’Albert Préjean, et disputant le titre de meilleur Maigret à Pierre Renoir et Harry Baur (en attendant Gabin). Un Maigret fort, instinctif, mais aussi fragile et humain, que l’on découvre dépassé, angoissé, physiquement malade aussi, alité et houspillé par une Mme Maigret nettement moins docile qu’à l’accoutumée. Simon, sur le papier, est un Maigret discutable. A l’écran, il est une évidence. Et ce court métrage est une grande réussite. Pour lui, Brelan d’as mérite d’être redécouvert.

L’Alibi – de Pierre Chenal – 1937

Posté : 1 septembre, 2021 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, CHENAL Pierre | Pas de commentaires »

L'Alibi

Erich Von Stroheim, Jany Holt, Albert Préjean et Louis Jouvet : superbe distribution pour ce thriller tendu et original signé Chenal, qui venait déjà de diriger Jouvet dans La Maison du Maltais. Chenal s’y connaît lorsqu’il s’agit de créer une atmosphère de film noir : il le prouvera encore avec sa belle adaptation du Facteur sonne toujours deux fois (Le Dernier Tournant). Cet Alibi s’inspire d’une histoire de Marcel Achard, belle idée de suspense qui tourne autour du sentiment de culpabilité d’une femme empêtrée dans un faux témoignage.

C’est Jany Holt, entraîneuse d’un club plutôt chic, à qui un charmant homme de scène (Stroheim) propose une petite fortune pour un simple mensonge. Elle réalisera trop tard que ce petit mensonge apparemment sans conséquence fait d’elle l’alibi de ce type pas si charmant, qui a dézingué un vieil ennemi.

Chenal ressert le cadre autour du visage de Jany Holt, qui comprend qu’elle s’est engouffrée dans un piège dont elle ne peut plus s’extraire. Ce moment est particulièrement fort, dans le bureau d’un inspecteur de police lui aussi très original : Louis Jouvet, fin limier d’une suavité parfaite et d’une clairvoyance digne des meilleurs flics de l’histoire du cinéma. Mais un flic adepte de la tromperie, qui apparaît d’abord auprès de la jeune femme en mentant sur son identité.

C’est alors que débarque Albert Préjean, et qu’on n’en dira pas plus pour ne pas gâcher le plaisir des surprises. Qui sont nombreuses, dans ce film malin et intense, admirablement construit. Il y a bien sûr quelque chose d’Hitchcockien, et pas seulement à travers ce personnage de « télépathe » qui semble tout droit sorti des 39 Marches. Le thème du faux coupable, le mélange de suspense et de romance, une touche de légèreté (le personnage de Préjean) associée à une vraie gravité…

Chenal s’en tire plus qu’avec les honneurs, et met en scène quelques très beaux moments de cinéma, notamment en confrontant ses (grands) acteurs. Jouvet qui ne cesse de répéter « habile ! » face à un Stroheim tout en suffisance ; le même Jouvet qui observe une simple poignée de porte s’abaisser et se relever ; Préjean cachant son mensonge sous un chapeau melon trop grand pour lui ; et Jany Holt, merveilleuse en femme trompée et perdue, au bord de la rupture…

Vivement dimanche ! – de François Truffaut – 1983

Posté : 31 août, 2021 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1980-1989, TRUFFAUT François | Pas de commentaires »

Vivement dimanche

Truffaut tire sa révérence (très prématurément) sur une série noire, l’un de ces films de genre inspirés de la littérature anglo-saxonne qui ont émaillé sa carrière depuis Tirez sur le pianiste. Il renoue d’ailleurs avec un noir et blanc au grain très semblable.

C’est peut-être le plus classique de ses polars, le plus simple dans sa narration. Cette histoire d’une secrétaire qui risque tout pour innocenter son patron bien peu reconnaissant, accusé de meurtres, est aussi le plus hitchcockien des films de Truffaut, grand admirateur du maître.

Le mélange de suspense et de légèreté, le thème du faux coupable, le rythme, le personnage même de la secrétaire, qui serait allé comme un gant à la blonde Grace Kelly. Mais pour Truffaut, c’est la brune Fanny Ardant qui s’y colle, tout juste sortie du superbe La Femme d’à côté.

Tout le film tourne autour d’elle, reléguant le patron Jean-Louis Trintignant à un rôle d’observateur constamment bousculé et débordé par la tornade Ardant. Elle est de toutes les scènes, ou presque, et c’est elle le vrai sujet du film, ou plutôt l’amour que lui porte Truffaut, qui la filme comme personne.

Chaque plan semble caresser le visage de Fanny Ardant, souligner la douceur et la sensualité de sa silhouette, l’insolence irrésistible de son regard et de son sourire. Ce film, c’est une déclaration d’amour par caméra interposé.

Le Mystère de la chambre jaune – de Bruno Podalydès – 2003

Posté : 23 août, 2021 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 2000-2009, PODALYDES Bruno | Pas de commentaires »

Le Mystère de la chambre jaune Podalydès

Grande adaptation du roman de Gaston Leroux, grande comédie très personnelle de Podalydès, mais pas seulement : cette énième version du Mystère de la chambre jaune (L’Herbier et Tourneur père s’y sont collés bien avant les frangins Podalydès) est aussi la meilleure mise en images de l’univers de Tintin. Avec L’Homme de Rio, disons. Si, si.

C’est tout le génie de Podalydès : rester fidèle à son propre univers, à l’esprit et à l’intrigue du roman originel, tout en invoquant une imagerie tirée de tout autre chose, en l’occurrence l’œuvre de Hergé, dont il est un grand admirateur revendiqué. Le journaliste Rouletabille, sous les traits de Denis P., est évidemment une variation autour du reporter à la houppette. Quant à Sinclair, son fidèle photographe qui le suit comme une ombre, il fait un Milou tout à fait convainquant, profitant d’un arrêt de la voiture pour aller pisser dans un bosquet comme le bon chien qu’il est.

Cette voiture : bricolage improbable inventé par un pseudo-Tournesol vivant dans un château qui évoque furieusement Moulinsard. Où on croise au hasard deux policiers à chapeau melon, un chanteur à la voix crissante, une espèce de gitan inquiétant, et un mystère insondable, bien sûr… Plus qu’une simple adaptation, Podalydès fait de ce Mystère de la chambre jaune un réjouissant grand écart, parfaitement cohérent, réjouissant, et inventif.

Ça se joue dans les petits détails : les quatre personnages qui tournent les pages de leur journal au même moment au début du film, les grognements à peine articulés de Michael Lonsdale, la raideur irrésistible d’Olivier Gourmet, le jeu de coq que se livrent Denis Podalydès et Pierre Arditi, les petits commentaires de Claude Rich (génial)… Et cette bille qui se trimballe dans ce génial interlude évocateur et ludique.

L’intrigue elle-même est d’un autre temps. « C’est décevant », lance même le juge Claude Rich en découvrant la vérité. Tout se joue dans le mouvement, dans la manière dont Podalydès s’amuse avec ses décors, ses comédiens. Tout est jeu, faux semblants, et plaisir pur de cinéma. Les univers de trois grands auteurs (un romancier, un dessinateur et un cinéaste) ne font plus qu’un, et c’est enthousiasmant.

Le Juge et l’assassin – de Bertrand Tavernier – 1976

Posté : 5 juillet, 2021 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1970-1979, TAVERNIER Bertrand | Pas de commentaires »

Le Juge et l'assassin

A la fin du XIXe siècle, dans le Sud-Est de la France, un ancien soldat assassine jeunes filles et jeunes garçons au hasard de ses voyages sur les chemins. C’est un authentique fait divers qui est à l’origine du troisième long métrage de Bertrand Tavernier, mais l’ambition du jeune cinéaste est déjà bien ailleurs. Certes, il est question d’un tueur en série, de sa traque et de son jugement. Mais ces crimes ne sont pour Tavernier que le prétexte à un portrait acide et dérangeant de cette France là, autoritaire, colonialiste, antisémite.

L’œuvre de Tavernier est, peut-être plus encore que celle de Spielberg pour les Etats-Unis, une sorte de comédie humaine consacrée à l’histoire moderne de la France. Ses films sont bien souvent des plongées d’une vérité troublante dans une époque malade, avec ses dérives, ses tares, ses grandeurs parfois (mais pas souvent) : de la cour de Philippe d’Orléans dans Que la fête commence aux coulisses du Quai d’Orsay, en passant par les cadavres de la bataille de Verdun de La Vie et rien d’autre ou par le Paris de l’occupation de Laissez-passer.

Le Juge et l’assassin est une étape importante dans cette démarche, parce que le film est une merveille, totalement en dehors du temps. Tavernier nous plonge dans cette France de la fin du siècle d’avant, il s’y plonge lui-même, avec une force rare. Cela passe par les paysages grandioses de l’Ardèche, qui ont rarement été aussi cinégéniques qu’ici. Cela passe par les tensions dreyfusardes que l’on ressent constamment. Cela passe par les costumes, le langage, étonnants de vérité. Cela passe aussi par ces chansons signées (et chantées) par Jean-Roger Caussimon, complaintes fascinantes qui semblent avoir traversé le temps, mais qui ont bel et bien été écrites pour le film.

Michel Galabru trouve le rôle de sa vie bien sûr. C’est même tellement une évidence que revoir le film pointe une nouvelle fois du doigt le gaspillage de son talent. Pourquoi donc n’a-t-il jamais retrouvé un rôle d’une telle ampleur que ce tueur, dont Tavernier fait une sorte de symbole de ce que cette société peut engendrer de pire. Une victime, en fait, sorte de double de Monsieur Verdoux. L’exergue que Tavernier place à la fin de son film renvoie directement au plaidoyer de Chaplin au pied de l’échafaud : Bouvier a tué douze enfants entre 1893 et 1898. « Durant la même période, plus de 2500 enfants de moins de 15 ans périrent dans les mines et les usines à soie, assassinés ! »

Bouvier/Galabru est un assassin ? Oui, inquiétant et pathétique. Mais une victime aussi, sans doute violé dans son enfance au sein de cette église si puissante, rejeté par toutes les institutions, et manipulé par ce juge cynique et ambitieux, grand rôle pour Philippe Noiret, magnifique dans la mesquinerie, symbole de cette société des injustices dont Isabelle Huppert, elle aussi superbe, représente l’autre pan. Qui finira par se dresser en héritière de la Commune dans une dernière scène puissante et belle.

Entre onze heures et minuit – de Henri Decoin – 1948

Posté : 3 juillet, 2021 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1940-1949, DECOIN Henri | Pas de commentaires »

Entre onze heures et minuit

Un policier enquête sur un meurtre quand il découvre une seconde victime : le cadavre d’un homme qui était son sosie parfait. Le flic prend alors la place du mort, pour tenter de démasquer le coupable, et tombe amoureux de la petite amie de ce dernier.

Encore une histoire de sosie pour Louis Jouvet ? Oui, mais bien différente de celle de Copie conforme, gros succès qui fait figure d’aimable divertissement à côté du film de Decoin. Decoin qui s’amuse joyeusement de cette parenté dans un prologue réjouissant : voix off qui évoque avec dérision les facilités du cinéma, son appétence pour les sosies, tout à la fois le Edward G. Robinson de Toute la ville en parle, le Chaplin du Dictateur… et le Jouvet de Copie conforme !

Le procédé ici est différent, nettement plus subtil. D’abord, Jouvet ne joue pas vraiment deux rôles. Si ce n’est sur une photo, jamais on ne voit vraiment le visage du mort. Mais le film met en scène ce flic qui semble se dissoudre dans la vie de cet alter ego qui n’a rien d’aimable, mais dont l’existence tangible le fascine.

Un trouble qui prend l’apparence de la maîtresse, jouée par Madeleine Robinson, qui semble elle découvrir l’homme qu’elle aimait tel qu’elle l’a toujours rêvé. Pour la première fois. Bien plus que Copie conforme, dont l’intérêt reposait avant tout sur les trucages et la confrontation de deux Jouvet à l’écran, le film de Decoin aborde avec intelligence et force la question de l’identité, à travers l’existence de deux hommes physiquement interchangeables.

Decoin emballe ça dans une mise en scène magnifique de film noir, avec jeux d’ombres et reflets dans les miroirs. Une imagerie fascinante qui donne encore plus de poids à cette thématique du double, beau film de genre, belle réflexion sur l’identité, et beau portrait d’un homme qui se découvre, superbe Louis Jouvet.

On ne meurt que deux fois – de Jacques Deray – 1985

Posté : 29 juin, 2021 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1980-1989, DERAY Jacques | 2 commentaires »

On ne meurt que deux fois

Un film où Charlotte Rampling se balade constamment à poil alors que Michel Serrault prend sa douche tout habillé ne peut pas être totalement honnête. Ce parti-pris dit beaucoup de l’époque (on se rappelle de Noce Blanche ? Des scènes d’amour avec un Bruno Crémer allongé en chemise à côté d’une toute jeune Vanessa Paradis les fesses bien en évidence?). Il dit aussi beaucoup des ambitions du film, tiède et pour tout dire un peu con.

Ça promettait, pourtant. Entre deux Belmondo de la pire période, Deray renouait avec une veine plus « delonienne » (sans Delon), et s’inscrivait dans la lignée de réussites récentes du polar français, Mortelle Randonnée et Garde à vue, deux grands films de Miller avec Serrault, eux aussi dialogués par Michel Audiard.

C’est presque une trilogie informelle pour Serrault, très bien d’ailleurs, et pour un Audiard pas au top, pour son dernier film avant sa mort, qui ne brille que par intermittences : « Vous êtes flic ? Non je vous demande ça parce que chez nous, on les aime pas trop les flics. – Chez nous non plus, mais nous on sait pourquoi. »

Et Miller est absent, donc, et ça manque franchement : Deray peine à créer une atmosphère de malaise de cette histoire de crime pourtant bien trouble. Et à faire d’une Charlotte Rampling au sex-appeal discutable une femme fatale vraiment convaincante. On croise Bacri, Darmon, Darroussin, tous jeunôts, tous très bien, sans avoir grand-chose à jouer.

Rendez-vous manqué, d’où ne ressortent qu’une poignée de beaux moments. Le face à face entre le barman joué par Bacri et le flic Serrault, odieux. Et surtout celui où Serrault sonne à la porte d’Elizabeth Depardieu : elle ouvre la porte, un sourire plein d’espoir, et lui tourne les talons, avec un petit haussement d’épaules et un sourire résigné.

Panique – de Julien Duvivier – 1946

Posté : 16 février, 2021 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1940-1949, DUVIVIER Julien | Pas de commentaires »

Panique

Pas du genre à se laisser déborder par le dépaysement, Duvivier. En exil aux Etats-Unis durant la guerre, il est l’un des réalisateurs français qui s’adaptent le mieux aux méthodes de travail américaines. De retour en France, il signe d’emblée l’un de ses plus grands films, si ce n’est le plus grand.

Un film immense en tout cas, tourné dans un décor superbe de quartier populaire qui évoque celui du Jour se lève. A ceci près que l’empathie de la foule dans le film de Carné laisse place ici à la pire illustration de la meute, cette foule mesquine et avide, prompte à juger et à condamner.

On a souvent fait de Duvivier un cinéaste pessimiste et sombre, une réputation à laquelle Panique n’est pas étranger. La vie semble si douce à première vue dans ce petit quartier populaire de Paris, où l’harmonie semble régner, et où tout le monde se connaît et s’apprécie. Mais Duvivier n’est pas tendre avec cette société de l’immédiat après-guerre.

Personne, ou presque, ne trouve grâce à ses yeux, dans cette adaptation très cruelle du roman de Simenon Les Fiançailles de Monsieur Hire. Il filme une France de la mauvaise conscience, incapable de comprendre un homme ouvertement en dehors des codes, en l’occurrence Michel Simon, extraordinaire et bouleversant dans le rôle de cet homme solitaire et mal aimable.

La scène où il affronte Alfred (Paul Bernard), ce dernier étant incapable de se tourner vers lui pour le fixer dans les yeux, est une image d’une force incroyable, comme cette terrible séquence dans les auto-tamponneuses, qui en dit déjà si long sur ce que l’effet de groupe peut avoir de déshumanisant. D’une intensité incroyable.

Duvivier donne de la vie à ce quartier qui se réveille avec la découverte d’un cadavre de femme. Il a une manière très simenonienne de mettre en place le drame, d’isoler peu à peu le personnage de Hire, de réduire l’espace de ce quartier d’abord ouvert, pour en faire un lieu étouffant, propice à l’explosion de la violence et à l’étouffement de l’individualité. Il fait monter la tension, jusqu’à cette fin terrifiante où tous les ressentiments, toute la mesquinerie de ce petit monde semblent converger.

Dans ce film superbe et cruel, Michel Simon trouve l’un de ses plus beaux rôles, celui d’un homme pointer du doigt parce qu’il ne répond pas à l’image qu’on attend d’un membre de la communauté : pas marié, pas d’enfant, taiseux… Et comment faire confiance à un homme qui consomme si peu de viande et qui se plaint qui plus est qu’il n’y avait pas assez de sang dans le morceau que le boucher lui a vendu la veille. Si un homme comme ça n’est pas un meurtrier…

Surtout que le vrai meurtrier, lui, est un homme charmant et affable, qui ne jure pas dans le décor. Et qu’il a pour lui une jeune femme qui semble si douce, Viviane Romance, magnifique garce qui réussit à faire apparaître un peu d’humanité derrière ce regard, lors des fiançailles les plus pathétiques du cinéma. Panique est un immense film noir, peut-être le sommet français du genre, un chef d’œuvre.

Le Tueur de Denys de La Patellière – 1972

Posté : 4 janvier, 2021 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1970-1979, DE LA PATELLIERE Denys, GABIN Jean | Pas de commentaires »

Le Tueur

Un tueur s’échappe de l’hôpital où il se faisait passer pour fou. Le flic qui l’avait arrêté après huit mois de traque repart à sa poursuite. Rien de plus, ou si peu, et le principal problème apparaît très vite : c’est Gabin lui-même, hélas, fatigué et pas très impliqué, sans doute conscient d’être une énorme erreur de casting.

Certes, il joue un commissaire à cinq mois de la retraite. Mais même : vieilli, empâté, las, il porte bien tapé ses 68 ans, et est aussi crédible en superflic que John Wayne en maître de conférence à la Sorbonne. Ajoutez à ça des dialogues accablants de Pascal Jardin…

Bien sûr, d’un film signé Denys de la Patellière, on n’attendait pas grand-chose, si ce n’est de faire un pas de plus vers l’intégrale Jean Gabin, une intégrale étant parfois constituée d’étapes moins excitantes que les autres. Mais le réalisateur s’en tire plutôt avec les honneurs. Et son film pourrait même être assez réussi s’il n’y avait cette erreur de casting.

Visiblement inspirée par le cinéma de genre italien, alors en plein succès, sa mise en scène est nerveuse, avec une violence sèche. Avec une constante, aussi, qui ressemble à un vrai parti-pris de metteur en scène : cette manière de restreindre l’espace vital des personnages en les encerclant par des éléments de décors qui obstruent le cadre.

La seule présence de Gabin, si en retrait soit-elle la plupart du temps, recentre en partie l’optique sur la traque du flic, alors que le vrai sujet, c’est ce tueur en cavale, à qui Fabio Testi apporte un mélange de séduction et de danger. Un vrai tueur de sang froid, et c’est pourtant vers lui que se porte une étrange sympathie. Bien plus en tout cas que sur le grand commissaire manipulateur, dont le regard fermé face à Bernard Blier (en chef de la police, très bien) est étonnant de cynisme glacé. Surprenant, au moins le temps d’une scène.

Peur sur la ville – de Henri Verneuil – 1974

Posté : 9 décembre, 2020 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1970-1979, VERNEUIL Henri | Pas de commentaires »

Peur sur la ville

Henri Verneuil aime le cinéma américain, et ça se sent dans ce polar dont on voit bien qu’il doit beaucoup à Dirty Harry et French Connection, deux films alors récents qui ont dynamité le genre. Le film tient plutôt bien la route, et reste l’un des thrillers français les plus efficaces de l’époque.

Belmondo y est un flic obsessionnel qui enquête sur un détraqué qui sème la terreur à Paris, tuant de jeunes femmes à la sexualité trop libre à son goût. Sauf que l’obsession du flic, ce n’est pas cette enquête, mais la traque d’un caïd qui lui a échappé après un bain de sang, et qui réapparaît après une longue disparition.

Belle idée, cette obsession qui pousse le super-flic à bâcler son enquête, et à prendre les agissements du maniaque à la légère dans un premier temps. Cette idée, hélas, n’occupe Verneuil que pendant le premier tiers du film, après quoi il s’en désintéresse totalement, se recentrant sur les exploits physiques de son acteur principal.

C’est la faiblesse du film : la présence de Belmondo atténue la noirceur du personnage, Verneuil préférant multiplier les morceaux de bravoure qui mettent l’acteur-cascadeur en valeur. C’est aussi, paradoxalement, la force du film : l’histoire est simpliste et la résolution de l’intrigue franchement bâclée, mais ces morceaux de bravoure restent pour la plupart mémorables.

Qu’il gambade sur les toits de Paris ou sur un métro en marche, Belmondo a une présence physique incontestable. Verneuil sait le filmer dans l’action, comme il sait mettre en boîte une poignée de scènes à suspenses très efficaces et très sombres. Manque finalement un scénario vraiment solide et original, et un cinéaste à la vision bien structurée qui aurait donné au film la cohérence qui lui manque.

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