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Archive pour la catégorie '* Polars/noirs France'

La Sirène du Mississipi – de François Truffaut – 1969

Posté : 5 janvier, 2024 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1960-1969, TRUFFAUT François | Pas de commentaires »

La Sirène du Mississipi

Un an après La Mariée était en noir, Truffaut adapte de nouveau un roman de William Irish. Et de nouveau, c’est un mariage qui est à la base de l’histoire, en l’occurrence celui de Catherine Deneuve et de Jean-Paul Belmondo, ce qui, en soit, a quand même pas mal de gueule…

La Sirène du Mississipi est aussi l’un des plus beaux des films mésestimés de Truffaut, ou le plus mésestimé de ses beaux films, au choix. Echec cinglant (public et critique) à sa sortie, le film fait bien plus que séduire : il envoûte, comme le personnage de Deneuve envoûte celui de Belmondo.

Peut-être l’échec du film repose-t-il sur ce dernier, d’ailleurs, dont la superbe habituelle est rudement mise à mal par cette femme qui débarque (littéralement) sur l’île de la Réunion où il vit, après avoir répondu à une petite annonce matrimoniale. Croit-il.

Tout commence en fait par un mensonge : lorsque la jeune femme débarque, donc, elle ne ressemble pas du tout à la photo qu’elle lui avait envoyée lors de leurs nombreux échanges de lettres. Et pour cause, puisque… Ah non, ce serait divulgacher…

La vérité est là, évidente. Mais Belmondo ne la voit pas, ou refuse de la voir, victime peut-être pas si innocente de plus en plus soumise à la beauté de Deneuve, cette beauté qui lui vaudra cette réplique immortelle : « Quand je te regarde, c’est une souffrance, tu es si belle. – Hier tu disais que c’était une joie. – Oui, c’est une joie et une souffrance. » Réplique que rediras Depardieu à la même Deneuve dans Le Dernier Métro.

L’aveuglement de Belmondo, la manière dont il accepte tout et renonce peu à peu à son machisme apparent, face à une Deneuve qui ne cesse de prendre la main, machiavélique ou aimante, donne le ton à ce film dont le rythme même a quelque chose d’obsessionnel.

Truffaut, comme Belmondo, semble n’avoir d’yeux que pour l’actrice, qu’il s’amuse visiblement beaucoup à voir dominer l’acteur, même s’il accorde à ce dernier un impressionnant plan séquence qui lui permet de briller dans une scène d’acrobatie (ou plutôt d’escalade) comme il les aime, parenthèse étonnante dans ce film par ailleurs assez peu physique.

Plus que dans aucun des films qu’il a réalisé jusque là, Truffaut accorde aussi une grande place à ses décors, que ce soit l’île de la Réunion dont la moiteur est particulièrement bien filmée (et l’occasion pour le cinéaste d’un hommage à Jean Renoir, avec une introduction étonnante, faux documentaire tiré de La Marseillaise), la Provence ou Lyon.

En cela, ce Truffaut est assez atypique. Pourtant, on ressent constamment l’empreinte du cinéaste, son œil si original, et en même temps sa cinéphilie, son goût immodéré pour Hitchcock, dont il cite mine de rien de nombreux films : la Marion qui disparaît à mi-film de Psychose, le personnage féminin trouble de Marnie, et même le moineau en cage des OiseauxPourtant, jamais ces références ne sont étouffantes, ou ne viennent troubler ce constat : La Sirène… est un pur Truffaut, l’un de ceux qu’il faut vite redécouvrir.

La Mariée était en noir – de François Truffaut – 1968

Posté : 3 janvier, 2024 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1960-1969, TRUFFAUT François | Pas de commentaires »

La Mariée était en noir

La Mariée était en noir fait partie de ces Truffaut qui m’ont toujours laissé dubitatif. Comme pour Fahrenheit 451, il me donnait le sentiment qu’en s’emparant de genres très américains (le film noir ici, la science-fiction là), il transformait une histoire fascinante en quelque chose de très artificiel à travers un regard très français, et très littéraire.

Revoir cette adaptation du roman de William Irish m’oblige à revoir assez radicalement cette impression que m’avaient laissé mes premiers visionnages, il y a fort longtemps. La Mariée était en noir est effectivement très loin de ce qu’auraient pu en tirer un Robert Siodmak vingt ans plus tôt (comparaison pas innocente, puisque Siodmak a adapté Irish avec Phantom Lady). C’est aussi un Truffaut enthousiasmant, chaînon indispensable d’une espèce de trilogie noire informelle, après Tirez sur le pianiste et avant La Sirène du Mississipi.

C’est aussi, mine de rien, un film assez radical sur un canevas que Truffaut a utilisé plusieurs fois : le parcours d’un personnage qui en rencontre d’autres successivement, comme autant d’épisodes narratifs. Mais là où l’humour, la dérision, voire une grande légèreté seront au cœur d’Une belle fille comme moi ou de L’Homme qui aimait les femmes, il n’y a strictement aucune place pour l’humour dans La Mariée était en noir.

Jeanne Moreau, visage fermé, incarne une femme vengeresse dont on découvre les motivations par une série de courts flash-backs. Elle est une héroïne très sombre, victime de l’inconséquence et du pouvoir des hommes. Le regard de Truffaut est rarement tendre avec les hommes. Avec cette histoire particulièrement cruelle, il n’épargne pas non plus cette héroïne jusqu’au-boutiste, dont la vengeance prend des atours de plus en plus radicaux.

Elle finit même par provoquer le malaise en utilisant l’enfant du père de famille dominateur aussi pathétique qu’odieux joué par Michael Lonsdale. Et à perdre elle-même son humanité face à un Charles Denner qui lui laisse entrevoir une possible rédemption. Glacial et radical, La Mariée était en noir ne fait pas grand-chose pour séduire. C’est sans doute ce qui fait sa force.

Le Village perdu – de Christian Stengel – 1947

Posté : 2 janvier, 2024 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1940-1949, STENGEL Christian | Pas de commentaires »

Le Village perdu

Le décor est le principal atout de ce film méconnu, signé par un réalisateur méconnu : un petit village isolé de la vallée de la Tarentaise, recouvert de neige. Dans ce décor enneigé, Stengel filme une petite communauté à la fois soudée et pleine de vieilles rancœurs. Coupé du monde, ce microcosme est le lieu idéal des petits drames, des mystères, des secrets enfouis depuis longtemps, mais aussi des vieilles légendes.

Tout n’est pas franchement convaincant dans ce drame, qui se veut aussi film noir flirtant avec le fantastique. Le plus réussi, c’est sans doute la manière dont Stengel filme les femmes et les hommes entre eux, avec un regard qui frôle parfois l’ethnologie lors des rendez-vous populaires, comme cette soirée fondue assez passionnante, où les personnalités de chacun se retrouvent exacerbées.

Le film restitue joliment le mode de vie des ces montagnards que le XXe siècle semble ne pas avoir rattrapé, le monde moderne se résumant grosso modo à la justice des hommes auquel l’un des personnages, de retour au village lorsque le film commence, a été confronté. Il en revient comme entaché par ce monde extérieur qui n’a pas guère sa place dans ces paysages de montagnes et de traditions.

Il y a des haines tues, un mort mystérieux, des soupçons… et une malédiction qui prend les traits d’une vieille femme aux allures de sorcière, qu’on a pour le coup un peu de mal à prendre au sérieux. C’est la principale limite du film, qui finit par se perdre à force de courir trop de lièvres à la fois, et qui se révèle moins convainquant dans le film de genre que dans le naturalisme.

Le Fugitif – de Robert Bibal – 1947

Posté : 6 novembre, 2023 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1940-1949, BIBAL Robert | Pas de commentaires »

Le Fugitif 1947

« C’est un faiseur dont la plupart des films sont minables. » Cette sentence à peu près définitive, c’est Bertrand Tavernier qui la signe à propos de Robert Bibal, réalisateur dont je n’avais jusqu’à présent jamais entendu parler. Jusqu’à ce que je tombe par hasard sur les premières minutes du Fugitif, qui me parurent fort prometteuses. Dans le même temps, je suis tombé sur ce commentaire lapidaire de Tavernier, simple réponse à une question lancée sur le blog qu’il animait. A ma connaissance la seule référence que le cinéaste-cinéphile ait faite à Bibal.

Ce double constat (l’acidité de Tavernier et la bonne impression laissée par les premières minutes du film) a en tout cas fait naître une grande curiosité chez moi : Bibal est-il aussi minable ? Dans le pire des cas, la médiocrité de la chose devrait me faire abandonner la partie au bout de quinze minutes. Pas cher payé en termes de temps pour essayer de comprendre le jugement si sévère du plus grand de nos passeurs.

90 minutes plus tard, c’est une interrogation qui domine : pourquoi donc Tavernier a-t-il été si dure ? Deux réponses possibles, à mon avis… 1) Tous les autres films de Bibal sont catastrophique. 2) Tavernier l’a découvert à travers des ratages. Dans tous les cas sans voir ce Fugitif qui n’est certes pas dépourvu de défauts, mais qui suffit à faire de Bibal un réalisateur à ne pas mépriser, voire même à réhabiliter.

C’est un polar qui tient de l’épure : dans une région paumée du grand Nord, un homme évadé de prison débarque à la recherche de celle qu’il a aimée, et de celui qui l’a doublé et trahi. L’intrigue policière n’a aucun intérêt. Elle est d’ailleurs rapidement évacuée : celui qui a l’air le plus couple est le coupable. L’histoire d’amour n’est guère plus importante : le personnage de Simone, jouée par Madeleine Robinson, s’avère d’ailleurs très secondaire.

Là où le film est le plus réussi, c’est dans sa peinture de cette contrée paumée, perdue dans la neige, comme coupée du monde, où tant de personnages semblent en transit, du shérif à la chanteuse de saloon, en passant par l’arnaqueur… Dit comme ça, on aurait le sentiment d’être dans un western. Et c’est bien ce qu’est Le Fugitif : un western. Contemporain, enneigé et français, mais un western, dont Bibal reprend tous les codes, et cette simplicité frontale qui colle si bien au genre.

Psychologiquement, c’est un peu sommaire. Mais les acteurs sont tous très dans le ton, le film est plutôt tendu, et le côté western est tenu jusqu’à la conclusion… De quoi s’interroger sur la filmo de Bibal, dont on se demande bien pourquoi il a sombré dans un tel oubli. Il semble que personne ne se soit intéressé à lui depuis la naissance d’Internet. M’en vais peut-être tâcher d’investiguer un peu plus en avant…

Coup de chance – de Woody Allen – 2023

Posté : 3 novembre, 2023 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 2020-2029, ALLEN Woody | Pas de commentaires »

Coup de chance

Jusqu’alors, quand Woody Allen venait tourner en France, c’était par amour pour la culture française, et particulièrement pour Paris. Cela donnait Tout le monde dit I love you et Minuit à Paris, deux de ses films les plus magiques. Aujourd’hui, il ne faut pas trop se faire d’illusion : s’il a tourné Coup de chance à Paris (et en français, une première), c’est parce qu’il est tricard en Amérique.

Et on sent bien qu’il n’y a pas la conviction qu’on trouvait dans ses précédents films parisiens. D’ailleurs, le film se passe à Paris, mais il aurait tout aussi bien pu se passer à Londres, à New York, à Barcelone, ou dans toute autre ville correspondant à son univers. C’est-à-dire très privilégiée, et pour le coup assez hermétique aux petits soucis du quotidien.

Dans Coup de chance, l’héroïne interprétée par Lou de Laâge travaille pour une agence de vente aux enchères (de luxe bien sûr), sans passion. Et elle est mariée avec un homme très riche (Melvil Poupaud, qui commence à se faire une habitude des maris toxiques), dont le métier est de faire gagner encore plus d’argent à des gens très riches, et qui la considère comme une « femme-trophée » (je n’invente pas, le terme doit être utilisé une demi-douzaine de fois). Même pas envie d’évoquer l’appartement dans le cœur de Paris, qui doit faire 200 m2…

Mais son rêve de jeunesse n’était pas d’être une femme-trophée. Elle avait des goûts simples, des envies banales. Un peu comme cet ancien camarade (Niels Schneider) qu’elle croise par hasard, et avec qui elle entame une belle histoire d’amour adultère. Sans doute aussi parce qu’il lui rappelle la femme simple qu’elle fut.

Lui est allée au bout de ses rêves, parce qu’il est resté un homme simple : un écrivain qui vit la bohême. Ce qui est beau avec le métier d’écrivain, c’est qu’on peut écrire n’importe où : à New York, à Londres, à Paris… Je n’invente toujours pas : c’est ce qu’il dit, dans son appartement parisien mansardé à faire pâlir d’envie les plus grands hommes d’affaire. Bref, la notion d’argent n’a pas cours chez Woody Allen.

Ce n’est pas tout à fait nouveau, ni un cas unique dans le cinéma, mais cela créer tout de même une distance un peu gênante avec le spectateur lambda, si cinéphile soit-il, et si admirateur du cinéma d’Allen soit-il. Quand apparaît le personnage joué par Valérie Lemercier (la mère de l’héroïne), vaguement snob et très attachée à un certain standing, on se dit qu’il y a là le début d’une vision critique de cette débauche de luxe. Mais non.

Bien sûr, le personnage de Melvil Poupaud est odieux (et très caricatural), dans sa manière d’étaler non pas sa fortune, mais sa réussite (la femme-trophée, toujours). Mais la critique sociale cède vite la place à un thriller franchement déroutant, avec un rebondissement choc qui plonge le film dans quelque chose d’inattendu, mais qu’Allen filme avec un détachement, voire une légèreté pour le moins troublants.

A partir de là, c’est avec un regard dubitatif et distant qu’on suit la fin du film, convaincu que cette fois, Woody avait bien perdu son mojo. Peut-être à cause de cette petite musique liée à la langue que l’on ne retrouve pas en français. Peut-être à cause de la bande son, jazzy, qui semble collée sur les images au hasard. Peut-être aussi à cause d’un scénario peut-être écrit à la va-vite. Allez savoir…

Et puis le lendemain, et puis le surlendemain, et puis les jours suivants (j’écris cette chronique une dizaine de jours après avoir vu le film), cette histoire trotte dans la tête, au lieu de disparaître comme on le pensait à la sortie de la salle. Déroutant, mais finalement un peu marquant. Coup de manche mériterait une séance de rattrapage.

Anatomie d’une chute – de Justine Triet – 2023

Posté : 16 octobre, 2023 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 2020-2029, TRIET Justine | Pas de commentaires »

Anatomie d'une chute

Même avec trois premiers films formidables, Justine Triet ne nous avait pas préparé à ce chef d’œuvre qui semble d’une profondeur infinie, et d’une précision implacable. Son grand œuvre en quelque sorte, dont l’ambition est affichée dès le titre, qui évoque bien sûr le chef d’œuvre d’Otto Preminger Autopsie d’un meurtre, autre film où l’enquête et le procès servent à décortiquer les méandres mentales et relationnelles d’un accusé.

Avec cette complexité supplémentaire qu’il ne s’agit plus d’un meurtre, mais d’une chute, celle d’un homme dans un chalet isolé des Alpes. Est-ce un accident ? Un suicide ? Ou sa femme l’a-t-elle poussé ? De ce doute naît le récit, qui s’éloigne bien vite de la simple enquête de police. Justine Triet nous y introduit par le point de vue du fils du couple, un enfant malvoyant qui n’est témoin de la scène que par des sons, des sensations, et des certitudes. Belle idée qui permet au spectateur de s’immerger dans cette atmosphère pleine d’incertitudes en se reconnaissant dans la douleur de ce garçon (Milo Machado-Graner, d’une justesse et d’une profondeur parfaites, qui évite toute la mièvrerie des enfants acteurs).

Parce qu’il est difficile de s’attacher au personnage de la mère, géniale Sandra Hüller, qui semble si froide, si détachée, si à côté de sa douleur. Elle est pourtant, dans tous les sens du terme, le cœur du film : c’est autour d’elle, de cette froideur apparente, mais aussi de sa dignité et de sa liberté revendiquée, que Justine Triet construit son film avec intelligence.

Le récit, et le procès, représentent une sorte de cheminement vers la vérité intime de cette femme, et du couple qu’elle formait avec la « victime ». Et toutes les velléité de résumer le film à un thriller finissent par s’effondrer, comme l’argumentation d’un procureur qui cherche constamment à enfermer le drame dans une notion de Bien ou de Mal.

Justine Triet va bien au-delà. Elle dessine le portrait fascinant, émouvant et puissant d’un couple toxique au-delà de tous les clichés. Difficile d’en dire trop sans déflorer les surprises, belles et nombreuses. Mettons juste que Justine Triet plonge au plus profond de l’âme humaine pour en tirer la vérité la plus intime.

C’est aussi le portrait féministe d’une femme libre, celui d’une enfance bousculée, celui d’une justice défaillante, d’une police limitée, et d’un système médiatique qui s’emballe. C’est encore une histoire d’accomplissement, de déracinement. C’est enfin une grande leçon de cinéma, qui ne la ramène jamais avec des effets facile. C’est aussi la consécration d’une très grande directrice d’acteurs. C’est bien simple : même le chien est juste, et vrai.

Dans la maison – de François Ozon – 2012

Posté : 14 octobre, 2023 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 2010-2019, OZON François | Pas de commentaires »

Dans la maison

C’est marrant comment on a systématiquement envie de dire que Luchini est sobre, dans un film où il est formidable. C’est marrant, parce que ça a un côté un peu, même franchement, injuste. Comme si l’acteur, si exubérant en promo, n’était pas l’un des très très grands, et ce depuis des années, comme si ses excès et sa pause de beau parleur vampaient son jeu si fin.

Dans Dans la maison, il est donc sobre. Comme Jouvet l’était : avec ce débit qui lui est si caractéristique, et cette intelligence du jeu qui le place toujours là où on ne l’attend pas vraiment. Semblable, et différent à chaque film, Luchini explore ici une zone particulièrement inconfortable, dans un rôle qu’on dirait pourtant sur mesure.

Pensez donc : un prof de lettres vieillissant qui mène une vie de bobo, parle littérature avec passion, et jeunesse avec méfiance. Mais ce prof, marié à une Kristin Scott-Thomas parfaite en contrepoint bousculé dans ses habitudes, se prend de passion pour le talent caché d’un étudiant taciturne, qui lui donne l’inspiration qui lui manquait depuis longtemps pour écrire son propre livre.

Les écrits que lui livre cet adolescent le fascinent : il y raconte ses rapports troubles avec une famille parfaite en tous points en apparence (avec des parents joués par Emmanuelle Seigner et Denis Ménochet), dans des compositions écrites qui sont en fait des récits intimes, dont lui-même (Luchini) s’inspire pour son grand roman… quitte à pousser le jeune homme à aller toujours plus loin.

Dans la maison, sous ses faux airs de thriller hitchcockien, est un film qui crée un malaise persistant, tant le personnage de Lucchini s’y enfonce dans une relation toxique, pour le moins troublante. Il est question de création, d’emprise morale, de manipulation, de désir et des limites qu’il ne faudrait pas franchir. Ozon signe l’une de ses grandes réussites, et échappe totalement à toute velléité moralisatrice. On lui en sait gré.

La French – de Cédric Jimenez – 2014

Posté : 11 octobre, 2023 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 2010-2019, JIMENEZ Cédric | Pas de commentaires »

La French

Il faut au moins reconnaître à Cédric Jimenez son ambition : ils ne sont pas si nombreux, les cinéastes français, à vouloir à ce point tirer le film de genre vers le haut. Ou disons vers ses modèles américains les plus glorieux. Et c’est bien ce qu’il fait avec ce film, pourtant très français et inspiré d’une histoire vraie : la french connection et l’assassinat du juge Michel.

Sa principale limite, sans doute, est d’hésiter constamment entre une reconstitution précise et rigoureuse, et une dramatisation de l’intrigue pour rendre le film plus… plus quoi ? fun ? efficace ? américain ?

C’est clairement une limite, parce que cette histoire n’en avait pas besoin : pas besoin de cette rencontre improbable entre le juge et le parrain qui semble n’avoir été écrite que pour aménager une scène commune à Jean Dujardin et Gilles Lellouche, et pour citer en passant une autre rencontre au sommet, dans le Heat de Michael Mann.

Pas besoin non plus de faire du juge un authentique cowboy qui finit par se mêler physiquement à l’action, comme si son courage n’était pas si flagrant. Des moments censés être immersifs qui ont l’effet totalement inverse sur le spectateur, qui aimerait que le réalisateur lui fasse un peu plus confiance…

Ces réserves faites, il faut reconnaître une belle efficacité, une reconstitution assez bluffante, un vrai sens du rythme, et surtout une belle idée, qui doit beaucoup au chef d’œuvre de Michael Mann d’ailleurs : mettre en scène les deux antagonistes dans leur vie familiale, gommant les différences dans leurs rapports à leurs femmes. Avec pour effet de rendre ce sinistre fait divers humain, et l’affrontement, pour le coup, vraiment dramatique.

Mann n’est pas la seule influence de Jimenez, qui flirte aussi beaucoup du côté de Scorsese, dans cette longue séquence qui permet de planter le décor et de présenter les différents personnages, séquence qui serait brillante si elle ne souffrait de la comparaison avec son modèle évident, Les Affranchis. Disons que c’est le retour de bâton que risque tout cinéaste cinéphile : gare à la comparaison.

Toni – de Jean Renoir – 1935

Posté : 8 octobre, 2023 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, RENOIR Jean | Pas de commentaires »

Toni

A l’origine de Toni, il y a un faits divers qui s’est déroulé dans le Sud de la France, dont un commissaire de la région souhaitait faire l’objet d’un roman. De ses recherches, Jean Renoir a fait un film, produit par Marcel Pagnol, dans la région et avec l’équipe de ce dernier. Pourtant, c’est bel et bien un film qui porte la marque de Renoir.

Fidèle à sa fibre humaniste, Renoir met en scène des immigrés qui rêvent d’une vie meilleure, des modestes qui se heurtent à la tyrannie de petits baronnets locaux. La séquence d’ouverture est particulièrement parlante. Un immigré présent en France depuis plusieurs années y apostrophe un néo-immigré, lui assénant les règles à respecter dans « son » pays. Tout Renoir est là, dans ce dialogue plutôt léger : sa vision d’un monde dont les frontières sont psychologiques avant tout.

Cela dit, Toni est aussi une espèce de matrice à la fois du film noir américain et du néo-réalisme italien. Ce qui n’est pas rien. L’histoire, inspirée d’un fait divers, est donc tragique, ce que l’on sent dès les premières minutes. Surtout, le décor (une colline du Sud, avec sa mine et ses garrigues) évoque à la fois Le Dernier Tournant (première adaptation du Facteur sonne toujours deux fois) et Lumière d’été, soit deux grands films français des années suivantes. Mais avec une fibre sociale, et le tournage en décors naturels qui annonce un cinéma du réel qui deviendra un genre en soi deux décennies plus tard.

Toni est donc un film précurseur à plus d’un titre. Et même sous le patronage de Pagnol, c’est aussi et surtout un vrai film (et un grand film) de Renoir, qui signe un drame marqué par le poids de la société comme sa filmographie en est remplie. Comme souvent à cette période, la technique est hésitante (on rêverait de voir Toni dirigé par Renoir avec des moyens techniques plus conséquents) : la qualité du son est très discutable, et rend la compréhension de l’accent marseillais assez compliqué, et les raccords sont parfois approximatifs.

Mais il y a la beauté des images, la manière dont Renoir capte l’atmosphère, et la profondeur des personnages qui, en quelques grands traits qui semblent à peine esquissés, dégagent une vérité folle et déchirante. Toni, grande réussite de Renoir, est aussi l’un de ses grands films picturaux, qui recèlent tout l’héritage familial du cinéaste. Ce n’est pas rien.

Ne réveillez pas un flic qui dort – de José Pinheiro – 1988

Posté : 21 septembre, 2023 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1980-1989, PINHEIRO José | Pas de commentaires »

Ne réveillez pas un flic qui dort

Je n’attendais strictement rien de ce polar tardif de Delon, ses adieux au cinéma de héros comme Le Solitaire fut ceux de Belmondo l’année précédente. Juste l’envie un peu régressive de revoir les derniers feux de la star, ces ultimes moments où Delon se vit comme une superstar encore active.

Et voilà que je me surprends à y prendre un vrai plaisir. Oh ! Pas que le film soit très réussi. Une histoire un peu con, pompage éhonté de Magnum Force quinze ans après, une musique insupportable, des personnages caricaturaux, et Pinheiro qui se dresse en ersatz de Jacques Deray sous influence hollywoodienne…

C’est exactement ce qu’est le film : un Deray sous influence hollywoodienne, avec la noirceur de l’un et les excès de l’autre. Et au centre, un Delon qui en fait le minimum, mais avec une présence indéniable. On ne peut certes pas en dire autant de Michel Serrault, qui cachetonne sans forcer son talent dans un rôle de flic pourri à la tête d’un escadron de la mort.

Il fait la gueule et ne parle guère. Normal : c’est le méchant. A ses côtés, Xavier Delluc est pire, surjouant le sadisme de l’homme de main qui prend son pied à tuer la racaille. Avec un flingue, un bazooka, une arbalète ou une tenaille… C’est qu’il faut varier les plaisirs si on veut tenir l’attention du spectateur.

C’est con, ça devrait être insupportable. Mais la présence de Delon et quelques scènes d’action percutantes et bien senties assurent l’intérêt, notamment une fusillade à la Mesrine d’une violence rare. Pas un temps mort, pas non plus de grande idée, de grande vision… Mais le contrat est rempli. Le cahier des charges, c’est vrai, était bien mince.

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