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Archive pour la catégorie '* Polars/noirs France'

Ménilmontant – de Dimitri Kirsanoff – 1926

Posté : 1 mai, 2022 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1920-1929, FILMS MUETS, KIRSANOFF Dimitri | Pas de commentaires »

Ménilmontant

Ce sont des images d’une violence rare qui nous font entrer dans le film : l’assassinat d’un couple à coups de haches. Pas d’effets gores, non, mais un montage serré au couteau et des très gros plans qui donnent à sentir la violence et la sécheresse du propos. Le film, moyen métrage qui restera le sommet de la carrière de Kirsanoff, n’est commencé que depuis quelques minutes à peine. Et déjà, nous voilà assommés.

D’autant plus que cet acte criminel fondateur n’est que l’introduction. Au meurtre lui-même suit immédiatement des images des filles du couple, dont la jeunesse et la pureté sont stoppées dans leur élan avec une brutalité insondable. Une ellipse déchirante, et les voilà jeunes femmes, orphelines à qui on a volé toute chance d’accéder à une belle vie.

La première partie est forte sur le fond, et d’une audace extrême dans la forme. Tout n’est pas totalement maîtrisé, mais on doit attribuer au cinéaste un sens très acéré de l’expérimentation. Montage rapide, mouvements soudains de caméra, surimpressions… Il y a chez Dimitri Kirsanoff une volonté de pousser l’art cinématographique dans ses retranchements. Et ce qu’il nous offre est un acte artistique qui doit plus à Epstein ou Eisenstein qu’au réalisme poétique que sa manière de filmer les décors invoque avec quelques années d’avance.

L’expérimentation est souvent fascinante. Mais c’est quand Kirsanoff touche à la maîtrise absolue de son art que son film frôle le chef d’œuvre. Il en est même tout proche dans deux séquences d’une force et d’une beauté saisissantes.

La première met en scène la plus jeune des sœurs, qui suit l’homme qui lui plaît jusqu’au pied de son immeuble, bâtisse miteuse dans une rue miteuse, triste décor pour une défloraison qui n’a rien d’un conte de fée. La chair est triste, et le côté glauque de cette soirée initiatique est souligné par une succession de fondus-enchaînés assez extraordinaires, dont l’utilisation n’a rien perdu de son efficacité près d’un siècle plus tard.

La seconde est plus simple encore, et plus courte. La même jeune femme, qui a donné naissance à un bébé avec lequel elle se retrouve seule à la rue, est assise sur un banc. Un vieil homme vient s’asseoir à côté, se prépare un sandwich, et avec une pudeur bouleversante, pousse vers la jeune femme, sans même la regarder un peu de pain et de saucisson, qu’elle avale avec des torrents de larmes. Qui ne tardent pas à gagner les joues du pauvre spectateur.

On pourrait aussi évoquer la délicatesse extrême avec laquelle le cinéaste filme les retrouvailles des deux sœurs, et les regards si lourds d’amertume et d’amour mêlés qu’elles s’échangent. Ou la violence de la bagarre finale. On pourrait aussi souligner que ce petit bijou de mise en scène et d’émotion n’utilise pas le moindre intertitre. On pourrait enfin rappeler que la redoutable critique Pauline Kael l’a cité comme l’un de ses films préférés. Ménilmontant, en tout cas, est plus qu’une curiosité : une petite merveille.

Fantômas contre Fantômas – de Louis Feuillade – 1914

Posté : 14 avril, 2022 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1895-1919, FEUILLADE Louis, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Fantômas contrre Fantômas

Quatrième volet des aventures du journaliste Fandor et de son ami policier Juve sur les traces du plus dangereux et mystérieux des criminels, et l’art du feuilleton, que Feuillade mènera à son paroxysme avec Les Vampires, fonctionne déjà à plein régime.

Les ressors purement dramatiques sont énormes. Juve se retrouve ainsi en prison sur une présomption assez étonnante : puisqu’il est incapable de mettre la main sur Fantômas, alors que leurs routes ne cessent de se croiser, c’est parce qu’il est Fantômas. C’est en tout ce qu’affirment les journaux… Bien suffisant pour que le procureur décide de l’emprisonner.

Fandor, du coup, préfère prendre le large avant d’être lui-même arrêté. Et voilà donc l’histoire qui s’emballe, débarrassée de toutes les contraintes liées aux professions des deux héros. Le réalisme passe plus que jamais à l’arrière-plan, laissant toute la place aux rebondissements les plus improbables, au mouvement pur et à la folie.

Le sommet de ce quatrième film est sans doute moins la grande scène du bal costumé où se croisent trois Fantômas (et une issue tragique pour l’un d’eux) que cette séquence étonnante et fascinante où un mur se met à saigner après qu’on y a enfoncé un clou. Le genre d’images surréalistes qui ont contribué à l’impression toujours très forte que continue à laisser ces premières adaptations de l’œuvre de Souvestre et Allain.

La séquence finale reste également un modèle de suspense, dont l’écriture et le rythme pur sont pas loin d’être parfaits. Reste des cadres encore un peu fixes et systématiquement frontaux, et des décors trop dépouillés pour faire vraiment authentiques… Quelques limites qui rappellent que le cinéma est encore adolescent en 1914. Mais l’adolescence peut être bien stimulante quand elle se montre aussi inventive.

La Série des Fantômas, de Louis Feuillade

  1. Fantômas : à l’ombre de la guillotine
  2. Juve contre Fantômas
  3. Le Mort qui tue
  4. Fantômas contre Fantômas
  5. Le Faux magistrat

Identité judiciaire – de Hervé Bromberger – 1951

Posté : 13 avril, 2022 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1950-1959, BROMBERGER Hervé | Pas de commentaires »

Identité judiciaire

Identité judiciaire est le film qui a en quelque sorte servi de « pilote » aux 5 dernières minutes. Raymond Souplex y interprète dans les deux cas un commissaire de police sagace et intègre. Identité judiciaire est surtout un grand polar, digne des grands films noirs américains. A la fois une peinture passionnante du quotidien des forces de l’ordre, et remarquable thriller.

On pourrait simplifier en coupant le film en deux grandes parties, clairement distinctes : la première largement consacrée au travail minutieux d’investigation, la seconde se résumant à un suspense particulièrement dense. C’est un peu vrai, mais le film de Bromberger joue en fait constamment sur les deux tableaux, mêlant intimement le film de genre plein de rythme et de brutalité, et la minutie d’une mise en scène presque anthropologique.

L’intrigue est finalement assez banale : la recherche d’un mystérieux criminel qui drogue de jeunes femmes dont plusieurs sont mortes. La révélation apparaît d’ailleurs vers la moitié du métrage. Beaucoup moins anodin, en revanche : la manière dont le travail de la police est filmé. Dans les détails, en longueur, en s’attardant sur les longs déplacements dans les couloirs du Quai des Orfèvres, sur le travail de la police scientifique, des graphologues, des chimistes, sur les laborieux interrogatoires.

C’est passionnant, et d’autant plus percutant que la vision très documentée du travail de la police n’est jamais déconnectée de l’humain. Les policiers sont des hommes, et le commissaire jongle entre ses obligations professionnelles et sa vie de famille. Humain et faillible, qui s’autorise un « salope » après avoir été rembarré par un témoin récalcitrant. Tout sonne authentique : les rapports entre les flics, l’affection pour les petits délinquants, les emportements trop vifs d’un commissaire frustré…

Le film s’ouvre et se referme sur deux séquences mémorables de traque dans la ville. Deux séquences très différentes l’une de l’autre, mais qui marquent par la précision et l’efficacité de la mise en scène. La première, la fuite tragique d’une jeune fille fugueuse, filmée avec une grande intensité dans les décors naturels de province. La dernière, course-poursuite sous haute tension dans les rues de Paris.

A chaque plan, ou presque, un détail donne du corps et de l’authenticité au récit. Parfois en arrière plan, comme cette épouse qui s’inquiète du sort de son mari enfermé au dépôt, ou la fouille au corps de jeunes femmes « ramassées » dans la rue. Brillant scénario, et brillants dialogues signés Jeansson. Et l’interprétation est impeccable. Raide et pas toujours aimable, Raymond Souplex est parfait. Suave et secret, Jean Debucourt trouve le rôle de sa vie.

Le Mort qui tue – de Louis Feuillade – 1913

Posté : 11 avril, 2022 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1895-1919, FEUILLADE Louis, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Le Mort qui tue

Après le rythme trépidant du film précédent, Feuillade lève un peu le pied avec le troisième épisode de son Fantômas. L’intrigue reprend là où l’a laissée : Fandor a survécu à l’explosion de la villa, mais le corps de Juve est introuvable. Le bandit, lui, s’est fait la belle, fomentant de nouveaux méfaits.

Pour le coup, Feuillade prend son temps cette fois, étirant la plupart des scènes. Il faut dire qu’en filmant le plus souvent en plans séquences fixes et larges, le cinéaste n’a pas les moyens de jouer avec le montage pour accélérer un rythme qui ne nous évite aucun détail anodin. D’où quelques longueurs dont on se serait bien passé.

Mais les cadres sont toujours intéressants, que ce soit le repère interlope d’une fourgue vieillissante, où l’appartement bourgeois d’un riche artiste. Ou surtout un passage obscur surplombant la Seine, où Feuillade nous offre un beau moment de suspense, d’une efficacité imparable.

Le Mort qui tue frappe avant tout par la violence du propos. Même si le rythme est plus posé, les crimes, eux, s’enchaînent, et ils sont brutaux. Le titre de la dernière partie donne le ton : « Les gants de peau humaine ». On n’en dira pas plus, si ce n’est que le titre est effectivement évocateur. Si la violence picturale reste limitée, le ton n’est pas à la guimauve pour autant.

Les grands films de Feuillade restent aussi précieux pour la vision qu’ils offrent de ce Paris d’un autre temps : celui de 1913. C’est le cas ici encore. Au détour d’une séquence de filature, on se réjouit de voir ces automobiles des premiers temps se croiser et se doubler dans un désordre manifeste. Une vision qui à quelque chose de franchement réjouissant.

La série des Fantômas, de Louis Feuillade

  1. Fantômas : à l’ombre de la guillotine
  2. Juve contre Fantômas
  3. Le Mort qui tue
  4. Fantômas contre Fantômas
  5. Le Faux magistrat

Maigret – de Patrice Leconte – 2022

Posté : 2 avril, 2022 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 2020-2029, LECONTE Patrice, Maigret | Pas de commentaires »

Maigret

Presque soixante ans que le cinéma français ne s’était pas intéressé au plus populaire des policiers de la littérature francophone. Comme si Jean Gabin avait à ce point dévoré le rôle qu’il interdisait à quiconque de lui succéder. Sur grand écran, on a quand même eu droit à un Maigret italien (Gino Cervi dans Maigret à Pigalle) et un autre allemand (Heinz Rühman dans Maigret fait mouche), tous deux dans les années 60. Mais depuis, seule la télévision avait osé s’emparer du personnage créé par Simenon. Et elle ne s’est pas privée, les séries et téléfilms pullulant dans le monde entier.

Quand même, voir Depardieu se mettre dans la peau du commissaire avait quelque chose d’exaltant (il entre d’ailleurs dans le club très fermé des acteurs ayant incarné à la fois Maigret et Jean Valjean, après Harry Baur et Jean Gabin), surtout qu’il avait déjà frôlé le personnage avec le Bellamy de Chabrol. C’est donc avec un mélange d’excitation et d’angoisse qu’on entre dans la salle… et c’est avec un mélange de satisfaction et de frustration qu’en en sort.

Le film de Patrice Leconte est sincère et généreux, on ne peut pas lui retirer ça. Il est aussi, en l’occurrence, très appliqué, mais pas très incarné. Ce qui est le plus beau dans les romans de Simenon, c’est la manière dont Maigret se glisse jusqu’à s’oublier dans l’atmosphère d’un lieu, d’un microcosme, dont il fait siennes les habitudes, le rythme, les odeurs même. Mais la reconstitution du Paris des années 1950 (l’époque à laquelle est écrit Maigret et la jeune morte, dont le film de Leconte est une adaptation) est tellement propre et dénuée d’aspérité qu’elle maintient constamment une certaine distance.

Plus gênant encore : la lenteur appuyée avec laquelle les dialogues sont prononcés, manière maladroite de donner corps au rythme langoureux des romans. Mais il y a de belles choses, à commencer par le personnage lui-même, et l’incarnation qu’en fait Depardieu. Radicalement différent de Gabin dans son approche de Maigret, on peut pourtant en dire à peu près la même chose : il se glisse véritablement dans la peau du personnage, tout en le transformant à sa manière.

Et c’est un Depardieu vieillissant, fatigué et physiquement très imposant qui fait de Maigret un policier en bout de course, qui sait proche la fin du voyage, et dont le parcours et les drames personnels se confondent avec son enquête à ce stade de sa carrière et de sa vie. Un homme qui continue à réfléchir au rythme des verres bus dans les bistrots, mais qui a dû se résoudre à abandonner la pipe. Ce qui donne paradoxalement les séquences les plus savoureuses du film, celles où la pipe fumée par d’autres occupe une place centrale dans l’esprit de Maigret/Depardieu.

On aimerait que ce film ne soit qu’un nouveau départ, qu’il soit une enquête parmi d’autres, et que Depardieu ait d’autres occasions de creuser le personnage, peut-être avec d’autres cinéastes plus exaltants. Ce n’est clairement pas l’ambition affichée avec ce film, dont la simplicité du titre annonce la couleur : Leconte et son co-scénariste Jérôme Tonnerre signent non pas une enquête policière, mais le portrait sincère d’un homme. Leur vision du personnage.

Juve contre Fantômas – de Louis Feuillade – 1913

Posté : 27 février, 2022 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1895-1919, FEUILLADE Louis, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Juves contre Fantômas

Deuxième volet des aventures du commissaire Juve et du journaliste Fandor traquant Fantômas, l’insaisissable bandit. Insaisissable est le terme juste, tant les occasions d’attraper ce génie du crime se succèdent. Tueur, voleur, arnaqueur, Fantômas est aussi un type malin, qui sait se cacher dans l’endroit le plus en vue d’une pièce. Un type bien entouré, dont les complices suivent à la trace ceux qui le suivent à la trace. Un type chanceux aussi, qui sait jouer des maladresses de ses poursuivants.

Mais là où le film est le plus réjouissant, c’est dans sa manière de mettre en scène l’audace du gars. Dans un déguisement qui ne trompe personne, Fantômas déjeune dans un cabaret de Montmartre où il est cueilli par Juve et Fandor. Escorté par les deux hommes qui le tiennent fermement par les bras, il semble résigné, mais se libère d’un coup en abandonnant son manteau… et ses bras : des membres factices destinés à faciliter son évasion. Et dix minutes plus tard, il revient tranquillement s’attabler dans le cabaret, là où il sait bien que les policiers n’auront pas l’idée d’aller le rechercher.

C’est amusant, plein de rythmes et de rebondissements. Les scènes les plus spectaculaires sont aussi celles qui ont le plus mal vieilli, quand même : celle du wagon fou paraît bien molle, et on a bien du mal à ressentir le danger dont se sortent les héros en se glissant dans un baril roulant pour échapper un incendie qui devrait être infernal. Mais bon… Le film a été tourné il y a plus d’un siècle, et reste franchement trépidant. Tout en offrant des visions fascinantes et si vivantes d’un Paris qui n’existe plus depuis bien longtemps.

C’est aussi là que réside le plaisir que procure le film de Feuillade : dans ces séquences « volées » dans les rues de la capitale. Et qu’importe si un train quitte Paris pour se retrouver quelques minutes après en pleines hautes montagnes, il y a une vérité pleine de nostalgie qui se dégage de ces scènes tournées en décors réels, avec de « vrais gens ».

La Série des Fantômas, de Louis Feuillade

  1. Fantômas : à l’ombre de la guillotine
  2. Juve contre Fantômas
  3. Le Mort qui tue
  4. Fantômas contre Fantômas
  5. Le Faux magistrat

Fantômas : à l’ombre de la guillotine – de Louis Feuillade – 1913

Posté : 24 février, 2022 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1895-1919, FEUILLADE Louis, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Fantômas A l'ombre de la guillotine

Deux ans seulement après la sortie du premier roman à succès de Pierre Souvestre et Marcel Allain (une cinquantaine d’autres livres suivront), et bien avant les films de Paul Fejos, Jean Sacha, Robert Vernay, ou bien sûr André Hunebelle, Louis Feuillade est le premier à filmer le personnage mythique de Fantômas, génie du crime insaisissable. Et par la même occasion, il entre dans la légende du cinéma, s’imposant comme le plus grand réalisateur de genre en France, après avoir signé des dizaines (des centaines?) de bobines plus ou moins inspirées, comme la longue série des Bout de Zan.

Fantômas précède les tout aussi mythiques Vampires dans la filmographie de Feuillade. Et la réussite est au moins aussi frappante. Les Vampires deviendra le fleuron du « serial » à la française. Fantômas n’est pas exactement sur le même registre : ce n’est pas à proprement parler un serial, mais cinq longs métrages plus ou moins dépendants les uns des autres, que Feuillade réalise entre 1913 et 1914.

Ce tout premier film met d’emblée dans le bain, avec une maîtrise totale du rythme et de la tension (on est en 1913, rappelons le, et l’art cinématographique reste largement balbutiant) . Avec une caméra encore totalement fixe et un montage réduit à sa plus simple expression (une scène – un plan – un axe), Feuillade donne une étonnante sensation de mouvement, grâce à une mise en scène hyper-dynamique qui joue très habilement sur la profondeur de champs, sur le danger que le spectateur sait présent même s’il est hors cadre.

Le film introduit donc le personnage de Fantômas, malfaiteur que l’on découvre voleur dans un grand hôtel, puis meurtrier d’un riche lord. On découvre également sa Némésis, l’inspecteur Juve, toujours un coup d’avance sur les autres représentants de la loi. Heureusement d’ailleurs, parce que sans la sûreté de son regard, l’histoire se dirigeait allégrement vers un dénouement digne d’un film d’horreur, que la tension imposée par Feuillade rend tout à fait crédible, grand suspense qui occupe toute la dernière partie de ce premier film.

Un premier film en guise d’introduction, qui promet de nouvelles aventures, et une traque pleine de rebondissements. Plus d’un siècle après la sortie en salles, ce premier Fantômas reste franchement réjouissant, et donne une furieuse envie de se plonger dans les suites. Comme les spectateurs de 1913, qui ont réservé un triomphe naturel au film, premier chef d’œuvre de Feuillade.

La Série des Fantômas, de Louis Feuillade

  1. Fantômas : à l’ombre de la guillotine
  2. Juve contre Fantômas
  3. Le Mort qui tue
  4. Fantômas contre Fantômas
  5. Le Faux magistrat

Madeleine Collins – d’Antoine Barraud – 2021

Posté : 16 février, 2022 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 2020-2029, BARRAUD Antoine | Pas de commentaires »

Madeleine Collins

Un chignon aux allures de tourbillon dans la chevelure d’une blonde élégante et mystérieuse. L’influence hitchcockienne est assumée, clairement affichée. Mais, en fait, assez trompeuse. Madeleine Collins a certes des allures de thriller racé au scénario retors, mais c’est avant tout le portrait d’une femme qui s’est elle-même enfermée dans un engrenage mental sans issue. Un portrait au-delà de l’intime : intérieur.

Et plus le film avance, plus apparaissent les affres, la fragilité et même la panique de ce personnage qui semblait tout d’abord froid et manipulateur, gérant sa double vie avec une science du mensonge à toute épreuve. Et là, c’est du côté du Bigamie d’Ida Lupino que l’on penche. Mais là encore, le film échappe à toute comparaison facile, au moins pour deux raisons. D’abord le scénario, qui ménage le mystère et ne révèle ses vérités qu’au compte-goutte. Assez brillant, en fait.

Et puis, et surtout, Virginie Efira, dont on ne dira jamais assez à quel point elle s’est imposée sur le tard mais en peu de temps comme l’une des plus grandes actrices du cinéma français, peut-être la plus sensible, la plus intense de sa génération. Dire qu’elle est formidable dans ce rôle si complet n’est pas suffisant. Elle l’est, formidable : elle est tour à tour glaçante, bouleversante, inquiétante, touchante. Mais elle est bien plus : elle est l’âme de ce film.

Sans elle, on le sent, rien ne tiendrait dans Madeleine Collins. En tout cas avec avec cette intensité là. Son personnage est d’une richesse tout de même rare, tant elle passe par des émotions radicalement opposés. Et dans tous les registres, elle est d’une justesse et d’une vérité absolues, jamais dans l’excès, jamais dans la retenue non plus. A l’exception d’un premier plan séquence longtemps mystérieux, la caméra ne la quitte jamais. Et elle est, de bout en bout, merveilleuse.

Boîte noire – de Yann Gozlan – 2021

Posté : 18 janvier, 2022 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 2020-2029, GOZLAN Yann | Pas de commentaires »

Boîte noire

Me voilà séduit, et même franchement bluffé par ce Boîte noire flippant, passionnant, et d’une belle ambition. Un thriller paranoïaque français autour du crash d’un avion de ligne est déjà bien intriguant, et franchement original, mais le film va plus loin, en jouant constamment sur le son et la perception, comme ressors dramatique et narratif principal.

Le personnage principal, joué par un Pierre Niney décidément naturel et intense dans tous les registres, est un enquêteur du BEA, le bureau d’enquête et d’analyse qui intervient après les catastrophes aériennes. Lui est spécialiste de l’analyse des données sonores récupérées dans les boîtes noires. Autant dire que visuellement, le réalisateur et coscénariste Yann Gozlan ne choisit pas le chemin de la facilité.

Les premières minutes, d’ailleurs, semblent nous préparer à un thriller tendu et diablement efficace, mais plutôt classique. Le film ayant ce titre, on sait bien que l’avion à bord duquel s’ouvre le film ne va pas arriver à bon port. La caméra filme les pilotes dans le cockpit, puis se balade dans les travées des passagers, avec une tension qui ne cesse de grandir. Va-t-on participer au crash, comme dans tant d’autres films avant ? Non : au bon moment, sans esbroufe, avec une remarquable économie de moyen, Gozlan nous sort de l’avion pour nous glisser dans les oreilles de son héros.

Et il n’en sortira plus guère. Malgré quelques facilités de scénario, et quelques raccourcis, l’essentiel du film repose sur ce qu’entend le personnage de Niney, ou ce qu’il croît entendre. La mise en scène, assez brillante, joue avec les perceptions, dirige l’attention du spectateur vers le son dominant, ou au contraire l’anomalie vaguement parasite. C’est fait avec une vraie inventivité, avec un sens du décalage entre le son et l’image, qui finit par créer une ambiance paranoïaque implacable.

A l’image de Pierre Niney, on finit par soupçonner tout le monde, et par remettre en question tout ce qu’on voit. Côté ambiance, Gozlan flirte du côté des grands classiques paranoïaques, à commencer par Les Trois jours du Condor bien sûr. Il y a du Blow Out aussi, dans la manière de disséquer le son (même si De Palma passait souvent du son à l’image). Mais s’il faut retenir une référence, c’est plutôt du côté de The Ghost Writer qu’il faut chercher.

Gozlan s’inscrit clairement dans la lignée du chef d’œuvre de Polanski, mêlant paranoïa, technologie et mensonges dans un cocktail imparable, et glissant des références plus ou moins visibles, comme cette utilisation mystérieuse et inattendue du GPS. Assez brillant, franchement flippant, et totalement passionnant.

Amants – de Nicole Garcia – 2020

Posté : 2 janvier, 2022 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 2020-2029, GARCIA Nicole | Pas de commentaires »

Amants

Le plus beau dans le cinéma de Nicole Garcia, c’est cette délicatesse et ce naturel avec lesquels elle fait surgir l’émotion autour d’un personnage, autour d’une situation. C’est encore une fois vrai avec Amants, neuvième long métrage de la dame qui, mine de rien, est devenue l’une des cinéastes françaises les plus passionnantes.

Quasiment depuis ses débuts, Nicole Garcia flirte avec le film noir, en effleurant le genre (avec Le Fils préféré, voire même Un balcon sur la mer) ou de manière plus frontale (Place Vendôme). Amants possède tous les attraits du film noir : un jeune homme un peu paumé (Pierre Niney), une femme un peu fatale (Stacy Martin), et un mari un peu gênant (Benoît Magimel). Pour un peu, on se croirait dans Le Facteur sonne toujours deux fois.

Cette référence parmi tant d’autres dans ce genre très américain est très présente. Et même si le film n’est pas clairement un polar, elle plane comme la menace d’un destin tragique inhérent au genre. Ce n’est évidemment pas un hasard si le couple principal termine une soirée tendre et intime en regardant L’Ultime Razzia, avec cet ultime plan superbement définitif sur les portes d’aéroport qui se referment.

La tragédie est au bout du chemin. Nicole Garcia n’en fait pas un mystère. Pourtant, on retrouve dans Amants la même immense empathie pour les personnages, tous les personnages, que dans tous ses films. Et la même attention infinie dans la manière de les filmer. Pas besoin d’être acteur pour comprendre qu’être filmé par elle ressemble à une sorte d’aboutissement. Film après film, le même constat revient d’ailleurs : untel n’a peut-être jamais été aussi bien qu’ici. Spécialement les hommes.

Pierre Niney et Benoît Magimel entrent ainsi dans le beau club déjà occupé par le Gérard Lanvin du Fils Préféré ou le Jean Dujardin d’Un balcon sur la mer. C’est dire. Ils sont tous les deux formidables, mis à nus (littéralement) avec une délicatesse infinie, une classe folle, et même une vraie tendresse. Le personnage de Niney a un côté petit con ? Celui de Magimel a l’arrogance des hommes trop riches ? Oui, et Nicole Garcia les met en scène sans jamais les magnifier. Sans jamais leur enlever leur profonde humanité, non plus.

Entre eux, Stacy Martin est une révélation (pour moi en tout cas, qui étais totalement passé à côté jusqu’à présent), elle aussi superbe dans le rôle d’une jeune femme arrachée trop brutalement à ses rêves d’enfant, ou un peu trop dépendante c’est selon. La scène des retrouvailles avec Pierre Niney, tout en bravades et en cynisme feint, est l’une des plus belles du cinéma de Nicole Garcia. L’un de ces moments magiques où l’émotion éclate sans qu’on l’ait vraiment vu venir.

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