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Archive pour la catégorie '* Polars/noirs France'

Trois jours et une vie – de Nicolas Boukhrief – 2019

Posté : 27 novembre, 2019 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 2010-2019, BOUKHRIEF Nicolas | Pas de commentaires »

Trois jours et une vie

Cinéaste décidément très porté sur la légèreté, Nicolas Boukhrief signe un film de commande pour une fois : l’adaptation (par lui-même) d’un roman de Pierre Lemaître, en vogue depuis Au-revoir là-haut, qui raconte l’histoire d’une culpabilité, celle d’un gamin qui grandit en gardant pour lui un terrible secret. Le fils du voisin, qui a un jour disparu sans laisser de traces, c’est lui qui l’a tué par accident…

Plombant ? Dans sa première partie, oui, le film l’est terriblement. Parce qu’il narre dans le détail les événements qui ont conduit au drame, et ce secret insupportable dans lequel le gamin s’enferme. Mais ça, ce n’est que la première partie. Après un incroyable rebondissement, quasi-divin, c’est autre chose qui commence. Moins plombant, mais tout aussi lourd. C’est alors du poids du secret qu’il est question.

C’est, d’une certaine manière, un film sur la culpabilité. Mais pas tout à fait, en même temps. Bien sûr, elle est présente cette culpabilité, implacable et radicale. Pourtant, imperceptiblement, Boukhrief et Lemaître glissent vers autre chose de plus lancinant, et de finalement moins noble : les effets que procure ce secret pas si bien gardé, cette hypocrisie qui s’organise et dont personne ne sort gagnant.

Nicolas Boukhrief a un savoir-faire indéniable, et le don pour créer des atmosphères pesantes. Il est ici en terrain conquis. Presque trop, même, dans la première partie, dérangeante mais attendue. Evidemment, c’est plombant, et c’est bouleversant, parce que la victime et le tueur sont deux gamins particulièrement mignons et attachants, qui ne méritent pas leur sort. Mais le drame annoncé l’est tellement (annoncé) que rien ne vient vraiment nous surprendre.

La surprise de cette tempête qui vient tout effacer n’en est que plus grande. Dérangeante, même, pour le coup, tant elle est mise en scène comme l’intervention de quelque chose de plus grand, un véritable miracle. On se dit d’abord que c’est du grand n’importe quoi, et puis cet épisode a le mérite d’éveiller un intérêt tout neuf, et d’ouvrir vers une seconde partie nettement moins attendue, plus complexe, plus riche, et plus passionnante.

De la pure tragédie, le film passe alors à l’étude plus trouble d’une communauté rongée par ce secret. Avec douleur, mais aussi avec cynisme, comme le confirme l’un des derniers plans, regard perdu sur une assiette. Ce n’est décidément plus de culpabilité qu’il s’agit, mais des rêves envolés, et de la prison dans laquelle enferme le secret.

C’est porté par d’excellents acteurs (Gamblin, Bonnaire, Torreton, et Pablo Pauly dans le rôle principal), et ça vous trotte dans la tête bien longtemps après la projection. Fort, et dérangeant.

Les Liens du sang – de Jacques Maillot – 2008

Posté : 9 juillet, 2019 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 2000-2009, MAILLOT Jacques | Pas de commentaires »

Les Liens du sang

Lyon, 1979. Un frère flic, un autre qui sort de prison, des rapports compliqués… Une histoire vieille comme le polar, vieille comme le cinéma, vieille comme la fiction en fait, dont Jacques Maillot tire un polar à l’ancienne. L’intrigue se déroule dans la France de Giscard ? Le film aurait pu être tourné dans cette France-là, tant l’esthétique renvoie à cette période.

Ce qui surprend d’ailleurs dès les premières séquences, c’est la froideur des images, et le faux rythme qui lui aussi renvoie clairement aux polars des années 70. Déroutant, même : il faut quelques minutes pour entrer dans l’histoire, pour trouver sa place dans cette intrigue d’un autre temps, si ouvertement daté. Surtout que Jacques Maillot semble tout faire pour éviter un rythme trop facile, terminant chaque scène par un fondu noir qui s’apparente à une pause. A moins que, plus simplement, il ne sache pas enchaîner des scènes…

Il faut du temps pour y rentrer, donc, mais ça vient. Peu à peu, il y a une vérité inattendue qui se dégage de cette histoire (inspirée d’une histoire vraie, mais ce n’est pas la question), et de ces rapports si ambigus entre les deux frères, qui n’arrivent jamais à se parler vraiment en se regardant dans les yeux.

Guillaume Canet est d’une justesse parfaite, formidable en petit frère au regard un peu paumé. François Cluzet paraît moins juste, plus caricatural. Pourtant, ce qui semblait être une forme de cabotinage révèle au fil du film le mal-être d’un homme pas bien dans sa peau, pas à l’aise avec ses sentiments. Et c’est beau, finalement.

Et le film l’est aussi dans sa manière de confronter des hommes et des femmes à la brutale réalité. Qu’ils soient flics ou truands, tous sont ramenés d’une manière ou d’une autre à leur simple situation de mortels, souvent dans des brusques accès de violence froide, particulièrement percutants.

Inégal, mais intense, le film aura droit à un remake américain : Blood Ties, réalisé par Guillaume Canet lui-même.

Elle – de Paul Verhoeven – 2016

Posté : 22 juin, 2019 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 2010-2019, VERHOEVEN Paul | Pas de commentaires »

Elle

Verhoeven a retrouvé une fraîcheur et une liberté renouvelées depuis qu’il a quitté Hollywood. Qu’importe si cet exil d’exilé n’est pas voulu, qu’importe s’il tourne ici parce qu’il n’arrive plus à financer ses films là-bas : que ce soit aux Pays-Bas avec l’épique Black Book, ou en France avec ce Elle, Paul Verhoeven renoue avec ses thèmes de prédilection, et signe des films qui portent clairement sa marque, tout en renouvelant son cinéma.

Peut-être est-ce la langue française, ou les décors si familiers, ou les acteurs tellement français… Elle semble marquer une sorte de nouveau départ pour le cinéaste : un cinéma peut-être plus ouvertement ancré dans la réalité, débarrassé des fards hollywoodiens, ou d’une technique trop léchée. Un cinéma épidermique qui va bien aux obsessions de Verhoeven.

Parce que de ce côté-là, rien n’a changé. Verhoeven reste fasciné par le mariage du sexe et de la violence, et par un rapport trouble au désir et à la mort. C’est le cœur même du film, avec cette femme bourgeoise victime d’un viol, qui a de bonnes raisons de ne pas en parler à la police, et qui finira par entretenir une étrange relation avec son violeur.

Sur le papier, on n’est pas si loin de Basic Instinct au fond. Mais Isabelle Huppert est à peu près l’inverse de Sharon Stone. Tout aussi troublante, tout aussi mystérieuse. Mais l’apparente froideur (qui cache de véritables braises) d’Huppert change tout. Verhoeven a dit qu’aucune actrice américaine n’aurait accepté de jouer ce rôle. Mais à vrai dire, aucune actrice américaine, et aucune autre actrice tout court, n’aurait apporté ce qu’Huppert apporte.

Touchante et odieuse, froide et incandescante, fragile et forte à la fois, elle malmène et séduit son entourage en semant le trouble. Et pourtant, elle exerce une véritable fascination : sur son ex-mari (Charles Berling), sur son voisin (Laurent Laffitte), sur sa meilleure amie (Anne Consigny)… et sur le spectateur surtout, constamment pris à contre-pied, bousculé, dérangé, et finalement emporté par cette femme au passé si lourd.

Verhoeven, jeune cinéaste français de 77 ans ? L’expérience lui a sans doute plu, puisqu’il a enchaîné avec Benedetta, pour lequel il offre le rôle principal à Virgine Effira, actrice emballante qui se contente d’un petit (et beau) rôle dans Elle. Vivement.

Du rififi chez les hommes – de Jules Dassin – 1955

Posté : 30 mai, 2019 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1950-1959, DASSIN Jules | Pas de commentaires »

Du Rififi chez les hommes

Jules Dassin est sans doute un phénomène unique dans l’histoire du film noir : le seul réalisateur à avoir imprégné aussi profondément le genre aux Etats-Unis, en Angleterre et en France. Exilé d’Hollywood durant la chasse aux Sorcières, Dassin a d’abord signé Les Forbans de la Nuit à Londres, puis ce Rififi… à Paris. Avec le même regard sans concession, le même talent pour filmer la ville avec l’intimité et l’acuité de ceux qui l’ont toujours connue (comme le New York de La Cité sans voiles).

Dassin était au sommet avant de quitter l’Amérique. Il l’est resté en Europe, comme le confirme donc cette adaptation (par lui-même) d’un roman d’Auguste Le Breton. Un modèle de construction, ce film, mais aussi un modèle de mise en scène, qui doit plus au film noir hollywoodien qu’au polar à la française. Il suffit qu’il apparaisse à l’écran pour qu’on comprenne que le personnage principal, joué par Jean Servais, est condamné par le destin.

Magnifique personnage de truand au bout du rouleau, malade, fatigué, le regard tombant. Servais est formidable dans ce rôle, qu’il n’embellit jamais. Tony, alias « le Stéphanois », a peut-être une réputation de caïd, et affirme son attachement à une certaine éthique du crime. Mais c’est pathétique qu’on le découvre, viré d’une table de poker parce qu’il n’avait plus d’argent à aligner. C’est froid qu’on le voit battre son ancienne compagne à coup de ceintures. L’honneur du truand a ses codes.

Le film est formidable dans sa manière de s’acheminer inéluctablement vers le drame. Avec une intensité constante, et quelques éclats de génie, comme cette incroyable séquence de cambriolage, long cœur du film totalement dépourvu de parole. Ou cette envoûtante respiration : la fameuse chanson Le Rififi, par Magali Noël, génialement mise en scène. La musique est d’ailleurs très importante dans le film, tantôt off, tantôt intégrée dans l’action, toujours au service de ce mouvement tragique.

Sombre, violent, et âpre, avec ses gangsters sans honneur (et un Robert Hossein tout jeune, étonnant en brute accro à la drogue), Du Rififi chez les hommes évoque aussi cette perte d’honneur du milieu. Grand film noir, qui reste aujourd’hui encore l’un des modèles indépassables du genre en France.

La Tête d’un homme – de Julien Duvivier – 1933

Posté : 20 mai, 2019 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, DUVIVIER Julien, Maigret | Pas de commentaires »

La Tête d'un homme

« Et la nuit m’envahit… Tout est brumeux, tout est gris… » C’est Julien Duvivier lui-même qui a écrit les paroles de cette complainte envoûtante, que chante Damia, et qui scande cette adaptation d’un Maigret, créant d’emblée une atmosphère digne de celle de Simenon.

Ce n’est pas la moindre qualité de cette adaptation merveilleuse, qui surclasse encore les deux premiers Maigret au cinéma, sortis l’année précédente (La Nuit du carrefour et Le Chien jaune). Chez Duvivier, comme chez Simenon, l’intrigue elle-même est un prétexte pour saisir la réalité de personnages hantés par leurs démons. Pas de faux suspense d’ailleurs ici : Duvivier l’évacue rapidement en exposant tous les éléments de l’intrigue, ou presque, dès la première séquence.

Film d’atmosphère, film de personnages, La Tête d’un homme bénéficie de la présence d’Harry Baur, qui livre une superbe incarnation de Maigret, personnage décidément bien servi au cinéma. C’est aussi l’œuvre d’un grand cinéaste qui signe un pur film de mise en scène. De la scène du « cambriolage » à la séquence finale où la folie du personnage d’Inkijinoff éclate, le film regorge d’images d’une grande force visuelle.

Une scène, qui semble plus anodine, souligne bien l’ambition esthétique de Duvivier : celle du policier filmé en plan fixe sur un changeant, ses interlocuteurs et les décor en fond se succédant. Procédé rarement utilisé, qui donne une grande fluidité à ce passage qui aurait si facilement pu être conventionnel.

La Tête d’un homme, c’est aussi un grand film sur la violence de la société, violence physique et morale, avec des visions crues de la prostitution, du sexe et de la folie des hommes. De la solitude aussi, omniprésente. Celle de Radek bien sûr (Inkijinoff), mais aussi celle de ce couple sans amour, et celle du faux coupable, méchant tout désigné avec ses mains immenses, rejeté par tous, même par ses parents. Un grand film cruel.

La Vérité sur Bébé Donge – d’Henri Decoin – 1952

Posté : 18 mai, 2019 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1950-1959, DECOIN Henri, GABIN Jean | Pas de commentaires »

La Vérité sur Bébé Donge

Le ton, la construction, les personnages, les dialogues, l’interprétation… Le film est d’une modernité hallucinante, et suffit à démontrer à quel point le jugement des jeunes loups de la Nouvelle Vague était excessif, voire absurde, sur leurs aînés. Certes, Henri Decoin n’a pas fait que des chefs d’œuvre, mais celui-ci en est un. Et Gabin, qui a parfois eu une tendance à la facilité, est ici magnifique, tout en retenue, en pudeur et en douleur. Raide dingue de Danielle Darrieux, et on le comprend, qui souffle le chaud (brûlant) et le froid (glacial).

C’est un film d’une étonnante modernité, dont le personnage principal est un homme d’un autre temps, figure du mâle dominant à l’ancienne, qui ne voit pas le mal de coucher à gauche et à droite ou de gifler sa femme. Faut bien que ça rentre dans sa caboche… Un type d’un autre temps, donc, marié à une femme également d’un autre temps, sans doute trop en avance dans cette société patriarcale implacable. Une jeune femme romantique et libre, détruite par cet homme (et cette société) psychologiquement si brutal.

D’une puissance folle sur le fond, La Vérité sur Bébé Donge est aussi un film magnifique dans sa forme, avec ses flash-backs audacieux, ce refus de la grandiloquence, cette caméra qui sait être virtuose (passant d’un personnage à l’autre, d’une conversation à l’autre, avec une extraordinaire fluidité lors d’une belle scène de réception), ces dialogues dits par des acteurs qui annoncent très paradoxalement ceux de la Nouvelle Vague dans leur manière de scander les mots.

Gabin est formidable parce qu’il ose jouer un homme qui ressemble à tous ses personnages de l’époque, mais qui au fond est odieux. Et Danielle Darrieux est sublime parce qu’elle sait être pleine de vie, puis livide, comme morte. Avec cette adaptation de Simenon, Decoin prouve une bonne fois pour toute que les jeunes loups des Cahiers ont un peu vite sacrifié tout un pan du cinéma français, qui recèle quelques perles brutes.

Le Trou – de Jacques Becker – 1960

Posté : 18 avril, 2019 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1960-1969, BECKER Jacques | Pas de commentaires »

Le Trou

Dans la famille des grands cinéastes qui terminent leur carrière sur un chef d’œuvre, je demande Jacques Becker, cinéaste passionnant qui rompt, pour son ultime film (il mourra prématurément avant sa sortie), avec à peu près tout ce qu’il a fait auparavant, et avec à peu près tout ce que le genre du film d’évasion nous a habitués à voir…

Il s’agit bien d’un film d’évasion, inspiré d’ailleurs d’une histoire vraie : celle d’une poignée de prisonniers de la Santé parmi lesquels José Giovanni (qui en a tiré un livre, puis le scénario du Trou) et Roland Barbat. Ce dernier tient son propre rôle dans le film de Becker, apparaissant au générique sous le pseudonyme de Jean Keraudy. Une expérience d’acteur unique pour lui, mais dont il se sort avec une remarquable intensité.

Les acteurs sont d’ailleurs tous des débutants. Un choix revendiqué par Jacques Becker, qui voulait donner à son film un aspect très brut. Avec Le Trou, Becker ne signe pas pour autant un semi-documentaire : son film est très construit, avec un suspens souvent très tendu, et une dramatisation des rapports humains. Un vrai film de fiction, donc. Mais la forme frappe par sa radicalité.

Le plus marquant, ce sont ces interminables plans sur les détenus mangeant en silence, ou répétant inlassablement les mêmes gestes quotidiens. La répétition des gestes, des situations, des mots même : Becker souligne ainsi avec audace le poids du temps, cet ultime luxe dont disposent les prisonniers qui préparent leur évasion.

Combien de temps dure ce plan fixe qui cadre les mains des détenus burinant longuement (et bruyamment) le sol de leur cellule pour percer le béton et commencer leur tunnel ? De longues, très longues minutes, où la caméra ne montre rien d’autre que ces coups répétés, filmés en gros plans fixe. Et ces minutes sont d’une force dramatique hallucinante : il y a de la rage, de la volonté, de la peur, de la sueur… dans ces images.

Sans fard, sans artifice, Becker filme ces moments interminables. Et c’est l’humanité de ses personnages qui apparaît miraculeusement. D’un scénario on ne peut plus classique d’évasion, Jacques Becker signe un film immense, radical et passionnant. Un authentique chef d’œuvre.

Daïnah la métisse – de Jean Grémillon – 1932

Posté : 6 avril, 2019 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, GRÉMILLON Jean | Pas de commentaires »

Daïnah la métisse

Sur un bateau de croisière au milieu du Pacifique, une jeune femme, métisse à la beauté insolente, s’amuse de l’effet qu’elle produit sur les hommes. « Le plus important, c’est l’amour » lui répètent-ils. « La seule chose qui compte, c’est d’être désirée », rétorque-t-elle.

Un soir, elle rencontre l’un des mécaniciens du bateau, rencontre inattendue entre cette femme du monde belle et moderne, désirée par tous, et ce rustaud sans manière. Rencontre dont on pressent vite qu’elle va mener au drame.

Ce petit film de jeunesse de Jean Grémillon (48 minutes, pas plus) est déjà une grande réussite, troublante et passionnante. L’atmosphère doit beaucoup au fait que le bateau est au milieu de l’océan, dans une sorte d’entre-deux, loin de toute terre.

Et c’est comme si la loi et les règles morales de la société de la société ne s’appliquaient plus, comme si tous se déshumanisaient. A l’image de cet envoûtant et très macabre bal des masques, au milieu duquel Daïnah (Laurence Clavius) semble perdue, oppressée, et qui la pousse vers ce destin tragique qui prend la forme du mécanicien, joué par Charles Vanel, parfait comme toujours.

On est marqué aussi par la froideur des personnages, cette manière si détachée d’affronter les crises, ou d’accueillir le pire des drames. Le personnage du mari surtout (Habib Benglia), magicien taiseux et grand lecteur, est particulièrement intriguant. Le fait qu’il soit noir (comme le titre du film d’ailleurs) n’est pas anecdotique : sa couleur de peau en fait la cible de tous les cancans de cette micro-bonne société improvisée. « Magie noire », « mari cruel »… Les rumeurs vont bon train.

La dernière image de ce film beau et angoissant vient balayer doutes et rumeurs d’un revers cinglant. Et fait éclater l’émotion qui, jusqu’à présent, était étrangement tenue à distance.

Poulet au vinaigre – de Claude Chabrol – 1985

Posté : 31 janvier, 2019 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1980-1989, CHABROL Claude | Pas de commentaires »

Poulet au vinaigre

« Ecoute ta mère : touche pas à ça, c’est une lève-tard ! » Stéphane Audran, en invalide victime des bourgeois d’une ville de province, ne serait-elle pas plus odieuse encore que lesdits bourgeois, dans cette nouvelle charge très chabralienne, qui valut à son cinéaste l’un de ses plus grands succès populaires ?

A vrai dire, il n’y a pas grand-monde à sauver, dans cette bourgade de Seine-Maritime où les petits secrets bien pourris ne sont l’exclusivité de personne. En vrac : un notaire hautain (Michel Bouquet, qui d’autre…), un médecin malsain et un garagiste au sang chaud associés pour virer à tout prix l’invalide en question de chez elle ; le fils de ladite, postier qui épie les premiers et ouvre leurs lettres (Lucas Belvaux) ; sa collègue un rien nymphomane, qui pique dans la caisse (Bernadette Laffonf) ; et bien sûr le flic le plus célèbre du cinéma de Chabrol, l’inspecteur Lavardin, arrogant et violent, pas à un dérapage près.

Dans le rôle, Jean Poiret fait preuve d’une antipathie gourmande, dans une interprétation réjouissante qui fait beaucoup pour le charme du film. Surtout que la présence de ce personnage très fort est loin d’étouffer le reste : il n’apparaît que très tardivement, et ne revient que de loin en loin, comme le sparadrap de Dupont dont ce microcosme à l’équilibre vacillant n’arriverait pas à se débarrasser.

Tellement peu présent que Chabrol (et ses producteurs) en ressentira une sorte de frustration, enchaînant l’année suivante avec un Inspecteur Lavardin qui annoncera d’emblée l’ambition, et avec une éphémère série éponyme.
C’est d’ailleurs une nouveauté dans le cinéma de Chabrol : l’intérêt du film repose avant tout sur ce flic intarissable sur les œufs au plat du matin, et sur les petites gens, eux-mêmes victimes de la férocité du cinéaste. Des personnages atypiques que l’on retrouve dans un univers, lui, bien familier. Du Chabrol dans le texte, où les bourgeois sont très exactement comme on les attend.

L’Empereur de Paris – de Jean-François Richet – 2018

Posté : 16 janvier, 2019 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 2010-2019, RICHET Jean-François | Pas de commentaires »

L'Empereur de Paris

Il a de la gueule, Vincent Cassel. De la gueule, une présence indéniable, et une capacité pas si commune à se glisser naturellement dans des époques différentes. Le voilà donc en bagnard évadé qui devient chef d’une police alternative dans le Paris napoléonien. En Vidocq, donc, reprenant des frusques portées par des tas d’acteurs avant lui (depuis Harry Baur dans les années 1900, d’après Wikipédia) et salement chiffonnées par Depardieu dans le machin de Pitof (quelqu’un a des nouvelles ?).

Alors forcément, au grand jeu des comparaisons, Cassel sort vainqueur par KO, terrassant les interprétations télévisuelles bien lisses des années 60, ou même l’interprétation toute en suavité de George Sanders (dans l’excellent Scandale à Paris). Pas que le film de Richet soit meilleur que celui de Douglas Sirk, non. Mais il prend le parti d’un certain réalisme, à la fois dans le soin apporté à la reconstitution historique (merci aux effets spéciaux, très réussis) et dans le rapport à la violence.

C’est donc un film brut qui sent le parfum de la rue, que nous offrent Richet et Cassel, dix ans après Mesrine. Une grosse production comme le cinéma français n’ose en faire que très rarement. On peut faire la fine bouche, souligner la paresse d’un scénario qui accumule tous les poncifs et tous les rebondissements faciles (on devine dès leur première apparition qui va mourir et qui va survivre, et presque comment), et on n’aurait pas tort de le faire.

OK, on sait d’emblée que Vidocq ferait mieux de laisser l’autre bagnard se noyer. On sait qu’il ferait mieux de ne pas y aller, à ce rendez-vous tout foireux. On sait aussi que sa croisade finira dans un bain de sang, comme dans Les Incorruptibles de De Palma auquel Richet semble régulièrement se rapprocher. Strictement zéro surprise, donc.

Pourtant, l’ambition de la reconstitution, l’ampleur de la mise en scène, et surtout l’interprétation, procurent un plaisir rare dans un cinéma populaire rarement aussi ample. Le regard sombre, les poings serrés, Cassel a la carrure des grandes stars. A ses côtés, de Chesnais à Lucchini en passant par Thierrée et Menochet, les seconds rôles ne sont pas oubliés. Les femmes, quand même, sont pauvrement traitées : Olga Kurylenko et Freya Mavor (cette dernière a quand même droit à une belle séquence de suspense) sont largement cantonnées à un affrontement de charmes. Fort agréable au demeurant, mais franchement vain.

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