Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Archive pour la catégorie '* Polars/noirs France'

Le Dernier Tournant – de Pierre Chenal – 1939

Posté : 26 mars, 2020 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, CHENAL Pierre | Pas de commentaires »

Le dernier tournant

Sept ans avant le chef d’œuvre de Tay Garnet, quatre ans avant le Ossessione de Visconti, c’est Pierre Chenal, en France, qui réalise la première adaptation de The Postman always rings twice, le roman noir de James M. Cain. Difficile de ne pas comparer, tant le classique américain est un sommet du film noir, sorte de mètre-étalon d’un genre dont il fixe les grandes figures : la (fausse) femme fatale, l’anti-héros condamné d’avance, la force du destin…

Garnet signera un grand film autour d’un couple aussi improbable que mythique formé par Lana Turner et John Garfield. Pierre Chenal la joue moins frontalement pour filmer la tension sexuelle entre ses personnages, mais son approche n’est pas moins passionnante. Il y a, dans ce film, beaucoup plus de non-dits et d’ellipses. Certaines sont d’ailleurs particulièrement fortes, laissant la place à une imagination qui s’emballe : ce fondu au noir qui suit le premier baiser à peine esquissé, et le tutoiement si éloquent qui suit dans le plan suivant.

Toutes les ellipses n’ont cependant pas cette puissance évocatrice, et beaucoup donnent simplement l’impression que Chenal s’est contenté de filmer les scènes importantes de l’histoire, sans trop savoir comment tisser un lien entre elles. Les personnages manquent ainsi parfois de cohérence, et le film d’un vrai mouvement qui aurait accompagné le destin mortifère du couple d’anti-héros.

Certaines scènes, aussi, tombent un peu comme un cheveu dans la soupe : le personnage du cousin joué par l’excellent Le Vigan sort de nulle part pour y retourner aussi sec. Et la scène de bagarre à laquelle il est mêlé à beau être fort joliment filmée, elle s’inscrit à peine dans le drame qui se noue.

Chenal se contente d’enchaîner les séquences ? La plupart du temps, oui, mais il les réussit à peu près toutes, créant dans chacun de ces épisodes successifs de vraies et belles atmosphères du cinéma, jouant avec les ombres qui semblent préfigurer les barreaux d’une prison, renforçant le sentiment d’étouffement de Cora et Franck, le couple maudit.

Corinne Luchaire et Fernand Gravey sont formidables en amants dont on ne saurait dire s’ils sont machiavéliques ou simplement tragiques. Terriblement émouvants en tout cas, comme leur victime Michel Simon, à la fois pathétique, tendre et monstrueux. Cette fragilité, cette naïveté qu’il affiche, son attachement à son nouveau « copain », et cette absence totale d’empathie pour cette femme qu’il a pu « acheter pour (ses) vieux jours.

Le film excelle à souligner les contradictions de ces personnages, touchants, attachants et indéfendables. Un vrai film noir américain, mais français. James Cain est décidément bien servi.

Les Tontons flingueurs – de Georges Lautner – 1963

Posté : 9 mars, 2020 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1960-1969, LAUTNER Georges | Pas de commentaires »

Les Tontons flingueurs

On a à peu près tout dit sur ce Lautner là. Qu’il fait partie pour toujours des films cultes du cinéma français, que les dialogues d’Audiard sont inoubliables, que les acteurs atteignent des sommets, mais aussi que c’est du bon vieux cinéma de papa. Tout ça est vrai.

Du cinéma de papa, donc, parce que même si le rythme est plutôt plus soutenu que dans mon souvenir, la mise en scène de Lautner reste tout de même très fonctionnelle. Et les scènes « d’action », sans être ennuyeuses, n’ont pas un grand intérêt.
L’intrigue non plus d’ailleurs, n’a pas d’intérêt. Franchement, qui se soucie de qui est le traître ? Qui s’intéresse vraiment à l’histoire d’amour entre Patricia et son précieux prétendant ? Et qui se pose la question de l’avenir de Fernand ? Va-t-il s’installer à Paris ou retrouver son entreprise pépère à Montauban ?

On s’en fiche royalement, parce que les personnages n’existent pas. Ni Fernand, ni Raoul, ni le notaire, ni les autres… La seule chose qui existe, ce sont les acteurs, et le plaisir énorme qu’ils prennent à dire les dialogues d’Audiard. Ventura, Blier, Blanche, Dalban, Rich… Même Jean Lefebvre est assez génial avec cette gueule d’ahuri constamment surpris de voir son frère (Blier) s’en prendre plein la tronche (« en pleine paix ! »).

Un sommet bien sûr : la beuverie mémorable dans la cuisine autour du paquet de « grisby », avec les cinq acteurs principaux qui vident des bouteilles de tords-boyaux, « du costaud » avec « un goût de pomme ». Et l’air outré de Lino Ventura et Francis Blanche lorsque Patricia (Sabine Sinjen) les accuse d’être complètement saouls : « On a rien bu… » assure le premier. « Du jus de pomme », s’insurge le second.

Un film ? A peine : un écrin royal pour des dialogues et des comédiens réjouissants.

Jenny – de Marcel Carné – 1936

Posté : 29 février, 2020 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, CARNÉ Marcel | Pas de commentaires »

Jenny

Premier long métrage de Carné, tourné juste avant l’ère des grands classiques, Jenny est un film nettement moins célèbre que Drôle de drame ou Le Jour se lève dans la longue collaboration entre Carné et Jacques Prévert. L’heure n’est pas encore au fameux réalisme poétique qui atteindra des sommets avec Hôtel du Nord, mais à un réalisme plus cru, avec moins de fards…

Jenny, qui donne son titre au film, c’est la grande Françoise Rosay. Ou plutôt la femme qu’elle est à la nuit tombée, lorsque la mère de famille digne et vieillissante qu’elle est devient la patronne d’un club très libertin, où les jolies jeunes femmes ne demandent qu’à être très gentilles avec les riches clients prêts à sortir leurs portefeuilles.

Quand sa fille revient d’Angleterre, où elle a vécu depuis l’adolescence, elle lui cache son vrai métier. Pour la jeune Danièle (Lisette Lanvin), sa mère est une bourgeoise bien comme il faut… Jusqu’au jour où elle découvre la vérité, et rencontre Lucien (Albert Préjean), sorte de gigolo qui vit de la générosité de sa mère…

Jenny s’annonce comme un drame amoureux qui va opposer mère et fille. Mais le film se révèle vite plus subtil que ça. Et c’est une série de portraits de personnages trop seuls que Carné filme. Tout est simple, semble-t-il, dans cet univers où il suffit de payer pour avoir des amis, une maîtresse, un amant… Mais personne n’est vraiment dupe : ni Charles Vanel, petit caïd qui brandit son pouvoir mais se consume d’amour pour Françoise Rosay ; ni Jean-Louis Barrault, qui s’invente un chien imaginaire parce qu’au fond, personne ne s’intéresse au bossu qu’il est ; ni Albert Préjean, gigolo repenti…

Au fond, seul le milliardaire joué par Le Vigan prend son argent vraiment au sérieux. Une posture qui, d’ailleurs, le coupe totalement du monde et de la réalité.

Superbe interprétation, musique très présente mais prenante de Joseph Kosma, et quelques beaux moments qui annoncent les chefs d’œuvre à venir : les amoureux qui regardent la brume sur le canal, ou cette dernière image de Françoise Rosay, seule dans le brouillard, déchirante.

Monsieur la Souris – de Georges Lacombe – 1942

Posté : 27 février, 2020 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1940-1949, LACOMBE Georges | Pas de commentaires »

Monsieur la souris

Après le succès des Inconnus dans la maison, Raimu retrouve l’univers de Simenon, dans un film moins noir et moins intense (le premier était né de la collaboration de Decoin à la mise en scène et Clouzot au scénario, quand même), mais franchement réjouissant.

Le film de Lacombe atténue beaucoup la noirceur de Simenon, pour se concentrer sur l’intrigue policière, très prenante, et sur la prestation gourmande de Raimu. Dans le rôle d’un clochard à l’élégance très chaplinesque, témoin malgré lui d’un crime mystérieux, il en fait des tonnes, Raimu, mais avec cette humanité si entière, si forte, si émouvante qu’il sait incarner mieux que quiconque dans l’excès.

Alors oui, il cabotine, comme en roue libre. Du Raimu dans le texte, tel qu’on se l’imagine. Pourtant, ce personnage-là ne ressemble pas aux autres. Par sa manière de fermer son parapluie, par sa persévérance à garder le vouvoiement avec son compagnon d’infortune (Aimos, génial dans le rôle de Cupidon, l’autre clochard), par son élégance miteuse, Raimu incarne merveilleusement l’homme déchu mais toujours digne. Il y a dans sa prestation une nostalgie déchirante.

L’intrigue elle-même est efficace, mais pas renversante, basée sur des hasards et des raccourcis énormes. Qu’importe. Le plaisir repose sur les dialogues (signés Marcel Achard) et les personnages, moins caricaturaux qu’on pourrait le croire à première vue.

Un exemple : l’inspecteur de police Lognon, franchouillard et antipathique incarné par René Bergeron, dont la mesquinerie laisse peu à peu place à un sourire amusé et tendre. A l’image de ce chouette film méconnu.

Coeur de Lilas – d’Anatole Litvak – 1932

Posté : 18 février, 2020 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, GABIN Jean, LITVAK Anatole | Pas de commentaires »

Cœur de Lilas

Dès la première scène, on perçoit dans ce film une ambition inhabituelle, et une approche singulière. Tout commence par un long plan qui part d’une colonne de soldats en marche pour s’attacher en route aux jeux d’enfants dans les terrains vagues de la banlieue parisienne, et qui nous amènent tardivement vers un cadavre jeté là…

Après ce début magistral, on n’est pas encore dans le vif du sujet. Suit une longue séquence d’enquête et d’interrogatoire, qui nous mènera à son tour sur les lieux principaux du film, et avec les personnages principaux qui, enfin, entrent en scène. Et quelle entrée en scène !

Ces lieux, on les découvre par de superbes travellings, et un plan en plongée qui dévoile ce quartier crasseux que Fréhel présente avec l’une de ses chansons « réalistes » qui ont fait sa réputation. Les chansons, d’ailleurs, jouent un rôle primordial dans ce film.

On n’est pas dans la comédie musicale, mais à trois reprises, des chansons viennent ponctuer le film. Jamais gratuitement : toujours pour créer le malaise, illustrer les sentiments, ou relancer le suspense. Il y a ainsi cette joyeuse chanson de mariage menée par Fernandel (dans une courte apparition) qui déclenche l’hilarité des convives et sème le trouble chez les jeunes mariés, illustrant par la même occasion la romance contrariée des personnages principaux.

Il y a aussi le fameux « La Môme Caoutchouc », chanson plutôt rigolote que Jean Gabin transforme en menace pesante et impressionnante. Jean Gabin, alors débutant, mais déjà extraordinaire dans le rôle secondaire du mauvais garçon, qui dévore l’écran face à André Luguet, pourtant excellent dans le rôle du flic infiltré dans les bas quartiers pour confondre celle qu’il croit responsable du meurtre.

Elle, c’est la Lilas, que joue Marcelle Romée, actrice au destin tragique (elle mourra cette même année 1932) dont on est incapable de dire si la détresse abyssale de son personnage révèle une actrice exceptionnelle ou une femme abîmée par la vie. Ce personnage dont le premier réflexe après avoir été secourue par André Luguet est de se déshabiller pour s’offrir à son défenseur, sans un mot et résignée…

Il y a dans Cœur de Lilas une audace rare, qui garde 90 ans toute sa puissance. Et si le film reste aussi passionnant, c’est aussi grâce à la mise en scène d’Anatole Litvak, d’une virtuosité et d’un dynamisme tout simplement exceptionnels. Une bagarre incroyable entre Luguet et Gabin dont on ne voit que des ombres et les regards des témoins. Des travellings au plus près de visages qui se tancent du regard. La course désespérée de Lilas et ces visages déformés en surimpression…

Le film est plein de ces moments inoubliables d’une force sidérante. Avec aussi quelques moments d’une beauté simple et poétique : ces allers-retours en bus d’un terminus à l’autre, comme une parenthèse pour deux êtres dont on sait qu’ils n’ont pas d’avenir commun ; le petit matin aux halles, plein de vie et d’espoir… Parenthèse hors du temps dans un film aussi virtuose qu’ancré dans la réalité, avec ces plongées dans la rue qui dévoilent la foule qui se sauve devant une descente de flics, et les prostituées au travail.

La force et la beauté du film sont peut-être le mieux résumés lors de la noce, dans ce douloureux face-à-face entre Marcelle Romée et André Luguet, séparés par la chenille enfiévrée des invités du mariage, et dont tout ce qu’ils auraient à se dire ne passe plus que par les regards. Cœur de Lilas est un film incroyable, exceptionnel et bouleversant.

Trois jours et une vie – de Nicolas Boukhrief – 2019

Posté : 27 novembre, 2019 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 2010-2019, BOUKHRIEF Nicolas | Pas de commentaires »

Trois jours et une vie

Cinéaste décidément très porté sur la légèreté, Nicolas Boukhrief signe un film de commande pour une fois : l’adaptation (par lui-même) d’un roman de Pierre Lemaître, en vogue depuis Au-revoir là-haut, qui raconte l’histoire d’une culpabilité, celle d’un gamin qui grandit en gardant pour lui un terrible secret. Le fils du voisin, qui a un jour disparu sans laisser de traces, c’est lui qui l’a tué par accident…

Plombant ? Dans sa première partie, oui, le film l’est terriblement. Parce qu’il narre dans le détail les événements qui ont conduit au drame, et ce secret insupportable dans lequel le gamin s’enferme. Mais ça, ce n’est que la première partie. Après un incroyable rebondissement, quasi-divin, c’est autre chose qui commence. Moins plombant, mais tout aussi lourd. C’est alors du poids du secret qu’il est question.

C’est, d’une certaine manière, un film sur la culpabilité. Mais pas tout à fait, en même temps. Bien sûr, elle est présente cette culpabilité, implacable et radicale. Pourtant, imperceptiblement, Boukhrief et Lemaître glissent vers autre chose de plus lancinant, et de finalement moins noble : les effets que procure ce secret pas si bien gardé, cette hypocrisie qui s’organise et dont personne ne sort gagnant.

Nicolas Boukhrief a un savoir-faire indéniable, et le don pour créer des atmosphères pesantes. Il est ici en terrain conquis. Presque trop, même, dans la première partie, dérangeante mais attendue. Evidemment, c’est plombant, et c’est bouleversant, parce que la victime et le tueur sont deux gamins particulièrement mignons et attachants, qui ne méritent pas leur sort. Mais le drame annoncé l’est tellement (annoncé) que rien ne vient vraiment nous surprendre.

La surprise de cette tempête qui vient tout effacer n’en est que plus grande. Dérangeante, même, pour le coup, tant elle est mise en scène comme l’intervention de quelque chose de plus grand, un véritable miracle. On se dit d’abord que c’est du grand n’importe quoi, et puis cet épisode a le mérite d’éveiller un intérêt tout neuf, et d’ouvrir vers une seconde partie nettement moins attendue, plus complexe, plus riche, et plus passionnante.

De la pure tragédie, le film passe alors à l’étude plus trouble d’une communauté rongée par ce secret. Avec douleur, mais aussi avec cynisme, comme le confirme l’un des derniers plans, regard perdu sur une assiette. Ce n’est décidément plus de culpabilité qu’il s’agit, mais des rêves envolés, et de la prison dans laquelle enferme le secret.

C’est porté par d’excellents acteurs (Gamblin, Bonnaire, Torreton, et Pablo Pauly dans le rôle principal), et ça vous trotte dans la tête bien longtemps après la projection. Fort, et dérangeant.

Les Liens du sang – de Jacques Maillot – 2008

Posté : 9 juillet, 2019 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 2000-2009, MAILLOT Jacques | Pas de commentaires »

Les Liens du sang

Lyon, 1979. Un frère flic, un autre qui sort de prison, des rapports compliqués… Une histoire vieille comme le polar, vieille comme le cinéma, vieille comme la fiction en fait, dont Jacques Maillot tire un polar à l’ancienne. L’intrigue se déroule dans la France de Giscard ? Le film aurait pu être tourné dans cette France-là, tant l’esthétique renvoie à cette période.

Ce qui surprend d’ailleurs dès les premières séquences, c’est la froideur des images, et le faux rythme qui lui aussi renvoie clairement aux polars des années 70. Déroutant, même : il faut quelques minutes pour entrer dans l’histoire, pour trouver sa place dans cette intrigue d’un autre temps, si ouvertement daté. Surtout que Jacques Maillot semble tout faire pour éviter un rythme trop facile, terminant chaque scène par un fondu noir qui s’apparente à une pause. A moins que, plus simplement, il ne sache pas enchaîner des scènes…

Il faut du temps pour y rentrer, donc, mais ça vient. Peu à peu, il y a une vérité inattendue qui se dégage de cette histoire (inspirée d’une histoire vraie, mais ce n’est pas la question), et de ces rapports si ambigus entre les deux frères, qui n’arrivent jamais à se parler vraiment en se regardant dans les yeux.

Guillaume Canet est d’une justesse parfaite, formidable en petit frère au regard un peu paumé. François Cluzet paraît moins juste, plus caricatural. Pourtant, ce qui semblait être une forme de cabotinage révèle au fil du film le mal-être d’un homme pas bien dans sa peau, pas à l’aise avec ses sentiments. Et c’est beau, finalement.

Et le film l’est aussi dans sa manière de confronter des hommes et des femmes à la brutale réalité. Qu’ils soient flics ou truands, tous sont ramenés d’une manière ou d’une autre à leur simple situation de mortels, souvent dans des brusques accès de violence froide, particulièrement percutants.

Inégal, mais intense, le film aura droit à un remake américain : Blood Ties, réalisé par Guillaume Canet lui-même.

Elle – de Paul Verhoeven – 2016

Posté : 22 juin, 2019 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 2010-2019, VERHOEVEN Paul | Pas de commentaires »

Elle

Verhoeven a retrouvé une fraîcheur et une liberté renouvelées depuis qu’il a quitté Hollywood. Qu’importe si cet exil d’exilé n’est pas voulu, qu’importe s’il tourne ici parce qu’il n’arrive plus à financer ses films là-bas : que ce soit aux Pays-Bas avec l’épique Black Book, ou en France avec ce Elle, Paul Verhoeven renoue avec ses thèmes de prédilection, et signe des films qui portent clairement sa marque, tout en renouvelant son cinéma.

Peut-être est-ce la langue française, ou les décors si familiers, ou les acteurs tellement français… Elle semble marquer une sorte de nouveau départ pour le cinéaste : un cinéma peut-être plus ouvertement ancré dans la réalité, débarrassé des fards hollywoodiens, ou d’une technique trop léchée. Un cinéma épidermique qui va bien aux obsessions de Verhoeven.

Parce que de ce côté-là, rien n’a changé. Verhoeven reste fasciné par le mariage du sexe et de la violence, et par un rapport trouble au désir et à la mort. C’est le cœur même du film, avec cette femme bourgeoise victime d’un viol, qui a de bonnes raisons de ne pas en parler à la police, et qui finira par entretenir une étrange relation avec son violeur.

Sur le papier, on n’est pas si loin de Basic Instinct au fond. Mais Isabelle Huppert est à peu près l’inverse de Sharon Stone. Tout aussi troublante, tout aussi mystérieuse. Mais l’apparente froideur (qui cache de véritables braises) d’Huppert change tout. Verhoeven a dit qu’aucune actrice américaine n’aurait accepté de jouer ce rôle. Mais à vrai dire, aucune actrice américaine, et aucune autre actrice tout court, n’aurait apporté ce qu’Huppert apporte.

Touchante et odieuse, froide et incandescante, fragile et forte à la fois, elle malmène et séduit son entourage en semant le trouble. Et pourtant, elle exerce une véritable fascination : sur son ex-mari (Charles Berling), sur son voisin (Laurent Laffitte), sur sa meilleure amie (Anne Consigny)… et sur le spectateur surtout, constamment pris à contre-pied, bousculé, dérangé, et finalement emporté par cette femme au passé si lourd.

Verhoeven, jeune cinéaste français de 77 ans ? L’expérience lui a sans doute plu, puisqu’il a enchaîné avec Benedetta, pour lequel il offre le rôle principal à Virgine Effira, actrice emballante qui se contente d’un petit (et beau) rôle dans Elle. Vivement.

Du rififi chez les hommes – de Jules Dassin – 1955

Posté : 30 mai, 2019 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1950-1959, DASSIN Jules | Pas de commentaires »

Du Rififi chez les hommes

Jules Dassin est sans doute un phénomène unique dans l’histoire du film noir : le seul réalisateur à avoir imprégné aussi profondément le genre aux Etats-Unis, en Angleterre et en France. Exilé d’Hollywood durant la chasse aux Sorcières, Dassin a d’abord signé Les Forbans de la Nuit à Londres, puis ce Rififi… à Paris. Avec le même regard sans concession, le même talent pour filmer la ville avec l’intimité et l’acuité de ceux qui l’ont toujours connue (comme le New York de La Cité sans voiles).

Dassin était au sommet avant de quitter l’Amérique. Il l’est resté en Europe, comme le confirme donc cette adaptation (par lui-même) d’un roman d’Auguste Le Breton. Un modèle de construction, ce film, mais aussi un modèle de mise en scène, qui doit plus au film noir hollywoodien qu’au polar à la française. Il suffit qu’il apparaisse à l’écran pour qu’on comprenne que le personnage principal, joué par Jean Servais, est condamné par le destin.

Magnifique personnage de truand au bout du rouleau, malade, fatigué, le regard tombant. Servais est formidable dans ce rôle, qu’il n’embellit jamais. Tony, alias « le Stéphanois », a peut-être une réputation de caïd, et affirme son attachement à une certaine éthique du crime. Mais c’est pathétique qu’on le découvre, viré d’une table de poker parce qu’il n’avait plus d’argent à aligner. C’est froid qu’on le voit battre son ancienne compagne à coup de ceintures. L’honneur du truand a ses codes.

Le film est formidable dans sa manière de s’acheminer inéluctablement vers le drame. Avec une intensité constante, et quelques éclats de génie, comme cette incroyable séquence de cambriolage, long cœur du film totalement dépourvu de parole. Ou cette envoûtante respiration : la fameuse chanson Le Rififi, par Magali Noël, génialement mise en scène. La musique est d’ailleurs très importante dans le film, tantôt off, tantôt intégrée dans l’action, toujours au service de ce mouvement tragique.

Sombre, violent, et âpre, avec ses gangsters sans honneur (et un Robert Hossein tout jeune, étonnant en brute accro à la drogue), Du Rififi chez les hommes évoque aussi cette perte d’honneur du milieu. Grand film noir, qui reste aujourd’hui encore l’un des modèles indépassables du genre en France.

La Tête d’un homme – de Julien Duvivier – 1933

Posté : 20 mai, 2019 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, DUVIVIER Julien, Maigret | Pas de commentaires »

La Tête d'un homme

« Et la nuit m’envahit… Tout est brumeux, tout est gris… » C’est Julien Duvivier lui-même qui a écrit les paroles de cette complainte envoûtante, que chante Damia, et qui scande cette adaptation d’un Maigret, créant d’emblée une atmosphère digne de celle de Simenon.

Ce n’est pas la moindre qualité de cette adaptation merveilleuse, qui surclasse encore les deux premiers Maigret au cinéma, sortis l’année précédente (La Nuit du carrefour et Le Chien jaune). Chez Duvivier, comme chez Simenon, l’intrigue elle-même est un prétexte pour saisir la réalité de personnages hantés par leurs démons. Pas de faux suspense d’ailleurs ici : Duvivier l’évacue rapidement en exposant tous les éléments de l’intrigue, ou presque, dès la première séquence.

Film d’atmosphère, film de personnages, La Tête d’un homme bénéficie de la présence d’Harry Baur, qui livre une superbe incarnation de Maigret, personnage décidément bien servi au cinéma. C’est aussi l’œuvre d’un grand cinéaste qui signe un pur film de mise en scène. De la scène du « cambriolage » à la séquence finale où la folie du personnage d’Inkijinoff éclate, le film regorge d’images d’une grande force visuelle.

Une scène, qui semble plus anodine, souligne bien l’ambition esthétique de Duvivier : celle du policier filmé en plan fixe sur un changeant, ses interlocuteurs et les décor en fond se succédant. Procédé rarement utilisé, qui donne une grande fluidité à ce passage qui aurait si facilement pu être conventionnel.

La Tête d’un homme, c’est aussi un grand film sur la violence de la société, violence physique et morale, avec des visions crues de la prostitution, du sexe et de la folie des hommes. De la solitude aussi, omniprésente. Celle de Radek bien sûr (Inkijinoff), mais aussi celle de ce couple sans amour, et celle du faux coupable, méchant tout désigné avec ses mains immenses, rejeté par tous, même par ses parents. Un grand film cruel.

12345...10
 

Kiefer Sutherland Filmographie |
LE PIANO un film de Lévon ... |
Twilight, The vampire diari... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | CABINE OF THE DEAD
| film streaming
| inderalfr