Play it again, Sam

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Archive pour la catégorie '* Polars US (1960-1979)'

Driver (The Driver) – de Walter Hill – 1978

Posté : 16 décembre, 2015 @ 7:00 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, HILL Walter | Pas de commentaires »

Driver

Un jeune homme solitaire, mystérieux et taiseux, un as du volant, dont les cambrioleurs profitent des talents pour échapper à la police… Oui, Nicolas Winding Refn s’est largement inspiré de Driver pour Drive : le thème, le personnage, l’ambiance, et même toute la séquence d’ouverture… Tout est déjà dans le film de Walter Hill. Avec une ambiance moins fascinante, sans doute, mais avec une ambition similaire déjà.

Tourné quasi-intégralement en décors naturels, la nuit, Driver confirme déjà les talents de cinéaste d’action de Hill, qui fait de chaque poursuite en voiture un grand moment de suspense muet et admirablement tendu. Esthétiquement, le film est moins impressionnant que son quasi-remake, mais il tient encore remarquablement la route. Grâce à la belle atmosphère nocturne, et grâce, surtout, à son trio de personnages.

Ryan O’Neal en chauffeur, Isabelle Adjani en apparition nocturne (et dans son premier rôle américain), Bruce Dern en flic aux méthodes douteuses… Aucun des trois n’a de nom, et pour cause : ils semblent sans passé et sans avenir, comme s’ils ne venaient de nulle part et n’avaient pas de caractéristique propre. Des archétypes qui cherchent à échapper à leur statut. En pure perte, bien sûr.
Avec ces personnages sans espoir et condamnés à rester ce qu’ils sont, Walter Hill rend un bel hommage aux grands films noirs d’autrefois. Avec une certaine classe, et une ironie qui fait mouche.

* DVD chez Arcadès/L’Atelier d’images/The Corporation, avec en bonus la bande annonce de 1978, une anecdotique version alternative de la scène d’ouverture, et surtout un petit making of évoquant le tournage de nuit.

Marathon Man (id.) – de John Schlesinger – 1976

Posté : 2 juillet, 2015 @ 5:01 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, SCHLESINGER John | Pas de commentaires »

Marathon Man

Drôle de titre pour ce sommet du cinéma paranoïaque des années 70, mais qui convient parfaitement au rythme que Schlesinger donne à son film, imposé par ce personnage de jeune étudiant s’entraînant pour le marathon, et plongé dans une course en avant qu’il ne maîtrise jamais.

Un personnage qui a peur aussi, à peu près constamment, comme le spectateur d’ailleurs (ce que Dustin Hoffman joue formidablement bien). Une peur d’autant plus insoutenable que Schlesinger la fait naître du quotidien. Une rue bondé de passants, une salle de bain… Le danger apparaît dans les endroits les plus familiers, aux moments les plus inattendus.

Il fait resurgir les fantômes du nazisme, trente ans après et à des milliers de kilomètres des camps : un embouteillage qui fait resurgir de vieux instincts, une vieille dame juive qui reconnaît celui qui fut son boureau des décennies plus tôt sur un autre continent… Ce qui passe aux yeux des passants pour les divagations de vieux fous va bouleverser de manière très concrète la vie de ce jeune étudiant plus préoccupé par le marathon qu’il prépare que par les mouvements du monde.

De mouvements, il est pourtant question dans ce film, qui semble n’être fait que de ça. Dustin Hoffman, dans l’un de ses meilleurs rôles, trimbalés dans une histoire qui le dépasse totalement, qui court à moitié nu dans la nuit de New York. On a l’impression qu’il passe le film à courir ; pour sauver sa vie, pour échapper à ceux qui le poursuivent, mais aussi pour mettre de l’espace entre son lourd passé familial et ce qu’il est ou ce qu’il sera.

Marathon Man est un chef d’oeuvre, parce qu’il trouve le parfait équilibre entre tous ce qui en fait la richesse : une réflexion édifiante sur le poids de l’histoire et sur l’oublie ; un grand film paranoïaque ; mais aussi un pur film de trouille, avec une séquence traumatisante de « dentiste » qu’on n’est pas prêt d’oublier (« c’est sans danger ? »), et une autre absolument géniale filmée du seul point de vue d’Hoffman, enfermé dans sa salle de bain où des tueurs tentent de pénétrer.

Un shérif à New York (Coogan’s Bluff) – de Don Siegel – 1968

Posté : 1 juillet, 2015 @ 1:27 dans * Polars US (1960-1979), 1960-1969, EASTWOOD Clint (acteur), SIEGEL Don, WESTERNS | Pas de commentaires »

Un shérif à New York

Premier film tourné par Clint Eastwood avec Don Siegel (quatre autres suivront), et clairement le plus faible, même s’il ne manque pas d’intérêt. Ne serait-ce que pour le rôle qu’il joue dans l’oeuvre eastwoodienne, malin trait d’union entre le western dont il était alors la vedette la plus en vue, et le polar urbain dont il deviendra l’incarnation absolue sous la direction du même Siegel.

Les premières images jouent de cette transition. Dans un décor typique de western, désert de sable et de poussière, un Indien est en fuite. A sa poursuite : un shérif qui ne tarde pas à apparaître… au volant d’une jeep. Nous sommes dans l’Amérique la plus profonde, en Arizona. Et le shérif en question est un type coriace, qui a la dégaine de Clint, et a le sens du devoir chevillé au corps, jusqu’à ce qu’il croise la première jolie fille venue.

Pas un grand flic, donc. Un plouc queutard que son supérieur envoie à New York pour extrader un détenu, détenu qui se fait la malle dès que le shérif Clint lui met la main dessus. Mine de rien, ce film permet à Eastwood de donner un premier coup de griffe à son image de héros infaillible. Léger, le coup de griffe : il reste le héros pur et brave.

Mais Coogan arrive « à la ville » avec ses gros sabots de macho. Un plouc à qui tout le monde demande « Vous êtes du Texas ? », à commencer par le flic joué par l’impeccable Lee J. Cobb, atterré par ses méthodes d’un autre temps. Et le moteur du film, ce sont les erreurs de Coogan, causées uniquement par ses faiblesses et son manque de sérieux dès qu’une belle femme pointe le bout… du nez.

La manière dont Siegel filme la ville n’a pas la force de Dirty Harry. Et les personnages de méchant ont un aspect franchement très daté. Mais la virée de Coogan/Eastwood dans cette ville aux antipodes de son univers ne manque pas de sel. Et les scènes d’action sont particulièrement réussies : une baston assez mémorable dans un billard, et surtout une course poursuite à motos presque irréelles dans un parc tout en escaliers.

Un tour de chauffe plein de promesses, pour le tandem Siegel-Eastwood.

La Poursuite impitoyable (The Chase) – d’Arthur Penn – 1966

Posté : 26 juin, 2015 @ 4:07 dans * Polars US (1960-1979), 1960-1969, PENN Arthur | Pas de commentaires »

La Poursuite Impitoyable

Dans Bonnie and Clyde, autre classique de Penn, le destin tragique des deux anti-héros marqués par le destin est ponctué d’une sorte d’ironie satirique, presque caricaturale par moments. Dans The Chase, point de dérision, point d’ironie, rien d’autre que le sombre constat que le shérif Brando se fait au fond depuis la première minute : ceux pour qui il travaille sont des monstres d’insensibilité, d’égoïsme, de mesquinerie. Et Redford, l’enfant du pays qui vient de s’évader de prison, ne peut pas échapper à son destin.

C’est moins le destin tragique de Redford qui intéresse Penn dans ce chef d’œuvre, que la manière dont Brando l’intègre se débat avec son propre destin contrarié. Et il est fascinant Brando. Loin du Stanley d’Un tramway nommé Désir, il est un homme tranquille et droit, homme de loi intègre confronté à la médiocrité de ses semblables et à ce que la foule peut avoir de pire. Un homme bien décidé à aller au bout de sa mission et à sauver du lynchage le jeune Redford, très beau et très condamné d’avance. Un homme seul aussi, dans une ville où tout devient hostile.

Difficile de ne pas penser à Rio Bravo avec ce personnage de Brando et cette ville où chacun devient, au mieux insensible, au pire odieux. D’ailleurs, que Penn nous affirme, en nous regardant droit dans les yeux, que le choix d’Angie Dickinson pour la femme de Brando est un simple hasard, et ne renvoie pas au chef d’oeuvre de Hawks…

En tout cas, il y va fort, dans sa peinture d’une société gangrénée par la haine, la violence, le racisme, la bêtise, la peur. On est au Texas, dans l’Amérique post-Kennedy, et ça ne fait pas vraiment envie. L’action se déroule un samedi soir: pendant que les gamins se trémoussent tant qu’ils peuvent, leurs aînés se saoûlent, se trompent et rêvent du casser du noir. Ou, à défaut, de l’évadé, qu’importe ses torts. Pendant ce temps, les puissants croient pouvoir tout acheter, et leurs cours se désolent de ne pouvoir toucher le soleil. Bref, l’humanité dans ce qu’elle a de pire.

Jusqu’à la nausée, Brando encaisse tous les coups, moraux comme physiques, jusqu’à se faire défigurer lors d’un passage à tabac traumatisant. Mais il tient bon, dernier défenseur d’une valeur qui n’a plus lieu dans cette société-là : le bien. Jusqu’à un final ahurissant, bouleversant et écœurant. Il ne reste alors qu’à pleurer, et à tourner le dos à ces monstres ordinaires. Sublime et déchirant.

Chinatown (id.) – de Roman Polanski – 1974

Posté : 20 avril, 2015 @ 3:47 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, POLANSKI Roman | Pas de commentaires »

Chinatown

Plus d’un réalisateur a tenté de retrouver la magie des films noirs de la grande époque, perdue après le Vertigo de Hitchcock. Mais Polanski est l’un des rares (le seul ?) à y être parvenu avec ce chef d’oeuvre miraculeux qui nous replonge dans une décennie bénie pour le noir : les années 40.
Sombre et complexe, brute et ambiguë, c’est une fascinante plongée dans les méandres de la politique, des affaires et de la pègre de L.A., avec une enquête pleine de double-tiroirs et de faux-semblants. On jurerait que l’histoire est tirée d’une Série Noire ou d’un roman à la Hammett. Mais non : c’est un scénario original, signé par un Robert Towne en état de grâce, d’une richesse et d’une intelligence infinies. Une merveille complexe et audacieuse dont Polanski tire le meilleur.

Le « héros » lui-même est formidable : détective à la Sam Spade (ses rapports avec le flic interprété par Perry Lopez rappellent ceux entre Bogart et Ward Bond dans Le Faucon Maltais), en plus minable, condamné à enchaîner les affaires d’adultère avec une lassitude qui confine à l’écœurement, Jake Gittes est un personnage fascinant. Un loser magnifique aux méthodes douteuses, mais à l’intégrité totale. Un pur personnage de noir, donc, que Polanski s’amuse à filmer durant une grande partie du film avec un énorme pansement sur le nez (la faute à une rencontre douloureuse avec un petit teigneux interprété par Polanski lui-même)…

Autour de lui, les notables et « gens de la haute » qu’il côtoie révèlent peu à peu leurs vérités cachées et honteuses. Et c’est une faune incroyablement glauque que l’on découvre alors, avec les pires travers imaginables cristalisés autour des rapports entre la divine Faye Dunaway et son digne père incarné par John Huston (le réalisateur du Faucon… pas un hasard !).

Le film est une réussite sur tous les plans : la musique envoûtante, la reconstitution du L.A. des années 40, la force des dialogues (« She’s my sister… She’s my daughter »), la puissance de l’interprétation jusqu’aux seconds rôles (Burt Young en cocu)… Tout contribue à faire du film un chef d’oeuvre, au rythme parfait et parsemé de scènes inoubliables : le jardinier chinois qui s’active autour du bassin (« bad for water »), Jack Nicholson guettant l’arrivée de l’eau, Faye Dunaway apparaissant derrière un Nicholson hilare, le face-à-face tendu avec un inquiétant John Huston… Jusqu’à la dernière séquence, exceptionnelle et traumatisante. « Forget it Jake, it’s Chinatown. »

French Connection 2 (id.) – de John Frankenheimer – 1975

Posté : 1 avril, 2015 @ 4:29 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, FRANKENHEIMER John | Pas de commentaires »

French Connection 2

Voir French Connection 2 en version française, c’est replonger dans un pan pas si lointain de la cinéphagie made in France. Cette période où les films en noir et blanc étaient colorisés, où le cinémascope était tronqué pour épouser au plus près les douces formes d’une télé 4/3, et où quoi qu’il arrive l’idée de sous-titrer un dialogue était la pire des aberrations.

C’est grâce à cette idée qu’on a pu voir Gene Hackman tenter en vain de se faire comprendre (dans un excellent français, donc, même si mâtiné d’un accent ricain du plus bel effet) par un loubard dans un commissariat français lancé lui aussi dans un dialogue de sourd (en français aussi, donc, mais dans le texte, lui). Vous suivez ? J’avoue avoir été un peu largué à l’époque, le jeune ado que j’étais se demandant pourquoi ces deux braillards ne se comprenaient pas.

Toute une époque, donc : une décennie plus tard, en se basant strictement sur le même procédé (un Américain perdu dans une France des bas-fonds dont il ne comprend pas la langue), Polanski et son Frantic auront la chance de ne pas subir le même genre de doublage hallucinant. Mais c’est bien le même principe qui est en jeu dans cette suite qui prend habilement le contre-pied du chef d’oeuvre originel.

C’est bien ce qui frappe le plus dans cette suite très réussie : le parti-pris radical de prendre systématiquement le contre-pied du film de Friedkin. Et c’est le personnage de Popeye Doyle qui en fait les frais : parfaitement dans son élément dans les bas-fonds new-yorkais, il se retrouve totalement largué et à côté de la plaque dans ce Marseille dont les similitudes apparentes avec New York sont toutes trompeuses.

Qu’il tente d’appliquer ses méthodes habituelles de flic jusqu’au-boutiste, et c’est une catastrophe qui s’ensuit. Qu’il se lance dans une quête solitaire de son ennemi intime (Fernando Rey toujours), et cela devient une errance sans fin et sans résultat dans les rues de Marseille… Finalement, Doyle le tenace est transformé en un simple pion dont jouent ses homologues français (parmi lesquels l’excellent Bernard Fresson et l’inénarrable Jean-Pierre Castaldi, du temps où il avait une carrière), spectateur finalement totalement passif des événements.

Plus fort encore, Frankenheimer consacre près de la moitié de son métrage à la désintoxication brutale de son « héros », transformé en héroïnomane par ceux qu’il pensait traquer. Assez gonflé, quand même, quand on se souvient de quel polar urbain, brut, violent et spectaculaire il est la suite directe.

Le film de Friedkin était dominé par une poursuite hallucinante entre une voiture et un métro. On imaginait mal cette suite faire l’impasse sur une nouvelle poursuite. Celle qui finit par arriver in extremis est, elle aussi, totalement inattendue. Au bruit et à la fureur de la séquence d’anthologie de Friedkin, tournée au péril de sa vie (et de celles des passants) sans autorisation de tournage dans des rues noires de monde, Frankenheimer préfère un silence presque irréel : une course poursuite entre Doyle à pied et hors de souffle et… un voilier, le long d’une marina déserte.

Finalement, du classique instantané de Friedkin, Frankenheimer a surtout gardé un élément : la volonté de bousculer le spectateur, ce qu’il fait d’une manière absolument magistrale.

Police sur la ville (Madigan) – de Don Siegel – 1968

Posté : 31 décembre, 2014 @ 12:12 dans * Polars US (1960-1979), 1960-1969, SIEGEL Don | Pas de commentaires »

Police sur la ville

Trois ans avant Dirty Harry, Siegel marque déjà le polar urbain de son empreinte, avec cette virée tragique dans les bas-fonds de NY, jalon important (et trop souvent oublié) de l’histoire du genre, annonçant les grandes oeuvres réalistes et violentes des années 70.

C’est la chronique d’un gâchis annoncé. Parce qu’il s’est laissé aller une fraction de seconde à une petite faiblesse humaine, le flic joué par Richard Widmark est condamné. Condamné à errer jour et nuit à la recherche d’un criminel, condamné à s’éloigner de celle qu’il aime (Inger Stevens), condamné à suivre un chemin que l’on devine sans retour…

Une autre histoire, qui n’a d’intérêt que parce qu’elle est racontée en parallèle : les tourments du chef de la police (Henry Fonda), qui doit décider ce qu’il va faire de son bras droit, son meilleur ami (James Whitmore), qui s’est lui aussi laissé aller à une faiblesse humaine (soutenir son fils, flic moins intègre que lui).

Mine de rien, Madigan est un grand film politique, un plaidoyer pour ces petits flics qui ont fait de leur métier une mission, et dont le moindre faux pas peut être fatal. C’est aussi la confrontation des petits et des grands. L’unique scène où Widmark et Fonda se croisent est éloquente, le premier, qui affiche sa superbe dans les mauvais quartiers, perdant soudain toute confiance, balbutiant comme un enfant devant cette figure paternelle et autoritaire aussi raide qu’on peut l’imaginer.

Le film est aussi l’un de ceux qui ont livré la vision la plus édifiante de New York, dans une virée (nocturne et diurne) au coeur des bas-fonds, en passant par les quartiers plus huppés. Dans sa manière de filmer la ville comme une entité verticale oppressante et sans horizon, Siegel s’inscrit clairement dans la lignée d’Anthony Mann et de sa Rue de la Mort. Et signe l’un de ses chefs d’œuvre.

Le Canardeur (Thunderbolt and Lightfoot) – de Michael Cimino – 1974

Posté : 21 novembre, 2014 @ 4:03 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, CIMINO Michael, EASTWOOD Clint (acteur) | Pas de commentaires »

Le Canardeur

Clint Eastwood, acteur, s’est souvent laissé dirigé par des cinéastes assez médiocres. A l’exception de ses deux grands maîtres, Leone et Siegel, sa filmographie compte remarquablement peu de réalisateurs importants. Un manque, sans doute, lié à une autre caractéristique de la star : sa propension à donner sa chance à de jeunes réalisateurs inconnus, ou à ses fidèles collaborateurs (de Buddy Van Horn à Robert Lorenz, la liste est longue).

Le Canardeur est un film important, parce qu’en donnant sa chance à un jeune scénariste (à qui il confie également l’écriture de Magnum Force), Eastwood permet l’émergence d’un grand cinéaste promi à une carrière aussi cahotique que spectaculaire. On mentirait en disant que ce premier film de Cimino est déjà une oeuvre très personnelle, mais on y trouve déjà plusieurs éléments qui seront au centre de Voyage au bout de l’enfer et de La Porte du Paradis, ses deux monuments : les grands espaces américains, le poids du temps qui passe et pour la tradition qui se heurte à la modernité.

Le film est un véhicule parfait pour un Clint au sommet de sa gloire. Mais c’est aussi l’un des films les plus atypiques de sa filmographie. Pas sûr que beaucoup d’autres stars de sa trempe auraient accepté de laisser le beau rôle à un jeune acteur en plein essor (Jeff Bridges, aussi expensif et plein de vie que Clint est taciturne et taiseux). Pas sûr non plus que beaucoup auraient accepté ce scénario qui tient plus de la virée tragico-loufoque que du film de casse traditionnel…

Car entre Magnum Force et ce Canardeur, il y a un monde. Les deux films, tournés la même année et avec le même scénariste, représentent les deux versants les plus éloignés de la carrière de Clint acteur. D’un côté, une production bien calibrée destinée à satisfaire les studios. De l’autre, un film audacieux, loin des codes, malgré le matériel promo qui a accompagné le film (le titre français ridicule, l’affiche et la bande annonce qui mettent en valeur les rares scènes d’action et ce canon aussi spectaculaire qu’anecdotique).

Le rythme est imparfait, et on couperait bien de trop longs plans de certains séquences, comme celle du casse. Mais le film séduit parce qu’il surprend constamment, avec une intrigue constamment entrecoupée de moments inattendus : la rencontre avec un cinglé tirant les lapins à bout portant, une école que l’on déplace, ou encore cette incroyable séquence durant laquelle les deux méchants sont transformés en marchant de glaces. Un dio « comique » inattendu pour George Kennedy et Geoffrey Lewis, sorte de version létale de Laurel et Hardy.

Avec ce coup d’essai, Michael Cimino est loin de révéler tout ce qui fera la grandeur de ses deux films suivants. Mais il impose un ton d’une grande liberté, loin, très loin du traditionnel film de casse des seventies. Un cinéaste plein d’avenir, donc…

• Carlotta a édité un beau DVD avec quelques bonus intéressants, particulièrement une interview audio de Cimino qui évoque le tournage du film.

L’Inspecteur ne renonce jamais (The Enforcer) – de James Fargo – 1976

Posté : 16 septembre, 2014 @ 3:31 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, EASTWOOD Clint (acteur), FARGO James | Pas de commentaires »

L'Inspecteur ne renonce jamais

Dans le premier Dirty Harry, de loin le meilleur, Eastwood, Siegel et les scénaristes posaient les bases d’un personnage de flic hors norme qui se heurtait au politiquement correct dans son opposition quotidienne à la lie de l’humanité. La première séquelle, Magnum Force, était une réponse parfois maladroite, mais sincère, aux critiques idiotes qui avaient entouré le premier film, taxant le personnage, et l’acteur, de réactionnisme. On pouvait alors penser que la boucle était bouclée, et que le personnage avait sorti tout ce qu’il avait à sortir…

A la vision de ce troisième « Harry », cette intuition se confirme quand même nettement. Deux ans après le précédent opus, ce numéro trois se contente largement de ressasser les mêmes thèmes. Assez incroyable, même, de voir à quel point le moindre élément du scénario, le moindre second rôle (et le pauvre John Mitchum en sait quelque chose, reprenant son rôle de co-équipier – faire-valoir), le moindre dialogue, semble n’être là que pour donner le beau rôle à Clint-Harry. En cela, le premier quart d’heure, totalement inutile pour l’intrigue principale du film, est édifiant : un prolongement gratuit et grotesque des deux premiers films.

Après cette introduction feuilletonesque mais maladroite, le film dévoile enfin ses intentions, généralement très bonnes. Il est alors question de thèmes brûlants et modernes : le terrorisme d’une part, et surtout la question des quotas dans la fonction publique. Car Callahan se retrouve flanqué d’un co-équipier qui est une co-équipière, interprétée par Tyne Daly. Et c’est la meilleure idée de casting du film. Alors que les méchants, comme les flics secondaires, sont insupportablement caricaturaux, la fliquette est un personnage surprenant et original.

Pas vraiment séduisant (d’ailleurs il n’est jamais question d’attirance physique, et encore moins de love story), ni même extrêmement féminin, c’est une sorte de Harry Calahan version féminine et débutante, qui fait d’ailleurs vaciller les idées très arrêtée de Calahan lors de leur première rencontre…

Le film est bourré de clichés maladroits, de méchants caricaturaux, et de rebondissements téléphonés. Il est réalisé par un James Fargo sans génie, qui se contente visiblement de répondre aux attentes d’un Eastwood tout puissant mais peu ambitieux sur ce coup-là. Et il a pris un coup de vieux assez phénoménal. Mais il y a là quelques belles intentions, qui donnent parfois lieu à des scènes plutôt réussies. Rien d’inoubliable, certes : ce Dirty Harry est sans doute le moins réussi des cinq, le moins aimable, le plus approximatif, et le plus démodé…

• Pour l’intégrale Harry Callahan, voir aussi L’Inspecteur Harry, Magnum Force, Sudden Impact et La Dernière Cible.

Le Grand Sommeil (The Big Sleep) – de Michael Winner – 1978

Posté : 30 août, 2014 @ 5:23 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, MITCHUM Robert, STEWART James, WINNER Michael | Pas de commentaires »

Le Grand Sommeil Winner

Ce Grand Sommeil version 78 n’a à peu près qu’un intérêt : ce film est l’unique occasion de voir Robert Mitchum et James Stewart se donner la réplique. Un intérêt qui se limite donc à deux petites séquences de deux minutes, décevantes à tous points de vue. Même si Mitchum, qui a à peu près trente ans de trop pour jouer Marlowe, continue à enchaîner les rôles à cette époque, tous les deux sont loin de leur âge d’or. Et leur face à face, filmé sans le moindre talent, sonne particulièrement faux, devenant l’un des rendez-vous manqués les plus insupportables de toute l’histoire du cinéma.

Pas besoin de chercher loin pour trouver le fautif : Michael Winner, qui ose signer un scénario qui se contente de surfer entre celui du film de 46 (en tout cas dans la première partie) et le roman de Chandler en essayant de le rendre plus limpide, est surtout un réalisateur calamiteux. Même s’il a fait illusion avec une poignée de films (L’Homme de la loi), Winner révèle un « talent » à la hauteur des téléfilms de l’époque : visuellement affreux (usant des zooms et de petits flash backs en insert), et incapables d’installer une ambiance.

Autant dire que la comparaison, inévitable, avec le monument de Hawks est pour le moins cruelle. Soyons honnête : Winner n’essaie pas de rivaliser avec son aîné, et fait des choix à peu près systématiquement opposés. Alors que le film de Hawks ne reposait que sur l’atmosphère, au détriment souvent de la compréhension de l’histoire, Winner semble lui ne s’intéresser qu’à l’intrigue.

Il a tort, elle est bien trop complexe pour qu’on s’y intéresse vraiment si rien de séduisant ne nous y incite. Et il n’y a vraiment rien, pas même un plan un peu torché, pour habiter cette histoire platement illustrée, et qui manque cruellement de rythme. Mitchum promène sa dégaine fatiguée au milieu d’un casting totalement à côté de la plaque, et tristement terne comparé à Lauren Bacall et aux géniaux seconds rôles du film de Hawks. Le voir faire le boulot devant une caméra aussi paresseuse, lui qui a tourné pour les plus grands, à quelque chose de franchement déprimant.

Et même si au détour d’une réplique en voix off (« Je remarquai que ma télé était allumée. J’étais pas là. C’était donc quelqu’un d’autre. ») ou d’un meurtre filmé en ombre chinoise, Winner réussit à réveiller ponctuellement l’intérêt, son adaptation de Chandler est la plupart du temps pénible…

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