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Archive pour la catégorie '* Polars US (1960-1979)'

La Cible (Targets) – de Peter Bogdanovich – 1968

Posté : 4 septembre, 2021 @ 8:00 dans * Polars US (1960-1979), 1960-1969, BOGDANOVICH Peter | Pas de commentaires »

La Cible

Cinéaste cinéphile, Peter Bogdanovich offre à Boris Karloff son baroud d’honneur, à la fois clin d’œil à la longue filmographie du grand comédien d’horreur, et belle manière de l’inscrire de son vivant dans l’histoire du cinéma. Byron Orlock, s’appelle-t-il dans le film, mais ce patronyme sonne d’emblée comme un double pas peine déguisé de Karloff, d’autant plus que Byron Orlock est un acteur vieillissant, spécialiste de l’horreur, dont on voit des extraits de films : Criminal Code de Howard Hawks (premier grand rôle de Karloff) et surtout The Terror de Corman, dont de longs extraits ouvrent et referment le film.

La Cible a des allures de série B imaginée pour donner à Karloff un dernier rôle à sa mesure. C’est bien plus que ça : cri d’amour à un cinéma déjà disparu (« Tous les bons films ont déjà été faits », se désole Peter Bogdanovich, acteur de son propre film) et vision assez terrifiante de l’Amérique contemporaine. « Que cette ville est devenue laide », lance Karloff/Orlock avec dégoût dans une rue de Los Angeles dominée par les usines et les voitures. Et que l’âge d’or d’Hollywood semble loin.

Bogdanovich, c’est vrai, a une tendance à avoir le regard braqué vers le passé. Et ce n’est pas sur ce blog qu’on lui lancera la première pierre. Mais en confrontant ce regard plein de déférence à celui qu’il porte sur une société moderne malade, il fait de son film une œuvre assez radicale, un rien dérangeante. La violence du cinéma n’a rien à voir avec celle de la vraie vie, assure-t-il tout en réalisant un film sur la violence de la vraie vie.

Karloff/Orlock se sent dépassé, parce que la terreur qu’il incarnait à l’écran depuis bien des décennies est devenue « kitsch » face à celle qui occupe les journaux. Bogdanovich confronte ces deux violences radicalement opposées, d’abord en parallèle, jusqu’à une rencontre assez formidable où la frontière entre la vie et l’écran semble se dissoudre.

Deux hommes, deux générations : le vieil acteur, fatigué et dépassé par le monde qui l’entoure, tel qu’il est devenu. Et le jeune homme bien comme il faut, qui mène une vie tellement propre et aseptisée qu’il en perd toute humanité : une maison de banlieue comme tant d’autres, qu’il partage avec des parents parfaitement réactionnaires, des soirées passées devant des émissions de télévision idiotes (et pas devant des films), une femme très souriante… et un malaise qui ne cesse de croître.

Le personnage de Karloff est très réussi, celui de Bobby (Tim O’Kelly), inspiré par l’auteur de la tuerie de l’université d’Austin en 1966, est particulièrement marquant, et dérangeant : Bogdanovich, en le filmant au plus près du visage, capte et fait partager la sensation d’étouffement du personnage, ses idées noires, sa pulsion meurtrière qui affleure et qu’il n’ose d’abord pas laisser éclater. Il y a dans ses scènes une tension rare, qui bouscule et qui ne laisse pas indemne. Belle fin de carrière pour Karloff, beaux débuts pour Bogdanovich, qui ne fera guère mieux.

Un après-midi de chien (Dog Day Afternoon) – de Sidney Lumet – 1975

Posté : 19 février, 2021 @ 8:00 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, LUMET Sidney, PACINO Al | Pas de commentaires »

Un après-midi de chien

Bon sang le sentiment de solitude qui se dégage de ce dernier plan. Le regard de Pacino, rempli d’une panique qu’on sent prête à éclater… Le film est comme une cocotte minute dont la pression ne cesserait d’augmenter, mais qui n’explose jamais vraiment. Une tension incroyable, une attente interminable, et un grand film d’une intensité folle signé Sidney Lumet, au sommet.

Un après-midi de chien est inspiré d’une histoire vraie : celle de deux braqueurs improvisés qui doirent tout ce qu’ils entreprennent et qui se retrouvent à prendre en otage les neuf employés d’une banque. Al Pacino et John Cazale, de nouveau réunis après Le Parrain et sa suite, immenses tous les deux. Cazale en paumé intégrale et perdu d’avance. Pacino en petite tête qui, le temps d’un fiasco, semble trouver un sens à sa vie. Une place dans une société pour laquelle il paraît inadapté.

Sa vie : tiraillé entre une mère et une femme également castratrices, mais aussi entre une femme et un amant qui a besoin d’argent pour une opération de changement de sexe. Totalement paumé, tiraillé ou rejeté, hésitant constamment sur l’identité de sa femme (elle ou lui ?)… Le symbole d’une Amérique en quête d’identité, ou de modèle.

D’ailleurs, il suffit qu’il tienne tête à la police et fasse référence à la tuerie d’Attica pour qu’il devienne une sorte de rock star aux yeux des badauds venus assister au drame. Et lui y trouve quelque chose comme un aboutissement personnel. Lumet invente au passage la téléréalité, décortique une société qui va mal, pointe du doigt la rupture brutale entre la population et les forces de l’ordre…

Un après-midi de chien a la force du cinéma noir des années 1970, mais il fait aussi écho cruellement à l’époque actuelle, avec une acuité étonnante. Un grand film intemporel, cruel mais plein d’une empathie belle et douloureuse.

La Grande attaque du train d’or (The First Great Train Robbery) – de Michael Crichton – 1978

Posté : 7 décembre, 2020 @ 8:00 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, CRICHTON Michael | Pas de commentaires »

La Grande Attaque du Train d'or

XIXe siècle, en Angleterre, un escroc magnifique prépare ce qui sera le premier vol dans un train en marche. A la clé : une fortune en or… Presque un prototype de film de casse, avec la longue et minutieuse préparation, l’exécution sans faille et pleine de suspense, et ce détail qui fait tout déraper

Pourtant, le plaisir que procure le film repose moins sur l’efficacité narrative que sur la reconstitution historique, tellement parfaite qu’elle semble un peu irréelle, en particulier lors de ces plongées dans les bas-fonds embrumés, où on s’attendrait presque à voir surgir Jack L’Eventreur.

La musique de Jerry Goldsmith, ample et romanesque, n’est pas étrangère à ce plaisir. Elle souligne avec une délicatesse les moments en creux, et donne une dimension épique enthousiasmante aux scènes de train notamment, tournées dans la campagne irlandaise.

Sean Connery trouve là un rôle sur mesure, à la fois suave, physique et étonnamment sombre. La scène où il passe d’un wagon à l’autre par l’extérieur est particulièrement impressionnante, sans doute la plus réussie du film.

On ne sera pas aussi enthousiaste sur les allusions sexuelles constantes. Michael Crichton, qui adapte son propre roman, est nettement plus convaincant dans la légèreté et le suspense que dans la grivoiserie. La légèreté surtout, bien servie c’est vrai par d’excellents seconds rôles, Donald Sutherland en tête.

Un homme voit rouge (Ransom) – de Casper Wrede – 1974

Posté : 1 décembre, 2020 @ 8:00 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, WREDE Casper | Pas de commentaires »

Un homme voit rouge

Pas le plus célèbre des films de Sean Connery, pas le meilleur non plus, hélas. Lui est très bien en chef de la sécurité scandinave, qui tente de régler une doubler prise d’otages (l’ambassadeur anglais d’un côté, les passagers d’un avion de ligne de l’autre) en douceur. Mais le reste

Scénario faiblard, photo surexposée, dialogues pas terribles, seconds rôles sans charisme, et réalisateur peu inspiré… L’obscur Casper Wrede ne fait rien pour sauver les meubles, étirant l’histoire en de longues, trop longues séquences sans aspérité.

De rares moments de suspens (l’échange des otages, ou la tentative d’irruption d’un soldat dans l’avion) éveillent vaguement l’intérêt. Quelques idées prometteuses sont gâchées par une mise en scène mollassonne (la recherche du « guetteur » dans l’immense aéroport, suivie sur un plan par Connery). Mise en scène scène qui ne parvient pas même à mettre à profit les paysages de Norvège.

Petite ligne pas indispensable dans la filmo du grand Sean Connery, qui était pourtant déjà belle dans ces années d’après James Bond, marquées par quelques chefs d’œuvre. Le film s’inscrit d’ailleurs entre The Offence et L’Homme qui voulut être roi, films autrement plus recommandables, peut-être ses deux plus grands rôles.

Mirage (id.) – d’Edward Dmytryk – 1965

Posté : 28 septembre, 2020 @ 8:00 dans * Polars US (1960-1979), 1960-1969, DMYTRYK Edward | Pas de commentaires »

Mirage

Une panne de courant dans un grand immeuble de New York, et c’est toute la vie de Gregory Peck qui s’éteint. Quand la lumière se rallume, ce qu’il tient pour la vérité semble fuir devant lui. Il a du mal à comprendre certains comportements : cette femme qu’il ne connaît pas qui l’appelle par son prénom, ce barman qui ne sait pas quoi lui servir quand il demande sa boisson habituelle… sans compter ces quatre étages disparus, ou son bureau introuvable…

L’amnésie est un thème souvent prometteur au cinéma. Il l’est ici, tout particulièrement. Mirage n’est pourtant pas le film le plus tenu de Dmytryk. La mise en scène manque d’un certain dynamisme, la tension peine à s’installer, et le noir et blanc paraît bien plat et terne.

Comme l’interprétation de Gregory Peck d’ailleurs, qui paraît curieusement passif, flottant, comme en retrait. Mais ce flottement annonce la révélation finale, et tous les doutes qui y mènent. Pourquoi est-il amnésique ? Depuis combien de temps?…

En faisant planer le doute, mine de rien, Dmytryk réinvente l’idée d’amnésie au cinéma, transformant ce thriller aux méchants assez convenu en un cauchemar kafkaïen dont l’immeuble de bureaux est le meilleur des décors.

Un personnage, au moins, n’est pas convenu, c’est le privé débutant que jour Walter Matthau, respiration enthousiasmante au cœur de ce cauchemar de plus en plus angoissant. Matthau apporte un décalage bienvenu, et un ancrage dans la réalité, qui rendent le drame plus puissant.

Tueur d’élite (The Killer Elite) – de Sam Peckinpah – 1975

Posté : 26 juillet, 2020 @ 8:00 dans * Espionnage, * Polars US (1960-1979), 1970-1979, PECKINPAH Sam | Pas de commentaires »

Tueur d'élite

Deux amis qui travaillent pour la même agence gouvernementale secrète. L’un trahit l’autre et le laisse pour mort. Ce dernier revient à la vie et cherche à se venger…

Canevas hyper classique pour ce Peckinpah qui n’a pourtant rien de banal. Entre les deux d’abord, interprétés par James Caan et Robert Duvall, l’amitié a quelque chose de charnel, et les regards et les gestes sont ceux d’amants plus que ceux d’une amitié virile et machiste telle qu’on l’attend.

Les personnages sont tous des durs, des tueurs. La particularité du film tient au décalage entre la nature de ces types et l’affection visible qu’ils ont les uns pour les autres. La tendresse, même, jusque dans la mort, qu’on la reçoive ou qu’on la donne.

James Caan est formidable dans ce registre, arborant un calme et un visage impassible, sourire triste et regard perdu. Moins ami trahi qu’amoureux déçu ne parvenant pas à se relever d’une tromperie. Cassé, en fait, et la clé de son personnage tient sans doute à cette réplique : « J’en ai simplement rien à foutre. »

La violence est sèche, brutale, percutante. Peckinpah la filme avec le même regard détaché, la même tendresse amusée. Les femmes sont vite évacuées, comme des morpions un peu gênants (ce qu’annonce la blague sur l’infection vaginale au début). Ne reste que des hommes, fatigués de jouer à la guerre, et qui n’ont plus qu’une envie : couler des jours heureux au soleil.

Ainsi, Caan prit la mer avec Burt Young… Et Peckinah signa un beau film bien dans sa manière, et pourtant au ton si original…

L’Epreuve de force (The Gauntlet) – de Clint Eastwood – 1977

Posté : 9 juin, 2020 @ 8:00 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, EASTWOOD Clint (acteur), EASTWOOD Clint (réal.) | Pas de commentaires »

L'Epreuve de force

L’affiche originale est une parfaite entrée en matière pour comprendre ce film. On y voit un Clint Eastwood dessiné en haillons, les muscles exagérément saillants, et une Sondra Locke conquise devant un bus criblé de balles. Une véritable couverture de comic-books…

The Gauntlet, qu’Eastwood tourne en pleine gloire Dirty Harry mais après un faiblard troisième volet (The Enforcer, le moins bon des cinq films de la saga), peut être vu au choix comme un anti-Inspecteur Harry, ou comme une parodie des films policiers musclés qui se multipliaient alors.

Quelque chose entre ces deux choix, en fait. Le film est à peu près inclassable, et unique… Ce n’est pas une comédie : on ne rit jamais vraiment. Mais Eastwood prend le parti de renvoyer le réalisme aux vestiaires, de ne s’intéresser ni à la logique, ni l’intellect, ni même à la psychologie de ses personnages, réduits à des caricatures.

Parti-pris radical, comme le personnage que s’offre Clint : un flic alcoolo et bas du front, que son patron corrompu choisit pour escorter un témoin gênant, parce que c’est une épave qui a toutes les qualités pour foirer sa mission. Sauf que l’épave en question a un reste de fierté… Le temps de comprendre la situation (il lui faut quelques dizaines de milliers de coups de feu et quelques guet-apens pour ça), le flic sans envergure va se rebiffer.

Tout n’est pas réussi dans le film. Quelques scènes traînent en longueur, le personnage de Pat Hingle est crispant, la scène d’agression dans le train a un côté complaisant dans sa manière de mettre en scène la violence, tout comme le flic libidineux joué par Bill McKinney. Bref, quelques défauts que l’on retrouve régulièrement dans les Eastwood de ces années-là.

Mais le film a un côté binaire assez réjouissant, limitant l’intrigue à sa plus simple expression, et exagérant avec outrance l’action et la violence. Les fusillades sont énormes, au point de faire s’effondrer une maison. Pourtant, au final, c’est la relation entre le flic Clint et la pute Sondra Locke qui domine le film. Deux stéréotypes, deux archétypes, qui se rencontrent et se retrouvent au cœur d’une action échevelée et débarrassée de tout ancrage réaliste, de toute contrainte.

C’est audacieux, et ça marche plutôt bien. La prestation décomplexée de Clint Eastwood et Sondra Locke n’y est pas pour rien.

La Cité des dangers (Hustle) – de Robert Aldrich – 1975

Posté : 20 avril, 2020 @ 8:00 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, ALDRICH Robert | Pas de commentaires »

La Cité des dangers

Catherine Deneuve a tourné avec Burt Reynolds. Cette information, en soi, mérite qu’on s’y arrête. Je la réécris, d’ailleurs, tant elle semble irréelle : Catherine Deneuve a tourné avec Burt Reynolds. Mieux : Catherine Deneuve a tourné avec Burt Reynolds dans un polar, qui plus réalisé par le très viril Robert Aldrich. Certes, ce dernier n’a pas fait tourné que des mâles bourrés de testostérones: on lui doit notamment Qu’est-il arrivé à Baby Jane ?, mémorable jeu de massacre entre deux grandes actrices. Mais quand même…

Deneuve donnant la réplique au plus macho des acteurs américains, devant la caméra du réalisateur des 12 salopards et de L’Empereur du Nord… C’est pour le moins une curiosité. Verdict, après l’avoir vu : le film ne trouve sa place dans le panthéon d’aucune des trois gloires concernées. Peut-être, à la limite, dans celui de Burt Reynolds, qui trouve un beau rôle de flic un peu fatigué de la violence qui l’entoure, et qui rêve d’une autre vie au côté de la femme qu’il aime, prostituée qu’il refuse de juger.

C’est, sur le papier, le personnage le plus intéressant du film : un homme revenu de tout, policier qui franchit une sorte de point de non retour au contact du père d’un énième cadavre, celui de trop pour lui, que le scénario compare à un Capitaine Achab urbain, traquant sa propre baleine blanche.

A l’écran, on sent pourtant que c’est Catherine Deneuve qui subjugue Aldrich. C’est sans doute elle la vraie raison d’être du film : ce qu’elle représente en tant qu’icône du cinéma français et européen. La Cité des dangers ressemble souvent à un hommage sincère mais maladroit à l’Europe et à sa culture, vus comme la promesse d’une autre vie,un peu irréelle. Un hommage à l’Américaine, avec des gros sabots et des passages obligés : une chanson de Charles Aznavour, une projection d’Un homme et une femme

Les moments les plus beaux sont ceux qui mettent en scène Deneuve et Reynolds. Mais les scènes immobiles seulement: Aldrich filme très joliment l’immobilité, ces instants d’attente ou même d’ennui. En revanche, il paraît très curieusement maladroit pour filmer les mouvements « naturels ». Catherine Deneuve qui se promène dans cette maison sur les collines de Los Angeles au début du film, étirant ses bras comme pendant un défilé… Une image presque gênante, tant elle sonne faux.

Les Pirates du métro (The Taking of Pelham 1-2-3) – de Joseph Sargent – 1974

Posté : 24 mai, 2019 @ 8:00 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, SARGENT Joseph | Pas de commentaires »

Les Pirates du métro

Oubliez le pauvre remake de Tony Scott, et (re)voyez de Taking of Pelham 1-2-3 première version, modèle du polar 70s, porté par un Walter Matthau parfait en flic du métro, confronté à une prise d’otage menée par Robert Shaw et Martin Balsam.

Aux antipodes de Scott, Sargent privilégie les personnages à l’action, plutôt rare au final. Sa mise en scène, remarquablement fluide, passe d’un personnage à l’autre, d’un lieu à l’autre, avec une évidence qui force le respect. Au-delà du scénario, intriguant mais conventionnel, c’est cette fluidité et cette intelligence de la mise en scène qui séduit, et qui offre une vision originale de ce décor de métro qui semble si familier.

Shaw est glaçant en « pirate » éduqué mais déterminé. Mais c’est Matthau qui impressionne, et donne au film son ton atypique, avec cette touche de légèreté apporte une ironie bienvenue à un récit par ailleurs très sombre. L’acteur, plus familier de la comédie, vie cette année-là une sorte de parenthèse noire pour le moins concluante (il vient alors de tourner Tuez Charley Varrick). Le regard qu’il lance dans le dernier plan est peut-être le plus beau moment du film…

Les Copains d’Eddie Coyle (The Friends of Eddie Coyle) – de Peter Yates – 1973

Posté : 15 avril, 2019 @ 8:00 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, MITCHUM Robert, YATES Peter | Pas de commentaires »

Les Copains d'Eddie Coyle

Glacial et anti-romantique au possible, ce polar poisseux et méconnu vaut mieux que le désintérêt total qui l’a accueilli à sa sortie. Rien d’immédiatement séduisant, il est vrai, là-dedans : le réalisateur à succès de Bullitt choisit de prendre le contre-pied à peu près systématique de toute l’iconographie du polar noir.

Noir, oui, mais sans l’ombre d’un truc cool ou fun à l’horizon. Côté décors : de tristes banlieues, des parkings, des terrains en friche, des usines désaffectées, du béton, de la grisaille… Côté personnages : des petits malfrats sans envergure, des flics à la ramasse… Et au milieu, l’immense Bob Mitchum, sa carcasse fatiguée, son regard bas…

La grande idée du film : faire de cette icône du film noir un type un peu minable, amoureux d’une femme plus très jeune et pas très jolie, père de deux enfants… et prêt à balancer ses potes pour éviter d’aller en prison. Parce que l’homme doit retourner purger sa peine dans quelques jours. Pas une peine à vie, non, pas même 30 ans : 2 ans. Pas pour meurtre, ni pour une série de cambriolages spectaculaires : pour avoir conduit un camion chargé d’alcool de contrebande.

Rien d’héroïque donc, chez lui. Rien dont il pourrait tirer une quelconque gloire, si douteuse soit-elle. Et rien qui ferait de lui quelqu’un de différent, qui serait au-dessus de la mêlée : malgré les longues tirades qu’il assène, ces conseils qu’il prodigue à qui veut l’entendre dans des dialogues étonnants, pré-tarantinesques à certains moments, le fait est là : Bob est complètement dépassé par les événements.

Ils le sont tous, d’ailleurs, du flic aux vendeurs d’armes en passant par les braqueurs. Le suspense, efficace, qui se dégage des moments de bravoure (braquages, arrestations, rendez-vous nocturnes…) tient surtout au fait que personne ne maîtrise vraiment la situation, et que tout peut donc arriver. La fin, sèche et glaçante, enfonce le clou. Les Copains d’Eddie Coyle est un film pas aimable, mais marquant.

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