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Archive pour la catégorie '* Polars US (1960-1979)'

Terreur aveugle (Blind Terror) – de Richard Fleisher – 1971

Posté : 26 février, 2017 @ 8:00 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, FLEISCHER Richard | Pas de commentaires »

Terreur aveugle (Blind Terror) - de Richard Fleisher - 1971 dans * Polars US (1960-1979) Terreur%20aveugle_zps7bdndghd

Devenue aveugle à la suite d’une chute à cheval, une jeune femme revient vivre dans le grand domaine de son oncle et de sa tante. Mais alors qu’elle s’est absentée, un tueur mystérieux vient décimer sa famille. Lorsqu’elle rentre à la maison, elle ne se rend compte de rien…

Voilà un « pitch » qui promet de bien belles sueurs froides. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la promesse est largement tenue. Fleisher fait bien plus que nous coller des frissons : il signe un film admirablement tendu, dont le cœur (disons, le deuxième tiers) fait partie des plus grands moments de pure trouille de l’histoire du cinéma. Mia Farrow (formidable en jeune aveugle, jamais dans la démesure et toujours hyper crédible) qui déambule paisiblement dans cette grande maison dont elle ne sait pas qu’elle est jonchée de cadavres, est une vision pour le moins traumatisante.

Surtout que la mise en scène joue très habilement sur le décalage entre le point de vue de cette femme qui ne voit rien du drame qui se noue, et ce que la caméra laisse voir au spectateur. En ne montrant, subrepticement, que l’environnement direct de l’héroïne, sans plan d’ensemble ni gros plan évocateur. Un expérience éprouvante et absolument fascinante.

Dès la toute première image, l’ambition de Fleisher saute aux yeux : ce mouvement de caméra qui s’arrête, à la sortie d’un cinéma, sur bottes d’un homme dont on ne verra jamais le visage (jusqu’à la dernière minute) fait d’emblée naître l’angoisse et le danger. Toute la première partie, avant l’irruption de la terreur pure, sera dominée par ce sentiment de danger, qui accompagne les premiers pas de la jeune aveugle trouvant ses marques dans cette grande maison, après des semaines passées à l’hôpital.

C’est l’une des grandes réussites du film : cette manière d’associer la peur à la vision presque documentaire d’une jeune femme réapprenant à vivre sans la vue. Tous les moments les plus terrifiants reposent d’ailleurs sur des sensations, ou des promesses de sensations : un pied nu qui effleure des morceaux de verre, un vent violent ou la pluie qui balaye les visages, une main qui caresse un cheval, un corps au contact avec de la glaise… Autant de pures sensations physiques qui nous aident à ressentir les sensations de Mia Farrow.

Avec un tel sujet, la plupart des réalisateurs auraient privilégié les séquences nocturnes. On jurerait d’ailleurs que cette cave dont on nous parle au début du film est appelée à jouer un rôle important dans l’histoire. Mais non : les rares scènes de nuit sont des moments de répit. Toute l’action se déroule en plein jour, dans de grands espaces ouverts. Loin, donc, de tous les clichés attendus, et avec une maîtrise constante qui prouve une bonne fois pour toute que Fleisher fait, vraiment, partie des grands.

C’est bien par sa seule mise en scène qu’il suggère la terreur de la jeune femme dans un environnement qui lui est familier, puis son angoisse peut-être plus terrible encore dans un décor qu’elle ne connaît pas, et où aucun repère ne lui est offert. Tourné la même année que 10 Rillington Place, Blind Terror est une variation radicalement différente et fascinante sur le thème du Mal.

* Le film fait partie du coffret consacré à Richard Fleisher, regroupant trois films noirs très différents les uns des autres (avec L’Etrangleur de Boston et Les Flics ne dorment pas la nuit).

Columbo : Le Livre témoin (Columbo : Murder by the book) – de Steven Spielberg – 1971

Posté : 19 janvier, 2017 @ 8:00 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, SPIELBERG Steven, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Columbo : Le Livre témoin (Columbo : Murder by the book) – de Steven Spielberg - 1971 dans * Polars US (1960-1979) Columbo%20Le%20Livre%20tmoin_zpsixh3geb9

On pourrait essayer de voir des signes, tenter de détecter le génie du futur réalisateur de Duel ou Jaws, se dire que, quand même, le jeune Spielberg a fait sien l’univers de Columbo. On pourrait. On aurait d’ailleurs toutes les raisons de le faire : ce premier “vrai” épisode de la série (après un téléfilm réalisé en 1967 et un pilote officiel réalisé par un autre), est mené sans la moindre baisse de régime, et réserve un suspense remarquable.

Mais il s’agit bien d’un film de commande pour Spielberg, réalisateur plein de promesses qui a encore tout à démontrer. Et son talent est entièrement au service d’une machine hyper-efficace et déjà bien rodée. Le montage, la musique, l’interprétation suave de Jack Cassidy, et bien sûr le scénario qui réserve la première demi-heure à la mécanique d’un meurtre que le célèbre inspecteur devra décortiquer par la suite… Reconnaissons que rien n’annonce l’univers de Spielberg dans ce bon épisode d’une série très datée 70s mais toujours fort sympathique.

Finalement, le fait que Spielberg, dans ses débuts, ait apporté sa pierre à cet édifice, est surtout l’occasion de renouer avec cette série culte qui a bercé l’enfance de plus d’une génération.

A cause d’un assassinat (The Parallax View) – d’Alan J. Pakula – 1974

Posté : 1 décembre, 2016 @ 8:00 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, PAKULA Alan J. | Pas de commentaires »

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Il faut prendre le temps de digérer ce thriller paranoïaque qui, immédiatement, ne laisse pas une impression formidable. Visuellement peu séduisant, émaillé de rebondissements énormes qu’on a du mal à prendre au sérieux, il semble faire pâle figure à côté de classiques du genre comme Un crime dans la tête ou Les Trois jours du Condor. On est en tout cas bien dans cette lignée de films post-Dallas, portée par la fameuse théorie du complot.

On se dit qu’il est bien naïf Warren Beatty, journaliste qui enquête sur la mort des différents témoins d’un assassinat politique, plusieurs années auparavant. On se dit aussi que le scénariste a pris bien des raccourcis et qu’il n’hésite jamais à choisir la facilité (cette rencontre impromptu avec le shérif au cœur du complot). Et puis on réalise qu’on l’a été tout autant, emporté par les mêmes mensonges, les mêmes faux-semblants, la même manipulation.

Le film repose certes beaucoup sur la révélation finale. Mais cette révélation, cette ultime image sur « l’illumination » tardive de Beatty, longue séquence oppressante où tous les morceaux du terrible puzzle se retrouvent enfin, le range du côté des grands classiques parano de cette période.

Un classique parfois déroutant, comme lors de cette scène étonnante et interminable, où le personnage de Beatty (et nous avec) regarde un étrange montage photos censé tester les émotions, qui rappelle l’expérience déshumanisante d’Orange Mécanique.

La force, et d’une certaine manière la limite, du film, c’est cette capacité de brouiller les pistes, et de détourner le regard de l’essentiel. Pakula place clairement le spectateur dans la peau de Warren Beatty, lui faisant croire qu’il est plus intelligent que les autres, et qu’il a tout compris de cette mystérieuse société secrète qui recrute des tueurs. Et quand la révélation arrive, il est trop tard.

Serpico (id.) – de Sidney Lumet – 1973

Posté : 19 novembre, 2016 @ 8:00 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, LUMET Sidney, PACINO Al | Pas de commentaires »

Serpico (id.) - de Sidney Lumet - 1973 dans * Polars US (1960-1979) Serpico_zpslcfkdutt

Inspiré d’une histoire authentique, Serpico n’est pas à proprement parler un film policier. Pas de véritable intrigue, pas même de grands méchants si ce n’est le système policier et judiciaire lui-même, gangrené par la corruption et la violence. Le film de Lumet est un pamphlet d’une grande puissance dénonçant une société où tout ou presque semble totalement pourri.

Surtout, c’est le portrait d’un flic obsédé par l’envie de bien faire. Pas un chevalier blanc, ni un héros décidé à faire le ménage, mais un simple flic écœuré par la corruption qui l’entoure. Il n’a aucune envie de combattre la corruption, ni même de dénoncer les ordures qui l’entourent au quotidien. Mais il ne demande qu’à faire son boulot à la manière qu’il croit juste.

Ce personnage, auquel Al Pacino apporte une intensité hallucinante, est devenu une sorte de mythe. Un repère en tout cas, dans l’histoire du polar américain, qui donnera lieu à des tas de dérivés dans les décennies qui suivent, mais rarement avec cette radicalité là. La plongée de Pacino dans la violence de ce New York d’avant les années 80 n’a jamais rien d’héroïque. Mais c’est aussi une plongée en obsession, glaçante et sans retour.

Pacino, habité, est absolument formidable. Pas encore cabot comme il le deviendra trop souvent plus tard, il trouve l’un de ses très grands rôles, un an après Le Parrain (et vingt ans avant L’Impasse, dont la scène d’ouverture ressemblera étrangement à celle de Serpico).

Tout n’est pas parfait dans Serpico. La musique, étonnante, est ainsi omniprésente et finit par agacer. Mais Lumet change pour de bon l’image du polar new-yorkais, qui ne sera jamais plus vraiment le même.

L’Etrangleur de Rillington Place (10 Rillington Place) – de Richard Fleischer – 1971

Posté : 7 novembre, 2016 @ 8:00 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, FLEISCHER Richard | Pas de commentaires »

L'Etrangleur de Rillington Place (10 Rillington Place) - de Richard Fleischer - 1971 dans * Polars US (1960-1979) LEtrangleur%20de%20Rillington%20Place_zpshqaz3wya

Entre L’Etrangleur de Rillington Place et L’Etrangleur de Boston, que Fleischer a tourné trois ans plus tôt, il y a une parenté évidente. Les deux films s’inspirent de faits divers réels. Dans les deux cas, il s’agit de tueurs en série qui se cachent derrière l’apparence d’honnêtes maris. Et Fleischer choisit une même approche très réaliste. Pas documentaire pour autant cela dit : les deux films sont avant tout l’oeuvre d’un grand cinéaste, qui utilise toutes les ficelles de son art.

Malgré cette parenté, jusque dans le titre français de celui-ci, qui joue évidemment avec l’image du précédent, les deux films sont très différents, à quasiment tous points de vue. Le point de vue justement. Dans le premier film, Flesicher passait de la police au tueur avec d’importantes ruptures de ton. Ici, s’il passe d’un personnage à un autre, son film tourne constamment autour de l’adresse du titre original.

D’où l’impression, aux antipodes de … Boston qui multipliait les regards différents (jusqu’à jouer habilement avec le splitscreen), d’être enfermé dans cet immeuble un peu vétuste d’un quartier londonien un peu pourri, où se croisent deux couples aux relations un peu glauques. Une sensation d’étouffement, et un profond malaise, que Fleischer instaure en quelques scènes seulement, grâce à sa caméra qui circule sans qu’on s’en rende vraiment compte d’un appartement à l’autre.

L’histoire est simple : un jeune couple emménage dans un petit appartement. Ils font la connaissance de leurs voisins si polis et « convenables ». Mais lui (le voisin) est un tueur de femmes qui sévit en toute impunité depuis des années, un fait que l’on découvre dès la séquence d’ouverture histoire de tuer dans l’œuf tout faux suspense.

Du suspense, il y en a cela dit, mais il tourne uniquement autour de l’imminence de la violence, et de son inéluctabilité. Mais c’est plutôt l’horreur de la situation qui domine, une sensation pour le moins inconfortable que renforce la prestation hallucinante de Richard Attenborough. Le grand-père au sourire rassurant de Jurassic Park incarne ici un psychopathe d’une banalité proprement terrifiante.

Et c’est bien cette familiarité, cette véracité à tous points de vue, qui sidère dans le film de Fleischer. Une mention dans le générique de début précise que le film respecte autant qu’il le peut la vérité des faits. Mais le plus important, c’est le réalisme quotidien, qui repose à la fois sur le moindre détail des décors et sur l’interprétation, parfaite.

John Hurt, quasi débutant, est formidable en mari dépassé par les événements, tout comme Judy Geeson en mère trop jeune et trop innocente. Plus discrète, et plus dérangeante peut-être : Pat Heywood, dans le rôle de l’épouse effacée du tueur, dont les doutes se lisent de plus en plus facilement dans les yeux qu’elle préfère, littéralement, fermer plutôt que d’affronter la vérité.

Fort, et dérangeant.

* Carlotta a édité un beau coffret blue ray regroupant trois films « noirs » très différents tournés par Fleischer à la même période. Y figurent aussi Terreur aveugle et Les Flics ne dorment pas la nuit. Indispensable pour réaliser que Fleischer est un grand cinéaste, et authentique auteur.

Le Point de non retour (Point Blank) – de John Boorman – 1967

Posté : 23 octobre, 2016 @ 8:00 dans * Films de gangsters, * Polars US (1960-1979), 1960-1969, BOORMAN John | Pas de commentaires »

Le Point de non retour (Point Blank) - de John Boorman - 1967 dans * Films de gangsters Le%20Point%20de%20non%20retour_zpsnhchaqjw

Trahi par un complice qui l’a laissé pour mort et lui a piqué son fric et sa copine, un homme entreprend de se venger. Bon. A priori, on a vu ça 100 fois. Pourtant, c’est une véritable claque que nous file le jeune John Boorman, avec ce polar brutal et électrique, qui ne ressemble, finalement, à aucun autre.

Les premières images sont pour le moins déstabilisantes : le montage, haché et hallucinant, laisse craindre le pire. C’est le meilleur qui arrive. Car la surprise initiale passée, ce choix de montage fascine littéralement, et nous scotch au fauteuil, jusqu’à la toute dernière image.

En avance sur les grands polars de Don Siegel, Boorman frappe un grand coup, avec cette violence extrême et brute qui tranche radicalement avec le romantisme du film noir. De fait, et malgré la présence de l’exquise Angie Dickinson, il n’y a rien de romantique ici, juste le sentiment d’immenses gâchis et l’absence totale d’espoir.

Mais si le film est aussi passionnant, c’est aussi grâce à Lee Marvin. Confier à celui qui fut Liberty Valance le rôle principal de Point Blank est une idée de génie : qui mieux que lui pouvait incarner cet homme tellement obstiné qu’il en devient quasi-surhumain ? Marvin a un talent fou pour personnifier ce mélange improbable de vengeur bas du front et génial à la fois. C’est le rôle de sa vie, et il est absolument génial.

Lutte sans merci (13 West Street) – de Phillip Leacock – 1962

Posté : 9 juillet, 2016 @ 8:00 dans * Polars US (1960-1979), 1960-1969, LEACOCK Phillip | Pas de commentaires »

Lutte sans merci (13 West Street) - de Phillip Leacock - 1962 dans * Polars US (1960-1979) Lutte%20sans%20merci_zpsug5yscnv

Vingt ans après Tueur à gages, il a pris cher Alan Ladd, prématurément vieilli et bouffi, loin du charme animal et dangereux de ses grandes années. Sa carrière, d’ailleurs, est en plein déclin lorsqu’il tourne ce thriller qu’il produit lui-même, comme une ultime chance de retrouver les sommets. Le résultat est loin d’être à la hauteur : Lutte sans merci est un « vigilante movie » poussif et visuellement assez laid, qui manque cruellement de rythme.

La faute à un réalisateur guère inspiré, parce que le scénario, qui préfigure des tas de films à venir basés sur l’idée de l’autojustice (pas souvent formidables, du fameux Justicier dans la ville de Bronson au pénible A vif avec Jodie Foster), n’est pas si mal. Plus que l’autodéfense, c’est vraiment le traumatisme de la violence qui est au cœur du film. Et Ladd incarne parfaitement cette idée d’un homme normal et sans histoire, incapable de tourner la page après avoir été victime d’une agression gratuite et sauvage.

Un scénario qui ne joue pas la carte de la surenchère, préférant miser sur une atmosphère troublante et paranoïaque. Il y a bien un méchant, finalement plus pathétique que diabolique, mais le film met surtout en évidence les petits défauts, les mesquineries et les imperfections de chacun : les coupables, les victimes, et même la police.

Loin des clichés du superflic ou, au contraire, du policier incompétent, Rod Steiger est lui aussi remarquable. A priori, un duo Ladd-Steiger pouvait faire craindre le pire : face à Ladd le taciturne, Steiger l’exubérant aurait pu assommer le film. Il n’en est rien : inhabituellement sobre, l’acteur est absolument parfait.

Malgré tout ça, le film ennuie un peu, et laisse un goût d’inachevé. Trop polissée, trop anonyme, la mise en scène ne convainc jamais vraiment. Dommage.

* DVD dans la collection « Film noir, femme en danger » de Sidonis/Calysta, avec des présentations de Patrick Brion et François Guérif.

Allô, brigade spéciale (Experiment in Terror) – de Blake Edwards – 1962

Posté : 23 mai, 2016 @ 8:00 dans * Polars US (1960-1979), 1960-1969 | Pas de commentaires »

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La première séquence, absolument scotchante, révèle les secrets du titre (originale) : cette expérience de la terreur, c’est Lee Remick qui va la vivre. Mais c’est aussi le spectateur. Comme Jacques Tourneur vingt ans avant lui (dans L’Homme léopard, notamment), on sent bien que c’est cette volonté de filmer la peur qui a attiré Blake Edwards, qui venait de tourner un Breakfast at Tiffany’s nettement plus conforme à l’idée qu’on se fait de son cinéma, dans ce thriller.

Cette première scène résume à elle seule tous les principes et les qualités du film. Un noir et blanc magnifique, une musique (signée Henry Mancini) sobre qui distille l’angoisse, des personnages à la limite de l’abstraction, et une caméra dont les mouvements (rares) et les cadrages (sobres, à quelques exceptions près) sont d’une efficacité implacable.

Le postulat de départ est simple : une jeune femme rentre chez elle dans la nuit ; à peine sa voiture garée, la porte se referme derrière elle, la laissant dans l’obscurité et le silence, silence bientôt brisé par une lourde respiration… Cette scène garde, 50 ans après, une puissance terrifiante remarquable. Des moments de terreur, il y en a d’autres dans ce film. Mais Edwards (comme Tourneur) a l’intelligence de systématiquement se renouveler. Pas toujours avec la même puissance, mais en tout cas avec une efficacité constante.

On pourrait critiquer la vision un peu idéaliste du FBI : cette manière un peu simpliste avec laquelle Lee Remick, après avoir été menacée par ce mystérieux agresseur (Ross Martin, le sidekick des Mystères de l’Ouest, formidable), tombe dès le premier coup de téléphone sur un super-agent (Glenn Ford, d’une grande justesse) qui comprend immédiatement qu’il a affaire à une menace sérieuse…

Mais cette facilité scénaristique, qui se répète d’ailleurs à plusieurs reprises, est effacée par la manière dont le travail des enquêteurs est filmée. A l’opposée de l’héroïsme individualiste habituel, mais comme un travail de fourmis, qui nécessite des dizaines d’hommes, et d’interminables surveillances.

Dans la manière d’aborder le polar, dans cette manière de filmer l’angoisse… le film de Blake Edwards a quelque chose de résolument nouveau en 1962. C’est pourtant, aussi, un film de cinéphile, qui évoque à la fois Tourneur donc, mais aussi les films noirs réalistes de Mann ou Hathaway, et s’inscrit clairement dans la mouvance de Psychose. La terrifiante scène des toilettes résonne d’ailleurs comme un clin d’œil au film d’Hitchcock.

Experiment in Terror est aussi un film dont les parti-pris assez radicaux inspireront à leur tour d’autres cinéaste. En premier lieu Don Siegel, dont le Dirty Harry reprendra plusieurs idées fortes du film (avec une vision toutefois nettement plus cynique du travail de la police). Jusqu’à reprendre quasiment telle quelle l’ultime scène dans le stade, reprenant à l’identique ces impressionnants plans d’hélicoptère. Un sacré hommage…

* Le film vient de sortir dans la nouvelle collection « Films noirs, femmes en danger » chez Sidonis/Calysta, avec des présentations par Bertrand Tavernier, Patrick Brion et François Guérif.

Détective privé (Harper) – de Jack Smight – 1966

Posté : 20 mai, 2016 @ 8:00 dans * Polars US (1960-1979), 1960-1969, NEWMAN Paul, SMIGHT Jack | Pas de commentaires »

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Il en fait des tonnes, Paul Newman, surjouant sa cool attitude, cette non-chalance travaillée qui fait son incroyable charme. D’un autre acteur, ce serait insupportable. Mais lui a cette classe folle et une ironie teintée d’autodérision qui emportent l’adhésion. Et tout spécialement dans ce film noir qui sonne très sixties, mais dont le scénario semble tiré d’une armoire laissée fermée pendant vingt ans…

Plus que l’intrigue gentiment tarabiscotée, ses faux-semblants et ses innombrables rebondissements, c’est cette impression que Jack Smight filme un scénario de la grande époque du noir qui fascine et séduit. Sur le papier, Harper, adaptation d’un roman de Ross MacDonald, aurait pu être une sorte de double du Grand Sommeil. A l’écran, le résultat est pourtant radicalement différent. Et dans cette différence, c’est toute l’évolution du cinéma de genre américain qui apparaît.

Pas forcément toujours pour le meilleur : il manque au film de Smight la suprême atmosphère de celui de Hawks. Mais la référence est flagrante, jusqu’à la participation de Lauren Bacall, flanquée d’une jeune femme un rien névrosée (sa belle-fille ici, et plus sa sœur). Quant à Newman, il est une sorte de version années 60 du privé à la Bogart. Donc très différent : filmé dans son terne quotidien (la scène d’ouverture), prêt à implorer sa femme (Janet Leigh) de ne pas le quitter, et passant le plus clair du film à se prendre des coups…

La comparaison pourrait être écrasante, mais Smight a l’intelligence de faire le film à sa manière. Avec un grand sens du rythme et de la dérision, et même une certaine élégance. A tel point qu’on aurait presque souhaiter voir Newman et Smight s’atteler réellement à un remake du Grand Sommeil. Un remake qui sera bel et bien réalisé quelques années plus tard, mais par un tâcheron et sans éclair de génie. Quant à Newman, il retrouvera le rôle de Harper neuf ans plus tard dans La Toile d’araignée qui, non, n’est pas le remake du film noir homonyme des années 50… avec Lauren Bacall.

A bout portant (The Killers) – de Don Siegel – 1964

Posté : 2 avril, 2016 @ 8:00 dans * Polars US (1960-1979), 1960-1969, SIEGEL Don | Pas de commentaires »

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Pour Don Siegel, The Killers marque en quelque sorte le début de l’âge d’or: une quinzaine d’années au cours desquelles le cinéaste s’imposera pour de bon comme un auteur à part entière, avec des polars violents au réalisme souvent presque documentaire, où la frontière entre le bien et le mal prendra des allures nettement plus troubles que dans le cinéma hollywoodien classique.

Ce nouveau départ a quelque chose d’ironique pour Siegel, qui fut pressenti en 1946 pour réaliser la première adaptation de la nouvelle d’Hemingway. Cette année-là, le réalisateur signe son premier long métrage, The Verdict. Quant à la première version de The Killers, finalement réalisée par Robert Siodmak, elle fait partie de la légende du film noir.

Passer après un tel classique avait tout de la fausse bonne idée. Surtout que A bout portant s’apparente finalement moins à une nouvelle adaptation de la nouvelle que d’un remake des Tueurs, dont il reprend la trame générale. Et pour cause : la nouvelle, un court texte de dix pages, ne racontait que le meurtre par deux tueurs d’un homme résigné à mourir, et la discussion qui s’en suit dans son entourage. Un texte génial, mais qui au cinéma se résume à une simple séquence…

Le film de Siodmak s’ouvrait avec cette séquence, un enquêteur remontant ensuite le cours des événements pour comprendre qui était la victime, et ce qui a conduit à ce meurtre. Presque vingt ans plus tard, le film de Siegel reprend la même construction sous forme d’enquête avec flash-backs, avec braquage qui tourne au drame et femme fatale autour de laquelle rôde la mort. Mais la comparaison s’arrête à peu près là.

The Killers version 64 regorge d’idées géniales. Dès la première séquence de meurtre : loin du bar nocturne à la Edward Hopper de 46, Siegel ouvre le rideau sur un institut pour aveugles où tout se passe en pleine lumière. Et avec des tueurs aux antipodes des figures archétypales du premier film : Lee Marvin et Clu Galager, dans une curieuse relation maître-élève pleine de tendresse, n’ont pas d’état d’âme, pratiquant la violence avec un sadisme d’autant plus dérangeant qu’elle s’appelle souvent à des êtres en situation d’infériorité.

Mais ils ont une profondeur inattendue, et des interrogations existentielles. Pourquoi cet homme s’est-il laissé tuer au lieu de chercher à fuir? C’est la question que se pose Charlie, le tueur vieillissant qu’incarne Lee Marvin avec une sobriété exemplaire. Et c’est peut-être la plus grande idée du film : avoir fait de cette question le moteur de l’action. Désormais, ce n’est plus un enquêteur, mais les tueurs eux-mêmes qui remontent le fil de l’histoire…

Cette histoire est celle de Johnny North (John Cassavetes, parfait), coureur automobile entraîné dans un braquage avec la belle Angie Dickinson, dont on se demande si elle est juste trop belle et trop faible ou si c’est la reine des salopes, et son riche « protecteur » Ronald Reagan, dans son dernier rôle au cinéma (son seul méchant, et quel méchant !). Mais on connaît le destin du Suédois, incarné par Burt Lancaster en 46. Celui-ci est de la même veine. Non, ce qui fascine surtout, c’est l’obsession de Lee Marvin, de ce tueur entouré par la mort et taraudé par l’idée qu’on puisse l’accepter si facilement…

Loin des cabotinages dans lesquels il est parfois tombés, Marvin a rarement été aussi intense et troublant que dans The Killers. Siegel, il est vrai, soigne particulièrement ses acteurs ici, offrant à chacun, jusqu’au plus petit second rôle, des moments mémorables. Seymour Cassel réussit ainsi à exister en une unique scène anodine et sans dialogue. Et Claude Akins surtout, trouve l’un de ses plus beaux rôles, très émouvant en mécano brut de coffrage qui fend l’armure, peut-être le seul personnage à ne jamais perdre son humanité.

Et visuellement, le film est aussi une splendeur. Il y a le rythme absolument parfait que donne Siegel, et il y a la rupture radicale avec l’esthétique néo-expressionniste du film de Siodmak, ce noir et blanc contrasté et fascinant qui tirait le film vers le mythe. Ici, la lumière est vive et les couleurs chaudes. Pas de zones d’ombres, mais des plans soudains désaxés pour annoncer la violence, une violence crue et brutale, qui n’a plus rien de romantique.

En avance sur le Nouvel Hollywood, ce noir-là va influencer plus d’un polar dans les quinze ans à venir. Malgré tout, il reste l’une des plus grandes réussites du genre, qui n’a rien perdu de sa puissance et de son pouvoir de fascination. Un chef d’œuvre, oui, qui n’a rien à envier au classique de Siodmak.

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