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Archive pour la catégorie '* Polars européens'

La Vie privée de Sherlock Holmes (The Private Life of Sherlock Holmes) – de Billy Wilder – 1970

Posté : 18 juin, 2017 @ 8:00 dans * Polars européens, 1970-1979, Sherlock Holmes, WILDER Billy | Pas de commentaires »

La Vie privée de Sherlock Holmes (The Private Life of Sherlock Holmes) - de Billy Wilder - 1970 dans * Polars européens La%20Vie%20prive%20de%20Sherlock%20Holmes_zpsqyao4yt0

Entre Wilder et Sherlock Holmes, la rencontre était loin d’être évidente. L’élégante légèreté et l’ironie mordante du premier était-elle vraiment compatible avec la logique et le cynisme du plus célèbre des détectives ? Eh bien oui. Non seulement Wilder réussit son pari, mais il signe tout simplement l’un des meilleurs « Sherlock Holmes movies », pour ne pas dire le meilleur.

La grande force du film, c’est justement cette alliance improbable. Entre les deux univers, Wilder choisit de ne pas choisir. Et c’est un mariage heureux qui en sort. L’atmosphère des récits de Conan Doyle a-t-elle déjà été aussi bien mise en image ? Pas sûr. La rigueur (la raideur, même), de Sherlock Holmes est bien là, son sens de l’observation, son verbe haut, sa relation avec le Docteur Watson, son penchant pour la drogue qui occupe son cerveau incapable de rester au repos… Bref, Sherlock Holmes tel que Conan Doyle l’a créé, et tel qu’on se l’imagine.

Mais l’ironie de Wilder est bien là. Et son Sherlock Holmes (joué par Robert Stephens), tout en superbe, a beau être le détective star que tout Londres s’arrache, jusqu’à la reine elle-même, jamais il ne fait réellement avancé l’intrigue. Pire, il révèle peu à peu une propension peu commune à se laisser manipuler, victime de son propre ego. Il semble même être ramené au rang de .gamin au contact de son frère Mycroft (Christopher Lee, qui retrouve l’univers de Sherlock Holmes après Le Chien des Baskerville), qui semble lui faire perdre ses moyens.

C’est là toute la réussite du film : la capacité qu’a Wilder (et le scénariste I.A.L. Diamond, avec qui il écrit cette aventure originale du détective) à jouer avec la réputation de Holmes, et avec la perception qu’en ont les Londoniens… et les spectateurs. Cela donne les plus belles scènes, notamment celle où Holmes, pour échapper à la troublante proposition d’une célèbre ballerine, laisse entendre qu’il file le parfait amour avec Watson… C’est drôle, brillant, et passionnant.

Inspecteur de service (Gideon’s Day / Gideon of Scotland Yard) – de John Ford – 1958

Posté : 2 juin, 2016 @ 8:00 dans * Polars européens, 1950-1959, FORD John | Pas de commentaires »

Inspecteur de service (Gideon's Day / Gideon of Scotland Yard) - de John Ford - 1958 dans * Polars européens Inspecteur%20de%20service_zpsm64w5z5x

On sait John Ford fasciné par « son » Irlande. Mais que diable est-il allé faire dans ce faux polar londonien, qui raconte la journée d’un inspecteur de Scotland Yard, rythmée par ses multiples enquêtes et par sa vie de famille ? Sans doute pas Londres elle-même, même si la toute première scène donne l’occasion à Ford de filmer un superbe plan du brouillard londonien.

D’ailleurs, plutôt que d’adopter la culture anglaise, Ford l’a plutôt pliée pour la faire entrer dans son propre univers, autant que possible. Scotland Yard a ainsi des allures de garnison de Cavalerie, et un personnage d’indic lui permet d’évoquer, même brièvement, sa chère Irlande, réminiscence de son Mouchard.

Reste que le résultat est pour le moins étrange, ni vraiment film policier, ni vraiment comédie. Une sorte de film foutraque dont les ruptures de ton déstabilisent plus que l’accumulation d’intrigues secondaires. Plutôt sympathique, mais pas totalement abouti… Il y a quand même quelques moments magiques qui nous rappellent que c’est le grand Ford qui est aux commandes, comme la visite de Gideon à la mère d’une jeune fille tuée, passage magnifique qui illustre la lassitude de ce personnage.

Il y a un autre plan qui marque les esprits : un escalier en premier plan, l’encadrure d’une porte, et un assassin en puissance isolé dans ce cadre étriqué… L’escalier n’est certes pas du même côté, mais on jurerait qu’Hitchcock s’en est inspiré pour l’un des plans les plus fameux de Psychose, qu’il tournera deux ans plus tard. Comme il semble d’être inspiré de l’esthétique générale du film pour Frenzy, bien plus tard.

Et puis il y a les acteurs : Jack Hawkins surtout, formidable. Il semble que c’est l’idée de travailler avec lui qui a attiré Ford sur ce projet. Ça et la possibilité de faire tourner Anna Lee, dont c’est le premier rôle depuis quatre ans : blacklistée (par erreur), elle retrouve le chemin des plateaux grâce à l’amitié fidèle de Ford…

Loin de Hollywood, Ford avait d’ailleurs besoin de son entourage habituel. John Wayne a ainsi assisté à l’ensemble du tournage, même s’il n’est pas à l’affiche : Ford l’avait fait venir pour picoler avec lui le soir après un tournage auquel il n’accordait visiblement pas toujours la même attention (on est quand même loin de La Prisonnière du Désert). Belle compagnie pour peaufiner sa connaissance des pur malts écossais…

Broadchurch (id.) – saison 2 – créée par Chris Chibnall – 2014

Posté : 31 mai, 2016 @ 8:00 dans * Polars européens, 2010-2019, BARKER Mike, CHIBNALL Chris, HOBBS Jessica, STRONG James, TÉLÉVISION, TEPLITZKY Jonathan | Pas de commentaires »

Broadchurch (id.) - saison 2 - créée par Chris Chibnall - 2014 dans * Polars européens Broadchurch%20saison%202_zpstii0wd0q

La première saison était formidablement addictive. Cette deuxième mouture n’est sans doute pas tout à fait à la hauteur, mais quand même, difficile de lâcher avant la fin, tant les personnages déjà bien posés dans la première saison passionnent et émeuvent, et tant la série est basée sur un sens incroyable du rythme et du rebondissement.

La première saison se suffisait à elle seule : le meurtre d’enfant était résolu, et les parts d’ombre des personnages, qui rythmaient chaque épisode, étaient à peu près toutes mises en lumière. Cette deuxième saison part d’un double postulat. D’une part, disséquer les effets du meurtre (et de l’identité du meurtrier) sur la population, à l’occasion du procès qui s’ouvre. D’autre part, confronter le flic obsessionnel et malade Alec Hardy (David Tennant) aux fantômes de l’enquête ratée qui le mine depuis si longtemps.

Avec son ancienne co-équipière Ellie Miller (Olivia Colman), elle-même confrontée à des démons aussi violents qu’inattendus, il rouvre l’enquête… tout en affrontant les remous eux aussi inattendus du procès. Autant dire qu’avec cette double intrigue, les scénaristes ont de quoi jouer avec les nerfs des téléspectateurs, avec ce goût déjà très prononcé pour les fausses pistes et les rebondissements.

Contre toute attente, cette deuxième saison joue moins sur ces ficelles, privilégiant d’avantage encore la psychologie des personnages. D’ailleurs, l’enquête rouverte est l’aspect le moins convaincant de ces huit épisodes. On sent bien, d’emblée, que les fausses pistes ne mènent nulle part et que la première impression est, peut-être bien, la bonne… L’empreinte de la saison 1 est telle que ce sont les personnages que l’on connaît déjà qui fascinent le plus, même si les secrets ont déjà été dévoilés.

Comment se reconstruire après un tel drame ? Comment vivre dans cette communauté qui a été à ce point balayée par les doutes et la suspicion généralisée ? Ce sont ces questions d’habitude jamais abordées à l’écran (puisqu’elles apparaissent lorsque l’intrigue principale est bouclée) qui dont de cette saison 2 une nouvelle grande réussite. Plus que le procès lui-même et ses rebondissements, même si l’affrontement entre les avocates jouées par Charlotte Rampling et Marianne Jean-Baptiste est assez formidable.

Et jusqu’à un dénouement totalement inattendu, à la fois audacieux et d’une immense sensibilité. La marque de fabrique de cette série dont une troisième saison (la dernière) est annoncée.

Secret State (id) – mini-série créée par Robert Jones et réalisée par Ed Fraiman – 2012

Posté : 22 mai, 2016 @ 8:00 dans * Polars européens, 2010-2019, FRAIMAN Ed, JONES Robert, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Secret State (id) - mini-série créée par Robert Jones et réalisée par Ed Fraiman - 2012 dans * Polars européens Secret%20State_zps6sly8bqe

De Borgen à House of Cards, la série télé politique a le vent en poupe. Secret State, mini-série british en quatre épisodes, entre clairement dans cette catégorie, en associant une forme ouvertement moderne (caméra à l’épaule, couleurs saturées…) et des ficelles qui ont fait leur preuve depuis longtemps.
En vrac : des industriels véreux, une finance toute puissante, des politiciens englués dans leurs ambitions personnelles, une machination mystérieuse, des meurtres déguisés en suicide, des services secrets qui surveillent tout le monde… et un chevalier blanc, devenu premier ministre contre toute attente, après la mort suspecte de son prédécesseur.

Ce chevalier blanc, c’est Gabriel Byrne, l’une des raisons qui font de Secret State une grande réussite. Il a un charisme fou, et cette manière si particulière de sembler ne rien faire avec profondeur. Impassible, la plupart du temps, mais en donnant pourtant à son personnage une belle complexité. Pas facile, pourtant, de faire exister un personnage aussi ouvertement et unilatéralement bon.

Autour de lui, pourriture et corruption. Là non plus, rien de bien surprenant donc. Sauf que, passé un premier épisode qui ne laisse guère de doute à la surprise, c’est surtout l’intelligence de l’écriture et l’efficacité de la mise en scène qui emportent l’adhésion. Plus l’intrigue avance, plus les ramifications se font complexes. Au final, l’immense machination attendue laisse plutôt la place à un portrait acide et plein de cynisme des puissants de ce monde, sans concession.

Grande fiction politique, Secret State est aussi, et c’est tant mieux, un film (pardon, une mini-série) de personnages, dont la réussite repose en grande partie sur la qualité des secons rôles. Moins ces deux aspirants-déçus-premiers ministres, assez caricaturaux et à la limite du grotesque, que les personnages qui gardent une part de mystère. Mention à Tony Fossett (Douglas Hodge), le meilleur ami qui noie les échecs de sa vie dans l’alcool. Au garde du corps aussi (Ralph Ineson), quasi-muet mais à la présence électrisante. Et bien sûr à Charles Dance, constamment en retrait mais fascinant en conseiller personnel du premier ministre.

Même si elle repose sur des ficelles éculées, cette mini-série brillante se révèle joliment addictive.

Des pas dans le brouillard (Footsteps in the fog) – d’Arthur Lubin – 1955

Posté : 21 mai, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), * Polars européens, 1950-1959, LUBIN Arthur | Pas de commentaires »

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Arthur Lubin est un réalisateur qu’on aime bien pour des raisons un peu secondaires. Pas pour son ambition démesurée de cinéaste, vouée au duo comico-lourdingue Abbott et Costello et à l’inépuisable série des Francis, le mulet qui parle. Mais pour avoir été le premier à donner sa chance au jeunot Clint Eastwood, à qui il a confié quelques petits rôles anodins (Escapade au Japon) ou croquignolets (il faut voir La VRP de choc uniquement pour les sourires béats de Clint).

Bref, son cinéma est, pour être gentil, loin d’être renversant. Pesant, même, la plupart du temps. Surtout lorsqu’il se lance dans l’exotisme ou les grands espaces, aspects qui semblent immanquablement plomber son cinéma. Pourtant, un petit miracle se produit de loin en loin. On lui doit ainsi une version du Fantôme de l’Opéra à la bonne réputation, et un film noir méconnu mais fort sympathique, Impact. Des pas dans le brouillard pourrait bien être son chef d’œuvre.

C’est d’autant plus remarquable que le film est tourné entre deux Francis, à une époque où Lubin affirme clairement sa vocation de réalisateur de comédies familiales sans aspérités. Tout le contraire de ce « film noir victorien » loin d’être parfait, mais fascinant et étrangement dérangeant. Point de grands espaces ici : entre les salons feutrés du Londres des privilégiés et les rues baignés de brouillard, Lubin filme constamment en espaces clos, ce qui lui réussit particulièrement bien.

Il est aidé, il est vrai, par une photo absolument superbe (signée Christophe Challis): une image quasi-monochrome qui donne une élégance et une atmosphère mystérieuse et fascinante à cette histoire. Histoire dont on se dit d’abord, lors de cette superbe séquence d’ouverture (formidable travelling qui nous conduit au pied d’un impressionnant et dérangeant tableau), qu’elle est une sorte de variation autour du thème maintes fois emprunté de Rebecca.

Un riche veuf (Stewart Granger), sa jeune et belle gouvernante (Jean Simmons), et une épouse décédée trop présente… Le parallèle semble évident. Sauf que, très vite, le film prend une toute autre dimension. On pourrait mettre toute le crédit de la réussite du film au chef op et aux scénaristes, mais ce serait injuste : Lubin réussit parfaitement tous les moments clés du film, avec simplicité et efficacité. Un sourire de Granger en contre-champs du tableau de la défunte… Un meurtre dans la brume londonienne… Lubin installe un climat inconfortable et bouscule constamment le spectateur.

La réussite du film repose aussi sur le « couple » principal. Entre Jean Simmons et Stewart Granger (mariés à la ville, à cette époque), on ressent constamment à la fois un érotisme trouble, et un décalage brutal. Comme si le désir sexuel et celui de tuer cohabitaient… Un film victorien, sans doute, mais surtout un film noir. Très noir.

* DVD dans une nouvelle collection au titre curieux « Film noir, femme en danger », chez Sidonis/Calysta, avec des présentations passionnées de Bertrand Tavernier, François Guérif et Patrick Brion.

Broadchurch (id.) – saison 1 – créée par Chris Chibnall – 2013

Posté : 12 avril, 2016 @ 8:00 dans * Polars européens, 2010-2019, CHIBNALL Chris, LYN Euros, STRONG James, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

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Broadchurch, sa plage, ses falaises, son joli port de pêche, son imposante église qui domine les habitations. Une petite ville anglaise au charme si typique, entre ses vieilles pierres pleines de charmes et ses quartiers résidentiels sans surprises. L’une de ces petites villes où il fait bon vivre, où tout le monde se connaît, s’appelle par son prénom et demande des nouvelles de la famille…

Mais ce matin-là, un corps est retrouvé sur la plage : celui d’un gamin de 11 ans, Danny Latimer, fils d’une famille aimée et respectée. Ce matin-là aussi, la policière Ellie Miller pensait prendre la tête de son équipe d’enquêteurs, et découvre qu’on lui a préférée un flic de la ville, rêche et peu aimable, entouré d’une réputation sulfureuse suite à la déroute d’une enquête autour de la mort d’une fillette…

En huit épisodes, serrés et bouleversants, Broadchurch réussit à être tout à la fois une passionnante enquête policière, et le portrait corrosif d’une communauté dont le vernis ne va cesser de craquer. Tout le monde se connaît, sauf que l’assassin est forcément des leurs. Personne ne peut être soupçonné d’un tel crime… du coup tout le monde l’est. Et cette plongée dans le soupçon et les tourments de l’âme humaine révèle ce que les hommes et les femmes ont de pire… mais aussi de plus beau.

Episode après épisode, le créateur et brillant scénariste Chris Chibnall prend un malin plaisir à déplacer les soupçons d’un personnage à un autre. Un pervers jeu du chat et de la souris qui sert aussi, et surtout, à dévoiler des secrets profondément enfouis. Les voisins dont on croyait tout savoir sont loin d’être aussi transparents. « Comment pouviez-vous ne pas savoir ? » interroge l’inspectrice Ellie Miller à une femme à propos de son lourd passé. Tout le fond de Broachurch repose sur cette question, ou plutôt sur son inverse : comment aurions-nous pu savoir ?

L’émotion est omniprésente, et on pleure, on pleure même beaucoup, à peu près de la première minute du premier épisode, à la dernière image de l’ultime épisode. Mais jamais Chibnall ne surenchérit dans l’émotion facile : les ressors scénaristique et une mise en scène toujours élégante se suffisent à eux-mêmes. Et jamais les comédiens ne surjouent cette émotion.

Et quels comédiens : jusqu’au plus petit second rôle, tous sont formidables, d’une justesse parfaite. Dans les rôles complexes et plein d’ambiguïtés des parents du petit Danny, Jodie WHittaker et Andrew Buchan sont sublimes. Quant à l’improbable duo d’enquêteur, il renouvelle joliment l’habituel tandem de flics mal assortis : Olivia Colman en mère de famille trop normale qui perd peu à peu sa naïveté ; et David Tennant (ex-Docteur Who), assez génial en flic associal et revenu de tout dont les fêlures se font de plus en plus béantes.

The Major (Maïor) – de Youri Bykov – 2013

Posté : 3 décembre, 2015 @ 3:04 dans * Polars européens, 2010-2019, BYKOV Youri | Pas de commentaires »

The Major (Maïor) - de Youri Bykov - 2013 dans * Polars européens The%20Major_zps12vjsfq3

Elle n’est pas gaie, cette Russie au cœur de The Major : un pays glacial et sans joie, peuplé d’êtres tristes vivants dans des villes ouvrières sans charme et recouvertes d’une épaisse couche de neige. C’est dans ce décor que le film commence, par un faits divers tragiquement banal : un automobiliste qui roule trop vite pour retrouver sa femme sur le point d’accoucher, un enfant qui traverse la route, la neige qui interdit tout arrêt brusque…

A partir de ce terrible accident, Youri Bykov nous plonge dans la violence et la corruption de son pays. Il se trouve que l’automobiliste impliqué est un capitaine de police, et que pour le couvrir, ses collègues et supérieurs sont prêts à tout : mensonge, intimidation, meurtre même… Et au vu et au su de tous, qui plus est, et c’est là que le film de Bykov est le plus perturbant : lorsqu’il décrit cette loi du silence, ce poids si inhumain et imparable du pouvoir.

Pour son film (son deuxième long métrage), Youri Bykov choisit des tons quasi monochromes, sans la moindre couleur vive si ce n’est celle du sang qui tache la neige. Et ce n’est pas un hasard : dans ce pays où les citoyens se heurtent à la toute puissante des « officiels », l’espoir est une notion bien étrangère… Et le soudain réveil de conscience de notre « héros » n’y changera pas grand-chose.

D’une noirceur abyssale, le film est aussi passionnant que dérangeant. Il permet surtout de révéler l’incroyable talent de Youri Bykov, l’auteur, l’âme et l’incarnation de ce faux film noir construit comme un western tragique. Dans le rôle du cow-boy qui tente de se racheter une conduite, Denis Shvedov est parfait. Mais c’est Youri Bykov lui-même qui dévore l’écran dans le rôle du flic chargé des basses œuvres : un sale type, certes, mais dévoré par la lassitude, l’écœurement, et même la peur de se confronter lui-même à la violence.

Sa présence à l’écran et la profondeur qu’il apporte à ce personnage d’ordure absolue sont assez sidérantes. Acteur, réalisateur, scénariste, monteur du film, Youri Bykov est aussi le compositeur d’une musique totalement envoûtante qui fait beaucoup pour l’atmosphère unique du film. Un talent éclectique pour un film électrique… Youri Bykov est un cinéaste à suivre.

* DVD édité chez Luminor / Arcadès, avec peu de bonus : la seule bande annonce, et la présence du dossier de presse papier, avec notamment une interview de Youri Bykov.

M le maudit (M) – de Fritz Lang – 1931

Posté : 15 août, 2015 @ 9:13 dans * Polars européens, 1930-1939, LANG Fritz | Pas de commentaires »

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Ce monument du 7ème art garde, plus de 80 ans après sa réalisation, une puissance incroyable. Visuellement, Lang, au sommet de son art, renoue avec la perfection esthétique de ses chefs d’oeuvre du muet. Dans un noir et blanc sublime, et avec un sens de la composition du cadre qui rappelle constamment sa passion première pour la peinture, Lang filme la ville et ses habitants comme personne avant lui.

Ses images évoquent souvent Docteur Mabuse, autre film (muet celui-là) qui pointait du doigt les fêlures et les monstruosités de la société allemande. Et c’est vrai que les thèmes abordés sont souvent les mêmes, et se font écho aux remous qui secouaient l’Allemagne de l’entre-deux-guerre. Pas un hasard si Lang, cinéaste chéri du pouvoir, s’exilera après 1933, et si M le maudit sera interdit par le régime nazi.

Pourtant, l’approche de Lang pour ce film est radicalement différente de celle de ses grands films muets, très feuilletonesques. Il y a bien des personnages au coeur du film : le tueur joué par Peter Lorre bien sûr, mais aussi le commissaire Lohmann, que Otto Wernicke retrouvera pour Le Testament du Docteur Mabuse. Mais Lang filme avant tout la société berlinoise en tant que tel. Même s’il ne délaisse pas ses personnages (Lorre comme Wernicke sont inoubliables), ce qui intéresse Lang est de disséquer les effets de la violence sur le peuple.

La construction du film est extraordinaire, avec un enchaînement imparable de séquences toutes plus fortes les unes que les autres. Dès la première séquence, le ton est donné, longue scène par moments presque muette qui met en scène l’immontrable : le meurtre d’un enfant, que l’on ne verra jamais vraiment, et que Lang illustre par l’absence. Une chaise vide, un escalier vide, une rue vide… et le hurlement de cette mère que l’on jurerait avoir entendu.

Et puis il y a la paranoïa, et cette foule assoifée de sang prête à lyncher le premier suspect venu parce que la violence appelle la violence (un thème qui sera au cœur de Fury, le premier film américain de Lang). Et là, on comprend pourquoi les personnages en tant que tels sont à ce point en retrait : Lang est fasciné par l’effet de la violence (ce n’est pas une nouveauté), et par le comportement des masses, et son M est peut-être le plus politique de ses films, et le plus critique par rapport à ses concitoyens.

Lang filme la peur, la colère, la suspicion, la folie d’un homme et à travers elle celle d’un peuple. Splendide et terrifiant, le film regorge d’idées géniales : le choix de Peter Lorre pour commencer, hallucinant avec son visage rond et puéril et ses gros yeux globuleux ; cette si belle musique qui annonce la pire des horreurs ; cette armée de mendiants et de criminels lancée dans une chasse à l’homme impitoyable jusqu’à prendre littéralement d’assaut un immeuble…

Formidable aussi : la manière dont Lang met en parallèle la police et la pègre, lancées dans une même quête du mystérieux meurtrier. Chacune avec sa propre motivation, l’une pour faire respecter l’ordre, l’autre en dépit de toutes les lois, mais finalement avec le même objectif et finalement les mêmes armes, comme le sous-entend la très cynique séquence du procès, qui fait vaciller toutes les certitudes tout en balayant les dernières illusions.

M le maudit est une merveille du cinéma, d’une intelligence et d’une force rarement égalées. Peut-être l’oeuvre-clé de tout le cinéma de Fritz Lang.

Peaky Blinders (id.) – saison 1 – créée par Steven Knight – 2013

Posté : 26 mai, 2015 @ 4:51 dans * Films de gangsters, * Polars européens, 2010-2019, BATHURST Otto, HARPER Tom, KNIGHT Steven, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

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D’abord, il y a la beauté envoûtante des premières images, plongée dans les bas-fonds du Birmingham de 1919 qui se résume à quelques décors à la présence quasi-fantastique. Et puis il y a les premières notes du mythique « Red Right Hand » de Nick Cave, qui tiendra lieu de générique et qui plante l’atmosphère unique de cette série absolument géniale.

Peaky Blinders a été rapidement présenté comme une version british et télévisée du Gangs of New York de Scorsese. Mais la comparaison est un peu rapide, basée sur l’ampleur de la reconstitution historique, et sur le poids de la violence sur la construction d’une société. Mais Peaky Blinders est avant tout une sorte de tragédie familiale, finalement plus près du Parrain de Coppola, avec un héros revenu transformé de la guerre : cette bataille de la Somme dont on ne verra rien d’autre que de fugitives réminiscences, mais qui hante l’ensemble de cette première saison.

Il y a dans Peaky Blinders une immense ambition esthétique : pour le créateur Steven Knight et ses réalisateurs, chaque plan est construit comme un tableau aux couleurs chaudes. D’où quelques (rares) excès, en particulier dans les premiers épisodes : une propension aux ralentis pas toujours nécessaires. Mais la beauté des images reste constamment au service de l’atmosphère, soulignant le sentiment d’assister à une tragédie en marche, inéluctable.

Peaky Blinders est un show plein de fureurs et de violence. C’est aussi une série qui sait prendre son temps, et ose les longues pauses, pour mieux faire exister des personnages fascinants qui, tous, portent leur part d’ombre comme une croix. C’est évidemment le cas de Tommy Shelby, le « chef de gang » dangereux et touchant à la fois, incarné avec une puissance rare par Cillian Murphy. C’est aussi le cas de son double négatif, le superflic Campbell aux méthodes pas si éloignées de ceux qu’il traque (Sam Neill, magnifique revenant). Mais aussi de la belle Grace Burgess, superbe trait d’union entre les deux antagonistes.

Six épisodes seulement pour cette première saison, mais d’une intensité renversante, sans la moindre baisse de régime. Jamais complaisante dans sa manière d’aborder la violence, ne cédant jamais à une quelconque facilité scénaristique, Peaky Blinders est une merveille absolue, un chef d’oeuvre dont on attend avec une impatience rare la deuxième saison…

* Double blue ray indispensable édité chez Arte, qui rend parfaitement hommage à la beauté visuelle de la série (avec en bonus un beau making of de 15 minutes).

Southcliffe (id.) – mini-série réalisée par Sean Durkin – 2013

Posté : 26 février, 2015 @ 6:01 dans * Polars européens, 2010-2019, DURKIN Sean, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Southcliffe (id.) - mini-série réalisée par Sean Durkin - 2013 dans * Polars européens Southcliffe_zps3u2neven

Une petite ville anglaise, sans histoire. Le genre de petite ville où tout le monde se connaît plus ou moins depuis l’enfance. Où les fins de journée et les week-ends se passent dans les pubs, à enchaîner les bières et chanter avec les potes. Tout ce qu’il y a d’harmonieux, a priori, jusqu’au jour où un habitant, un peu marginal mais sans réel problème, se mette à tirer sur tous ceux qu’il croise, tuant au final 15 personnes. Le genre d’événements qui crée des abysses de souffrances et d’interrogations, mais qui révèle aussi les fissures qui étaient déjà bien là…

C’est ce que raconte cette formidable mini-série british en quatre épisodes d’une intensité rarement atteinte jusqu’à présent. Le sujet lui-même n’a rien de nouveau : la violence et le drame qui révèlent les secrets cachés ou la face obscure d’une communauté, on a déjà vu ça cent fois. Mais pas comme ça, pas avec cette force narrative (et cette intelligence), à mettre autant au crédit du réalisateur Sean Durkin que du scénariste Tony Grisoni.

Ce qui frappe tout au long de ces plus de trois heures de films (trois bons quarts d’heure par épisode), c’est la manière dont le passé, le présent et l’avenir sont entremêlés. Pas uniquement dans le montage qui, surtout dans les deux premiers épisodes, propose d’incessants allers-retours temporels. Mais aussi dans la manière qu’ont les personnages de faire face à la tragédie et à la douleur, comme si la frontière du temps n’existait plus.

Les deux premiers épisodes sont aussi audacieux que brillants dans leur structure, sorte de spirale nous entraînant inexorablement au coeur de l’horreur. Le film ne joue ni la carte du mystère, ni celle du suspense pure : on sait d’emblée ce qui va se passer. Mais Durkin et Grisoni réussissent admirablement à créer ce sentiment de l’inexorable, de l’imminence de la violence et de ses conséquences à venir.

Les deux derniers épisodes sont plus linéaires, parsemés toutefois de brèves images du passé, ou de simples réminiscences. Mais le poids du passé y est constamment présent. Pas seulement de la tuerie, mais aussi de tout ce qui, peut-être, y a conduit. Et c’est toute une histoire commune qui est revisitée avec douleur.

Il y a quelque chose de viscéral dans Southcliffe. Quelque chose que l’on doit aussi à l’extraordinaire qualité de l’interprétation. Les acteurs semblent tous littéralement habités par des rôles formidablement écrits et d’une complexité rare. Comment faire resentir la douleur la plus insoutenable en chantant avec des potes ? Comment émouvoir en insultant une population qui pleure ses morts ? Comment faire resentir une culpabilité qui ne peut pas s’exprimer ?

Si Southcliffe est un chef d’oeuvre, c’est aussi grâce à la manière dont les acteurs incarnent totalement ces personnages, détruits et hantés à jamais. L’une des plus belles réussites télévisuelles de ces dernières années.

• Les quatre épisodes de cette mini-série sont regroupés sur un DVD qui vient de sortir aux Editions Montparnasse. Sans bonus.

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