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Archive pour la catégorie 'POLARS/NOIRS'

Insomnia (id.) – de Christopher Nolan – 2002

Posté : 10 janvier, 2011 @ 5:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2000-2009, NOLAN Christopher, PACINO Al | Pas de commentaires »

Insomnia

« Dormir », semble susurrer Al Pacino en décrochant le téléphone. A vrai dire, c’est son nom (Dormer) qu’il annonce, mais toute l’atmosphère de ce thriller génial est résumée dans ce simple mot. Dormer, donc, est un grand flic new yorkais qu’on envoie enquêter sur le meurtre d’une jeune étudiante, dans une bourgade paumée d’Alaska, à une époque où la nuit ne tombe jamais. Une « petite » enquête qui lui permet d’échapper pour un temps à l’enquête interne dont il est l’objet.

Nolan fait très fort avec ce film de genre qui succède à Memento, parce qu’il ne tombe jamais dans le piège pourtant très tentant de la surenchère. Le face-à-face entre le superflic et le tueur tient toutes ses promesses, mais le tueur en question n’est pas un génie du crime à la Seven : c’est un pauvre type auquel Robin Williams apporte une belle profondeur, une fêlure presque touchante.

Le vrai sujet du film, ce n’est évidemment pas l’enquête, mais le tourbillon personnel dans lequel se retrouve Dormer/Pacino. Et Nolan a un talent fou pour embarquer le spectateur dans ce tourbillon mental, au cœur des tourments professionnels de Dormer, qu’aggrave son incapacité à trouver le sommeil dans cette terre où il ne fait jamais nuit. Cela donne quelques très grands moments de cinéma : en choisissant la simplicité (contrairement à Inception), Nolan ne signe pas seulement son meilleur film, il réussit à créer une atmosphère qu’il tient de bout en bout.

On ne voit pas le film, on le vit, comme si on était dans la tête de Dormer, comme si le manque de sommeil nous touchait aussi. D’où le trouble immense lorsque Dormer tue son équipier, qui s’apprêtait à le balancer : est-ce un accident, ou un acte délibéré ? Nolan laisse planer le doute jusqu’au bout.

Pacino est exceptionnel, bien sûr. Sa prestation, dans Insomnia, est sans doute sa meilleure depuis L’Impasse. Le regard hagard, les épaules voûtées, ce « grand flic » révèle ses fêlures, son humanité, et rappelle que, malgré des choix un peu douteux ces dernières années, Pacino est l’un des plus grands qui soit…

Règlement de comptes (The Big Heat) – de Fritz Lang – 1953

Posté : 23 décembre, 2010 @ 12:29 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, LANG Fritz | Pas de commentaires »

Réglement de comptes

Simple, frontal, violent… Ce polar signé Fritz Lang n’est pas seulement un chef d’œuvre, c’est aussi la matrice de nombreux films policiers, plus ou moins réussis, que l’on verra au cours des années 60 et 70 (on pense à Police sur la ville de Don Siegel, notamment). Avec quinze ans d’avance, Lang rompt avec la tradition du « film noir », et signe une œuvre réaliste, ancrée dans la réalité, et d’une violence parfois inouïe.

Au cœur du film, Glenn Ford (un choix formidable, qui ne tire pas son personnage vers l’image de héros infaillible qu’un Cary Grant ou un Gary Cooper lui aurait sans doute donnée) est un petit flic comme tant d’autres, qui ne parvient plus à cacher son ras-le-bol devant la corruption omniprésente dans sa ville, et qui refuse de jouer le rôle qu’on attend de lui. Il s’attaque au « parrain » qui domine la ville (y compris la police), et paiera le prix fort de cette honnêteté. Sa vie de famille parfaite n’y survivra pas.

Les personnages féminins n’ont pas le beau rôle dans cette ville pourrie jusqu’à la moelle. L’épouse douce, aimante et innocente en sera la victime, tout comme Debby (Gloria Grahame, absolument formidable), petite amie du bras droit du « parrain », qui oublie la pourriture ambiante en se plongeant dans l’alcool. La douleur et l’inflexibilité de Bannion, le personnage de Ford, sont très marquants, mais c’est bien le personnage tragique de Debby qui se révèle le plus fort, et le plus complexe. Présentée comme une fille légère, elle devient une victime lorsque son boyfriend (Lee Marvin, aussi ignoble que le Richard Widmark du Carrefour de la mort) la défigure en lui jetant du café bouillant au visage. Victime d’abord passive, puis vengeresse, qui devient le véritable moteur du film.

Lang a souvent filmé des personnages féminins très forts (de La Femme sur la lune à L’Ange des maudits, en passant par La Femme au portrait), mais jamais aussi complexes et tragiques que celui de Gloria Grahame.

Le Fugitif (The Fugitive) – de Andrew Davis – 1993

Posté : 23 décembre, 2010 @ 12:17 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, DAVIS Andrew, FORD Harrison | Pas de commentaires »

Le Fugitif

C’est ce qu’on appelle un miracle : comment, entre deux Steven Seagal paresseux, Andrew Davis a-t-il pu signer un film aussi réussi que cette adaptation d’une série à succès des années 60 ? Sais pas, mais le fait est là : Le Fugitif est l’un des grands thrillers des années 90. Construction hyper efficace, rythme parfait, scénario malin… le film dépasse largement la série, dont il garde le début, la fin, et la plupart des recettes. C’est donc l’histoire de Richard Kimble, médecin condamné à tort pour le meurtre de sa femme, qui profite d’un (très spectaculaire) accident de bus pour s’évader et partir à la recherche du véritable assassin, tandis que des marshalls fédéraux sont à sa poursuite.

Le film est un pur plaisir de spectateur, un film d’action qui ne se prend pas pour autre chose et qui se contente, avec un bonheur rare, d’entraîner le spectateur dans une course poursuite tendue et réjouissante. Les personnages sont suffisamment bien dessinés pour qu’on s’y attache dès les premières minutes, et les scènes impressionnantes se succèdent sans temps mort : l’accident de bus, donc, mais aussi une poursuite passionnante dans des canalisations, et bien d’autres encore.

Harrison Ford est formidable, il apporte toute la tension qu’il faut à ce personnage traqué qui a perdu tout ce qu’il aimait. Son visage, alors qu’il s’apprête à faire le grand saut, est extraordinaire. Si le film fonctionne si bien, c’est aussi grâce à lui, et à la parfaite alchimie entre lui et Tommy Lee Jones, génial en marshall malin et tenace, à la tête d’une équipe particulièrement cool. Le plaisir qu’on a à les voir enquêter est évident, si bien qu’on les retrouvera dans une « suite » centrée sur eux : US Marshall, efficace, mais loin de la réussite de ce Fugitif.

La Griffe du Passé / Pendez-moi haut et court (Out of the Past) – de Jacques Tourneur – 1947

Posté : 23 décembre, 2010 @ 12:14 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, DOUGLAS Kirk, MITCHUM Robert, TOURNEUR Jacques | Pas de commentaires »

La Griffe du passé

Après avoir réalisé quelques-uns des plus grands films d’angoisse de l’histoire (de La Féline à Vaudou), Tourneur junior aurait-il signé le plus grand des films noirs ? Out of the Past peut sans rougir prétendre à ce titre, malgré (ou en raison de) son apparent classicisme. Sur le papier, le film ne se démarque pas des dizaines d’autres qui sortaient sur les écrans depuis le début des années 40. On retrouve, sans en oublier aucun, tous les ingrédients du parfait film noir : la femme fatale, le détective intègre, une machination machiavélique, la petite bourgade tranquille, et même la voix off, qui rythme une partie du film.

Tourneur respecte à la lettre le cahier des charges, et ne raconte même pas son histoire au deuxième degré. Et pourtant, Out of the Past se démarque nettement de la plupart des autres films noirs de l’époque, par la beauté des images, par la qualité de ses dialogues et de l’interprétation, et par une construction plutôt originale, qui scinde le film en deux parties. La première est un flash-back dans lequel le héros, Jeff Bailey (Robert Mitchum) raconte à sa fiancée les événements qui l’ont poussé à se retirer, sous un faux nom, dans une petite ville. La seconde se déroule « en direct » sous nos yeux. L’une des grandes forces du film réside dans la rupture de ton très brutale entre ces deux parties : la première est d’une simplicité absolue, totalement linéaire, presque simpliste ; la seconde est nettement plus machiavélique et complexe, chaque personnage déployant des trésors d’imagination pour être le plus malin. La question n’est plus « à qui peut-on faire confiance ? », mais « qui sera le plus retors ? ».

Pas d’issue heureuse possible dans ce panier de crabes, où la douceur de la blonde Rhonda Fleming, seul élément d’innocence, s’apparente à un eden inaccessible, une sorte de fantasme irréaliste, auquel se raccroche un héros en quête de rédemption (comme Penelope Ann Miller pour Al Pacino dans L’Impasse, de Brian De Palma).

Quant à Jane Greer, à la fois sublime et inquiétante, elle est une femme fatale idéale : pas difficile d’imaginer qu’un homme puisse se laisser envoûter par une femme qui sait à ce point jouer avec les sentiments des autres. Le grand « méchant » du film apparaît à ses côtés presque comme une victime. Ce méchant, c’est Kirk Douglas, tout jeunôt, dans son deuxième rôle (après L’Emprise du Crime, de Lewis Milestone… pas mal, pour un début de carrière), dont les scènes avec Mitchum fonctionnent formidablement bien : une étrange complicité semble se lier entre les deux hommes, pourtant ennemis mortels.

Et puis il y a Mitchum, plus impassible que jamais, qui élève l’art de ne rien faire au rang de pratique géniale. Est-ce le plus nonchalant ou le plus sensible des acteurs ? Soixante ans après, le mystère demeure…

Echec à la Gestapo (All through the night) – de Vincent Sherman – 1942

Posté : 6 décembre, 2010 @ 2:50 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, BOGART Humphrey, SHERMAN Vincent | Pas de commentaires »

Echec à la Gestapo

Tout ça pour un gâteau… Parce qu’il voulait manger son gâteau préféré, comme il le fait tous les jours, Bogart se retrouve embarqué dans une sombre affaire d’espionnage, et découvre bientôt l’existence d’un réseau de la 5ème Colonne, qui prépare un attentat retentissant en plein New York.

Nous sommes en 1942. Hollywood n’est pas encore tout à fait en guerre, mais les Allemands représentent déjà le méchant de prédilection, dans le cinéma de genre. Difficile, cependant, de parler de cinéma engagé, même si, comme beaucoup de films de cette époque, les producteurs ont sans doute la volonté ‘‘d’éveiller les consciences américaines’’. Vincent Sherman, solide homme à tout faire de la Warner, ne se prend pas au sérieux, mais signe un pur divertissement. Et un divertissement de haute lignée, une sorte de Mort aux trousses avant l’heure, la traversée de l’Amérique en moins : toute l’action du film se déroule à New York, et en une seule nuit.

Unité de lieu, unité de temps… on n’est toutefois moins proche de la tragédie shakespearienne que de la farce, dans ce film un brin parodique, où Bogart fait du Bogart (et le fait bien), mais au deuxième degré : difficile de prendre au sérieux cette histoire rocambolesque qui commence comme un jeu de piste pour retrouver un pâtissier disparu, pour se conclure au cœur d’une réunion secrète d’espions à la solde des nazis.

Sherman privilégie l’humour et le rythme, et ça fonctionne merveilleusement bien. Le film est un régal, un pur plaisir de spectateur, en particulier grâce à tous ces seconds rôles qui faisaient la richesse des films hollywoodiens de cette époque, et qui semblent tous s’être donnés rendez-vous ici : de l’indispensable et inquiétant Peter Lorre à la ‘‘mère idéale’’ Jane Darwell, en passant par William Demarest (pas un sourire, mais quelle présence !), Judith Anderson (aussi angoissante que dans Rebecca) ou Jackie Gleason (nouveau venu, embauché pour apporter une touche humoristique supplémentaire). Un film pas sérieux pour deux sous, mais franchement réjouissant.

L’Impasse (Carlito’s Way) – de Brian De Palma – 1993

Posté : 6 décembre, 2010 @ 2:45 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, DE PALMA Brian, PACINO Al | Pas de commentaires »

L'Impasse

C’est le défi du jour : trouver le début d’un défaut, ou la plus petite faute de goût, à ce film immense, incontestablement le plus grand chef d’œuvre d’un cinéaste décidément grand. Beau à pleurer, impressionnant, tragique, palpitant, romantique… On pourrait continuer longtemps cette liste, sans jamais approcher l’ampleur de ce film sublime, lente trajectoire vers un destin tragique d’autant plus inéluctable qu’il nous est annoncé dès les premières images du film : c’est de son lit de mort, alors que son esprit s’éloigne peu à peu, que Carlito raconte sa propre fin.

On le sait dès le début (dès le titre, même) : L’Impasse finit mal. Cette fatalité affichée aurait pu nuire à l’intérêt qu’on porte à l’histoire, mais il n’en est évidemment rien. Au contraire : De Palma refuse tout effet de facilité, mais parvient à instiller une tension hallucinante, qui ne retombe jamais, ne faisant que croître au fur et à mesure que le passé rattrape Carlito. C’est un pur exercice de style que signe le cinéaste, mais un exercice de style magnifique, dépouillé de tous les excès tape-à-l’œil dans lesquels De Palma se vautre parfois un peu, même dans ses grands films.

C’est une pure tragédie shakespearienne que signe De Palma, en adaptant deux romans pas géniaux d’un ancien juge, Edwin Torres : l’histoire d’un ancien prince de la rue qui, après avoir passé cinq ans en prison, est libéré grâce à son avocat, qu’il considère comme son meilleur ami, mais dont il ne faut pas longtemps pour comprendre que son goût pour la pègre, la drogue et le fric vont lui attirer bien des ennuis… A sa sortie de prison, Carlito est bien décidé à changer de vie, mais la rue ne tarde pas à s’imposer de nouveau à lui. Mais cette rue, dont il était le roi, a bien changé en cinq ans, alors que lui fait figure de dinosaure, avec ses valeurs dépassées : un sens de l’amitié, du devoir et de l’honneur plus fort que tout.

Dès son premier contact avec la rue, la réalité s’impose à lui, avec brutalité, dans une séquence hallucinante autour d’un billard, explosion de violence extraordinaire, après une impressionnante montée de la tension, filmée avec une virtuosité et un sens de l’espace proprement exceptionnels. C’est l’un des sommets de ce film qui en compte bien d’autres : les excès de Dave, l’avocat attiré par le mauvais côté de la force (fabuleux Sean Penn, dont la prestation va bien au-delà de sa transformation physique), les face-à-face de plus en plus tendus avec ‘‘Benny du Bronx’’ (grotesque et inquiétant John Leguizamo), ou les scènes apaisées, mais qui ne font que renforcer la tragédie qui se noue, de Carlito avec son ancien amour (Penelope Ann Miller, et sa beauté d’un autre temps).

Carlito’s Way (le titre original sonne tellement bien…) est un lent mouvement tendu vers une conclusion qui se déroule (on est décidément bien chez De Palma) dans une gare. Les gares avaient déjà inspiré à De Palma deux de ses scènes les plus mémorables dans Les Incorruptibles et Blow Out. Ici, c’est une œuvre d’art à part entière, le sommet de toute la filmographie de De Palma, et l’un des plus beaux moments de cinéma de toute la décennie.

Et comme tous les grands moments de cinéma, celui-ci part d’une situation simple : Carlito est poursuivi par des tueurs, et doit rejoindre sa belle pour prendre le train qui leur permettra de commencer enfin une nouvelle vie. Cette séquence s’étire sur une quinzaine de minutes, pendant lesquelles on ne respire plus. Avec un sens du rythme, du timing, et de l’espace qui ne peut être que la marque des très grands, De Palma réussit une scène extraordinaire, qui résume à elle seule toutes les émotions du cinéma, toute la grammaire et la poésie cinématographique.

Ce film n’est pas seulement le plus beau de De Palma, et l’une des prestations les plus mémorables de Pacino. C’est aussi l’un des plus grands films des années 90, qui trouve sa place parmi les classiques de l’histoire du cinéma.

L’Ombre de l’Introuvable (Shadow of the Thin Man) – de W.S. Van Dyke – 1941

Posté : 17 novembre, 2010 @ 3:53 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, VAN DYKE W.S. | Pas de commentaires »

L'Ombre de l'Introuvable

Quatrième volet des aventures de Nora et Nick Charles (et dernier réalisé par Van Dyke), L’Ombre de l’Introuvable est bien dans la continuité des trois précédents. Depuis le génial premier film (L’Introuvable, en 1934), l’effet de surprise a disparu, et l’acidité du ton s’est quelque peu émoussée, mais le couple Myrna Loy – William Powell fonctionne si bien que c’est avec un vrai bonheur qu’on les retrouve. Flanqués, cette fois, d’un enfant qui a bien grandi : le bébé du précédent film est devenu un garçonnet qui donne une ou deux scènes plutôt amusantes, mais dont les scénaristes ne tardent pas à se débarrasser pour revenir aux fondamentaux de la série : une comédie domestique sur fond d’intrigue policière.

Comme dans les précédents, pas de surprise : on se contrefiche totalement de cette intrigue, qu’on suit d’un œil plutôt distrait. Seuls nous intéressent les personnages et les situations, souvent plus drôles qu’inquiétantes, dans lesquels ils se retrouvent au cours de leur enquête. C’est une nouvelle fois le mélange des genres qui fait mouche, même si, cette fois, Van Dyke n’évite pas les temps morts. C’est quand il est dans les extrêmes qu’il est le plus convaincant : que ce soit l’humour (les Charles « escorté » par un policier de la route, qui les mène à une allure plus que modérée) ou les brusques accès de noirceur (la découverte du corps pendant au bout d’une corde, dans une scène très sombre, avec de très beaux jeux d’ombre).

Le film remplit donc parfaitement son cahier des charges, mais sans aller plus loin. A l’image de Nick Charles qui doit troquer ses cocktails contre un verre de lait, pour montrer l’exemple à son fils, la série commence sérieusement à s’embourgeoiser. Ça reste de l’excellent cinéma, mais de moins en moins politiquement incorrect.

Notons aussi que, après James Stewart dans le deuxième film (Nick, gentleman détective), c’est sa future partenaire de La Vie est belle, Donna Reed, qui apparaît dans ce quatrième opus.

L’Enjeu (Desperate Measures) – de Barbet Schroeder – 1998

Posté : 17 novembre, 2010 @ 3:36 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, SCHROEDER Barbet | Pas de commentaires »

L'Enjeu (Desperate Measures) - de Barbet Schroeder - 1998 dans * Thrillers US (1980-…) lenjeu

Barbet Schroeder n’est jamais aussi brillant que lorsqu’il s’attaque au cinéma de genre : ses polars, réalisés au cours des années 90 et 2000, sont souvent passionnants, élégants et très inventifs. Et dans cette série, L’Enjeu occupe très nettement le haut du panier. En apparence, pourtant, on est dans la production courante de l’époque, dans les produits dérivés du Silence des Agneaux, comme Hollywood en produisait à la chaîne dans les années 90. Schroeder, d’ailleurs, ne se gêne pas d’accumuler les stéréotypes : son méchant (très méchant) est clairement présenté comme un clone d’Hannibal Lecter. Quant à la situation de départ (le fils d’un flic est très malade, et a besoin d’une greffe pour survivre ; l’unique donneur possible se trouve être le pire des tueurs, emprisonné à vie), elle est pour le moins hautement improbable…

En choisissant de ne pas éviter les stéréotypes, mais au contraire d’aller jusqu’au bout de cette logique, Schroeder se débarrasse de toute volonté de réalisme, et se concentre sur son pur travail de cinéaste. Et le résultat est époustouflant. Dès le générique de début, L’Enjeu frappe par l’élégance des images, par la construction presque géométrique de ses cadres. L’Enjeu est un pur exercice de style, et c’est passionnant. Le cinéma redevient un spectacle total, sans arrière pensée : c’est le combat du bien contre le mal, dans un film entièrement tourné vers le mouvement et l’action. Pas le moindre temps mort, ici, même si les affrontements réels sont rares : le film est un immense jeu du chat et de la souris, qui utilise à merveille les décors de ce vieil hôpital (des larges couloirs jusqu’aux plus petits conduits), comme vers la fin du film les rues de San Francisco.

Michael Keaton (décidément très méchant) et Andy Garcia (décidément très gentil) vont eux aussi au bout de leurs deux extrêmes, et forment un duo aussi complémentaire que réjouissant. Même la dernière image du film, pourtant aussi énorme qu’attendue, parvient à nous tirer un large sourire. Ça fait du bien, parfois, de se laisser aller devant un spectacle aussi simple et sincère…

Comme les cinq doigts de la main – de Alexandre Arcady – 2009

Posté : 24 octobre, 2010 @ 5:45 dans * Polars/noirs France, 2000-2009, ARCADY Alexandre | Pas de commentaires »

Comme les cinq doigts de la main - de Alexandre Arcady - 2009 dans * Polars/noirs France comme-les-cinq-doigts-de-la-main

Les bons côtés, d’abord : ces cinq frères que tout oppose ont beau être caricaturaux, il faut bien reconnaître que l’alchimie entre les acteurs est plutôt efficace. Les acteurs, même s’ils sont servis par des dialogues souvent poussifs s’en sortent avec les honneurs, Bruel surtout, curieusement émouvant en grand frère sûr de lui et de ses décisions. C’est lui le personnage le plus intéressant du film, lui qui doit faire face à ses difficultés relationnelles avec les deux personnes que, au fond, il aime le plus : son frère-le rebelle, et sa femme-la trop belle. C’est dans ces deux relations que se trouvent les plus belles séquences du film. Et il y en a, quand même, des belles scènes, malgré les défauts innombrables du film. De l’émotion, aussi, qui finit par toucher le cœur le plus endurci…

Mais on a beau dire, Alexandre Arcady ne s’est pas foulé sur ce film. Il n’a jamais été un grand cinéaste, ça non, mais il s’est déjà montré un tout petit peu plus inspiré que dans ce film mal écrit, et mal filmé. L’histoire, pourtant, aurait pu donner lieu à un vrai bon petit polar : la vie de quatre frères est bouleversée lorsque le cinquième de la fratrie réapparaît après des années d’absence, poursuivi par la police et des truands prêts à tout. Avec ce retour, un secret familial va resurgir…

Ben oui, mais quand on a dit ça, on a tout dit. Arcady n’avait visiblement que cette trame en tête, et a brodé un scénario peu convaincant autour de ça. Et pour être sûr de ne pas se tromper, il a renoué avec son acteur fétiche (Bruel, donc), et convoqué un tas de (bons) acteurs connus, à qui il a fait faire très précisément ce qu’ils ont déjà fait des tas de fois : Vincent Elbaz est un jeune révolté, Pascal Elbé un quadra angoissé, Eric Caravaca un prof de philo en banlieue, Caterina Murino une très jolie femme, Michel Aumont un vieil homme que tout le monde respecte, Philippe Nahon un gangster inquiétant, et Françoise Fabian une chef de tribu… Cherchez pas le contre-emploi, y’en a pas.

Ils sont tous très bien, d’ailleurs, mais tout donne l’impression d’avoir été vu et revu un nombre incalculable de fois. Et souvent bien mieux : côté réalisation, Arcady frôle l’amateurisme, dès les premières images d’exposition (j’ai fait un film avec des copains quand on avait 18 ans, avec une pauvre caméra pourrie ; il y avait les mêmes plans de voiture… les mêmes !), et jusqu’au dénouement. Arcady ne recule devant aucune facilité, aucun poncif : le méchant (qui a une tête de méchant, on peut pas se tromper) baisse la vitre de sa voiture et fait une grimace lorsque les gentils frères passent près de lui ; le traître est démasqué par une nuit de tempête, les éclairs zébrant le ciel… On pourrait continuer longtemps comme ça, mais franchement, c’est pas la peine.

Alors allez savoir pourquoi ce film reste sympathique, avec tout ça… Les acteurs, sûrement, et rien que les acteurs.

Nick joue et gagne (Another Thin Man) – de W.S. Van Dyke – 1939

Posté : 19 octobre, 2010 @ 6:19 dans * Films noirs (1935-1959), 1930-1939, VAN DYKE W.S. | Pas de commentaires »

Nick joue et gagne (Another Thin Man) - de W.S. Van Dyke - 1939 dans * Films noirs (1935-1959) nick-joue-et-gagne

Troisième épisode de la série The Thin Man, après le génial L’Introuvable et le très réussi Nick, gentleman détective. La recette reste la même, et le plaisir de retrouver Nick et Nora Charles, couple de riches oisifs qui passe le temps en faisant les détectives, est toujours là. Mais cette fois, Van Dyke et ses scénaristes poussent la nonchalance un peu loin : on se contrefiche totalement de cette histoire de menace qui pèse sur le vieil homme qui gère la fortune des Charles. On se fiche d’ailleurs totalement aussi de ce vieil homme joué sans beaucoup de conviction par l’incontournable C. Aubrey Smith, dont la mort ne nous fait ni chaud ni froid.

Alors que dans les premiers films, l’intrigue était tout de même prétexte à de jolis moments de suspense, et servait au moins de fil rouge, on ne s’intéresse vraiment ici qu’au couple formé par Myrna Loy (toujours craquante) et William Powell (toujours élégant). C’est de leur relation, une nouvelle fois, que vient le plaisir certain que l’on prend devant ce film. Avec une petite frustration, tout de même : les Charles sont parents d’un petit Nick Junior, ce qui pouvait laisser espérer quelques beaux moments de comédie. Mais on sent que les scénaristes n’ont pas su quoi faire de ce bébé annoncé à la fin du deuxième film, et qu’ils l’ont simplement posé dans un coin…

Le meilleur, dans ce Nick joue et gagne, c’est la manière dont Van Dyke présente ce couple qui, mine de rien, lutte difficilement contre le confort des habitudes, et cherche à retrouver la flamme qui les animait jadis. Cela donne une très belle séquence dans un cabaret, avec un Nick toujours flegmatique, mais qui dissimule mal sa jalousie devant une Nora entourée d’hommes qui la courtisent…

Un Nick étonnamment sobre : depuis les deux premiers films (code Hays oblige), le détective a nettement levé le pied sur l’alcool. Tout change, ma brave dame…

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