Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Archive pour la catégorie 'POLARS/NOIRS'

L’Ombre d’un doute (Shadow of a doubt) – d’Alfred Hitchcock – 1943

Posté : 5 avril, 2011 @ 12:54 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

L'Ombre d'un doute

Il y a souvent derrière les films d’Hitchcock une envie précise, voire un défi. Dans L’Ombre d’un doute, le défi est d’instiller la terreur dans une parfaite famille américaine (présentée comme telle), vivant dans une maison idéale, au cœur d’une petite ville typiquement américaine elle aussi, où il fait bon vivre, où le policier municipal connaît tout le monde personnellement, où les magasins font crédits sans problème, où les clients n’ont pas besoin de demander ce qu’ils veulent au barman, qui les connaît par cœur… Bref, l’une de ces petites villes qui participent au rêve américain depuis la création d’Hollywood.

ien sûr, Hitchcock parvient parfaitement à ses fins, dans ce film qu’il affirmait être son préféré de toute sa riche filmographie. Et il y parvient à instillant la terreur par petites touches, par le point de vue de l’innocente Charlie, qui découvre peu à peu que son oncle Charlie, le bon tonton adoré qu’elle a toujours considéré comme… (comme quoi ? son double ? son amour ? une espèce de jumeau ?), n’est pas exactement ce qu’il prétend être. La terreur domestique ? Hitchcock nous avait déjà fait le coup avec Soupçons, mais il va plus loin avec L’Ombre d’un doute, où il enferme sa jeune héroïne (excellente Teresa Wright) dans un cadre parfaitement quotidien (la famille, la maison, les voisins, la ville) qui se transforme peu à peu en prison dorée oppressante à ses yeux, en même temps que l’oncle Charlie se révèle à ses yeux tel qu’il est vraiment, et alors que lui s’intègre de plus en plus dans cette ville où il était étranger.

L’Ombre d’un doute fonctionne sur un ressort différent, d’ailleurs : alors que Soupçons repose sur le doute (on ne sait qu’à la toute fin du film si Cary Grant est ou non un tueur), Hitchcock ne laisse planer aucun doute sur la culpabilité de l’oncle Charlie (Joseph Cotten, très inquiétant), présenté dès la première séquence comme un criminel (un tueur de veuves) acculé par la police, qui le pousse à se « mettre au vert » quelque temps dans la famille de sa sœur aînée, où il est accueilli comme le messie. Au sens propre, d’ailleurs : l’annonce de son arrivée coïncide avec une prière faite par la jeune Charlie, qui rêvait de le voir arriver pour rompre la monotonie du quotidien.

Tout sonne juste dans ce film au très beau noir et blanc, même et surtout les stéréotypes, qu’Hitchock parvient à rendre terriblement vivants : le plus petit des seconds rôles participe à la fois au bon-vivre de la ville, et au sentiment d’oppression qui grandit tout au long du film. C’est, comme souvent dans le cinéma d’Hitchcock, dans les petits détails que le film trouve sa grandeur. C’est d’ailleurs par minuscules touches que la jeune Charlie prend conscience de l’horreur de la situation : une petite phrase innocente, un silence à peine souligné, un regard silencieux, un escalier plus lourd à gravir, un autre qui se dérobe, une embrasure de porte qui devient menaçante…

Le paradis terrestre se transforme en menace absolue. Rien de bien étonnant dans l’Amérique post-Pearl Harbor. Mais Hitchcock s’attaque ici aux valeurs rassurantes de l’Américain moyen (comme Joe Dante quarante ans plus tard avec Gremlins, dans un tout autre genre). Ils ne sont pas si nombreux à avoir oser ce sacrilège absolu. Surtout avec une réussite aussi absolue.

L’Engrenage fatal (Railroaded) – de Anthony Mann – 1947

Posté : 26 mars, 2011 @ 7:48 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, MANN Anthony | Pas de commentaires »

L'Engrenage fatal

Anthony Mann est en plein dans sa grande période noire (grosso modo, entre La Cible vivante en 1945, et Incident de frontière en 1949), lorsqu’il signe ce bijou sombre aussi sec qu’un coup de feu dans la nuit. Et dans ce film proche de l’épure, les coups de feu dans la nuit sont de ceux dont on se souvient : dans la scène d’ouverture comme dans celle qui clos l’enquête, la nuit est profonde, à peine trouée par quelques rais de lumière, et la violence fait mal.

Dès cette scène d’ouverture, extraordinaire braquage d’un salon de beauté cachant une activité de paris illégaux, on est frappé par l’économie de moyen et par la force de ces images dont on ne voit pourtant pas grand-chose. Le méchant, dont on ne voit que les yeux inquiétants de John Ireland (dans l’un de ses premiers rôles importants), abat froidement un flic caché par une porte vitrée. De ce flic, on ne saura rien ; on ne le verra même pas, son « exécution » se faisant à travers une porte vitrée. Pourtant, sa mort hantera le film, le gentil flic, et aussi la « garce », comme souvent dans ce genre de films le personnage le plus complexe et passionnant (deux exemples : Gloria Grahame dans Règlement de comptes de Fritz Lang ; et Claire Trevor dans Key Largo de John Huston).

Le couple vedette, lui, n’est guère intéressant. Il y a le flic, interprété par un Hugh Beaumont guère expressif ; et la jeune femme dont il tombe forcément amoureux. C’est Sheila Ryan, charmante mais pas à la hauteur de son rôle, celui d’une fille sans histoire prête à tout pour innocenter son frère, accusé à tort d’avoir tué le policier. On s’intéresse bien davantage au couple un brin sado-masochiste formé par Jane Randolph (pour le côté maso) et John Ireland (évidemment sado).

Mann a surtout un talent fou pour créer une atmosphère, une impression de danger permanent, que ce soit dans les rares scènes très éclairées (celles du club de John Ireland, notamment) ou dans les rues quasi-désertes de la rue, où seuls les visages semblent sortir de la pénombre. D’ailleurs, on sent bien que Mann est bien plus intéressé par l’atmosphère que par l’enquête à proprement parler, qui avance miraculeusement grâce à une découverte énorme (une photo encadrée du méchant dans le sac du témoin du hold-up), le genre de rebondissement que plus personne n’ose plus filmer depuis les années 40. A part Eastwood dans Jugé coupable, peut-être.

Pas un mot (Don’t say a word) – de Gary Fleder – 2001

Posté : 23 mars, 2011 @ 10:30 dans * Thrillers US (1980-…), 2000-2009, FLEDER Gary | Pas de commentaires »

Pas un mot

Il n’est pas mauvais ce film, mais l’impression de déjà-vu est telle que je ne m’éterniserai pas dessus. Michael Douglas est en terrain connu : il interprète un psychiatre de renom dont la fille est enlevée dans leur appartement par des criminels, qui attendent du psy qu’il déniche un code caché dans l’inconscient de l’une de ses patientes. L’idée, d’ailleurs, est très séduisante, mais tourne vite court, et on se demande bien vite ce qu’apporte la présence d’un psy à cette histoire de vengeance entre braqueurs.

C’est donc un thriller très classique, mais assez efficace, même si le réal Gary Fleder passe à côté de quelques scènes importantes, comme celle où le personnage de Douglas découvre que la chaîne de sa porte d’entrée a été coupée, et que sa fille a été enlevée. Mais on aurait tort de bouder son plaisir : il y a un vrai savoir-faire, ici, et un plaisir certain à citer quelques grandes scènes de l’histoire du cinéma. La scène de braquage évoque celle de Heat ; Fanke Janssen, dans le rôle de la mère coincée par une jambe plâtrée, observée à son insu par les gangsters, est un double négatif de James Stewart dans Fenêtre sur cour ; et la scène finale du cimetière est évidemment copié sur Le Bon, la Brute et le Truand.

Bon, il y a quand même un truc qui ne passe vraiment pas : la maman étant immobilisée, on peut comprendre qu’elle ne court pas à la recherche de sa fille ; de là à la filmer regardant tranquillement un documentaire à la télévision pendant que sa fille et son mari sont en danger… Difficile à avaler… J’en suis même à soupçonner les producteurs de n’avoir garder ce personnage que pour le plaisir de filmer la charmante Fanke Janssen dans une tenue sexy, et des plans qui la mettent très en valeur. Ce n’est pas désagréable, remarquez, mais ça fait un peu tâche dans ce thriller assez étouffant.

 

Destination : Graceland (3 000 miles to Graceland) – de Demian Lichtenstein – 2001

Posté : 22 mars, 2011 @ 12:51 dans * Thrillers US (1980-…), 2000-2009, COSTNER Kevin, LICHTENSTEIN Demian | Pas de commentaires »

Destination Graceland

Il y a pas mal d’idées séduisantes dans ce nanar plutôt sympa : celui d’un braquage de casino en pleine convention Elvis ; celui d’offrir à Kevin Costner son premier rôle de vrai méchant (celui de Un Monde parfait n’était pas totalement antipathique) ; et cette volonté de moderniser les vieux thèmes du film de gangster. Parce que l’histoire en elle-même n’a rien de bien original : un braquage avec des millions à la clé ; l’un des braqueurs qui trahit ses complices et les laisses pour mort ; et l’une des « victimes » qui survit, et se lance dans une course poursuite à travers l’Amérique avec son ancien complice.

Il y avait visiblement pas mal d’ambitions derrière ce film. Mais à l’arrivée, toute l’originalité tombe à plat, une fois le générique (étonnant, et franchement laid) et la scène du braquage passés. Cette scène vaut à elle seul le déplacement : voire Kurt Russell (qui avait réellement interprété Elvis Presley dans le biopic réalisé par John Carpenter pour la télévision), Kevin Costner, Christian Slater, David Arquette et Howie Long déguisés en King, faire parler la poudre dans un casino bondé de pseudo-sosies d’Elvis, voilà une image qu’on est pas prêt d’oublier.

Mais une fois qu’on a vu ça, on a un peu tout vu de ce film efficace et plutôt bien mené, mais aux ficelles trop grosses pour être vraiment crédibles, et aux excès trop retenus pour être vraiment parodique. On ne s’ennuie pas, non, et on prend un certain plaisir à faire ce voyage à travers le désert US, d’autant plus que Kurt Russell fait ce qu’il sait parfaitement faire (le même courageux qui cache tant bien que mal un cœur gros comme ça), que Courteney Cox est très sexy (comme on ne l’a jamais vue, d’ailleurs), et que son fils dans le film n’est pas un gamin tête-à-claque. Mais on en sort en se demandant vaguement ce que Demian Lichtenstein (tombé dans l’oubli, depuis) a voulu faire exactement, et avec la certitude qu’il est passé à côté.

Dommage, parce que Kevin Costner, lui, est impressionnant, poussant son personnage de psychopathe jusqu’à l’excès. Sa performance est réjouissante, et suffit à tirer le film vers le haut. C’est en tout cas un OVNI dans sa filmographie, qui recèle des pépites autrement plus recommandables.

La Vérité sur Charlie (The Truth about Charlie) – de Jonathan Demme – 2002

Posté : 14 mars, 2011 @ 3:43 dans * Thrillers US (1980-…), 2000-2009, DEMME Jontahan | Pas de commentaires »

La Vérité sur Charlie

Après quelques jours de vacances, une jeune Anglaise revient dans son appartement parisien pour découvrir que son mari a été assassiné, et qu’il cachait un passé qu’elle ne soupçonnait pas. Elle découvre aussi que d’étranges individus tournent autour d’elle, y compris un séduisant Américain qu’elle venait de croiser sur la plage…

Charade, de Stanley Donen, était un thriller élégant et léger, à l’intrigue parfaitement alambiquée. De cette intrigue, Demme ne change pas une ligne dans cet étrange remake. A tel point qu’on a parfois l’impression d’assister à un copié-collé maldroit et vain, avec des plans qui semblent tout droit sortis du classique de Donen. D’autant plus que Thandie Newton a le cou fin et interminable d’Audrey Hepburn, et même si Mark Whalberg n’a évidemment pas l’élégance racée de Cary Grant. Les seconds rôles sont irréprochables, mais ils ne sont hélas pas à la hauteur des acteurs de l’original : seul Ted Levine (le Buffalo Bill du Silence des Agneaux, film autrement plus inspiré de Demme) apporte la folie nécessaire à son personnage.

La construction des deux films est très, très proche. A en être gênant presque (à quoi bon faire le remake d’un film qui a plutôt bien vieilli). Mais pourtant, Charade et La Vérité sur Charlie sont, au final, très éloignés l’un de l’autre. Et pas seulement parce que le premier est une grande réussite, alors que le second est franchement à côté de la plaque : là où Donen a filmé une fantaisie légère comme une bulle, un pur divertissement élégant et presque parodique, Demme tente d’immerger le spectateur dans un voyage sensoriel à travers un Paris à la limite de la caricature.

On voit bien ce que le réalisateur a voulu faire : nous plonger dans un cauchemar éveillé dont on ressentirait plus qu’on ne comprendrait les rebondissements. Le film gagnerait peut-être à être vu dans un état second (mais l’alcoolisation n’est à prescrire qu’à dose modérée, cela va de soi). Mais pourvu qu’on ait les sens bien en éveil, les tentatives de Demme font un grand « splash » : rien ne marche vraiment dans cette découverte trop stéréotypée de Paris (y’a des bérets, y’a des voitures d’un autre temps, y’a des ruelles désertes et humides…). Les intentions sont là, bien palpables, mais la magie n’opère pas.

Et puis on se rend vite compte que Demme ne déborde sans doute pas d’amour pour Charade, dont il reprend l’histoire sans s’y intéresser vraiment. Ce qui l’a sans doute attiré dans ce remake, c’est le cadre : le Paris de carte postale, la capitale d’un cinéma d’auteur un peu branchouille. Parce que le film accumule les clins d’œil au cinéma français, clins d’œil qui paraissent peut-être érudits et branchés aux yeux des Ricains, mais qui en France ont un petit côté prétentieux, voire même ridicule : Agnès Varda fixant la caméra au détour d’un plan, Anna Karina grimée sur le Pont Neuf, ou même Philippe Katerine dans une improbable scène de danse. Seules les deux apparitions de Charles Aznavour, réchauffent un peu le cœur. Mais c’est loin de suffire.

Tuer n’est pas jouer (I saw what you did) – de William Castle – 1965

Posté : 10 mars, 2011 @ 10:37 dans * Polars US (1960-1979), 1960-1969, CASTLE William | Pas de commentaires »

Tuer n'est pas jouer

L’idée de départ était pleine de promesses : deux gamines s’amusent à téléphoner à des gens au hasard en leur disant « j’ai vu ce que vous avez fait, et je sais qui vous êtes »… jusqu’à ce qu’elles tombent, sans s’en rendre compte, sur un homme qui vient de tuer sauvagement sa femme. Rajouter à ça que les deux jeunes filles sont seules dans une grande maison perdue au milieu de nulle part, et tout semblait réuni pour un beau moment de trouille réjouissant.

Mais très vite, on voit bien que le film ne tiendra pas ses promesses. Visuellement déjà, la réalisation de William Castle, à qui on doit le pas terrible La Nuit de tous les mystères, se révèle totalement inintéressante, avec des images d’une laideur assez marquante malgré des décors baignés dans une brume de studio. Au point que le film semble avoir été tourné avec les moyens (financiers et techniques) d’un téléfilm de l’époque.

Difficile dans ces conditions de rentrer pleinement dans le film. Mais on se dit que la présence de John Ireland et de Joan Crawford (dans l’un de ses derniers rôles) permettra de s’immerger pleinement. Là encore, déception : l’ancienne interprète de Mildred Pearce (un chef d’œuvre de Curtiz tourné tout juste vingt ans plus tôt) n’apparaît qu’après une vingtaine de minutes, pour disparaître une demi-heure plus tard. Et à 60 ans passés, Joan Crawford tient un rôle qui, visiblement, n’est pas fait pour elle.

C’est pourtant elle qui apporte le plus de profondeur à son personnage : tous les autres sont dénués de toute nuance. Y compris celui de John Ireland, assez impressionnant, mais dans un rôle de méchant presque caricatural. Son riche passé de bad guy de cinéma le rend toutefois assez crédible dans l’ignominie, et on l’imagine sans peine trucider les jeunes filles (qui l’auraient d’ailleurs bien mérité, après leurs blagues ridicules et cruelles au téléphone !).

La présence de Crawford et Ireland, cependant, dessert ce qui aurait pu être l’ancêtre des « slashers » des années 70 et 80 : le film aurait gagné à adopter le seul point de vue des deux adolescentes, au lieu de mettre en avant les deux anciennes gloires, dont les personnages auraient été plus inquiétants s’ils avaient gardé tout leur mystère.

Seules les vingt dernières minutes parviennent à relever le niveau. Castle se concentre alors sur ce qui aurait dû être le cœur du film : un pur suspense qui fiche vraiment la trouille. Il était temps…

Les Fantastiques années 20 (The Roaring Twenties) – de Raoul Walsh – 1939

Posté : 25 février, 2011 @ 9:57 dans * Films de gangsters, * Films noirs (1935-1959), 1930-1939, BOGART Humphrey, CAGNEY James, WALSH Raoul | Pas de commentaires »

Les Fanfastiques années 20

1939 est souvent considéré comme la plus grande année qu’a connue Hollywood. Ce n’est sans doute pas un hasard : les grands cinéastes classiques ne sont jamais aussi inspirés que quand ils plongent dans les racines de l’Amérique. Et la menace nazie qui plane sur le monde cette année-là pousse les hommes de cinéma à revisiter le passé. C’est le cas pour John Ford, cette même année, avec Vers sa destinée ou Sur la Piste des Mohawks ; c’est le cas, bien sûr, pour Zanuck et Fleming avec Autant en emporte le vent ; et c’est aussi le cas pour Walsh, qui, sans remonter aussi loin dans le temps que Ford et Fleming, signe en cette fin de décennie l’un des plus beaux films sur la décennie précédente.

La première séquence, qui présente un monde à l’aube de la deuxième guerre mondiale, n’est pas anodine. Cette guerre marque la fin d’une période faite de hauts et de bas, et qui avait commencé avec la fin de la Grande Guerre. Comme un signe que l’évolution du pays est immanquablement marquée par les guerres. Comme un signe, aussi, que l’histoire est un éternel recommencement, et que le héros qu’on s’apprête à rencontrer alors qu’il est au plus bas, est condamné, à la toute fin, à retourner d’où il vient.

The Roaring Twenties est un film de gangsters, c’est même peut-être le plus beau de tous. Mais c’est aussi bien plus que cela. Parce qu’à travers le destin d’Eddie Bartlett, ancien soldat de la Grande Guerre devenu un laissé-pour-compte, qui devient l’un des rois de la Ville grâce à la Prohibition, et qui perdra tout après le krach boursier de 1929, c’est l’histoire de l’Amérique qui se dessine.

C’est aussi l’histoire récente de Hollywood qui clôt symboliquement un chapitre. La dernière scène, sublimissime chute sur les marches enneigées d’une église, marque doublement la fin d’une époque. Dans l’intrigue du film, c’est la fin des années 20 et de l’âge d’or des bootleggers que l’on voit ; mais c’est aussi à celle des années 30, et de l’époque bénie des grands films de gangsters, que l’on assiste. D’ailleurs, le petit et immense James Cagney restera dix ans sans interpréter un gangster : il fera son retour dans le genre avec le sublime-itou L’Enfer est à lui, du même Raoul Walsh.

Les deux films, d’ailleurs, n’ont pas grand-chose en commun (à part d’être géniaux). L’Enfer est à lui sera le portrait pathétique d’un malade mental ; Les Fantastiques années 20 raconte le parcours profondément humain d’un Américain moyen, qui symbolise toutes les vraies valeurs américaines.

Eddie Bartlett possède un sens de l’amitié et une vraie intégrité morale, qui séduit, d’ailleurs, le très beau personnage de Gladys George. A l’inverse, celui d’Humphrey Bogart (encore cantonné aux seconds rôles, mais qui accédera à la gloire éternelle dès l’année suivante) représente la face sombre de l’Amérique, sans valeur morale, comme un méchant de western. Les Fantastiques années 20 présente ainsi une fascinante galerie de personnages très marqués, et tous magnifiquement interprétés. Le film présente aussi, presque à la manière d’un documentaire, cette époque bénie pour les gangsters de la Prohibition, présentée sans doute possible comme une aberration par un Walsh qui a lui-même dû fréquenter assidûment les speak-easy. Y’a pas à dire, il n’y a rien de mieux que l’expérience pour donner de la vie à un film… Et celui-ci, chef d’œuvre absolu, n’en manque pas.

Le Fils du Pendu (Moonrise) – de Frank Borzage – 1948

Posté : 23 février, 2011 @ 10:22 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, BORZAGE Frank | Pas de commentaires »

Le Fils du pendu

De l’immense Borzage, on connaît surtout ses grands films des années 30 et ses chef d’œuvres muets (a-t-on fait plus beau que L’Heure suprême de toute l’histoire du cinéma ?). Mais jusqu’au bout, borzaigui (c’est comme ça qu’il faut dire, paraît-il) a été un cinéaste passionnant. Et ce Moonrise n’est pas loin d’être le bout de sa carrière : son échec cuisant et sans appel y a mis un terme presque définitif. Il faudra attendre sept ans pour qu’il fasse un timide retour par la case télévision, et il ne signera plus, officiellement, que deux longs métrages.

L’échec de Moonrise est évidemment profondément injuste, injustice que la postérité s’est chargée de réparer en partie : le film fait désormais l’objet d’un petit culte auprès des cinéphiles. Parce qu’il est brillant, bien sûr, mais aussi parce que c’est l’ultime très grand film de l’un des plus grands cinéastes du monde. Echec injuste, donc, mais qu’on peut facilement comprendre, tant Borzage évite consciencieusement les chemins balisés.

Moonrise est en effet un pur cheminement mental : tout le film se concentre sur l’état d’esprit du « héros », interprété par le sympa-mais-sans-plus Dane Clark. Fils d’un homme pendu pour avoir tué le médecin ayant laissé mourir sa femme, ce jeune homme vit depuis son enfance dans l’ombre envahissante de ce père pendu. Mis au ban de la société, par les autres autant que par lui-même, il se sent marqué par la malédiction du pendu. Lorsqu’il tue accidentellement un homme (Lloyd Bridges, dans un tout petit rôle marquant), il croit être rattrapé par son destin.

Pour le spectateur, il n’y a guère de suspense dans cette histoire : on sait bien vite que notre héros sera démasqué. Mais ce que Borzage filme ici, c’est le cerveau en ébullition de ce « fils du pendu », rongé par la culpabilité, persuadé d’avoir une nature de criminel, et oppressé par les regards scrutateurs de cette petite ville de province dans laquelle il vit. Il faudra l’amour d’une jeune institutrice, l’amitié d’un vieux noir vivant en reclus dans les marais et d’un sourd-muet considéré comme un attardé (deux laissés pour compte de cette petite communauté), et la clairvoyance d’un shérif aux airs de bouseux limité, pour que le « criminel » montre enfin son vrai visage : celui d’un homme bon, victime des circonstances.

Le film est d’une intelligence assez rare. Il est aussi visuellement éblouissant, et dès la première séquence : une caméra virtuose, cadrant les pieds, nous montre un homme conduit à l’échafaud. Fondu-enchaîné : l’ombre d’un pendu semble planer sur le lit d’un petit enfant… En quelques plans muets, Borzage a installé le socle de son film. C’est tout simplement magnifique.

Le Sixième Sens (Manhunter) – de Michael Mann – 1986

Posté : 17 février, 2011 @ 2:24 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, MANN Michael | 2 commentaires »

Le Sixième Sens (Manhunter) - de Michael Mann - 1986 dans * Thrillers US (1980-…) le-sixieme-sens

Chez Michael Mann, le bonheur est bleu et sent bon l’iode. Dans tous ses films, ou presque, les personnages trouvent la paix dans des maisons aux larges baies donnant sur la mer, baignées dans une lumière bleutée qui contribue à la quiétude des lieues. C’est le cas dans Heat, Collateral ou Miami Vice. C’était déjà vrai dans ce Manhunter qu’on a trop vite oublié, enterré par la réussite du Silence des Agneaux cinq ans plus tard. Quel rapport, me direz-vous ? Ce premier bijou noir de Mann est l’adaptation de Dragon Rouge, le premier roman de Thomas Harris dans lequel apparaît un certain Hannibal Lecter (Lektor, dans le film). Le succès du Silence des Agneaux et de sa suite, Hannibal, poussera d’ailleurs feu Dino de Laurentiis à produire une seconde adaptation de Dragon Rouge, éponyme cette fois, et avec Anthony Hopkins dans le rôle du médecin cannibale. Franchement, il n’y a pas à hésiter : autant Dragon Rouge, le film, est grotesque et aussi vite vu qu’oublié ; autant Manhunter est une œuvre profondément marquante.

Pas parfaite, non. D’un point de vue narratif, on sent Mann encore un peu approximatif, parfois. Mais esthétiquement, son univers est déjà bien en place. Et le cinéaste a un talent fou pour créer une atmosphère, en quelques secondes seulement. Dès le premier plan, magnifiquement composé, on comprend que le calme de se bord de mer sera rapidement troublé. Que cet ami (Dennis Farrina dans le rôle de Jack Crawford, que reprendra Scott Glenn dans le film de Jonathan Demme) vient mettre un terme à la retraite du héros. Avant même que la première parole soit prononcée, ce simple plan suffit à instiller ce sentiment d’angoisse qui ne retombera pas…

Le héros, c’est William Petersen (le flic du culte Police Fédéral Los Angeles de Friedkin, et le Gil Grissom des Experts), acteur au charisme trop peu exploité au cinéma. Son personnage, Will Graham, est le meilleur profiler du FBI, celui qui a permis l’arrestation d’Hannibal Lecter trois ans plus tôt, et qui a failli y laisser sa peau. Depuis, il a démissionné, mais les meurtres sauvages de deux familles sans histoire le poussent à reprendre du service.

Il y a un plan, qui n’a l’air de rien, mais qui résume bien le parti-pris du film (qui ne sera pas celui de Demme pour Le Silence des Agneaux). Lorsque Crawford tend les photos des victimes à Graham, celui-ci marque une pause avant de les regarder, se préparant à replonger dans l’horreur. On pense alors que les photos que l’on va voir sont celles des corps mutilés. Mais non, ce sont de simples photos de familles heureuses… Et c’est bien pire : ces images hantent le spectateur, et Graham, qui ne peuvent qu’imaginer leurs derniers instants. Mann prouve que la surenchère gore n’est pas l’outil le plus terrifiant qui soit, pour un vrai réalisateur.

Grand cinéaste visuel, Mann signe un film très peu bavard, incarné par des comédiens qui ne sont jamais aussi bon que dans les silences. Non pas qu’ils soient limités dans les dialogues, remarquez. Mais l’écriture visuelle du film est sans doute plus maîtrisée que l’écriture des scènes dialoguées. William Petersen apporte profondeur et douleur à un personnage qui en finit par être dérangeant, tant il s’identifie au tueur en série qu’il poursuit. A l’inverse, ce tueur, aussi horrible soit-il, devient touchant, tant on ressent ses fêlures. L’imposant Tom Noonan lui apporte une humanité inattendue, qui provoque un profond malaise…

La distribution du film est assez exceptionnelle, puisqu’on retrouve aussi Joan Allen en jeune aveugle qui attendrit le cœur de notre tueur (c’est son premier rôle important), Stephen Lang en journaliste dégueulasse, et Brian Cox dans le rôle d’Hannibal. Mais il faut bien l’admettre : sa prestation souffre énormément de la comparaison a posteriori avec l’interprétation qu’en fera Anthony Hopkins.

C’est bien le seul bémol que l’on puisse faire à ce film qui, malgré une musique très datée « années 80″ (un peu trop présente par moments), soutient largement la comparaison avec Le Silence des Agneaux. Il serait peut-être temps de mettre enfin ce Manhunter à la place qu’il mérite…

La Maison des otages (Desperates Hours) – de Michael Cimino – 1990

Posté : 7 février, 2011 @ 2:12 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, CIMINO Michael | Pas de commentaires »

La Maison des otages

Un remake d’un polar des années 50 (de Wyler, avec Bogart), réalisé par un cinéaste certes génial, mais au fond du trou… On pouvait avoir peur. Et les premières scènes ne rassurent pas vraiment. Bien sûr, il y a un métier évident, et on retrouve la patte du réalisateur de Voyage au bout de l’enfer dans sa manière de filmer l’homme (enfin, la femme ici) dans les immenses étendues sauvages d’Amérique… Alors le film sent bon la bonne série B efficace et distrayante, mais on ne s’attend pas vraiment à grand-chose d’autre.

Desperate Hours, d’ailleurs, est un pur film de genres, qui reprend des recettes vieilles comme le film noir ou comme le film de gangster. Et avec des personnages qui ne sont pas loin d’être des stéréotypes : la femme fatale blonde aux jambes interminables (qui montre ses seins dans une scène sur deux, allez savoir pourquoi…), le méchant sans pitié qui se rêve en homme du monde (Cagney ou Robinson n’auraient pas craché sur un tel rôle), le flic plus malin que les autres prêt à enfreindre les règles, la pure famille américaine.

Sauf que ces stéréotypes cachent des fêlures profondes comme le Grand Canyon. La femme fatale, jouée par Kelly Lynch, est d’une complexité immense, et ressemble plus à une victime, terrorisée par son gangster de mec. Le gangster, donc (Mickey Rourke, encore beau, qui s’apprêtait à chuter tout au fond du trou au niveau personnel et professionnel), est un dur qui tue de sang froid, certes, mais c’est aussi un type bien moins malin qu’il ne l’imagine, et aussi bien moins courageux (il n’y a qu’à voir cette scène mémorable où il s’accroche à la jambe de son ancienne victime pour ne pas voir ce qui l’attend). Et entouré de deux crétins assez gratinés (Elias Koteas, et surtout David Morse, qui se lance en solo dans une cavale qui durera deux secondes et demi, juste à cause de sa bêtise, et qui s’achèvera dans une sorte de communion très belle avec la nature…).

Quant à la pure famille américaine, elle prend un sacré coup dans son image. Ce n’est d’ailleurs plus vraiment une famille puisque monsieur (Anthony Hopkins) a quitté femme (Mimi Rogers) et enfants pour une jeunette à peine plus vieille que sa fille. Et s’il tente de retrouver grâce aux yeux de sa femme, c’est parce que sa maîtresse l’a quitté à son tour. On ne croit pas une seconde à sa sincérité quand il lance à sa femme des grandes déclarations style « je me suis rendu compte que je ne pouvais pas vivre sans toi ». Sans « toit », oui…

Il y a un vrai côté cynique dans ce film, qui raconte en fait la renaissance de cette famille qui, incapable de parler sincèrement et sans masque, ne peut se reformer que par un événement extrême et extérieur. Catalyseur malgré lui de cette réconciliation, Mickey Rourke impose à Mimi Rogers et Anthony Hopkins une cohabitation qu’ils n’étaient plus capables d’envisager par eux-mêmes. Mieux encore : il tue de sang froid, et sans raison apparente, le brave agent immobilier chargé de la vente de cette maison, symbole de la désunion du couple… Il y a des conseillers matrimoniaux un brin moins expéditifs…

Cimino fait de son film une satire, mais il n’oublie ni le récit, ni le rythme : son film est aussi, et surtout, un suspense hyper efficace, où la tension monte constamment jusqu’à l’explosion finale, et la libération (dans tous les sens du mot). Et Anthony Hopkins qui referme la porte criblée de balles sur le cadavre du geôlier (et sauveur) de sa famille…

* Le film est sorti en DVD dans une édition simple chez Carlotta, au printemps 2016.

1...4950515253...55
 

Kiefer Sutherland Filmographie |
LE PIANO un film de Lévon ... |
Twilight, The vampire diari... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | CABINE OF THE DEAD
| film streaming
| inderalfr