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Archive pour la catégorie 'POLARS/NOIRS'

Reservoir Dogs (id.) – de Quentin Tarantino – 1992

Posté : 8 janvier, 2018 @ 8:00 dans * Films de gangsters, 1990-1999, TARANTINO Quentin | Pas de commentaires »

Reservoir Dogs

Pour ceux qui trouvent que Tarantino rabâche quelque peu depuis trois ou quatre films, quoi de mieux qu’un petit retour aux sources… Et au-delà de la claque que Reservoir Dogs continue à être, 25 ans après sa sortie, revoir ce film permet de bien comprendre pourquoi cette impression de redite plombe quelques-uns de ses derniers longs: dans ce premier film, tout ce qui fait la richesse et l’originalité du cinéma de Tarantino est déjà là. Mieux : tout est à son sommet, pas sûr que pour aucun des éléments qui constituent son univers il ait fait mieux ou aussi bien depuis.

Le montage d’abord, tellement vanté pour Pulp Fiction. Certes, le découpage avec ses allures aléatoires prend le spectateur à rebrousse poil. Mais celui de Reservoir Dogs, plus conventionnel sur le papier (on garde la continuité dans le « présent », et on y insère toute une série de flash-backs qui éclairent la situation), est au moins aussi virtuose, avec une fluidité absolue, et avec un sens déjà exceptionnel du récit. Chacun de ces flash-backs fait plus que relancer l’intrigue : il modifie la perception que l’on a des personnages.

Ces personnages, justement, qui représentent déjà tout ce qui fera le cinéma de Tarantino pour le quart de siècle à venir. Des braqueurs, violents et verbeux, qui peuvent s’entre-tuer sans ciller après avoir disserté durant de longues minutes sur la signification des paroles de « Like a virgin », la chanson de Madonna. C’est avec cette discussion que les premiers spectateurs sont entrés dans l’univers de Tarantino, avec la quasi-totalité de son casting réuni autour d’une table échangeant des dialogues qui, à eux seuls, dynamitent le traditionnel film de gangster.

Il y a la violence aussi, crue, brutale, sadique et omniprésente. Tarantino filme ses personnages comme s’il les aimait, rendant certains d’entre eux plutôt sympathiques avec leurs valeurs à l’ancienne, leurs failles et leurs forces. Mais ces personnages sont des monstres, qui se réjouissent de n’avoir que des flics, et « pas des vrais gens ». Une réplique glaçante lancée comme un simple commentaire sur la météo. Et les actes suivent les paroles, comme le prouve la séquence la plus traumatisante d’un film pour le moins inconfortable : la torture du policier par le sadique Michael Madsen.

L’histoire, elle, se résume à quelques lignes : un braquage qui foire (dont on ne verra aucune image), les survivants qui se retrouvent dans un entrepôt désaffecté, et les soupçons autour d’un probable mouchard. Rien de plus, si ce n’est la caméra virtuose et décomplexée de Tarantino, et des acteurs au top : Harvey Keitel, Tim Roth, Steve Buscemi, Lawrence Tierney, Chris Penn, Michael Madsen… Des gueules, des voix, des carrures. Une claque j’vous dis.

Les Enchaînés (Notorious) – d’Alfred Hitchcock – 1946

Posté : 7 janvier, 2018 @ 8:00 dans * Espionnage, 1940-1949, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Les Enchaînés

Quasiment dès ses premiers pas derrière la caméra, Hitchcock a été un réalisateur d’exception, donnant au cinéma anglais une dimension qu’il n’avait pas, et signant de grands films dès son arrivée à Hollywood. Mais c’est peut-être avec Notorious qu’il signe son premier authentique immense chef d’œuvre, l’un des sommets du cinéma hitchcockien. Son film peut-être qui illustre le mieux l’une des clés de son cinéma: le « mcguffin ».

Le mcguffin, ce truc dont on ne sait pas exactement ce que c’est, dont on se fout totalement en fait, mais qui permet au suspense d’avancer, c’est en l’occurrence une étrange poudre noire, sans doute de l’uranium. Mais ce pourrait être la recette du Coca ou l’adresse du Père Noël, qu’importe… L’intérêt, c’est que cette poudre nous vaut une extraordinaire scène de suspense, dans la cave, et qu’elle justifie le comportement trouble du « héros », permettant à Hitch d’explorer une nouvelle fois, et de manière plus frontale que dans Soupçons, le côté sombre de Cary Grant.

Cary Grant, formidable en maître-espion froid et manipulateur, qui remise ses sentiments personnels très profondément et laisse celle qu’il aime se corrompre (Ingrid Bergman, superbe et très émouvante, qui trouve l’un de ses plus beaux rôles, parfait mélange de force et de fragilité). Malin, Hitchcock utilise l’habituelle distance de Grant, qui résonne ici avec une justesse et une cruauté sans équivalent.

Et puis tout sonne juste dans ce beau film d’amour et d’espionnage sur fond de fuite des Nazis en Amérique du Sud. Notorious, dont John Woo signera un quasi-remake avec son MI 2, est aussi célèbre pour la très longue scène du baiser, qu’Hitchcock entrecoupe de quelques lignes de dialogues pour passer les barrages de la censure, comme il le fera si souvent par la suite. D’une fluidité exemplaire, le film enchaîne les moments inoubliables, jusqu’à la séquence finale, qui se termine avec une lente marche vers ce qui ressemble fort désormais à un échafaud : les escaliers de la maison. Éblouissant.

The Oath / Le Serment d’Hippocrate (Eidurinn) – de Baltasar Kormakur – 2016

Posté : 5 décembre, 2017 @ 8:00 dans * Polars européens, 2010-2019, KORMAKUR Baltasar | Pas de commentaires »

The Oath

Vaut-il mieux être un réalisateur lambda à Hollywood ou une icône dans son (petit) pays ? Baltasar Kormakur n’a jamais vraiment eu à choisir. Depuis que l’acteur-réalisateur, multi-récompensé en Europe, a fait ses premiers pas en Amérique, il mène une carrière internationale assez impressionnante. Et après deux grosses productions (2 Guns et Everest), c’est en Islande et avec un budget nettement plus restreint qu’il signe l’un de ses meilleurs films.

Avec The Oath (« le serment »), thriller noir captivant et troublant, Kormakur signe un film forcément personnel : réalisateur, producteur, scénariste, il en est aussi l’acteur vedette, présent quasiment dans chaque plan. En chirurgien qui décide de prendre les choses en main pour sauver sa fille, sous la coupe d’un dealer, la police étant impuissante, il est un peu le double négatif d’un Charles Bronson des mauvais jours.

Car si le scénario empreinte dans un premier temps le chemin du vigilante, c’est pour mieux s’en détourner, et souligner la terrible impasse de la violence. Kormakur, acteur, est absolument formidable dans ce rôle tout en intériorité. Pas besoin de grande expansion pour que soit perceptible la panique du père, et le profond malaise de ce chirurgien qui s’enferme dans une spirale de violence qui va le pousser à jouer avec une vie humaine.

Aucun héroïsme, aucune gloire derrière le sacrifice de ce père acculé, qui s’enfonce plus ou moins consciemment vers le point de non-retour. Pas d’espoir ni de solution miracle non plus : dans ces paysages somptueux et mornes à la fois, la violence et le mal-être semblent omniprésents. Kormakur filme ces paysages avec une sorte de langueur superbe, porté par une très belle musique, qui donne à son film un rythme fascinant.

D’une efficacité redoutable et d’une grande justesse, The Oath est un thriller intime et inconfortable, assez magnifique.

Le Procès Paradine (The Paradine Case) – d’Alfred Hitchcock – 1947

Posté : 4 décembre, 2017 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Le Procès Paradine

Les procès ont souvent été importants dans les films d’Hitchcock, mais avec presque toujours une manière originale de simplement les évoquer, ou de n’en retenir que quelques fragments. Il n’était donc que justice qu’il consacre un film entier à l’appareil judiciaire. Et de fait, le titre n’est pas trompeur : le procès est bel et bien central dans ce beau film noir, paradoxalement quasiment dépourvu de suspense. En tant que genre, le « film de procès » est pourtant un grand pourvoyeur de frissons. Hitch, forcément, prend le contre-pied.

Il y a pourtant une vraie interrogation au cœur de ce procès : Mrs Paradine a-t-elle tué son mari ? Mais jamais le film ne devient un vrai thriller. Le vrai moteur d’Hitchcock ici, c’est le trouble amoureux que ressent Gregory Peck, amoureux (bien) marié, mais mystérieusement attiré par sa cliente au comportement si trouble. Un sujet très hitchcockien d’ailleurs : le personnage évoque la Joan Fontaine de Soupçons, ou encore le James Stewart de Sueurs froides.

Gregory Peck est très bien dans ce rôle de grand avocat dont la stature tremble. Mais malgré sa prestation impeccable, malgré la présence de l’ogre Charles Laughton (qui nous offre un extraordinaire numéro de vieux dégueulasse, précurseur d’Harvey Weinstein, dans une scène hallucinante de harcèlement « mine de rien »), ce sont les femmes qui captent l’écran dans ce film : c’est à elles que Hitchcock réservent les plus beaux gros plans, et ils sont nombreux ces gros plans, qui semblent aller chercher le trouble caché de ces femmes laissées dans l’ombre dans cet univers très masculin de la justice.

Dans le rôle de la femme méprisée de Laugton, Ethel Barrymore est magnifique et déchirante, à la fois soumise et terrorisée, mais aussi étrangement aimante. Dans le rôle de l’épouse si douce de Gregory Peck, Ann Todd est elle aussi parfaite : condamnée à rester derrière, elle est pourtant le personnage le plus fort, le plus digne de ce microcosme pas si idyllique.

Mais c’est Alida Valli qui a droit aux scènes les plus fortes : les images très fortes de son arrivée en prison, qui contrastent avec l’opulence de son ancienne vie (et de son avocat), et de nombreux gros plans que Hitch lui réserve. Excellent film noir, Le Procès Paradine reste d’ailleurs dans les esprits en grande partie pour ces gros plans, et particulièrement celui, fameux, du prétoire, lorsque la caméra, qui cadre le visage d’Alida Valli, capte l’entrée de Louis Jourdan derrière elle, et sa marche vers la barre des témoins. Un plan incroyable qui mériterait à lui seul de voir le film.

A deux pas de l’enfer (Short cut to hell) – de James Cagney – 1957

Posté : 20 novembre, 2017 @ 6:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, CAGNEY James, CAGNEY James | Pas de commentaires »

A deux pas de l'enfer

Pour son unique film derrière la caméra, James Cagney signe la deuxième adaptation du roman Tueur à gags de Graham Greene, et surtout un remake très fidèle du film (formidable) de Frank Tuttle. L’histoire originale étant passionnante, le film se regarde avec un certain plaisir. Mais comme le dit lui-même Cagney dans une séquence pré-générique (histoire qu’il apparaisse quand même dans ce film, pour lequel il ne s’est pas attribué de rôle) : le plus important dans un film, c’est ce qu’on voit devant la caméra, et pour le coup, il se dit très quand du choix de ses deux jeunes vedettes, Robert Ivers (qui ?!) ey Georgann Johnson (qui ?!), à qui il promet un bel avenir.

Sauf que soixante après, on aurait dû commencer à en entendre parler, de leur avenir à l’un comme à l’autre. Mais rien, ou si peu : des apparitions dans des séries télé, brièvement pour lui, jusqu’au milieu des années 2000 pour elle. Mais rien de vraiment consistant, et strictement rien sur grand écran. Elle est pourtant pas mal, avec son grand sourire plein d’empathie. Et lui, avec ses airs de gamin qui joue au dur, fait un tueur professionnel plutôt original. Mais ils arrivent après Veronika Lake et Alan Ladd, l’un des plus grands couples du cinéma. Et forcément, la comparaison n’est pas en leur faveur.

Drôle d’idée d’avoir signé un remake sans même prendre la peine de s’éloigner du modèle. Et le film de Cagney sort perdant à tous les niveaux, au petit jeu des comparaisons. C’est percutant, avec des séquences de violence joliment tendues, et des personnages principaux curieusement attachants malgré leur manque de charisme. Mais le film n’apporte pas grand-chose, si ce n’est l’envie de revoir le Tueur à gages de Tuttle, et de relire le roman de Greene. C’est sans doute ce qu’a fait Cagney, qui n’est plus jamais repassé derrière la caméra.

Wind River (id.) – de Taylor Sheridan – 2017

Posté : 7 novembre, 2017 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, SHERIDAN Taylor | Pas de commentaires »

Wind River

C’est aussi efficace que Le Silence des Agneaux, et aussi bouleversant que Manchester by the Sea… Bref, c’est un film formidable que réussit le scénariste Taylor Sheridan pour son dépucelage derrière la caméra: à la fois un très beau film engagé sur l’injustice dont est toujours victime la minorité des Amérindiens, un film déchirant sur la filiation et la perte d’un enfant, et un grand, un très grand thriller.

Avec ce film, le scénariste de Sicario et Comancheria conclut sa trilogie consacrée à la “frontière américaine moderne”. En l’occurrence, cette frontière-là se situe au cœur des Etats-Unis: dans le Wyoming, l’état le moins peuplé, dominé par une nature à la fois belle et hostile. Et cette nature joue effectivement un rôle central, à la fois cadre omniprésent et dévorant de l’histoire, antagoniste admiré ou haï des personnages, et déclencheur du drame qui se joue.

Le film adopte constamment le rythme imposé par cette nature recouverte de neige: la précipitation n’y a pas sa place, les sons sont feutrés, et tout avance avec une certaine lenteur et une difficulté que la caméra de Sheridan rend constamment palpable, fascinante et presque étouffante par moments.

Il y a ceux qui savent s’y mouvoir: les “natifs” bien sûr (comme Graham Greene, beau clin d’œil à son rôle de Danse Avec les Loups) ou Jeremy Renner, formidable en chasseur en quête de paix. Et il y a les autres, que ces vastes étendues désertes obligent à se confronter à leurs propres démons. Parmi ceux-là, il y a les méchants (dont on ne dira rien ici), et il y a cette très jeune agent du FBI (Elizabeth Olsen, également formidable) qui semble à peine sortir de l’enfance, mais trimbale déjà un regard étonnamment dur, et qui forme un tandem improbable avec Jeremy Renner.

Voilà qui aurait pu tourner au traditionnel buddy movie, source d’engueulades ou de gags c’est au choix. Mais Taylor Sheridan a la bonne idée de ne jamais jouer sur ce registre, préférant souligner le respect mutuel qui se crée immédiatement entre ces deux êtres si différents mais également abîmés par la vie.

La force du film, c’est la manière dont chaque thème, chaque aspect, enrichit les autres: le drame, le suspense, le mystère, l’émotion se nourrissent les uns les autres jusqu’à une conclusion aussi belle que noire. Le crime au cœur de l’histoire ne réserve pas de surprise extraordinaire, mais la manière dont il est traité fait de Wind River l’un des grands thrillers de ces dernières années.

Est-ce la présence de cette jeune recrue du FBI ? Ou cette manière de filmer une réalité ni glamour ni attendue ? L’ombre du Silence des Agneaux est en tout cas bien présente, mais jamais dévorante. Taylor Sheridan l’assume d’ailleurs, en reprenant et détournant habilement le fameux “coup de la porte”, montage trompeur qui faisait naître l’horreur dans le film de Jonathan Demme, et qui révèle ici de manière prématurée (et très maline) tout le mystère.

Pour mieux réussir à imbriquer violence (quelle fusillade!) et émotion, dans un final éblouissant.

Miller’s Crossing (id.) – de Joel et Ethan Coen – 1990

Posté : 26 octobre, 2017 @ 8:00 dans * Films de gangsters, * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, COEN Ethan, COEN Joel | Pas de commentaires »

Miller's crossing

Le grand film de gangsters des frères Coen… Après le film noir (Blood Simple) et la comédie noire (Arizona Junior), les frangins continuent à explorer les grands genres américains, avec un regard amoureux, une vraie gourmandise de cinéphile, et un style extraordinaire.

Ce regard amoureux est évident dès la toute première scène, clin d’œil évident et assumé à celle du Parrain. A l’autre extrêmité du film, le tout dernier plan révèle une autre raison d’être du film : Miller’s Crossing n’est pas seulement un hommage aux grands films de gangsters, il répond aussi à l’envie des deux frères de s’approprier les grandes figures archétypales du genre.

Ce dernier plan de Gabriel Byrne remettant son chapeau et relevant doucement la tête révèle une pure gourmandise de cinéaste : juste l’envie de filmer ce beau plan iconique, avec ce chapeau comme symbole d’un genre jamais vraiment disparu, qui joue d’ailleurs un rôle central dans le film, sorte de fil rouge visuel et thématique.

Miller’s Crossing est plein de ces petits moments anodins que le style des Coen transforme en grands moments de cinéma, totalement jouissifs, toujours en s’amusant avec les codes du genre. On retrouve là tous les poncifs du film de gangsters : les trahisons, les règlements de compte, les flics pourris, les politiques aux ordres, les hommes de main brutaux… Et les références ne manquent pas, de Scarface à Il était une fois en Amérique, en passant par La Clé de verre, c’est à peu près toute l’histoire de ce genre très américain qui est passée en revue.

Le style est exceptionnel et donne une suite de scènes mémorables, le rythme est impeccable, les acteurs sont formidables (Albert Finney, John Turturro, Steve Buscemi… tous au sommet autour de Gabriel Byrne, incarnation idéale du gangster à la Alan Ladd)… Et il y a l’ironie des Coen, un sens du décalage réjouissant qui flirte par moments avec la parodie. En particulier lors des fusillades, tellement énormes qu’elles en deviennent absurdes. Entre noirceur et dérision, les Coen trouvent le ton juste. Miller’s Crossing est une grande réussite.

Le Dernier des Six – Georges Lacombe – 1941

Posté : 25 octobre, 2017 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1940-1949, LACOMBE Georges | Pas de commentaires »

Le Dernier des Six

On a tendance à l’oublier, mais L’Assassin habite au 21, classique du film policier français, et première réalisation d’Henri-Georges Clouzot, est une suite. Un an plus tôt, Pierre Fresnay avait déjà interprété le rôle du commissaire Wenceslas Vorobeïtchik, limier « patient mais circonspect » imaginé par l’auteur de polars S.A. Steeman, et flanqué d’une improbable fiancée apprentie chanteuse, à qui Suzy Delair amène toute sa gouaille.

Éclipsé par sa suite prestigieuse, Le Dernier des Six est pourtant une réussite presque aussi éclatante. Déjà scénarisé par Clouzot, et déjà pour la Continental, le film donne le beau rôle à ce qui faisait en partie la force du cinéma français de cette époque : ses seconds rôles. Ils ont le beau rôle ici, comme le titre l’annonce plus ou moins.

Toute la première partie est ainsi consacrée à ces « Six », six amis qui partent chacun à un coin du monde pour tenter de faire fortune, en se promettant de se retrouver cinq ans plus tard et de partager ce qu’ils auront gagné. A leur retour, on le devine, les amis vont succomber les uns après les autres, victimes d’un tueur mystérieux…

Ce whodunit à l’intrigue classique reprend l’éternelle trame des 10 petits nègres, mais se révèle passionnant. En partie grâce aux acteurs d’ailleurs, tous truculents (parmi lesquels Jean Tissier, qui apparaîtra dans un rôle différents dans L’Assassin…), et notamment grâce au duo réjouissant que Fresnay forme avec Suzy Delair, qui sera développé dans le film suivant, mais qui réserve déjà quelques beaux moments de comédie.

L’intrigue est plutôt maligne mais sans énorme surprise. Mais formellement, le film est une belle réussite formelle, avec de superbes scènes de nuit et d’impressionnants jeux d’ombre. La séquence finale, dans la carrière, est un grand moment de cinéma, dans la lignée des grands thrillers muets de Fritz Lang.

Dans la gueule du loup (The Mob) – de Robert Parrish – 1951

Posté : 22 octobre, 2017 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, PARRISH Robert | Pas de commentaires »

Dans la gueule du loup

Voilà une série B formidable, rapide et tendue comme un élastique, qui entre directement dans le vif. Ça commence très fort, par une séquence nocturne et sous une pluie battante, modèle de construction et de concision, qui plonge en quelques minutes le spectateur au cœur du suspense, et le héros dans un engrenage infernal.

Le héros, c’est Broderick Crawford, acteur à la présence incroyable, formidable en petit flic sans grande envergure qui subit violemment une situation dont il est plus la victime que l’acteur. Lorsque le film commence, ce flic n’est même pas en service : il tente de négocier le prix d’une bague qu’il veut offrir à sa fiancée. Mais le hasard veut qu’il assiste à un meurtre. Sauf que le tueur a un badge et une arme de policier, et qu’il affirme avoir tué un gangster.

Le temps que notre petit flic se retourne, le tireur a disparu. Et il ne tarde pas à comprendre qu’il s’est fait avoir : le tireur n’était pas flic, et la victime pas un gangster, mais un homme qui devait témoigner contre une puissante bande de trafiquants… Pas de chance, surtout que pour garder sa plaque, Broderick va devoir se racheter, en infiltrant ladite bande, qui oeuvre sur les quais, dans l’univers des dockers.

Le film alterne les séquences en studios (les scènes de nuit dans les rues notamment, comme celle qui ouvre le film, magnifiquement photographiée par Joseph Walker) et les décors naturels, comme ces docks qui donnent quelques images très réalistes et un décor très original au film.

Les décors en général sont d’ailleurs très importants, et donnent une atmosphère particulière, grâce à quelques détails originaux. La ville semble ainsi entre deux mondes, pleine d’immeubles sur le point d’être détruits ou en construction (immeubles qui jouent d’ailleurs un rôle important dans l’histoire).

Le même sens du détail habite tout le film, que ce soit pour le travail des policiers (avec des détails originaux : la trace fluo avec laquelle les policiers suivent une voiture à la trace, ou cet agent des services spéciaux qui fait travailler sa femme), ou pour les personnages, tous particulièrement bien dessinés.

Le barman, le patron de l’hôtel miteux, un gangster inquiétant qu’interprète Ernest Borgnine, un tueur joué par Neville Brand… Le film est réussi aussi grâce à la qualité de ces seconds rôles, tous marquants à leur manière. Sur les docks, on aperçoit aussi un jeune acteur qui tient là l’un de ses premiers rôles, et qui n’a droit qu’à une seule réplique : un certain Charles Buchinsky, qui ne s’appelle pas encore Bronson, et qui ne s’appelle d’ailleurs pas du tout, puisqu’il n’est pas crédité au générique.

Gibraltar – de Fedor Ozep – 1938

Posté : 18 octobre, 2017 @ 8:00 dans * Espionnage, 1930-1939, OZEP Fedor | Pas de commentaires »

Gibraltar

Des bateaux anglais explosent au large de Gibraltar pour une raison inconnue. Un agent britannique est chargé d’en découvrir la cause, sauf qu’il est arrêté pour trahison. Vraiment ? Cette histoire assez classique d’agent double dans une Europe à l’aube de la guerre est un faux suspense auquel Ozep ne croit pas vraiment, et qu’il évacue très vite : l’officier n’a trahi qu’en façade, pour mieux intégrer l’association d’espions à la solde d’une puissance étrangère malfaisante, association dirigée par Erich Von Stroheim.

Un Von Stroheim très impliqué (ce qui est quand même loin d’être toujours le cas). L’ancien génie reconverti dans la panouille est excellent, apportant une pointe d’humanité à son rôle de grand méchant. Les adieux qu’il fait à sa belle, qu’il laisse partir par amour pour elle, sont particulièrement beaux.

Il est en tout cas à la fois plus intense et plus contrasté que le héros incarné par Roger Duchesne, assez fade, et pas seulement en comparaison. Un personnage dont on se demande même comment il peut rendre aveugles à ce point les deux femmes du film : la « vraie » fiancée pas si confiante jouée par Yvette Lebon, et surtout la danseuse exotique qu’incarne Viviane Romance, espionne amoureuse dont l’ultime scène est assez magnifique. C’est à elle que l’on doit d’ailleurs l’un des moments les plus originaux du film, que n’aurait pas renié Hitchcock : alors qu’elle est sur scène pour son numéro de danse, elle communique en plein spectacle en délivrant ses messages en morses avec ses castagnettes. Un message qui prend des allures tragiques dans son dernier numéro.

Le meilleur, ce sont les partis pris souvent extrêmes de Fedor Ozep. Sans doute contraint par son budget, il filme constamment les à-côtés, ou les coulisses. Du drame inaugural du film, on ne voit ainsi qu’une discussion très amicale dans les antres d’un bateau, entre deux machinistes à propos d’une souris, avant l’explosion d’une maquette qui ressemble furieusement… à une maquette (encore une influence du sieur Hitchcok ?). Pourtant, cette simplicité et cette économie de moyen renforce l’émotion.

C’est le cas aussi lors du sabotage suivant. Du bateau qui coule avec ses 2000 hommes à bord, on ne verra rien, on n’entendra rien, si ce n’est les messages échangés en morses et à distance. Et ça fonctionne : la tension est alors extrême.

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