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Archive pour la catégorie 'POLARS/NOIRS'

L’Affaire SK1 – de Frédéric Tellier – 2013

Posté : 18 janvier, 2018 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 2010-2019, TELLIER Frédéric | Pas de commentaires »

L'Affaire SK1

Il y a du bon et du moins bon dans ce polar français qui lorgne tout autant du côté du film dossier à la L627 (dont on aperçoit une affiche dans un bureau) que du film de genre à la Scènes de crime. Sans atteindre la réussite d’aucun de ces deux modèles, hélas.

Les bons points, pour commencer : Raphael Personnaz, qui ressemble décidément beaucoup à un jeune Alain Delon, et qui est excellent en jeune flic du 36 rongé par son obsession pour une série de meurtres non élucidés. Le film est excellent lorsqu’il décrit les rapports du personnage avec les autres flics, en particulier avec Olivier Gourmet, acteur toujours parfaitement juste.

Frédéric Tellier frappe juste aussi lorsqu’il filme les errements d’enquêteurs qui, pour certains, hésitent à mettre un nom sur ce qu’il piste : le premier tueur en série identifié comme tel dans une enquête policière, Guy George, le tueur de l’Est parisien, alias SK1 (serial killer n°1). Le film met en lumière le fonctionnement archaïque du 36 quai des Orfèvres, l’enquête laborieuse, le dialogue inexistant entre les différents enquêteurs…

Mais pourquoi avoir choisi cette construction si (trop) ambitieuse, mettant en parallèle deux époques, et deux personnages centraux : le flic qui piste Guy George durant de longues années, et l’une des avocates qui doit le défendre lors de son procès. Le face à face ne tient jamais ses promesses, parce que le personnage joué par Nathalie Baye n’est pas à la hauteur. Sa courte rencontre physique avec Raphael Personnaz, in fine, a d’ailleurs tout du passage obligé, histoire de réunir enfin les deux vedettes du film.

Tous les acteurs ne sont pas toujours justes (l’avocat principal, en particulier), et les scènes de procès sonnent faux et cassent le rythme d’un film qui aurait gagné à être plus humble. A moitié réussi.

L’Etrange Mr. Slade (Man in the Attic) – de Hugo Fregonese – 1953

Posté : 13 janvier, 2018 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, FREGONESE Hugo | Pas de commentaires »

L'Etrange Mr. Slade

On pourrait se demander à quoi bon adapter de nouveau le célèbre roman de Marie Belloc Lowndes, sans doute le plus célèbre des innombrables livres consacrés à Jack l’Eventreur : celui-ci avait déjà été porté à l’écran à plusieurs reprises, notamment par Hitchcock pour son premier classique (The Lodger, en 1927), puis par John Brahm pour un bijou d’angoisse (Jack l’Eventreur, en 1944).

Et puis dès les premières images, on est simplement emballé par l’atmosphère que crée Fregonese. Oh ! Rien de bien nouveau : les pavés humides de White Chapel, le fog londonien, les bruits de pas qui résonnent… Un décor familier filmé tellement souvent pour faire naître la frousse. Mais ça marche ! Et ce décor est tellement cinégénique !

Fregonese, cinéaste inégal, est ici à son meilleur. Deux ans après le formidable Quand les tambours s’arrêteront, il réitère le même genre de petit miracle : un petit film visiblement fauché, qui malgré une histoire assez attendue (la première partie, surtout, est très fidèle aux premières adaptations), marque les esprits par une tension constante, et qui exerce une sorte de fascination troublante. Bref, une grande réussite flippante (très) et dérangeante (un peu).

Jack Palance, c’est vrai, a la gueule de l’emploi. Effrayant, et pourtant très humain… Ce médecin mystérieux qui s’installe dans le grenier d’une famille sans histoire est-il le chercheur qu’il prétend être ? Ou est-il ce Jack l’Eventreur qui sévit depuis des mois dans un quartier populaire de Londres ? Comptez pas sur moi pour vous dire : le suspense, teinté d’émotion, tient toutes ses promesses.

Scorpio (id.) – de Michael Winner – 1973

Posté : 12 janvier, 2018 @ 8:00 dans * Espionnage, 1970-1979, LANCASTER Burt, WINNER Michael | Pas de commentaires »

Scorpio

Oh l’idée de génie : réunir Burt Lancaster et Alain Delon, dix ans après Le Guépard. Sauf que ce n’est pas Visconti qui réalise, mais Michael Winner. Et il ne faut pas longtemps pour réaliser qu’on ne gagne pas vraiment au change. L’univers visuel du gars est tout de même très limité, et les images sont la plupart du temps purement fonctionnelles, sans grand-chose pour attirer l’œil.

Winner est un simple faiseur, mais un faiseur honnête et finalement efficace, qui réussit là un film d’espionnage sans éclat, mais plaisant, voire même très prenant. Ce n’est pas tant le suspense (plutôt efficace) ou les nombreux décors (Paris, Washington, Vienne…) qui retiennent l’attention, mais le thème habilement traité de la frontière ténue entre le bien et le mal. « Alliés ou adversaires, mais toujours amis », lance ainsi l’agent américain Burt Lancaster à propos de son homologue soviétique.

Avec cette histoire somme toute très classique d’un jeune agent (Delon) chargé de tuer celui qui lui a tout appris, qu’il respecte et qu’il aime (Lancaster), Scorpio plonge dans le monde de l’espionnage tel que des tas de films ou de livres le présente : un univers où les faux-semblants sont partout. Rien de neuf à l’horizon, donc, mais un récit solide et tendu, et une séduisante envie de livrer un vrai film de genre.

On peut se dire que le personnage de Delon est un peu trop attendu : ce rôle de tueur taiseux et attiré par les chats est un clin d’œil un peu appuyé au Samouraï. Mais on retient surtout la longue et remarquable séquence de poursuite sur un chantier de construction, où Delon et Lancaster donnent tous deux de leur personne dans un affrontement spectaculaire qui respire l’authenticité. Le meilleur moment du film.

Plus dure sera la chute (The harder they fall) – de Mark Robson – 1956

Posté : 10 janvier, 2018 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, BOGART Humphrey, ROBSON MARK | Pas de commentaires »

Plus dure sera la chute

Bogart tire sa révérence avec un rôle magnifique, qui met joyeusement à mal son image de dur à principes. Encore que « joyeusement » n’est sans doute pas le terme le mieux choisi. Dans ce beau film signé Mark Robson, il est en quelque sorte le double négatif du héros de Bas les masques : un journaliste sur le retour qui accepte, par appât du gain, de « passer de l’autre côté ».

Pour un journaliste, passer de l’autre côté signifie en gros abandonner ses idéaux d’indépendance et d’objectivité pour vendre sa plume à un produit, à un politique… en l’occurrence à un boxeur, que son manager a « importé » d’Amérique du Sud pour en faire une star du ring, à grands coups de combats truqués. Et il ne fait pas les choses à moitié, Bogie. Non seulement il passe effectivement de l’autre côté, mais il s’y vautre, piétinant les uns après les autres toutes ces choses auxquelles il a dû croire, dans d’autres temps.

Mais il le fait avec une certaine honnêteté intellectuelle, assumant constamment le côté abject de ses actes, qui font de lui le complice pas si passif du machiavélique manager, que joue Rod Steiger avec gourmandise. Entre Steiger et Bogart, rien de commun, ni dans la personnalité, ni dans le jeu d’acteur. Et cette opposition de style colle parfaitement à l’histoire, qui fait cohabiter deux hommes d’univers radicalement différents : le sournois sans scrupule (Steiger), et le cynique rongé par les siens (de scrupules : Bogie).

Le plus beau dans ce film, ce ne sont finalement pas les scènes de boxe, qui appuient un peu lourdement sur le côté toquard de la « vedette » naissante : seuls les derniers combats ont une vraie dimension dramatique, l’un pathétique montrant la triste fin d’un champion, l’autre déchirant montrant l’ultime regain de fierté d’un enfant au rêve brisé.

Attribué à Philip Yordan, d’après un roman de Budd Schulberg, le scénario n’épargne rien au monde de la boxe, peuplé de managers véreux et inhumains, et de spectateurs assoiffés de sang. Sur ce thème, Robson avait déjà signé Le Champion. Il va nettement plus loin ici, signant un film fort aux allures de film noir, où la violence et le danger sont omniprésents. De beaux adieux, pour le grand Bogie.

Reservoir Dogs (id.) – de Quentin Tarantino – 1992

Posté : 8 janvier, 2018 @ 8:00 dans * Films de gangsters, 1990-1999, TARANTINO Quentin | Pas de commentaires »

Reservoir Dogs

Pour ceux qui trouvent que Tarantino rabâche quelque peu depuis trois ou quatre films, quoi de mieux qu’un petit retour aux sources… Et au-delà de la claque que Reservoir Dogs continue à être, 25 ans après sa sortie, revoir ce film permet de bien comprendre pourquoi cette impression de redite plombe quelques-uns de ses derniers longs: dans ce premier film, tout ce qui fait la richesse et l’originalité du cinéma de Tarantino est déjà là. Mieux : tout est à son sommet, pas sûr que pour aucun des éléments qui constituent son univers il ait fait mieux ou aussi bien depuis.

Le montage d’abord, tellement vanté pour Pulp Fiction. Certes, le découpage avec ses allures aléatoires prend le spectateur à rebrousse poil. Mais celui de Reservoir Dogs, plus conventionnel sur le papier (on garde la continuité dans le « présent », et on y insère toute une série de flash-backs qui éclairent la situation), est au moins aussi virtuose, avec une fluidité absolue, et avec un sens déjà exceptionnel du récit. Chacun de ces flash-backs fait plus que relancer l’intrigue : il modifie la perception que l’on a des personnages.

Ces personnages, justement, qui représentent déjà tout ce qui fera le cinéma de Tarantino pour le quart de siècle à venir. Des braqueurs, violents et verbeux, qui peuvent s’entre-tuer sans ciller après avoir disserté durant de longues minutes sur la signification des paroles de « Like a virgin », la chanson de Madonna. C’est avec cette discussion que les premiers spectateurs sont entrés dans l’univers de Tarantino, avec la quasi-totalité de son casting réuni autour d’une table échangeant des dialogues qui, à eux seuls, dynamitent le traditionnel film de gangster.

Il y a la violence aussi, crue, brutale, sadique et omniprésente. Tarantino filme ses personnages comme s’il les aimait, rendant certains d’entre eux plutôt sympathiques avec leurs valeurs à l’ancienne, leurs failles et leurs forces. Mais ces personnages sont des monstres, qui se réjouissent de n’avoir que des flics, et « pas des vrais gens ». Une réplique glaçante lancée comme un simple commentaire sur la météo. Et les actes suivent les paroles, comme le prouve la séquence la plus traumatisante d’un film pour le moins inconfortable : la torture du policier par le sadique Michael Madsen.

L’histoire, elle, se résume à quelques lignes : un braquage qui foire (dont on ne verra aucune image), les survivants qui se retrouvent dans un entrepôt désaffecté, et les soupçons autour d’un probable mouchard. Rien de plus, si ce n’est la caméra virtuose et décomplexée de Tarantino, et des acteurs au top : Harvey Keitel, Tim Roth, Steve Buscemi, Lawrence Tierney, Chris Penn, Michael Madsen… Des gueules, des voix, des carrures. Une claque j’vous dis.

Les Enchaînés (Notorious) – d’Alfred Hitchcock – 1946

Posté : 7 janvier, 2018 @ 8:00 dans * Espionnage, 1940-1949, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Les Enchaînés

Quasiment dès ses premiers pas derrière la caméra, Hitchcock a été un réalisateur d’exception, donnant au cinéma anglais une dimension qu’il n’avait pas, et signant de grands films dès son arrivée à Hollywood. Mais c’est peut-être avec Notorious qu’il signe son premier authentique immense chef d’œuvre, l’un des sommets du cinéma hitchcockien. Son film peut-être qui illustre le mieux l’une des clés de son cinéma: le « mcguffin ».

Le mcguffin, ce truc dont on ne sait pas exactement ce que c’est, dont on se fout totalement en fait, mais qui permet au suspense d’avancer, c’est en l’occurrence une étrange poudre noire, sans doute de l’uranium. Mais ce pourrait être la recette du Coca ou l’adresse du Père Noël, qu’importe… L’intérêt, c’est que cette poudre nous vaut une extraordinaire scène de suspense, dans la cave, et qu’elle justifie le comportement trouble du « héros », permettant à Hitch d’explorer une nouvelle fois, et de manière plus frontale que dans Soupçons, le côté sombre de Cary Grant.

Cary Grant, formidable en maître-espion froid et manipulateur, qui remise ses sentiments personnels très profondément et laisse celle qu’il aime se corrompre (Ingrid Bergman, superbe et très émouvante, qui trouve l’un de ses plus beaux rôles, parfait mélange de force et de fragilité). Malin, Hitchcock utilise l’habituelle distance de Grant, qui résonne ici avec une justesse et une cruauté sans équivalent.

Et puis tout sonne juste dans ce beau film d’amour et d’espionnage sur fond de fuite des Nazis en Amérique du Sud. Notorious, dont John Woo signera un quasi-remake avec son MI 2, est aussi célèbre pour la très longue scène du baiser, qu’Hitchcock entrecoupe de quelques lignes de dialogues pour passer les barrages de la censure, comme il le fera si souvent par la suite. D’une fluidité exemplaire, le film enchaîne les moments inoubliables, jusqu’à la séquence finale, qui se termine avec une lente marche vers ce qui ressemble fort désormais à un échafaud : les escaliers de la maison. Éblouissant.

The Oath / Le Serment d’Hippocrate (Eidurinn) – de Baltasar Kormakur – 2016

Posté : 5 décembre, 2017 @ 8:00 dans * Polars européens, 2010-2019, KORMAKUR Baltasar | Pas de commentaires »

The Oath

Vaut-il mieux être un réalisateur lambda à Hollywood ou une icône dans son (petit) pays ? Baltasar Kormakur n’a jamais vraiment eu à choisir. Depuis que l’acteur-réalisateur, multi-récompensé en Europe, a fait ses premiers pas en Amérique, il mène une carrière internationale assez impressionnante. Et après deux grosses productions (2 Guns et Everest), c’est en Islande et avec un budget nettement plus restreint qu’il signe l’un de ses meilleurs films.

Avec The Oath (« le serment »), thriller noir captivant et troublant, Kormakur signe un film forcément personnel : réalisateur, producteur, scénariste, il en est aussi l’acteur vedette, présent quasiment dans chaque plan. En chirurgien qui décide de prendre les choses en main pour sauver sa fille, sous la coupe d’un dealer, la police étant impuissante, il est un peu le double négatif d’un Charles Bronson des mauvais jours.

Car si le scénario empreinte dans un premier temps le chemin du vigilante, c’est pour mieux s’en détourner, et souligner la terrible impasse de la violence. Kormakur, acteur, est absolument formidable dans ce rôle tout en intériorité. Pas besoin de grande expansion pour que soit perceptible la panique du père, et le profond malaise de ce chirurgien qui s’enferme dans une spirale de violence qui va le pousser à jouer avec une vie humaine.

Aucun héroïsme, aucune gloire derrière le sacrifice de ce père acculé, qui s’enfonce plus ou moins consciemment vers le point de non-retour. Pas d’espoir ni de solution miracle non plus : dans ces paysages somptueux et mornes à la fois, la violence et le mal-être semblent omniprésents. Kormakur filme ces paysages avec une sorte de langueur superbe, porté par une très belle musique, qui donne à son film un rythme fascinant.

D’une efficacité redoutable et d’une grande justesse, The Oath est un thriller intime et inconfortable, assez magnifique.

Le Procès Paradine (The Paradine Case) – d’Alfred Hitchcock – 1947

Posté : 4 décembre, 2017 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Le Procès Paradine

Les procès ont souvent été importants dans les films d’Hitchcock, mais avec presque toujours une manière originale de simplement les évoquer, ou de n’en retenir que quelques fragments. Il n’était donc que justice qu’il consacre un film entier à l’appareil judiciaire. Et de fait, le titre n’est pas trompeur : le procès est bel et bien central dans ce beau film noir, paradoxalement quasiment dépourvu de suspense. En tant que genre, le « film de procès » est pourtant un grand pourvoyeur de frissons. Hitch, forcément, prend le contre-pied.

Il y a pourtant une vraie interrogation au cœur de ce procès : Mrs Paradine a-t-elle tué son mari ? Mais jamais le film ne devient un vrai thriller. Le vrai moteur d’Hitchcock ici, c’est le trouble amoureux que ressent Gregory Peck, amoureux (bien) marié, mais mystérieusement attiré par sa cliente au comportement si trouble. Un sujet très hitchcockien d’ailleurs : le personnage évoque la Joan Fontaine de Soupçons, ou encore le James Stewart de Sueurs froides.

Gregory Peck est très bien dans ce rôle de grand avocat dont la stature tremble. Mais malgré sa prestation impeccable, malgré la présence de l’ogre Charles Laughton (qui nous offre un extraordinaire numéro de vieux dégueulasse, précurseur d’Harvey Weinstein, dans une scène hallucinante de harcèlement « mine de rien »), ce sont les femmes qui captent l’écran dans ce film : c’est à elles que Hitchcock réservent les plus beaux gros plans, et ils sont nombreux ces gros plans, qui semblent aller chercher le trouble caché de ces femmes laissées dans l’ombre dans cet univers très masculin de la justice.

Dans le rôle de la femme méprisée de Laugton, Ethel Barrymore est magnifique et déchirante, à la fois soumise et terrorisée, mais aussi étrangement aimante. Dans le rôle de l’épouse si douce de Gregory Peck, Ann Todd est elle aussi parfaite : condamnée à rester derrière, elle est pourtant le personnage le plus fort, le plus digne de ce microcosme pas si idyllique.

Mais c’est Alida Valli qui a droit aux scènes les plus fortes : les images très fortes de son arrivée en prison, qui contrastent avec l’opulence de son ancienne vie (et de son avocat), et de nombreux gros plans que Hitch lui réserve. Excellent film noir, Le Procès Paradine reste d’ailleurs dans les esprits en grande partie pour ces gros plans, et particulièrement celui, fameux, du prétoire, lorsque la caméra, qui cadre le visage d’Alida Valli, capte l’entrée de Louis Jourdan derrière elle, et sa marche vers la barre des témoins. Un plan incroyable qui mériterait à lui seul de voir le film.

A deux pas de l’enfer (Short cut to hell) – de James Cagney – 1957

Posté : 20 novembre, 2017 @ 6:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, CAGNEY James, CAGNEY James | Pas de commentaires »

A deux pas de l'enfer

Pour son unique film derrière la caméra, James Cagney signe la deuxième adaptation du roman Tueur à gags de Graham Greene, et surtout un remake très fidèle du film (formidable) de Frank Tuttle. L’histoire originale étant passionnante, le film se regarde avec un certain plaisir. Mais comme le dit lui-même Cagney dans une séquence pré-générique (histoire qu’il apparaisse quand même dans ce film, pour lequel il ne s’est pas attribué de rôle) : le plus important dans un film, c’est ce qu’on voit devant la caméra, et pour le coup, il se dit très quand du choix de ses deux jeunes vedettes, Robert Ivers (qui ?!) ey Georgann Johnson (qui ?!), à qui il promet un bel avenir.

Sauf que soixante après, on aurait dû commencer à en entendre parler, de leur avenir à l’un comme à l’autre. Mais rien, ou si peu : des apparitions dans des séries télé, brièvement pour lui, jusqu’au milieu des années 2000 pour elle. Mais rien de vraiment consistant, et strictement rien sur grand écran. Elle est pourtant pas mal, avec son grand sourire plein d’empathie. Et lui, avec ses airs de gamin qui joue au dur, fait un tueur professionnel plutôt original. Mais ils arrivent après Veronika Lake et Alan Ladd, l’un des plus grands couples du cinéma. Et forcément, la comparaison n’est pas en leur faveur.

Drôle d’idée d’avoir signé un remake sans même prendre la peine de s’éloigner du modèle. Et le film de Cagney sort perdant à tous les niveaux, au petit jeu des comparaisons. C’est percutant, avec des séquences de violence joliment tendues, et des personnages principaux curieusement attachants malgré leur manque de charisme. Mais le film n’apporte pas grand-chose, si ce n’est l’envie de revoir le Tueur à gages de Tuttle, et de relire le roman de Greene. C’est sans doute ce qu’a fait Cagney, qui n’est plus jamais repassé derrière la caméra.

Wind River (id.) – de Taylor Sheridan – 2017

Posté : 7 novembre, 2017 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, SHERIDAN Taylor | Pas de commentaires »

Wind River

C’est aussi efficace que Le Silence des Agneaux, et aussi bouleversant que Manchester by the Sea… Bref, c’est un film formidable que réussit le scénariste Taylor Sheridan pour son dépucelage derrière la caméra: à la fois un très beau film engagé sur l’injustice dont est toujours victime la minorité des Amérindiens, un film déchirant sur la filiation et la perte d’un enfant, et un grand, un très grand thriller.

Avec ce film, le scénariste de Sicario et Comancheria conclut sa trilogie consacrée à la “frontière américaine moderne”. En l’occurrence, cette frontière-là se situe au cœur des Etats-Unis: dans le Wyoming, l’état le moins peuplé, dominé par une nature à la fois belle et hostile. Et cette nature joue effectivement un rôle central, à la fois cadre omniprésent et dévorant de l’histoire, antagoniste admiré ou haï des personnages, et déclencheur du drame qui se joue.

Le film adopte constamment le rythme imposé par cette nature recouverte de neige: la précipitation n’y a pas sa place, les sons sont feutrés, et tout avance avec une certaine lenteur et une difficulté que la caméra de Sheridan rend constamment palpable, fascinante et presque étouffante par moments.

Il y a ceux qui savent s’y mouvoir: les “natifs” bien sûr (comme Graham Greene, beau clin d’œil à son rôle de Danse Avec les Loups) ou Jeremy Renner, formidable en chasseur en quête de paix. Et il y a les autres, que ces vastes étendues désertes obligent à se confronter à leurs propres démons. Parmi ceux-là, il y a les méchants (dont on ne dira rien ici), et il y a cette très jeune agent du FBI (Elizabeth Olsen, également formidable) qui semble à peine sortir de l’enfance, mais trimbale déjà un regard étonnamment dur, et qui forme un tandem improbable avec Jeremy Renner.

Voilà qui aurait pu tourner au traditionnel buddy movie, source d’engueulades ou de gags c’est au choix. Mais Taylor Sheridan a la bonne idée de ne jamais jouer sur ce registre, préférant souligner le respect mutuel qui se crée immédiatement entre ces deux êtres si différents mais également abîmés par la vie.

La force du film, c’est la manière dont chaque thème, chaque aspect, enrichit les autres: le drame, le suspense, le mystère, l’émotion se nourrissent les uns les autres jusqu’à une conclusion aussi belle que noire. Le crime au cœur de l’histoire ne réserve pas de surprise extraordinaire, mais la manière dont il est traité fait de Wind River l’un des grands thrillers de ces dernières années.

Est-ce la présence de cette jeune recrue du FBI ? Ou cette manière de filmer une réalité ni glamour ni attendue ? L’ombre du Silence des Agneaux est en tout cas bien présente, mais jamais dévorante. Taylor Sheridan l’assume d’ailleurs, en reprenant et détournant habilement le fameux “coup de la porte”, montage trompeur qui faisait naître l’horreur dans le film de Jonathan Demme, et qui révèle ici de manière prématurée (et très maline) tout le mystère.

Pour mieux réussir à imbriquer violence (quelle fusillade!) et émotion, dans un final éblouissant.

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