Play it again, Sam

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Archive pour la catégorie 'POLARS/NOIRS'

Le Port de la drogue (Pickup on South Street) – de Samuel Fuller – 1953

Posté : 13 juillet, 2017 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, FULLER Samuel | Pas de commentaires »

Le Port de la drogue

Le Port de la drogue ? Drôle de titre pour un film où il n’est absolument jamais question de quelque substance illicite que ce soit… Dans la version originale en tout cas, parce que la VF a choisi de remplacer tous les dialogues évoquant l’espionnage communisme, au cœur du film, par des allusions à des trafiquants, histoire de ne pas froisser le parti communiste qui cartonnait alors en France. Voilà pour la petite histoire, qui permet de mieux comprendre le pourquoi de ce titre.

En tout cas, Pickup on South Street est une merveille absolue du film noir. Fuller, en pleine ascension à la Fox, signe un petit chef d’œuvre ramassé et tendu, violent et émouvant. Un film formidable, quoi, qui commence par une séquence muette absolument fascinante, qui montre un pickpopet au travail. Ledit pickpocket, c’est Richard Widmark, dans l’un de ses très grands rôles de minable magnifique, confronté à une ambition trop grande pour lui. Et sa « victime », c’est Jean Peters, une petite pas-grand-chose qui révélera une humanité bouleversante.

Entre ces deux-là, la première rencontre est détonante, puisqu’il la met dans le pétrin en lui dérobant le « colis » qu’elle doit délivrer à d’inquiétants individus. La deuxième rencontre n’est pas mal non plus, puisqu’il l’étale d’un grand coup de poing dans la mâchoire. Elle le lui rendra bien, d’ailleurs, un peu plus tard… Autant dire que la love story semble bien mal partie.

Pourtant, il se passe très vite quelque chose entre eux : quelque chose entre une attirance bestiale et une tendresse enfantine. Lorsque, après l’avoir rudement frappée, il lui caresse la joue dans un gros plan troublant, la sensualité du moment est ébouriffante. Mais le désir, les sentiments, et la cruauté, ne sont jamais très loin les uns des autres. Ces deux-là ont tellement l’habitude d’être sacrifiés qu’ils ne s’attendent pas à grand-chose de bon.

Et il y a Thelma Ritter, peut-être dans son plus beau rôle : celui d’une « indicatrice » fatiguée par la vie, qui ne « travaille » que pour une chose, amasser suffisamment d’argent pour pouvoir s’offrir un bel enterrement. Elle est absolument magnifique dans ce rôle de paumée usée et déterminée, tellement fatiguée de lutter pour vivre que sa propre mort est devenue l’unique point de mire. Bouleversante, elle réussit une sublime prestation qui aurait dû lui valoir l’Oscar du second rôle, qui lui a échappé au profit de Donna Reed (pour Tant qu’il y aura des hommes).

Fuller filme merveilleusement ses paumés. Il filme aussi particulièrement bien ses décors, à commencer par cette cabane perdue dans le port de New York, cadre idéal pour un grand film à l’atmosphère fascinante et troublante. Un chef d’œuvre.

Passion sous les Tropiques (Second Chance) – de Rudolph Maté – 1953

Posté : 12 juillet, 2017 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, MATÉ Rudolph, MITCHUM Robert | Pas de commentaires »

 Passion sous les Tropiques

De la 3D d’origine, je ne dirai rien, si ce n’est qu’elle semble avoir laissé une étrange texture à la (belle) couleur de ce film d’Aventures et d’Amour avec deux grands-A !

Mitchum en boxeur, ça a déjà de la gueule. Mitchum en boxeur qui vole au secours de la belle Linda Darnell en danger de mort, ça a encore plus de gueule. Mais quand le danger de mort en question porte le nom de Jack Palance, alors là, je me pâme.

Et tout ce petit monde s’aime ou s’affronte dans d’impressionnants décors réels au Mexique, décors qui semblent parfois être la véritable raison d’être de ce film. Producteur, Howard Hughes n’a pas lésiné sur les moyens pour plonger ses personnages dans un Mexique le plus authentique possible, avec des tas de figurants et des paysages grandioses.

La première partie est surtout marquée par le match de boxe autour duquel gravitent les personnages. Mais c’est la seconde partie qui est la plus étonnante. Réfugié dans un petit village perché au sommet d’une montagne abrupt où l’on ne peut accéder qu’avec un téléphérique, notre couple de héros oublie le danger et rêve à une histoire d’amour simple et en dehors du monde…

Étonnant, parce que le film prend le temps de se poser longuement, mettant de côté le suspense pour se concentrer sur ce havre de paix, et la romance qui se noue entre Darnell et Mitchum qui, tous deux, renaissent à la vie. Dans ce village surplombant le reste du monde, l’atmosphère est envoûtante…

Mais la violence n’est jamais très loin. Elle prend la forme d’un brusque faits divers, ou celle du visage cassé de Palance. Et elle explose à bord du téléphérique où se dénoue l’intrigue, dans un soudain huis clos étouffant et effrayant. Classe et palpitant !

Bullitt (id.) – de Peter Yates – 1968

Posté : 10 juillet, 2017 @ 8:00 dans * Polars US (1960-1979), 1960-1969, YATES Peter | Pas de commentaires »

Bullitt

Mine de rien, il donne un sacré coup de fouet au genre, ce polar pre-seventies aux antipodes d’à peu près tout ce qu’on a vu jusque là. Avec Police sur la ville, sorti la même année, Bullitt pose les bases de tout ce que sera le film policier dans la décennie à venir, et même au-delà. En gros, un réalisme accru, et de l’action à l’état pure. Pas comme on l’entend aujourd’hui, avec montage stroboscopique et explosions qui s’enchaînent (même si explosion il y a bel et bien), mais Yates, qui ne fera peut-être bien jamais rien d’aussi bien, signe un film où tout est mouvement, et où la parole est rare.

Le choix de Steve McQueen dans le rôle principal n’est pas anodin. Mutique et obstiné, il a la cool attitude teintée d’une profonde gravité. Un mélange de feu, pour un personnage qui, lui aussi, tranche assez radicalement avec les flics habituels d’Hollywood (y compris ceux de cette fin des sixties). Sa dégaine très sportwear, sa nonchalance et son flegme pourraient ressembler à des poses pseudo-cool. Mais non, McQueen est absolument formidable dans ce rôle de flic intègre jusqu’au jusqu’au-boutisme.

Ses affrontements quasi-muets avec le politicard Robert Vaughn (un autre des 7 Mercenaires) sont de grands moments de cinéma, autant grâce à la qualité du scénario et des dialogues, que pour l’alchimie détonante qui se dégage de ces deux-là. Qu’importe si le film ne choisit pas la mesure (Vaughn est vraiment un authentique sale type, et McQueen est un héros réellement pur), le plaisir est intense.

Finalement, il n’y a qu’un aspect vraiment gênant : la célébrissime séquence de course-poursuite dans les rues de San Francisco, tellement attendue que l’attente pèse un peu sur la première partie du film. Mais quand elle arrive, même après l’avoir vue et revue, quel choc ! Pas aussi inventive et brute que celle de French Connection, certes, mais ce modèle de poursuites en voitures garde une puissance visuelle et émotionnelle rarement égalée. Souvent copiée en tout cas : on ne compte plus les films qui, jusqu’à aujourd’hui, citent ou pillent cette séquence culte.

La Main qui venge (Dark City) – de William Dieterle – 1950

Posté : 9 juillet, 2017 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, DIETERLE William | Pas de commentaires »

La Main qui venge

Un petit noir méconnu au scénario formidable… mais qui aurait mérité un cinéaste un peu plus excitant que William Dieterle, honnête faiseur dont la mise en scène reste la plupart du temps très anonyme, avec toutefois quelques belles fulgurances, et une poignée de séquences franchement effrayantes. C’est dans ce registre que Dieterle se révèle le plus à l’aise, comme si même ces moments de pur suspense étaient les seuls qui l’intéressaient vraiment.

Il y a notamment une séquence très efficace dans la chambre minable d’un Ed Begley formidable en petit malfrat vieillissant et pathétique, terrorisé à l’idée de la mort qui le guette. C’est aussi dans ces scènes que se marient le mieux la forme et le fond, avec cette volonté de ne pas magnifier ces anti-héros, d’en faire des gangster magnifiques : ce sont au contraire d’authentiques minables, fauchés, sans avenir et sans ambition.

Si Ed Begley est franchement excellent, Charlton Heston n’est pas mal non plus en sale type qui peine à comprendre ce qu’il est vraiment, se justifiant sans en avoir l’air devant la veuve de sa « victime » : ce brave type dont lui et ses potes de misère ont profité lors d’une partie de poker qui a viré au jeu de dupe, jusqu’à le pousser à la mort.

Lizabeth Scott, elle, est la grande victime du film. Elle est irréprochable, et apporte même une émotion authentique à son personnage. Mais quel personnage ! Une chanteuse énamourée totalement soumise. Un personnage stéréotypé et improbable qui résume à lui seul toutes les limites du film.

L’Inexorable enquête (Scandal Sheet) – de Phil Karlson – 1952

Posté : 8 juillet, 2017 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, KARLSON Phil | Pas de commentaires »

L'Inexorable enquête

Un scénar génial, adapté d’un roman de Samuel Fuller (qui n’a jamais raté une occasion de dénigrer le film) : le rédac-chef d’un grand journal new-yorkais tue la femme qu’il avait épousée dans une autre vie, et observe le meilleur de ses journalistes, à qui il a tout appris et dont il est une sorte de père spirituel, enquêter sur ce meurtre et remonter peu à peu le fil qui conduit à lui…

D’emblée, Phil Karlson, petit maître du noir, instaure une atmosphère formidable, et une grande tension dans cette vision du journalisme aux antipodes de la probité d’un Bas les Masques. Le rédac chef et son poulains sont des rapaces, manipulateurs et odieux. Le second n’hésite pas à jouer avec l’émotion d’une femme qui vient de perdre sa sœur pour obtenir le bon témoignage, et la bonne photo…

Un sale type, donc, dont la gueule d’ange de John Derek (moins fade que d’habitude) renforce le cynisme. Quant à Broderick Crawford, dans le rôle du rédacteur en chef, il est absolument prodigieux, impressionnante masse d’énergie et de détermination. C’est lui le pivot de l’histoire. D’ailleurs, le film n’est jamais aussi fort que quand il est à l’écran, et perd un peu de sa puissance lorsque passe au second plan, après une première demi-heure formidable de tension.

Les autres acteurs aussi sont excellents, à commencer par Donna Reed, qui réussit à apporter beaucoup d’épaisseur à un personnage pas passionnant sur le papier. Mais lui, Crawford, est franchement exceptionnel en homme tiraillé entre ses instincts d’homme cherchant à échapper à son destin, et sa vocation d’homme de presse. Broderick Crawford formidable ? Voilà un qualificatif qu’on a tendance à sortir facilement dès qu’il est à l’affiche…

L’Homme de Lisbonne (Lisbon) – de Ray Milland – 1956

Posté : 7 juillet, 2017 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, MILLAND Ray, O'HARA Maureen | Pas de commentaires »

L'Homme de Lisbonne

Il m’intriguait depuis longtemps, ce film réalisé par Ray Milland, l’une de ses rares réalisations, la seule en tout cas à avoir atteint une (toute petite) notoriété. A le voir, enfin, il n’est pas très difficile de comprendre pourquoi la mise en scène n’a pas pris plus d’importance dans sa carrière, et pourquoi ce Lisbon n’a pas connu un grand succès en salles.

On ne peut pas dire qu’il manque d’intérêt, ni même qu’il soit déplaisant. Après tout, le film répond parfaitement aux promesses de son titre : c’est dans la manière de filmer Lisbonne qu’il est le plus convainquant. Et même si, par moments, le film se transforme en une sorte de guide touristique qui nous fait découvrir les sites historiques les plus remarquables de la capitale portugaise, eh bien il le fait avec une sorte d’élégance et de sincérités franchement sympathiques.

Le problème, quand même (et c’est peut-être un parti-pris, mais alors là je ne sais pas trop quoi en penser), c’est que dès les toutes premières images, Milland réalisateur semble prendre le contre-pied systématique de ce que l’on pensait savoir de la grammaire cinématographique. Pas tant dans le montage que dans le cadrage : comme une volonté de ne pas être là où on l’attend, l’acteur-réalisateur cadre de dos parfois, de profil souvent, ou de trois-quarts dos… Quant à l’image, elle est constamment baignée d’une lumière vive qui retire tout mystère. Bref, l’opposé quasi-exact du glamour hollywoodien, dont il ne reste rien.

En voyant le film, on réalise d’ailleurs à quel point John Ford sait filmer les femmes. Son actrice fétiche Maureen O’Hara est certes belle devant la caméra de Ray Milland (mais comment ne le serait-elle pas ?)… Mais le charme vénéneux et irrésistible qu’elle a dans L’Homme tranquille ou les autres films de Ford semble bien loin. Et du coup, c’est le personnage en entier qui morfle, guère crédible dans sa complexité. Dommage, c’est de loin le plus passionnant, sur le papier. Plus en tout cas que celui de Milland, aventurier sans grand relief. Plus aussi que celui de Claude Rains, en roue libre dans un rôle qu’il connaît par cœur.

Il y a quand même une fulgurance : l’une des rares scènes de nuit, bien sûr. Un plan, surtout, où un aveugle s’interpose sans s’en apercevoir dans la ligne de mire d’un tueur prêt à faire feu sur le couple de héros. Un simple plan, bref (une poignée de secondes, à peine), mais magnifique. Le reste ne manque pas d’intérêt, mais semble bien fade…

Les Hommes du Président (All the President’s Men) – d’Alan J. Pakula – 1976

Posté : 4 juillet, 2017 @ 8:00 dans * Espionnage, 1970-1979, PAKULA Alan J. | Pas de commentaires »

Les Hommes du Président

Voilà sans doute « le » modèle du film-enquête des années 70, qui reflète la paranoïa de l’époque. Parano qui a largement irrigué tout un pan de la production des décennies à venir, jusqu’à X-Files qui s’en inspirera très clairement (le personnage de Deep Throat), ou JFK (Deep Throat toujours).

Le film a les atouts et les défauts des meilleures réussites du genre : l’aspect « dossier » l’emporte souvent sur l’ambition esthétique, et certaines scènes sont filmées un peu sagement, voire carrément platement.

Mais Pakula sait rendre passionnante cette enquête au long cours particulièrement complexe. Même s’il est difficile de suivre avec limpidité toutes les révélations, c’est le mouvement qui compte : celui d’un vaste cercle qui se referme peu à peu, au fur et à mesure qu’il remonte vers le sommet de la pyramide.

Inégal dans sa mise en scène, Pakula réussit toutefois de nombreuses scènes. Celles de Deep Throat notamment, sombres et angoissantes, mais aussi les nombreuses séquences montrant Woodward et Bernstein dans leur travail de fourmis. Les plus beaux plans sont peut-être les plus anodins : ceux où Robert Redford et Dustin Hoffman (formidables tous les deux) enchaînent les coups de téléphone, ou tapent à la machine…

Là, Pakula crée des plans fascinants avec une improbable profondeur de champ, où premier plan et arrière-plan apparaissent aussi nets l’un que l’autre. Belle manière de souligner en même temps la fièvre qui habite chaque personnage, et le travail d’équipe que cette enquête fascinante représente.

Oh ! J’oubliais, si quelqu’un l’ignore encore : c’est de l’affaire du Watergate qu’il s’agit. Tourné à peine deux ans après la démission de Nixon, All the President’s men révèle les contradictions et les troubles de cette Amérique aussi inquiétante que cinégénique.

Midi, gare centrale (Union Central) – de Rudolph Maté – 1950

Posté : 28 juin, 2017 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, MATÉ Rudolph | Pas de commentaires »

Midi gare centrale

De Rudolph Maté, réalisateur de DOA, on pouvait attendre un peu plus de cette histoire d’enquête autour d’un enlèvement. Pas désagréable et même plutôt captivant, le film échoue toutefois constamment à créer un véritable enthousiasme.

Ça commence plutôt très bien, avec l’irruption de deux hommes dans un train, et les soupçons que porte rapidement une passagère, qui décide d’avertir le responsable de la police de la prochaine grande gare. Un début intriguant, qui conduit au cœur de la seule vraie raison d’être du film : cette gigantesque gare dont Mate va bientôt explorer tous les coins et recoins.

C’est en tout cas la promesse de la première partie, pas tout à fait tenue hélas. Toute cette première partie se déroule exclusivement dans la gare, avec un beau suspense et une tension qui monte efficacement. Mais Maté semble réellement n’avoir tourné le film que pour son décor principal, ne faisant pas grand-chose pour mettre en valeur une intrigue guère originale. Surtout, il ne sait pas vraiment quoi en faire de ce décor si riche en possibilités sur le papier. La gare pour lui se résume grosso modo au seul grand hall.

Pas étonnant si la caméra finit par s’échapper de la gare, pour une séquence de filature fort bien réalisée d’ailleurs, et particulièrement tendue. Mais dès lors, la grande force du film – l’originalité de son décor unique – retombe comme un soufflet. On prend plaisir à suivre l’enquête de William Holden, plutôt à l’aise en flic coriace. Mais il y a une impression tenace de passer à côté de quelque chose : cette gare mal utilisée, ou encore la cécité de la victime, à peine exploitée, ou la personnalité du chef de la police (Barry Fitzgerald, truculent)… Autant de pistes qui ne mènent pas aussi loin qu’on l’espère.

Fargo (id.) – de Joel et Ethan Coen – 1996

Posté : 25 juin, 2017 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, COEN Ethan, COEN Joel | Pas de commentaires »

 Fargo

On a souvent parlé de la thématique de l’échec chère à John Huston. On pourrait parler de la thématique du crétin pour les frères Coen. Dans Fargo, les frangins nous plongent en plein cœur de la crétinerie, peuplée d’êtres bêtes ou méchants, ou les deux, d’où surnage un couple au verbe rare et aux gestes lents, dans un paysage immensément plat et couvert de neige qui renforce l’impression d’isolement et de silence oppressant.

Étrange et fascinante atmosphère, que celle de Fargo, avec sa policière taiseuse et enceinte jusqu’aux dents, qui semble porter un regard maternel un rien affligé sur la violence et la bêtise qui l’entourent, mais qui traverse ce monde tragique avec une forme d’apaisement magnifique, à l’image du couple superbement complice (au-delà des mots qu’ils ne prononcent que rarement) qu’elle forme avec son mari.

C’est le rôle d’une vie pour Frances McDormand, qui a souvent été gâtée par son mari de cinéaste (Joel), et qui a décroché un Oscar mérité pour sa prestation très décalée dans Fargo. Mais c’est toute la distribution qui aurait mérité une récompense, avec cette magnifique galerie d’abrutis, de losers et de monstres pour qui n’existe aucun espoir dans ces paysages d’où toute joie est absente.

A qui revient la palme ? A William H. Macy, révélation du film, extraordinaire en quintessence d’anti-héros de film noir ? Petit homme sans charisme et sans talent, dévoré par un beau-père trop riche et trop présent, il imagine une petite combine qu’il croit sans risque mais qui va précipiter un effroyable bain de sang. Un homme qui porte la culpabilité et la bêtise sur son visage de paumé et dans ses longues phrases vides de sens.

De l’autre côté, une sorte de double négatif : Steve Buscemi en petit escroc sans envergure dont la logorrhée conduit son complice Peter Stormare jusqu’à l’explosion inévitable de violence. Ces deux-là forment le duo de méchants le plus improbable et le plus inquiétant de la décennie. Parce qu’ils sont totalement cons et incontrôlables (l’un très franchement, l’autre parce qu’il se croit plus fort qu’il ne l’est), et parce que l’on sent dès leur apparition qu’ils amènent le drame et le sang, une sorte de boîte de Pandore aux regards ahuris.

Tout ça finit très mal bien sûr, et ce n’est jamais une surprise : la défaite de tous ses ratés semble écrite dès la toute première image, comme celle des grands personnages du film noir de la grande époque (celui de Détour, ou du Facteur sonne toujours deux fois…). Mais c’est le chemin qu’utilisent les Coen qui fait la singularité du film, la manière dont la violence fait irruption, absurde et radicale à la fois. Et ce regard, toujours, d’une Frances McDormand émouvante et hilarante à la fois. Un très grand cru.

Conversation secrète (The Conversation) – de Francis Ford Coppola – 1974

Posté : 20 juin, 2017 @ 8:00 dans * Espionnage, 1970-1979, COPPOLA Francis Ford, FORD Harrison | Pas de commentaires »

 Conversation secrète

Entre deux Parrains ici et ici (et deux Oscars du meilleur film), Coppola change radicalement de style (et décroche une Palme d’or). Au lyrisme sublime de ses films sur la mafia (ou, plus tard, de son grand œuvre sur la guerre du VietNam, Apocalypse Now), le cinéaste oppose cette fois un minimalisme qui a souvent fait dire que Conversation secrète était un film plus personnel dans sa carrière.

C’est sans doute faux, mais le fait est que la réussite de ce film apporte une autre dimension à la filmographie de Coppola, qui n’est donc pas que le cinéaste de l’emphase et de la surenchère. Cela dit, c’est bien le triomphe (critique et populaire) du Parrain qui a permis à Coppola de mettre en images ce scénario qu’il avait écrit plusieurs années auparavant.

Dès la scène d’ouverture, ont sent que le réalisateur, également producteur, est dépouillé de toute contrainte. Cela commence donc par une séquence aussi énigmatique que virtuose, qui reviendra tout au long du film, un peu sur le modèle de Blow Up (ou plus tard de Blow Out) : divers objectifs et micros sont braqués sur une place bondée et tentent d’accrocher la conversation qui se noue entre un homme et une femme, tandis qu’un troisième larron les observe sans en avoir l’air.

On est alors en pleine crise du Watergate (même si le film a été écrit avant), et l’Amérique renoue avec la paranoïa post-Dallas. Conversation secrète donne corps à cette politique de l’intrusion et des écoutes illégales, avec une intrigue complexe entièrement basée sur la paranoïa, où la violence n’est jamais plein écran, mais où le danger semble pouvoir sortir de n’importe quel visage avenant. Le (petit) rôle du tout jeune Harrison Ford est en cela très marquant : sa seule présence, même s’il ne fait pas grand-chose pour cela, fait naître un profond malaise.

Le film démystifie aussi cette paranoïa, cette image d’une puissance cachée omniprésente et toute puissante. Car la « main armée » des écoutes, incarnée par un Gene Hackman formidable, est lui-même la première victime de ces intrusions dans la sphère privée. Un homme dont la vie tourne entièrement autour de celles des autres, de personnes qu’il ne connaît qu’à travers des écrans, et qui s’enferme de plus en plus dans une solitude pathétique.

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