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Archive pour la catégorie 'POLARS/NOIRS'

Va d’un pas léger / Marchez joyeusement (Hogaraka ni ayume) – de Yasujiro Ozu – 1930

Posté : 28 octobre, 2023 @ 8:00 dans * Polars asiatiques, 1930-1939, FILMS MUETS, OZU Yasujiro | Pas de commentaires »

Va d'un pas léger

Il y a du linge accroché entre les maisons, et c’est la preuve la plus flagrante que l’on est dans un film d’Ozu. Dès ses années de jeunesse, la signature du cinéaste est déjà bien là, dans sa manière de filmer les absences, et les objets du quotidien : une théière, une porte fermée, un poster sur le mur, un rideau tiré… Les objets ont une âme chez Ozu.

Ou plutôt : Ozu les filme comme s’il y captait l’âme des protagonistes, ce qui a quand même de la gueule. Va d’un pas léger (titre que l’on comprend dans les dernières – belles – minutes du film) est donc très manifestement un film d’Ozu. Pourtant, il est difficile d’y retrouver les thèmes, l’approche esthétique et le rythme qui marqueront ses chefs d’œuvre.

Dans ce film de jeunesse, on ne peut pas dire qu’Ozu est déjà totalement Ozu. Il flirte avec le polar, genre qu’il abordera plus frontalement encore quelques mois plus tard avec l’excellent L’Epouse de la nuit, adoptant les codes visuels du film de genre, mais se focalisant sur la rédemption par amour d’un anti-héros très touchant.

Un petit caïd, chef d’un gang de petits voleurs de rue, dont la vie bascule lorsqu’il croise la route d’une jeune employée du bureau aussi paumée que lui, dont il tombe raide dingue. Au point de renoncer à la vie facile de truand pour se trouver un job assez peu glorieux mais honnête. Et là, ce sont des thèmes que l’on retrouve souvent dans le Ozu des premières années qui apparaissent : les difficultés de la jeunesse, l’humiliation, le sort des femmes…

C’est Ozu sans être totalement Ozu, mais c’est déjà formidable : cadrage, timing, sens du détail, profondeur des personnages… Ce faux film noir est passionnant, et dévoile en passant une facette légère et même très drôle d’Ozu. Un aspect de son talent qui est rarement mis en valeur à ce point.

Anatomie d’une chute – de Justine Triet – 2023

Posté : 16 octobre, 2023 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 2020-2029, Palmes d'Or, TRIET Justine | Pas de commentaires »

Anatomie d'une chute

Même avec trois premiers films formidables, Justine Triet ne nous avait pas préparé à ce chef d’œuvre qui semble d’une profondeur infinie, et d’une précision implacable. Son grand œuvre en quelque sorte, dont l’ambition est affichée dès le titre, qui évoque bien sûr le chef d’œuvre d’Otto Preminger Autopsie d’un meurtre, autre film où l’enquête et le procès servent à décortiquer les méandres mentales et relationnelles d’un accusé.

Avec cette complexité supplémentaire qu’il ne s’agit plus d’un meurtre, mais d’une chute, celle d’un homme dans un chalet isolé des Alpes. Est-ce un accident ? Un suicide ? Ou sa femme l’a-t-elle poussé ? De ce doute naît le récit, qui s’éloigne bien vite de la simple enquête de police. Justine Triet nous y introduit par le point de vue du fils du couple, un enfant malvoyant qui n’est témoin de la scène que par des sons, des sensations, et des certitudes. Belle idée qui permet au spectateur de s’immerger dans cette atmosphère pleine d’incertitudes en se reconnaissant dans la douleur de ce garçon (Milo Machado-Graner, d’une justesse et d’une profondeur parfaites, qui évite toute la mièvrerie des enfants acteurs).

Parce qu’il est difficile de s’attacher au personnage de la mère, géniale Sandra Hüller, qui semble si froide, si détachée, si à côté de sa douleur. Elle est pourtant, dans tous les sens du terme, le cœur du film : c’est autour d’elle, de cette froideur apparente, mais aussi de sa dignité et de sa liberté revendiquée, que Justine Triet construit son film avec intelligence.

Le récit, et le procès, représentent une sorte de cheminement vers la vérité intime de cette femme, et du couple qu’elle formait avec la « victime ». Et toutes les velléité de résumer le film à un thriller finissent par s’effondrer, comme l’argumentation d’un procureur qui cherche constamment à enfermer le drame dans une notion de Bien ou de Mal.

Justine Triet va bien au-delà. Elle dessine le portrait fascinant, émouvant et puissant d’un couple toxique au-delà de tous les clichés. Difficile d’en dire trop sans déflorer les surprises, belles et nombreuses. Mettons juste que Justine Triet plonge au plus profond de l’âme humaine pour en tirer la vérité la plus intime.

C’est aussi le portrait féministe d’une femme libre, celui d’une enfance bousculée, celui d’une justice défaillante, d’une police limitée, et d’un système médiatique qui s’emballe. C’est encore une histoire d’accomplissement, de déracinement. C’est enfin une grande leçon de cinéma, qui ne la ramène jamais avec des effets facile. C’est aussi la consécration d’une très grande directrice d’acteurs. C’est bien simple : même le chien est juste, et vrai.

Dans la maison – de François Ozon – 2012

Posté : 14 octobre, 2023 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 2010-2019, OZON François | Pas de commentaires »

Dans la maison

C’est marrant comment on a systématiquement envie de dire que Luchini est sobre, dans un film où il est formidable. C’est marrant, parce que ça a un côté un peu, même franchement, injuste. Comme si l’acteur, si exubérant en promo, n’était pas l’un des très très grands, et ce depuis des années, comme si ses excès et sa pause de beau parleur vampaient son jeu si fin.

Dans Dans la maison, il est donc sobre. Comme Jouvet l’était : avec ce débit qui lui est si caractéristique, et cette intelligence du jeu qui le place toujours là où on ne l’attend pas vraiment. Semblable, et différent à chaque film, Luchini explore ici une zone particulièrement inconfortable, dans un rôle qu’on dirait pourtant sur mesure.

Pensez donc : un prof de lettres vieillissant qui mène une vie de bobo, parle littérature avec passion, et jeunesse avec méfiance. Mais ce prof, marié à une Kristin Scott-Thomas parfaite en contrepoint bousculé dans ses habitudes, se prend de passion pour le talent caché d’un étudiant taciturne, qui lui donne l’inspiration qui lui manquait depuis longtemps pour écrire son propre livre.

Les écrits que lui livre cet adolescent le fascinent : il y raconte ses rapports troubles avec une famille parfaite en tous points en apparence (avec des parents joués par Emmanuelle Seigner et Denis Ménochet), dans des compositions écrites qui sont en fait des récits intimes, dont lui-même (Luchini) s’inspire pour son grand roman… quitte à pousser le jeune homme à aller toujours plus loin.

Dans la maison, sous ses faux airs de thriller hitchcockien, est un film qui crée un malaise persistant, tant le personnage de Lucchini s’y enfonce dans une relation toxique, pour le moins troublante. Il est question de création, d’emprise morale, de manipulation, de désir et des limites qu’il ne faudrait pas franchir. Ozon signe l’une de ses grandes réussites, et échappe totalement à toute velléité moralisatrice. On lui en sait gré.

La Double Enigme (The Dark Mirror) – de Robert Siodmak – 1946

Posté : 13 octobre, 2023 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, SIODMAK Robert | Pas de commentaires »

La Double Enigme

Il y a eu un meurtre, et le flic joué par le bonhomme Thomas Mitchell en est persuadé : il a été commis par la jolie Olivia De Havilland. L’affaire est pliée ? Ben non, elle ne fait que commencer : parce que dans la douce Melanie d’Autant en emporte le vent, après avoir claqué la porte de la Warner, est en quête de reconnaissance et de rôles dramatiques forts, et que cette quête passe par un rôle double.

En clair : Olivia incarne deux sœurs jumelles. Et non seulement le bon Thomas ne sait pas laquelle des deux est le tueur, mais il a la plupart du temps un doute sur l’identité de la sœur qu’il a face à lui, conscient d’être le jouet de leurs tromperies assumées. Siodmak s’en amuse et multiplie les fausses pistes. Et plus les deux semblent interchangeables, plus leurs personnalités respectives se renforcent, paradoxalement.

C’est malin, et assez vertigineux, mais l’exercice a ses limites. Techniquement, c’est assez bluffant, pas loin d’être parfait. Mais lorsqu’il s’agit de différencier les deux sœurs, Siodmak utilise des petits trucs tout discrets qui font un peu bondir : un bon gros collier avec le nom de ladite sœur par exemple, ce qui, même à une époque où on ne peut vraiment pas compter sur les effets spéciaux numériques, a tendance à nous tirer un sourire crispé.

Le film flirte aussi avec l’image du psychanalyste qui tombe amoureux de la suspecte qui est aussi un sujet d’étude, comme le Spellbound d’Hitchcock sorti l’année précédente. Sur ce point là au moins, The Dark Mirror est quand même très loin de son modèle, avec un Lew Ayres assez peu crédible en psy aux méthodes étonnantes (la faute au scénar, pas à l’acteur).

Mineur, donc, mais c’est, donc, Robert Siodmak derrière la caméra, alors au sommet de sa carrière hollywoodienne (il vient de tourner Les Tueurs). Dès la séquence d’ouverture, où l’on découvre le corps de la victime, le savoir-faire du cinéaste est là, et sa capacité à créer une atmosphère. Mineur, oui, mais prenant. Et amusant.

La French – de Cédric Jimenez – 2014

Posté : 11 octobre, 2023 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 2010-2019, JIMENEZ Cédric | Pas de commentaires »

La French

Il faut au moins reconnaître à Cédric Jimenez son ambition : ils ne sont pas si nombreux, les cinéastes français, à vouloir à ce point tirer le film de genre vers le haut. Ou disons vers ses modèles américains les plus glorieux. Et c’est bien ce qu’il fait avec ce film, pourtant très français et inspiré d’une histoire vraie : la french connection et l’assassinat du juge Michel.

Sa principale limite, sans doute, est d’hésiter constamment entre une reconstitution précise et rigoureuse, et une dramatisation de l’intrigue pour rendre le film plus… plus quoi ? fun ? efficace ? américain ?

C’est clairement une limite, parce que cette histoire n’en avait pas besoin : pas besoin de cette rencontre improbable entre le juge et le parrain qui semble n’avoir été écrite que pour aménager une scène commune à Jean Dujardin et Gilles Lellouche, et pour citer en passant une autre rencontre au sommet, dans le Heat de Michael Mann.

Pas besoin non plus de faire du juge un authentique cowboy qui finit par se mêler physiquement à l’action, comme si son courage n’était pas si flagrant. Des moments censés être immersifs qui ont l’effet totalement inverse sur le spectateur, qui aimerait que le réalisateur lui fasse un peu plus confiance…

Ces réserves faites, il faut reconnaître une belle efficacité, une reconstitution assez bluffante, un vrai sens du rythme, et surtout une belle idée, qui doit beaucoup au chef d’œuvre de Michael Mann d’ailleurs : mettre en scène les deux antagonistes dans leur vie familiale, gommant les différences dans leurs rapports à leurs femmes. Avec pour effet de rendre ce sinistre fait divers humain, et l’affrontement, pour le coup, vraiment dramatique.

Mann n’est pas la seule influence de Jimenez, qui flirte aussi beaucoup du côté de Scorsese, dans cette longue séquence qui permet de planter le décor et de présenter les différents personnages, séquence qui serait brillante si elle ne souffrait de la comparaison avec son modèle évident, Les Affranchis. Disons que c’est le retour de bâton que risque tout cinéaste cinéphile : gare à la comparaison.

Toni – de Jean Renoir – 1935

Posté : 8 octobre, 2023 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, RENOIR Jean | Pas de commentaires »

Toni

A l’origine de Toni, il y a un faits divers qui s’est déroulé dans le Sud de la France, dont un commissaire de la région souhaitait faire l’objet d’un roman. De ses recherches, Jean Renoir a fait un film, produit par Marcel Pagnol, dans la région et avec l’équipe de ce dernier. Pourtant, c’est bel et bien un film qui porte la marque de Renoir.

Fidèle à sa fibre humaniste, Renoir met en scène des immigrés qui rêvent d’une vie meilleure, des modestes qui se heurtent à la tyrannie de petits baronnets locaux. La séquence d’ouverture est particulièrement parlante. Un immigré présent en France depuis plusieurs années y apostrophe un néo-immigré, lui assénant les règles à respecter dans « son » pays. Tout Renoir est là, dans ce dialogue plutôt léger : sa vision d’un monde dont les frontières sont psychologiques avant tout.

Cela dit, Toni est aussi une espèce de matrice à la fois du film noir américain et du néo-réalisme italien. Ce qui n’est pas rien. L’histoire, inspirée d’un fait divers, est donc tragique, ce que l’on sent dès les premières minutes. Surtout, le décor (une colline du Sud, avec sa mine et ses garrigues) évoque à la fois Le Dernier Tournant (première adaptation du Facteur sonne toujours deux fois) et Lumière d’été, soit deux grands films français des années suivantes. Mais avec une fibre sociale, et le tournage en décors naturels qui annonce un cinéma du réel qui deviendra un genre en soi deux décennies plus tard.

Toni est donc un film précurseur à plus d’un titre. Et même sous le patronage de Pagnol, c’est aussi et surtout un vrai film (et un grand film) de Renoir, qui signe un drame marqué par le poids de la société comme sa filmographie en est remplie. Comme souvent à cette période, la technique est hésitante (on rêverait de voir Toni dirigé par Renoir avec des moyens techniques plus conséquents) : la qualité du son est très discutable, et rend la compréhension de l’accent marseillais assez compliqué, et les raccords sont parfois approximatifs.

Mais il y a la beauté des images, la manière dont Renoir capte l’atmosphère, et la profondeur des personnages qui, en quelques grands traits qui semblent à peine esquissés, dégagent une vérité folle et déchirante. Toni, grande réussite de Renoir, est aussi l’un de ses grands films picturaux, qui recèlent tout l’héritage familial du cinéaste. Ce n’est pas rien.

Stillwater (id.) – de Tom McCarthy – 2021

Posté : 5 octobre, 2023 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2020-2029, McCARTHY Tom | Pas de commentaires »

Stillwater

Un film américain dont l’action se passe à Marseille et qui ne met pas en scène le Vieux Port ne peut pas être foncièrement mauvais. Un peu comme un film américain qui se passerait à Paris et qui ne s’ouvrirait pas sur douze plans de la Tour Eiffel. Ou un film catastrophe dans lequel un chien périrait. Ou… Enfin vous voyez : sans doute le petit signe d’une volonté d’authenticité.

Et de ce côté à, Stillwater tient toutes les promesses de ses premières scènes. Marseille a rarement été filmé aussi longuement et avec un tel sentiment de vérité, en tout cas devant la caméra d’un Américain, que dans ce faux thriller dont le titre laissait penser, allez savoir pourquoi, à un film-enquête dans la lignée de Spotlight, le précédent opus de Tom McCarthy.

On n’y est pas du tout, même si Stillwater est également inspiré d’une histoire vraie : le destin d’une jeune Américaine condamnée à une lourde peine de prison pour le meurtre d’une Européenne. Une simple inspiration, en fait, tant McCarthy, qui portait le projet depuis des années, prend de larges libertés avec le fait divers authentique.

Son film se base avant tout sur le père de la jeune femme : un pur Américain dans ce qu’il a de plus moyen. Père célibataire, accent à couper au couteau, fervent catholique, ouvrier du pétrole et du bâtiment, défenseur du port des armes… Un pur produit de l’Amérique profonde, presque un cliché, à ceci près que ce genre de personnages est rare au cinéma, en tout cas dans un rôle de premier plan.

Là, il a les traits de Matt Damon, absolument formidable, qui rend bouleversant ce type un peu bas du front, brut de décoffrage, qui débarque dans une ville dont il ne connaît ni les coutumes, ni la langue. Un type qui est passé par tous les excès, qui a visiblement détruit à peu près tout ce qu’il avait, et qui essaye désespérément et avec l’habileté d’un bulldozer de faire ce qu’il faut pour sa fille. En l’occurrence la sortir de taule en prouvant son innocence.

Le côté thriller ne tient pas longtemps : dès qu’un vague suspense se met en place, McCarthy s’amuse à le torpiller pour se concentrer sur l’essentiel, la déroute de cet homme, et ce soudain espoir qui prend la forme d’une Française, « une sorte d’actrice », jouée par Camille Cottin, qui lui ouvre des horizons inattendus. Et beaucoup d’émotion, jusqu’à une dernière phrase, un dernier regard, magnifiques.

Des filles disparaissent (Lured) – de Douglas Sirk – 1947

Posté : 3 octobre, 2023 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, SIRK Douglas | Pas de commentaires »

Des filles disparaissent

Une danseuse devient suppléante de la police pour tenter de démasquer le tueur en série qui s’en prend à des jeunes femmes comme elle depuis des semaines… Mais… Mais… Ne serait-ce pas l’histoire de Pièges, le film français de Robert Siodmak, que l’on retrouve dans ce polar signé Douglas Sirk. Mais si, mais si : Lured est bel et bien un remake, qui reprend les grandes lignes de l’intrigue pour la transposer à Londres.

Et le résultat est tout aussi passionnant que le film de Siodmak. Après un film anti-nazi (Hitler’s Madman), un drame sur les Russes blancs (L’Aveu) et une comédie policière en costumes (Scandale à Paris), le néo-américain Douglas Sirk prouve que, avant de devenir le grand spécialiste du mélodrame en technicolor, il était un touche-à-tout déjà très doué.

Un film d’atmosphère, pourrait-on dire, qui vaut à la fois pour l’intrigue elle-même, un whodunit diablement efficace, que pour sa galerie de personnages. La jeune danseuse notamment, interprétée par une Lucille Ball très à l’aise pour passer d’un registre sombre à une folie débridée, à l’image de la relation qu’elle forme avec son « ange gardien », un George Zucco patibulaire et paternaliste à la fois. Ces deux là offrent quelques-uns des moments les plus réjouissants du film.

Et puis Charles Coburn, toujours attachant. Et puis Joseph Calleia, dont on se méfie toujours. Et puis George Sanders, dans sa veine la plus charmante. Et puis Cedric Hardwicke, toujours entre dignité et rigidité. Et puis Boris Karloff, qui débarque avec l’aura horrifique de sa déjà longue carrière, et à qui revient le moment le plus étonnant et le plus flippant : un défilé de haute couture devant un « public » totalement figé (z’avez qu’à voir le film).

Plus qu’une simple curiosité dans le parcours de Sirk, Lured prouve que le cinéaste est aussi un grand réalisateur de films noirs. Il n’aura pas souvent l’occasion de le rappeler, mais il le confirmera avec l’excellent Jenny, femme marquée deux ans plus tard.

Marlowe (id.) – de Neil Jordan – 2022

Posté : 1 octobre, 2023 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2020-2029, JORDAN Neil | Pas de commentaires »

Marlowe

Plutôt excitant de revoir le cinéma américain s’intéresser à Philip Marlowe, grande figure de la grande époque du film noir immortalisé par Dick Powell, Robert Montgomery et surtout Humphrey Bogart, et qu’on n’avait plus revu depuis le remake du Grand Sommeil avec Robert Mitchum.

Plutôt excitant, aussi, de savoir que c’est Liam Neeson qui enfile l’imper, rappelant qu’avant de se perdre dans des actioners interchangeables, le gars s’était illustré dans des tas de choses très différentes, et notamment dans le néonoir Faute de preuves, qui m’avait laissé un souvenir assez fort dans mon adolescence (pas revu depuis…).

Plutôt excitant encore de voir l’affiche du film, la revenante Jessica Lange dans un rôle trouble, et le pas manchot Neil Jordan aux manettes. S’il n’est pas le réalisateur le plus excitant de ces dernières décennies, Jordan a au moins un authentique savoir-faire, ne serait-ce que dans l’art de créer une atmosphère tendue. Ce qui pour un film noir est plutôt un bon signe.

Verdict ? Eh bien c’est tortueux à souhait, Neeson est très convainquant, Jessica Lange et Diane Kruger sont énigmatiques telles qu’on les attendait, la reconstitution du L.A. des années 30 est particulièrement soignée. Bref, cette adaptation d’un roman de John Banville (non, pas de Raymond Chandler) ne démérite pas.

Mais (on le sentait arriver ce « mais », non ?) tout ça reste très, trop propre. Jordan semble écraser par les grands maîtres dans les pas desquels il marche (dont Hawks, quand même), et son Marlowe reste un hommage plaisant, qui ne dépasse jamais le statut de pastiche soigné. Plaisant, quand même, c’est déjà pas mal…

Casino (id.) – de Martin Scorsese – 1995

Posté : 27 septembre, 2023 @ 8:00 dans * Films de gangsters, 1990-1999, DE NIRO Robert, SCORSESE Martin | Pas de commentaires »

Casino

Les Affranchis ou Casino ? Casino ou Les Affranchis ? Me voilà bien incapable de dire lequel des deux est le plus abouti, le plus fou, le plus audacieux. Le fait est que, tournés à cinq ans d’écart, voilà peut-être les deux chefs d’œuvre de Scorsese, deux films jumeaux dans lesquels le style du cinéaste trouve sa forme la plus parfaite.

Cela tient à la virtuosité du gars bien sûr. Cela tient aussi à son casting exceptionnel, le trio Robert De Niro-Sharon Stone-Joe Pesci en tête. Cela tient surtout, peut-être, au montage hallucinant signé par l’indispensable Thelma Schoonmaker. Le montage, dans les grands films de Scorsese, est au cœur de leur réussite. Il donne à l’ensemble disparate voire foutraque des images un mouvement d’une pureté et d’une évidence extraordinaire.

Il permet aussi toutes les audaces, scènes hyperdécoupées ou plans séquences virtuoses, déluges de violence et pauses romantiques ou dramatiques… Visuellement, Scorsese semble tout se permettre, ouvrant son film sur des effets spéciaux inattendus, puis par une longue séquence dévoilant par des voix off bavardes et fascinantes le fonctionnement d’un casino et les enjeux de l’histoire…

On retrouve la même virtuosité que dans le précédent film de gangsters du cinéaste, la même vision de la mafia, les mêmes tourments humains aussi. Mais Casino n’est pas une simple copie, ni même un prolongement. Scorsese s’y approche plus que jamais peut-être de la tragédie grecque, dans ce qu’elle a de plus exceptionnelle et humaine à la fois.

Sam Rothstein (De Niro, très grand) est une espèce de demi-dieu, de souverain en son royaume : le Las Vegas des années 1970, sous la coupe d’une mafia qui ne dit pas son nom mais qui impose sa loi. Un homme de confiance, qui a tout pour atteindre les sommets. Mais il a un ami d’enfance encombrant, Nicky, caïd de la pègre aux pulsions mortelles (Pesci, aussi flippant que dans Les Affranchis). Et il tombe amoureux de la femme qu’il ne faut pas, Ginger.

Avec cette figure tragique, superbe et pathétique, Sharon Stone trouve le rôle de sa vie, le seul peut-être digne du statut qui était le sien après Basic Instinct. Scorsese en fait le moteur principal de son drame, la figure autour de laquelle tout le film se concentre bientôt. Et sans y paraître, c’est tout le rythme du montage qui oscille en fonction de l’état d’esprit du personnage. Grand rôle, et grande interprétation.

Grand conteur, grand chef d’orchestre même, tant son cinéma est ample et brasse de multiples enjeux et personnages, Scorsese n’est sans doute jamais aussi inspiré que quand il a un décor fort à filmer : le monde de la boxe, celui du billard, les nuits de New York, le milieu de la pègre… Filmer les casinos et leurs joueurs avides offrent quelques-unes des images les plus fortes de tout son cinéma.

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