Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Archive pour la catégorie 'POLARS/NOIRS'

Le Crime de l’Orient-Express (Murder on the Orient-Express) – de Sidney Lumet – 1974

Posté : 31 janvier, 2018 @ 8:00 dans * Polars européens, 1970-1979, LUMET Sidney | Pas de commentaires »

Le Crime de l'Orient Express 74

Peut-être LE fleuron du film agathachristien. Un genre en soi, auquel le film de Lumet donne des codes toujours en vigueur quarante ans plus tard, comme le prouve le tout récent remake signé Kenneth Branagh : un lieu clos (en l’occurrence un train luxueux coincé au-milieu de nulle part par la neige), un meurtre mystérieux (un sale type interprété par Richard Widmark), des personnages interprétés par des stars souvent sur le retour qui sont tous des suspects potentiels, et un enquêteur (Hercle Poirot) qui finira par dévoiler la vérité en réunissant tout ce petit monde…

Le film commence par l’enlèvement et la mort d’une fillette. Une séquence tout en sépia entrecoupée de coupures de presse qui évoque clairement, mais en changeant les noms, l’affaire Lindberg. Une tragédie qui pèsera sur tout le film, et c’est la première bonne idée : en invoquant un faits divers connu de tous, Agatha Christie (et Lumet) implique immédiatement le lecteur/spectateur, dans un crime où les suspects sont tous plus aimables que la victime.

Et quels suspects ! Ingrid Bergman (un peu cabote quand même, dans un personnage totalement privé de glamour), Lauren Bacall, Anthony Perkins, Vanessa Redgrave, John Gielgud, Sean Connery, et les frenchy Jacqueline Bisset et Jean-Pierre Cassel, sans compter Martin Balsam en patron de l’Orient-Express. Un casting impeccable, même si tous sont réduits aux seconds rôles.

Car les deux stars du film, ce sont l’Orient-Express, filmé avec des couleurs saturées voire vaporeuses qui renforcent son aspect mythique, et surtout le détective lui-même, Hercule Poirot, dans la plus célèbre de ses incarnations. A revoir le film, le mystère n’existant plus, on réalise à quel point le film repose sur la prestation d’Albert Finney, que ce soit dans le rythme ou dans le ton. Le personnage est cérébral et exubérant ? Finney réussit une interprétation tout en finesse, tout en en faisant des tonnes. Poirot, c’est définitivement lui.

Touchez pas au grisbi – de Jacques Becker – 1954

Posté : 30 janvier, 2018 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1950-1959, BECKER Jacques, GABIN Jean | Pas de commentaires »

Touchez pas au grisbi

Jacques Becker adapte Simonin, réinvente le polar français, et relance la carrière de Jean Gabin, en berne depuis le début de la guerre. Loin des rôles de prolétaires qu’il jouait dans ses chefs d’oeuvre des années 30, Gabin inaugure ici son personnage d’homme d’âge mur revenu de tout, un peu fatigué, qui ne le quittera plus qu’occasionnellement. Et il est magnifique, avec cette moue qui n’appartient qu’à lui, cet air d’avoir tout vu et de ne plus rien en avoir à foutre, cette envie manifeste de se poser, et d’arrêter de jouer au jeune qu’il n’est plus.

Avant-guerre, Gabin portait le poids du destin. Désormais, il porte le poids des ans. Et son interprétation tout en finesse épouse parfaitement le thème du film et l’approche de Becker, qui filme des mouvements trop appuyés, des déplacements, des tas de moments « en creux » comme ça qui montrent si bien la lassitude des personnages, et ces longs silences entre des personnages qui ont traversée des décennies côte à côte et qui s’aiment sans avoir à le dire ni à le montrer.

Avec une vision neuve des gangsters que l’on n’imaginerait pas dans le cinéma hollywoodien, et qui sonne très français : c’est aussi du pur Simonin, où le mot copain veut dire quelque chose. Cette scène où Max et Riton (René Dary) passent la nuit dans l’appartement du premier est merveilleuse : ces deux-là n’ont pas à se parler, ils se connaissent par cœur. Ils n’ont pas besoin de mots pour que leur intimité soit flagrante, dans leur manière de partager des biscottes, une salle de bain…

Plus qu’un film de gangster (qu’il est bien, avec tout le suspense et les séquences spectaculaires que cela implique), Touchez pas au grisbi est un superbe film mélancolique, le portrait d’un homme fatigué, magnifié par la superbe musique de Jean Wiener. C’est aussi le film qui révèle Jeanne Moreau et Lino Ventura (dans son tout premier rôle).

La dernière image, sobre et bouleversante. Gabin n’est plus tout à fait le même qu’avant la guerre. Mais il est toujours un comédien extraordinaire. Ce simple plan le prouve peut-être mieux que n’importe quel autre plan dans sa longue filmographie.

Bedside (id.) – de Robert Florey – 1934

Posté : 28 janvier, 2018 @ 8:00 dans * Pre-code, 1930-1939, FLOREY Robert | Pas de commentaires »

Bedside

Touche-à-tout bourré de talent, Robert Florey signe un film médical, genre alors en vogue (on se souvient du très beau Night Nurse de Wellman, notamment). Warren William, excellent, y interprète un ancien étudiant en médecine, trop glandeur pour être allé au bout de ses études, qui se laisse convaincre par sa fiancée de reprendre sa dernière année pour passer son diplôme et pouvoir exercer. Pour ça, la belle lui a prêté la somme nécessaire. Sauf qu’avant même de poser ses fesses sur les bancs de l’école, l’apprenti docteur perd tout l’argent au jeu. Et ça, pas question de l’avouer…

On a donc un « héros » qui achète le diplôme d’un ex-toubib drogué, et s’installe sous un faux nom. Incapable d’établir un diagnostic, encore moins d’opérer qui que ce soit, mais franchement très bon dès qu’il s’agit de communication. Si bien qu’en peu de temps, le faux médecin devient, sans avoir touché le moindre patient (pour ça il compte sur son assistant, authentique médecin, joué par Donald Meek), une véritable star de la médecine à New York…

On est loin de Knock dans ce drame qui aborde un sujet grave : l’exercice illégal de la médecine. Plus largement, le film évoque l’impasse dans lequel s’engouffre le personnage de Warren William, enfermé dans une mécanique de mensonge et d’égocentrisme. On peut douter de la morale finale, mais Bedside est un film assez emballant, qui aurait été très différent s’il avait été tourné quelques mois plus tard : le code Hayes n’était pas encore appliqué avec rigueur, et on pouvait encore filmer une relation extra-conjugale, ou un ancien médecin accro à la morphine.

Ce dernier, joué par David Landau, a droit à une poignée de séquences étonnantes : lorsque la caméra, qui illustre son état de manque, le filme dans un gros plan qui déforme son visage, esthétique qui semble sortie d’un film d’épouvante. Le genre est également effleuré dans le laboratoire de Donald Meek, où l’acteur est filmé comme un savant fou travaillant à ressusciter les morts (avec des électrochocs, en fait). Une approche esthétique qui tranche avec le contexte réaliste de l’histoire, donnant un ton particulier au film.

OSS 117 : Rio ne répond plus – de Michel Hazanavicus – 2009

Posté : 23 janvier, 2018 @ 8:00 dans * Espionnage, 2000-2009, HAZANAVICUS Michel | Pas de commentaires »

OSS 117 Rio ne répond plus

Plus fort, plus con, plus drôle… Ce second OSS 117 reprend strictement les mêmes recettes que le premier : stéréotype du Français bien beauf des années 50 triomphales et coloniales, Hubert Bonisseur de la Bath est un super-espion dont la suffisance est la principale arme. Dans le rôle, Jean Dujardin est absolument génial, grand acteur de comédie qui joue mieux que quiconque les abrutis.

« Seriez-vous d’accord pour travailler avec le Mossad ?
- Le… ? »

Cette méconnaissance absolue des mouvements du monde combinée au sérieux apparent du personnage trouvent en Dujardin l’interprète idéal. Difficile d’ailleurs d’imaginer un autre que lui donner corps à la comédie entre pastiche et parodie qu’imagine Hazanavicus, dont le rythme et les dialogues reposent entièrement sur son acteur-vedette, lancé cette fois sur la piste de criminels nazis réfugiés en Amérique du Sud.

« Est-ce qu’il y aurait une liste des nazis installés au Brésil ?… Une amicale, peut-être ? »

Les acteurs sont tous excellents, parfaitement dirigés par Hazanavicus, excellent directeur d’acteurs (ce n’est pas un hasard si ses interprètes de The Artist ont été multi-récompensés). Mais Dujardin est bien la pierre centrale de son film : tous les autres personnages ne fonctionnent qu’en réaction avec son espion, comme dans cette hilarante séquence où Hubert s’apprête à tirer à l’arc sur une voiture qui s’échappe, devant le regard plein d’espoir de Dolorès (Louise Monot), dont les regards agacés tout au long du film ne font que mettre en valeur Dujardin.

« Une dictature, c’est quand les gens sont communistes, déjà. Ils ont froid, avec des chapeaux gris et des chaussures à fermeture éclair. C’est ça une dictature, Dolorès.
- D’accord, et comment vous appelez un pays qui a comme président un militaire avec les pleins pouvoirs, une police secrète, une seule chaîne de télévision, et dont toute l’information est contrôlée par l’Etat ?
- J’appelle ça la France, mademoiselle ! »

Inculte, mufle, ce beauf interprété par Jean Dujardin est aussi, et surtout, un spectaculaire macho incapable de comprendre que le monde change sans lui, et qu’il fait figure de dinosaure. L’acteur est génial dans ce rôle de macho sublime. Son visage extraordinairement expressif, héritier de la vieille tradition de la comédie américaine, est un instrument idéal pour mettre en valeur les dialogues souvent à mourir de rire.

« Je ne suis pas votre secrétaire.
- Vous êtes la secrétaire de qui ?
- De personne. Je dois travailler avec vous d’égale à égal.
- On en reparlera quand il faudra porter quelque chose de lourd. »

Très inspiré du burlesque et du slapstick, ce OSS 117 permet aussi à Hazanavicus, grand amoureux du cinéma de genre américain, de rendre hommage à Hitchcock, en citant Sueurs froides et en signant une superbe parodie de 5e colonne, où le Corcovado remplace la statue de la Liberté.

« Je ne suis par Heinrich, je suis Friedrich.
– Ça alors Heinrich… Un postiche ! »

Danger Signal (id.) – de Robert Florey – 1945

Posté : 21 janvier, 2018 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, FLOREY Robert | Pas de commentaires »

Danger Signal

Zachary Scott, charmeur et beau parleur dont on sait dès la première image qu’il a causé la mort d’une femme, débarque dans une maison sans histoire, où il séduit tour à tour les deux filles de la famille. Manipulateur, il monte bientôt les uns contre les autres, et avance lentement ses pions, dévoilant peut à peu un objectif funeste.

Sur le thème de « l’ennemi est à l’intérieur », Florey signe un thriller très efficace, et surtout remarquablement construit. La manière dont le réalisateur français introduit ce personnage inquietant, et l’amène dans cette maison où se jouera le drame ; la manière dont il filme l’isolement grandissant de la jeune femme jouée par Faye Emerson dans sa propre maison… Il y a dans la mécanique narrative du film une précision que n’aurait pas reniée Fritz Lang, comme il n’aurait pas renié la vision que livre Florey du Mal.

Et même si les motivations de Scott ne sont pas totalement convaincantes, même si le personnage de la petite sœur reste un peu superficiel, même si le médecin joué par Bruce Bennett est une caution humoristique peut-être superflue… Danger Signal reste une belle surprise, un film noir franchement flippant et parfaitement tendu.

The Fall (id.) – saison 1 – série créée par Allan Cubitt, réalisée par Jakob Verbruggen – 2013

Posté : 20 janvier, 2018 @ 8:00 dans * Polars européens, 2010-2019, CUBITT Allan, TÉLÉVISION, VERBRUGGEN Jakob | Pas de commentaires »

The Fall Saison 1

Cinq épisodes, et une tension incroyable. Je me suis plongé dans la première saison de The Fall pour son interprète principale (Gillian Anderson, toujours très intense), je m’y suis laissé happer en quelques minutes seulement. Totalement addictive, cette première saison tient toutes ses promesses, et garde le cap d’un bout à l’autre avec une belle homogénéité : tous les épisodes sont réalisés par la même personne (Jakob Verbruggen, qui apporte une esthétique très british à la série), et écrits par Allan Cubitt, le créateur de la série.

Surtout, Cubitt respecte de bout en bout son ambition initiale : raconter le parcours parallèle d’un tueur en série et de la policière qui le traque. Deux personnages également complexes et riches, portés par deux acteurs formidables.

Gillian Anderson donc, en femme méthodique et parfois froide, qui revendique son droit d’avoir une sexualité aussi libre et sans lendemain que les hommes. Un personnage qui mine de rien, bouscule les codes, parce qu’elle fait ce que personne ne viendrait reprocher à un homme de faire (au moins dans une fiction).

Jamie Dornan ensuite, glaçant en bon père de famille le jour, qui se transforme en tueur sadique de jeunes femmes la nuit. Le contraste entre ses deux personnalités est effrayant et bouscule le spectateur. Parce que, aussi affreux cela puisse-t-il paraître, il a de bons côtés ce type, qui ose faire face pour aider une jeune femme battue par son mari. Il en deviendrait presque attachant, sauf que c’est un monstre, qui enlace sa petite fille tout en planifiant son prochain crime.

Le montage joue un rôle particulièrement important, les scènes de vie quotidienne et les scènes de violence physique ou psychologique se répondant constamment. Et c’est bien de là que naît l’horreur, dans cette manière d’entremêler le quotidien et la violence, l’apparente normalité et le Mal absolu.

Il y a une intrigue secondaire, qui évoque un contexte de violence sociale et de corruption policière, pas tout à fait aussi passionnant, mais qui a le mérite de donner de consistance à l’arrière-plan, à Belfast, ville rarement filmée, où la religion et les communautés semblent plus importants qu’ailleurs, et où une violence sociale latente semble prête à exploser.

L’Affaire SK1 – de Frédéric Tellier – 2013

Posté : 18 janvier, 2018 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 2010-2019, TELLIER Frédéric | Pas de commentaires »

L'Affaire SK1

Il y a du bon et du moins bon dans ce polar français qui lorgne tout autant du côté du film dossier à la L627 (dont on aperçoit une affiche dans un bureau) que du film de genre à la Scènes de crime. Sans atteindre la réussite d’aucun de ces deux modèles, hélas.

Les bons points, pour commencer : Raphael Personnaz, qui ressemble décidément beaucoup à un jeune Alain Delon, et qui est excellent en jeune flic du 36 rongé par son obsession pour une série de meurtres non élucidés. Le film est excellent lorsqu’il décrit les rapports du personnage avec les autres flics, en particulier avec Olivier Gourmet, acteur toujours parfaitement juste.

Frédéric Tellier frappe juste aussi lorsqu’il filme les errements d’enquêteurs qui, pour certains, hésitent à mettre un nom sur ce qu’il piste : le premier tueur en série identifié comme tel dans une enquête policière, Guy George, le tueur de l’Est parisien, alias SK1 (serial killer n°1). Le film met en lumière le fonctionnement archaïque du 36 quai des Orfèvres, l’enquête laborieuse, le dialogue inexistant entre les différents enquêteurs…

Mais pourquoi avoir choisi cette construction si (trop) ambitieuse, mettant en parallèle deux époques, et deux personnages centraux : le flic qui piste Guy George durant de longues années, et l’une des avocates qui doit le défendre lors de son procès. Le face à face ne tient jamais ses promesses, parce que le personnage joué par Nathalie Baye n’est pas à la hauteur. Sa courte rencontre physique avec Raphael Personnaz, in fine, a d’ailleurs tout du passage obligé, histoire de réunir enfin les deux vedettes du film.

Tous les acteurs ne sont pas toujours justes (l’avocat principal, en particulier), et les scènes de procès sonnent faux et cassent le rythme d’un film qui aurait gagné à être plus humble. A moitié réussi.

L’Etrange Mr. Slade (Man in the Attic) – de Hugo Fregonese – 1953

Posté : 13 janvier, 2018 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, FREGONESE Hugo | Pas de commentaires »

L'Etrange Mr. Slade

On pourrait se demander à quoi bon adapter de nouveau le célèbre roman de Marie Belloc Lowndes, sans doute le plus célèbre des innombrables livres consacrés à Jack l’Eventreur : celui-ci avait déjà été porté à l’écran à plusieurs reprises, notamment par Hitchcock pour son premier classique (The Lodger, en 1927), puis par John Brahm pour un bijou d’angoisse (Jack l’Eventreur, en 1944).

Et puis dès les premières images, on est simplement emballé par l’atmosphère que crée Fregonese. Oh ! Rien de bien nouveau : les pavés humides de White Chapel, le fog londonien, les bruits de pas qui résonnent… Un décor familier filmé tellement souvent pour faire naître la frousse. Mais ça marche ! Et ce décor est tellement cinégénique !

Fregonese, cinéaste inégal, est ici à son meilleur. Deux ans après le formidable Quand les tambours s’arrêteront, il réitère le même genre de petit miracle : un petit film visiblement fauché, qui malgré une histoire assez attendue (la première partie, surtout, est très fidèle aux premières adaptations), marque les esprits par une tension constante, et qui exerce une sorte de fascination troublante. Bref, une grande réussite flippante (très) et dérangeante (un peu).

Jack Palance, c’est vrai, a la gueule de l’emploi. Effrayant, et pourtant très humain… Ce médecin mystérieux qui s’installe dans le grenier d’une famille sans histoire est-il le chercheur qu’il prétend être ? Ou est-il ce Jack l’Eventreur qui sévit depuis des mois dans un quartier populaire de Londres ? Comptez pas sur moi pour vous dire : le suspense, teinté d’émotion, tient toutes ses promesses.

Scorpio (id.) – de Michael Winner – 1973

Posté : 12 janvier, 2018 @ 8:00 dans * Espionnage, 1970-1979, LANCASTER Burt, WINNER Michael | Pas de commentaires »

Scorpio

Oh l’idée de génie : réunir Burt Lancaster et Alain Delon, dix ans après Le Guépard. Sauf que ce n’est pas Visconti qui réalise, mais Michael Winner. Et il ne faut pas longtemps pour réaliser qu’on ne gagne pas vraiment au change. L’univers visuel du gars est tout de même très limité, et les images sont la plupart du temps purement fonctionnelles, sans grand-chose pour attirer l’œil.

Winner est un simple faiseur, mais un faiseur honnête et finalement efficace, qui réussit là un film d’espionnage sans éclat, mais plaisant, voire même très prenant. Ce n’est pas tant le suspense (plutôt efficace) ou les nombreux décors (Paris, Washington, Vienne…) qui retiennent l’attention, mais le thème habilement traité de la frontière ténue entre le bien et le mal. « Alliés ou adversaires, mais toujours amis », lance ainsi l’agent américain Burt Lancaster à propos de son homologue soviétique.

Avec cette histoire somme toute très classique d’un jeune agent (Delon) chargé de tuer celui qui lui a tout appris, qu’il respecte et qu’il aime (Lancaster), Scorpio plonge dans le monde de l’espionnage tel que des tas de films ou de livres le présente : un univers où les faux-semblants sont partout. Rien de neuf à l’horizon, donc, mais un récit solide et tendu, et une séduisante envie de livrer un vrai film de genre.

On peut se dire que le personnage de Delon est un peu trop attendu : ce rôle de tueur taiseux et attiré par les chats est un clin d’œil un peu appuyé au Samouraï. Mais on retient surtout la longue et remarquable séquence de poursuite sur un chantier de construction, où Delon et Lancaster donnent tous deux de leur personne dans un affrontement spectaculaire qui respire l’authenticité. Le meilleur moment du film.

Plus dure sera la chute (The harder they fall) – de Mark Robson – 1956

Posté : 10 janvier, 2018 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, BOGART Humphrey, ROBSON MARK | Pas de commentaires »

Plus dure sera la chute

Bogart tire sa révérence avec un rôle magnifique, qui met joyeusement à mal son image de dur à principes. Encore que « joyeusement » n’est sans doute pas le terme le mieux choisi. Dans ce beau film signé Mark Robson, il est en quelque sorte le double négatif du héros de Bas les masques : un journaliste sur le retour qui accepte, par appât du gain, de « passer de l’autre côté ».

Pour un journaliste, passer de l’autre côté signifie en gros abandonner ses idéaux d’indépendance et d’objectivité pour vendre sa plume à un produit, à un politique… en l’occurrence à un boxeur, que son manager a « importé » d’Amérique du Sud pour en faire une star du ring, à grands coups de combats truqués. Et il ne fait pas les choses à moitié, Bogie. Non seulement il passe effectivement de l’autre côté, mais il s’y vautre, piétinant les uns après les autres toutes ces choses auxquelles il a dû croire, dans d’autres temps.

Mais il le fait avec une certaine honnêteté intellectuelle, assumant constamment le côté abject de ses actes, qui font de lui le complice pas si passif du machiavélique manager, que joue Rod Steiger avec gourmandise. Entre Steiger et Bogart, rien de commun, ni dans la personnalité, ni dans le jeu d’acteur. Et cette opposition de style colle parfaitement à l’histoire, qui fait cohabiter deux hommes d’univers radicalement différents : le sournois sans scrupule (Steiger), et le cynique rongé par les siens (de scrupules : Bogie).

Le plus beau dans ce film, ce ne sont finalement pas les scènes de boxe, qui appuient un peu lourdement sur le côté toquard de la « vedette » naissante : seuls les derniers combats ont une vraie dimension dramatique, l’un pathétique montrant la triste fin d’un champion, l’autre déchirant montrant l’ultime regain de fierté d’un enfant au rêve brisé.

Attribué à Philip Yordan, d’après un roman de Budd Schulberg, le scénario n’épargne rien au monde de la boxe, peuplé de managers véreux et inhumains, et de spectateurs assoiffés de sang. Sur ce thème, Robson avait déjà signé Le Champion. Il va nettement plus loin ici, signant un film fort aux allures de film noir, où la violence et le danger sont omniprésents. De beaux adieux, pour le grand Bogie.

123456...54
 

Kiefer Sutherland Filmographie |
LE PIANO un film de Lévon ... |
Twilight, The vampire diari... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | CABINE OF THE DEAD
| film streaming
| inderalfr