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Archive pour la catégorie '* Films noirs (1935-1959)'

Intrigues en Orient (Background to Danger) – de Raoul Walsh – 1943

Posté : 10 avril, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, WALSH Raoul | Pas de commentaires »

Intrigues en Orient

Un Américain en terre étrangère, pas si loin des ravages de la guerre, de la romance dans l’air, des agents au service des Nazis et des résistants, Sydney Greenstreet et Peter Lorre… Difficile de faire plus explicite, côté références : ce Background to Danger réalisé juste après la sortie de Casablanca est clairement pour la Warner un moyen de surfer sur le triomphe du film de Michael Curtiz.

Pour George Raft, qui avait refusé le rôle principal de Casablanca, c’est aussi une sorte de seconde chance. Et pour le spectateur, c’est surtout l’occasion de saluer son légendaire flair (il avait aussi dit non à High Sierra et Le Faucon maltais) : il y a un gouffre entre Bogart et Raft, et ce dernier plombe de sa présence sans relief ce film d’aventure par ailleurs plein de rythme et de rebondissement. Et le simple fait d’imaginer Bogart regardant Ingrid Bergman s’envoler relève du supplice…

Plus que l’intrigue tarabiscotée (il était temps que ce mot soit utilisé sur ce blog), c’est bien la présence de Raft qui fait de ce Walh mineur un Walsh… si mineur. Presque désagréable par moments, lorsque l’acteur se retrouve au cœur de l’écran.

Mais Walsh reste Walsh. Et même en mode mineur, son film regorge d’images mémorables, comme cette course-poursuite nocturne, ou ce brillant chassé-croisé autour d’un cadavre inattendu.

Et il y a les acteurs (les autres) : Brenda Marshall qui arrive à faire exister un personnage constamment dans l’ombre, ou Sydney Greenstreet toujours formidable, même si la suavité de son accent anglais ne fait pas de lui le candidat le plus naturel au rôle de Nazi en titre. Pas plus que Peter Lorre en agent russe, d’ailleurs. Mais c’est aussi tout le mérite de ce film, qui s’amuse à brouiller les pistes en se fichant royalement de la vraisemblance.

Les Aventuriers du Désert (The Walking Hills) – de John Sturges – 1949

Posté : 27 mars, 2016 @ 6:15 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, STURGES John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Les Aventuriers du Désert

L’affiche, le titre (en VF et en VO), l’histoire… Pas de doute, Les Aventuriers du Désert est un vrai western, qui plus est réalisé par un habitué du genre (John Sturges) et interprété par l’une des grandes figures westerniennes (Randolph Scott). Mais, surprise : le film se déroule dans les années 1940, et commence comme un film noir, dans un décor qui évoque La Soif du Mal : une ville-frontière entre les Etats-Unis et le Mexique, où se croisent des aventuriers, des voyageurs, ou encore un détective privé.

Mais ce film noir ne tarde pas à bifurquer vers le western pur et dur, lorsqu’un groupe très disparate se forme pour partir à la recherche d’un trésor au milieu du désert : une caisse d’or que transportait un chariot qui s’est égaré un siècle plus tôt… Une sorte de plongée dans le passé le plus mythique de l’Amérique : celui des pionniers.

Tous ces aventuriers abandonnent leurs particularités pour se lancer dans cette quête improbable, creusant inlassablement ce Désert de la Mort infini, dont Sturges utilise magnifiquement les paysages mouvants, ces dunes balayées par le vent et baignées de soleil. Un décor qui donne lieu à un superbe duel… à la pelle, d’un dynamisme stupéfiant.

Autre curiosité : les séquences de chansons qui viennent rythmer le film, superbes moments qui permettent de réhabiliter Josh White, chanteur de blues très en vogue à l’époque, et totalement oublié aujourd’hui, et dont il s’agit de quelques-unes des rares prestations filmées.

Le film est aussi assez passionnant par l’utilisation systématique qu’il fait des ellipses, laissant libre-cours à l’imagination du spectateur. Un parti-pris un peu gâché par un flash-back certes joliment filmé (de beaux plants d’Ella Raines sous la pluie), mais totalement inutiles.

Mais finalement, c’est une certaine nonchalance qui domine dans ce film. A l’image de Randolph Scott, étonnamment en retrait, qui se contente la plupart du temps de rester spectateur de l’action. Son personnage, si charismatique soit-il, ne prend jamais le pas sur les autres membres du groupe (parmi lesquels Edgar Buchanan, Arthur Kennedy et John Ireland). Plus étonnant encore : il se désintéresse la plupart du temps des enjeux dramatiques du groupe, pour aller s’occuper de sa jument et de son poulain. Curieux…

* DVD dans l’incontournable collection « Westerns de Légende » chez Sidonis/Calysta, avec une présentation par Patrick Brion.

Berlin Express (id.) – de Jacques Tourneur – 1949

Posté : 20 mars, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, RYAN Robert, TOURNEUR Jacques | Pas de commentaires »

Berlin Express

C’est le premier film tourné dans l’Allemagne d’après la guerre, et ce n’est pas anodin. La vision des ruines de Francfort et Berlin est impressionnante et apporte une dimension dramatique fascinante à ce film noir qui ne ressemble à aucun autre.

L’intrigue est pourtant assez classique, sorte de variation autour d’Une femme disparaît, l’un des derniers films anglais d’Hitchcock. Un train qui entre en pays (plus tout à fait) ennemi, un homme qui disparaît, et des passagers qui semblent les seuls à s’inquiéter de cette disparition. Un brillant mélange de suspense et d’espionnage, intensément divertissant mais qui en dit long sur son époque.

Jacques Tourneur ne sacrifie aucun de ces aspects. Son film est une passionnante enquête pleine de rebondissements feuilletonnants, et le cinéaste de La Féline sait y faire lorsqu’il s’agit de faire naître la peur d’un décor. Mais c’est le contexte, inédit, qui donne une grande partie de sa force au film: les ruines fantomatiques d’une Allemagne vaincue peuplée d’êtres en errance, de familles à la recherche de leurs proches, de gens que la folie de leurs dirigeants et l’humiliation de la défaite ont obligé à vivre dans la marge, privés pour certains de leur humanité.

Berlin Express est un portrait d’une force sidérante de cette Allemagne-là, dans laquelle il est difficile de tirer un trait sur ces années de Nazisme : à la fois pour les étrangers encore habités par la guerre, et pour ces Allemands confrontés au manque. C’est aussi un film qui oscille entre cynisme et espoir : autour de la jeune Allemande interprétée par Merle Oberon, le groupe qui se forme pour enquêter est constitué d’un Américain (Robert Ryan, formidable comme toujours), d’un Français, d’un Anglais et d’un Soviétique.

Les quatre vainqueurs, qui se sont partagés l’Allemagne dans cet immédiat après-guerre, poussés à unir leurs forces et à fraterniser… Le conflit mondial à peine terminé, et alors que la guerre froide n’en était pas encore une, Berlin Express est un film d’une grande lucidité, qui se permet une (petite) note d’optimisme. Nouveau chef d’œuvre, pour Tourneur.

Le Mort qui marche (The Walkind Dead) – de Michael Curtiz – 1936

Posté : 25 février, 2016 @ 8:00 dans * Films de gangsters, * Films noirs (1935-1959), 1930-1939, CURTIZ Michael, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Le Mort qui marche

En à peine plus d’une heure, Michael Curtiz réussit une symbiose plutôt rare entre le film de gangsters, le genre roi de la Warner dont il était l’un des artisans les plus doués, et le fantastique très en vogue depuis le succès de Frankenstein. Sans que jamais l’un de ces aspects prenne le pas sur l’autre.

Malgré la modestie du métrage, Curtiz prend le temps de planter son décor, présentant une galerie de personnages corrompus et une machination qui se met en place pour tuer un juge trop honnête, et pour faire porter le chapeau à un coupable innocent. En l’occurrence un repris de justice qui ne cherche qu’une chance de se réinsérer, mais qui finira sur la chaise électrique… avant d’être ramené à la vie par un scientifique génial et pas si désintéressé.

Le scientifique, c’est Edmund Gwen, interprète hitchcockien qui livre ici une variation intéressante autour de la figure du docteur Frankenstein. Un homme avide de justice, semble-t-il, désireux de réparer les erreurs commises. Un homme vieillissant surtout, qui dévoile rapidement les vraies motivations de son « miracle » : trouver un interlocuteur qui lui livrera le secret de l’au-delà.

Quant au faux coupable, devenu faux mort, ou faux vivant comme on voudra, c’est Boris Karloff en personne, une nouvelle fois ramené d’entre les morts mais dans un tout autre registre que Frankenstein. Plus humain, plus mélancolique. Plus mystérieux aussi, et plus tragique, superbe travelling vers son incroyable visage lorsqu’il marche vers la mort au son du violoncelle.

Le Mort qui marche n’est visiblement pas une très grosse production. Mais Curtiz s’y montre particulièrement inspiré, notamment lors de cette séquence du couloir de la mort, succession de plans désaxés d’une puissance dramatique rare. Les scènes dans le cimetière baigné de brume sont également magnifiques, toujours dominées par la présence de Karloff dont la triste silhouette errant entre les tombes fait comprendre l’évidence avant même qu’il l’énonce : « I belong here ».

Film de gangster et film de zombie mêlant vengeance, savant fou, résurrection, réflexion sur la mort et sur la médecine… Curtiz aurait facilement pu se perdre avec un tel cocktail. Il n’en est rien. Son film est une superbe réussite, sur tous les tableaux, et au rythme implacable.

Quand la ville dort (The Asphalt Jungle) – de John Huston – 1950

Posté : 18 février, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, HUSTON John | Pas de commentaires »

Quand la ville dort

Dans ses grands films noirs de cette période, John Huston a souvent évoqué l’inexorable marche vers l’échec de groupes d’individus hétéroclites. C’était le cas dès son premier film avec les improbables adversaires de Sam Spade (Le Faucon maltais). C’était aussi le cas dans l’exceptionnel Trésor de la Sierra Madre. Deux chefs d’œuvres absolus, auxquels on peut ajouter celui-ci, aussi abouti, sur un ton une nouvelle fois très différent.

Dès la séquence générique, c’est la manière dont Huston filme la ville qui surprend et donne le ton, dans ce formidable « film de casse ». Contrairement aux films noirs habituels, rien de romantique dans la ville, avec ses rues froides et ses entrelacs de fils électriques qui barrent l’horizon. Et les personnages ne sont pas de vrais citadins, mais des êtres comme enfermés dans cet environnement sans horizon, confrontés à leur propre solitude, et à leurs obsessions.

Ce sont ces obsessions qui mènent les personnages à leur perte : l’avidité pour l’un, le goût des jeunes femmes pour un autre, l’alcool, le jeu… Ou cette nostalgie de l’enfance qui fait tenir Sterling Hayden, sublime paumé qui n’a qu’une ambition : se débarrasser de la pourriture de la ville, pour reprendre ses mots, et retrouver ces instants précieux de l’enfance qui le hantent jusque dans son sommeil.

Pour lui (pour lui seulement), la libération semble à portée de main, et a les doux traits de Jean Hagen… Aussi paumées que les hommes, mais encore pures à leur manière, les femmes représentent ce qui aurait pu être, dans d’autres circonstances, avec d’autres envies, dans d’autres endroits. Autour de Louis Calhern, vieil homme riche et indigne, pathétique et magnifique, on trouve ainsi deux femmes : son épouse, qui ne vit que dans le souvenir de leur bonheur évanoui avec l’âge ; et une très jeune femme qu’il entretient et qui pourrait sa petite fille. C’est Marylin Monroe, pas encore superstar mais déjà troublante quand elle sussure « Uncle… ». Et déjà adorée par la caméra.

Si le film est aussi fort, c’est en partie parce que le moindre personnage existe d’une manière incroyable. Chez le chauffeur bossu et loyal jusqu’au bout (James Whitmore), chez le chef de gang qui refuse de porter une arme (formidable Sam Jaffe), chez le commissaire qui utilise la méthode forte (John McIntire)… Il y a une belle profondeur chez ces personnages. Une noblesse et une simplicité touchante aussi. Plutôt rares dans le genre…

John Huston n’invente pas le genre du « film de casse ». Il en respecte même scrupuleusement la construction : la préparation, le casse lui-même, les conséquences. Mais son scénario (adapté d’un roman de W.R. Burnett) est remarquable, et sa mise en scène est d’une fluidité et d’une précision impressionnantes, et réussit constamment à faire ressentir la douleur et les faux espoirs de ses personnages.

Jusqu’à un final éblouissant et bouleversant, dans une pâture baignée de soleil. John Huston a toujours su conclure merveilleusement ses films. Mais cette fin-là est peut-être la plus belle de toute sa filmographie. Et oui, ça se discute: va savoir si je ne penserai pas la même chose pour le prochain…

Le Saint contre-attaque (The Saint strikes back) – de John Farrow – 1939

Posté : 17 février, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1930-1939, FARROW John | Pas de commentaires »

Le Saint contre-attaque

Deuxième « Saint » de la série produite par la RKO, et déjà le héros imaginé par Leslie Charteris change de visage. Après Louis Hayward, qui campait un Simon Templar ténébreux et inquiétant dans Le Saint à New York, c’est George Sanders qui enfile le costume de l’aventurier, ce qu’il fera dans quatre autres films jusqu’en 1941 (les deux derniers films de la série étant interprétés par Hugh Sinclair).

Aux antipodes de Hayward, Georges Sanders… fait du George Sanders. Suave et débonnaire, perpétuellement détendu et élégant, l’accent aristocratique et l’humour british, Templar n’est plus tout à fait le tueur implacable qu’il était dans le précédent film, même s’il conserve une aura de danger : Sanders rend palpable la menace derrière ses manières distinguées.

Le ton du film est à l’avenant. Nettement moins violent et sombre que le premier film, The Saint strikes back se résume pour l’essentiel à un savant jeu du chat et de la souris entre Simon Templar, la police, les vrais méchants et les faux méchants… Avec surtout de réjouissants face à face entre le héros et son éternel ami-adversaire, l’inspecteur Fernack, toujours interprété par John Hale.

La présence derrière la caméra de John Farrow, réalisateur de l’excellent La Grande Horloge, laissait espérer le meilleur pour ce deuxième film. Mais sa mise en scène ne fait pas vraiment d’éclat, si ce n’est dans la séquence d’ouverture, modèle de suspense et d’efficacité dans un dancing bondé où l’action se met en place quasiment sans un mot. La suite, qui se voit avec un certain plaisir, est plus anodine…

Le Pénitencier du Colorado (Canon City) – de Crane Wilbur – 1948

Posté : 11 février, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, WILBUR Crane | Pas de commentaires »

Le Pénitencier du Colorado

Voilà un petit film noir qui pousse à l’extrême la logique alors très en vogue de la mise en valeur des administrations américaines. Sur le principe, on a eu droit à quelques petits bijoux, signés notamment Anthony Mann (T-Men, He walked by night…). Sans atteindre ces sommets, ce film méconnu de Crane Wilbur (quasiment inconnu pour moi : juste vu un sympathique court métrage, Swingtime in the movies) relève de la même ambition, et ne manque pas de qualités. Ce qui n’est sans doute pas un hasard : Wilbur est l’un des scénaristes de He walked by night, sorti la même année.

Il y a un autre point commun avec les films d’Anthony Mann : le chef opérateur, John Alton, qui met joliment à profit l’omniprésence des ombres dans la prison, et surtout l’aspect inquiétant et étouffant de la neige après l’évasion. Wilbur, cependant, n’est pas Mann. Et s’il fait le job en assurant une belle tension, il manque ce petit quelque chose qui sortirait le film de l’anonymat.

Le concept même du film représente sa principale limite : en voulant rester le plus possible du côté du réalisme, en filmant presque cliniquement les préparatifs de l’évasion, l’évasion elle-même, et surtout la traque qui s’ensuit, Wilbur se prive le plus souvent d’un grand enjeu dramatique. Sans doute le film aurait-il gagné à se concentrer davantage sur un seul évadé, le plus intéressant : celui joué par Scott Brady, condamné à vie et entraîné malgré lui dans l’évasion, alors qu’il s’accrochait à un très hypothèque espoir de libération, un jour ou l’autr…

Le film alterne le très bon (beaux rôles d’héroïnes donnés à deux vieilles dames, qui donnent lieu à deux superbes scènes de suspense) et l’agaçant, comme cette voix off trop présente et trop didactique qui se met à dialoguer avec les personnages. Des personnages dont on nous assure que certains sont joués par les ceux qui ont réellement pris part à cette chasse à l’homme, comme le chef du pénitencier, qui joue (pas mal d’ailleurs) son propre rôle.

Parce que le générique nous le dit longuement : le film est inspiré d’une histoire vraie, et tout ce qu’on voit est absolument conforme à la réalité. C’est quand le film s’évade de ce cinéma-vérité revendiqué qu’il est le plus passionnant. Quand Wilbur s’autorise à dramatiser son récit. C’est surtout le cas lorsque les évadés rencontrent des habitants et qu’entre eux se nouent des liens parfois inattendus. Là, le cinéma prend le pas sur le documentaire, et le film prend toute sa valeur.

* Plutôt habitué au cinéma bis européen, l’éditeur Artus inaugure une collection « Grands classiques du film noir » avec cette rareté, dans une version loin d’être impeccable mais tout à fait acceptable. Pas d’autre bonus qu’une bande annonce d’époque et quelques photos.

Le Coup de l’escalier (Odds against tomorrow) – de Robert Wise – 1959

Posté : 4 février, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, RYAN Robert, WISE Robert | Pas de commentaires »

Le Coup de l'escalier

Revoir l’un après l’autre La Chevauchée des bannis et Le Coup de l’escalier est une bonne manière de réaliser une bonne fois pour toute à quel point Robert Ryan est grand. Les deux films sont tournés la même année, marquent chacun à leur manière l’histoire du genre qu’ils représentent, et révèlent l’immense talent d’un acteur qui, en toute humilité et sans jamais tirer la couverture à lui, apporte à ses personnages une profondeur et une complexité à peu près infinis.

Après le western, le film noir donc. Et plus précisément le film de braquage, genre en soi dont Robert Wise, pas encore spécialiste du film musical mais déjà grand cinéaste au rythme très musical, s’empare en le malmenant comme peu d’autres avant lui. C’est bel et bien un film de braquage, construit comme tel : la formation de l’équipe, la préparation et l’attente, et le braquage lui-même. Sauf que ce braquage, minable et foireux, se résume à une dizaine de minutes montre en main, admirablement tendues et tragiques, et que l’essentiel est ailleurs.

Dans la préparation ? Elle-même se limite à une poignée de plans vite expédiés. Wise ne s’intéresse en fait qu’à ses trois bras cassés : Ryan donc, ainsi que Ed Begley et Harry Belafonte, à l’origine du projet, qui s’offre au passage une formidable séquence chantée dans un club enfumé, absolument fascinante. C’est tout le talent de Wise, qui prend le contre-pied des grands cinéastes du noir, et qui s’autorise de longues pauses et d’innombrables digressions.

A l’action pure, Wise préfère plonger dans les affres de ses personnages, qui n’en manquent pas. Ed Begley, ancien flic défroqué qui monte un « coup » pour se venger de la bonne société plus que pour se permettre un nouveau départ. Harry Belafonte, joueur invétéré et père divorcé, qui s’est attiré les foudres d’un créancier qu’il ne peut pas payer. Et Robert Ryan, vétéran fatigué de vivre aux crochets de son amie (Shelley Winters, terriblement émouvante), qui veut retrouver son statut « d’homme ».

Trois paumés que le noir et blanc éthéré assez impressionnant renvoie à leur triste banalité. Rien d’héroïque ou d’extraordinaire chez eux, ou dans ce qui les entoure. Ça sent déjà le plan foireux à plein nez, mais on pourrait leur rêver une nouvelle chance, finalement, à ces trois minables plutôt touchants.

Sauf que le personnage de Ryan est raciste jusqu’à la racine de ses cheveux. Il n’y peut rien : il a été élevé comme ça, et ça ne l’a jamais empêché de vivre. Et sauf que, pour ceux qui l’ignorent, Harry Belafonte est noir. Le film de braquage devient alors une charge contre le racisme et ses aspects destructeurs, jusqu’à un final chargé de symbole qui cite le White Heat de Walsh, et qui s’offre une conclusion cynique et définitive : face à la mort, il n’y a plus de différence entre les blancs et les noirs.

Mark Dixon détective (Where the Sidewalk ends) – d’Otto Preminger – 1950

Posté : 18 janvier, 2016 @ 1:52 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, PREMINGER Otto, TIERNEY Gene | Pas de commentaires »

Mark Dixon Detective

Voilà un film qui peut sans problème prétendre à une place au panthéon des pires traductions de titres. Il est pourtant magnifique, ce titre en VO. « Là où le trottoir s’arrête », une destination que le très beau générique souligne sans détour : le trottoir s’arrête… dans le caniveau. Là même où les méthodes et le lourd passé du flic Mark Dixon le dirige immanquablement.

Le titre français n’a évidemment pas le centième de la puissance d’évocation du titre original. Il n’est pas totalement idiot pour autant : ce n’est pas un polar que signe Preminger, mais le portrait d’un homme, un flic, emprisonné dans ses mensonges et ses habitudes, et qui tente un peu tardivement de s’imposer comme le policier qu’il est, et non comme le fils de truand qu’il se sent depuis toujours.

Comme dans Laura, film culte de Preminger qui réunissait déjà Dana Andrews et Gene Tirney, tout le film tourne autour d’une obsession : celle pour Mark Dixon d’échapper à son destin. Mais la comparaison, forcément incontournable, s’arrête à peu près là. Dans le ton, dans la forme, Preminger fait ici des choix radicalement différents, et effectivement assez radicaux.

Visuellement d’abord : avec ce noir et blanc au grain impressionnant, Preminger semble nous coller directement sur le macadam, au contact des aspects les moins glamours de la ville. Dans la mécanique implacable de cette plongée au cœur de la violence aussi, et dans la manière de rendre cette violence réellement brutale : dès les premières scènes, on sait que le moindre coup peut être mortel. La violence n’a, ici, strictement rien de ludique.

En anti-héros habité par la rage, Dana Andrews est simplement extraordinaire. Il est de toutes les scènes, peu bavards, et impassible en apparrence. Mais l’acteur sait jouer comme personne de son regard et de ses petits riens – une machoire qui se crispe, des lèvres qui s’entrouvrent, un regard qui se fixe – qui dévoilent le doutes, la colère ou la délivrance. Un contrepoint parfait à la douce et fascinante Gene Tierney, qui joue un peu les faire-valoir, mais dont la présence à l’écran a quelque chose de purement magique.

Au moins autant que Laura, mais dans un registre différent, Mark Dixon détective est un chef d’œuvre absolu. Peut-être le sommet de la (riche) collaboration entre Andrews et Preminger. Peut-être leur plus grand film à tous les deux.

Les Mains d’Orlac (Mad Love) – de Karl Freund – 1935

Posté : 19 novembre, 2015 @ 4:23 dans * Films noirs (1935-1959), 1930-1939, FANTASTIQUE/SF, FREUND Karl | Pas de commentaires »

Les Mains d'Orlac

De Karl Freund, on retient surtout l’impressionnante carrière de directeur de la photo (du Dernier des Hommes de Murnau à Key Largo de Huston). Entre 1932 et 1935, ce grand nom du cinéma allemand a aussi réalisé une poignée de films à Hollywood, dont on n’a retenu que le premier (La Momie, classique du cinéma d’épouvante avec Boris Karloff) et le dernier : Les Mains d’Orlac.

Ce film construit autour de la figure fascinante de Peter Lorre (qui fait ses débuts hollywoodiens avec ce film, après sa parenthèse anglaise avec Hitchcock) s’inscrit alors dans un sous-genre horrifique très en vogue durant les années 30 : la figure du savant fou, popularisée par Frankenstein et dont Bela Lugosi va se faire l’un des spécialistes.

Un grand pianiste victime d’un accident et dont les mains doivent être amputées. Un chirurgien génial qui décide de lui greffer celles d’un tueur en série. Une femme trop belle entre ces deux grands hommes… Pour la psychologie des personnages, le film a de quoi faire sourire. Lorre, surtout, semble dans certaines scènes ne pas savoir quoi faire de son personnage : un psychopathe absolu, ou un homme poussé vers la folie par sa passion et son génie ?

Pourtant, le film est une merveille, un sommet du genre. Pour Freund, le cinéma est avant tout une affaire d’images. Et même s’il néglige quelque peu l’intrigue à proprement parler, on ne va pas lui en tenir rigueur ! Y a-t-il un seul plan anecdotique dans ce film ? Pas sûr… Les jeux d’ombres, les cadrages angoissants, l’importance des premiers plans… Tout, dans les images de Freund, semble faire sens, et en dire plus sur le drame qui se joue que les dialogues ou l’histoire elle-même.

Un exemple : installé dans le train dont l’accident à venir scellera son destin, le pianiste essuie la buée de sa vitre pour voir arriver le fameux tueur entouré par des policiers. La main qui essuie la vitre, au premier plan, paraît démesurée, et semble déjà ne plus être celle du pianiste. Un plan tout simple, mais qui crée un malaise inexplicable à ce stade…

Freund joue avec les codes du spectacle et du grand-guignol. Pas uniquement pour les scènes de théâtre, baroques et expressionnistes, qui préfigurent avec élégance le cinéma d’horreur européen des années 60. Mais aussi en confondant d’une manière troublante la violence et le crime, et le spectacle. Le tueur en série est un artiste de cirque à qui un passant demande un autographe ; la victime est lui-même un artiste, tout comme sa fiancée ; et le savant fou se constitue un angoissant musée de cire…

Yeux globuleux, crâne rasé et travestissement improbable… Peter Lorre en fait des tonnes. Sa présence est pour beaucoup dans l’atmosphère si étrange et fascinante du film. Sa rencontre avec Karl Freund était une évidence.

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