Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Archive pour la catégorie '* Films noirs (1935-1959)'

Courrier diplomatique (Diplomatic Courier) – de Henry Hathaway – 1952

Posté : 12 octobre, 2016 @ 8:00 dans * Espionnage, * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, HATHAWAY Henry | Pas de commentaires »

Courrier diplomatique

Passionnant, ce thriller qui nous plonge dans l’Europe de l’après-guerre, celle des débuts de la guerre froide. Et belle idée d’avoir fait du héros non pas un agent surentraîné, mais un « facteur » qui se retrouve quelque peu démuni face au danger et à la violence de cette réalité dans laquelle il est plongé bien malgré lui.

Ce « facteur », employé de la future CIA chargé de transporter des documents diplomatiques, c’est Tyrone Power, excellent en séducteur fatigué qui réussit la prouesse de constamment mal juger ses interlocuteurs… et surtout ses interlocutrices. C’est dire la confiance en soi qu’il a, lui qui ne ressent pas le moindre début de suspicion devant Patrica Neal qui se jette littéralement sur lui dès la première rencontre. Il est bien le seul.

Le film porte d’ailleurs en germe toutes les caractéristiques du film d’espionnage, qui deviendra un genre majeur quelques années plus tard. A commencer par la duplicité des personnages et par l’opacité de certaines situations. Cela donne l’une des meilleures scènes du film : la rencontre ratée entre Power et son contact dans un train rempli d’espions (parmi lesquels un débutant, Charles Bronson), sommet de suspense où notre « héros » se balade sans rien comprendre à ce qui se passe devant ses yeux.

Si les rapports hommes et femmes sont pour le moins complexes, Hathaway fait de l’amitié masculine la grande valeur de son film. D’avantage encore que le patriotisme de rigueur. Entre Tyrone Power et son ami assassiné, entre Tyrone et le soldat Karl Malden, ou son supérieur Stephen McNally. Ou encore entre ces deux derniers, qui passent leur temps à s’admirer et à s’engueuler… Et puisqu’on est à citer les comédiens présents, n’oublions pas un autre jeune débutant, Lee Marvin, qui apparaît le temps de deux courtes scènes.

Mais ce qui fait la particularité du film, c’est surtout son décor, mélange d’extérieurs (alors que Hathaway et Power n’ont semble-t-il pas mis les pieds en Europe) et de décors. Et alors que les premières minutes (les seules qui se déroulent aux Etats-Unis) laissent penser que Hathaway s’inscrit dans la mouvance quasi-documentaire qu’il aime tant, la direction prise est très différente dès que l’action arrive en Europe, à Paris, Salzbourg et Trieste.

Là, c’est une ambiance de film noir que l’on retrouve, et des décors romantiques de studio. Un vrai film d’atmosphère, plein d’action et de suspense. Un vrai et bon film de genre.

* Le DVD vient de paraître dans la collection Hollywood Legends. En bonus, une courte présentation du film par Jean-François Rauger, directeur de la programmation à la Cinémathèque française.

Le Tueur s’est évadé (The Killer is loose) – de Budd Boetticher – 1956

Posté : 10 octobre, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, BOETTICHER Budd | Pas de commentaires »

Le Tueur s'est évadé

Avant d’inaugurer son fameux cycle westernien avec Randolph Scott, Boetticher frappait déjà très fort avec ce thriller dont on sort franchement exsangue, après une séquence finale au suspense hallucinant. Tout le film, en fait, semble se diriger vers cette longue séquence nocturne qui semble d’une simplicité absolue : un piège à haut risque qui se referme – ou pas – sur un évadé bien décidé à tuer la femme du flic qui l’a arrêté.

Il faut dire que le flic en question (Joseph Cotten, prématurément vieilli et pas franchement impliqué) a lui-même tuer la femme de l’assassin, par mégarde, lors d’une scène nettement plus courte dont la violence sèche et brutale impressionnait déjà. Tout n’est pas parfait dans cette petite production dont certains passages en creux manquent un peu de peps. La faute, surtout, à un Cotten qui semble curieusement mal à l’aise, loin en tout cas de ses débuts spectaculaires chez Orson Welles.

Heureusement, sa femme est interprétée par Rhonda Fleming, qui ne se contente pas d’être une magnifique rouquine (même en noir et blanc), mais qui est absolument parfaite dans le rôle de la femme de flic trop exigeante, qui ne voit pas que son bonhomme fait tout pour la protéger. On la bafferait presque, mais c’est Rhonda…

Dans le rôle du tueur, Wendell Corey est lui aussi formidable. Loin de l’image habituelle des grands méchants de cinéma, il impose un personnage de grand malade un peu paumé absolument glaçant. Les éclats de violence de ce type à la gueule de comptable sont autant de décharges électriques qui donnent son ton au film, comme lors du meurtre sauvage du gardien de prison.

Et mine de rien, avec un noir et blanc propre mais sans grande profondeur, Boetticher signe un modèle de mise en scène, en tout cas dans les grands moments de tension comme cette séquence finale, dans laquelle il dilate le temps à l’extrême et concentre tout le suspense sur une unique rue d’un quartier résidentiel, paisible et familière. Du grand art.

Le Quatrième Homme (Kansas City Confidential) – de Phil Karlson – 1952

Posté : 28 septembre, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, KARLSON Phil | Pas de commentaires »

Le quatrième homme

J’ai toujours beaucoup aimé ce petit film noir méconnu mais épatant de Phil Karlson, l’histoire d’un homme dont la vie est brisée après avoir été brièvement accusé à tort d’avoir participé à un braquage, et qui cherche à se réhabiliter en démasquant les véritables coupables.

Rien de très original a priori, si ce n’est que notre héros (joué par l’impeccable John Payne) découvre que les membres du gang, qui ne se connaissent pas les uns les autres, ont rendez-vous dans un village de pêcheurs près de la frontière mexicaine. Il s’y glisse donc après avoir pris la place d’un des voleurs (Jack Elam), et cherche à démasquer les méchants.

Bon… Deux des bad guys en question sont interprétés par Neville Brand et Lee Van Cleef, deux des plus grandes salles gueules du cinéma hollywoodien. Alors forcément, on se dit que l’entreprise ne va pas être bien compliquée. Mais il y a une ambiance formidable dans ce décor atypique de film noir. Et le chef des braqueurs (Preston Foster) est lui aussi très inattendu, figure sympathique et attachante.

Le film manque sans doute un peu de rythme, mais sa grande force réside dans la qualité des personnages, remarquablement écrits. Même des seconds couteaux comme Van Cleef et Elam sont inhabituellement développés. Un grand petit film noir…

Armored Car Robbery (id.) – de Richard Fleischer – 1950

Posté : 23 septembre, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, FLEISCHER Richard | Pas de commentaires »

Armored Car Robery

En à peine plus d’une heure, Fleischer signe un modèle de polar, dans la lignée de ce mini-genre dont il fut l’un des maîtres avec Anthony Mann, très loin des codes du « film noir » tel qu’on le représente souvent : un polar sec et réaliste, qui évite toute représentation héroïque ou romantique du flic ou du bad guy. Une sorte de cinéma vérité avant l’heure… et avec style.

L’histoire est simple : un braquage de camion blindé qui se termine dans le sang, l’enquête besogneuse de policiers déterminés, et la cavale des braqueurs… C’est simple, et ça a été vu mille fois. Mais tout repose sur la manière dont Fleischer filme ça : en faisant bien garde d’éviter tout sentiment d’extraordinaire.

Le flic a le charisme et la carrure de Charles McGraw (figure incontournable du genre alors, que ce soit chez Mann ou Fleischer qui le retrouvera pour L’Enigme du Chicago Express), mais son enquête n’a de spectaculaire que sa conclusion. Pour y arriver, le fillm souligne les interminables surveillances, les coups de pouce du destin, et surtout cette approche quasi-scientifique déjà avec l’étude minutieuse des scènes de crime, rarement montrée à l’écran à cette époque.

Côté méchants aussi, la banalité est de mise, avec un William Talman présenté dans les premières scènes comme une légende du braquage, et qui finalement doit faire avec ses propres bourdes et imperfections, et avec ses mauvaises décisions aux conséquences définitives…

Bien sûr, comme beaucoup de films de cette mouvance quasi-documentaire, la police en sort grandie, et le réalisateur appuie sur le dévouement sans faille de ces hommes qui sacrifient tout. Mais sans angélisme, et sans en faire des surhommes pour autant.

Mais c’est avant tout un vrai film de genre, pas une ode à la police et à son dévouement quotidien. Fleischer signe ainsi quelques séquences réellement mémorables : celle du braque notamment, mais aussi celle quasi-muette de l’entrepôt, chef d’oeuvre de construction et de suspense.

Un petit film, par le budget et par le métrage, mais du grand cinéma.

Désirs humains (Human Desire) – de Fritz Lang – 1954

Posté : 19 septembre, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, LANG Fritz | Pas de commentaires »

Désirs humains

Dix ans après La Rue rouge, remake de La Chienne, Lang « refait » un autre film de Jean Renoir avec cette nouvelle adaptation de La Bête humaine, de Zola. Dès la séquence d’ouverture, identique à celle de Renoir, il est frappant de voir à quel point les deux films sont à la fois semblables et assez radicalement différents.

Semblables, parce que l’histoire est la même, la construction du récit ne différent que sur quelques détails. Différents, parce que malgré tout, les deux films ont une atmosphère qui leur est propre. Human Desire s’inscrit ainsi clairement dans la filmographie de Lang de ce milieu des années 50, visuellement dépouillé et d’une grande précision, assez loin du romantisme poétique du cinéma français des années 30 ou même de l’influence encore manifeste de l’expressionnisme dans ses films des années 40.

Un détail qui n’en est pas un change également la donne: Lang adapte son récit à son époque, comme Renoir l’avait d’ailleurs fait par rapport au roman de Zola. Finies les vieilles locomotives à vapeur ; le cadre de ce film-ci est plus propre, moins bruyant, moins « malade » en quelque sorte. Le personnage principal, joué par Glenn Ford (déjà à l’affiche du précédent film de Lang, Règlement de comptes), revient par ailleurs de la guerre de Corée, ce qui justifiera la manipulation dont il sera la victime presque consentante…

La pathologie de Gabin, ses accès de violence… Tout cela a disparu de la version Lang, qui s’intéresse moins aux troubles des personnages, au cœur du film de Renoir, qu’à la mécanique qui pousse au crime. Un thème purement langien, et qui est aussi un vrai sujet de film noir, ce que Human Desire est clairement. Mais un grand film noir, qui captive et surprend (en prenant quelques libertés avec le récit originel), grâce à l’extraordinaire fluidité de la narration, grâce aussi à une interprétation exceptionnelle.

Glenn Ford est parfait, avec un jeu sans esbroufe, presque effacé par moments. Mais c’est surtout le couple si improbable formé par Gloria Grahame et Broderick Crawford qui fascine, passant de la tendresse la plus touchante à la plus grande cruauté. Ce sont eux, au final, qui sèment le trouble.

Racket (The Racket) – de John Cromwell – 1951

Posté : 18 septembre, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, CROMWELL John, MITCHUM Robert, RYAN Robert | Pas de commentaires »

Racket

Il y a de bien belles idées dans ce noir méconnu. En vrac : un attentat contre la famille d’un flic qui n’est pas sans évoquer le Règlement de comptes de Fritz Lang (tourné deux ans plus tard), une course poursuite haletante qui se termine sur le toit d’un parking, un homme de loi véreux pour qui les notions de bien et de mal se décident aux intérêts qu’il peut en titrer, ou encore un jeune flic droit et courageux qui volerait presque la vedette au vrai héros du film.

Ce héros pourtant, c’est Bob Mitchum, impeccable en policier incorruptible. On peut le préférer en anti-héros victime du destin, rôle qu’il a tenu dans une quantité de films noirs plus mémorables encore que celui-ci, mais il y a toujours chez Mitchum ce petit quelque chose quasi-imperceptible qui fait de chacune de ses scènes un pur moment de cinéma, même si lui paraît ne rien faire pour cela.

Pour revenir au jeune flic, second rôle joliment dessiné, c’est clairement l’une des belles surprises du film. Surtout qu’il est joué par William Talman, tellement marqué par son rôle de tueur psychopathe à l’œil mort du Voyage de la Peur (qu’il tournera lui aussi deux ans plus tard) que ses premières scènes sèment le trouble. A tort bien sûr : Talman est ici un vrai chevalier blanc, brave et tragique.

Autre bon choix de casting : le toujours formidable Robert Ryan. Et autant Mitchum et Talman sont de vrais gentils, autant Ryan est ici une pure ordure, qui règle ses comptes et ses problèmes à coups de flingues grâce à son armée de tueurs. Ce n’est pas pour autant un méchant totalement monolithique. Il y a même un petit côté pathétique qui serait presque touchant (j’ai dit « presque »), dans ce personnage de caïd déjà dépassé par un crime organisé qui se modernise et se complexifie en misant plus sur la politique que sur la violence.

Il manque sans doute à Racket un liant, une fluidité qu’aurait sans doute donné un scénario moins bavard (les dix premières minutes sont un peu lourdes) et un réalisateur plus intense que John Cromwell, plus connu pour ses bluettes ou ses films lacrymaux (on lui doit l’une des versions du Petit Lord Fauntleroy, en 1936) que pour ses films noirs. Etonnamment à l’aise dans les scènes d’action et de suspense, il peine à donner corps à ce polar en pays corrompu.

Des pas dans le brouillard (Footsteps in the fog) – d’Arthur Lubin – 1955

Posté : 21 mai, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), * Polars européens, 1950-1959, LUBIN Arthur | Pas de commentaires »

Des pas dans le brouillard

Arthur Lubin est un réalisateur qu’on aime bien pour des raisons un peu secondaires. Pas pour son ambition démesurée de cinéaste, vouée au duo comico-lourdingue Abbott et Costello et à l’inépuisable série des Francis, le mulet qui parle. Mais pour avoir été le premier à donner sa chance au jeunot Clint Eastwood, à qui il a confié quelques petits rôles anodins (Escapade au Japon) ou croquignolets (il faut voir La VRP de choc uniquement pour les sourires béats de Clint).

Bref, son cinéma est, pour être gentil, loin d’être renversant. Pesant, même, la plupart du temps. Surtout lorsqu’il se lance dans l’exotisme ou les grands espaces, aspects qui semblent immanquablement plomber son cinéma. Pourtant, un petit miracle se produit de loin en loin. On lui doit ainsi une version du Fantôme de l’Opéra à la bonne réputation, et un film noir méconnu mais fort sympathique, Impact. Des pas dans le brouillard pourrait bien être son chef d’œuvre.

C’est d’autant plus remarquable que le film est tourné entre deux Francis, à une époque où Lubin affirme clairement sa vocation de réalisateur de comédies familiales sans aspérités. Tout le contraire de ce « film noir victorien » loin d’être parfait, mais fascinant et étrangement dérangeant. Point de grands espaces ici : entre les salons feutrés du Londres des privilégiés et les rues baignés de brouillard, Lubin filme constamment en espaces clos, ce qui lui réussit particulièrement bien.

Il est aidé, il est vrai, par une photo absolument superbe (signée Christophe Challis): une image quasi-monochrome qui donne une élégance et une atmosphère mystérieuse et fascinante à cette histoire. Histoire dont on se dit d’abord, lors de cette superbe séquence d’ouverture (formidable travelling qui nous conduit au pied d’un impressionnant et dérangeant tableau), qu’elle est une sorte de variation autour du thème maintes fois emprunté de Rebecca.

Un riche veuf (Stewart Granger), sa jeune et belle gouvernante (Jean Simmons), et une épouse décédée trop présente… Le parallèle semble évident. Sauf que, très vite, le film prend une toute autre dimension. On pourrait mettre toute le crédit de la réussite du film au chef op et aux scénaristes, mais ce serait injuste : Lubin réussit parfaitement tous les moments clés du film, avec simplicité et efficacité. Un sourire de Granger en contre-champs du tableau de la défunte… Un meurtre dans la brume londonienne… Lubin installe un climat inconfortable et bouscule constamment le spectateur.

La réussite du film repose aussi sur le « couple » principal. Entre Jean Simmons et Stewart Granger (mariés à la ville, à cette époque), on ressent constamment à la fois un érotisme trouble, et un décalage brutal. Comme si le désir sexuel et celui de tuer cohabitaient… Un film victorien, sans doute, mais surtout un film noir. Très noir.

* DVD dans une nouvelle collection au titre curieux « Film noir, femme en danger », chez Sidonis/Calysta, avec des présentations passionnées de Bertrand Tavernier, François Guérif et Patrick Brion.

L’Imposteur (The Impostor) – de Julien Duvivier – 1943

Posté : 30 avril, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, DUVIVIER Julien, GABIN Jean | Pas de commentaires »

L'Imposteur

Dernier des films tournés par Duvivier lors de son exil hollywoodien durant l’Occupation (après deux films à sketchs, Six destins et Obsessions), L’Imposteur est l’occasion pour le cinéaste de retrouver son acteur fétiche Jean Gabin, lui aussi réfugié en Amérique, et un sujet qui n’est pas sans évoquer la noirceur de leurs films communs d’avant-guerre.

L’Imposteur est clairement un film de propagande, destiné à galvaniser l’opinion publique et à souligner, pas toujours très finement, que le conflit qui fait rage est l’affaire de tous. Mais le destin de ce condamné à mort qui s’évade lors d’un bombardement et prend l’identité d’un soldat, n’est pas si loin de celui du héros de La Bandera. C’est en tout cas une nouvelle fois un personnage hanté par le destin que campe un Gabin particulièrement intense.

Le style de Duvivier est là également, avec ses jeux d’ombres, ses gros plans dramatiques et la profondeur du noir et blanc. Avec une séquence d’ouverture qui semble sacrifier aux critères hollywoodiens : ces images très baroques et impressionnantes de l’explosion de la prison, où Gabin semble réduit au statut de jouet dans les mains d’un destin cynique et ironique.

La suite est assez convenue dans le fond : embarqué malgré lui pour l’Afrique avec d’autres soldats, coincé au milieu de nulle part avec pour mission de construire une piste d’atterrissage dans la brousse, il découvre peu à peu les vertus de l’armée, de la camaraderie et du sacrifice. Le sens du devoir aussi, même aussi loin de la ligne de front.

La moindre action, si anodine peut-elle sembler, peut participer efficacement à l’effort de guerre. Le message est limpide. Trop peut-être, et limite du coup l’impact de ce film par ailleurs assez passionnant. Mais il ne manque pas de belles idées. Comme ce Noël improvisé dans la fournaise africaine, ou le (petit) rôle joué par Ellen Drewe, en fiancé en deuil qui découvre la supercherie… Et qui ne cède à aucune facilité hollywoodienne.

Une curiosité qui vaut bien mieux que sa pauvre réputation.

M le maudit (M) – de Joseph Losey – 1951

Posté : 24 avril, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, LOSEY Joseph | Pas de commentaires »

M le maudit (Losey)

A quoi bon refaire M, le chef d’oeuvre de Lang ? A quoi bon, surtout, le refaire en respectant scrupuleusement sa construction, ses idées narratives et visuelles ? Le film de Losey n’est pas un remake plan par plan de celui de Lang, contrairement à ce qui a parfois été dit. Mais il n’en est quand même pas loin par moments : cette séquence d’ouverture pour commencer, copier-coller exact du film de 1933 transposé dans l’Amérique des années 50.

Difficile, donc, de se débarrasser de cette impression gênante d’une certaine vacuité dans cette entreprise (que l’on doit à un producteur ayant travaillé sur le film de Lang). Et pour le coup, on aimerait vraiment ne pas avoir à comparer ce remake avec son modèle. Car le film de Losey est, lui aussi, une splendeur.

Passons donc sur les idées narratives, qui viennent à peu près toutes du film de 1933. Mais la simple idée de transposer fidèlement cette histoire de tueur d’enfants de l’Allemagne de la République de Weimer au Los Angeles de l’après-guerre est en soit une idée assez fascinante. D’autant plus que la grande force du film repose sur la manière qu’a Losey de filmer la ville, et d’y placer ses personnages comme de simples éléments d’un grand tout.

Au rayon des bons points, il faut aussi souligner la richesse de certains personnages, qui passaient au second plan, voire étaient totalement inexistants dans le film originel. Le personnage du flic en particulier, obsessionnel et usé, formidablement interprété par Howard Da Silva. Ou celui de l’avocat alcoolique (Luther Adley) du chef de la mafia (Martin Gabel), qui ne retrouve son humanité qu’en défendant le tueur joué ici par David Wayne, le montrant comme un malade victime de la société.

C’est une différence majeure avec le film de Lang, qui n’essayait jamais de dédouaner le tueur interprété par Peter Lorre, malgré une troublante complexité. Ici, in extremis, le film se transforme en un plaidoyer à charge contre la société qui crée ses propres monstres. Pourquoi pas, mais la société que filme Losey semble nettement moins malade que celle de Lang…

Finalement, le film est une grande réussite sur le plan formel. Losey parvient à réinventer visuellement un film qui a déjà été génialement réussi vingt ans plus tôt. Et transpose les horreurs d’hier dans une Amérique contemporaine et ouvertement quotidienne (les séquences diurnes ont un aspect « réel » assez en avance sur son temps). On peut se poser la question du bien-fondé de l’entreprise. Ou prendre plaisir à cet excellent film noir remarquablement tendu.

* Blue ray d’excellente facture chez Sidonis/Calysta, avec d’intéressantes interventions de Bertrand Tavernier, François Guérif et Michel Ciment, et une interview d’Harold Nebenzal, producteur ayant débuté avec le film de Losey, mais dont le père avait produit le M de Fritz Lang alors que lui-même avait une dizaine d’années. L’entretien est assez anecdotique, mais il y a quelque chose de fascinant à écouter cet homme de 93 ans évoquer ses souvenirs de tournage en 1951, ses rapports difficiles avec Lang, et (un peu) ses souvenirs d’enfant à l’ombre des plateaux allemands…

Gilda (id.) – de Charles Vidor – 1946

Posté : 22 avril, 2016 @ 2:37 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, VIDOR Charles | Pas de commentaires »

Gilda

De Gilda, la postérité a gardé le langoureux « striptease » de Rita Hayworth, qui chante Put the blame on mame en robe fuseau qui épouse ses formes généreuses. C’est là qu’elle retire ses longs gants de la manière la plus sensuelle qui soit, faisant croire au spectateur conquis qu’il s’agit là de son tout dernier vêtement. Mais cette image, certes troublante, n’est pas la seule…

Quelques minutes plus tôt, c’est dans le calme d’un bar fermé, sans fard et en s’accompagnant d’une guitare qu’elle entonnait la même chanson. Là, dans une quasi-intimité, Gilda-Rita laissait entrevoir son humanité en tombant (un peu) le masque. Elle est alors tout aussi sexy, et carrément bouleversante…

Si Gilda est aussi passionnant, ce n’est pas tant pour l’histoire finalement assez classique (un homme prêt à tout pour réussir retrouve la femme qu’il a tout fait pour oublier, mariée à celui à qui il doit tout), que pour cette manière si troublante de jouer avec les stéréotypes du genre.

Rita Hayworth est une vraie femme fatale. Et Glenn Ford est pur anti-héros marqué par le destin. Les deux scènes dans lesquelles leurs personnages sont introduits enfoncent d’emblée le clou. Lui d’abord, filmé à ras du sol, jouant aux dés avec un regard fiévreux. Elle ensuite, apparaissant soudain à l’écran en faisant voler ses cheveux dans une tenue que l’on devine légère :

« Are you decent, Gilda ?
- Me ? »

Sauf que… Entre ces deux-là, la logique de l’amour-haine est poussée à son paroxysme. Leur attirance, les jeux pervers auxquels ils se livrent, sont d’une cruauté assez terrible. Chacun à son tour passe du dramatique à l’odieux, jamais raccord. Une vraie tragédie en marche.

On peut regretter la fin, que l’on devine quelque peu improvisée et imposée par les producteurs. On peut aussi se dire que le film est allé suffisamment loin dans la cruauté pour nous accorder un peu de réconfort. Quoi qu’il en soit, Charles Vidor atteint ici un état de grâce que, à ma connaissance, il n’a jamais retrouvé dans sa carrière. Tragique, érotique et glaçant, Gilda est un film formidable, largement à la hauteur de sa réputation.

* Le film fait partie de la collection de blue ray « Very Classics » éditée par Sony, dans de magnifiques éditions : un joli visuel, de passionnants bonus, et un livret de 25 pages.

123456...18
 

Kiefer Sutherland Filmographie |
LE PIANO un film de Lévon ... |
Twilight, The vampire diari... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | CABINE OF THE DEAD
| film streaming
| inderalfr