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Archive pour la catégorie '* Films noirs (1935-1959)'

Le Carrefour de la mort (Kiss of Death) – de Henri Hathaway – 1947

Posté : 16 janvier, 2017 @ 2:00 dans * Films de gangsters, * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, HATHAWAY Henry | Pas de commentaires »

Le Carrefour de la mort

On ne retient souvent du film que la prestation hallucinée de Richard Widmark, dont c’est le premier film, et cette scène où, avec un sourire sadique, il balance une infirme attachée sur son fauteuil roulant du haut d’un escalier.

C’est vrai qu’elle est traumatisante cette scène, sommet inégalable de sadisme qui continue à garder toute sa puissance horrifique. Widmark y est glaçant, sa présence habitant constamment le film. On en oublierait presque que son rôle, certes central pour l’histoire, n’en est pas moins secondaire. Que sa prestation est tout de même un peu outrancière (il en fait des tonnes, et fera preuve de beaucoup plus de nuances dans ses grands rôles à venir.

On en oublierait presque, aussi, que Victor Mature tient le rôle principal, et qu’il est, lui, d’une sobriété et d’une intensité remarquables. L’acteur est alors dans sa grande période : celle de La Poursuite infernale et La Proie, deux chefs d’œuvre , deux grands rôles particulièrement riches. Comme celui-ci, magnifique repenti qui cherche désespérément le droit à une deuxième chance.

Hathaway signe là un formidable thriller psychologique, tenu de bout en bout, et avec quelques grands moments de pur suspense qui reposent essentiellement sur la manière exceptionnelle qu’a le cinéaste de jouer avec le temps, de le dilater, et de faire durer les moments d’attente : cette nuit interminable et oppressante dans la petite maison qui a soudain perdu le caractère rassurant qu’elle avait peu avant ; et l’extraordinaire séquence finale, modèle de mise en scène.

La Maison des Otages (Desperate Hours) – de William Wyler – 1955

Posté : 23 décembre, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, BOGART Humphrey, WYLER William | Pas de commentaires »

La Maison des Otages

Un Wyler mineur, un Bogart mineur… Bref, on n’est pas dans les sommets du film noir, avec cette histoire de gangsters qui prennent en otage une honnête famille de la classe moyenne américaine, histoire dont Michael Cimino tournera un remake fidèle et inattendu trente-cinq ans plus tard. Dans le genre, et sur un thème similaire, on est quand même très loin de l’atmosphère étouffante et oppressante de Key Largo

Plutôt efficace, cela dit, avec un rythme qui ne baisse jamais. Mais outre l’esthétique trop proprette, sans aspérité, on regrette surtout l’absence de complexité des personnages, quels qu’ils soient. La famille d’otage est attachante, mais elle semble trop parfaite. Cimino lui-même en sera visiblement conscient, puisqu’il en fera une famille en crise sur le point d’éclater. Ce qui n’est pas du tout le cas ici.

Même linéarité pour Humphrey Bogart, qui interprète ici l’un de ces grands méchants tout d’un bloc qu’il enchaînait avant High Sierra (où son « méchant » était autrement plus complexe). Un pur salaud, sans la moindre ombre d’humanité. Ah si, quand même : une lueur fugitive lorsque son petit frère se fait la malle. Là, pour quelques instants, la carapace se fissure. Avant de se refermer aussi sec.

Ce petit frère pourrait être plus intéressant, mais il reste constamment en retrait, en tout cas jusqu’à sa fin, grotesque et magnifique. Le personnage du flic joué par l’excellent Arthur Keneddy aussi était plein de promesses : un détective intègre plongé au cœur d’une police bouffée par la connerie et le cynisme. La charge, d’ailleurs, est franchement lourdingue, dans la dernière partie, où le film se transforme tardivement en un plaidoyer contre les violences policières.

Le meilleur reste quand même les face-à-face entre le trio de gangsters et la famille, dans cette grande maison où tout semble tourner autour du hall d’entrée, comme si la vie se focalisait sur cette porte dissimulant le monde extérieur. Desperate Hours est alors un huis-clos efficace et passionnant. Et la fin est particulièrement réussie, Wyler opérant habilement un renversement du rapport de force entre ce père qui abandonne sa passivité, et ce bad guy qui perd inexorablement de sa superbe. Jusqu’à un final formidablement pathétique.

Thunder road (id.) – d’Arthur Ripley – 1958

Posté : 21 décembre, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, MITCHUM Robert, RIPLEY Arthur D. | Pas de commentaires »

Thunder Road

Même s’il n’est pas totalement abouti, il y a une belle ambition et une atmosphère vraiment originale dans ce drôle de film noir, ultime réalisation d’un cinéaste qui n’aura signé qu’une poignée de longs métrages (dont le pas terrible L’Evadée). Celui-ci, d’ailleurs, est parfois attribué en partie à Robert Mitchum, star, producteur, auteur de l’histoire originale et co-auteur de la chanson principale.

L’acteur s’offre un rôle assez différent de son emploi habituel dans le genre : un chauffeur, ou plutôt un transporteur, chargé d’amener à bon port l’alcool fabriqué clandestinement par son père, et par ses aïeux depuis des générations. Un « métier » à hauts risques, dont il s’est promis de garder à bonne distance son petit frère, joué par… le fils de Mitchum.

Le fils de Mitchum qui interprète le frère de Mitchum ? A priori, il faut reconnaître que ça colle plutôt bien : ces deux-là ont clairement un air de famille, et la différence d’âge est évidente mais pas flagrante au point d’imposer le saut d’une génération. N’empêche : le simple fait de savoir qu’ils ne sont pas frères, mais père et fils, crée un sentiment bizarre qui pèse un peu sur leurs nombreuses scènes communes.

Cette curiosité mise à part, il y a une belle atmosphère dans ce film qui oscille constamment entre le film de genre et la peinture sociale d’une vallée oubliée par le progrès, dont les habitants cherchent à retenir les vieilles habitudes, contre l’irruption violente de l’ordre et de la modernité.

Ripley n’est pas un immense cinéaste, et tout n’est pas parfait dans son film. Les scènes de jour sont ainsi, pour la plupart, assez plates et molles. Mais dès que la nuit se fait à l’écran, il se produit une sorte de miracle. Comme si l’obscurité ôtait toute contrainte au réalisateur, qui s’autorise alors des pauses fascinantes et magnifiques.

Une série de gros plans à la lueur d’un feu lors d’un conciliabule sous haute tension. Un face-à-face romantique et lourd de présages lors d’une soirée pluvieuse. L’ultime regard de deux frères qui se savent à l’heure des adieux. Ou la vision lointaine d’une lente cohorte de voitures dont on ne voit que les phares allumées, et dont on sait qu’elles transportent ce qui reste de l’être aimé… Inégal et parfois maladroit, Thunder Road est surtout habité par ce genre de scènes belles et mélancoliques.

Du plomb pour l’inspecteur (Pushover) – de Richard Quine – 1954

Posté : 16 novembre, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, QUINE Richard | Pas de commentaires »

Du plomb pour l'inspecteur

Fred McMurray, enquêteur qui tombe amoureux de la femme qu’il ne faut pas… Le rôle rappelle furieusement celui qu’il tenait dans Assurance sur la mort, tout juste dix ans plus tôt. Il a d’ailleurs le même regard, cette obsession dont on sait qu’elle le conduit vers une issue qui lui sera fatale. Pourtant, le ton est assez radicalement différent. Dix ans après, McMurray s’est un peu empâté, et paraît plus fatigué. Cet aspect physique change tout : car on sent ce flic là au bout du rouleau, comme s’il n’attendait rien d’autre que d’être délivré du fardeau qu’il porte.

Cette impression donne au film une atmosphère atypique. D’ailleurs, si Richard Quine joue bel et bien avec les règles du film noir, c’est pour mieux les détourner. Comme dans cette première rencontre avec Kim Novak, dans un bar. Les deux personnages n’ont pas grand-chose à se dire, mais derrière leurs silences et leur apparente nonchalance, on sent immédiatement la tension sexuelle.

Et puis Kim Novak n’est pas à proprement parler une femme fatale. Loin, en tout cas, de la Barbara Stanwyck du film de Wilder. Fatale, elle le sera, bien sûr, mais à cause de l’obsession qu’elle fait naître malgré elle chez McMurray. Et entre eux, c’est un pur amour qui naît, du genre qui rachète tout et donne un sens à la vie. Au coeur de cette tragédie en marche, cet amour crée ainsi des petits cocons d’intimité assez magnifiques.

Beaux aussi : les sentiments de « l’autre » flic, qui tombe amoureux d’une femme en l’observant à travers ses jumelles, lors de ses interminables nuits de planques. Pour lui, plus jeune et plus pur, on sent qu’il y a encore un avenir. Une sorte de double de McMurray qui n’aurait pas encore laissé passer sa chance…

* DVD chez Sidonis/Calysta, avec des présentations passionnées par Bertrand Tavernier et François Guérif.

La Ronde du crime (The Lineup) – de Don Siegel – 1958

Posté : 15 novembre, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, SIEGEL Don | Pas de commentaires »

La ronde du Crime

Adapté d’une série télé à succès (dont Siegel avait lui-même réalisé le pilote), The Lineup est un polar dont la sécheresse et la violence annonce, avec des années d’avance, les thrillers hollywoodiens des années 60 et 70, dont Siegel sera d’ailleurs lui-même l’un des grands spécialistes.

La scène pré-générique, est en elle même un petit chef d’oeuvre, une ouverture brutale et coup de poing qui fait entrer de manière magistrale la violence dans un décor quotidien où on ne l’attend pas. Jusqu’à la fin, sèche et muette, Siegel gardera la même ligne : une manière unique et glaçante de filmer la violence et ses conséquences, comme dans cette scène hallucinante où Eli Wallach, tueur psychopathe, explose littéralement face à une mère et à son enfant, terrorisées.

Si le film est à ce point marquant, c’est d’ailleurs en partie grâce au « couple » de gangsters que forment Wallach (fabuleux, avec cette folie dangereuse constamment au coin de l’œil) et Robert Keith, glaçant en « mentor » qui lui apprend les règles de la grammaire comme celles du bon tueur (« Si tu veux être gangster, il faut éliminer la malhonnêteté »), et « collectionne » les dernières paroles prononcées par les victimes de son complice avant de passer de vie à trépas.

Aux antipodes de ce « couple » hallucinant, le duo de flics (Warner Anderson et Emile Meyer) est filmé avec un réalisme quasi-documentaire qui rappelle la série originale, mais aussi les polars des années 40 d’Anthony Mann ou Richard Fleischer. Des policiers loin des stéréotypes hollywoodiens, toujours très posés et respectant constamment les règles. Moins spectaculaires que les tueurs qu’ils traquent, mais tout aussi passionnants.

Une traque qui se déroule à travers San Francisco. Et la ville joue un rôle important, comme ce sera le cas pour d’autres films de Siegel (Dirty Harry, pour ne citer que le plus connu). Il y a dans ce film une utilisation formidable des extérieurs (le rendez-vous sur le port devant un gigantesque bateau qui s’en va, la poursuite sur la bretelle d’autoroute en construction…) comme des décors intérieurs (souvent réels : les larges couloirs des services de la douane, l’aquarium, et surtout la patinoire…), qui finissent de donner au film un ton unique.

* DVD chez Sidonis/Calysta, avec des présentations passionnées par Bertrand Tavernier et François Guérif.

On ne joue pas avec le crime (5 against the house) – de Phil Karlson – 1955

Posté : 5 novembre, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, KARLSON Phil | Pas de commentaires »

On ne joue pas avec le crime

Un film de braquage par le réalisateur de l’excellent Kansas City Confidential, qui plus est cité par Scorsese comme une référence au moment de Casino… Voilà un film pour le moins alléchant. Et qui commence bien, avec l’arrivée de quatre amis étudiants dans un casino de Reno où ils assistent à une maladroite tentative de hold-up…

Là, l’idée centrale du film est posée, lorsqu’un flic clame qu’il est tout simplement impossible de voler le casino. Impossible ? Pour l’un des quatre amis, fils d’une famille fortunée désireux de « faire quelque chose » par lui-même, cela va devenir une obsession : et pourquoi pas finalement…

Sauf que les quatre amis étaient sur la route de l’université après les vacances d’été, et qu’ils y retournent bel et bien. Et y restent, longtemps, s’amusant avec un jeunot qu’ils bizutent gentiment, flirtant, s’amusant, et portant des bouquins dans un plan sur deux pour rappeler que, quand même, ils sont là pour étudier. Et au bout d’un long moment, on finirait presque par l’oublier ce casino.

Du coup, oui, ce film a un énorme ventre creux, que la présence de Kim Novak dans l’un de ses premiers rôles de premier plan ne suffit pas à remplir. Pas plus que celle de l’excellent Brian Keith, parfait en vétéran de Corée qu’une blessure à la tête pousse par moments aux frontières de la folie (comme William Bendix dans Le Dahlia bleu).

Et surtout pas l’inconsistant Guy Madison, souvent sympathique en héros de western, mais totalement transparent (et peu crédible) en étudiant propre sur lui. D’ailleurs, c’est lorsqu’il enfile un déguisement de cow-boy quand arrive enfin la séquence du vol qu’il est le plus convaincant, comme si c’était en veste qu’il était déguisé…

Il y a quand même de beaux moments, et de belles idées : l’amitié qui lie les personnages de Keith et Madison est touchante, et le voyage en caravane est plutôt bien utilisé pour faire basculer le film d’un genre à l’autre, d’une histoire de potes pleine de légèreté à un film noir assez tendu.

La dernière partie est excellente : le vol lui-même, avec la présence discrète mais imposante de William Conrad en employé de casino effrayé ; et surtout l’affrontement final au dénouement inattendu, dans un parking à ascenseur qui offre un décor inédit qui renforce l’impact dramatique de ces dernières minutes. Une réussite, sur le fil.

* DVD dans la collection « Film Noir » de Sidonis/Calysta, avec des présentations érudites de Bertrand Tavernier et François Guérif.

Nous avons gagné ce soir (The Set-Up) – de Robert Wise – 1949

Posté : 4 novembre, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, RYAN Robert, WISE Robert | Pas de commentaires »

Nous avons gagné ce soir

Superbe film au noir et blanc somptueux, peinture glauque et sans concession d’un monde qui semble sans grand espoir : celui de la boxe et de ses petits combats minables qui se succèdent sans passion.

Robert Ryan, une nouvelle fois formidable, incarne l’un de ces boxeurs, un « vieux » de 35 ans qui enchaîne les défaites et qui ne parvient pas à raccrocher les gants. Un homme fatigué qui trimbale sa carcasse usée en rêvant vaguement d’une autre vie avec la femme qu’il aime.

Celle qu’il aime… Le film ne sort que rarement du gymnase où les boxeurs s’affrontent, et où elle n’a pas voulu se rendre ce soir-là. Pourtant, elle semble omniprésente, dans le regard angoissé de Ryan.

Pour parler de boxe, Robert Wise filme les gens : les boxeurs qui attendent dans « l’antichambre » où ils se préparent, et où certains rêvent de seconde chance ; mais aussi les spectateurs dans le public, habités par une rage insoupçonnable à première vue, comme cette dame digne qui se met à hurler « tue-le, tue-le », ou ce jeune homme qui n’a plus le moindre regard pour sa petite amie, ou cet autre qui avale toutes les cochonneries du monde au fil des combats.

Une véritable faune interlope, dont le « spécimen » le plus étonnant est un aveugle qui assiste au combat, accompagné par un ami qui lui décrit les coups, et qui vit les affrontements comme s’il était sur le ring. Qui est-il ? Wise laisse libre court à l’imagination du spectateur… Ici, le passé ne peut être qu’imaginé, et l’avenir semble bien incertain.

Non, ce n’est pas un chant d’amour pour la boxe. Rien de glorieux dans ce combat montré in extenso: quatre rounds de trois minutes âpres et d’une violence qui n’a rien de romantique. Et les regards désabusés des habitués ne laisse guère de place aux espoirs démesurés.

Mais Wise signe un pur film d’amour. Il y a quelque chose de tragique dans l’absence de cette jeune femme (Audrey Totter) qui n’assiste pas au combat de cet homme, et dans son errance nocturne. Comme il y a quelque chose de déchirant dans la manière dont lui, Ryan, scrute la salle pour tenter de la retrouver. Quant au suspense final, dans une poignée de séquences qui flirtent avec le film noir, il ne conduit que vers une violence libératrice, l’un des happy ends les plus douloureux et les plus émouvants qui soient…

La Femme sur la plage (Woman on the Beach) – de Jean Renoir – 1947

Posté : 28 octobre, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, RENOIR Jean, RYAN Robert | Pas de commentaires »

La Femme sur la plage

Contrairement à d’autres réfugiés français pendant l’occupation (Duvivier ou Gabin, par exemple), Jean Renoir n’a pas fait qu’un passage éclair à Hollywood : il s’y est installé longuement, prenant même la nationalité américaine. Il ne gardera pourtant pas un grand souvenir de cette période, marquée par ses difficultés à rentrer dans le moule hollywoodien.

On sent clairement ces difficultés dans Woman on the Beach, le dernier de ses films tournés sur le sol américain. Il y a bien quelques moments très beaux, comme cette tendresse soudaine qui rapproche Joan Bennett et son mari Charles Bickford au coin du feu, ou cette scène où Robert Ryan chevauche sur une plage baignée par la brume, comme dans un rêve éveillé. Mais il y a surtout une impression de maladresse, parfois presque gênante, qui se dégage de l’ensemble.

Renoir a pourtant participé au scénario (il est crédité, en tout cas). Mais l’évolution des personnages laisse par moments dubitatifs. On a en tout cas toutes les peines à s’attacher à ce triangle amoureux (pourtant interprété par de grands comédiens) qui semble annoncer un pur film noir.

Produit par la RKO, le film ressemble à effectivement à s’y méprendre à un film noir. Un anti-héros hanté par la guerre (Ryan), une femme que l’on devine fatale (Bennet), un mari aveugle (mais l’est-il vraiment ?) et gênant (Bickford)… Avec des personnages comme ceux-là, on voit venir le truc de loin. Et effectivement, Ryan va se décider à éliminer son rival. Sauf que ce n’est pas si simple…

Jouer avec les codes de ce genre si américain aurait pu inspirer Renoir. Mais le réalisateur semble constamment trop contraint, mal à l’aise avec des scènes et une atmosphère qu’on lui a sans doute imposés. Woman on the Beach est un film plutôt agréable, et qui ne manque pas d’un certain charme, par moments. Mais il était temps que Renoir se décide à quitter Hollywood, tout de même…

La Maison de Bambou (House of Bamboo) – de Samuel Fuller – 1955

Posté : 17 octobre, 2016 @ 8:00 dans * Films de gangsters, * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, FULLER Samuel, RYAN Robert | Pas de commentaires »

La Maison de Bambou

Polar ? Film d’amour ? Choc des civilisations ? Impossible de restreinte La Maison de Bambou à un genre trop précis : le film de Fuller est d’une immense richesse. Passionné depuis toujours par l’Asie, le cinéaste découvre réellement le Japon avec ce film que Zanuck l’envoie tourner sur place, uniquement en décors réels. Le résultat, du point de la véracité des images, est stupéfiant.

Souvent tourné au milieu de la « vraie » foule, le film dégage une authenticité que peu de films hollywoodiens ont réussi à atteindre avant ou depuis. A tel point qu’on peine à croire que Fuller n’avait jamais mis les pieds au Japon avant le tournage : la vision que le film donne du pays est loin, très loin des clichés habituels des occidentaux. Sa manière de filmer les gens et la vie au plus près crée une proximité qui fait beaucoup pour l’atmosphère si atypique du film.

Entre l’attaque du train qui précède le générique et l’extraordinaire fusillade finale, le film regorge de morceaux de bravoure qui, tous, s’inscrivent dans les paysages que Fuller filme admirablement : face au Mont Fuji au début (avec un magnifique plan d’un cadavre d’Américain se découpant sur la mythique montagne), ou dans une espèce de fête foraine en pleine ville à la fin.

Mais entre ces deux extrêmes aussi, Fuller est constamment inspiré par les décors naturels, qui semblent avoir largement dicté sa manière de filmer son histoire. Il y a notamment un sublime travelling suivant Shirley Yamaguchi qui traverse le quartier populaire où elle vit, et où elle découvre l’animosité de ses voisins à l’égard de celle qui se laisse séduire par un étranger.

C’est un thème fort du film : la présence américaine dans ce Japon de l’après-guerre. Une présence qui semble pour le meilleur dans les premières images, qui montrent Japonais et Américains travaillant main dans la main pour le maintien de la paix. Mais cette vision idyllique ne tarde pas à avoir du plomb dans l’aile, avec des policiers véreux, et ce gang meurtrier dirigé par le grand Robert Ryan, une nouvelle fois extraordinaire en gangster qui voit son monde s’écrouler autour de lui.

Le film tourne autour de lui, de son influence, même si, techniquement, ce n’est pas lui le héros, mais Robert Stack, dans l’un de ses meilleurs rôles. Un sale type, semble-t-il dans les premières scènes, sans allure, sans morale et sans un sou, qui finit par être admis au côté du chef de gang avant de dévoiler sa véritable nature. Il y a l’histoire d’amour, magnifique, délicate et sensuelle, entre Robert Stack et Shirley Yamaguchi. Mais il y a aussi un inattendu triangle amoureux qui ne dit pas son nom entre Ryan, Stack, et Cameron Mitchell, qui nous offre une hallucinante scène de jalousie.

Et tout ça est filmé dans un Cinemascope d’une beauté renversante de chaque plan. Un film d’une richesse infinie, donc, et dont chaque aspect semble parfaitement abouti. La Maison de Bambou est un grand film d’amour, un grand polar, un grand suspens, et une merveilleuse plongée dans ce Japon de la reconstruction. Un chef d’œuvre, oui.

* DVD dans la collection « Hollywood Légende », avec une présentation passionnante de 30 minutes par François Guérif.

Histoire de détective (Detective Story) – de William Wyler – 1951

Posté : 13 octobre, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, DOUGLAS Kirk, WYLER William | Pas de commentaires »

Histoire de détective

Il ne faut pas se fier au titre : le film n’a rien à voir avec un polar. Ou plutôt si, fions-nous au titre : c’est bel et bien l’histoire d’un détective que raconte Wyler, mais uniquement par le versant humain du personnage. La première fausse piste passée, et une fois avéré le fait que l’enquête autour de ce médecin avorteur joué par George Macready n’a d’autre intérêt que l’impact qu’il a sur le détective en question, alors le film se dévoile pour ce qu’il est vraiment : le portrait d’un homme malade.

L’homme malade, c’est Kirk Douglas, formidable en flic trop obnubilé par des principes qui cachent (mal) le traumatisme d’une jeunesse ratée. Un jusqu’au-boutiste rigide et incapable de la moindre sensibilité, un bloc inflexible qui, comme le dit l’un de ses collègues (l’excellent William Bendix), arrêterait sa propre mère.

Unité de temps, unité de lieu (ou presque)… Le film est l’adaptation (par Philip Yordan) d’une pièce à succès de Sidney Kingsley qui raconte la descente aux enfers, en une soirée, d’un flic confronté à ses propres démons. Wyler n’évite d’ailleurs pas toujours le carcan du théâtre filmé, avec des dialogues qui semblent un peu trop découpés et théâtraux.

Et paradoxalement, ce sont les quelques plans filmés à l’extérieur du commissariat qui rappellent le plus les origines théâtrales du projet, tant elles rompent le rythme du récit. A l’exception quand même de la scène du « panier à salade », admirablement tendue. Lorsqu’il reste confiné à l’intérieur de cette grande pièce, Wyler utilise en tout cas parfaitement son décor, faisant naître un sentiment de claustrophobie grandissant.

Mais plus le film avance, plus le personnage de Kirk Douglas dévoile ses fêlures, et plus la caméra se rapproche de lui, faisant constamment monter la tension, jusqu’à une conclusion bouleversante. Wyler, il est vrai, peut s’appuyer sur des acteurs formidables et, pour le coup, pas du tout théâtraux. A commence par Kirk lui-même, clairement dans la plus grande période de sa carrière : celle de ses plus grands films et de ses plus grands défis d’acteur. Ce personnage, peu aimable, en est clairement un.

Il y a quand même une exception, une actrice dont le jeu semble prendre le contrepoint de tous les autres : Lee Grant, dans le rôle de la petite voleuse à la tire qui hante tout le film de sa présence. Elle en fait des tonnes, trop sans doute, mais il se dégage une étrange émotion de ce personnage un peu cinglé. C’est elle en tout cas qui décrochera un prix d’interprétation à Cannes, pour ce rôle.

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