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Archive pour la catégorie '* Films noirs (1935-1959)'

Nid d’espions (The Fallen Sparrow) – de Richard Wallace – 1943

Posté : 19 septembre, 2011 @ 11:26 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, GARFIELD John, O'HARA Maureen, WALLACE Richard | Pas de commentaires »

Nid d'espions

Film noir, film d’espionnage, film de propagande… L’alliance des trois genres était plutôt à la mode dans un Hollywood mobilisé pour l’effort de guerre, et ce film peu connu est typique de la production d’alors. Rien de surprenant, d’ailleurs, dans cette production très sombre qui évoque l’atmosphère de Pris au piège d’Edward Dmytryk ou Le Pigeon d’argile de Richard Fleischer. Mais il y a une différence de taille : ces deux films ont été tournés après la capitulation de l’Allemagne, alors que le film de Wallace est produit en pleine guerre.

Le ton n’en est pas très différent, mais il y a dans Nid d’espions un nationalisme exacerbé bien compréhensible au regard du contexte historique, mais qui peine à convaincre aujourd’hui : le « macguffin » qui fait avancer le suspense, l’objet dont les méchants veulent à tout prix s’emparer quitte à tuer la moitié de la distribution n’est pas une arme nucléaire, pas plus que les plans d’une base secrète, non : c’est (attention SPOILER)… une bannière en lambeaux, témoin d’une bataille sanglante durant la guerre d’Espagne.

Pourquoi pas : voir le héros prêt à payer de sa vie pour protéger un symbole n’est pas une nouveauté. Mais ce sont les motivations des traîtres aux services des nazis qu’on a beaucoup de mal à prendre au sérieux. Et au vu de l’aspect hyper sombre du film, dénué de tout humour, ce décalage n’était pas loin de me laisser sur la touche.

Heureusement, il y a John Garfield, dans un rôle évidemment taillé sur mesure : celui d’un homme torturé, rongé par son passé et dont on se demande s’il est plus proche de la rupture ou de l’explosion… L’action se passe fin 1940. L’Amérique n’est pas encore en guerre, mais McKittrick, notre héros, est de retour chez lui après avoir passé plus de deux ans dans une geôle sinistre pendant la guerre civile d’Espagne. Pendant deux ans, il a été torturé sur l’ordre d’un mystérieux nazi qu’il n’a jamais vu, mais dont il sait simplement qu’il a une jambe qui traîne… Il n’a pu s’évader que grâce à son meilleur ami, dont il apprend qu’il est mort mystérieusement.

Décidé à retrouver le coupable, il découvre bientôt l’existence d’un réseau d’espions nazis implanté en plein cœur de New York, probablement dirigé par son mystérieux tortionnaire boiteux. Bon… Je ne voudrais pas critiquer l’ami Garfield, dont je suis un grand admirateur, mais il a dû abuser du whisky (faut dire, qu’est-ce qu’il boit dans ce film !) pour ne pas voir sous quelle identité se cachait son nazi boiteux (ben oui, c’est pas bien facile à cacher), même si, c’est vrai, il est bien occupé à soupçonner à peu près tous ceux qui l’entourent…

Bref, ce n’est pas du côté du scénario qu’il faut s’attarder : les rebondissements sont tous hyper-téléphonés (comme la révélation finale…). Mais Wallace signe une fort jolie réalisation, qui joue très habilement sur la profondeur de champs, sur des premiers plans un peu flous, et sur une pénombre magnifiquement photographiée. La force du film, aussi, est de ne jamais lâcher John Garfield, dont on découvre à la fois la force et les faiblesses, la détermination et les fantômes qui le hantent, son goût pour l’alcool et ses penchants pour la gent féminine.

Il faut dire qu’il est bien entouré, avec la brune Patricia Morison (en ex à la beauté froide, totalement frivole et inconséquente), la blonde Martha O’Driscoll (gamine à peine sortie de l’enfance), et surtout la rousse Maureen O’Hara, la plus belle actrice du monde (c’est en tout cas mon jugement du jour), beauté classe et mystérieuse, touchante et inquiétante. Le couple qu’elle forme avec Garfield n’est pas le mieux assorti qui soit, mais il y a quelque chose de profondément émouvant à voir cette gueule cassée déclarer son amour à cette femme à la beauté si délicate…

L’Inconnu du 3ème étage (Stranger on the third floor) – de Boris Ingster – 1940

Posté : 3 septembre, 2011 @ 9:01 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, INGSTER Boris | Pas de commentaires »

L'Inconnu du 3ème étage

Le scénario est d’une connerie pas possible, mais c’est un pur plaisir de cinéma que cette modeste production RKO, considérée comme le tout premier vrai film noir américain (ce qui est très discutable, évidemment : on peut considérer que Furie, tourné par Lang quatre ans plus tôt, est un film noir avant l’heure, et il y en a d’autres). En une heure seulement, mais particulièrement dense, le réalisateur Boris Ingster nous libre une belle leçon de cinéma, basée sur les ombres, le montage et les cadrages.

L’histoire en elle-même n’a finalement que peu d’intérêt, et surprend par l’immensité des ficelles utilisées, et l’énormité des hasards auxquels les scénaristes ont recours pour faire avancer l’intrigue. Nous avons donc un journaliste (John McGuire, convaincant mais terne), qui est le principal témoin d’un procès pour meurtre. Son témoignage suffit à faire condamner à mort l’accusé, qui clame pourtant son innocence (Elisha Cook Jr, qui en fait des tonnes, mais qui sera l’inoubliable petite frappe du Faucon maltais, l’année suivante). La fiancée du détective (Margaret Tallichet, jolie mais un peu agaçante), convaincue de l’innocence du condamné, finit par instiller le doute dans l’esprit de son amoureux. Ce dernier vit dans un appartement minable, et finit par se convaincre que son voisin a également été assassiné…

On n’en dira pas plus pour ne pas dévoiler la fin, même si l’issue du film ne fait guère de doutes, pas plus qu’elle ne surprend. Pourtant, il y a un suspense presque insoutenable, tout au long du film : Ingster, par la grâce d’une mise en scène parfois proche de l’expressionnisme allemand de la grande époque (notamment une scène de cauchemar tournée avec deux francs six sous, mais où les ombres et les cadrages pallient avantageusement le manque de moyens et de décors), nous glisse dans la tête de son héros, aux prises à une peur grandissante.

Et puis il y a le personnage énigmatique et inquiétant de Peter Lorre, dont le visage et les yeux globuleux hantent littéralement le film : même si sa présence à l’écran reste bien moindre que celle du couple principal, c’est bien lui qui marque les esprits et s’impose comme la figure centrale du film. Dans une scène centrale, surtout, particulièrement marquante : McGuire et Lorre se dissimulent l’un à l’autre dans le couloir sombre d’un immeuble plongé dans la nuit ; ils s’épient, se surprennent, puis se poursuivent dans une succession de plans brefs et impressionnants. L’avant-dernière séquence, aussi, dont on ne dira rien ici, se regarde en apnée tant le suspense y est réussi.

Il y aura de nombreux films noirs plus aboutis dans les années à venir, mais L’Inconnu du 3ème étage est une œuvre fondatrice, historiquement très importante. C’est aussi, et surtout, un film jouissif, tendu et impressionnant.

Pris au piège (Cornered) – d’Edward Dmytryk – 1945

Posté : 11 août, 2011 @ 9:44 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, DMYTRYK Edward | Pas de commentaires »

Pris au piège

Bruce Willis était déjà une star en 1945 ? Incroyable comment Dick Powell, dans l’un de ses rôles les plus sombres et durs, évoque avant l’heure (il n’était même pas né, le Bruce) la future star de Die Hard. La mâchoire serrée, les cernes aux coins des lèvres, l’air de pouvoir encaisser des coups pendant toute une nuit sans rien lâcher, il est impressionnant. Impassible bloc de détermination, il contribue pour beaucoup à l’impression de violence latente qui se dégage de ce film noir à la fois très classique (un dur à cuire recherche l’homme qui a tué sa femme) et à part dans l’histoire du genre : tourné peu après la fin de la guerre, il prend pour cadre un monde fortement marqué par les six ans de conflit.

Cette particularité donne d’ailleurs tout le sel du film ; car l’intrigue en elle-même est franchement tirée par les cheveux. Juste un petit exemple : dans un  petit village français en ruines, le héros est à la recherche de l’assassin, un ancien collabo qui se fait passer pour mort. La maison où il pensait trouver une piste vient tout juste de brûler, détruisant tous les documents qui s’y trouvaient… sauf un petit bout de papier qui contient justement une adresse. Sacré coup de bol… Comme ça, notre héros, vétéran anglais qui a épousé sa femme en France pendant la guerre, et qu’il pensait retrouver à la libération, suit sa piste indice après indice. Une piste qui le conduit, avec une facilité confondante, en France, puis en Suisse, et enfin en Argentine. C’est en Amérique du Sud que le film devient vraiment passionnant. Pas pour l’histoire, mais pour le portrait qu’il donne des exilés, Français pour la plupart, dont beaucoup ont trouvé là-bas un refuge, après des années de collaboration avec les Allemands.

Cette bourgeoisie honteuse (ou pas, d’ailleurs) n’est jamais présentée ouvertement comme ce qu’elle est. Mais la vie de bacchanales que mènent ces exilés n’en est que plus dérangeante : on devine chez ces grands bourgeois des années de connivence avec les Nazis. D’ailleurs, aucun de ces étrangers n’aborde ouvertement le problème de leur nationalité. Français ou Allemands, demande-t-on à l’un d’eux ? « Je suis un gastronome, répond ce dernier. Mon sang est un mélange d’excellents vins européens. » Dmytryk, dont la carrière serait interrompue deux ans plus tard à cause de la Chasse aux sorcières (condamné, exilé, il retrouvera sa place dans les studios en 1951 après avoir accepté de collaborer avec la commission), signe l’un des premiers films qui abordent l’exil des criminels de guerre. Visiblement, il ne se faisait guère d’illusion sur une issue rapide à cette chasse aux nazis…

Cornered n’est pas un film sur un monde qui renaît enfin, mais sur un monde qui restera profondément traumatisé par ces années de guerre, qui ont révélé la part la plus sombre des hommes.

Bodyguard (id.) – de Richard Fleischer – 1948

Posté : 4 août, 2011 @ 11:12 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, FLEISCHER Richard | Pas de commentaires »

Bodyguard

Moins sec et moins nerveux que Traquenard ou L’Enigme du Chicago Express, Bodyguard est pourtant d’une efficacité assez imparable. Qu’importe si l’intrigue paraît simpliste (l’enquête menée par le héros est d’une linéarité exceptionnelle, les indices se présentant presque d’eux-mêmes et conduisant avec évidence à l’étape suivante… le rêve de tout policier !).

Qu’importe aussi si les acteurs n’ont pas tout à fait le charisme qu’il faudrait… La grande force du film, c’est sa concision : en un quart d’heure à peine, Fleischer présente ses personnages, introduit son intrigue, multiplie les révélations, et place son personnage principal au cœur d’une machination diabolique… Bref, suffisamment d’éléments pour deux bonnes heures de métrage.

Le héros est un flic très « hard boiled », modèle de celui de L’Enigme du Chicago Express, le charisme en moins. C’est Lawrence Tierney, qui joue très bien le dur stoïque… un peu moins l’amoureux. C’est d’ailleurs un vrai dur, qui préfère démissionner plutôt que de jouer profil bas face à un supérieur qui ne peut pas le sentir. Revenu à la vie civile, on lui propose de faire le garde du corps d’une magna de la viande de poulet, dont la vie serait menacée. Alors qu’il la suit malgré elle, il est assommé, et se réveille dans une voiture stationnée sur une voie ferrée, à côté d’un policier mort. Lui-même échappe de peu à la mort, et se voit traqué par toutes les polices, soupçonné d’avoir tué son ex-collègue.

On a droit à quelques séquences plutôt croquignoles, qui nous conduisent d’un magasin de phono dans lequel on peut enregistrer ses messages sur un disque vynil, au cabinet d’un dentiste qui n’a pas vraiment le don de mettre ses patients à l’aise…

Quelques fulgurances, aussi, comme cette séquence finale, la seule dans laquelle le cinéaste prend le temps de ne plus être concis, étirant au contraire le temps pour installer le suspense. C’est cette scène où Priscilla Lane, enfermée malgré elle dans l’abattoir en compagnie des méchants du film, tente de passer inaperçue. Flippant…

La Grande Evasion (High Sierra) – de Raoul Walsh – 1941

Posté : 5 juillet, 2011 @ 10:15 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, BOGART Humphrey, LUPINO Ida (actrice), WALSH Raoul | Pas de commentaires »

La Grande Evasion (High Sierra) - de Raoul Walsh - 1941 dans * Films noirs (1935-1959) la-grande-evasion

C’est comme ça qu’un acteur habitué depuis dix ans aux seconds rôles et aux séries B entre dans la légende. Bogart avait déjà tourné avec de grands cinéastes auparavant (Ford, Curtiz, Walsh lui-même), mais sa carrière se bornait aux rôles de faire-valoir ou de méchant de service. Le rôle de Roy Earle, le gangster de High Sierra, ne lui était d’ailleurs pas destiné : c’est George Raft qui était pressenti, mais la star souhaitait changer de registre, et a refusé le rôle… comme il refusera celui de Sam Spade dans Le Faucon Maltais, et celui de Rick Baines dans Casablanca. Oui, on peut dire que Bogart doit beaucoup au manque de discernement de Raft.

Il doit aussi beaucoup à John Huston, qui réalisera Le Faucon Maltais (son premier film) la même année, et qui signe le scénario de ce High Sierra qui vaut, largement, tout le bien qui en a été dit depuis soixante-dix ans. Déjà spécialiste du film de gangster (il avait déjà signé l’un des premiers du genre, Regeneration, en 1915 ; ainsi que l’un des plus grands des années 30, Les Fantastiques années 20), Walsh s’amuse ici à casser les codes du genre.

Roy Earle n’est pas un jeune gangster qui monte, mais un caïd vieillissant qui sort de prison. Il ne cherche pas à changer de vie, mais prépare un nouveau coup dès qu’il a recouvré la liberté. L’histoire ne se déroule pas dans les ruelles humides d’une grande ville américaine, mais dans de grands espaces naturels. Le coup lui-même a un côté branquignol inattendu (les complices du gangster n’ont pas l’étoffe de gros durs, et la cible n’est pas une banque, mais un hôtel)…

La personnalité de Roy Earle, et jeu très nuancé de Bogart, font beaucoup pour le film. Le gangster tue sans hésiter, mais il se prend d’affection pour un chien perdu. Il est attiré par une jeune femme qui traîne avec ses complices (Ida Lupino, émouvante comme le sont toutes les grandes héroïnes de film noir), mais tombe amoureux de la petite-fille handicapée d’un vieux couple de fermiers tout droit sortis des Raisins de la Colère.

High Sierra, c’est le parcours qu’on devine fatal d’un homme taillé pour vivre seul, mais qui s’entoure de tout ce que l’Amérique de l’après-grande dépression a fait de laissé-pour-compte : un gardien noir, un bâtard, une orpheline sans attache, une handicapée, de vieux chômeurs…. Comment ce parcours pourrait-il se terminer autrement qu’en drame ?

La dernière séquence est la plus connue : ce sont les derniers instants d’un homme épris de liberté, qui prolonge ces derniers instants de liberté sans rien attendre d’autre, dans le décor sauvage et abrupt de la « high sierra ». C’est immense, et c’est beau.

Correspondant 17 (Foreign Correspondant) – d’Alfred Hitchcock – 1940

Posté : 9 juin, 2011 @ 11:40 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Correspondant 17

C’est, après Rebecca, le deuxième film américain d’Hitchcock, mais Correspondant 17 peut aussi être considéré comme l’apogée de sa période anglaise, ou LE film charnière entre ses deux périodes. Parce que, visuellement, le film évoque curieusement les meilleurs films anglais du maître, avec un recours gourmand aux maquettes lors de scènes particulièrement marquantes. Et parce qu’il reprend le goût du voyage de Hitchcock, déjà présent dans de nombreux films, tout en annonçant très clairement les grands chef d’œuvre à venir, qui trouveront leur apogée avec La Mort aux trousses.

Correspondant 17 est aussi l’un des premiers films américains (si ce n’est le premier) à prendre ouvertement partie contre le nazisme, ouvrant ainsi la voie à un véritable genre hollywoodien, qui donnera des dizaines de films jusqu’en 1945 : le film de propagande. Le dernier plan du film, ajouté à la dernière minute, est en cela particulièrement marquant, appelant les Américains à se dresser contre la menace nazie sur l’Europe et le monde.

Film de propagande, certes, mais Correspondant 17 est surtout un pur plaisir de cinéma, l’un des chef d’œuvre méconnu d’Hitchcock. Le héros, joué par Joel McCrea, est un journaliste américain un brin coupé des réalités du monde, que son journal envoie en Europe afin de couvrir les « événements », et qui découvre l’existence d’un complot visant à réduire à néant tous les espoirs de paix. Il tombe amoureux de la fille (Laraine Day) d’un homme affable qui est l’un des grands émissaires de la paix (Albert Basserman), mais dont il apprendra qu’il est l’un des responsables du complot. Il rencontre aussi un journaliste anglais (George Sanders, excellent, forcément) qui se révélera bien plus intelligent et clairvoyant que lui-même…

Dans le ton, Correspondant 17 s’inscrit dans la lignée des 39 Marches. On y trouve un sosie, des signaux secrets (les ailes d’un moulin tournent à l’envers), un crash d’avion très spectaculaire, des espions, une scène de fusillade dans un Londres noyé de pluie où le meurtrier prend la fuite dans une « mer de parapluies », et quelques moments de suspense absolument étourdissants.

On ne citera que deux séquences (mais quelles séquences !). Celle au cours de laquelle Joel McCrea s’introduit dans un moulin à vent et espionne les espions, scène baroque proche de l’expressionnisme des films muets de Lang, et au suspense insoutenable. Et puis une autre scène, qui montre le même McCrea escorté par un pseudo-garde du corps, qui est en fait un tueur chargé de le faire disparaître. Cette scène est à la fois drôle et terrifiante, et sort de tous les sentiers battus : le héros du film y révèle sa naïveté et ses limites intellectuelles.

Hitchcock aime jouer avec les codes et sortir des sentiers battus. Son héros est ainsi un homme certes courageux, mais plus intéressé par la beauté des jeunes femmes que par le sort de l’Europe. Son méchant est un homme séduisant et sympathique, qui finira en héros. Et le second rôle « léger » (Sanders) est celui qui fera véritablement avancer les choses. Chez Hitchcock, rien n’est jamais vraiment comme on s’y attend. Le plaisir, lui, est toujours immense.

Moon over Harlem (id.) – de Edgar G. Ulmer – 1939

Posté : 2 juin, 2011 @ 11:03 dans * Films noirs (1935-1959), 1930-1939, ULMER Edgar G. | Pas de commentaires »

Moon over Harlem

Le triomphe de Black Cat, cinq ans plus tôt, a profité à ses deux stars, Bela Lugosi et surtout Boris Karloff, mais curieusement pas à son réalisateur, qui sera cantonné dans les années à venir, et jusqu’au succès de Barbe-Bleue et Détour, à la réalisation de films « communautaires ». Ulmer enchaîne ainsi des films tournés en ukrainien ou en yiddish, et des documentaires à vocation sanitaire (notamment Goodbye Mr. Germ, court métrage pour sensibiliser le public contre la tuberculose).

C’est dans ce contexte qu’il signe ce Moon over Harlem, petite production par, pour et avec des noirs. A l’époque, la ségrégation raciale est encore bien installée, et le public noir n’est pas admis dans certains cinémas, au Sud. Il existe alors (et bien avant la fameuse blaxploitation des années 70) une production spécialement conçue pour le public noir. Moon over Harlem fait partie de cette production qui peut nous sembler totalement hallucinante.

La stature du réalisateur fait même du film l’un des plus prestigieux de cette production, tombée dans sa grande majorité dans un oubli total. Le film, d’ailleurs, ne manque pas de qualité. La première d’entre elles est sans doute d’être un film comme un autre : le fait que la quasi-totalité de la distribution soit noire ne change en effet rien à l’histoire. Ulmer évite soigneusement tous les stéréotypes, et le film n’est pas plus « communautaire » que si tous les acteurs étaient blancs.

L’histoire est assez sordide. Elle commence pendant un mariage, alors qu’une femme de ménage épouse un homme qu’elle croit honnête, mais qui est en fait l’un des gangsters qui tiennent le quartier (Harlem, donc) sous leur coupe. Pire : le gangster n’épouse cette femme pleine de courage que pour être proche de la fille de cette dernière, une charmante jeune femme amoureuse d’un leader, qui rêve de faire de Harlem un quartier égalitaire où il ferait bon vivre. Autant dire que l’affrontement entre le beau-père et le fiancé s’annonce tendu, et violent.

Mais Moon over Harlem est un film de caractères, et pas un thriller : Ulmer évite soigneusement le face-à-face, pourtant inévitable, entre les deux hommes. Il évite aussi, dans une séquence d’une grande cruauté, à la mère, qui a pris position pour son mari contre sa fille, de réaliser sa terrible erreur. C’est une autre des grandes forces du film : priver le spectateur des scènes qu’il attend avec le plus d’évidence. Ce pourrait être frustrant, mais non : ces scènes qui n’existent pas contribuent à la force du film.

Strange Illusion (id.) – de Edgar G. Ulmer – 1945

Posté : 24 mai, 2011 @ 1:47 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, ULMER Edgar G. | Pas de commentaires »

Strange Illusion

Depuis la mort de son père, dans d’étranges circonstances, Paul Cartwright fait des cauchemars dont il est persuadé qu’ils sont prémonitoires. Bientôt certains éléments de son rêve trouvent un écho dans la vraie vie… Troublé, l’adolescent se persuade que son père a été assassiné, et voit d’un mauvais œil sa mère flirter avec un bellâtre à la mauvaise réputation…

Une histoire qui semble sortie d’un mauvais roman de gare ; des acteurs pas franchement convaincants ; une séquence de cauchemar aux ficelles énormes, qui surfe de toute évidence sur La Maison du Docteur Edwardes d’Hitchcock… Et malgré tous ces handicaps, Ulmer réussit là un bien beau film d’angoisse, où l’influence d’Hitch est évidente : entre …Docteur Edwardes et Rebecca, avec même une petite pincée de Soupçons, les influences sont nombreuses.

On pourrait qualifier Ulmer de Hitchcock du pauvre, mais on serait bien injuste. Parce que la qualité de Ulmer, c’est justement de ne pas avoir l’ambition et le génie de Hitchcock. Lui est un réalisateur de séries B qui s’assume pleinement. Et au lieu de chercher à nous épater et à nous surprendre, Ulmer tire jusqu’au bout les ficelles de son petit truc bien foutu. Résultat : rien ne nous surprend vraiment (et certainement pas la nature maléfique du bellâtre), les rebondissements sont aussi énormes qu’improbables, mais il y a dans ce Strange Illusion une honnêteté, une fraîcheur et une innocence qui font plaisir.

Je disais que le film n’avait rien de surprenant, mais j’exagérai un peu : la toute fin du film est aussi inattendue qu’incroyable. On ne la dévoilera pas, mais même après le mot « fin », cette conclusion brutale et onirique laisse un drôle de goût dans la bouche…

Barbe-Bleue (Bluebeard) – de Edgar G. Ulmer – 1944

Posté : 18 mai, 2011 @ 5:20 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, CARRADINE John, ULMER Edgar G. | Pas de commentaires »

Barbe-Bleue (Bluebeard) - de Edgar G. Ulmer - 1944 dans * Films noirs (1935-1959) barbe-bleue

C’est la période la plus glorieuse d’Ulmer, celle où il enchaîne quelques-uns de ses meilleurs films : Détour, Strange Illusion et Le Démon de la Chair sont tournés en l’espace de deux ans seulement. Dans cette série prestigieuse, Barbe-Bleue trouve sa place sans discussion possible : dans un Paris fantasmé, qui évoque les ruelles sombres et humides de White Chapel, Ulmer signe ce qui, s’il avait choisi de placer son intrigue à Londres, aurait été sa version du mythe « Jack l’Eventreur ». L’une des meilleures versions, même.

On est d’ailleurs vraisemblablement vers la même période. A Paris, les femmes n’osent plus sortir seules depuis qu’un mystérieux tueur, que la vox populi a vite fait de surnommer « Barbe-Bleue », assassine les jeunes femmes blondes et belles, que l’on retrouve quelques jours plus tard flottant dans la Seine. Déjà vu ? Oui, mais qu’importe, Ulmer assume et transcende tous les poncifs.

Le décor de carte postale, pour commencer. Ulmer l’assume tellement bien qu’il en est le seul responsable : homme à tout faire de ses minuscules productions, le réalisateur a peint lui-même les tableaux qui servent de décor au film. C’est évidemment du bricolage, mais le talent d’Ulmer rend le résultat fascinant et presque poétique. Paris devient un endroit inquiétant, mais attirant, où les habitants aiment se retrouver dans les parcs, peuplé d’artistes qui vivent dans leurs vastes ateliers en mansardes avec vue sur les toits et la Seine.

Inquiétant, mais attirant, c’est aussi ce qui caractérise le marionnettiste interprété par John Carradine, dont l’héroïne tombe amoureuse, mais que la caméra d’Ulmer a tôt fait de nous présenter comme le tueur en série qui ensanglante la capitale. Un Barbe-Bleue du XIXème siècle qui tue les femmes qu’il aime et qu’il peint. Oui, parce que c’est l’acte de peindre ces femmes qui fait naître chez lui cette pulsion meurtrière. L’art, l’amour et la mort, liés de manière tragique.

Mais notre héroïne est différente, et le marionnettiste a bien l’intention de l’aimer pour de bon, totalement et surtout pour longtemps. Alors il décide de ne plus peindre, jusqu’à ce qu’il y soit contraint de nouveau. Et pas de chance, son nouveau modèle n’est autre que la sœur de l’élue de son cœur… « Paris est tout petit pour ceux qui, comme nous, s’aiment d’un si grand amour », clamerait Garance…

Au-delà du suspense, d’une efficacité absolue ; au-delà de ce Paris fascinant et oppressant ; il y a une grande audace dans ce film à petit budget. Ulmer fait de son tueur un homme certes dangereux, mais presque enfantin, qui confesse ses crimes avec un tel naturel qu’il ne comprend pas que son aimée lui en tienne rigueur. Devant sa caméra, le personnage le plus léger du film (la sœur de l’héroïne), jeune femme bravache au sourire conquérant, plonge en un dixième de seconde dans le tragique. Le cinéaste n’hésite pas à arrêter l’action de longues minutes pour filmer le spectacle de marionnettes du tueur…

Formellement, Barbe-Bleue est l’un des meilleurs Ulmer, aussi. Dans une nuit qui semble permanente (les budgets ridicules poussent décidément à débrider l’imagination), le réalisateur crée une atmosphère de cauchemar qui nous hante durablement…

Meurtre en musique (Song of the Thin Man) – de Edward Buzzell – 1947

Posté : 4 mai, 2011 @ 10:02 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, BUZZELL Edward | Pas de commentaires »

Meurtre en musique

Succédant à W.S. Van Dyke, qui avait signé les quatre premiers volets (1, 2, 3, 4), assez inégaux, et au faiblard Richard Thorpe (5), le méconnu Edward Buzzell donne un coup de fouet à la longue série The Thin Man : ce sixième (et dernier) épisode est aussi le meilleur depuis Nick gentleman détective, sorti onze ans plus tôt. Buzzell retrouve cet heureux mélange de comédie et de suspense sombre qui avait marqué les deux premiers films. Avec, quand même, un penchant nettement prononcé pour la parodie : on rit bien plus qu’on ne frémit devant cette enquête bien menée par notre couple préféré de détectives du dimanche.

Des détectives qui s’embourgeoisent dangereusement, film après film. « Tu t’encroutes », lance même Nora à Nick. Et le regard mi-moqueur, mi-accusateur de Myrna Loy fonctionne toujours aussi bien avec l’air éternellement surpris et amusé de William Powell. Ces deux-là étaient décidément faits pour se donner la réplique. Détectives et couple bien installé, les Charles doivent plus que jamais conciliés leurs deux vies. D’autant plus que, pour la première fois, leur fils Nick Jr joue un vrai rôle dans le film (né à la fin du deuxième film, il avait soigneusement été mis de côté par les scénaristes des films suivants, qui ne savaient visiblement pas quoi en faire).

Ici, le p’tit gars d’une dizaine d’années est même au cœur d’une séquence particulièrement angoissante et émouvante, l’une des rares de la série au cours de laquelle les Charles font tomber leur masque d’éternelle ironie. Nick Jr est joué par Dean Stockwell, enfant star à l’époque (qui sera l’année suivante Le Garçon aux cheveux verts), que ma génération redécouvrira dans les années 80 en loufoque Al dans Code Quantum. Si c’est pas une carrière, ça… (Cela dit, le destin des enfants stars est parfois surprenant, quand on se souvient que le Kid Jackie Coogan est devenu l’oncle Fenster de la série La Famille Addams, ou que Roddy McDowall, gamin au cœur de Qu’elle était verte ma vallée, jouera un chimpanzé dans La Planète des singes et ses suites.)

Le film commence lors d’une soirée donnée sur un bateau (très chic à l’époque), et à laquelle participent Nick et Nora. Comme dans tout bon « whodunit » classique, cette mise en place nous présente consciencieusement tous les (nombreux) personnages, et la future victime, type odieux que, bien sûr, la majeure partie de la distribution a une bonne raison de tuer. L’enquête est bien plus passionnante que dans les films précédents, peut-être parce que, pour une fois, le coupable ne saute pas aux yeux.

Peut-être aussi parce que Buzzell crée une vraie atmosphère à son film, qu’il situe dans le monde nocturne de la musique : on va des coulisses d’un grand orchestre aux soirées privées et un peu clandestines des amateurs de jazz, là où, loin du public qui les fait vivre, les musiciens commencent enfin « à faire de la vraie musique » (dixit un clarinettiste qui assiste Nick dans son enquête).

C’est donc sur une très belle note que se conclut cette série qui s’étend sur treize ans, et qui garde tout son charme.

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