Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Archive pour la catégorie '* Films noirs (1935-1959)'

Laura (id.) – d’Otto Preminger – 1944

Posté : 14 mars, 2019 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, PREMINGER Otto, TIERNEY Gene | Pas de commentaires »

Laura

Bien sûr, il y a Gene Tierney, tellement belle et envoûtante qu’elle revient d’entre les morts par le seul désir du flic qui enquête sur son assassinat. Mais il y a aussi Dana Andrews, acteur tellement économe qu’on en oublierait presque qu’il est génial. Sa manière d’écouter, de donner la réplique, ou encore de créer une relation avec la domestique par quelques mots simples… sont autant de preuves de son exceptionnelle générosité d’acteur.

C’est un couple d’acteurs absolument merveilleux que filme Preminger dans ce classique, ce chef d’œuvre, bref ce monument du film noir qu’est Laura (un couple qu’il retrouvera dans le tout aussi beau Where the sidewalk ends). Un film sur lequel tout a été dit depuis longtemps, et qui continue à semer le trouble.

Que signifie vraiment cette apparition de Laura ? Elle ouvre la porte à toutes les interprétations, et c’est la force du film : Preminger ne referme aucune des portes que cette apparitions ouvre. Fantasme, rêve, ou rebondissement incroyable ? Il y a ce tableau qui fascine le policier, ce sommeil qui le gagne, et puis un simple mouvement de caméra qui donne au spectateur-cinéphile un indice troublant. Mais au fond, chacun peut voir dans Laura ce qu’il veut.

Bien sûr, on peut trouver que la manière dont la belle tombe sous le charme du flic, qui ne fait rien pour se rendre aimable, est un peu trop facile. Mais cela ne fait que renforcer le trouble. Et cette scène centrale de la réapparition n’est pas le seul élément troublant, quand on pense à la question du narrateur. Le point de vue est clairement celui de Dana Andrews. Pourtant, c’est la voix off de Waldo Lydecker, le protecteur de Laura (Clifton Webb, dans le rôle de sa vie), qui introduit le film. Alors ?…

Qu’elle soit le fantasme d’un flic ou la création d’un vieux beau, Laura est un personnage fascinant, jeune femme irrésistible ayant l’incroyable faculté de mal s’entourer, entre le lâche et minable fiancé Vincent Price, la froide tante Judith Anderson, et ce grand manipulateur qu’est Waldo. Quant au flic, volontiers brutal et refrénant ses accès de colère, est-il vraiment meilleur ?

Laura pose bien plus de questions qu’il n’apporte de réponses. Mais ces questions prolongent durablement le plaisir immense que l’on prend devant ce film fascinant, terrible, effrayant aussi, avec une séquence finale formidable qui laisse haletant. Un chef d’œuvre, définitivement.

Le Récupérateur de cadavres (The Body Snatcher) – de Robert Wise – 1945

Posté : 13 janvier, 2019 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, WISE Robert | Pas de commentaires »

Le Récupérateur de cadavres

Les débuts de Wise à la RKO, où il est lancé par le producteur Val Lewton, sont originaux et pleins de surprises, toujours intéressants, parfois enthousiasmants. Et ce Body Snatcher apparaît clairement comme son chef d’œuvre de jeunesse.

Une petite merveille, à vrai dire, adaptée par Philip McDonald d’une nouvelle de Robert Louis Stevenson (auteur à la mode à Hollywood, après le succès du Docteur Jekyll et Mr Hyde de Fleming), à l’atmosphère parfaitement angoissante. Dans le Edinbourgh de 1831, un médecin respecté fait travailler discrètement un homme inquiétant qui le fournit, pour ses recherches, en cadavres volés dans des cimetières. Jusqu’au jour où, les cimetières étant désormais trop bien gardés, il doit trouver ses cadavres ailleurs…

Wise, en bon élève de Lewton, privilégie les ambiances nocturnes dans ce film fort bien écrit, et porté par quelques acteurs remarquables. En tête d’affiche : Boris Karloff, à qui les ombres de la nuit vont particulièrement bien, qui lui renforcent les reliefs inquiétants d’un visage passionnant. Il est parfait, Karloff, dans un rôle mystérieux et plein de nuances, bien plus bavard que ceux auxquels il est habitué.

Karloff n’est pas vraiment le personnage principal du film, mais il est une sorte d’ange noir, ou de double négatif du médecin interprété par Henry Daniell, les deux hommes étant liés par un passé qui ne sera dévoilé que tardivement, et par une sorte de trajectoire inversée. Karloff, que l’on découvre affable et bienveillant, prenant soin de son cheval et d’une fillette handicapée, révélera douloureusement sa part d’ombre. Henry Daniell, homme hautain assez détestable, révélera lui une humanité trouble mais pleine de sensibilité. Deux destins inverses mais inexorablement liés.

Il en est deux autres qui sont inexorablement liés, dans l’histoire du cinéma d’épouvante, c’est Karloff et son ancien rival Bela Lugosi, deuxième dans l’ordre d’apparition au générique mais qui doit se contenter (comme souvent à cette époque) d’un petit rôle. Marquant, cela dit, en particulier grâce à un face-à-face mémorable et effrayant avec Karloff.

A l’image de cette séquence brutale, le film marque par la dureté de son atmosphère : ce premier meurtre hors-champs mais terrifiant, la mort du chien filmée en ombres chinoises, ou cette traumatisante chevauchée macabre et hallucinatoire qui vient clore le film. The Body Snatcher, film malin et efficace, est une réussite à tous les niveaux.

La Pièce maudite (The Brasher Doubloon) – de John Brahm – 1947

Posté : 10 janvier, 2019 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, BRAHM John | Pas de commentaires »

La Pièce maudite

Philip Marlowe, une riche cliente, une jeune femme un peu dérangée, un mystérieux objet pour lequel des tas de gens semblent prêts à tuer, un homme de main patibulaire, un type menaçant plus pathétique que vraiment dangereux…

Autrement dit : vous prenez Le Grand Sommeil (gros succès sorti l’année précédente), vous y ajoutez une touche du Faucon maltais (gros succès sorti il n’y a pas si longtemps), vous mélangez, mais surtout pas trop, et vous obtenez La Pièce maudite, nouvelle adaptation d’un roman de Raymond Chandler avec son détective fétiche, la deuxième cette année-là avec La Dame du Lac, de et avec Robert Montgomery.

Et c’est un autre Montgomery qui se glisse dans les habits du détective cette fois : George de son prénom, nettement moins connu que Robert, pour une production nettement moins ambitieuse que l’expérience en caméra subjective de ce dernier. C’est une petite chose que signe là John Brahm, cinéaste qui venait de signer ses meilleurs films (de Jack l’Eventreur au Médaillon en passant par Hangover Square), mais qui semble déjà sur le point d’abdiquer.

Il y a bien quelques scènes très fortes, une poignée de plans intéressants : des visages patibulaires penchés sur une caméra subjective, une course poursuite assez brève dans des ruelles mal famées… Mais le film est en grande partie assez anonyme. Efficace, fluide et même passionnant, mais anonyme.

Et soigné, aussi : c’est même le premier terme qui vient à l’esprit. Brahm fait le boulot, et signe un film à intrigues qui remplit le cahier des charges en maintenant le suspense, en ménageant quelques rebondissements plus ou moins attendus, et en assurant une conclusion mouvementée. Il tient parfaitement le fil de son histoire, ne perdant jamais le spectateur en route… comme Hawks n’hésitait pas à le faire dans Le Grand Sommeil.

Lui, Hawks, privilégiait toujours le moment, la scène. Résultat : un classique indémodable, succession ininterrompue de scènes inoubliables qui touchent au mythe. Brahm fait le choix inverse, privilégiant la cohérence de l’ensemble. La prestation de George Montgomery s’inscrit parfaitement dans cette démarche. Montgomery n’est pas Bogart, et au moins n’essaie-t-il pas de le singer, livrant une interprétation modeste mais fidèle à l’esprit du personnage.

OK, on n’est pas dans le mythe. Mais ça n’empêche pas d’y prendre un vrai plaisir.

Criminal Court (id.) – de Robert Wise – 1946

Posté : 2 janvier, 2019 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, WISE Robert | Pas de commentaires »

Criminal Court

Robert Wise ne force pas son talent dans ce petit noir de jeunesse, assez anonyme dans sa forme, avec des images plutôt ternes. Dans le genre, Wise fera nettement mieux après ça (Le Coup de l’escalier)… mais pas que (La Ville enchaînée).

Cela étant dit, il y a quand même un rythme impeccable dans ce film court (une heure, à peine), basé sur un scénario original et particulièrement réussi : l’histoire d’un avocat habitué des effets de manche théâtraux, qui a tué accidentellement un caïd de la pègre, crime dont sa fiancée est accusée. Alors quand l’avocat se dénonce pour blanchir sa belle, personne ne le croit, tous observant avec un sourire narquois ce qu’ils pensent être un nouvel effet alambiqué de l’avocat.

Dans le rôle, Tom Conway est parfait. Son air contrit quand il comprend que c’est peine perdue, que son honnêteté et sa théâtralité lui reviennent comme un boomerang, et que même sa fiancée le regarde avec tendresse en pensant qu’il se sacrifie pour elle, est franchement réjouissant.

On peut regretter que cette petite production RKO n’ait pas choisi la voie du pur suspense : il y avait là un potentiel évident, qui n’est jamais vraiment exploité, même dans la scène du tribunal où le témoin manque de se faire dessouder, pur suspense trop rapidement expédié. Mais cette légèreté que le film choisit ne manque pas de charme, elle non plus.

La Septième Victime (The Seventh Victim) – de Mark Robson – 1943

Posté : 29 décembre, 2018 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, ROBSON MARK | Pas de commentaires »

La septième victime

Une jeune femme part à la recherche de sa sœur disparue au cœur de New York. Elle rencontre les hommes pour qui elle comptait, et découvre l’existence d’une secte satanique…

Après trois films réalisés par Jacques Tourneur, et autant de petits classiques du cinéma d’épouvante « fauché » (La Féline, Vaudou et L’Homme-Léopard, bien sûr), le producteur de la RKO Val Lewton donne sa chance à celui qui fut le monteur de ces trois petits bijoux : Mark Robson, qui fait là ses débuts derrière la caméra.

Des débuts encore timides, en tout cas effacés : la marque de Lewton plane constamment sur tous les moments forts du film. A commencer par une formidable séquence nocturne (évidemment) où une jeune femme tente d’échapper à la menace d’un homme à peine visible en utilisant l’obscurité qui l’entoure… Oui, du pur Lewton. Et devant la caméra de Robson comme auparavant devant celle de Tourneur, le résultat est absolument effrayant.

Autre grand moment : celui où un homme s’enfonce dans l’obscurité (encore) d’un couloir, et en ressort moribond. Que s’est-il passé dans l’intervalle ? Chez le Lewton de la RKO, on continue à privilégier le hors-champs, l’invisible, l’imagination. Autant d’armes fatales au service de l’effroi.

Entre ces grands moments, tout n’est pas aussi tendu, aussi passionnant. Reconnaissons quelques flottements, des personnages pas toujours formidablement dessinés, et un scénario par moments approximatifs. Mais la première partie est franchement intrigante, avec cette quête d’une sœur qui finit par apparaître tardivement. Là, c’est quasiment un autre film qui commence, et qui s’achève non pas sur une image (le hors champs, toujours), mais sur un son absolument glaçant.

Les Frères Rico (The Brothers Rico) – de Phil Karlson – 1957

Posté : 21 décembre, 2018 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, KARLSON Phil | Pas de commentaires »

Les Frères Rico

Encore une petite merveille à mettre au crédit de Phil Karlson, décidément l’un des plus grands auteurs de « noirs » des années 50. Celui-ci est l’adaptation d’un roman « américain » de Simenon. Totalement passé inaperçu à sa sortie, quasiment oublié depuis, ou en tout cas très largement méprisé, Les Frères Rico fait pourtant partie des très grandes réussites du film noir, du film de gangster, du film d’angoisse, et du genre « adapté de Georges Simenon ».

OK, il y a les deux dernières minutes, tellement en rupture avec tout ce qui précède qu’il paraît évident qu’elles ont été imposées par la production. Mais qu’importe ce final très discutable : ce qui précède, tout ce qui précède, est un sommet d’angoisse, et la brillante démonstration que Karlson fait partie des grands auteurs oubliés du cinéma de genre.

Au cœur du film, il y a l’un des frères Rico, joué par Richard Conte dans l’un de ses meilleurs rôles. Un homme marié sur le point d’adopter un enfant, et dont on comprend vite qu’il a un passé avec la mafia. Un passé qui finit par le rattraper lorsque le parrain de la mafia, qu’il considère comme un père de substitution, lui demande de retrouver son jeune frère, dont la disparition fait peser sur lui d’inquiétants soupçons chez d’autres chefs mafieux.

Entre Rico et son « parrain », il y a une relation de confiance, et une affection familiale. Croit-il. Parce qu’après une première partie pleine de bienveillance et même de légèreté, mais sur laquelle planait déjà un curieux sentiment de menace, impalpable, Karlson et ses scénaristes (parmi lesquels Dalton Trumbo, non crédité) ont leur premier coup de génie : donner au spectateur une longueur d’avance qui fait toute la différence, en montrant le vrai visage du parrain.

Et la quête de Richard Conte qui part à la recherche de son frère à travers les Etats-Unis se transforme en un sommet d’angoisse, avec la tragédie annoncée et cette vision paranoïaque d’un pays où le danger semble soudain omniprésent, prenant l’apparence troublante de rencontres impromptues, et répétées. A chacune de ses étapes, Conte/Rico est confronté au même trouble : ces visages souriants et affables qui, mine de rien, resserrent les uns après les autres la menace sur lui.

Il y a bien sûr quelque chose de la Chasse aux Sorcières (dont Trumbo fut l’une des victimes à Hollywood) dans cette vision cauchemardesque de l’Amérique, qui nous fait passer de la légèreté des premières scènes à un climat d’authentique film noir, avec ruelles obscures et ombres profondes, jusqu’à la tragédie elle-même, séquence bouleversante d’une puissance narrative et émotionnelle rare. Et qu’importe la fin, encore une fois, je ne suis pas prêt d’oublier ces frères Rico…

Né pour tuer (Born to kill) – de Robert Wise – 1947

Posté : 16 décembre, 2018 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, WISE Robert | Pas de commentaires »

Né pour tuer

Une jeune femme découvre les cadavres d’un couple qui vient d’être assassiné, et décide de quitter la ville plutôt que d’alerter la police. Le même soir, elle a rencontré un homme étrange, inquiétant mais séduisant qu’elle retrouve bientôt, sans savoir que c’est lui le meurtrier…

Voilà une intrigue pleine de promesses pour ce petit film noir tourné pour la RKO par le jeunot Robert Wise, qui enchaînait alors les petites productions sympathiques à défaut d’être géniales. Ce noir-ci n’est pas plus génial que les autres: pas toujours tout à fait convainquant, le scénario enchaîne les approximations et les facilités.

Voir les deux personnages principaux contraints de se croiser et de se retrouver immanquablement pour la seule raison qu’ils sont dans la même ville (Reno d’abord, puis San Francisco, déjà de belles bourgades, pourtant) a quand même un petit côté foutage de gueule à peine dissimulé…

Mais il y a aussi une vraie originalité, voire une authentique méchanceté qui surprend et séduit, dans ce polar qui commence comme un suspense assez classique, pour se diriger vers quelque chose d’un peu différent, plus audacieux, moins correct, plus hargneux : une sorte de fascination du Mal qu’incarne parfaitement Claire Trevor, actrice décidément géniale, elle.

Il fallait une actrice comme elle pour que ça fonctionne, une actrice capable d’être douce et dure à la fois, romantique et dangereuse, victime et coupable. Une grande actrice, donc, à qui un grand réalisateur aurait pu réserver un écrin encore plus troublant et fascinant avec ce beau personnage.

Boulevard du crépuscule (Sunset Boulevard) – de Billy Wilder – 1950

Posté : 23 novembre, 2018 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, WILDER Billy | Pas de commentaires »

Boulevard du crépuscule

Serait-ce le plus beau film sur le cinéma ? Peut-être bien. Un immense film noir en tout cas, chef d’œuvre de cruauté qui est en même temps une magnifique déclaration d’amour à Hollywood et à son premier âge d’or. Pas dupe, pas cynique non plus, Billy Wilder prend un tout autre parti que Minnelli dans Les Ensorcelés : Hollywood peut tuer, littéralement, mais reste la plus belle des machines à fabriquer du rêve.

La séquence où Norma Desmond, star oubliée du muet, remet les pieds sur un plateau de cinéma après des années, voire des décennies d’absence, est d’une beauté troublante et enthousiasmante. C’est toute la magie de la grande machine hollywoodienne qui se met alors en branle sur ce gigantesque plateau dirigé par Cecil B. De Mille, le vrai, avec les techniciens qui s’animent et reconnaissent cette diva, symbole d’un cinéma déjà révolu pour lequel ils seraient prêts à tout donner.

Elle est belle cette scène, aussi parce qu’elle confronte deux époques, et deux réalités bien différentes. D’abord la star dépassée par l’évolution du cinéma, et par son propre vieillissement. Et puis le réalisateur, celui de ses débuts, qui lui est toujours bien vivant. Un contraste qui souligne rudement le dictat du physique pour les idoles du moment, et celles d’hier, qui vivent avec le souvenir d’une gloire oubliée. La présence de De Mille, qui a effectivement dirigé Gloria Swanson dans sa jeunesse, renforce ce sentiment.

La nostalgie pourrait être douce, elle est cruelle au contraire. Gloria Swanson, magnifique actrice du muet, est tout simplement immense en diva rêvant sur un retour qui n’arrivera jamais, vivant avec les fantômes de sa gloire. Y compris un majordome qui fut son réalisateur, l’un des plus beaux rôles d’Erich Von Stroheim. Là encore, le trouble biographique est fort : Stroheim dirigea lui-même Swanson dans Queen Kelly en 1929… son dernier film en temps que réalisateur.

L’arrivée du jeune William Holden dans la villa mal entretenue, presque en ruines, est saisissante. La simple vision de ce lieu à l’abandon dit plus sur le poids des souvenirs que n’importe quel dialogue, avec cette piscine vide depuis longtemps et dont on sait dès la première image qu’elle sera le théâtre d’un drame. Parce que six ans après l’immense Double Identity, Wilder utilise une nouvelle fois la voix off de manière magistrale… en la confiant à un mort.

Bref. Sunset Boulevard est un film immense, une merveille dont la moindre image imprime la rétine pour toujours. De la toute première, cette vision d’un corps flottant dans la piscine soudain pleine de vie ; à la toute dernière, où Stroheim, bouleversant, renoue avec les gestes de son ancienne vie sacrifiée. Superbe.

La Maison de la 92e rue (The House on 92nd Street) – de Henry Hathaway – 1945

Posté : 31 octobre, 2018 @ 8:00 dans * Espionnage, * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, HATHAWAY Henry | Pas de commentaires »

La Maison de la 92e rue

Dans la longue série des films « tirés des archives secrètes »… du FBI en l’occurrence, présenté comme le premier et le plus grand défenseur de l’Amérique dans ce qu’elle a de plus noble. Et du monde libre en général, tant qu’on y est.

Le film est tourné avant la fin de la guerre, « et n’aurait pas pu l’être avant que la premier bombe soit lâchée sur le Japon », nous assure-t-on lors de l’introduction. Effort de guerre oblige, on n’est pas franchement dans la mesure. Loin en tout cas de l’image que le « bureau » véhiculera quelques années plus tard à peine.

Hathaway s’est plus d’une fois collé à ce genre qui revendique un aspect très documentaire, en devenant même l’un des grands spécialistes avec des classiques comme Appelez Nord 777. Sauf que La Maison de la 92e rue a une contrainte supplémentaire, en cette période de guerre : il doit être patriotique et bien mettre en valeur ces héros de l’ombre. D’où une voix off très présente et très didactique qui rend la première partie un peu pénible à force de vanter les mérites du FBI.

Hathaway s’en sort nettement mieux lorsqu’on lui lâche la bride, lorsque la voix off et les images d’archives (très présentes également au début) s’effacent enfin pour laisse l’intrigue se développer : l’histoire d’un Américain recruté par les Nazis pour aider la 5e colonne à se développer sur le sol états-uniens, et qui est en fait un agent double au service des Alliés.

Lorsque l’éloge du FBI cède la place au film de genre, Hathaway signe quelques séquences joliment tendues, notamment un final explosif mené à 100 à l’heure. Un film tardivement emballant, donc, même si la première partie ne manque pas totalement d’intérêt. L’un d’eux étant la toute première apparition du jeunôt E.G. Marshall. C’est déjà ça.

Les Démons de la liberté (Brute Force) – de Jules Dassin – 1947

Posté : 27 octobre, 2018 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, DASSIN Jules, DE CARLO Yvonne, LANCASTER Burt | Pas de commentaires »

Les Démons de la liberté

Jules Dassin et Richard Brooks sont des humanistes. Ce qui, pour un cinéaste et un scénariste, est magnifique : leurs personnages, forcés à cohabiter dans la prison où ils purgent leurs peines, sont d’une superbe humanité. Mais ce qui a, en l’occurrence, un effet secondaire qu’il faut accepter : ils ne font pas vraiment dans la demi-mesure.

Dans cette prison où croupissent Burt Lancaster et ses potes, tous les prisonniers sont donc des braves types, victimes d’une société inhumaine tout juste bonne à casser les individualités. Et les salauds, ce sont les gardiens de prison, qui privent les braves types de leur liberté. Un postulat que l’on retrouvera dans d’innombrables films de prison, créant même un sous-genre sur ce modèle quasi-immuable.

C’est d’ailleurs frappant de voir à quel point Les Démons de la Liberté a influencé très directement quelques classiques du genre, à commencer par L’Evadé d’Alcatraz, dont quelques séquences semblent sortir directement du film de Dassin. Et puis on n’en veut pas trop à Dassin d’être à ce point manichéen : son méchant gardien en chef est interprété par Hume Cronyn, qui n’a pas forcément le physique de l’emploi, et qui est formidable.

Formidable aussi : Burt Lancaster, tout en colère retenue, sorte de liant entre tous ces personnages hantés par leur passé. Le film est bourré de belles idées, notamment cette photo de femme qui semble irréelle, et qui représente, pour les prisonniers, une sorte de porte d’entrée vers leurs propres souvenirs « de l’extérieur », tous liés à des femmes forcément.

Ce qui donne une série de courts flash-backs dans lesquels apparaissent ces femmes (parmi lesquelles Yvonne De Carlo, décidément magnifique), toutes très émouvantes, qui habitent l’ensemble du film malgré la brièveté de leurs apparitions. C’est d’ailleurs l’une des forces du film : la capacité de Dassin à rendre marquant le moindre rôle, parfois grâce à un simple détail (ce prisonnier qui passe son temps à chanter par exemple).

Visuellement, c’est magnifique, tout en cadrages dynamiques et dans un superbe noir et blanc. Mais c’est surtout la dureté du don qui marque les esprits. La brutalité des matons bien sûr, mais pas seulement. Parce que le manichéisme affiché n’empêche pas tout : chez les prisonniers, il y a des traîtres, des mouchards, ou simplement des hommes moins courageux que d’autres. Et le soupçon finit par se répandre. Le film est sorti en 1947, alors que la Chasse aux sorcières s’installait à Hollywood. Sans doute pas anodin.

12345...21
 

Kiefer Sutherland Filmographie |
LE PIANO un film de Lévon ... |
Twilight, The vampire diari... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | CABINE OF THE DEAD
| film streaming
| inderalfr