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Archive pour la catégorie '* Films noirs (1935-1959)'

Le Violent (In a lonely place) – de Nicholas Ray – 1950

Posté : 16 juillet, 2017 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, BOGART Humphrey, RAY Nicholas | Pas de commentaires »

Le Violent

Bogart a rarement été aussi émouvant que dans ce faux polar, l’un des premiers très grands films de Nicholas Ray. L’histoire commence bel et bien comme un film noir : un scénariste hollywoodien connu pour ses accès de violence amène chez lui une jeune femme pour une raison a priori toute innocente (il a la flemme de lire le bouquin qu’il doit adapter, elle l’a lu, il lui demande de lui raconter). Mais au petit matin, elle est retrouvée assassinée.

Forcément, le doute est là : Bogart a-t-il assassiné la pauvrette ? A priori non, Ray nous a clairement montré son départ, seule dans la nuit. Mais va savoir ce qui s’est passé après… Pourtant, ce qui commençait (et plutôt très bien) comme un grand suspense policier se transforme vite en un suspense amoureux, un peu à la manière du Soupçons d’Hitchcock, mais dans une forme plus intense, plus ancrée dans la vraie vie.

Soupçonné par la police, Bogie est innocenté par le témoignage de sa belle voisine, dont il tombe raide dingue. Elle, c’est la grande Gloria Grahame, un choix loin d’être anodin : à l’époque, elle est l’épouse de Nicholas Ray, homme perturbé qui semble livrer ici le plus autobiographique de ses films. Une sorte d’autopsychanalise ? Ray signe en tout cas le portrait bouleversant d’un couple rongé par le doute et la culpabilité.

Bogart est formidable en homme violent, qui laisse éclater une étonnante fragilité. La scène où il s’approche de son ami et agent, qu’il vient de frapper dans un accès de colère, est un sommet d’émotion retenue, d’une sobriété bouleversante. Quant à Gloria Grahame, actrice décidément merveilleuse, elle aussi dissimule un trouble profond derrière son apparente nonchalance. Chacun de leur côté, ces deux êtres faits pour s’aimer vont s’isoler de plus en plus…

Ray réussit un film intense et authentique, et offre à ses deux acteurs vedettes l’un de leurs plus beaux rôles.

Le Port de la drogue (Pickup on South Street) – de Samuel Fuller – 1953

Posté : 13 juillet, 2017 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, FULLER Samuel | Pas de commentaires »

Le Port de la drogue

Le Port de la drogue ? Drôle de titre pour un film où il n’est absolument jamais question de quelque substance illicite que ce soit… Dans la version originale en tout cas, parce que la VF a choisi de remplacer tous les dialogues évoquant l’espionnage communisme, au cœur du film, par des allusions à des trafiquants, histoire de ne pas froisser le parti communiste qui cartonnait alors en France. Voilà pour la petite histoire, qui permet de mieux comprendre le pourquoi de ce titre.

En tout cas, Pickup on South Street est une merveille absolue du film noir. Fuller, en pleine ascension à la Fox, signe un petit chef d’œuvre ramassé et tendu, violent et émouvant. Un film formidable, quoi, qui commence par une séquence muette absolument fascinante, qui montre un pickpopet au travail. Ledit pickpocket, c’est Richard Widmark, dans l’un de ses très grands rôles de minable magnifique, confronté à une ambition trop grande pour lui. Et sa « victime », c’est Jean Peters, une petite pas-grand-chose qui révélera une humanité bouleversante.

Entre ces deux-là, la première rencontre est détonante, puisqu’il la met dans le pétrin en lui dérobant le « colis » qu’elle doit délivrer à d’inquiétants individus. La deuxième rencontre n’est pas mal non plus, puisqu’il l’étale d’un grand coup de poing dans la mâchoire. Elle le lui rendra bien, d’ailleurs, un peu plus tard… Autant dire que la love story semble bien mal partie.

Pourtant, il se passe très vite quelque chose entre eux : quelque chose entre une attirance bestiale et une tendresse enfantine. Lorsque, après l’avoir rudement frappée, il lui caresse la joue dans un gros plan troublant, la sensualité du moment est ébouriffante. Mais le désir, les sentiments, et la cruauté, ne sont jamais très loin les uns des autres. Ces deux-là ont tellement l’habitude d’être sacrifiés qu’ils ne s’attendent pas à grand-chose de bon.

Et il y a Thelma Ritter, peut-être dans son plus beau rôle : celui d’une « indicatrice » fatiguée par la vie, qui ne « travaille » que pour une chose, amasser suffisamment d’argent pour pouvoir s’offrir un bel enterrement. Elle est absolument magnifique dans ce rôle de paumée usée et déterminée, tellement fatiguée de lutter pour vivre que sa propre mort est devenue l’unique point de mire. Bouleversante, elle réussit une sublime prestation qui aurait dû lui valoir l’Oscar du second rôle, qui lui a échappé au profit de Donna Reed (pour Tant qu’il y aura des hommes).

Fuller filme merveilleusement ses paumés. Il filme aussi particulièrement bien ses décors, à commencer par cette cabane perdue dans le port de New York, cadre idéal pour un grand film à l’atmosphère fascinante et troublante. Un chef d’œuvre.

Passion sous les Tropiques (Second Chance) – de Rudolph Maté – 1953

Posté : 12 juillet, 2017 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, MATÉ Rudolph, MITCHUM Robert | Pas de commentaires »

 Passion sous les Tropiques

De la 3D d’origine, je ne dirai rien, si ce n’est qu’elle semble avoir laissé une étrange texture à la (belle) couleur de ce film d’Aventures et d’Amour avec deux grands-A !

Mitchum en boxeur, ça a déjà de la gueule. Mitchum en boxeur qui vole au secours de la belle Linda Darnell en danger de mort, ça a encore plus de gueule. Mais quand le danger de mort en question porte le nom de Jack Palance, alors là, je me pâme.

Et tout ce petit monde s’aime ou s’affronte dans d’impressionnants décors réels au Mexique, décors qui semblent parfois être la véritable raison d’être de ce film. Producteur, Howard Hughes n’a pas lésiné sur les moyens pour plonger ses personnages dans un Mexique le plus authentique possible, avec des tas de figurants et des paysages grandioses.

La première partie est surtout marquée par le match de boxe autour duquel gravitent les personnages. Mais c’est la seconde partie qui est la plus étonnante. Réfugié dans un petit village perché au sommet d’une montagne abrupt où l’on ne peut accéder qu’avec un téléphérique, notre couple de héros oublie le danger et rêve à une histoire d’amour simple et en dehors du monde…

Étonnant, parce que le film prend le temps de se poser longuement, mettant de côté le suspense pour se concentrer sur ce havre de paix, et la romance qui se noue entre Darnell et Mitchum qui, tous deux, renaissent à la vie. Dans ce village surplombant le reste du monde, l’atmosphère est envoûtante…

Mais la violence n’est jamais très loin. Elle prend la forme d’un brusque faits divers, ou celle du visage cassé de Palance. Et elle explose à bord du téléphérique où se dénoue l’intrigue, dans un soudain huis clos étouffant et effrayant. Classe et palpitant !

La Main qui venge (Dark City) – de William Dieterle – 1950

Posté : 9 juillet, 2017 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, DIETERLE William | Pas de commentaires »

La Main qui venge

Un petit noir méconnu au scénario formidable… mais qui aurait mérité un cinéaste un peu plus excitant que William Dieterle, honnête faiseur dont la mise en scène reste la plupart du temps très anonyme, avec toutefois quelques belles fulgurances, et une poignée de séquences franchement effrayantes. C’est dans ce registre que Dieterle se révèle le plus à l’aise, comme si même ces moments de pur suspense étaient les seuls qui l’intéressaient vraiment.

Il y a notamment une séquence très efficace dans la chambre minable d’un Ed Begley formidable en petit malfrat vieillissant et pathétique, terrorisé à l’idée de la mort qui le guette. C’est aussi dans ces scènes que se marient le mieux la forme et le fond, avec cette volonté de ne pas magnifier ces anti-héros, d’en faire des gangster magnifiques : ce sont au contraire d’authentiques minables, fauchés, sans avenir et sans ambition.

Si Ed Begley est franchement excellent, Charlton Heston n’est pas mal non plus en sale type qui peine à comprendre ce qu’il est vraiment, se justifiant sans en avoir l’air devant la veuve de sa « victime » : ce brave type dont lui et ses potes de misère ont profité lors d’une partie de poker qui a viré au jeu de dupe, jusqu’à le pousser à la mort.

Lizabeth Scott, elle, est la grande victime du film. Elle est irréprochable, et apporte même une émotion authentique à son personnage. Mais quel personnage ! Une chanteuse énamourée totalement soumise. Un personnage stéréotypé et improbable qui résume à lui seul toutes les limites du film.

L’Inexorable enquête (Scandal Sheet) – de Phil Karlson – 1952

Posté : 8 juillet, 2017 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, KARLSON Phil | Pas de commentaires »

L'Inexorable enquête

Un scénar génial, adapté d’un roman de Samuel Fuller (qui n’a jamais raté une occasion de dénigrer le film) : le rédac-chef d’un grand journal new-yorkais tue la femme qu’il avait épousée dans une autre vie, et observe le meilleur de ses journalistes, à qui il a tout appris et dont il est une sorte de père spirituel, enquêter sur ce meurtre et remonter peu à peu le fil qui conduit à lui…

D’emblée, Phil Karlson, petit maître du noir, instaure une atmosphère formidable, et une grande tension dans cette vision du journalisme aux antipodes de la probité d’un Bas les Masques. Le rédac chef et son poulains sont des rapaces, manipulateurs et odieux. Le second n’hésite pas à jouer avec l’émotion d’une femme qui vient de perdre sa sœur pour obtenir le bon témoignage, et la bonne photo…

Un sale type, donc, dont la gueule d’ange de John Derek (moins fade que d’habitude) renforce le cynisme. Quant à Broderick Crawford, dans le rôle du rédacteur en chef, il est absolument prodigieux, impressionnante masse d’énergie et de détermination. C’est lui le pivot de l’histoire. D’ailleurs, le film n’est jamais aussi fort que quand il est à l’écran, et perd un peu de sa puissance lorsque passe au second plan, après une première demi-heure formidable de tension.

Les autres acteurs aussi sont excellents, à commencer par Donna Reed, qui réussit à apporter beaucoup d’épaisseur à un personnage pas passionnant sur le papier. Mais lui, Crawford, est franchement exceptionnel en homme tiraillé entre ses instincts d’homme cherchant à échapper à son destin, et sa vocation d’homme de presse. Broderick Crawford formidable ? Voilà un qualificatif qu’on a tendance à sortir facilement dès qu’il est à l’affiche…

L’Homme de Lisbonne (Lisbon) – de Ray Milland – 1956

Posté : 7 juillet, 2017 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, MILLAND Ray, O'HARA Maureen | Pas de commentaires »

L'Homme de Lisbonne

Il m’intriguait depuis longtemps, ce film réalisé par Ray Milland, l’une de ses rares réalisations, la seule en tout cas à avoir atteint une (toute petite) notoriété. A le voir, enfin, il n’est pas très difficile de comprendre pourquoi la mise en scène n’a pas pris plus d’importance dans sa carrière, et pourquoi ce Lisbon n’a pas connu un grand succès en salles.

On ne peut pas dire qu’il manque d’intérêt, ni même qu’il soit déplaisant. Après tout, le film répond parfaitement aux promesses de son titre : c’est dans la manière de filmer Lisbonne qu’il est le plus convainquant. Et même si, par moments, le film se transforme en une sorte de guide touristique qui nous fait découvrir les sites historiques les plus remarquables de la capitale portugaise, eh bien il le fait avec une sorte d’élégance et de sincérités franchement sympathiques.

Le problème, quand même (et c’est peut-être un parti-pris, mais alors là je ne sais pas trop quoi en penser), c’est que dès les toutes premières images, Milland réalisateur semble prendre le contre-pied systématique de ce que l’on pensait savoir de la grammaire cinématographique. Pas tant dans le montage que dans le cadrage : comme une volonté de ne pas être là où on l’attend, l’acteur-réalisateur cadre de dos parfois, de profil souvent, ou de trois-quarts dos… Quant à l’image, elle est constamment baignée d’une lumière vive qui retire tout mystère. Bref, l’opposé quasi-exact du glamour hollywoodien, dont il ne reste rien.

En voyant le film, on réalise d’ailleurs à quel point John Ford sait filmer les femmes. Son actrice fétiche Maureen O’Hara est certes belle devant la caméra de Ray Milland (mais comment ne le serait-elle pas ?)… Mais le charme vénéneux et irrésistible qu’elle a dans L’Homme tranquille ou les autres films de Ford semble bien loin. Et du coup, c’est le personnage en entier qui morfle, guère crédible dans sa complexité. Dommage, c’est de loin le plus passionnant, sur le papier. Plus en tout cas que celui de Milland, aventurier sans grand relief. Plus aussi que celui de Claude Rains, en roue libre dans un rôle qu’il connaît par cœur.

Il y a quand même une fulgurance : l’une des rares scènes de nuit, bien sûr. Un plan, surtout, où un aveugle s’interpose sans s’en apercevoir dans la ligne de mire d’un tueur prêt à faire feu sur le couple de héros. Un simple plan, bref (une poignée de secondes, à peine), mais magnifique. Le reste ne manque pas d’intérêt, mais semble bien fade…

Midi, gare centrale (Union Central) – de Andre De Toth – 1950

Posté : 28 juin, 2017 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, MATÉ Rudolph | Pas de commentaires »

Midi gare centrale

De Rudolph Maté, réalisateur de DOA, on pouvait attendre un peu plus de cette histoire d’enquête autour d’un enlèvement. Pas désagréable et même plutôt captivant, le film échoue toutefois constamment à créer un véritable enthousiasme.

Ça commence plutôt très bien, avec l’irruption de deux hommes dans un train, et les soupçons que porte rapidement une passagère, qui décide d’avertir le responsable de la police de la prochaine grande gare. Un début intriguant, qui conduit au cœur de la seule vraie raison d’être du film : cette gigantesque gare dont Mate va bientôt explorer tous les coins et recoins.

C’est en tout cas la promesse de la première partie, pas tout à fait tenue hélas. Toute cette première partie se déroule exclusivement dans la gare, avec un beau suspense et une tension qui monte efficacement. Mais Maté semble réellement n’avoir tourné le film que pour son décor principal, ne faisant pas grand-chose pour mettre en valeur une intrigue guère originale. Surtout, il ne sait pas vraiment quoi en faire de ce décor si riche en possibilités sur le papier. La gare pour lui se résume grosso modo au seul grand hall.

Pas étonnant si la caméra finit par s’échapper de la gare, pour une séquence de filature fort bien réalisée d’ailleurs, et particulièrement tendue. Mais dès lors, la grande force du film – l’originalité de son décor unique – retombe comme un soufflet. On prend plaisir à suivre l’enquête de William Holden, plutôt à l’aise en flic coriace. Mais il y a une impression tenace de passer à côté de quelque chose : cette gare mal utilisée, ou encore la cécité de la victime, à peine exploitée, ou la personnalité du chef de la police (Barry Fitzgerald, truculent)… Autant de pistes qui ne mènent pas aussi loin qu’on l’espère.

La Femme aux maléfices (Born to be bad) – de Nicholas Ray – 1950

Posté : 30 avril, 2017 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, RAY Nicholas, RYAN Robert | Pas de commentaires »

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On la voit venir de loin, la Joan Fontaine, avec son air de sainte-nitouche et son petit sourire de chacal. Une authentique femme fatale dont on imagine dès sa première apparition qu’elle va semer le malheur sur son passage. Hélas, c’est bien là la plus grande faiblesse du film : sans doute Joan Fontaine a-t-elle été choisie (par Howard Hughues, qui venait de prendre le contrôle de la RKO) parce qu’elle est l’image même de la douceur et de la bonté. Mais alors, pourquoi avoir rendu d’emblée si évidentes les intentions de la fausse douce ?

L’actrice est irréprochable, apportant un heureux mélange de passion et de machiavélisme à un personnage pas si simple que cela. Mais le film aurait sans doute gagné à laisser planer le mystère plus longtemps sur la présence de cette louve dans la bergerie. C’est d’autant plus dommage que le pur film noir qui nous ai promis réserve bien des surprises, en jouant constamment sur la nuance des sentiments, et sans tomber dans le noir profond.

Nicholas Ray, encore jeune dans le métier (c’est son cinquième film, il n’a pas encore 40 ans), sait mettre en avant ces petits détails qui révèlent les failles des personnages et de leurs sentiments. La séquence où Joan Fontaine instille la suspicion dans le couple formé par Joan Leslie et Zacharie Scott est en cela formidable, parce que rien n’y est surjoué ou lourdement asséné.

Le cinéaste peut, c’est vrai, compter sur un casting exceptionnel, avec aussi Mel Ferrer, et surtout Robert Ryan, dont je continue à me demander s’il sait mieux que personne choisir les bons films, ou si c’est sa simple présence qui donne aux films dans lesquels il joue cette dimension si particulière. Encore une fois, il fait mieux que donner une épaisseur à son personnage d’amant éconduit : il crée une sorte de lien intangible entre tous les personnages de ce drame. Si le film est une réussite, c’est au moins en partie grâce à lui.

La Femme à l’écharpe pailletée (The File on Thelma Jordon) – de Robert Siodmak – 1950

Posté : 17 avril, 2017 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, SIODMAK Robert, STANWYCK Barbara | Pas de commentaires »

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Robert Siodmak est décidément l’un des très grands lorsqu’il s’agit de créer une ambiance de film noir, de faire résonner mine de rien ces petits sons du destin en marche. Le cinéaste est alors au sommet : il vient de tourner le sublime Criss Cross. Pourtant, Thelma Jordon sera l’un de ses derniers films à Hollywood, avant son retour en Allemagne.

Le film n’est peut-être pas tout à fait à la hauteur de ses grands chefs d’œuvre (Les Tueurs ou La Proie, aussi) : il y a un côté un peu convenu à cette enième histoire du bon gars qui se fait manipuler par la femme fatale de service pour l’aider à accomplir ses sombres desseins. Dans le rôle de la poire, Wendell Corey (qui sera le flic, pote de James Stewart, dans Fenêtre sur cour). Dans celui de la belle vénéneuse, Barbara Stanwyck offre une variation plus nuancée et plus émouvante de son rôle de vamp absolu dans Double Indemnity.

Le film n’est peut-être pas le plus surprenant de la carrière de Siodmak, mais il confirme son talent exceptionnel, en particulier lors de la première partie, qui privilégie les scènes de nuit avec un travail remarquable sur les ombres et l’obscurité. La séquence du meurtre, surtout, est un modèle de tension, admirablement construite, d’autant plus impressionnante que la suite ne cessera d’y faire référence.

Suivent de longues scènes évoquant l’enquête, puis le procès. Une construction plutôt classique, donc, mais la beauté du film tient alors aux détails, à cette attention extrême que Siodmak semble porter au travail des enquêteurs, de la police scientifique, du procureur ou des avocats. Des petits riens parfois, comme ce flic occupé à relever une empreinte de pas dans la terre, ou une rangée de chapeaux accrochée près du box des jurés. Mais ces détails inhabituels donnent un certain réalisme qui renforce la dramaturgie de l’histoire.

Et puis si on n’est pas surpris de la prestation formidable de Barbara Stanwyck, jamais décevante, celle de Wendell Corey est nettement plus inattendue. Pour une fois premier rôle, il révèle de belles nuances. Son personnage, homme marié qui ne supporte plus l’omniprésence de son beau-père, est l’une des grandes réussites du film.

Echec au hold-up (Appointment with danger) – de Lewis Allen- 1951

Posté : 12 mars, 2017 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, ALLEN Lewis | Pas de commentaires »

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Il y a une idée formidable au cœur de ce thriller : faire d’une religieuse la seule personne capable d’identifier un tueur, dont l’arrestation permettrait de démanteler un gang particulièrement violent. Et même si le film ne tient pas totalement ses promesses, cette seule idée suffit à faire d’Echec au hold-up une réussite originale dans le genre.

Surtout que cette belle idée n’est pas isolée : le scénario regorge de surprises, qui rendent mémorables certaines scènes. Comme ce dialogue joliment cynique, prononcé par la maîtresse du grand méchant : « Don’t thank me. Earl was good to me, I hope he’ll kill you ». Ou comme ce méchant a priori très classique, voire stéréotypé, mais qui réussit à vraiment exister le temps d’une scène (sa dernière), lorsqu’il se livre de manière totalement inattendu sur ce fils qui lui a été enlevé par sa mère, et dont il garde religieusement des chaussures d’enfant, coulées dans le bronze…

On sent bien que, avec son sujet, le film tend vers une approche humaniste du genre, qui tombe quand même un peu à plat la plupart du temps. La faute, sans doute, à une mise en scène qui n’évite ni les lenteurs, ni les approximations. Lewis Allen n’est certes pas un immense réalisateur, mais il réussit toutefois admirablement ses scènes d’action grâce à quelques fulgurances, comme cette scène de poursuite dans une gare, admirablement tendue. Et rapide, très rapide.

Et puis il y a toujours le plaisir de retrouver Alan Ladd qui, même sans en faire beaucoup, et même avec un personnage sans grande surprise, est toujours parfait. La relation qu’il entretient avec la religieuse, dont on sent que, dans d’autres circonstances, elle aurait pu être teintée de romantisme, est l’une des grandes réussites du film.

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