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Archive pour la catégorie '* Films noirs (1935-1959)'

Quelque part dans la nuit (Somewhere in the night) – de Joseph L. Mankiewicz – 1946

Posté : 18 août, 2021 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, MANKIEWICZ Joseph L. | Pas de commentaires »

Quelque part dans la nuit

Imaginons juste ce que ce film aurait donné avec de grands acteurs en tête d’affiche… Parce que John Hodiak et Nancy Guild, franchement, on a fait plus glamour et plus intense, question couple de cinéma. Imaginons juste ce qu’un tel scénario mis en scène avec autant d’inspiration aurait donné avec de vrais grands acteurs. Un authentique chef d’œuvre, sans doute.

En l’état, ce deuxième film de Mankiewicz, changement de registre assez radical après Le Château du Dragon, est déjà une grande réussite, que seul l’aspect franchement terne du couple star vient, justement, ternir. Encore que le jugement est un peu rude : Mankiewicz est un grand directeur d’acteur, et Hodiak, très loin du Lifeboat d’Hitchcock, n’a peut-être jamais été aussi bien.

Et puis il y a une poignée de seconds rôles remarquables : Richard Conte en propriétaire de bar trop charmant (ce regard, quand même, n’est-il pas un rien trop flagrant?), et surtout Lloyd Nolan, réjouissant en flic brillant sans avoir l’air d’y toucher. Le scénario, brillant, lui réserve peut-être les meilleures scènes, et les meilleures répliques lorsqu’il s’interroge sur la raison pour laquelle les flics de cinéma gardent toujours leur chapeau…

Mankiewicz, surtout, signe un grand film noir où tout passe par l’image. Un pur film de cinéma, où l’obscurité qui entoure constamment le héros est une mise en image de l’amnésie du personnage, vétéran de guerre qui part sur la piste de sa propre identité. Une forme visuellement superbe qui est une sorte de mise en abîme, ou une manière de plonger viscéralement le spectateur dans le même trouble que le personnage.

Quelque part dans la nuit pourrait ressembler à un tour de chauffe pour un cinéaste qui sera plus habitué à un cinéma plus ouvertement psychologique. C’est quand même bien plus que ça : un pur film de genre qui prend le parti de mettre la forme au service de la psychologie, comme une virée dans le cerveau foutraque du héros. C’est passionnant, tendu comme un vrai film noir, troublant et fascinant. Brillant.

La Maison sur la colline (The House on Telegraph Hill) – de Robert Wise – 1951

Posté : 1 avril, 2021 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, WISE Robert | Pas de commentaires »

La Maison sur la Colline

Dans la longue série des films post-Rebecca… Le film de Robert Wise porte clairement la marque du chef d’œuvre d’Hitchcock, avec ce mariage plombé par les soupçons dans cette maison du bonheur aux allures de manoir hanté. Mais il y a aussi beaucoup de Soupçons justement, autre classique hitchcockien, le lait étant remplacé par du jus d’orange…

Dans cette filiation si évidente, La Maison sur la colline n’a pas à rougir de la comparaison. On n’est clairement pas au même niveau, et la mise en place est nettement moins convaincante, le trouble étant amené d’une manière sans doute trop abrupte. Richard Basehart est un mari attentionné et un brin absent, de là à comprendre pourquoi sa femme (Valentina Cortese) s’en méfie si vite…

La première partie ne manque pas d’ambition, mais peine à convaincre vraiment. Une jeune Polonaise rescapée d’un camp de concentration prend l’identité de son amie morte peu avant la libération, et part aux Etats-Unis retrouver l’enfant qu’elle est censée avoir quitté lorsqu’il n’était qu’un bébé. Elle épouse le tuteur de l’enfant (Basehart) et s’installe dans la « maison sur la colline », grande propriété surplombant San Francisco. Là, elle retrouve par hasard l’officier qui l’a libérée du camp, qui se trouve être un ami d’enfance de son mari. Le monde est tout petit…

Le camp de concentration comme un simple prétexte narratif… discutable. Mais San Francisco fait un décor parfait pour le suspense qui se met en place, et Wise filme la ville, si cinégénique, avec un regard neuf, sous des angles souvent inédits. Et quand le suspense est vraiment en place, son film prend une ampleur toute autre, nettement plus convaincante.

Une fois avéré que la jeune femme est en danger, et que son mari n’est sans doute pas le prince charmant qu’il semble être, Wise se concentre sur le sentiment d’enfermement que cette rescapée des camps ressent de plus en plus fort. Pas un mouvement sans que l’ombre de l’homme ne plane, la maison se transformant en un piège oppressant, et l’atmosphère devenant lourde. Là, dans cette seconde partie, le suspense est d’une efficacité folle, et le drame passionnant.

La Maison des étrangers (House of strangers) – de Joseph L. Manciewicz – 1949

Posté : 31 mars, 2021 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, MANKIEWICZ Joseph L. | Pas de commentaires »

La Maison des étrangers

Manciewicz filme une histoire de famille, et c’est d’une cruauté hallucinante ! Film formidable, autour d’un patriarche joué par Edward G. Robinson, qui dirige sont petit monde tel un monarque tout puissant. Immigrant venu d’Italie, qui a fait fortune aux Etats-Unis, et qui écrase de sa présence totalement égocentrée ses quatre fils, sa femme, et tout son entourage.

Le film est composé en grande partie d’un long flash-back raconté par l’un des fils, Max (Richard Conte, intense, parfait), tout juste sorti de prison où il a passé sept ans. Le patriarche est mort, lui est décidé à se venger de ses frères dont on ne sait d’abord pas de quoi ils sont coupables, et sa fiancée (Susan Hayward, superbe) n’aspire qu’à recommencer une autre vie avec lui.

C’est son point de vue à lui, Max, qu’adopte Manciewicz. Celui du fils dévoué, aimant. Le père est donc filmé comme un bienfaiteur à la Capra : un banquier qui prête de l’argent aux nécessiteux du quartier, toujours le sourire aux lèvres, jamais un coup de gueule… un ange, presque.

Ce point de vue très subjectif est passionnant, parce que les faits disent autre chose, et que ce décalage crée un malaise qui ne cesse de grandir, et dont le visage taiseux mais douloureux de la mère est un terrible révélateur. Un bienfaiteur, Edward G. Robinson ? Un usurier, qui pratique des intérêts exorbitants, un père castrateur qui humilie ces fils qui ne sont pas tels qu’ils devraient être. Un monstre qui, au fond, n’attise et ne fabrique que de la haine, et qui ne vit que pour lui-même.

Le titre lui-même révèle tardivement sa cruauté, lorsque la mère quitte brièvement sa réserve. Superbe personnage de femme sacrifiée, pourrissant dans le luxe. Manciewicz filme cette histoire de famille avec une intensité, une cruauté assez terribles. Une tension qui ne fait qu’augmenter, avec le sentiment constant de la tragédie en marche, au-delà de la mort. Prix d’interprétation à Cannes pour Robinson en 1949, remake westernien intéressant mais inférieur en 1954 (La Lance brisée), grande claque en 2021…

Meurtre à bord (Dangerous Crossing) – de Joseph M. Newman – 1953

Posté : 21 mars, 2021 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, NEWMAN Joseph M. | Pas de commentaires »

Dangerous Crossing

Une jeune femme et son mari fraîchement épousé embarquent à bord d’un bateau de croisière. A peine le paquebot a-t-il quitté le quai que l’homme disparaît. La jeune femme part à sa recherche, mais tout porte à croire qu’elle n’a jamais été accompagnée à bord…

Petit thriller malin et efficace dans la série des films de frousse paranoïaque. On pense au Mirage de Dmytryk. Celui-ci est nettement antérieur, et il est tout aussi prenant. Spécialiste de la série B, Joseph M. Newman tire le meilleur de son décor unique : ce vaste bateau qui finit par devenir anxiogène tant le mensonge ou la folie semblent omniprésents.

Newman est, il vrai, aidé par… des moyens limités. Son budget ne lui permet pas de montrer la mer ? Il écrase ses extérieurs d’une brume profonde du plus bel effet. Il ne peut se payer des figurants que pour une ou deux scènes ? L’héroïne ne croise qu’une petite poignée de personnages, toujours les mêmes, où qu’elle aille. Que ce soit un choix totalement délibéré ou induit par des questions économiques, qu’importe : le sentiment paranoïaque est de plus en plus fort.

Dommage que Newman ait intercalé à mi-film une courte conversation téléphonique qui dévoile la vérité. En ne quittant quasiment jamais le point de vue de la jeune femme, il fait planer le doute dans l’esprit du spectateur : a-t-elle vraiment un mari ? Ou celui-ci est-il le fruit de son imagination ?

C’est en tout cas un très beau rôle pour Jeanne Crain, superbe, qui porte vraiment le film sur ses épaules. Elle est presque de chaque plan, particulièrement intense dans les premières scènes lorsque la peur, puis la panique, s’emparent peu à peu d’elle. Newman la filme joliment, dominant de beaucoup Michael Rennie, un rien trop souriant en médecin énamouré.

Adapté d’une pièce de John Dickson Carr, ce suspense en haute mer est un voyage sous tension, passionnant et d’une efficacité redoutable.

Dans la souricière (The Trap) – de Norman Panama – 1959

Posté : 5 mars, 2021 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, PANAMA Norman, WESTERNS | Pas de commentaires »

Dans la souricière

Norman qui ? Panama ? Jamais entendu parler, dois-je humblement avouer. Et cette découverte donne franchement envie d’en connaître plus. Sans révolutionner le(s) genre(s), The Trap est un thriller/western dense et parfaitement tenu, au suspense d’une grande efficacité, aussi grande que l’est la simplicité du propos et du décor.

Décor de western, même si le thriller est contemporain. On est dans les années 1950, mais l’histoire se passe à Tulla, petite ville d’un Ouest brûlant et poussiéreux, qui semble n’avoir pas bougé depuis le 19e siècle. Quelques détails quand même : des voitures, des téléphones, des fontaines à eau… Rien d’autres, ou si peu, pour rappeler que les décennies se sont écoulées depuis l’époque des pionniers.

Norman Panama filme ce décor de la même manière qu’il filmerait un western, sans doute. Même utilisation des recoins de la ville, ou des grands espaces désertiques. Même logique de confronter un héros solitaire à une horde de bandits prêts à tout pour libérer l’un des leurs. Au passage, on peut rappeler que Rio Bravo est sorti la même année…

Ici, c’est Richard Widmark, formidable en avocat de la mafia qui reprend son destin en main quand son père est trucidé par son « patron », joué par l’excellent Lee J. Cobb. Ajoutez à ça un frère alcoolique et une belle-sœur qui fut son grand amour (Tina Louise, actrice fascinante à qui la chaleur caniculaire va bien)… une grande tragédie familiale s’ajoute au pur suspense, et les deux aspects sont parfaitement tenus.

On pense à Un homme est passé bien sûr, le film de Sturges qui mélangeait lui aussi western et thriller. The Trap n’a pas tout à fait la même ambition, ni même la même force sans doute. Mais Panama signe un film de genre(s) original et passionnant.

La Dernière minute (Count the hours !) – de Don Siegel – 1953

Posté : 3 février, 2021 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, SIEGEL Don | Pas de commentaires »

La dernière minute

Un innocent condamné à mort… Sa femme et son avocat qui se battent jusqu’au bout pour trouver le vrai coupable… Rien de bien neuf sous le soleil, sur le papier : Count the hours ! fait partie de ces innombrables polars qui jouent la montre, basant son suspense sur l’imminence de l’exécution.

On en a vu d’autres, on en verra d’autres, et c’est au Jugé coupable de Clint Eastwood que le film fait penser, parce qu’on retrouve la même nonchalance scénaristique dans la résolution de l’intrigue. Et pour faire court : l’avocat joué par MacDonald Carey est aussi crédible en homme de loi qu’Eastwood en journaliste dans son propre film.

Mais le ton est bien différent. Siegel est derrière la caméra, et ça se sent dès la toute première scène, celle du crime, toute en ombres et en images subjectives, où l’importance du hors-champs n’enlève rien à la sécheresse de la violence. Une brutalité que l’on retrouve tout au long du film.

Cette série B tournée en quelques jours avec une économie de moyens bien visible fait de cette économie de moyens sa colonne vertébrale. Pas de gras, pas de digression, des séquences dures et fortes qui se suivent et par lesquelles Siegel fait grandir la tension.

Il met en scène des personnages obsessionnels (Teresa Wright qui plonge obstinément dans un lac pour retrouver l’arme qui innocenterait son mari), amoraux (Adele Mara plus intéressée par ses rôles que par toute question d’innocence ou de culpabilité) ou dangereusement malade (Jack Elam, idéalement répugnant).

Siegel fera bien mieux par la suite : plus habité, mieux construit, plus intense. Mais ce petit thriller de jeunesse a le charme des grandes séries B, et bénéficie de l’intensité des images de John Alton avec d’impressionnantes profondeurs de champs. Une réussite.

L’Ultime Razzia (The Killing) – de Stanley Kubrick – 1956

Posté : 1 février, 2021 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, KUBRICK Stanley | Pas de commentaires »

L'Ultime Razzia

Un braquage soigneusement préparé, Sterling Hayden sur le fil, des chevaux comme horizons, un grain de sable qui vient enrayer la belle mécanique… The Killing serait presque une variation sur le thème de The Asphalt Jungle, s’il n’était pas un film aussi original et surprenant, en plus d’être une merveille.

Surprenant malgré la trame classique. Stanley Kubrick reconnaissait que « le sujet était mauvais ». Aidé au scénario par Jim Thompson, il fait de cette histoire de braquage dont on devine la fin dès les premières minutes un sommet du genre, et un film unique dans sa construction.

Kubrick ne fait ni le choix de la linéarité, ni celui des flash-backs traditionnels. Il joue plutôt sur de constants aller-retours temporels, avançant de trois jours, reculant de deux heures, au gré des changements constants de points de vue. Le résultat est un film au scénario apparemment éclaté, mais au final exceptionnellement ramassé. Cette construction à la fois libre et remarquablement précise permet de donner du corps, de la consistance, à tous les personnages, avec une économie de mots et de moyens exemplaires.

Pas de grandes phrases, peu de digressions : la préparation du casse et sa réalisation, rien de plus. Et pourtant, chacun des personnages est parfaitement dessiné, et apparaît dans toute son humanité. Elisha Cook, Marie Windsor, Ted de Corsia… Beaux seconds rôles autour de Sterling Hayden intense et résigné, dont Kubrick fait la pierre angulaire de son film. Une présence physique impressionnante, qu’il le plonge dans l’obscurité ou qu’il dissimule son visage derrière un masque de clown…

Kubrick signe avec The Killing son premier chef d’œuvre. Plein de promesses, ça… Parions que ça ne sera pas le dernier !

Johnny roi des gangsters (Johnny Eager) – de Mervyn LeRoy – 1942

Posté : 29 janvier, 2021 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, LeROY Mervyn | Pas de commentaires »

Johnny roi des gangsters

Après le sublime mélo La Valse dans l’ombre, Mervyn LeRoy change de registre, s’attaque au film noir, et offre un nouveau rôle en or à Robert Taylor : celui de Johnny Eager, ancien gangster qui s’est rangé des affaires depuis sa sortie de prison, menant désormais une tranquille vie de chauffeur de taxi.

C’est en tout cas ce qu’il fait croire : ce brave repenti n’a en fait rien renié de ce qu’il est. Dans l’ombre, il gère un vaste racket et règle ses problèmes de manière radicale. Sans sentiment. LeRoy a l’art de réussir de grands films sans y paraître. Johnny Eager commence un peu banalement, avant une brusque révélation. Mais ce n’est pas cette seule révélation qui fait basculer le film : plutôt la radicalité du changement de ton.

Robert Taylor, acteur souvent sous-estimé tant il semble ne pas faire grand-chose, est formidable dans ce rôle complexe. Parce qu’il lui faut peu pour incarner ces changements de ton, passer de la douceur du repenti au froid cynisme du « vrai » personnage. La violence est rare et sèche. Elle est surtout psychologique : Eager se livre à un jeu de massacre d’une cruauté rare, dont sont victimes aussi bien l’amoureuse jouée par une toute jeune Lana Turner que l’ami fidèle, Van Heflin, superbement pathétique en saoulard résigné.

Jeu de massacre autour du flamboyant Robert Taylor, qui ne perdra sa superbe qu’en découvrant tardivement l’humanité tapie au fond de lui. Pour la rédemption, on repassera. Dans ce monde, tout mène à la violence, et la dernière séquence claque d’une manière forte et brutale, comme s’il fallait expier toutes ses fautes en un même lieu. Percutant et intense, comme le sont les meilleurs films de LeRoy. Celui-ci en fait clairement partie.

Sixième édition (Front Page Woman) – de Michael Curtiz – 1935

Posté : 12 janvier, 2021 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1930-1939, CURTIZ Michael | Pas de commentaires »

Front Page Woman

Le féminisme a quand même nettement progressé depuis 1935. Dans Front Page Woman, Bette Davis est une sorte de symbole de la femme anticipée. Une jeune journaliste qui aspire à être reconnue en tant que telle. Un symbole fort ? Oui, si ce n’est que son envie profonde n’est pas vraiment d’être une grande journaliste, mais d’obtenir cette reconnaissance… après quoi elle pourra enterrer sa carrière naissante et jouer son vrai rôle de femme, en se mariant et en restant à la maison pour s’occuper du foyer…

Oui, c’était souvent comme ça que les films féministes se terminaient dans les années 1930. Alors forcément, ça laisse une certaine amertume. Disons qu’il convient de remettre dans le contexte… Front Page Woman n’est d’ailleurs pas un film militant, mais une comédie vive et enlevée, basée sur une pseudo-intrigue policière qui n’a guère d’intérêt.

Ce qui intéresse Michael Curtiz, c’est la rivalité vacharde et tendre à la fois de cette jeune femme et de son fiancé, George Brent, tous deux journalistes pour des journaux rivaux, bien décidés à trouver avant l’autre le coupable d’un mystérieux meurtre. De révélations en tromperies, l’intrigue avance par manchettes à la une interposées, les deux journaux (et les deux amoureux) se tirant continuellement la bourre.

Il y a en creux quelques thèmes forts : la responsabilité de la presse bien sûr, sérieusement mise à mal par les méthodes (et les erreurs) des deux héros, mais aussi celle des jurés que l’on aperçoit délibérer à la fin du procès, dans une sorte de brouillon inspirant de 12 hommes en colère.

Surtout, le film s’ouvre sur une séquence forte, dans le couloir de la mort, où on découvre une poignée de journalistes aguerris se préparant comme ils le peuvent avant d’assister à une énième exécution, grand moment dramatique dont on ne voit que l’effet qu’il procure sur ces hommes dans les minutes qui précédent.

La suite est nettement plus légère. Parfois emballante, parfois anodine. Un Curtiz mineur en tout cas, à une époque où le cinéaste enchaînait les films à un rythme fou (cinq longs métrages cette année-là, dont Capitaine Blood). Mais même mineur, un Curtiz réserve bien des plaisirs autour de son couple vedette.

L’Heure du crime (Johnny O’Clock) – de Robert Rossen – 1947

Posté : 20 décembre, 2020 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, ROSSEN Robert | Pas de commentaires »

L'Heure du crime

Voilà un noir aussi complexe que passionnant. L’intrigue est particulièrement retorses, au risque parfois de perdre le spectateur en route dans les détails. Mais qu’importe, l’essentiel est toujours limpide : il est question de rivalité, entre Dick Powell et un flic pourri pour une question d’argent et de pouvoir ; mais aussi et surtout entre Powell et son partenaire de magouilles Thomas Gomez, pour une femme…

C’est un peu plus complexe que ce simple résumé, et l’histoire fait intervenir bien d’autres personnages très intéressants : une jolie sœur éplorée (Evelyne Keyes), un ami trop humilié (John Kellogg), un flic intègre mais brutal (Lee J. Cobb)… Mais c’est par cette double rivalité que les drames se nouent, et que la tension monte.

Surtout, ce scénario est l’occasion pour Robert Rossen de s’imposer dès son coup d’essai (c’est son premier film) comme un cinéaste majeur, au moins dans l’univers du film noir, qui transcende son script par une mise en scène inspirée qui favorise les jeux d’ombre, voire les plans désaxés très expressionnistes, les compositions obscures et intenses, pour créer une belle atmosphère de noir, pluies et pavés humides à l’appui.

Une atmosphère qui va parfaitement à ce Dick Powell là. Loin de ses débuts dans la comédie musicale, l’acteur est un anti-héros hard-boiled vraiment enthousiasmant, génial mélange de bienveillance et de brutalité dangereuse dans le même geste, le même regard. Les scènes qu’il partage avec Evelyne Keyes sont d’une sensualité folle, parce que ce mélange de sensibilité et de danger est toujours là, autour du désir qui se dégage de leurs rencontres. Troublant et intense.

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