L’Espion (The Thief) – de Russell Rouse – 1952
Quel que soit ses défauts, il y a dans The Thief une originalité et une ambition qui, pour le moins, forcent le respect. Soit un film noir d’espionnage sans le moindre dialogue, qui tient (à peu près) en haleine pendant près d’une heure et demi. Sonore, et avec tous les aspects d’un film traditionnel du début des années 50, mais dénué de la moindre parole.
Un tour de force, qui est visiblement la raison d’être de ce film scénarisé par Russell Rouse avec son complice habituel Clarence Green. On sent bien que cette idée même est à l’origine du projet, dont l’histoire, au fond, est d’une remarquable simplicité. Un scientifique est contraint de jouer les espions pour de mystérieux agents, photographiant en douce des documents classés secret défense. Jusqu’au jour où le FBI se met à le surveiller…
Les raisons de la trahison, l’objet de l’espionnage, la personnalité de l’anti-héros, que joue assez remarquablement le quoi qu’il arrive excellent Ray Milland… Tout ça n’a pas grande importance. Ou, autrement dit : on s’en contrefout. Seul compte le pur suspense du moment, ces moments qui s’enchaînent au cours desquels le personnage est sur le point d’être démasqué.
Une porte poussée, un regard qui frôle un objet oublié, un téléphone qui sonne dans le vide… Des motifs qui reviennent à plusieurs reprises, et qui ne tardent pas à donner le sentiment de tourner quelque peu en rond, comme si Rouse s’enfermait dans un parti-pris dont il ne sait au fond pas trop quoi faire, un défi qu’il relève de fait, mais au détriment de la fluidité et de l’efficacité.
Si séduisant le procédé soit-il, Rouse n’est pas Hitchcock, pour faire simple. Et Rouse n’a pas commencé sa carrière au temps du (vrai) cinéma muet. La contrainte qu’il se fixe donne au final l’impression la plus logique : l’action semble constamment contrainte, les personnages aussi, comme s’ils s’empêchaient à chaque instant. Il y a des moments de pure suspense vraiment tendus, et un final très réussi. Mais l’exercice de style est trop flagrant.









