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Archive pour la catégorie '* Films noirs (1935-1959)'

La Dernière rafale (The Street with no name) – de William Keighley – 1948

Posté : 6 juillet, 2020 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, KEIGHLEY William | Pas de commentaires »

La Dernière Rafale

Un petit noir dans la longue série des films « tirés des archives du FBI », tout à la gloire du bureau. Hoover, jamais présent à l’écran, y est d’ailleurs une sorte d’ombre bienveillante et rassurante qui veille sur l’Amérique : une lettre signée de sa main ouvre le film, et c’est un télex qu’il envoie qui règle l’enquête. Voilà qui a dû lui faire plaisir.

Typique de ce sous-genre du noir, donc. Et comme très souvent, le réalisateur s’empare plutôt habilement de lourdes contraintes : filmer les lieux mêmes de l’histoire, parfois en caméra cachée, mettre en scène de vrais agents, scander le film par des images de procédure policière… Des passages obligés que William Keighley intègre fort bien dans un film par ailleurs très tendu.

Des tas de scènes mémorables là-dedans, qui semblent avoir inspiré pas mal de cinéastes : De Palma et ses Incorruptibles pour la recrue testée sur le champ de tir (cadrages hyper percutants, de derrière les cibles), ou Tim Burton et son Batman pour la spectaculaire dernière scène dans l’usine.

La manière dont Keighley filme les rues de nuit est également assez formidable. Sans doute tantôt en caméra cachée, tantôt en studio, sans que la différence soit jamais vraiment perceptible. L’hôtel miteux et le gymnase poussiéreux donnent aussi un aspect très réel au film.

Ce gymnase où Keighley réussit un grand moment de suspense étouffant : un jeu du chat et de la souris entre le flic infiltré (Mark Stevens, assez fade) et le chef de gang que joue Richard Widmark avec une cynique intensité. Grand rôle à sa démesure.

Les Yeux dans les ténèbres (Eyes in the night) – de Fred Zinnemann – 1942

Posté : 30 avril, 2020 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, ZINNEMANN Fred | Pas de commentaires »

Les Yeux dans les ténèbres

Un détective privé aveugle enquête sur un meurtre mystérieux qui implique une vieille amie… Aveugle, mais impressionnant, le détective : une force de la nature capable de terrasser n’importe quel adversaire à mains nues, un sens de l’observation hors du commun, sans même parler de l’intelligence du gars.

Et son chien ! Son chien… Véritable héros du film, en charge à la fois de l’action et de l’humour. Du rythme, aussi, tout en accélérations, en sauts, en morsures subites… Edward Arnold (symbole de l’establishment chez Capra) est inattendu et très bien dans le rôle du privé aveugle Duncan Maclain, qu’il retrouvera trois ans plus tard dans L’Œil caché. Mais c’est bien Friday, le berger allemand, le vrai héros de ce polar de série B.

Fort plaisant, ce polar, petite chose sans prétention mais qui se regarde avec un grand plaisir simple. Le jeune Fred Zinnemann, dix ans avant sa grande période (Le Train sifflera trois fois sera tourné en 1952), fait le job avec un vrai talent. Il y a de bien bons acteurs devant sa caméra : Friday et Edward Arnold, donc, mais aussi Ann Harding en femme mure et digne, et Donna Reed (que l’on verra aussi chez Capra, et que Zinnemann dirigera de nouveau dans Tant qu’il y aura des hommes) en belle-fille hautaine. Elle qu’on connaîtra en incarnation même de la jeune femme douce et attentionnée (La Vie est belle) trouve ici un rôle de peste assez antipathique. Et réjouissant.

L’Ange noir (Black Angel) – de Roy William Neill – 1946

Posté : 10 avril, 2020 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, NEILL Roy William | Pas de commentaires »

L'Ange noir

Roy William Neill : un nom qui n’a pas laissé une trace majeure dans l’histoire du cinéma, si ce n’est pour avoir été le maître d’œuvre de la longue série des Sherlock Holmes avec Basil Rathbone. Son créneau : des polars noirs de série B qui atteignent rarement les 1h20, films de double programmes sans prétention et sans ambition débordante sur le papier.

Sauf que le gars a du talent, beaucoup de talent. C’est évident dans beaucoup de ses Holmes. C’est flagrant dans ce petit noir absolument formidable. Dès les premières secondes, le ton est donné : un incroyable mouvement de caméra nous emmène sans coupe apparente du regard de Dan Duryea sur le trottoir, jusqu’à l’intérieur d’un appartement quelques étages plus haut.

Ce plan, déjà, éveille les sens : cette petite production-là n’est pas si anodine… Et la suite est tout aussi enthousiasmante, que ce soit pour l’élégance et l’efficacité de la mise en scène, son audace aussi (une scène de révélation en forme de flash-back qui évoque Fritz Lang période noir), ou la force des personnages.

Dan Duryea, donc, alcoolique dont la femme a été assassinée et qui tombe amoureux de celle (June Vincent) qu’il aide à innocenter son mari, accusé du crime (vous suivez ?). Ou Peter Lorre, en propriétaire de cabaret tyrannique et plus nuancé qu’on ne l’imagine. Ou Broderick Crawford en flic droit et las.

Le scénario (d’après William Irish/Cornell Woolrich) ose les fausses pistes, et les ellipses assez spectaculaires, et l’idée de cette ébauche de love story alors que le mari est dans le couloir de la mort est franchement une curiosité.

Black Angel est passionnant, avec une fin qui devait être trépidante et rapide, mais que Neill étire à l’envi, accentuant la lenteur des réactions et des mouvements, ce qui rend la situation carrément étouffante (la vie d’un homme est en jeu).

Une petite perle noire, donc, qui sera aussi le chant du cygne de Roy William Neill : le réalisateur est mort prématurément, peu après la fin du tournage. Triste…

Le Fauve en liberté (Kiss tomorrow goodbye) – de Gordon Douglas – 1950

Posté : 7 avril, 2020 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, BOND Ward, CAGNEY James, DOUGLAS Gordon | Pas de commentaires »

Le Fauve en liberté

Le triomphe de White Heat a donné des idées aux frères Cagney pour booster leur société de production. Revoici donc l’aîné des frangins, James, dans le rôle d’un gangster alors qu’il ne pensait qu’à passer à autre chose. Et pas n’importe quel gangster : un tueur, un salaud, manipulateur. Bref : un sale type.

C’est la grandeur de Cagney : il fait partie de ces stars, comme Kirk Douglas, qui savent s’enfoncer dans la saloperie de leurs personnages, sans en rajouter, mais sans chercher, jamais, à les rendre sympathiques. Dès la première scène, celle de l’évasion, Cagney apparaît comme une ordure, un tueur froid, un homme totalement dénué d’empathie ou de sentiment.

Poser cet aspect dès les premières minutes n’est pas anodin. Ce choix permet de ne jamais être tenté par une quelconque sympathie vis-à-vis de ce personnage, ce qui donne une vraie singularité à ce film. Plus sans doute que la construction en flash-back, le présent étant représenté par des scènes (très réussies) de tribunal, qui confirment tout de même le destin funeste des personnages.

En adaptant le roman de Horace McCoy, Gordon Douglas signe un film de gangster noir et sec, violent et imparable, faisant de Cagney le pivot diabolique autour duquel tous les seconds rôles se perdent les uns après les autres. Les femmes, séduites et sacrifiées, les complices, et même (et surtout) les hommes de loi. Gardiens de prison, flics, avocats… tous sont moralement détruits par l’influence funeste de Cagney, dans une sorte de jeu de massacre glaçant.

La mise en scène de Gordon Douglas est d’une efficacité remarquable. On notera surtout un gros plan de Ward Bond, policier qui réalise, face caméra, qu’il est entraîné malgré lui dans le sillage de cet homme néfaste. Dans ce film, la prise de conscience du destin est plus forte encore que la violence elle-même, d’autant plus brutale qu’elle est, justement, consciente.

Le Destin est au tournant (Drive a crooked road) – de Richard Quine – 1954

Posté : 21 mars, 2020 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, QUINE Richard | Pas de commentaires »

Le Destin est au tournant

« Why would a dame like her go for a guy like me ? » C’est la question que se pose Mickey Rooney (au moins sur l’affiche américaine), drôle de héros de film noir avec son mètre 65, son regard de chien battu, ses quelques kilos en trop et sa grande cicatrice sur le front qu’il arbore comme une condamnation à la solitude… La réponse est simple: parce que cette « dame » est la femme fatale de ce film noir, celle qui va t’embarquer vers ton destin, cher Mickey.

L’histoire, inspirée de celle des Tueurs de Siodmak, est assez classique : un mécanicien et pilote hors pair, trop discret, est manipulé par une jeune femme et ses voleurs de complices qui veulent utiliser ses talents lors d’un braquage. Mais derrière cette intrigue basique, il y a un excellent scénario que signe Blake Edwards, et qui tourne autour de deux éléments originaux.

La voiture d’abord, omniprésente et centrale. A la fois comme élément mystérieux d’un traumatisme passé dont on ne saura rien (cette cicatrice si marquée, dont on ne peut qu’imaginer à quel drame elle est liée), et comme élément de suspense : la grande « course-poursuite » contre personne d’autre que le temps, que Richard Quine transcende avec une utilisation très efficace des transparences pourtant approximatives. Comme un élément romantique et social aussi, qui permet à Mickey Rooney de se livrer et d’ouvrir son cœur. Mais aussi comme une arme forcément létale.

L’autre particularité, et force, c’est Mickey Rooney lui-même. Loin de Burt Lancaster, dont il n’a ni la stature, ni le charme, ni la beauté animale, ni la force. Petit, enlaidi par cette cicatrice, naïf, fragile, il est superbe, terriblement émouvant. Le film souligne constamment la tristesse effacée de ce type qui se croit condamné à une vie sans éclat, sans joie, sans amour, et à qui une femme comme il n’en existe que dans les films (et derrière les vitrines du garage où il travaille, ces femmes d’un autre monde que le sien) vient donner de nouveaux rêves.

Le film est admirablement construit autour de cette fragilité. Il ne serait pas si réussi sans la prestation de l’acteur. Diane Foster est pas mal non plus en femme fatale rongée par la culpabilité. Le genre de personnages qui nous ferait presque croire à la possibilité d’une deuxième chance…

Péché mortel (Leave Her to Heaven) – de John M. Stahl – 1945

Posté : 18 mars, 2020 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, STAHL John M., TIERNEY Gene | Pas de commentaires »

Péché mortel

Ah ! Ce Technicolor flamboyant… Ah ! Ces décors de lacs et de montagnes si romantiques… Ah ! Ce coup de foudre irrésistible dans un train… John Stahl connaît son affaire en matière de romantisme, lui qui a signé tant de grands mélos (dont plusieurs ont inspiré les chefs d’œuvre de Douglas Sirk)…

Pourtant, il ne faut pas longtemps pour resentir un curieux trouble. D’où vient-il ? De quelques silences trop appuyés, de trois fois rien, du regard de Gene Tierney surtout, si profond, si vibrant, mais avec une petite ombre qui ne fait que gagner en intensité, en même temps que le trouble grandit.

Gene Tierney, la belle jeune femme si amoureuse, et Cornel Wilde, le romancier si bon, auraient pu être les héros d’une grande romance hollywoodienne, dans ces si beaux décors. Mais on comprend vite qu’ils sont les anti-héros d’un vrai film noir, malgré ces couleurs si chaudes. Et Gene Tierney est de ces personnages qui ont fait la grandeur du genre.

Pas une femme fatale telle qu’on se l’imagine, mais une femme malade et dangereuse tout de même, une amoureuse totale, exclusive, qui ne veut rien d’autre que l’homme qu’elle aime. Et surtout pas un adolescent handicapé ou une sœur qui lui ferait de l’ombre…

Elle est extraordinaire, Gene Tierney. Elle, l’actrice douce et fragile, se transforme en une sorte de monstre chez qui les fêlures côtoient de très près la noirceur la plus abyssale. Quand elle aime, plus rien d’autre n’existe… ou ne doit exister. Ca flirte avec le romantisme le plus pur, pour tomber dans la noirceur la plus totale.

Stahl crée la tension dans une série de scènes de famille qui pourraient être anodines, pour faire éclater le drame dans une scène d’une cruauté rare : celle du lac, où le visage impassible de Gene Tierney glace le sang. Une autre suivra, tout aussi mémorable, en haut d’un escalier.

Jeanne Crain, la petite sœur, et Cornel Wilde, l’élu/victime, font bien pâle figure face à ce monstre si magnétique. Mais cette discrétion souligne parfaitement la domination de Gene Tierney. Et quand les dernières images arrivent, bouleversantes, on se dit qu’ils l’ont bien mérité, ce final de mélo, avec tous ces violons et ce coucher de soleil si éclatant…

Traquée (Framed) – de Richard Wallace – 1947

Posté : 11 mars, 2020 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, WALLACE Richard | Pas de commentaires »

Traquée

Petit conseil à tout personnage de film noir. Si un jour, alors que vous traversez une vraie mauvaise passe, une belle inconnue croisée dans un bar (mais vraiment belle, style vamp de cinéma) allonge les billets pour vous éviter la prison et les ennuis, alors suivez votre premier instinct : méfiez vous. Et mieux : fuyez !

Il le sent bien, Glenn Ford, il le sait bien, que quelque chose cloche dans cette histoire trop belle. Mais quoi… Elle est belle, quand même, Janis Carter. Trop classieuse, trop sophistiquée, sans doute, pour être la serveuse qu’elle prétend. Mais belle, toute prête à s’offrir à lui. On est humain, quoi… Et quel sourire !

Alors oui, Glenn Ford est le parfait pigeon de film noir. On en a la confirmation très vite, lorsque la machination en marche est dévoilée, dès la toute première partie du film, par une construction étonnante et très originale sur le mode de « un personnage mène à un autre, qui mène à un autre, qui mène à un autre… »

Tous les éléments sont sur le tapis, on sait où on va, et on y va aussi sûrement que Ford entre dans la salle de jeux en sachant qu’il en ressortira les poches pleines. Et pourtant, quel suspense ! Dès les premières images, d’ailleurs, Richard Wallace donne le ton : c’est au volant d’un camion dévalant sans frein une route de montagne qu’on découvre Glenn Ford. Sans que rien ne vienne justifier cette entrée en matière si ce n’est un ton, un rythme, une urgence.

La suite est à l’avenant, tout est objet à suspense. Une clé à molette dans les mains de la jeune femme, un peignoir accroché à une porte, un sac d’habits sales jeté dans un coffre, une tasse de café qui attend sur un plateau… Wallace signe une mise en scène particulièrement inspirée, pour concentrer l’attention du spectateur sur un objet qui pourrait être anodin, mais qu’il transforme en un enjeu dramatique majeur.

Il y a aussi une douceur étonnante dans tous les personnages, y compris les plus machiavéliques, presque une forme de bienveillance, en tout cas une envie de partager. Cette femme fatale là doit bien sûr un peu à la Barbara Stanwyck de Double Indemnity et à la Mary Astor du Faucon maltais. Mais ce regard presque innocent et désespéré qu’elle lance à Glenn Ford ne ressemble à aucun autre.

Sirocco (id.) – de Curtis Bernhardt – 1951

Posté : 3 février, 2020 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, BERNHARDT Curtis, BOGART Humphrey | Pas de commentaires »

Sirocco

Sirocco est souvent présenté comme une tentative pitoyable de renouer avec la recette miracle de Casablanca. Cela fait évidemment partie de sa raison d’être : le cadre exotique, une ville du Sud sous occupation (ici, Damas en 1925), un magouilleur sympathique (Nick Dennis ici, comme Peter Lorre avant lui), Bogart et son trench coat… Jusqu’à l’affiche originale qui revendique clairement la filiation avec le chef d’oeuvre de Michael Curtiz.

Mais le mépris dans lequel on tient généralement le film de Curtiz Bernhardt est bien injuste. Pour commencer, le réalisateur signe une mise en scène fort inspirée, avec en particulier une belle utilisation des ombres. Cela frappe dès la séquence d’ouverture, avec ces soldats français qui disparaissent de l’image, dans une ombre profonde, où les attend la mort, dont on ne verra rien…

Sirocco n’a pas le rythme, ni la richesse de Casablanca, OK. Mais il est porté par un trio de personnages assez inattendus. Bogart lui-même, d’abord. Si on oublie le sursaut final un peu téléphoné, son personnage, qui semble bien caricatural dans la première partie, révèle rapidement… une authentique mesquinerie. Loin de Rick Blaine, qui cachait une vraie grandeur derrière sa façade cynique, Harry Smith perd totalement de sa superbe lorsqu’il se retrouve acculé, dévoilant un égoïsme pitoyable qu’on n’a pas l’habitude de voir Bogart jouer.

Quant à la belle du film (Märta Toren), elle aussi est une égoïste cupide et pathétique, qui ne gagne jamais la sympathie du spectateur. Finalement, le vrai héros de cette histoire, c’est celui qu’on imagine être le méchant : l’officier un peu raide, et mari cocu, à qui Lee J. Cobb apporte un mélange de dureté et de fragilité étonnant.

Et puis il y a quelques séquences vraiment fortes dans le film : l’attentat dans le bar, glaçant ; la fuite de Bogart, comme un glissement ; ou sa dernière scène, impressionnante. Pas un chef d’œuvre, non, mais Sirocco mérite d’être réhabilité… et de ne pas être comparé avec Casablanca. Ce que je viens pourtant de faire.

Trafic en haute mer (The Breaking Point) – de Michael Curtiz – 1950

Posté : 24 janvier, 2020 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, CURTIZ Michael, GARFIELD John | Pas de commentaires »

Trafic en haute mer

Bon sang, ce dernier plan… Ce gamin noir qui reste seul sur le ponton pendant que tous les blancs, personnages principaux, secondaires ou simples figurants, quittent la scène les uns après les autres, et que le mot FIN apparaît…

En une seule image, toute simple et baignée de brumes, Curtiz bouleverser et, en même temps, dit beaucoup sur le sort habituellement réservé aux personnages de couleur à Hollywood. « Black lives matter », pourrait-il clamer. Et il le fait, mine de rien, avec une délicatesse remarquable. Ce dernier plan est une merveille, et mériterait à lui seul de revoir le film.

Cela dit, il y a bien d’autres raisons de voir Breaking Point. On peut le voir pour le comparer avec Le Port de l’angoisse, précédente adaptation du même roman d’Hemingway (To have and have not), et constater que l’apport de Curtiz est nettement plus ancrée dans le quotidien que celle (magnifique) de Hawks).

Ou pour John Garfield, qui trouve là l’un de ses grands rôles d’anti-héros de film noir. Mais un personnage hors du commun, ne serait-ce que parce qu’il est (bien) marié, et que ce mariage est l’un des thèmes majeurs du film : cette manière dont le dur, vétéran décoré, perd ses moyens quand il réalise qu’il n’est pas au niveau de son épouse, merveilleuse Patricia Neal.

Il y a, comme dans tout grand film noir, le poids du destin, qui prend la forme de gestes amples, ou de phrases sibyllines, qui annoncent la perte à venir de Harry. Perte tragique, mais indispensable pour envisager un avenir…

Le Cran d’arrêt (The Turning Point) – de William Dieterle – 1952

Posté : 20 janvier, 2020 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, DIETERLE William | Pas de commentaires »

Le Cran d'arrêt

Voilà un noir méconnu qui regorge de belles idées et de belles ambitions, malgré sa durée modeste (1h20 montre en main). L’histoire d’un procureur idéaliste chargé de nettoyer la ville, où règne un puissant syndicat du crime.

Il y a quelque chose des Incorruptibles, avec trente-cinq ans d’avance, surtout que le « chevalier blanc » est aidé par un simple flic de la rue… Et on jurerait que la première scène dans laquelle se croisent ces deux-là (père et fils, ici) inspirera le film de De Palma.

Dieterle n’est pas le plus grand réalisateur de noir, mais il enchaîne les scènes les plus différentes, souvent loin des images attendues du genre.

Un meurtre en pleine rue, une longue séquence d’audience (très bien mise en scène), une course-poursuite à pied, l’explosion terrible d’un immeuble, un guet-apens tragique et tendu dans une salle de sport bondée… Il y a des tas de moments forts et mémorables qui font passer par toutes les émotions.

William Holden (le journaliste un peu cynique) et Edmond O’Brien (le procureur idéaliste) forment un duo passionnant. Et ils sont bien entourés : Ed Begley, Neville Brand… Que du bon dans ce petit noir étonnant.

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