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Archive pour la catégorie '* Espionnage'

Demain ne meurt jamais (Tomorrow never dies) – de Roger Spottiswoode – 1997

Posté : 7 février, 2019 @ 8:00 dans * Espionnage, 1990-1999, ACTION US (1980-…), James Bond, SPOTTISWOODE Roger | Pas de commentaires »

Demain ne meurt jamais

Pas mal, ce deuxième Bond de l’ère Brosnan. Après le très réussi Goldeneye, l’ami Pierce aurait sans doute aimé plus de profondeur, plus de noirceur, plus de complexité pour son personnage. Mais quand même : il tue, il souffre, il affiche un cynisme bienvenue, et il le fait avec style, classe et panache. Franchement, on n’en demande pas beaucoup plus.

Pas (trop) d’humour lourdingue, non plus, comme dans le triste Meurs un autre jour. Ici, l’humour est en grande partie circonscrite aux scènes d’action, par ailleurs très inventives : c’est ainsi qu’on a le droit à une poursuite en voiture… télécommandée par un Bond dissimulé entre les sièges (un peu plus intéressant visuellement qu’une certaine voiture invisible), et surtout à une autre poursuite en moto pilotée en mode duo.

C’est peut-être la séquence la plus réussie et la plus importante du film : cette poursuite où Bond et une sorte d’alter ego au féminin sont obligés de se partager l’écran, reliés l’un à l’autre par des menottes. Une belle séquence assez virtuose, pleine de rythme et d’idées, autour d’un duo qui ne tiendra hélas pas vraiment ses promesses.

Dans le rôle de cette espionne musclée, Michelle Yeoh semblait un choix idéal. Pourtant, la superstar de Hong Kong semble constamment mal à l’aise, en retrait. Pas gâtée c’est vrai par un scénario qui la garde systématiquement à distance de 007, comme s’il n’était pas encore temps de confronter le plus célèbre des agents de sa majesté à une femme digne de lui.

C’est la même impression qui domine avec l’autre Bond Girl, qui répond à une autre ambition louable mais trop timide : révéler l’humanité de Bond en lui prêtant une vraie histoire d’amour surgie du passé. Teri Hatcher est belle comme tout, mais son personnage se limite un peu à ça. Une leçon dont les scénaristes sauront se souvenir avec Casino Royale.

Quant au grand méchant, magnat des médias qui créent des catastrophes pour s’offrir des scoops, il résume à la fois les forces et les faiblesses du film. Caricatural et jamais vraiment crédible ni effrayant, il est incarné par un Jonathan Pryce en roue libre qui s’offre une interprétation toute en gourmandise et en excès. Il en fait des tonnes, mais il est irrésistible, en particulier quand il se fout ouvertement de la gueule de Michelle Yeoh experte en arts martiaux, ou quand il se comporte en gamin à qui on aurait cassé son jouet…

Un plutôt bon cru, donc, qui remplit joyeusement son cahier des charges : action, dépaysement, gadgets, et chouette chanson de générique (signée Sheryl Crow). Un James Bond, quoi.

Meurs un autre jour (Die another day) – de Lee Tamahori – 2002

Posté : 4 février, 2019 @ 8:00 dans * Espionnage, 2000-2009, ACTION US (1980-…), James Bond, TAMAHORI Lee | Pas de commentaires »

Meurs un autre jour

Du bon et du beaucoup moins bon, pour ce Bond officiellement estampillé n°20. Et ce contraste apparaît dès l’incontournable séquence d’ouverture, à la fois poussive et éphémèrement grotesque (l’arrivée en surf ? vraiment ?), et aussi assez maline : comment répondre à la question brûlante que personne ne se pose vraiment… mais où donc était James Bond le 11 septembre 2001 ?

Il était donc dans une prison de Corée du Nord, où il est resté plus d’un an, subissant interrogatoires et tortures avant d’être échangé contre un autre prisonnier politique. Une entrée en matière particulièrement sombre et audacieuse, qui semble répondre aux aspirations de Pierce Brosnan d’incarner un Bond plus intense, plus noir, plus brut.

Las… La suite lorgne d’avantage du côté de Roger Moore que de Sean Connery, même si ce vingtième opus multiplie les clins d’œil aux premiers films de la saga : Halle Berry qui sort de l’eau comme Ursulla Andress quarante ans avant elle bien sûr, mais aussi le laser et le siège éjectable de Goldfinger. Mais ce qui domine, c’est un humour bon enfant, des dialogues à double-sens d’une lourdeur affligeante, et une surenchère qui, loin de constituer un sommet, représentera une fin de règne bien involontaire pour le pauvre Pierce.

Ultime image de cette surenchère malheureuse : la voiture invisible, sommet de « what the fuck » qui symbolisera rétrospectivement l’impasse de la logique dans laquelle s’enfermait 007, qui aboutira à l’éviction de Brosnan (qui méritait mieux), et au premier vrai reboot de la série, avec Casino Royale. Cette voiture invisible est bien sûr totalement ridicule, mais colle parfaitement à l’esprit de la séquence finale, climax se déroulant dans un palais de glace où Bond affronte des méchants artificiels, qui forcément manque totalement d’humanité et de profondeur.

Et ce n’est pas la prestation incroyablement transparente de Halle Berry, qui se contente d’être belle (pour ça, elle n’a pas grand-chose à faire) sans rien apporter à son personnage, pseudo-alter ego féminin de 007. « Une belle vue », comme le répète Bond dès qu’elle apparaît. Pas plus que celle de Rosamund Pike, très jolie et très froide dans le rôle d’une James Bond Girl très jolie, et très, très froide. Bond est décidément le plus misogyne de tous nos héros, éternellement entouré de belles plantes qui n’incarnent rien. Dommage.

Finalement, le rôle féminin le plus marquant serait presque celui de Madonna, plus convaincante dans son minuscule rôle (une apparition clin d’œil en maîtresse d’escrime, rien de plus) que dans son interprétation de la chanson de générique, très électro et déjà très datée.

De ce grand spectacle outrancier et glacé, on sort avec le sentiment d’un gâchis, pour le spectateur et pour Pierce Brosnan, dont on ne dira jamais assez à quel point sa classe naturelle correspondaient parfaitement à l’idée qu’on se faisait du plus célèbre des agents de sa majesté. Une idée que, après ces excès pas franchement assumés, il fallait absolument redessiner. Et c’est l’ère de Daniel Craig qui s’ouvre…

Bon voyage – d’Alfred Hitchcock – 1944

Posté : 2 décembre, 2018 @ 8:00 dans * Espionnage, 1940-1949, COURTS MÉTRAGES, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Bon voyage Hitchcock

Après Aventure malgache, Hitchcock continue son effort de guerre à Londres avec des comédiens français, et signe cette fois un authentique bijou. Comme son précédent court métrage, celui-ci est constitué de longs flash-backs. Mais la construction est ici plus linéaire, plus simple, donnant un suspense très efficace, superbement réalisé.

Visuellement et thématiquement, Bon voyage évoque les grandes réussites d’Hitchcock du début des années 40, Correspondant 17 ou Cinquième colonne. Ici aussi les dangers de la guerre son évoqués sous le prisme de l’espionnage et des faux-semblants. Et ici aussi, le cinéaste soigne particulièrement ses ambiances en jouant constamment sur l’obscurité, et les ombres profondes de décors très soignés.

La séquence de la cave est l’une des plus réussie, sans qu’il y ait pourtant rien d’ouvertement spectaculaire : une simple rencontre dans un lieu où un drame s’est joué, et dont Hitchcock parvient à nous faire ressentir instantanément la menace. En choisissant de ne jamais filmer les déplacements de ses personnages, prisonniers de guerre qui cherchent à quitter la France occupée, Hitchcock concentre son action sur une poignée de moments clés, laissant volontairement des blancs et autant d’interrogations et d’interprétations possibles.

Sombre et intense, Bon voyage est au final très éloigné de son « film jumeau », Aventure malgache, dont il est souvent indissociable. Toute trace de légèreté a disparu, et l’optimisme un peu naïf n’est plus de mise ici. Hitchcock nous offre même l’une des scènes de meurtre les plus marquantes de sa filmographie. Une scène pourtant simple, mais où le cinéaste diffère la mise à mort juste le temps de la rendre traumatisante : « Je ne vous ferais pas attendre, laissons seulement l’auto s’éloigner. » Déchirant.

La Maison de la 92e rue (The House on 92nd Street) – de Henry Hathaway – 1945

Posté : 31 octobre, 2018 @ 8:00 dans * Espionnage, * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, HATHAWAY Henry | Pas de commentaires »

La Maison de la 92e rue

Dans la longue série des films « tirés des archives secrètes »… du FBI en l’occurrence, présenté comme le premier et le plus grand défenseur de l’Amérique dans ce qu’elle a de plus noble. Et du monde libre en général, tant qu’on y est.

Le film est tourné avant la fin de la guerre, « et n’aurait pas pu l’être avant que la premier bombe soit lâchée sur le Japon », nous assure-t-on lors de l’introduction. Effort de guerre oblige, on n’est pas franchement dans la mesure. Loin en tout cas de l’image que le « bureau » véhiculera quelques années plus tard à peine.

Hathaway s’est plus d’une fois collé à ce genre qui revendique un aspect très documentaire, en devenant même l’un des grands spécialistes avec des classiques comme Appelez Nord 777. Sauf que La Maison de la 92e rue a une contrainte supplémentaire, en cette période de guerre : il doit être patriotique et bien mettre en valeur ces héros de l’ombre. D’où une voix off très présente et très didactique qui rend la première partie un peu pénible à force de vanter les mérites du FBI.

Hathaway s’en sort nettement mieux lorsqu’on lui lâche la bride, lorsque la voix off et les images d’archives (très présentes également au début) s’effacent enfin pour laisse l’intrigue se développer : l’histoire d’un Américain recruté par les Nazis pour aider la 5e colonne à se développer sur le sol états-uniens, et qui est en fait un agent double au service des Alliés.

Lorsque l’éloge du FBI cède la place au film de genre, Hathaway signe quelques séquences joliment tendues, notamment un final explosif mené à 100 à l’heure. Un film tardivement emballant, donc, même si la première partie ne manque pas totalement d’intérêt. L’un d’eux étant la toute première apparition du jeunôt E.G. Marshall. C’est déjà ça.

13, rue Madeleine (id.) – de Henry Hathaway – 1946

Posté : 28 octobre, 2018 @ 8:00 dans * Espionnage, 1940-1949, CAGNEY James, HATHAWAY Henry | Pas de commentaires »

13 rue Madeleine

Tous les grands cinéastes hollywoodiens (les moins grands aussi d’ailleurs) ont participé à l’effort de guerre à leur manière, en signant toute une série de films de propagandes, films de guerre et d’espionnage très patriotiques, dont beaucoup sont aussi de belles réussites. Hathaway a joué le jeu lui aussi. Et même si la guerre est terminée lorsqu’il entame le tournage de ce 13, rue Madeleine, le film s’inscrit dans cette droite lignée.

Plutôt que de sensibiliser l’opinion publique, il s’agit plutôt ici de saluer le dévouement et le sacrifice de tous ces hommes qui se sont battus dans l’ombre pour battre l’armée nazie. Les services de renseignements américains en l’occurrence, à qui le film est explicitement dédié. Mais pas seulement : le film rend également un bel hommage aux résistants français, notamment à travers le beau personnage du maire d’un petit village interprété par Sam Jaffe.

Oui, parce que malgré la présence d’Annabelle dans le rôle d’une espionne française (logique jusque là), Hathaway ne s’embarrasse pas des problèmes de nationalité ou de langage. Français, Anglais, Allemands, Américains, tout le monde parle français, ce qui règle pas mal de problèmes, notamment lorsqu’un jeune agent qui fait ses débuts sur le terrain doit se faire passer pour un Français né et élevé à Carcassone. Où chacun a l’accent américain, bien sûr.

Cela dit, cette facilité n’est pas une rareté dans le cinéma américain d’alors… Et si elle nuit à la crédibilité de quelques séquences, elle n’enlève pas grand-chose à la force du film, qui tient autant à son scénario retors qu’à ses parti-pris esthétiques. Sur le fond d’abord, il est question d’agents doubles, de fausses informations, et d’une guerre qui se joue autant sur ce que l’on sait ou croit savoir que sur ce que l’on fait. Un jeu de dupes passionnant entre James Cagney et Richard Conte, tous deux excellents.

Et dans la forme, 13, rue Madeleine annonce les « films noirs documentaires » dont Hathaway signera quelques pépites (à commencer par Appelez Nord 777, encore avec Richard Conte). Le générique de début affiche d’ailleurs d’emblée cette volonté de coller au plus près à la réalité de ces hommes de l’ombre, en affirmant que le film a été tourné sur les lieux mêmes de l’action.

Au Havre, donc, dans ce bâtiment de la rue Madeleine qui servait de QG à la Gestapo ? Eh bien non : les séquences normandes du film ont en fait été tournées au Québec. L’aspect documentaire est en fait surtout frappant dans la première partie, très détaillée, sur l’entraînement des agents. La partie française, elle, se rapproche d’avantage du pur film de genre, efficace et réjouissant.

Notons au passage les brèves apparitions des tout jeunes E.G. Marshall et Karl Malden, tous deux dans l’un de leurs premiers films.

Mission Impossible : Fallout (id.) – de Christopher McQuarrie – 2018

Posté : 8 octobre, 2018 @ 8:00 dans * Espionnage, 2010-2019, ACTION US (1980-…), CRUISE Tom, McQUARRIE Christopher | Pas de commentaires »

Mission Impossible Fallout

Christopher McQuarrie qui rempile à la tête de la saga, premier cinéaste à diriger deux Mission Impossible ? L’annonce semblait confirmer la sérialisation que prenait l’enthousiasmante machine à succès de Tom Cruise, sous l’influence de JJ Abrams. Sauf que c’est tout le contraire qui se produit : non seulement ce MI6 est très différent de MI5 (pourtant dû au même réalisateur, donc), mais il ouvre de nouvelles perspectives et rappelle que, avant d’être une machine à succès, la série est un formidable laboratoire pour réinventer le cinéma d’action, et ringardiser toutes les grosses productions hollywoodiennes d’aujourd’hui et d’hier.

Plus sombre, plus humain, plus riche, plus complexe, ce Fallout s’inscrit dans la continuité du précédent (c’est la première fois que l’on retrouve autant de personnages secondaires d’un film à l’autre, et que les intrigues se font suite), tout en changeant subtilement la donne. L’ouverture du film illustre bien ce changement de cap. Là où Rogue Nation commençait par une séquence d’action hallucinante… et totalement inutile à l’intrigue, Fallout commence comme un film noir, poisseux et dénué d’action.

Et c’est, d’emblée, fascinant : Ethan Hunt hanté par ses démons et visiblement plus vulnérable, une mission délivrée sur un appareil à bandes d’un autre âge, qui renvoie directement à la série originale (les références aux précédents films sont également légions) dans une esthétique rétro inquiétante et envoûtante… Le générique, qui arrive assez tardivement et dévoile des images des scènes clés à venir (une tradition depuis l’épisode 3), annonce des tonnes d’action. Mais plus que jamais, la psychologie des personnages est centrale.

Il y est beaucoup question de la responsabilité d’Ethan face à la violence, qu’il passe quand même son temps à amener dans les plus grandes villes du monde (ici, Londres et surtout Paris, où il offre l’expérience de sa vie à une actrice inconnue qui, l’espace d’une petite scène dans le rôle d’une fliquette que Tom Cruise sauve de la mort par un ébouriffant accès de violence, trouve de quoi raconter à ses enfants et petits-enfants pour le reste de sa vie !).

Le personnage n’a sans doute jamais été aussi complexe. Il faut dire que, jusqu’à présent, il manquait un alter ego de taille. Aucun des sidekicks de Cruise n’ont jamais fait le poids, malgré leurs qualités respectives. Jusqu’à l’apparition de Rebecca Ferguson, dont le personnage trouble d’Ilsa, agent britannique, fascinait déjà dans l’opus précédent. Elle gagne encore en profondeur, et ce sont ses rapports ambigus avec Ethan qui donnent quelques-unes des plus belles scènes.

A tel point qu’on ne peut que se réjouir de voir la trop douce et trop lisse Julia (la femme d’Ethan, interprétée depuis 2006 par Michelle Monagham) ne revenir sur le devant de la scène que pour lui trouver une sortie honorable, et sans doute définitive. De quoi attendre le prochain épisode avec impatience et confiance, tant le personnage d’Ilsa semble avoir encore beaucoup à livrer.

Fallout réserve d’ailleurs de longues plages étonnamment calmes, où l’action se fait plus discrète, plus classique, voire se passe hors écran. Une posture rare dans le cinéma d’action : McQuarrie et Cruise savent ménager leurs effets, réussissant une rencontre à peu près parfaite entre le cinéma d’espionnage et le film noir à l’ancienne, et le meilleur du cinéma d’action.

Car les séquences d’action sont ahurissantes. Evidemment, devrais-je ajouter, tant la saga est devenue au fil des épisodes le repère absolu en matière d’inventivité et d’efficacité dans le domaine. Toujours garantie sans écrans verts et avec un minimum d’effets numériques. Pour faire simple : on se contente d’effacer les câbles de sécurité, tout étant réalisé « pour de vrai » dans les vrais décors.

Le fait que Tom Cruise réalise lui-même ses cascades n’est, de fait, pas anecdotique : cette posture à peu près unique pour une star de son calibre permet au spectateur une immersion totale, qu’il saute d’un avion à très haute altitude au-dessus de Paris, qu’il s’accroche à un hélicoptère slalomant entre les montagnes (hélico que, bien sûr, il finira par piloter lui-même), qu’il saute d’un immeuble à l’autre à Londres (dans l’une des rares séquences franchement drôles… qui lui vaudra une cheville cassée), ou qu’il pilote sa moto dans les rues bondées de Paris… L’expérience est exceptionnelle.

MI5 demande protection (The Deadly Affair) – de Sidney Lumet – 1966

Posté : 29 septembre, 2018 @ 8:00 dans * Espionnage, 1960-1969, LUMET Sidney | Pas de commentaires »

MI5 demande protection

Décidément plein de bonnes choses à découvrir, dans la filmographie très éclectique de Lumet : des pépites oubliées, souvent, dont cette adaptation d’un roman de John Le Carré fait clairement partie. Le Carré-Lumet : la rencontre entre ces deux-là donne un film sombre et brillamment retors.

Lumet fait sien le style du romancier. La complexité de l’intrigue est donc un prétexte pour plonger de plus en plus profondément dans la noirceur des personnages, pour se confronter à leurs démons et à leurs tourments, mais aussi pour découvrir le vide abyssal de leurs existences, enfermées par l’absurdité de ce monde de l’espionnage, loin, très loin des exploits des espions de cinéma.

Dans le genre, le personnage joué par James Mason est pas mal. « Maître espion » vivant sur le souvenir de ses glorieuses années de guerre (durant lesquelles ses actions avaient un sens évident et tangible), et transformé depuis en fonctionnaire sans cause à défendre. Sans même mentionner sa vie personnelle, tourmenté par une femme aimante mais volage (Harriet Anderson).

L’image monochrome, grise et froide, souligne parfaitement ces vies sans joies, sans espoirs et sans sens, sentiment renforcé par des cadrages serrés, donnant une impression constante d’étouffement.

Et ce ne sont pas les rencontres de Mason qui vont changer la donne : un ex flic vivant seul entouré d’animaux, une veuve rescapée des camps et abîmée par la vie (Simone Signoret, dans un très beau rôle), ou encore un père bigame et alcoolique… Il y a bien ce personnage d’espion très tactile qui appelle James Mason « dear », créant une fausse proximité qui ne fait que rajouter au trouble.

Arabesque (id.) – de Stanley Donen – 1966

Posté : 5 mai, 2018 @ 8:00 dans * Espionnage, 1960-1969, DONEN Stanley | Pas de commentaires »

Arabesque

Trois ans après Charade, Stanley Donen reprend une partie des mêmes ingrédients, pour un nouveau film d’espionnage décalé. Mais les temps ont changé. Cette fois, le modèle du genre n’est plus La Mort aux trousses, mais James Bond, dont le film offre une sorte de revisite amusée.

Ce n’est pas le seul changement entre les deux films. A l’élégance du précédent, Donen préfère ici une leçon de cinéma à peine déguisée, où toutes les interprétations que l’on peut faire prennent réellement corps à l’image.

Il est question de faux-semblants et de points de vue ? Donen multiplie les effets de miroir et de cadre dans le cadre, pour contraindre le regard du spectateur ou carrément le fausser, en l’inversant par l’intermédiaire d’un miroir, ou d’un reflet dans une flaque. Une approche tellement systématique qu’elle mériterait une étude détaillée…

C’est brillantissime, léger et mené à un rythme fou. Comme Charade. Mais cette fois, on sent que Donen n’est pas non plus totalement sérieux. La mise en scène, comme le scénario, a quelque chose de trop maîtrisée pour être totalement sincère.

Finalement, il n’est question ici que du plaisir du cinéma, de se laisser entraîner dans des rebondissements hautement improbables. Gregory Peck est parfait dans cet emploi de monsieur presque banal embarqué dans une histoire trop exceptionnelle pour lui. Le plaisir qu’il prend se comprend : le voyage le conduit dans les bras de Sophia Loren, plus belle que jamais. Mais ce plaisir presque naïf face au danger et à son absence de maîtrise ressemble à s’y méprendre à celui du spectateur.

Une scène exceptionnelle, brillante et hilarante : celle où Peck, drogué, prend la fuite à vélo sur une route très fréquentée. Le clin d’œil à La Mort aux trousses (tout de même) est évident. Mais surtout, Donen réussit ce que peu d’autres cinéastes ont réussi aussi bien : donner corps à l’ivresse, rendre parfaitement perceptible l’état dans lequel se trouve le personnage. C’est impressionnant, et c’est aussi très drôle.

La Taupe (Tinker, Tailor, Soldier, Spy) – de Thomas Alfredson – 2011

Posté : 5 février, 2018 @ 8:00 dans * Espionnage, 2010-2019, ALFREDSON Thomas | Pas de commentaires »

La Taupe

L’histoire d’amour entre John Le Carré et le cinéma ne date pas d’hier : les romans d’espionnage du maître incontesté du genre ont été adaptés quasiment dès leur parution, et plutôt très bien dès le premier film (L’Espion qui venait du froid, un classique). Curieusement, son personnage fétiche de George Smiley, le maître espion, n’est lui que rarement apparu (il a été rebaptisé dans MI5 demande protection il y a cinquante ans, et depuis, plus rien sur grand écran).

Ce n’est pas le moindre intérêt de La Taupe : le film fait de Smiley un personnage absolument fascinant. A la fois secret, sincère, manipulateur, inquiétant, droit, omnipotent, et fragile aussi parfois… Qui est vraiment ce maître espion que l’histoire renvoie à une époque révolue, celle de la guerre froide, mais qui semble aussi, curieusement, toujours d’actualité ? La réponse qu’apporte le film de Thomas Alfredson est à l’image du personnage : limpide et impossible à résumer.

Gary Oldman est évidemment pour quelque chose dans la réussite de ce personnage, lui qui a toujours su mettre un brin d’humanité dans ses personnages de monstres, et un grain de danger dans ses bons gars. Ce personnage, créé il y a plus de cinquante ans, semble fait pour lui, tant l’acteur représente bien le caractère insondable de ce monde de l’espionnage, avec ses multiples visages, ses labyrinthes tourmentés et parfois incompréhensibles, et ses ressors si humains.

L’intrigue, forcément, est à la fois classique et complexe. Mais le réalisateur, Suédois qui fait ici d’impressionnants débuts à Hollywood, a un talent immense pour ne jamais perdre le spectateur, l’autorisant en quelque sorte à laisser des détails dans l’obscurité pour suivre un fil conducteur très simple : lorsqu’un vieux routier de l’espionnage est évincé de son poste de responsable, il fait comprendre à son protégé que l’un des cinq postulants à son remplacement est un traître…

La maîtrise d’Alfredson est impressionnante, et rappelle celle d’un JC Chandor qui, avec Margin Call, avait réussi le même tour de force de rendre compréhensible et passionnante la crise financière, tout en filmant une multitude de personnages. Ce n’est peut-être qu’un simple clin d’œil, mais John Le Carré fait une apparition dans La Taupe, dans la scène de la fête, ce qu’il n’avait quasiment jamais fait jusque là. Comme s’il adoubait d’emblée cette formidable adaptation.

OSS 117 : Rio ne répond plus – de Michel Hazanavicus – 2009

Posté : 23 janvier, 2018 @ 8:00 dans * Espionnage, 2000-2009, HAZANAVICUS Michel | Pas de commentaires »

OSS 117 Rio ne répond plus

Plus fort, plus con, plus drôle… Ce second OSS 117 reprend strictement les mêmes recettes que le premier : stéréotype du Français bien beauf des années 50 triomphales et coloniales, Hubert Bonisseur de la Bath est un super-espion dont la suffisance est la principale arme. Dans le rôle, Jean Dujardin est absolument génial, grand acteur de comédie qui joue mieux que quiconque les abrutis.

« Seriez-vous d’accord pour travailler avec le Mossad ?
- Le… ? »

Cette méconnaissance absolue des mouvements du monde combinée au sérieux apparent du personnage trouvent en Dujardin l’interprète idéal. Difficile d’ailleurs d’imaginer un autre que lui donner corps à la comédie entre pastiche et parodie qu’imagine Hazanavicus, dont le rythme et les dialogues reposent entièrement sur son acteur-vedette, lancé cette fois sur la piste de criminels nazis réfugiés en Amérique du Sud.

« Est-ce qu’il y aurait une liste des nazis installés au Brésil ?… Une amicale, peut-être ? »

Les acteurs sont tous excellents, parfaitement dirigés par Hazanavicus, excellent directeur d’acteurs (ce n’est pas un hasard si ses interprètes de The Artist ont été multi-récompensés). Mais Dujardin est bien la pierre centrale de son film : tous les autres personnages ne fonctionnent qu’en réaction avec son espion, comme dans cette hilarante séquence où Hubert s’apprête à tirer à l’arc sur une voiture qui s’échappe, devant le regard plein d’espoir de Dolorès (Louise Monot), dont les regards agacés tout au long du film ne font que mettre en valeur Dujardin.

« Une dictature, c’est quand les gens sont communistes, déjà. Ils ont froid, avec des chapeaux gris et des chaussures à fermeture éclair. C’est ça une dictature, Dolorès.
- D’accord, et comment vous appelez un pays qui a comme président un militaire avec les pleins pouvoirs, une police secrète, une seule chaîne de télévision, et dont toute l’information est contrôlée par l’Etat ?
- J’appelle ça la France, mademoiselle ! »

Inculte, mufle, ce beauf interprété par Jean Dujardin est aussi, et surtout, un spectaculaire macho incapable de comprendre que le monde change sans lui, et qu’il fait figure de dinosaure. L’acteur est génial dans ce rôle de macho sublime. Son visage extraordinairement expressif, héritier de la vieille tradition de la comédie américaine, est un instrument idéal pour mettre en valeur les dialogues souvent à mourir de rire.

« Je ne suis pas votre secrétaire.
- Vous êtes la secrétaire de qui ?
- De personne. Je dois travailler avec vous d’égale à égal.
- On en reparlera quand il faudra porter quelque chose de lourd. »

Très inspiré du burlesque et du slapstick, ce OSS 117 permet aussi à Hazanavicus, grand amoureux du cinéma de genre américain, de rendre hommage à Hitchcock, en citant Sueurs froides et en signant une superbe parodie de 5e colonne, où le Corcovado remplace la statue de la Liberté.

« Je ne suis par Heinrich, je suis Friedrich.
– Ça alors Heinrich… Un postiche ! »

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