Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Archive pour la catégorie '* Espionnage'

Alliés (Allied) – de Robert Zemeckis – 2016

Posté : 11 mai, 2017 @ 8:00 dans * Espionnage, 2010-2019, ZEMECKIS Robert | Pas de commentaires »

Alliés (Allied) - de Robert Zemeckis - 2016 dans * Espionnage Allis_zpsv7qqdlnp

Zemeckis nous fait le coup du grand cinéma classique romanesque, avec un modèle évident et proclamé : Casablanca, dont il reprend le décor (le Casablanca de 1942, pour la première partie du film), et même le « Play it » insistant devant un piano… Mais le réalisateur de Retour vers le Futur a-t-il la carrure de Michael Curtiz ? Pas sûr, quand même.

Dès le tout premier plan, absolument virtuose mais (très visiblement) entièrement numérique, le problème principal du film apparaît, avant même les acteurs, problème qui se confirmera scène après scène : Zemeckis soigne le moindre de ses plans avec une application et une volonté de se mettre en danger qui forcent le respect, mais avec une virtuosité trop évidente, trop systématique, et trop dominante.

Cette virtuosité, qui vaut quelques moments de plaisirs, semble le plus souvent trop appliqué. Zemeckis, qui a visiblement envie d’imprimer ce genre très hollywoodien de son emprunte, oublie la passion en route. Et si on suit l’intrigue sans le moindre ennuie, et avec un intérêt qui ne retombe (presque) jamais, l’émotion ne passe pas vraiment, et on reste constamment à distance de ce mélodrame pourtant costaud.

On le sent sincère et passionné par les classiques d’autrefois, mais Zemeckis reste du côté du pastiche. Son film sonne comme un hommage sincère et appliqué à Casablanca donc, mais aussi à l’univers de Graham Greene (dont Brad Pitt lit d’ailleurs le Brighton Rocks), notamment au très beau La Fin d’une liaison, dont Neil Jordan avait tiré un film autrement plus poignant.

Brad Pitt lui-même semble étrangement statique et étranger à l’action, comme engoncé dans un personnage qu’il ne fait jamais vraiment vivre (pas aidé, c’est vrai, par un accent amerloque lorsqu’il est censé parler couramment français). Mais il y a Marion Cotillard, lumineuse et intense, comme toujours parfaitement juste. Elle est pour beaucoup dans le plaisir sincère qui réussit à poindre au milieu de la déception.

Un espion a disparu (Above suspicion) – de Richard Thorpe – 1943

Posté : 27 février, 2017 @ 8:00 dans * Espionnage, 1940-1949, THORPE Richard | Pas de commentaires »

Un espion a disparu (Above suspicion) - de Richard Thorpe - 1943 dans * Espionnage Un%20espion%20a%20disparu_zpsnn3vujlt

Ce pourrait être un énième effort de guerre de la part des studios hollywoodiens, mais ce film d’espionnage tourné en 1943 possède un ton assez surprenant, inattendu pour l’époque : malgré la menace omniprésente et les nombreux faux-semblants, ces aventures d’un couple d’Américain transformés en espion dans l’Allemagne de 1939, à la veille de la déclaration de guerre, s’apparentent plus à une comédie d’espionnage qu’à un vrai film noir.

On a d’ailleurs un peu de mal à prendre tout ça au sérieux dans un premier temps : cette nonchalance de Fred McMurray face au danger, et l’excitation de sa toute jeune femme Joan Crawford à l’idée de devenir une espionne, ont de quoi désarçonner. Surtout que Richard Thorpe semble réellement filmer une comédie, dont la toute première image est d’ailleurs celle d’un mariage tout en légèreté.

Mais dès que le jeune couple quitte l’Amérique, le rythme s’installe, vif et sans temps mort. Un jeu de piste à travers une Europe pleine de dangers qui conduit nos héros d’une étape à l’autre, d’une scène à la suivante, d’un danger à un mystère. Ils y croisent des agents doubles, des espions nazis, des passages secrets, et même un meurtre à l’opéra qui rappelle étrangement celui de L’Homme qui en savait trop, avec un procédé que Hitchcock perfectionnera dans la version de 1956 de son film anglais.

Visuellement, Above suspicion souffre d’une photo tristement terne. Mais les décors sont beaux, et apportent un exotisme charmant à ce pur divertissement qui ne manque ni de souffle, ni d’esprit.

Firefox, l’arme absolue (The Firefox) – de Clint Eastwood – 1982

Posté : 28 janvier, 2017 @ 8:00 dans * Espionnage, 1980-1989, EASTWOOD Clint (acteur), EASTWOOD Clint (réal.), FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Firefox, l'arme absolue (The Firefox) – de Clint Eastwood – 1982 dans * Espionnage Firefox%20larme%20absolue_zpskq3k9bmo

Les rares fois où Eastwood a cherché à coller aux goûts du moment, le résultat s’est avéré catastrophique. Avec La Relève, tentative maladroite de surfer sur le succès des films d’actions explosifs du début des années 90. Et dix ans plus tôt avec ce Firefox, où le grand Clint essaye de trouver sa place dans un cinéma hollywoodien très hich tech et SFX, marqué par la folie Star Wars (dont il reprend d’ailleurs l’un des responsables des effets spéciaux).

Le résultat est au mieux très maladroit, au pire assez navrant. La première partie, quand même, ne manque pas d’intérêt. Mais là, Eastwood s’inscrit dans un cinéma déjà révolu : celui du film d’espionnage de la guerre froide. Là seulement, on peut trouver des signes purement eastwoodiens, une manière très personnelle de créer une atmosphère en plongeant un personnage dans un milieu qui n’est pas le sien, un thème qui a toujours été au cœur de son cinéma.

Pourtant, même dans cette première partie séduisante par moments, le réalisateur Eastwood multiplie les effets douteux (les flashs très ramboesques sont franchement ridicules, pour illustrer le traumatisme post-VietNam de Clint), et les maladresses auxquelles il ne nous a jamais habituées.

Quant à l’acteur Eastwood, il n’a jamais été aussi mauvais, son jeu se limitant à des tics tellement énormes qu’on se demande comment les agents du KGB sont recrutés ! A tel point qu’on serait presque soulagé de le voir endosser la tenue de pilote qui le recouvre entièrement, rappelant étrangement l’une de ses premières brèves apparitions, celle de Tarantula.

Presque entièrement effacé derrière un déluge d’effets spéciaux totalement à l’encontre du style Eastwood, de son univers, de ce qu’il est, l’acteur-réalisateur se contente alors de filmer des images auxquelles il semble ne pas croire, se raccrochant à un genre high-tech dont, déjà en 1982, il devait paraître complètement à la traîne.

On se rassure en se disant que quand il est au fond du trou, Eastwood sait rebondir mieux que jamais. Après La Relève, il réalisera Impitoyable. Après ce calamiteux Firefox, il signera Honkytonk Man. Soit deux de ses plus beaux films.

OSS 117 : Le Caire, nid d’espion – de Michel Hazanavicus – 2006

Posté : 9 décembre, 2016 @ 8:00 dans * Espionnage, 2000-2009, HAZANAVICUS Michel | Pas de commentaires »

OSS 117 : Le Caire, nid d'espion - de Michel Hazanavicus - 2006 dans * Espionnage OSS%20117%20Le%20Caire%20nid%20despion_zpsqqnylwdp

Le point de départ de cet OSS 117 pourrait ressembler à celui de The Artist, et pas seulement parce que Michel Hazanavicus y dirige déjà Jean Dujardin et Bérénice Béjo : comme il se mettra dans la peau d’un réalisateur du muet, le cinéaste se glisse ici dans celle d’un réalisateur de films d’aventures des années 50/60. 60 plutôt même, l’époque où le cinéma français surfe (à sa manière) sur le succès de James Bond.

La grande différence est que ici, Hazanavicus ne se contente pas de faire un film comme il l’aurait fait plusieurs décennies plus tôt : il se positionne quelque part entre le pastiche et la parodie, citant de nombreux films de l’époque (des OSS 117 d’Hunnebelle à Quand les aigles attaquent avec Eastwood), avec un humour décalé bien d’aujourd’hui, qui évite constamment le gros rire et se situe toujours juste à côté de là où on l’attend…

Mais au confort du pur gag, Hazanavicus préfère un décalage plus audacieux, et plus déstabilisant. Alors on rit de bon cœur devant les airs ahuris de Jean Dujardin, et quelques répliques déjà cultes (« j’aime me beurrer la biscotte »). La formule séduit, même si la mécanique, pour le coup, tourne un peu en rond au bout d’une heure.

Mais Hazanavicus se permet toutes les folies, avec une liberté totale : une scène clé de l’intrigue qui se transforme en un morceau de comédie musicale (« Bambino »), un duel de pensées pseudo-philosophiques venus de nulle part (devant l’air totalement crétin de François Damiens, à mourir de rire), un duel à coups de poulets vivants, ou les running gags autour d’une série d’intermèdes autour d’un espion insupportable qui épie et commente le moindre fait et geste du Français, ou de celui qui n’arrive pas à retenir le mot de passe…

Mais si le film est aussi enthousiasmant, c’est aussi parce qu’Hazanavicus a trouvé avec Dujardin son interprète idéal. Un véritable personnage de dessin animé, capable de passer des postures héroïque à la James Bond, à une tête d’abruti fini. Il faut voir ses regards concupiscents devant une femme en tenue légère, ou son sourire de gamin lorsqu’il joue avec la lumière qui réveille les poulets.

Le plus drôle, c’est la suffisance de Hubert Bonnisseur de la Bath, agent secret propulsé spécialiste du monde arabe (« Allez voir l’Imam. – Lee qui ? »), sa formidable inculture (ah, cette scène où il gueule après le muezzin qui le réveille !), et l’arrogance du représentant de la grande France coloniale (« C’est René Coty, il sera ton ami »). La scène où, bien aidé par la Chicha qu’il a fumée, il s’autorise quelques confidences bien personnelles sur cette culture et cette religion « pas très sérieuse » et « sans avenir » est un sommet de dérision. Qu’il conclue avec un magnifique « Il s’agirait de grandir… »

Courrier diplomatique (Diplomatic Courier) – de Henry Hathaway – 1952

Posté : 12 octobre, 2016 @ 8:00 dans * Espionnage, * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, HATHAWAY Henry | Pas de commentaires »

Courrier diplomatique (Diplomatic Courier) - de Henry Hathaway - 1952 dans * Espionnage Courrier%20diplomatique_zps8ki9v3od

Passionnant, ce thriller qui nous plonge dans l’Europe de l’après-guerre, celle des débuts de la guerre froide. Et belle idée d’avoir fait du héros non pas un agent surentraîné, mais un « facteur » qui se retrouve quelque peu démuni face au danger et à la violence de cette réalité dans laquelle il est plongé bien malgré lui.

Ce « facteur », employé de la future CIA chargé de transporter des documents diplomatiques, c’est Tyrone Power, excellent en séducteur fatigué qui réussit la prouesse de constamment mal juger ses interlocuteurs… et surtout ses interlocutrices. C’est dire la confiance en soi qu’il a, lui qui ne ressent pas le moindre début de suspicion devant Patrica Neal qui se jette littéralement sur lui dès la première rencontre. Il est bien le seul.

Le film porte d’ailleurs en germe toutes les caractéristiques du film d’espionnage, qui deviendra un genre majeur quelques années plus tard. A commencer par la duplicité des personnages et par l’opacité de certaines situations. Cela donne l’une des meilleures scènes du film : la rencontre ratée entre Power et son contact dans un train rempli d’espions (parmi lesquels un débutant, Charles Bronson), sommet de suspense où notre « héros » se balade sans rien comprendre à ce qui se passe devant ses yeux.

Si les rapports hommes et femmes sont pour le moins complexes, Hathaway fait de l’amitié masculine la grande valeur de son film. D’avantage encore que le patriotisme de rigueur. Entre Tyrone Power et son ami assassiné, entre Tyrone et le soldat Karl Malden, ou son supérieur Stephen McNally. Ou encore entre ces deux derniers, qui passent leur temps à s’admirer et à s’engueuler… Et puisqu’on est à citer les comédiens présents, n’oublions pas un autre jeune débutant, Lee Marvin, qui apparaît le temps de deux courtes scènes.

Mais ce qui fait la particularité du film, c’est surtout son décor, mélange d’extérieurs (alors que Hathaway et Power n’ont semble-t-il pas mis les pieds en Europe) et de décors. Et alors que les premières minutes (les seules qui se déroulent aux Etats-Unis) laissent penser que Hathaway s’inscrit dans la mouvance quasi-documentaire qu’il aime tant, la direction prise est très différente dès que l’action arrive en Europe, à Paris, Salzbourg et Trieste.

Là, c’est une ambiance de film noir que l’on retrouve, et des décors romantiques de studio. Un vrai film d’atmosphère, plein d’action et de suspense. Un vrai et bon film de genre.

* Le DVD vient de paraître dans la collection Hollywood Legends. En bonus, une courte présentation du film par Jean-François Rauger, directeur de la programmation à la Cinémathèque française.

Sens unique (No Way Out) – de Roger Donaldson – 1987

Posté : 4 octobre, 2016 @ 8:00 dans * Espionnage, * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, COSTNER Kevin, DONALDSON Roger | Pas de commentaires »

Sens unique (No Way Out) - de Roger Donaldson - 1987 dans * Espionnage Sens%20unique_zpsi6cvcu6s

En 1948, John Farrow réalisait La Grande Horloge, un modèle de thriller. Le héros, interprété par le génial Ray Milland, était un reporter chargé par son patron d’identifier l’homme que sa maîtresse fréquentait, et qui est censé l’avoir assassiné. Sans savoir que cet homme n’est autre que Milland lui-même. Un film tendu et claustrophobique, l’intrigue se déroulant entièrement dans les murs d’une rédaction de journal.

Quarante ans plus tard, Roger Donaldson reprend la même intrigue et le même parti-pris (un homme chargé de démasquer un suspect qui n’est autre que lui-même, dans un environnement clos), mais change complètement le décor. Oublié le journalisme d’investigation des années 40. Désormais, c’est au cœur du Pentagone, avec l’ombre de la guerre froide qui plane, que nous plonge Donaldson.

L’idée en vaut une autre. Et ce décor, fait de grands couloirs et de vastes salles, et où l’informatique (à la sauce 80s) est omniprésent, offre de belles perspectives en matière de suspense. Mais Donaldson n’est, décidément, pas Farrow. Et ce remake dont j’avais gardé un bon souvenir met un temps fou à se mettre en route. Comme s’il fallait absolument profiter de la présence de Sean Young, dans le rôle de la victime, sa mort semble être repoussée autant que possible… jusqu’à la mi-film en fait.

Le problème, c’est qu’avant sa mort, il n’y a pas de film. L’intrigue n’existe pas, le suspense n’a pas de raison d’être, et ne reste alors qu’une romance banale et franchement ennuyeuse, avec un Kevin Costner qui se contente d’être beau et charismatique, et une Sean Young qui minaude comme c’est pas permis. Ajoutez un Gene Hackman en grand méchant et en roue libre, et un Will Patton qui cabotine à outrance… Bref, Donaldson n’est pas, non plus, un grand directeur d’acteur.

La deuxième moitié, heureusement, est plus palpitante. Le suspense fonctionne plutôt bien. Et dès que Costner se met à courir, il donne un vrai rythme à ce thriller souvent mou. Ça suffit pour passer un bon moment. Pas, mais vraiment pas, pour oublier le chef d’œuvre de John Farrow.

Charade (id.) – de Stanley Donen – 1963

Posté : 26 septembre, 2016 @ 8:00 dans * Espionnage, 1960-1969, DONEN Stanley | Pas de commentaires »

Charade (id.) - de Stanley Donen - 1963 dans * Espionnage Charade_zpswbbjq5tm

C’est le dernier grand film de Cary Grant, qui prendra sa retraite des plateaux trois ans plus tard, après une poignée d’ultimes apparitions plus dispensables. A presque 60 ans, il a pourtant encore une classe folle, et son ironie et son humour à froid n’ont absolument rien perdu de leur puissance comique. Au bras de l’enamouré Audrey Hepburn, qu’il ne cesse de traiter comme la gamine qu’elle est, il est absolument irrésistible.

Alors oui, si le film est aussi formidable, ce n’est pas pour cette histoire d’espionnage totalement improbable, hommage quasi-parodique à La Mort aux trousses (que Cary Grant a tourné quatre ans plus tôt) et clin d’œil amusé aux James Bond alors en vogue (les toutes premières images ne trompent pas), mais pour ce couple de cinéma complètement magique.

Dès leur première rencontre, la magie opère entre ces deux-là. Et le dialogue qui se noue entre eux, vif et drôle, rappelle clairement le Grant hawksien des années 30 et 40. Tout le film est comme ça : une sorte d’hommage léger et amoureux à l’immense carrière de Cary Grant. Des (presque) adieux parfaits et uniques dans l’histoire du cinéma.

Les méchants sont réjouissants mais limite idiots (James Coburn, George Kennedy, Walter Matthau), la violence a un aspect très cartoon selon lequel rien n’est à prendre vraiment au sérieux, le film enchaîne les fausses pistes et les rebondissements souvent téléphonés. Mais tout ça n’a aucune importance : seul compte le couple Audrey-Cary, les yeux de biche de la première et les soupirs conquis du second.

Mission Impossible : Rogue Nation (id.) – de Christopher McQuarrie – 2015

Posté : 4 septembre, 2016 @ 8:00 dans * Espionnage, 2010-2019, ACTION US (1980-…), CRUISE Tom, McQUARRIE Christopher | Pas de commentaires »

Mission Impossible : Rogue Nation (id.) - de Christopher McQuarrie - 2015 dans * Espionnage Mission%20Impossible%20Rogue%20Nation_zps9rdmjzwa

Cette cinquième mission impossible est l’exemple parfait pour souligner la suprématie et la limite du Tom Cruise d’aujourd’hui. Les lecteurs de ce blog le savent : j’aime la star, sa filmographie hallucinante et son statut unique dans le Hollywood de ces vingt dernières années. La dernière des grandes stars, c’est lui. Et même si sa stature s’est quelque peu émoussée ces dernières années, il reste la pierre angulaire de tous ses films, ou presque.

Cruise n’est pas, et n’a jamais été, un simple faiseur de succès. Il aime le cinéma, affiche une belle (et rare) ambition, et cherche constamment à se lancer des défis. C’est encore le cas actuellement, même s’il s’agit désormais le plus souvent de défis physiques et pyrotechniques. Une mégastar dont le pouvoir est tel qu’on le laisse s’accrocher à la plus haute tour du monde (dans l’épisode précédent), ou ici à un avion qui prend son envol. Pour de vrai. Et dire que, dans les années 70, les Français étaient fiers de leur Bebel qui s’accrochait à un hélicoptère…

Bref… Ce MI5 porte en lui toutes les contradictions de la star. Il s’agit bien d’un film d’action époustouflant, l’un des meilleurs si ce n’est le meilleur de ces dernières années. Un pur moment de plaisir cinématographique, inventif, haletant et visuellement assez formidable. En un sens, on peut dire sans rougir que Tom Cruise continue un exceptionnel sans-faute avec cette série qui booste depuis vingt ans le cinéma d’action américain.

Mais cette fois, il manque tout de même un petit quelque chose qui faisait l’originalité de ces films : l’effet de surprise. Elle semble bien finie l’époque où chacun des films était confié à un cinéaste différent qui amenait sa (forte) personnalité. Après l’élégance de De Palma, John Woo avait signé un vrai film personnel avec son romantisme exacerbé, avant que JJ Abrams fasse des débuts remarqués, transposant sur grand écran l’efficacité imparable de ses séries TV.

Seulement voilà, JJ est resté producteur, et son influence est, depuis manifeste : l’homme de télé a mine de rien transformé la franchise de Tom Cruise en série de luxe, dont chaque épisode répond aux mêmes ambiances, aux mêmes mécaniques, et reprend le même groupe de comédiens. L’épisode 4 était tout de même formidable, et celui-ci aussi. Mais n’empêche : il y a cette petite frustration de ne plus être surpris et bousculé que par l’inventivité des séquences d’action.

Au moins la recette est-elle, et de plus en plus, assumée. C’est même ce qui est assez formidable dans ce nouvel opus, où Tom Cruise et Christopher McQuarrie, scénariste et réalisateur, assument leur ambition d’enchaîner les morceaux de bravoure, d’une manière totalement décomplexée, sans toujours trouver de liens logiques entre eux. Les personnages passent ainsi d’un pays à l’autre sans même faire semblant de trouver une raison, la fameuse scène de Tom accroché à l’avion ne sert à rien, et tout ça n’a effectivement aucune importance !

La recette fonctionne toujours parfaitement et, franchement, on ne fait pas mieux dans le genre aujourd’hui. D’ailleurs, ce n’est pas pour la prochaine mission que le renouvellement devrait arriver : le sixième opus devrait être une nouvelle fois écrit et réalisé par Christopher McQuarrie. Ce serait la première fois qu’un réalisateur rempilerait pour une mission de plus.

Le Pont des Espions (Bridges of Spies) – de Steven Spielberg – 2015

Posté : 19 juillet, 2016 @ 8:00 dans * Espionnage, 2010-2019, SPIELBERG Steven | Pas de commentaires »

Le Pont des Espions (Bridges of Spies) - de Steven Spielberg - 2015 dans * Espionnage Le%20Pont%20des%20Espions_zpswhfsysop

Il y a décidément de grandes contradictions autour de Spielberg. Lui qui a créé la logique du blockbuster (avec Les Dents de la Mer) et révolutionné l’industrie hollywoodienne est peut-être le plus classique des grands cinéastes actuels. Son cinéma a toujours été ouvertement tourné vers le passé, et avec Le Pont des Espions, il s’impose plus que jamais comme le plus digne (le seul ?) héritier de John Ford ou Raoul Walsh.

Comme ses aînés, Spielberg privilégie des cadrages et une lumière soignés à des mouvements de caméra hystériques. Et les gros moyens à sa disposition ne sont pas une fin en soit, mais une manière de recréer l’ambiance de l’époque, en l’occurrence celle de la Guerre Froide. Comme Ford, Spielberg n’en finit pas de revisiter l’histoire de son pays. Avec ce film, il signe aussi une œuvre très personnelle (comme souvent ces dernières années), hommage à son père, toujours vivant, qui a participé à un échange du même genre que celui au cœur du Pont des Espions.

Un film d’un autre temps ? En quelque sorte, mais Le Pont des Espions ne ressemble pas pour autant aux films d’espionnages qui se tournaient dans les années 70. Esthétiquement, l’image renvoie clairement à cette période, mais Spielberg apporte son génie narratif et visuel, et les possibilités inédites des nouvelles technologies, qu’il met au service de la reconstitution, pour retrouver l’ambiance de cette époque révolue. On a ainsi droit à quelques images saisissantes, notamment autour de ce mur de Berlin qui commence à peine à l’élever.

Mais Spielberg filme une histoire d’hommes avant tout : une amitié impossible entre un espion russe arrêté aux Etats-Unis (formidable Mark Rylance) et son avocat qui finira par être envoyé au cœur de ce Berlin plein de dangers (Tom Hanks, toujours grand devant la caméra de Spielberg). Le genre de rapports virils et peu expansifs que Ford, Walsh ou Hawks n’auraient pas renié.

Spielberg filme cette histoire d’hommes sans grandiloquence. Difficile d’affirmer ce que le film doit aux frères Coen, pour la première fois scénaristes pour un autre. Ce qui est sûr, c’est que Spielberg apporte au film une intensité rare, et cette manière si personnage d’associer le spectaculaire le plus extrême à l’émotion la plus dense. Sa marque, qui était aussi celle des grands cinéastes classiques.

* DVD indispensable chez Sony, avec un petit documentaire promotionnel qui revient notamment sur l’expérience du père de Spielberg, qui a assisté au tournage du film.

La Mort aux trousses (North by Northwest) – d’Alfred Hitchcock – 1959

Posté : 11 mai, 2012 @ 9:23 dans * Espionnage, * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

La Mort aux trousses (North by Northwest) – d’Alfred Hitchcock – 1959 dans * Espionnage La%20Mort%20aux%20trousses_zpsnqef2e10

Difficile d’affirmer que La Mort est aux trousses est le plus grand film d’Hitchcock : de The Lodger à Frenzy en passant par Manxman, Chantage, Les 39 marches, Une femme disparaît, L’Ombre d’un doute, Les Enchaînés, Fenêtre sur cour, Sueurs froides, Psychose et Les Oiseaux, ses chef d’œuvre absolus sont si nombreux qu’il est quasiment impossible d’établir un classement définitif. Pourtant, on peut dire que ce film constitue le sommet de sa carrière, parce qu’il représente le film ultime vers quoi il se tournait depuis plus de trente ans. La Mort aux trousses réunit à peu près tous les thèmes de prédilection du cinéaste, et synthétise, dans une sorte d’apogée impressionnante, tout son cinéma.

Le faux coupable, la traversée du pays, les grands monuments transformés en décor à suspens, les grandes maisons bourgeoises qui cachent de terribles complots, la blonde glacée à l’extérieur et brûlante à l’intérieur, le macguffin, les trains, la passion qui naît dans la fuite… Tous les éléments qu’Hitchcock n’a cessé de décliner film après film sont réunis ici. Mais pas comme dans un vulgaire melting-pot : le moindre de ces éléments est poussé à l’extrême avec une virtuosité de chaque instant.

On a beau connaître le film par cœur, dans le moindre de ses détails, revoir La Mort aux trousses pour la septième ou huitième fois (à vue de nez) procure toujours le même plaisir hallucinant. Dès le générique de début, ces lignes qui se forment et se croisent rythmées par l’inoubliable musique de Bernard Herrmann, et qui se fondent bientôt dans les lignes d’un immeuble de verre qui reflète la foule new-yorkaise. Ce simple générique donne le rythme d’un film qui ne ralentira pas une seconde.

L’histoire elle-même n’est ni meilleure ni moins bonne que n’importe quel autre film de Hitchcock : Cary Grant, alias Roger Thornhill, publicitaire pressé, est pris pour Kaplan,un agent du gouvernement par un groupe d’espions qui l’enlève et tente de le faire disparaître. Il parvient à s’échapper, mais finit par être accusé meurtre, obligé à partir sur la piste de Kaplan pour prouver son innocence. Mais Kaplan n’est qu’un leurre, et n’existe pas vraiment, et Cary Grant croise la belle Eva Marie Saint, chaude comme la braise et bien mystérieuse…

Tout le plaisir réside dans la forme que Hitchcock donne à son film, à sa virtuosité frappante dans la plus petite scène. Cinéaste ayant fait ses débuts à l’époque du muet, Hitchcock a toujours raconté ses histoires d’abord avec les images, refusant systématiquement de tomber dans la facilité d’un film trop dialogué. A sa place, beaucoup se seraient contenté de dialogues ambigus pour que Cary Grant soit pris pour un espion. Lui le fait par la seule magie de sa mise en scène. Et c’est prodigieux.

Avec La Mort aux trousses, Hitchcock s’amuse. Sûr de son art, il se permet toutes les audaces. Celles de faire de Eva Marie Saint, actrice digne et un peu froide, peut-être le plus sexué de tous ses personnages (un demi-siècle plus tard, le face-à-face de l’actrice avec Cary Grant dans le wagon restaurant reste l’un des plus érotiques qui soit). Le sexe est d’ailleurs très présent dans ce film, mais toujours en sous-textes (évidents), à l’image de ce fameux dernier plan du train pénétrant dans le tunnel…

Hitchcock s’amuse aussi à détourner les codes du cinéma. L’exemple le plus frappant est l’ultra-célèbre scène de l’avion. Le réalisateur a expliqué qu’il s’est demandé comment renouveler le motif ultra-rabâché des rendez-vous qui se révèlent être des pièges mortels, vus dans des dizaines de films noirs, et qu’il a décidé de faire l’exact inverse de ce à quoi on a l’habitude. Généralement, le rendez-vous est donné de nuit, dans des ruelles humides et étroites. Ici, c’est en plein jour, dans une région totalement aride et désertique, sans le moindre relief. Ajoutez un champ de maïs, un avion, et un camion citerne, et vous aurez l’une des séquences les plus acclamées de l’histoire du cinéma.

C’est évidemment totalement invraisemblable, mais qu’importe : le film ne fait pas dans la vraisemblance. On se moque des secrets que vend James Mason, on se moque que son jardin donne sur le sommet du Mont Rushmore, on se moque des hasards incroyables qui marquent les rencontres de Eva Marie Saint et Cary Grant… La Mort aux trousses est un pur plaisir de cinéma, l’un des plus grands qui soient. Un bonheur absolument inusable.

12
 

Kiefer Sutherland Filmographie |
LE PIANO un film de Lévon ... |
Twilight, The vampire diari... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | CABINE OF THE DEAD
| film streaming
| inderalfr