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Archive pour la catégorie 'POLARS/NOIRS'

Bon voyage – d’Alfred Hitchcock – 1944

Posté : 2 décembre, 2018 @ 8:00 dans * Espionnage, 1940-1949, COURTS MÉTRAGES, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Bon voyage Hitchcock

Après Aventure malgache, Hitchcock continue son effort de guerre à Londres avec des comédiens français, et signe cette fois un authentique bijou. Comme son précédent court métrage, celui-ci est constitué de longs flash-backs. Mais la construction est ici plus linéaire, plus simple, donnant un suspense très efficace, superbement réalisé.

Visuellement et thématiquement, Bon voyage évoque les grandes réussites d’Hitchcock du début des années 40, Correspondant 17 ou Cinquième colonne. Ici aussi les dangers de la guerre son évoqués sous le prisme de l’espionnage et des faux-semblants. Et ici aussi, le cinéaste soigne particulièrement ses ambiances en jouant constamment sur l’obscurité, et les ombres profondes de décors très soignés.

La séquence de la cave est l’une des plus réussie, sans qu’il y ait pourtant rien d’ouvertement spectaculaire : une simple rencontre dans un lieu où un drame s’est joué, et dont Hitchcock parvient à nous faire ressentir instantanément la menace. En choisissant de ne jamais filmer les déplacements de ses personnages, prisonniers de guerre qui cherchent à quitter la France occupée, Hitchcock concentre son action sur une poignée de moments clés, laissant volontairement des blancs et autant d’interrogations et d’interprétations possibles.

Sombre et intense, Bon voyage est au final très éloigné de son « film jumeau », Aventure malgache, dont il est souvent indissociable. Toute trace de légèreté a disparu, et l’optimisme un peu naïf n’est plus de mise ici. Hitchcock nous offre même l’une des scènes de meurtre les plus marquantes de sa filmographie. Une scène pourtant simple, mais où le cinéaste diffère la mise à mort juste le temps de la rendre traumatisante : « Je ne vous ferais pas attendre, laissons seulement l’auto s’éloigner. » Déchirant.

Masques – de Claude Chabrol – 1987

Posté : 30 novembre, 2018 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1980-1989, CHABROL Claude | Pas de commentaires »

Masques

Un jeune auteur qui prépare la biographie d’un présentateur vedette de la télé retrouve ce dernier dans sa maison de campagne pour y passer quelques jours. La rencontre a priori anodine se transforme bientôt en un face à face sous tension sous des apparences de cordialité, où les apparences sont trompeuses…

Chabrol flirte clairement du côté du Mankiewicz du Limier, et la comparaison est cruelle pour le Français, en particulier dans la première scène du film, où la mise en scène même de Chabrol et le montage paraissent étonnamment maladroits, voire approximatifs. S’en dégage aussitôt une impression de dilettantisme qui tranche avec la perfection méticuleuse de Mankiewicz.

Pourtant, ça marche. Allez savoir par quel miracle, mais dans ces vieux murs bourgeois avec ces portes qui grincent et ce plancher qui craque, dont on pensait tout connaître depuis des années avec Chabrol, le cinéaste réussit à nous emmener là où il veut, et à instaurer une atmosphère oppressante et dérangeante.

En différant la révélation de l’intrigue et en se concentrant sur cette atmosphère d’angoisse, Chabrol fait mouche malgré tout. Et la simplicité extrême de sa mise en scène se révèle parfaitement efficace. OK il ne fait pas dans la nuance, et lâche clairement la bride à Noiret comme à Renucci, qui en font des tonnes dans les œillades et les faux-semblants. Mais là aussi, ça marche.

Le suspense est bel et bien oppressant, comme les vieilles boiseries omniprésentes de cette maison de campagne. Le décor est de plus en plus pesant, la tension monte, la vérité éclate, et tout ça finit par une scène réjouissante, pied de nez amusé et gentiment méchant au monde de la télévision. Ni mineur, ni majeur, ce Chabrol là se déguste sans grande surprise, mais avec plaisir.

Boulevard du crépuscule (Sunset Boulevard) – de Billy Wilder – 1950

Posté : 23 novembre, 2018 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, WILDER Billy | Pas de commentaires »

Boulevard du crépuscule

Serait-ce le plus beau film sur le cinéma ? Peut-être bien. Un immense film noir en tout cas, chef d’œuvre de cruauté qui est en même temps une magnifique déclaration d’amour à Hollywood et à son premier âge d’or. Pas dupe, pas cynique non plus, Billy Wilder prend un tout autre parti que Minnelli dans Les Ensorcelés : Hollywood peut tuer, littéralement, mais reste la plus belle des machines à fabriquer du rêve.

La séquence où Norma Desmond, star oubliée du muet, remet les pieds sur un plateau de cinéma après des années, voire des décennies d’absence, est d’une beauté troublante et enthousiasmante. C’est toute la magie de la grande machine hollywoodienne qui se met alors en branle sur ce gigantesque plateau dirigé par Cecil B. De Mille, le vrai, avec les techniciens qui s’animent et reconnaissent cette diva, symbole d’un cinéma déjà révolu pour lequel ils seraient prêts à tout donner.

Elle est belle cette scène, aussi parce qu’elle confronte deux époques, et deux réalités bien différentes. D’abord la star dépassée par l’évolution du cinéma, et par son propre vieillissement. Et puis le réalisateur, celui de ses débuts, qui lui est toujours bien vivant. Un contraste qui souligne rudement le dictat du physique pour les idoles du moment, et celles d’hier, qui vivent avec le souvenir d’une gloire oubliée. La présence de De Mille, qui a effectivement dirigé Gloria Swanson dans sa jeunesse, renforce ce sentiment.

La nostalgie pourrait être douce, elle est cruelle au contraire. Gloria Swanson, magnifique actrice du muet, est tout simplement immense en diva rêvant sur un retour qui n’arrivera jamais, vivant avec les fantômes de sa gloire. Y compris un majordome qui fut son réalisateur, l’un des plus beaux rôles d’Erich Von Stroheim. Là encore, le trouble biographique est fort : Stroheim dirigea lui-même Swanson dans Queen Kelly en 1929… son dernier film en temps que réalisateur.

L’arrivée du jeune William Holden dans la villa mal entretenue, presque en ruines, est saisissante. La simple vision de ce lieu à l’abandon dit plus sur le poids des souvenirs que n’importe quel dialogue, avec cette piscine vide depuis longtemps et dont on sait dès la première image qu’elle sera le théâtre d’un drame. Parce que six ans après l’immense Double Identity, Wilder utilise une nouvelle fois la voix off de manière magistrale… en la confiant à un mort.

Bref. Sunset Boulevard est un film immense, une merveille dont la moindre image imprime la rétine pour toujours. De la toute première, cette vision d’un corps flottant dans la piscine soudain pleine de vie ; à la toute dernière, où Stroheim, bouleversant, renoue avec les gestes de son ancienne vie sacrifiée. Superbe.

Forfaiture – de Marcel L’Herbier – 1937

Posté : 19 novembre, 2018 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, L'HERBIER Marcel | Pas de commentaires »

Forfaiture 1937

Amoureux du film de Cecil B. De Mille, L’Herbier en signe un remake, une revisite, ou un hommage, c’est selon. C’est même tout ça à la fois, tant L’Herbier est fidèle à son modèle tout en imposant sa marque, et tant il témoigne ouvertement de son admiration pour le film de 1915, qu’il cite explicitement dès les premiers instants tout en glissant quelques images de Fanny Ward et Sessue Hayakawa.

Mieux, L’Herbier prend le parti, rarissime, de rappeler ce dernier pour qu’il rejoue le rôle qui l’a rendu internationalement connu vingt-deux ans plus tôt, alors que l’art du cinéma muet était encore en plein apprentissage. Le passage du jeune Sessue à celui plus mur de 1937 est assez troublant, d’autant que le choix de l’acteur doit tout à la volonté de L’Herbier de rendre hommage à De Mille: l’acteur japonais est visiblement mal à l’aise avec ses dialogues en français.

Sa première rencontre avec Victor Francen est étonnante, L’Herbier ne filmant que les répliques du Français, comme s’il avait une conversation au téléphone alors que Sessue Hayakawa est bien en face de lui. Limitant au maximum ses dialogues, L’Herbier fait de lui un personnage à l’aura surpuissante et un peu mystérieuse, dont la présence (ou l’absence d’ailleurs) semble peser sur tous ceux qui l’entourent, « son » monde.

Le film marque ainsi par la cruauté et la brutalité des rapports humains. Tout n’est que domination dans Forfaiture. Dans sa partie mongolienne bien sûr, qui s’ouvre avec des plans particulièrement forts montrant de véritables esclaves au travail, marqués dans leur chair par le sceau du prince local, ce sceau qui aura une importance si grande dans le drame qui se joue.

Mais cette domination s’étend à tous les rapports humains. Il y a l’impérialisme occidental bien sûr, la domination des blancs sur les Asiatiques. Mais aussi celle, plus généralement, des puissants sur les plus petits. Sans oublier les rapports hommes/femmes, très brutaux, à commencer par le couple interprété par Francen et Lise Delamare, cette dernière cherchant constamment le regard de son mari lorsqu’elle doit prendre une décision. Autant de jeux de domination dont joue le personnage de Louis Jouvet, symbole cynique d’une société loin d’être égalitaire.

Visuellement, c’est une réussite, L’Herbier étant particulièrement doué pour créer une atmosphère dramatique, qui ne perd rien en changeant de continent d’ailleurs. Ses qualités de directeur d’acteurs sont sans doute plus discutables : Francen en fait des tonnes, Sessue Hayakawa est le plus souvent en retrait, et Louis Jouvet est sous-exploité si ce n’est dans les scènes de procès, où il est admirable dans sa manière de commenter l’action presque en aparté. Mais c’est Lise Delamare qui s’en sort le mieux. Glissant irrémédiablement de la légèreté à la tragédie, elle est magnifique.

Pièges – de Robert Siodmak – 1939

Posté : 16 novembre, 2018 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, SIODMAK Robert | Pas de commentaires »

Pièges

« La chance est une femelle. J’ai su la dompter. » C’est Maurice Chevalier qui balance cette réplique dans Pièges. Hallucinant bien sûr, à une époque (aujourd’hui) où je n’ose même pas écrire que cette réplique m’a fait rire. Mais particulièrement éloquent, parce que derrière le côté charmeur (et il a un charme fou) de Chevalier, le film montre que l’égalité des sexes est un leurre, dont personne ici n’est vraiment dupe.

Siodmak est dans sa période française, avant donc les grands chefs d’oeuvre noirs qu’il signera à Hollywood. Mais on sent déjà le grand auteur de film noir, dans sa manière de créer des atmosphères angoissantes avec les jeux d’ombres qui dominent, ou qui tremblent à la lueur du feu.

Surtout, le film est admirable dans sa capacité à passer de la plus grande légèreté à la gravité la plus lourde. D’une comédie tirant sur le musical, avec deux numéros chantés réjouissants de Maurice Chevalier, à un drame sombre et à une histoire de tueur en série.

Pièges est pourtant, d’une remarquable cohérence, une sorte de condensé des émotions humaines où la lumière et l’ombre ne sont jamais très loin l’une de l’autre. La légèreté qui semble dominer dans la première partie n’est jamais dénuée d’une certaine violence des sentiments. Les rapports hommes-femmes sont ainsi particulièrement rudes.

Remarquable aussi, la construction en épisodes successifs. Marie Déa, danseuse transformée en suppléante de la police, rencontre tour à tour différents hommes qui recherchent des femmes seules par petites annonces. Les rencontres sont parfois amusantes, parfois inquiétantes, parfois déstabilisantes comme Erich Von Stroheim qui organise un défilé devant un parterre… de chaises vides.

OK, on voit venir le dénouement d’assez loin. Mais ce mélange de comédie, de drame et de suspense fonctionne formidablement bien. Et les comédiens sont tous formidables. Pierre Renoir bien sûr, mais Maurice Chevalier aussi. Et surtout. Plus que Marie Déa, parfaite, c’est lui qui donne le ton au film. Son apparition tardive donne un rythme fou. Il cabotine ? A peine, et avec une justesse totale.

Blue Velvet (id.) – de David Lynch – 1986

Posté : 14 novembre, 2018 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, LYNCH David | Pas de commentaires »

Blue Velvet

Un rideau rouge inquiétant, des musiques envoûtantes jouées dans des bars interlopes, une jeunesse apparemment tranquille qui cache des tourments secrets, l’imagerie d’une Amérique presque fantasmée héritée des glorieuses fifties, le bitume qui défile dans la nuit… Blue Velvet est le film qui révèle définitivement les plus grandes obsessions de David Lynch. Après Elephant Man et Dune, ce film très personnel annonce les grands chefs d’œuvre, de Twin Peaks (la série)… à Twin Peaks (le retour).

Revoir ce film fondateur après le choc énorme qu’a provoqué le sublime retour de la série phénoménale de Lynch (j’ai décidément envie de multiplier les superlatifs dès que j’évoque Twin Peaks) a quelque chose de troublant. Comment ne pas penser à Cooper et Diane en voyant Kyle McLachlan et Laura Dern s’enlacer. Mais trente ans plus tôt, les deux acteurs semblent à peine sortis de l’adolescence.

Avant la période des grands chefs d’œuvre, donc, Blue Velvet étonne a posteriori par la linéarité de son scénario. Mais cette simplicité n’est qu’un trompe l’œil : le malaise vient justement de quantités de détails qui ne paraissent pas à leur place. Un rideau qui vole, une chanson qui revient comme un mantra, l’image étonnante de cette famille fantasmée à la fin du film, sans même mentionner une oreille coupée dans un terrain vague…

Le malaise vient aussi des réactions inattendus, de caractères déviants. Isabella Rossellini est bien barrée dans son rôle de victime qui se transforme lors d’une scène hallucinante en bourreau hyper sexuée. Quant à Dennis Hopper, il est carrément ravagé, en psychopathe qui se dope à l’oxygène et qui souffre d’un sérieux complexe d’Œdipe. Comment voulez-vous que ce type ait pu jouer autre chose que des mecs dangereux après ça ?

Blue Velvet est parsemé de moments envoûtants. Porté aussi par la présence jamais si anodine de McLachlan, qui excelle à jouer les types pas si transparents. Et toutes les obsessions de Lynch sont là. Mais le cinéaste ira nettement plus loin, et avec une maîtrise de plus en plus affirmée qui lui permettra de s’affranchir chaque fois d’avantage des codes du récit cinématographique.

Tirez sur le pianiste – de François Truffaut – 1960

Posté : 10 novembre, 2018 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1960-1969, TRUFFAUT François | Pas de commentaires »

Tirez sur le pianiste

« Peur… Peur ?… Merde, j’ai peur! » Filmé en gros plan, Charles Aznavour a sans doute là le plus beau plan de sa carrière d’acteur. Le plus intense, et celui où ses talents de comédiens, pas toujours bien servis par ailleurs, paraissent les plus éclatants. Ce petit homme discret, comme étranger au monde qui l’entoure, révèle une humanité à fleur de peau, et une détresse infinie.

La prestation d’Aznavour convient parfaitement au ton que Truffaut donne à son deuxième long métrage, son premier « noir » : une longue errance largement nocturne, sur une partition jazzy fascinante et d’une immense liberté. Ruptures de ton, faux rythmes, décalage entre le drame qui se noue et l’apparente légèreté des dialogues… Il fallait un phare pour ne pas se perdre, et Aznavour tient formidablement ce rôle, bien servi par des dialogues formidables (et l’utilisation fascinante d’une voix off qui semble être sa voix intérieure, mais qui n’est pas celle d’Aznavour).

Paradoxalement, c’est son apparente banalité qui fascine ici, la sensation constante qu’il est dépassé par les événements. Pas uniquement lorsqu’il est pisté par des gangsters d’ailleurs : dans un passage du long flash-back, où on découvre le passé de concertiste de ce petit pianiste au lourd secret, on le découvre trop petit dans son manteau, marchant dans un simple couloir où se joue son avenir, et qui semble prêt à le dévorer.

Aznavour n’a peut-être jamais été aussi bien que dans Tirez sur le pianiste ? Pas étonnant : c’est sans aucun doute son meilleur film, une merveille dans laquelle Truffaut confirme le style à la fois réaliste et littéraire des 400 coups, une caméra qui paraît capter sur le vif des moments de vie, alors que l’ensemble affirme une immense maîtrise. Parce que, avec cette liberté de ton qui le caractérise, Truffaut mène le spectateur exactement où il veut, créant des atmosphères puissantes.

Sûr de sa maîtrise, il se permet d’improbables digressions. Le film s’ouvre ainsi sur un homme (Albert Rémy, le « père » d’Antoine Doinel) fuyant des hommes qui le poursuivent dans les rues quasi désertes de la nuit parisienne, et prenant le temps de discuter de la vie avec un quidam rencontré par hasard (Alex Joffé, réalisateur pas franchement proche de la Nouvelle Vague, et acteur occasionnel au débit impossible).

Des parenthèses comme celles-là, il y en a plusieurs dans le film, qui enchaîne ces ruptures de ton inattendues. Dans la nuit, traversée à pied ou en voiture dans de longues séquences assez fascinantes, ce parti-pris renforce l’impression de voir un film fondamentalement jazzy. C’est en tout cas la nuit que Truffaut nous offre quelques scènes inoubliables : la marche silencieuse de Marie Dubois et Aznavour, qui tente maladroitement de lui saisir la main ; la longue route vers le « chalet »…

Seul bémol : un court plan de coupe qui montre une mère foudroyée après que son gangster de fils a juré sur la vie de sa mère qu’il portait un foulard en acier asiatique. Pour le coup, ce n’est pas dans le gag pur que Truffaut révèle toute l’étendue de son talent. Mais ne chipotons pas pour un plan qui ne dure que deux ou trois secondes : Tirez sur le pianiste est un chef d’oeuvre, souvent oublié dans la liste des grandes réussites trufaldiennes.

Startime : Incident at a corner (id.) – d’Alfred Hitchcock – 1960

Posté : 7 novembre, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, COURTS MÉTRAGES, HITCHCOCK Alfred, POLARS/NOIRS, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Incident at a corner

Après le succès de la série Alfred Hitchcock présente, Hitch a produit un autre programme anthologique, Alfred Hitchcock Hour, qui lui permettait de proposer des films plus longs que les 25 minutes de son premier show, et de développer des idées plus complexes que (généralement) un twist final.

Une ambition qui s’affirme déjà avec ce Incident at a corner, que le cinéaste a tourné pour une autre série anthologique, Startime, dont il n’était qu’un (prestigieux) invité, signant le 27e épisode de l’unique saison.

Incident at a corner n’a pas la maîtrise formelle de ses grands films. Mais il ne manque pas d’idées. Tout commence notamment par une même séquence filmée successivement sous trois angles différents, qui donnent à voir des éléments différents, des points de vue différents, sorte de condensé de l’art de la mise en scène : comment amener le spectateur à voir ce que le réalisateur veut lui montrer. Et uniquement ce qu’il veut montrer.

De ce simple incident (un vieil homme chargé de surveiller les abords d’une école qui met à l’amande une automobiliste n’ayant pas respecté un stop), tout un drame se met en place : le vieil homme est accusé de comportements inappropriés avec les petites filles, avant d’être renvoyé de l’école. Sa fille et son futur gendre seront les seuls à vouloir se battre pour réhabiliter son honneur.

Hitchcock y aborde le poids de la rumeur, et surtout le danger des jugements à l’emporte-pièce. Il le fait avec une certaine ironie, voire avec un authentique cynisme. Car ses « héros », joués par la fidèle Vera Miles et le terne George Peppard, qui se battent contre les jugements hâtifs dont le grand-père est victime, ont eux-mêmes une forte tendance répétitive à juger en trois secondes, et souvent à tort !

Alfred Hitchcock présente : Le Fantôme de Blackheart (Alfred Hitchcock presents : Banquo’s Chair) – d’Alfred Hitchcock – 1959

Posté : 2 novembre, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, COURTS MÉTRAGES, FANTASTIQUE/SF, HITCHCOCK Alfred, POLARS/NOIRS, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Alfred Hitchcok présente Le Fantôme de Blackheart

Au début du 19e siècle, un policier à la retraite, bien décidé à faire condamner un meurtrier contre lequel il n’a jamais pu recueillir de preuve, imagine un curieux stratagème : il invite le suspect à un repas dans la maison du crime, où une comédienne doit se faire passer pour le fantôme de la victime.

Je ne veux pas me vanter, mais j’ai vu venir le twist final au bout d’une ou deux minutes, max… Ce qui, reconnaissons-le, gâche un peu le plaisir d’un petit film qui repose essentiellement sur ledit twist.

Cela dit, Hitchcock prend visiblement beaucoup de plaisir à diriger ce petit huis-clos, jouant avec les codes du film fantastique, genre auquel il n’est pas vraiment habitué.

Dirigeant son vieux complice John Williams, toujours impeccable, il parvient in fine, après une introduction un peu laborieuse, à instaurer une belle ambiance de suspense lors du repas, clou du spectacle. Et l’apparition du « fantôme », silhouette blafarde qui sort de l’obscurité, est à la fois très simple, très efficace, et très belle.

La Maison de la 92e rue (The House on 92nd Street) – de Henry Hathaway – 1945

Posté : 31 octobre, 2018 @ 8:00 dans * Espionnage, * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, HATHAWAY Henry | Pas de commentaires »

La Maison de la 92e rue

Dans la longue série des films « tirés des archives secrètes »… du FBI en l’occurrence, présenté comme le premier et le plus grand défenseur de l’Amérique dans ce qu’elle a de plus noble. Et du monde libre en général, tant qu’on y est.

Le film est tourné avant la fin de la guerre, « et n’aurait pas pu l’être avant que la premier bombe soit lâchée sur le Japon », nous assure-t-on lors de l’introduction. Effort de guerre oblige, on n’est pas franchement dans la mesure. Loin en tout cas de l’image que le « bureau » véhiculera quelques années plus tard à peine.

Hathaway s’est plus d’une fois collé à ce genre qui revendique un aspect très documentaire, en devenant même l’un des grands spécialistes avec des classiques comme Appelez Nord 777. Sauf que La Maison de la 92e rue a une contrainte supplémentaire, en cette période de guerre : il doit être patriotique et bien mettre en valeur ces héros de l’ombre. D’où une voix off très présente et très didactique qui rend la première partie un peu pénible à force de vanter les mérites du FBI.

Hathaway s’en sort nettement mieux lorsqu’on lui lâche la bride, lorsque la voix off et les images d’archives (très présentes également au début) s’effacent enfin pour laisse l’intrigue se développer : l’histoire d’un Américain recruté par les Nazis pour aider la 5e colonne à se développer sur le sol états-uniens, et qui est en fait un agent double au service des Alliés.

Lorsque l’éloge du FBI cède la place au film de genre, Hathaway signe quelques séquences joliment tendues, notamment un final explosif mené à 100 à l’heure. Un film tardivement emballant, donc, même si la première partie ne manque pas totalement d’intérêt. L’un d’eux étant la toute première apparition du jeunôt E.G. Marshall. C’est déjà ça.

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