Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Archive pour la catégorie 'POLARS/NOIRS'

Au service secret de sa Majesté (On her Majesty’s Secret Service) – de Peter Hunt – 1969

Posté : 22 juin, 2022 @ 8:00 dans * Espionnage, 1960-1969, HUNT Peter, James Bond | Pas de commentaires »

Au service secret de sa majesté

Un Bond à part, et pas seulement parce que c’était le seul que je n’avais encore jamais vu. Parce qu’il marque l’unique incursion de George Lazenby dans le rôle – et on ne s’en plaindra pas, tant il manque tout à la fois de charisme, de présence, et de qualités d’acteur. Et aussi parce qu’il s’éloigne beaucoup de ce qui était déjà devenu le prototype d’un film de 007.

Pas de gadget, beaucoup de sentiments, une vraie romance, même… Ce n’est pas encore l’ère Daniel Craig, mais on sent bien que ce Bond là a largement infusé sur les films les plus récents de la saga : la station de haute montagne de Spectre évoque furieusement la base de Blofled dans Au service secret… et le personnage de Léa Seydoux dans les deux derniers Craig a plus d’un point commun avec celui de Diana Rigg ici.

Elle est irrésistible, bien sûr, et on ne spoilera pas en dévoilant le final audacieux et glaçant. Déjà auréolée de sa gloire post Chapeau melon et bottes de cuirs, l’actrice est une Bond Girl comme il y en aura peu, voire pas, avant Casino Royale : un personnage fort qui ne fait pas que passer par le lit de Bond. D’autres s’en chargent cela dit, on ne se refait pas.

Dès la traditionnelle scène pré-générique, le côté intime et sentimental est mis en avant, délaissant le spectaculaire à tout prix. Il y aura bien des scènes d’action : pas mal de bagarres, des fusillades, une poursuite à ski assez percutante (malgré quelques transparences malheureuses), une attaque en hélicoptère… Mais c’est surtout un Bond plus humain qu’à l’accoutumée que l’on découvre : traqué et effrayé par un homme en costume d’ours, faillible, vulnérable.

C’est d’ailleurs dans ces moments que Lazenby est le plus convaincant : lorsqu’il délaisse ses allures de super-agent pour redevenir un homme avec ses failles. Dans l’action comme dans les postures ironiques habituelles de 007, il semble constamment porter une étiquette « mauvais choix » scotché sur le front… Il a la réputation d’être le plus mauvais interprète de Bond ? Il l’est, à peu près sans doute possible.

Et pourtant, son Bond fait partie des grandes réussites de la saga. Pour son humanité, pour son audace, pour sa simplicité, pour l’efficacité de sa mise en scène, et pour la photo qui témoigne le plus souvent d’une belle ambition (en plus d’une grande maîtrise). Bon… ce dernier commentaire ne tient pas compte du passage fleur bleue-violons-flou artistique sur des fleurs en gros plan qui marque le début de la romance entre James et sa belle. Tellement caricatural qu’il ouvre allégrement la porte à toutes les parodies. A part ça, un Bond séduisant, et surprenant.

Bons baisers de Russie (From Russia with love) – de Terence Young – 1963

Posté : 19 juin, 2022 @ 8:00 dans * Espionnage, 1960-1969, James Bond, YOUNG Terence | Pas de commentaires »

Bons baisers de Russie

Ce deuxième 007 a un statut un peu à part. Le premier, Dr No, posait les bases d’un mythe. Le troisième, Goldfinger, entérinait la série comme une véritable saga répondant à des codes très précis. Entre ces deux épisodes fondateurs, celui-ci se présente comme une suite finalement assez classique, qui invoque James Bond non comme une figure quasi-mythique, mais comme le héros d’un premier film dont on découvre de nouvelles aventures.

Les codes inamovibles de la saga sont là, déjà : un pré-générique, la silhouette de Bond dans le viseur, la chanson-générique (assez laid, le générique), le bureau de M, Moneypenny, les gadgets de Q… Mais tout ça n’est qu’une mise en bouche, qui semble n’appeler que les films qui suivront. Celui-ci, dépassé les dix premières minutes assez formatées, surprend surtout pour son extrême simplicité.

Ici, Bond ne sauve pas le monde. Il ne passe pas son temps à passer d’un pays à l’autre. Il n’enchaîne pas les conquêtes d’un soir, encore que l’envie ne lui manque pas. Il est confronté au SPECTRE, mais ne le comprend que très tardivement. Pas de base secrète high tech non plus, ni de scènes d’action bigger than life. A vrai dire, Bons baisers de Russie est le film le plus franchement « d’espionnage » de la saga. Et de loin.

On est finalement souvent plus proche de L’Espion qui venait du froid que de la saga imaginée par Ian Fleming. Ce deuxième opus est moins un film d’action que de suspense. Qui ne manque pas, et que Terence Young filme avec un vrai talent, un vrai sens visuel, qui capte l’esprit de son décor. Comme son titre ne l’indique pas, le film se passe en grande partie à Istambul, dont on ressent l’atmosphère chaude et fascinante : la poésie du Bosphore et l’effervescence du Grand Bazar.

Young signe un film simple et direct, où les effets pyrotechniques restent la plupart du temps en retrait. Il prend le temps, surtout, d’installer durablement l’action dans des lieux, développant l’amitié entre Bond et un diplomate d’Istambul, consacrant une longue séquence à un voyage à haut risque dans un train… soudain presque hitchcockien, et très efficace.

Un point, quand même, où la saga ne dément en rien sa réputation : la représentation des femmes. Entre la jolie Russe prête à se damner pour James Bond parce qu’elle l’a trouvé séduisant sur une photo, et la vieille mégère psychopathe, entre une Moneypenney qui se pâme dès qu’elle entend la voix de Bond, et deux tziganes qui s’entretuent à moitié nues, forcément pour obtenir les faveurs d’un homme… comment dire…

La surprise vient en revanche du grand méchant. Pas le chef du SPECTRE, apparition déjà très stéréotypée. Mais le tueur qu’incarne Robert Shaw avec une froideur… eh bien glaçante. Face à lui, Sean Connery incarne un James Bond sûr de lui, mais très souvent dépassé par les événements, voire totalement manipulé. Comme dans Goldfinger en fait : le plus grand des espions n’est finalement jamais aussi passionnant que quand il comprend qu’il est battu.

Le Démon des armes (Gun Crazy) – de Joseph H. Lewis – 1949

Posté : 15 juin, 2022 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, LEWIS Joseph H. | Pas de commentaires »

Le Démon des armes

Il a plutôt un bon fond, Bart, depuis qu’il est tout petit. Mais allez savoir pourquoi, il a toujours eu un penchant très appuyé pour les armes. Les lance-pierres quand il était gosse, puis la carabine que lui a offerte sa sœur, et puis les pistolets, qu’il ne pouvait s’offrir, et qu’il a fini par voler dans la vitrine d’un armurier. C’est la scène d’ouverture, d’une beauté et d’une puissance assez exceptionnelles.

Mais quand même, il a toujours un bon fond, Bart. Après la maison de correction, après l’armée, il retrouve ses amis d’enfance avec l’envie de s’installer, et de mener une vie normale et rangée. Mais il y a toujours cette passion des armes. Alors quand il rencontre la belle Annie Laurie, tireuse d’élite dans un cirque, c’est le coup de foudre, la rencontre de deux doubles qui s’attirent et qui ne tardent pas à prendre la route ensemble.

La belle ne le cache pas : « je ne suis pas bonne, je ne l’ai jamais été ». Mais lui s’en moque, et il se laisse entraîner dans une virée sans retour. Entre eux, c’est de la dynamite. Une passion dévorante et explosive. Littéralement. « We go together, Annie. I don’t know why. Maybe like guns and ammunition go together. »

Comme Phil Karlson, Joseph H. Lewis est un maître de la série B noire, brillant, mais que la postérité n’a pas élevé au niveau qu’il mérite. Gun Crazy est l’un de ses très, très grands films. La seule séquence d’ouverture suffit à confirmer définitivement le sens visuel du gars, la puissance de son style, complètement au service de la narration, de l’immersion du spectateur.

Lewis ralentit le rythme ou l’accélère en fonction des émotions, de l’excitation ou de la peur de ses personnages principaux, précurseurs de Bonnie et Clyde. Particulièrement de Bart, à qui John Dall (le cynique et morbide interprète de La Corde) apporte un mélange d’assurance, de fragilité et de fièvre. C’est son point de vue à lui que privilégie Lewis, faisant du personnage de Peggy Cummings, superbe, à la fois un symbole de la pureté de la jeunesse et de danger.

La séquence du braquage meurtrier est particulièrement réussie, parce que la caméra ne s’attarde que sur ce que Bart voit vraiment. La peur, le danger, la vitesse, l’excitation, mais pas la mort, qu’il ne découvre ou dont il n’accepte vraiment l’idée que bien plus tard, lorsqu’il a le temps de se poser des questions sur lui-même.

Tout est beau dans ce film serré et implacable, comme une spirale infernale ou comme un rêve éveillé qui conduit, comme il se doit, dans une sorte d’entre-deux baigné de brume, conclusion presque surnaturelle qui rapproche ce film noir du conte. Morbide et romantique.

De sang froid (In cold Blood) – de Richard Brooks – 1967

Posté : 14 juin, 2022 @ 8:00 dans * Polars US (1960-1979), 1960-1969, BROOKS Richard | Pas de commentaires »

De sang froid

Le livre est un chef d’œuvre, bien sûr. Le film est pas mal non plus. Richard Brooks, grand cinéaste, réussit le prodige de signer une adaptation très fidèle dans l’esprit et dans la forme au livre de Truman Capote (ce dernier a d’ailleurs participé au scénario), et dans le même temps un film qui existe par lui-même, avec ses propres parti-pris.

C’est flagrant dans la première partie, où Brooks choisit un montage parallèle qui met en perspective les retrouvailles entre les deux futurs tueurs et le quotidien de la famille qu’ils vont décimer. Ce parti-pris fait monter la tension jusqu’à l’insoutenable (Brooks n’élude pas les règles du film de genre), et rend surtout palpable l’humanité de tous les protagonistes. Humanité bienveillante pour la famille Clutter, humanité troublante et même dérangeante pour Perry et Dick, qui préparent leur horrible crime avec un naturel glaçant.

Avec le rôle du journaliste joué par Paul Stewart, Brooks adopte ce qui était le point de vue de Truman Capote : celui de l’écrivain qui se transforme à l’occasion d’un terrible fait divers en enquêteur des âmes. L’histoire est tirée d’une tuerie bien réelle : le meurtre de quatre membres d’une même famille par deux jeunes hommes, crime hallucinant commis sans haine apparente, et pour un profit minable. Les raisons du crime, sa description quasi-clinique, et surtout ses effets sur la communauté qui en a été le théâtre, sur les enquêteurs et sur les tueurs eux-mêmes… Capote disséquait ce fait divers et en faisait un grand livre sociétal.

Brooks prend le même chemin, en allant parfois plus loin encore. Tout en utilisant les artifices du 7e Art, il tend vers un cinéma vérité radical, tournant dans la maison où a vraiment eu lieu le crime, ainsi que dans l’authentique salle de tribunal où s’est déroulé le procès, offrant leurs propres rôles à plusieurs jurés du procès et au bourreau notamment, ne filmant qu’avec les lumières naturelles… d’où une impression claustrophobique étouffante dans la cave, avec un réalisme poisseux qui annonce avec des années d’avance Le Silence des Agneaux.

La construction du film est elle aussi formidable, toute en ellipses brutales (le soir du crime, l’arrestation), qui mènent inexorablement vers cette scène de tuerie autour de laquelle tout le film s’articulait, sans jamais en rien montrer jusqu’à l’arrestation des deux protagonistes joués par Robert Blake et Scott Wilson, deux jeunes acteurs formidables qui donnent corps à ces monstres pathétiques. La séquence de la tuerie, à la froideur clinique, est glaçante et pathétique. Elle laisse une amertume dont on a bien du mal à se débarrasser. Grand film.

L’Intrus (Intruder in the dust) – de Clarence Brown – 1949

Posté : 7 juin, 2022 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, BROWN Clarence | Pas de commentaires »

L'Intrus

Formidable brûlot antiraciste que signe Clarence Brown, avec cette adaptation très réussie de Faulkner, tournée entièrement en décors réels, sur les lieux mêmes qui ont inspiré l’écrivain. L’Intrus est un grand film, et c’est dans les détails que ça se joue, plus que dans l’histoire elle-même, suspense assez convenu autour d’un noir accusé d’un meurtre qu’il n’a pas commis, et promis à un lynchage dans les règles par une foule très remontée.

Le coup de la masse hargneuse prête à tous les débordements, on nous l’a déjà fait souvent, de Furie à L’Etrange incident. L’Intrus s’inscrit dans cette (prestigieuse) lignée, avec une dimension raciale qui est tout sauf anecdotique. Clarence Brown filme la ségrégation et les difficiles rapports entre blancs et noirs avec une grande sensibilité, captant la frontière invisible qui freine les meilleures volontés.

C’est cette réconciliation difficile entre des citoyens aux histoires si différentes que met en scène le film, dans cette petite ville, dont les vrais habitants font de la figuration. Ce qui, le sachant, donne une dimension troublante aux scènes de foule, les regards semblant confirmer l’impossibilité du dialogue entre blancs et noirs. C’est dans ces regards que se trouve la force du film, dans ces visages captés par les phares d’une voiture à travers des portes entrebâillées, dans une phrase que ne prononce pas le faux coupable pour se disculper.

Ce faux coupable, c’est Juano Hernandez, acteur découvert chez Oscar Micheaux, et que l’on retrouvera peu après en partenaire de John Garfield dans l’excellent Trafic en haute mer (d’après To have and have not d’Hemingway, que Faulkner avait adapté une première fois pour Hawks, sous le titre Le Port de l’angoisse). Sa présence, taiseuse et un peu raide, a une force assez impressionnante.

Pas de grande star à l’affiche, mais une distribution parfaite, de Charles Kemper en meneur de foule à Porter Hall en patriarche fatigué, en passant par David Brian en avocat qui se demande pourquoi il n’arrive pas à communiquer avec le noir qu’il doit défendre. Et puis le trio de choc, qui aura seul le courage d’affronter la foule : un gamin (Claude Jarman Jr, le fils de John Wayne et Maureen O’Hara dans Rio Grande), un employé noir dépassé par les événements (Elzie Emanuel) et une vieille dame très digne (Elizabeth Patterson). Les voir tous les trois déterrer un cadavre en pleine nuit, effrayés par les bruits environnants, est un grand moment de cinéma.

Mississippi Burning (id.) – d’Alan Parker – 1989

Posté : 4 mai, 2022 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, PARKER Alan | Pas de commentaires »

Mississippi Burning

Alan Parker n’est pas exactement le cinéaste le plus excitant qui soit, mais il a le don de choisir des sujets qui, eux, le sont très souvent. Après un pur film noir sur fond de démonologie prometteur et frustrant (l’inégal Angel Heart), il reste dans le Sud, mais dans un contexte nettement plus réaliste, et avec une réussite nettement plus éclatante. Inspiré d’un authentique faits divers, l’assassinat de trois jeunes militants pour les droits civiques en 1964, Mississippi Burning pourrait bien être son meilleur film.

Oh il n’y va pas avec des pincettes, et c’est avec une grosse baffe dans la gueule qu’il nous entraîne dans ce Sud profond : par le biais d’une séquence d’ouverture cinglante, d’une grande beauté formelle qui ne laisse pas vraiment présager le choc à venir. Et nous voilà dans le trou du cul du ségrégationnisme, où le Ku Klux Klan a pignon sur rue (ou presque), où les noirs sont battus (au mieux) sans que quiconque y trouve à redire, et où les bonnes intentions des agents du FBI ne peuvent que provoquer des drames.

Le film est édifiant, bien sûr, mais c’est le portrait des deux enquêteurs qui passionne le plus. Parce qu’il échappe à un manichéisme évident, contrairement aux locaux pro-KKK (le racisme, c’est comme le nazisme : c’est objectivement dégueulasse, sans hésitation et sans nuance). Parker met en scène deux agents aux profils radicalement différents, bien sûr. D’un côté le jeunot Willem Dafoe, très respectueux des règles. De l’autre, Gene Hackman, vieux de la vieille aux méthodes plus brusques.

Un schéma très classique donc, mais qui fonctionne parfaitement, et qui finit même par surprendre, tant Parker joue avec les premières impressions, forcément fausses, que dégagent ces personnages, opposés mais également antipathiques dans un premier temps. Il y a derrière ces deux hommes, l’un revenu de tout, l’autre habité par une foi destructrice, une belle et douloureuse humanité.

Entre film de genre et peinture d’une époque pas si lointaine, Mississippi Burning est un film édifiant et passionnant. Et avec une Frances McDormand toute jeune (c’est son quatrième film) et déjà formidable. Ce qui ne gâche rien.

Ménilmontant – de Dimitri Kirsanoff – 1926

Posté : 1 mai, 2022 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1920-1929, FILMS MUETS, KIRSANOFF Dimitri | Pas de commentaires »

Ménilmontant

Ce sont des images d’une violence rare qui nous font entrer dans le film : l’assassinat d’un couple à coups de haches. Pas d’effets gores, non, mais un montage serré au couteau et des très gros plans qui donnent à sentir la violence et la sécheresse du propos. Le film, moyen métrage qui restera le sommet de la carrière de Kirsanoff, n’est commencé que depuis quelques minutes à peine. Et déjà, nous voilà assommés.

D’autant plus que cet acte criminel fondateur n’est que l’introduction. Au meurtre lui-même suit immédiatement des images des filles du couple, dont la jeunesse et la pureté sont stoppées dans leur élan avec une brutalité insondable. Une ellipse déchirante, et les voilà jeunes femmes, orphelines à qui on a volé toute chance d’accéder à une belle vie.

La première partie est forte sur le fond, et d’une audace extrême dans la forme. Tout n’est pas totalement maîtrisé, mais on doit attribuer au cinéaste un sens très acéré de l’expérimentation. Montage rapide, mouvements soudains de caméra, surimpressions… Il y a chez Dimitri Kirsanoff une volonté de pousser l’art cinématographique dans ses retranchements. Et ce qu’il nous offre est un acte artistique qui doit plus à Epstein ou Eisenstein qu’au réalisme poétique que sa manière de filmer les décors invoque avec quelques années d’avance.

L’expérimentation est souvent fascinante. Mais c’est quand Kirsanoff touche à la maîtrise absolue de son art que son film frôle le chef d’œuvre. Il en est même tout proche dans deux séquences d’une force et d’une beauté saisissantes.

La première met en scène la plus jeune des sœurs, qui suit l’homme qui lui plaît jusqu’au pied de son immeuble, bâtisse miteuse dans une rue miteuse, triste décor pour une défloraison qui n’a rien d’un conte de fée. La chair est triste, et le côté glauque de cette soirée initiatique est souligné par une succession de fondus-enchaînés assez extraordinaires, dont l’utilisation n’a rien perdu de son efficacité près d’un siècle plus tard.

La seconde est plus simple encore, et plus courte. La même jeune femme, qui a donné naissance à un bébé avec lequel elle se retrouve seule à la rue, est assise sur un banc. Un vieil homme vient s’asseoir à côté, se prépare un sandwich, et avec une pudeur bouleversante, pousse vers la jeune femme, sans même la regarder un peu de pain et de saucisson, qu’elle avale avec des torrents de larmes. Qui ne tardent pas à gagner les joues du pauvre spectateur.

On pourrait aussi évoquer la délicatesse extrême avec laquelle le cinéaste filme les retrouvailles des deux sœurs, et les regards si lourds d’amertume et d’amour mêlés qu’elles s’échangent. Ou la violence de la bagarre finale. On pourrait aussi souligner que ce petit bijou de mise en scène et d’émotion n’utilise pas le moindre intertitre. On pourrait enfin rappeler que la redoutable critique Pauline Kael l’a cité comme l’un de ses films préférés. Ménilmontant, en tout cas, est plus qu’une curiosité : une petite merveille.

Vivre et laisser mourir (Live and let die) – de Guy Hamilton – 1973

Posté : 15 avril, 2022 @ 8:00 dans * Espionnage, 1970-1979, HAMILTON Guy, James Bond | Pas de commentaires »

Vivre et laisser mourir

Premier tournant majeur pour James Bond au cinéma. L’éphémère George Lazenby n’avait pas réussi à faire oublier Sean Connery, 007 pour l’éternité qui a du coup rempilé pour une mission de plus. Mais l’heure de tourner la page était vraiment venue, l’Ecossais ayant d’autres ambitions. Si on se remet dans le contexte de l’époque, le choix de Roger Moore semble à la fois étonnant, et évident. Etonnant parce qu’il est bien loin de la virilité et du danger qu’incarne Connery. Evident parce que Moore est un acteur populaire, alors surtout liée au Saint, personnage pas si éloigné de Bond.

De tous les interprètes de James Bond, Roger Moore est sans doute celui dont l’image a le plus vieilli aujourd’hui. Sans anticiper sur les dérives dont pourront se rendre coupable les films suivants, ce premier Bond de l’ère Moore donnerait plutôt envie de le réhabiliter. Moore n’est certes pas aussi fascinant que l’animal Connery, loin s’en faut. Et son jeu d’acteur semble ici bien limité, ses postures flegmatiques surjouées finissent même par agacer. Mais quand même, il tient plutôt bien son rôle, particulièrement dans les moments les plus tendus.

Le film lui-même, s’il ne se classe pas parmi les plus grandes réussites de la saga, ne manque pas d’intérêt. L’intrigue, qui tourne en grande partie autour du culte vaudou, joue plutôt habilement sur l’imagerie de la mort, et met en scène des cérémonies païennes assez fascinantes, d’où émerge l’image du Baron Samedi, flirtant allégrement avec les codes du fantastique.

Mais c’est une scène assez courte du pré-générique que l’on retiendra surtout : un faux défilé funèbre dans les rues de la Nouvelle Orléans, qui se transforme en exécution. Le moment le plus inventif, et le plus tenu du film, dont on verra une sorte d’écho dans la seconde moitié du métrage. Et qui évoque à la fois la première scène du premier 007, annonçant par ailleurs celle très spectaculaire de Spectre, bien des années après.

Quelques situations sont franchement originales. Les personnages, en revanche, sont pour la plupart assez ratés. Le grand méchant joué par Yaphet Kotto est l’un des plus soporifiques de la saga, et semble lui-même plongé dans un ennui sidéral. M et Moneypenny font de la figuration dans le penthouse de Bond. Felix Leiter se contente de calmer le jeu derrière un micro… Quant à la Bond Girl de service, jouée par une toute jeune Jane Seymour, possible personnage fort sur le papier, elle tient son rang dans le haut du panier des potiches les plus soumises de la série.

Ce qui ne saurait gâcher totalement le petit plaisir que l’on prend devant ce film, lancé par la fameuse chanson de McCartney, dont quelques notes résonnent régulièrement dans l’action au cours des deux heures du métrage. Petit plaisir un peu inconséquent à l’image de cette interminable course poursuite de bateaux, un peu régressif à l’image de ce shérif truculent joué par Clifton James (qui retrouvera son rôle dans L’Homme au pistolet d’or), mais bien réel.

Fantômas contre Fantômas – de Louis Feuillade – 1914

Posté : 14 avril, 2022 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1895-1919, FEUILLADE Louis, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Fantômas contrre Fantômas

Quatrième volet des aventures du journaliste Fandor et de son ami policier Juve sur les traces du plus dangereux et mystérieux des criminels, et l’art du feuilleton, que Feuillade mènera à son paroxysme avec Les Vampires, fonctionne déjà à plein régime.

Les ressors purement dramatiques sont énormes. Juve se retrouve ainsi en prison sur une présomption assez étonnante : puisqu’il est incapable de mettre la main sur Fantômas, alors que leurs routes ne cessent de se croiser, c’est parce qu’il est Fantômas. C’est en tout ce qu’affirment les journaux… Bien suffisant pour que le procureur décide de l’emprisonner.

Fandor, du coup, préfère prendre le large avant d’être lui-même arrêté. Et voilà donc l’histoire qui s’emballe, débarrassée de toutes les contraintes liées aux professions des deux héros. Le réalisme passe plus que jamais à l’arrière-plan, laissant toute la place aux rebondissements les plus improbables, au mouvement pur et à la folie.

Le sommet de ce quatrième film est sans doute moins la grande scène du bal costumé où se croisent trois Fantômas (et une issue tragique pour l’un d’eux) que cette séquence étonnante et fascinante où un mur se met à saigner après qu’on y a enfoncé un clou. Le genre d’images surréalistes qui ont contribué à l’impression toujours très forte que continue à laisser ces premières adaptations de l’œuvre de Souvestre et Allain.

La séquence finale reste également un modèle de suspense, dont l’écriture et le rythme pur sont pas loin d’être parfaits. Reste des cadres encore un peu fixes et systématiquement frontaux, et des décors trop dépouillés pour faire vraiment authentiques… Quelques limites qui rappellent que le cinéma est encore adolescent en 1914. Mais l’adolescence peut être bien stimulante quand elle se montre aussi inventive.

La Série des Fantômas, de Louis Feuillade

  1. Fantômas : à l’ombre de la guillotine
  2. Juve contre Fantômas
  3. Le Mort qui tue
  4. Fantômas contre Fantômas
  5. Le Faux magistrat

Identité judiciaire – de Hervé Bromberger – 1951

Posté : 13 avril, 2022 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1950-1959, BROMBERGER Hervé | Pas de commentaires »

Identité judiciaire

Identité judiciaire est le film qui a en quelque sorte servi de « pilote » aux 5 dernières minutes. Raymond Souplex y interprète dans les deux cas un commissaire de police sagace et intègre. Identité judiciaire est surtout un grand polar, digne des grands films noirs américains. A la fois une peinture passionnante du quotidien des forces de l’ordre, et remarquable thriller.

On pourrait simplifier en coupant le film en deux grandes parties, clairement distinctes : la première largement consacrée au travail minutieux d’investigation, la seconde se résumant à un suspense particulièrement dense. C’est un peu vrai, mais le film de Bromberger joue en fait constamment sur les deux tableaux, mêlant intimement le film de genre plein de rythme et de brutalité, et la minutie d’une mise en scène presque anthropologique.

L’intrigue est finalement assez banale : la recherche d’un mystérieux criminel qui drogue de jeunes femmes dont plusieurs sont mortes. La révélation apparaît d’ailleurs vers la moitié du métrage. Beaucoup moins anodin, en revanche : la manière dont le travail de la police est filmé. Dans les détails, en longueur, en s’attardant sur les longs déplacements dans les couloirs du Quai des Orfèvres, sur le travail de la police scientifique, des graphologues, des chimistes, sur les laborieux interrogatoires.

C’est passionnant, et d’autant plus percutant que la vision très documentée du travail de la police n’est jamais déconnectée de l’humain. Les policiers sont des hommes, et le commissaire jongle entre ses obligations professionnelles et sa vie de famille. Humain et faillible, qui s’autorise un « salope » après avoir été rembarré par un témoin récalcitrant. Tout sonne authentique : les rapports entre les flics, l’affection pour les petits délinquants, les emportements trop vifs d’un commissaire frustré…

Le film s’ouvre et se referme sur deux séquences mémorables de traque dans la ville. Deux séquences très différentes l’une de l’autre, mais qui marquent par la précision et l’efficacité de la mise en scène. La première, la fuite tragique d’une jeune fille fugueuse, filmée avec une grande intensité dans les décors naturels de province. La dernière, course-poursuite sous haute tension dans les rues de Paris.

A chaque plan, ou presque, un détail donne du corps et de l’authenticité au récit. Parfois en arrière plan, comme cette épouse qui s’inquiète du sort de son mari enfermé au dépôt, ou la fouille au corps de jeunes femmes « ramassées » dans la rue. Brillant scénario, et brillants dialogues signés Jeansson. Et l’interprétation est impeccable. Raide et pas toujours aimable, Raymond Souplex est parfait. Suave et secret, Jean Debucourt trouve le rôle de sa vie.

12345...83
 

Kiefer Sutherland Filmographie |
LE PIANO un film de Lévon ... |
Twilight, The vampire diari... |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | CABINE OF THE DEAD
| film streaming
| inderalfr