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Archive pour la catégorie 'POLARS/NOIRS'

A deux pas de l’enfer (Short cut to hell) – de James Cagney – 1957

Posté : 20 novembre, 2017 @ 6:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, CAGNEY James, CAGNEY James | Pas de commentaires »

A deux pas de l'enfer

Pour son unique film derrière la caméra, James Cagney signe la deuxième adaptation du roman Tueur à gags de Graham Greene, et surtout un remake très fidèle du film (formidable) de Frank Tuttle. L’histoire originale étant passionnante, le film se regarde avec un certain plaisir. Mais comme le dit lui-même Cagney dans une séquence pré-générique (histoire qu’il apparaisse quand même dans ce film, pour lequel il ne s’est pas attribué de rôle) : le plus important dans un film, c’est ce qu’on voit devant la caméra, et pour le coup, il se dit très quand du choix de ses deux jeunes vedettes, Robert Ivers (qui ?!) ey Georgann Johnson (qui ?!), à qui il promet un bel avenir.

Sauf que soixante après, on aurait dû commencer à en entendre parler, de leur avenir à l’un comme à l’autre. Mais rien, ou si peu : des apparitions dans des séries télé, brièvement pour lui, jusqu’au milieu des années 2000 pour elle. Mais rien de vraiment consistant, et strictement rien sur grand écran. Elle est pourtant pas mal, avec son grand sourire plein d’empathie. Et lui, avec ses airs de gamin qui joue au dur, fait un tueur professionnel plutôt original. Mais ils arrivent après Veronika Lake et Alan Ladd, l’un des plus grands couples du cinéma. Et forcément, la comparaison n’est pas en leur faveur.

Drôle d’idée d’avoir signé un remake sans même prendre la peine de s’éloigner du modèle. Et le film de Cagney sort perdant à tous les niveaux, au petit jeu des comparaisons. C’est percutant, avec des séquences de violence joliment tendues, et des personnages principaux curieusement attachants malgré leur manque de charisme. Mais le film n’apporte pas grand-chose, si ce n’est l’envie de revoir le Tueur à gages de Tuttle, et de relire le roman de Greene. C’est sans doute ce qu’a fait Cagney, qui n’est plus jamais repassé derrière la caméra.

Wind River (id.) – de Taylor Sheridan – 2017

Posté : 7 novembre, 2017 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, SHERIDAN Taylor | Pas de commentaires »

Wind River

C’est aussi efficace que Le Silence des Agneaux, et aussi bouleversant que Manchester by the Sea… Bref, c’est un film formidable que réussit le scénariste Taylor Sheridan pour son dépucelage derrière la caméra: à la fois un très beau film engagé sur l’injustice dont est toujours victime la minorité des Amérindiens, un film déchirant sur la filiation et la perte d’un enfant, et un grand, un très grand thriller.

Avec ce film, le scénariste de Sicario et Comancheria conclut sa trilogie consacrée à la “frontière américaine moderne”. En l’occurrence, cette frontière-là se situe au cœur des Etats-Unis: dans le Wyoming, l’état le moins peuplé, dominé par une nature à la fois belle et hostile. Et cette nature joue effectivement un rôle central, à la fois cadre omniprésent et dévorant de l’histoire, antagoniste admiré ou haï des personnages, et déclencheur du drame qui se joue.

Le film adopte constamment le rythme imposé par cette nature recouverte de neige: la précipitation n’y a pas sa place, les sons sont feutrés, et tout avance avec une certaine lenteur et une difficulté que la caméra de Sheridan rend constamment palpable, fascinante et presque étouffante par moments.

Il y a ceux qui savent s’y mouvoir: les “natifs” bien sûr (comme Graham Greene, beau clin d’œil à son rôle de Danse Avec les Loups) ou Jeremy Renner, formidable en chasseur en quête de paix. Et il y a les autres, que ces vastes étendues désertes obligent à se confronter à leurs propres démons. Parmi ceux-là, il y a les méchants (dont on ne dira rien ici), et il y a cette très jeune agent du FBI (Elizabeth Olsen, également formidable) qui semble à peine sortir de l’enfance, mais trimbale déjà un regard étonnamment dur, et qui forme un tandem improbable avec Jeremy Renner.

Voilà qui aurait pu tourner au traditionnel buddy movie, source d’engueulades ou de gags c’est au choix. Mais Taylor Sheridan a la bonne idée de ne jamais jouer sur ce registre, préférant souligner le respect mutuel qui se crée immédiatement entre ces deux êtres si différents mais également abîmés par la vie.

La force du film, c’est la manière dont chaque thème, chaque aspect, enrichit les autres: le drame, le suspense, le mystère, l’émotion se nourrissent les uns les autres jusqu’à une conclusion aussi belle que noire. Le crime au cœur de l’histoire ne réserve pas de surprise extraordinaire, mais la manière dont il est traité fait de Wind River l’un des grands thrillers de ces dernières années.

Est-ce la présence de cette jeune recrue du FBI ? Ou cette manière de filmer une réalité ni glamour ni attendue ? L’ombre du Silence des Agneaux est en tout cas bien présente, mais jamais dévorante. Taylor Sheridan l’assume d’ailleurs, en reprenant et détournant habilement le fameux “coup de la porte”, montage trompeur qui faisait naître l’horreur dans le film de Jonathan Demme, et qui révèle ici de manière prématurée (et très maline) tout le mystère.

Pour mieux réussir à imbriquer violence (quelle fusillade!) et émotion, dans un final éblouissant.

Miller’s Crossing (id.) – de Joel et Ethan Coen – 1990

Posté : 26 octobre, 2017 @ 8:00 dans * Films de gangsters, * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, COEN Ethan, COEN Joel | Pas de commentaires »

Miller's crossing

Le grand film de gangsters des frères Coen… Après le film noir (Blood Simple) et la comédie noire (Arizona Junior), les frangins continuent à explorer les grands genres américains, avec un regard amoureux, une vraie gourmandise de cinéphile, et un style extraordinaire.

Ce regard amoureux est évident dès la toute première scène, clin d’œil évident et assumé à celle du Parrain. A l’autre extrêmité du film, le tout dernier plan révèle une autre raison d’être du film : Miller’s Crossing n’est pas seulement un hommage aux grands films de gangsters, il répond aussi à l’envie des deux frères de s’approprier les grandes figures archétypales du genre.

Ce dernier plan de Gabriel Byrne remettant son chapeau et relevant doucement la tête révèle une pure gourmandise de cinéaste : juste l’envie de filmer ce beau plan iconique, avec ce chapeau comme symbole d’un genre jamais vraiment disparu, qui joue d’ailleurs un rôle central dans le film, sorte de fil rouge visuel et thématique.

Miller’s Crossing est plein de ces petits moments anodins que le style des Coen transforme en grands moments de cinéma, totalement jouissifs, toujours en s’amusant avec les codes du genre. On retrouve là tous les poncifs du film de gangsters : les trahisons, les règlements de compte, les flics pourris, les politiques aux ordres, les hommes de main brutaux… Et les références ne manquent pas, de Scarface à Il était une fois en Amérique, en passant par La Clé de verre, c’est à peu près toute l’histoire de ce genre très américain qui est passée en revue.

Le style est exceptionnel et donne une suite de scènes mémorables, le rythme est impeccable, les acteurs sont formidables (Albert Finney, John Turturro, Steve Buscemi… tous au sommet autour de Gabriel Byrne, incarnation idéale du gangster à la Alan Ladd)… Et il y a l’ironie des Coen, un sens du décalage réjouissant qui flirte par moments avec la parodie. En particulier lors des fusillades, tellement énormes qu’elles en deviennent absurdes. Entre noirceur et dérision, les Coen trouvent le ton juste. Miller’s Crossing est une grande réussite.

Le Dernier des Six – Georges Lacombe – 1941

Posté : 25 octobre, 2017 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1940-1949, LACOMBE Georges | Pas de commentaires »

Le Dernier des Six

On a tendance à l’oublier, mais L’Assassin habite au 21, classique du film policier français, et première réalisation d’Henri-Georges Clouzot, est une suite. Un an plus tôt, Pierre Fresnay avait déjà interprété le rôle du commissaire Wenceslas Vorobeïtchik, limier « patient mais circonspect » imaginé par l’auteur de polars S.A. Steeman, et flanqué d’une improbable fiancée apprentie chanteuse, à qui Suzy Delair amène toute sa gouaille.

Éclipsé par sa suite prestigieuse, Le Dernier des Six est pourtant une réussite presque aussi éclatante. Déjà scénarisé par Clouzot, et déjà pour la Continental, le film donne le beau rôle à ce qui faisait en partie la force du cinéma français de cette époque : ses seconds rôles. Ils ont le beau rôle ici, comme le titre l’annonce plus ou moins.

Toute la première partie est ainsi consacrée à ces « Six », six amis qui partent chacun à un coin du monde pour tenter de faire fortune, en se promettant de se retrouver cinq ans plus tard et de partager ce qu’ils auront gagné. A leur retour, on le devine, les amis vont succomber les uns après les autres, victimes d’un tueur mystérieux…

Ce whodunit à l’intrigue classique reprend l’éternelle trame des 10 petits nègres, mais se révèle passionnant. En partie grâce aux acteurs d’ailleurs, tous truculents (parmi lesquels Jean Tissier, qui apparaîtra dans un rôle différents dans L’Assassin…), et notamment grâce au duo réjouissant que Fresnay forme avec Suzy Delair, qui sera développé dans le film suivant, mais qui réserve déjà quelques beaux moments de comédie.

L’intrigue est plutôt maligne mais sans énorme surprise. Mais formellement, le film est une belle réussite formelle, avec de superbes scènes de nuit et d’impressionnants jeux d’ombre. La séquence finale, dans la carrière, est un grand moment de cinéma, dans la lignée des grands thrillers muets de Fritz Lang.

Dans la gueule du loup (The Mob) – de Robert Parrish – 1951

Posté : 22 octobre, 2017 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, PARRISH Robert | Pas de commentaires »

Dans la gueule du loup

Voilà une série B formidable, rapide et tendue comme un élastique, qui entre directement dans le vif. Ça commence très fort, par une séquence nocturne et sous une pluie battante, modèle de construction et de concision, qui plonge en quelques minutes le spectateur au cœur du suspense, et le héros dans un engrenage infernal.

Le héros, c’est Broderick Crawford, acteur à la présence incroyable, formidable en petit flic sans grande envergure qui subit violemment une situation dont il est plus la victime que l’acteur. Lorsque le film commence, ce flic n’est même pas en service : il tente de négocier le prix d’une bague qu’il veut offrir à sa fiancée. Mais le hasard veut qu’il assiste à un meurtre. Sauf que le tueur a un badge et une arme de policier, et qu’il affirme avoir tué un gangster.

Le temps que notre petit flic se retourne, le tireur a disparu. Et il ne tarde pas à comprendre qu’il s’est fait avoir : le tireur n’était pas flic, et la victime pas un gangster, mais un homme qui devait témoigner contre une puissante bande de trafiquants… Pas de chance, surtout que pour garder sa plaque, Broderick va devoir se racheter, en infiltrant ladite bande, qui oeuvre sur les quais, dans l’univers des dockers.

Le film alterne les séquences en studios (les scènes de nuit dans les rues notamment, comme celle qui ouvre le film, magnifiquement photographiée par Joseph Walker) et les décors naturels, comme ces docks qui donnent quelques images très réalistes et un décor très original au film.

Les décors en général sont d’ailleurs très importants, et donnent une atmosphère particulière, grâce à quelques détails originaux. La ville semble ainsi entre deux mondes, pleine d’immeubles sur le point d’être détruits ou en construction (immeubles qui jouent d’ailleurs un rôle important dans l’histoire).

Le même sens du détail habite tout le film, que ce soit pour le travail des policiers (avec des détails originaux : la trace fluo avec laquelle les policiers suivent une voiture à la trace, ou cet agent des services spéciaux qui fait travailler sa femme), ou pour les personnages, tous particulièrement bien dessinés.

Le barman, le patron de l’hôtel miteux, un gangster inquiétant qu’interprète Ernest Borgnine, un tueur joué par Neville Brand… Le film est réussi aussi grâce à la qualité de ces seconds rôles, tous marquants à leur manière. Sur les docks, on aperçoit aussi un jeune acteur qui tient là l’un de ses premiers rôles, et qui n’a droit qu’à une seule réplique : un certain Charles Buchinsky, qui ne s’appelle pas encore Bronson, et qui ne s’appelle d’ailleurs pas du tout, puisqu’il n’est pas crédité au générique.

Gibraltar – de Fedor Ozep – 1938

Posté : 18 octobre, 2017 @ 8:00 dans * Espionnage, 1930-1939, OZEP Fedor | Pas de commentaires »

Gibraltar

Des bateaux anglais explosent au large de Gibraltar pour une raison inconnue. Un agent britannique est chargé d’en découvrir la cause, sauf qu’il est arrêté pour trahison. Vraiment ? Cette histoire assez classique d’agent double dans une Europe à l’aube de la guerre est un faux suspense auquel Ozep ne croit pas vraiment, et qu’il évacue très vite : l’officier n’a trahi qu’en façade, pour mieux intégrer l’association d’espions à la solde d’une puissance étrangère malfaisante, association dirigée par Erich Von Stroheim.

Un Von Stroheim très impliqué (ce qui est quand même loin d’être toujours le cas). L’ancien génie reconverti dans la panouille est excellent, apportant une pointe d’humanité à son rôle de grand méchant. Les adieux qu’il fait à sa belle, qu’il laisse partir par amour pour elle, sont particulièrement beaux.

Il est en tout cas à la fois plus intense et plus contrasté que le héros incarné par Roger Duchesne, assez fade, et pas seulement en comparaison. Un personnage dont on se demande même comment il peut rendre aveugles à ce point les deux femmes du film : la « vraie » fiancée pas si confiante jouée par Yvette Lebon, et surtout la danseuse exotique qu’incarne Viviane Romance, espionne amoureuse dont l’ultime scène est assez magnifique. C’est à elle que l’on doit d’ailleurs l’un des moments les plus originaux du film, que n’aurait pas renié Hitchcock : alors qu’elle est sur scène pour son numéro de danse, elle communique en plein spectacle en délivrant ses messages en morses avec ses castagnettes. Un message qui prend des allures tragiques dans son dernier numéro.

Le meilleur, ce sont les partis pris souvent extrêmes de Fedor Ozep. Sans doute contraint par son budget, il filme constamment les à-côtés, ou les coulisses. Du drame inaugural du film, on ne voit ainsi qu’une discussion très amicale dans les antres d’un bateau, entre deux machinistes à propos d’une souris, avant l’explosion d’une maquette qui ressemble furieusement… à une maquette (encore une influence du sieur Hitchcok ?). Pourtant, cette simplicité et cette économie de moyen renforce l’émotion.

C’est le cas aussi lors du sabotage suivant. Du bateau qui coule avec ses 2000 hommes à bord, on ne verra rien, on n’entendra rien, si ce n’est les messages échangés en morses et à distance. Et ça fonctionne : la tension est alors extrême.

Couple modèle (A Good Marriage) – de Peter Askin – 2014

Posté : 16 octobre, 2017 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, ASKIN Peter | Pas de commentaires »

Couple modèle

Il n’y a pas que Ça dans la vie. La seconde adaptation du roman culte est un succès phénoménal en salles. Mais un autre Stephen King fait l’actualité. Plus discrètement, certes : scénarisé par le King lui-même, cette adaptation de la nouvelle « Bon ménage » (publiée dans Nuit noire, étoiles mortes en 2010) débarque chez nous directement en DVD.

On ne va pas crier au génie : Couple modèle ne fait clairement pas partie des adaptations les plus mémorables du King, du genre Shining, Les Evadés ou Misery. Mais le film ne manque pas complètement d’intérêt. Il y a, déjà, une idée forte : celle d’adopter le point de vue d’une femme d’âge mur (Joan Allen, qui semble avoir pris 35 ans depuis son précédent rôle) à qui tout réussit, et qui découvre que son mari depuis trente ans (Anthony LaPaglia) pourrait bien être le tueur en série qui sévit depuis des années.

Le scénario a l’intelligence de ne pas jouer longtemps sur le suspense, qui n’est pas le sujet du film : oui, le mari est bel et bien un tueur. Toute la question est : que va faire la douce épouse ? Va-t-elle dénoncer son monstre de mari, et gâcher par la même occasion la vie de leurs enfants, leur fille s’apprêtant justement à se marier ?

OK, une bonne idée ne fait pas un grand film : celui-ci le prouve constamment. Souvent maladroit, plein de seconds rôles totalement sacrifiés (à part l’épouse, franchement, aucun personnage n’existe réellement), Couple modèle est sur à peu près tous les plans un rendez-vous manqué. Le retour du mari après la révélation, qui joue sur la confusion entre rêve et réalité, est même un ratage total qui sombre dans le grand-guignol foireux.

Va savoir pourquoi, pourtant, j’ai envie d’être indulgent avec ce film, trèèèès imparfait, mais qui ose déjouer constamment les codes du thriller, frustrant les attentes des amateurs d’hémoglobines, et s’offrant même un final humain et émouvant.

Opération Tonnerre (Thunderball) – de Terence Young – 1965

Posté : 14 octobre, 2017 @ 8:00 dans * Espionnage, 1960-1969, James Bond | Pas de commentaires »

Opération Tonnerre

De ce quatrième Bond, tourné après Goldfinger, l’un des sommets de la franchise, j’avais surtout gardé le souvenir des longues séquences sous-marines, qui m’avaient profondément ennuyé. Surprise, alors que j’entreprend de familiariser mes enfants à l’histoire de 007 : les séquences sous-marines sont effectivement très longues, et très nombreuses. Mais elles sont aussi assez formidables, plus ambitieuses que dans aucun autre film de la saga, joliment éclairées, inventives, et parfaitement rythmées.

Après une séquence pré-générique un peu banale et, pour le coup, sans grande envergure, qui semble n’être tournée que pour montrer Sean Connery s’envolant grâce à un gadget improbable (qui a bel et bien été inventé depuis), une grande partie du film repose d’ailleurs sur les mystères et les dangers qui se cachent sous la surface de l’eau : la présence inquiétante des requins dans la piscine, ou encore cette avion caché sous l’eau, que Bond passe de longues séquences à chercher.

Bond, à propos, confirme son absence totale de génie ! Après avoir été constamment dépassé par les événements dans Goldfinger, il retrouve cette fois son rôle de sauveur du monde… grâce uniquement à un pur hasard. C’est en effet parce qu’il est en cure dans un centre de remise en forme qu’il peut remonter la piste jusqu’au grand méchant interprété par Adolfo Celi : comme le hasard fait bien les choses, cette clinique où 007 se repose est aussi celle que choisit le SPECTRE pour transformer physiquement l’un de ses agents en copie conforme d’un pilote qui doit transporter une bombe atomique.

Oui, c’est énorme. Evidemment, c’est énorme : on est dans James Bond. Mais comme dans tous les bons Bond, celui-ci trouve le parfait équilibre entre une intrigue qui sait aller trop loin avec panache, des scènes d’action spectaculaires (l’ultime séquence sous-marine surtout, une incroyable grande bataille particulièrement violente), et quelques passages plus sombres, où Bond apparaît plus humain. Cela donne d’ailleurs la meilleure scène du film (l’une des meilleures de toute l’ère pré-Daniel Craig) : acculé, puis blessé, l’espion est traqué dans la nuit au cœur d’un carnaval. Le film prend alors brièvement des allures de cinéma vérité, et la violence se fait plus crue, plus rude.

Presque vingt ans plus tard, lorsque Sean Connery retrouvera le rôle de Bond dans un film concurrent d’Octopussy, ce sera dans Jamais plus jamais, remake d’Opération Tonnerre, dont le producteur Kevin McClory avait acquis les droits.

L’Assassinat du Père Noël – de Christian-Jaque – 1941

Posté : 11 octobre, 2017 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1940-1949, CHRISTIAN-JAQUE | Pas de commentaires »

L'Assassinat du Père Noël

Il est beau, ce conte de Noël lugubre, ce film à hauteur d’enfants qui invoque, mine de rien, toutes les figures des récits pour la jeunesse. Dans le genre du fantasme enfantin, Fritz Lang fera nettement mieux avec son Moonfleet, certes. Mais Christian-Jacque, cinéaste pas toujours enthousiasmant, réussit là l’un de ses meilleurs films (le premier tourné pour la Continental durant l’Occupation, mais échappant à toute récupération de propagande).

Et c’est justement ce parti pris qui fait mouche, cette volonté de coller les images de contes de fée dans un univers contemporain. Comme un royaume enchanté où tout peut arriver, le petit village où se déroule l’histoire est totalement coupée du monde : un village de montagne, comme hors du temps, dont toutes les routes d’accès sont barrées par la neige.

On y trouve un château et son prince mystérieux, de retour au pays après avoir couru le monde, et qui semble dissimuler derrière ses murs un lourd secret. On y trouve aussi une pauvrette prisonnière de ses rêves de fillette, et qui va se découvrir une destinée de princesse. On y découvre aussi un ogre inquiétant, silhouette difforme qui parcours les ruelles étroites et sombres et prépare son crime.

Et puis il y a le Père Noël lui-même, qui va de maison en maison en cette veille de Noël. Ou presque le Père Noël : le vieil homme du village, qui passe ses journées à fabriquer des mappe-mondes et à inventer des histoires, et que tout le monde attend vêtu de sa houppelande rouge ce soir-là, comme tous les ans.

C’est Harry Baur, truculent et réjouissant, qui ne se laisse aller au cabotinage too much que dans deux ou trois petites scènes. Entre comique et émotion, il est assez formidable lorsque, justement habillé en Père Noël, il descend les uns après les autres les verres que les parents lui servent (et on ne boit pas du cidre doux, dans ces villages de montagne), tout en tâchant, de plus en plus difficilement, de répondre aux attentes d’enfants aux yeux grand ouverts. « Il sent comme toi le samedi », ose même un gamin à son père, qui lui renvoie une belle claque en guise de cadeau.

C’est cette atmosphère qui fait la réussite du film, plus qu’une intrigue policière un peu paresseuse (pliée en deux secondes avec l’apparition tardive et fugitive d’un Bernard Blier rigolard en gendarme). Une atmosphère qui trouve son apogée lors d’une superbe scène quasi surréaliste, où deux enfants s’enfoncent dans la nuit, leurs silhouettes se découpant sur les montagnes enneigées et balayées par le vent.

L’Affaire Maurizius – de Julien Duvivier – 1954

Posté : 8 octobre, 2017 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1950-1959, DUVIVIER Julien | Pas de commentaires »

L'Affaire Maurizius

Duvivier aurait-il eu besoin d’un peu de noirceur, après avoir enchaîné trois comédies (Don Camillo, sa suite et La Fête à Henriette ?). Le cinéaste renoue en tout cas avec le pessimisme de ses meilleurs films, pour ce film de procès pas comme les autres.

Pas comme les autres parce que l’action se déroule… 18 ans après le procès dont les causes et les effets irriguent le drame. Et quel drame : Daniel Gélin, jeune homme à l’avenir prometteur, croupit en prison depuis toutes ces années pour un crime dont rien ne dit qu’il l’a vraiment commis. D’ailleurs, le jeune fils de Charles Vanel est convaincu qu’il est innocent. C’est à cause de son père si le pauvre homme a passé près de la moitié de sa vie entre quatre murs, son père qui était substitut du procureur, et qui s’est fait un nom, une réputation et une fortune grâce à ce procès. Sauf que l’autre père, celui de Daniel Gélin, a lui aussi vu sa vie basculer avec ce procès. Et pas en bien…

Passionnant film de procès, qui ne parle que des effets d’une justice pour le coup un rien expéditive. La charge n’est pas légère, et la manière dont Charles Vanel balaye le problème d’un définitif « la justice est faillible » aurait sans doute mérité un peu plus de demi-teinte. Mais les rapports pères-fils sont montrés, eux, avec beaucoup de justesse, et beaucoup d’émotion. Et beaucoup de désespoir.
La construction du film est particulièrement habile, avec ces flash-backs qui se succèdent sans linéarité, sorte de patchwork d’événements qui finissent par s’assembler pour éclaircir le mystère, comme les pièces d’un grand puzzle. Duvivier soigne particulièrement ces flash-backs, donnant à chaque période une identité visuelle propre.

Toutes les scènes qui entourent le procès sont les plus réussies, un simple halo de lumière éclairant les seuls personnages dans un cadre sombre. Une belle manière d’illustrer les faits que ces passages nous sont racontés le plus souvent par la lecture de comptes-rendus imprécis, et non par les souvenirs directs des témoins.

Duvivier apporte le même soin à tous ses personnages. Et les plus riches ne sont pas forcément les plus importants. Dans un rôle un peu en retrait, celui de la victime, Madeleine Robinson est formidable en femme mûre ayant épousé un homme trop jeune pour elle. Quant à Anton Walbrook, il s’offre un grand écart déroutant, entre le jeune homme élégant à qui tout réussit, et l’homme vieilli et négligé, à la proximité insistante avec les fillettes et tous les jeunes hommes. Étonnant…

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