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Archive pour la catégorie 'Genres'

Le Monde perdu (Two Lost Worlds) – de Norman Dawn – 1950

Posté : 7 novembre, 2011 @ 12:16 dans 1950-1959, DAWN Norman, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Le Monde perdu 1950

Minuscule film, mais plutôt bonne surprise. L’affiche, outrageusement spectaculaire, montrait deux monstres préhistoriques s’entre-tuant sous le regard d’un couple en haillons. Fort heureusement, cette affiche est bien trompeuse : en guise de dinosaures et de créatures monstrueuses, on n’a droit qu’à quelques minutes d’un iguane filmé en transparence qui paraît immense par rapport aux acteurs. Et c’est bien suffisant : cette scène est à peu près ce qu’il y a de plus ennuyeux dans ce film par ailleurs fort sympathique et très riche en rebondissements…

Le scénario est proprement incroyable. En à peine une heure, un courageux armateur (Jim Aurness) a le temps d’échapper à deux attaques de pirates (la première en mer, la seconde sur terre), à un naufrage, à la traversée d’un désert arides, à l’apparition de monstres préhistoriques, à l’irruption d’un volcan, et même à un rival amoureux. Tout ça en 58 minutes, montre en main. Difficile de faire plus dense…

Le réalisateur Norman Dawn tire le meilleur d’un budget visiblement étriqué. Ce pionnier du cinéma australien (et spécialiste des effets visuels comme le matte painting), qui connaît son métier, fait illusion dans la plupart des scènes clés du film, et tout particulièrement lors d’une bataille en pleine mer plutôt impressionnante. Habile technicien, Dawn est aussi un raconteur d’histoires très efficace. Son film, si modeste soit-il, ne manque pas de rythme, grâce à une réalisation inspirée, tout particulièrement dans les scènes de nuit. Grâce aussi à une poignée de seconds rôles pittoresques (notamment le marin amateur de bons cigares) qui font oublier le manque d’aspérité des acteurs principaux.

Le Dinosaure et le chaînon manquant (The Dinosaur and the Missing Link) – de Willis O’Brien – 1915

Posté : 4 novembre, 2011 @ 10:20 dans 1895-1919, COURTS MÉTRAGES, DESSINS ANIMÉS, FANTASTIQUE/SF, FILMS MUETS, O'BRIEN Willis | Pas de commentaires »

Le Dinosaure et le chainon manquant

Ce court court-métrage est une date dans l’histoire du cinéma d’animation : il est considéré comme le tout premier film animé entièrement image par image, pratique dont Willis O’Brien fut le premier maître : c’est à lui, notamment, qu’on doit les créatures, toujours impressionnantes, du Monde Perdu, le film de Harry Hoyt adapté de Conan Doyle en 1925.

Cela étant dit, The Dinosaur and the Missing Link n’a pas grand intérêt autre qu’historique, d’autant plus qu’il a énormément souffert des outrages du temps (en tout cas dans la copie utilisée pour le très sympathique coffret DVD « les dinosaures attaquent », édité chez Artus Films, et qui propose en bonus quatre courts métrages de O’Brien des années 10).

Sous-titré « une tragédie préhistorique », le film est un marivaudage en peau de bête, dont le point culminant est un combat entre un grand singe et un dinosaure (traité sur le mode comique), qui préfigure une scène mythique que Willis O’Brien animera lui-même quelque dix-huit ans plus tard, dans l’immense King Kong, de Cooper et Schoedsack.

Espions sur la Tamise (Ministry of Fear) – de Fritz Lang – 1944

Posté : 2 novembre, 2011 @ 3:22 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, LANG Fritz | 1 commentaire »

Espions sur la Tamise (Ministry of Fear) - de Fritz Lang - 1944 dans * Films noirs (1935-1959) espions-sur-la-tamise

Graham Greene, l’un des plus grands romanciers du XXème siècle, est aussi celui, sans doute, qui a été le mieux servi au cinéma. De Tueur à gages de Frank Tuttle à La Fin d’une liaison de Neil Jordan, l’œuvre de l’auteur de Rocher de Brighton a inspiré un nombre assez impressionnant de chef d’œuvre. Celui de Fritz Lang n’est pas des moindres. Tourné un an à peine après la sortie du roman, Ministry of Fear est le troisième film de propagande antinazi d’affilée tourné par Lang, après Chasse à l’homme et Les Bourreaux meurent aussi, déjà deux chef d’œuvre. Lang a souvent eu la dent dure contre cette adaptation du roman de Greene, estimant avoir été étouffé par le scénariste et producteur Seton J. Miller, qui refusait qu’on modifie une ligne de son script.

Pour le cinéaste, Ministry of Fear n’était ni un film personnel, ni même un bon film. Le moins qu’on puisse dire est qu’il a l’autocritique un peu sévère… Non seulement le film est brillant en terme de style, mais c’est aussi un film très langien, que ce soit pour son personnage principal, monsieur tout le monde confronté au regard inquisiteur de la société entière, ou à travers une multitude de petits motifs visuels ou thématiques qui semblent répondre à d’autres films de Lang.

A peine sorti d’un asile où il était enfermé depuis deux ans, notre héros, avide de se plonger de nouveau au cœur de la population, se dirige vers une fête foraine. Dès qu’il entre, un ballon rebondit vers lui… Comment ne pas penser au ballon de la fillette, au début de M le maudit : avec ce ballon, symbole de l’innocence perdue, l’homme a fait son entrée dans un monde de faux semblants et de menaces. Cette voyante qu’il consulte alors, stéréotype ambulant qui semble tout droit sortie de l’univers du Docteur Mabuse, représente un autre pas franchi vers le cauchemar qui se dessine peu à peu autour de lui…

Le film rappelle aussi à quel point les univers de Lang et Hitchcock ont été proches, à cette époque (c’est d’ailleurs à Hitchcock qu’on avait d’abord proposé le scénario de ce qui allait devenir Chasse à l’homme). Le personnage de cet homme plongé malgré lui dans une sombre affaire d’espionnage, ce pourrait être le Robert Donat des 39 Marches. Ce faux aveugle, que notre héros rencontre dans un train, pourrait lui aussi sortir d’un film de Hitchcock… Sans oublier l’incontournable macguffin, objet de toutes les convoitises dont on se fiche de savoir ce que c’est, dont Hitchcock a fait l’une de ses marques de fabrique, et qui trouve ici une forme particulièrement anodine : un gâteau…

Hitchcock et Lang ne sont cependant pas interchangeables, loin s’en faut. Il y a chez Hitch une légèreté, une ironie, qui se transforment chez Lang en inquiétude plus marquée. L’ironie est là, aussi, mais plus sombre, plus cynique aussi. Le personnage interprété par le grand Ray Milland est à la fois un faux coupable et un homme sans histoire plongé au cœur d’un mystère (thèmes chers à Hitchcock), mais c’est surtout un héros profondément Langien : un homme marqué par son passé, à la fois avide de renouer avec le genre humain, dont il a été privé pendant deux ans, et conscient qu’il doit se méfier de tous. Comme tant d’autres héros de Lang, à commencer par Spencer Tracy dans Furie.

L’histoire en elle-même ressemble à bien d’autres films de propagandes de cette époque : notre  héros va mettre à jour l’existence d’un réseau d’espions au cœur de Londres. La principale force du film repose sur le style visuel de Lang, éblouissant : il fait de son film antinazi une pure gourmandise de cinéma, un film de genre bourré de rebondissements et sublimement filmé. Lang joue avec les ombres, avec l’obscurité, la brume… Moins on en voit, et plus c’est spectaculaire.

Il joue aussi sur la possible schyzophrénie de son héros, tout juste sorti d’un asile de repos et dont le premier acte d’homme libre est d’aller se mêler aux enfants d’un parc d’attraction, avant de raconter une histoire incroyable aux forces de l’ordre. Ce héros, que l’on confond avec un authentique espion, évoque avant l’heure le Robert Townsend qu’interprétera Cary Grant quinze ans plus tard dans La Mort aux trousses… d’Hitchcock, bien sûr.

Rio Grande (id.) – de John Ford – 1950

Posté : 23 octobre, 2011 @ 5:49 dans 1950-1959, FORD John, O'HARA Maureen, WAYNE John, WESTERNS | 2 commentaires »

Rio Grande

Après Le Massacre de Fort-Apache et La Charge héroïque, Ford boucle sa sublime trilogie de la cavalerie avec ce Rio Grande, nouvelle grande réussite même s’il s’agit incontestablement du plus faible des trois films. Plus encore que dans les deux films précédents, Ford se désintéresse clairement de la trame dramatique pour se concentrer sur ce qui fait tout le sel de cette trilogie unique : les hommes qui composent cette cavalerie qui le fascine visiblement, mais sur laquelle il pose un regard à la fois admiratif et respectueux, mais aussi parfois critique et ironique.

John Wayne est une nouvelle fois au cœur du film. Et une nouvelle fois, c’est un homme confronté aux horreurs de la guerre avec les Indiens, autant qu’à l’imbécillité de ses supérieurs, à qui il obéit aveuglement en dépit de tout. C’est ça la cavalerie : un sens du devoir et de l’obéissance qui doit dominer tout le reste… y compris la famille.

Le rôle des épouses de soldats avait été évoqué joliment, par quelques plans particulièrement marquants, dans Fort Apache… Il est ici au cœur de Rio Grande, à travers le beau personnage de Maureen O’Hara (qui donne pour la première fois la réplique à Wayne), mère désespérée qui a quitté son John Wayne de mari des années plus tôt après qu’il a brûlé leur propre maison sur les ordres de son supérieur (ah ben oui, il a le sens du devoir !), et qui vient aujourd’hui pour le convaincre de renvoyer à la vie civile leur fils, qui vient de s’enrôler après avoir raté le concours d’officier.

Incontestablement, l’alchimie est parfaite entre les deux acteurs (alchimie qui explosera littéralement deux ans plus tard avec L’Homme tranquille), dont toutes les confrontations sont baignées par un mélange d’animosité et d’attirance. On peut juste regretter que Ford n’ait pas exploré davantage cette dualité : très vite, on sent bien que le sens du devoir de Wayne va emporter les dernières réticences de la maternelle Maureen.

Dommage, mais c’est bien la seule réserve que je fais à ce film passionnant dans lequel John Wayne est une nouvelle fois épatant en héros fatigué par les longues chevauchées autant que par l’impuissance à laquelle le soumettent ses supérieurs.

Mais le film vaut avant tout pour ses nombreux moments en creux. Une chorale militaire qui chante une ballade irlandaise qui plonge soldats du rang et officiers dans une douce mélancolie… Un sous-off fort en gueule (incontournable Victor McLaglen, dans son avant-dernier rôle pour Ford, avant L’Homme tranquille) qui entraîne de jeunes recrues… Deux vieux de la vieille qui évoquent autour d’un café et à mots feutrés la bataille qui les a marqués bien des années plus tôt… Le regard inquiet de Wayne veillant sans en avoir l’air sur son rejeton… La complicité évidente entre Ben Johnson et Harry Carey Jr, duo que Ford venait de diriger dans Le Convoi des baves, son précédent chef d’œuvre.

Bref, un pur John Ford pas tout à fait aussi ambitieux que les précédents (visuellement, même, le noir et blanc de Rio Grande est bien moins spectaculaire que le technicolor sublime de La Charge héroïque). Mais c’est un bon Ford. Et un bon Ford, c’est un grand film…

Jugé coupable (True Crime) – de Clint Eastwood – 1999

Posté : 23 octobre, 2011 @ 5:44 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, EASTWOOD Clint (acteur), EASTWOOD Clint (réal.) | Pas de commentaires »

Jugé coupable

Un film qui commence avec un médecin qui examine un condamné à mort sur le point d’être exécuté en lui lançant  « Vous avez une santé de fer ! » ne peut pas être un film comme les autres. Et effectivement. Si Jugé coupable est un film mineur dans la filmo de Clint réalisateur, c’est aussi, sans doute, le plus étonnant et le plus déroutant. Eastwood semble en profiter pour dire : « bon, maintenant j’ai 69 ans, je n’ai plus rien à prouver et je vais faire exactement ce que je veux. Tant pis si ça ne vous plaît pas… »

Et tant pis si le suspense repose sur une intrigue totalement incroyable, qui permet au journaliste Steve Everett de résoudre une enquête en douze heures montre en main, alors que tout le monde s’y était cassé les dents depuis six ans. Mais attention, pas douze heures à temps plein : durant cette demi-journée, Steve a le temps de se fâcher avec sa femme, de se faire virer par son patron, de coucher avec la femme de son rédacteur en chef, de se saoûler… et même d’emmener sa fille (jouée par la propre fillette d’Eastwood) visiter le zoo, dans une scène aussi inattendue qu’irrésistible de « rapido-zoo »…

Quel homme, quand même… Evidemment, l’histoire est idiote, et l’incroyable rebondissement qui permet à Clint de sauver in fine le condamné à mort au tout dernier moment (suspense oblige) est totalement incroyable. Mais justement, on s’en fout. Les moments en creux ont toujours été la grande force des films d’Eastwood (et cette tendance ne fera que croître dans les films à venir). Alors cette fois, le cinéaste a décidé d’aller au bout de cette logique, et de se désintéresser totalement de tout ce qui n’est pas « en creux », évacuant l’intrigue à proprement parler par des rebondissements énormes.

Non pas, d’ailleurs, que le suspense ne fonctionne pas. Mais c’est dans tous les à-côtés qu’on prend un plaisir presque enfantin à voir ce film. La scène du zoo, donc, la plus drôle de l’histoire du cinéma ; les derniers soubresauts d’un Clint dragueur qui réalise trop tard qu’il n’est plus le séducteur qu’il était ; l’humanité troublante et touchante d’un directeur de prison trop confronté à la mort (Bernard Hill) ; les gardiens mobilisés pour retrouver le crayon vert d’une fillette ; ou surtout ces trop rares tête-à-tête entre Clint et James Woods, patron de journal au langage pour le moins fleuri, et qui relèvent du pur plaisir de comédie (aussi réjouissante que la rencontre entre Clint Eastwood et Ed Harris dans Les Pleins Pouvoirs).

C’est aussi, presque accessoirement, un film mititant contre la peine de mort (mais ce n’est ni le premier, ni le plus efficace), et un film qui s’inscrit nettement dans la mythologie eastwoodienne : la dernière image, belle et mélancolique, renvoie à l’image du cavalier solitaire campé par Clint dans tant d’autres films du passé…

La Rivière sauvage (The River Wild) – de Curtis Hanson – 1994

Posté : 23 octobre, 2011 @ 5:42 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, ACTION US (1980-…), HANSON Curtis | Pas de commentaires »

La Rivière sauvage (The River Wild) - de Curtis Hanson - 1994 dans * Thrillers US (1980-…) la-riviere-sauvage

Avoir revu l’excellent Wonder boys m’a donné envie de replonger dans cette Rivière sauvage, du même Curtis Hanson, que je n’avais plus fréquentée depuis sa sortie en salles. Ça nous rajeunit pas, ma brave dame. Le film, en tout cas, tient plutôt bien l’épreuve du temps : seul le jean délavé trop large de Meryl Streep est là pour nous rappeler que le film est bientôt majeur !

L’histoire est très simple : une famille de New Yorkais part décompresser quelques jours en descendant en bateau les eaux agitées d’une rivière sauvage (eh oui, d’où le titre). Ils rencontrent des étrangers avec qui ils sympathisent, mais qui se révèlent être de dangereux malfaiteurs… Difficile de voir le film sans penser à Délivrance ou à Rivière sans retour, deux chef d’œuvre d’un autre temps auxquels Hanson rend hommage, sans se laisser étouffer par la double comparaison.

Rien à dire sur le sens de la narration du cinéaste, qui sait décidément y faire avec le film de genre : après une première partie toute en douceur, Hanson fait monter la pression autour du personnage de Kevin Bacon, jeune homme sympathique qui révèle sa vraie nature de monstre prêt à tout, même à tuer un chien de sang froid (mais rassurez-vous, on est à Hollywood, où il est plus facile de tuer un enfant qu’un chien). Ce thriller au grand air est particulièrement flippant.

Rien à dire non plus sur la manière dont il filme les descentes de rapides… Nettement plus spectaculaire que Rivière sans retour, La Rivière sauvage est un pur plaisir de cinéma très impressionnant visuellement. D’autant plus que tout le film est dominé par les décors naturels absolument époustouflants dans lesquels il a été tourné. Cours d’eau calme ou gorges profondes entourées de montagnes boisées, chaque image est d’une beauté à couper le souffle. A tel point qu’on souhaiterait presque, par moments, que les personnages disparaissent pour mieux profiter de cette nature sublimissime.

Mais Hanson ne se contente pas de raconter une histoire inquiétante dans un décor de rêve : il fait de la nature un élément essentiel de son film. Comme John Boorman dans Délivrance, mais surtout comme Anthony Mann dans ses westerns (en particulier L’Appât). C’est un personnage à part entière, peut-être le plus riche et surprenant de tous.

Bon point aussi pour les acteurs, et surtout pour les deux personnages les plus en retraits : le mari (David Strathairn) et le complice de Kevin Bacon (John C. Reilly, espèce de gros nounours toujours très juste et surprenant). Finalement, le principal défaut du film, c’est sa star : Meryl Streep, qui en fait des tonnes dans le côté « je suis une grande actrice bien au-dessus de mes partenaires ». On l’a connue plus sobre et plus convaincante…

L’Esprit s’amuse (Blithe Spirit) – de David Lean – 1945

Posté : 21 octobre, 2011 @ 9:38 dans 1940-1949, FANTASTIQUE/SF, LEAN David | Pas de commentaires »

L'Esprit s'amuse

Après le succès de Heureux mortels, David Lean adapte une nouvelle fois une pièce de Noel Coward. Le résultat est considéré comme l’une des meilleures comédies anglaises des années 40, mais je vais être bien moins enthousiaste que la postérité ! Bon, je dois reconnaître ne pas être très friand des comédies de mœurs mettant en scène des fantômes (si, si, il doit y en avoir d’autres). C’est peut-être pour ça que cette comédie qui se veut enlevée (la femme de ménage n’arrête pas de courir) et acide (un homme qui fait ménage avec sa nouvelle femme et le fantôme de sa femme précédente, quel scandale !) m’a totalement laissé sur la touche.

Rex Harrison y interprète un écrivain remarié après la mort de sa première femme, qui fait appel à une médium pour l’observer sans en avoir l’air et en faire un personnage de son prochain roman. Sauf que la séance tourne bizarrement, et que le fantôme de son ex lui apparaît (mais juste à lui) et s’incruste durablement… Dans un premier temps, le personnage très excentrique de Margaret Rutherford (la médium) fait sourire, mais sa prestation finit par être un brin exaspérante. Quant aux quiproquos créés par ce fantôme qui n’est visible et audible que de Rex, ils font sourire une ou deux fois… mais le running gag revient sans cesse, jusqu’au trop-plein. C’était sans doute très drôle sur scène, mais David Lean ne renouvelle pas le miracle de son précédent film : s’approprier le matériau de départ pour en tirer un film qui lui soit personnel.

On n’est pas pour autant dans du théâtre filmé : Lean, s’il reste très « cowardien », donne du rythme au film, et lui donne une atmosphère très british, qui lui font dire des choses très cruelles (le personnage de Rex Harrison est quand même un type d’un cynisme et d’un égocentrisme assez inouïs) avec une impression de légèreté délicieusement inconvenante. Rien que pour ça, et malgré le vert très laid du fantôme et l’ennui qui pointe son nez de temps en temps, le film mérite bien d’être vu.

Blitz (id.) – de Elliott Lester – 2011

Posté : 21 octobre, 2011 @ 9:14 dans * Polars européens, 2010-2019, LESTER Elliott | Pas de commentaires »

Blitz

Un flic aux méthodes radicales mal vu par ses supérieurs, sur la sellette après avoir mis hors circuit d’une manière radicale des voyous qu’il avait surpris en plein méfait… Non, Blitz n’est pas un remake de L’Inspecteur Harry, mais la filiation est évidente. Evidente et visiblement assumée comme le réalisateur semble le reconnaître au détour d’un dialogue (« Vous marchez dans la rue et vous tombez sur des types armés de cutters. Ils en veulent à votre fric et ils veulent vous graver votre nom sur la tronche. Dans ce cas, vous pensez plus à votre tronche ou aux journaux ? »). L’hommage méritait-il un film ? Pas sûr…

Blitz n’a pas le côté écœurant de certains « vigilante », le rôle de la fliquette qui lutte contre sa propre toxicomanie est original et sonne juste, Jason Statham ne manque pas d’un certain charisme animal (bestial, même), et la peinture de Londres est clairement en dehors des sentiers battus, inquiétante et violente. Voilà pour les points très positifs.

Mais la balance penche très nettement du côté négatif. Pour commencer, et sans vouloir dire « c’était mieux avant » (mais c’était mieux avant, quand même…) Elliott Lester n’est pas Don Siegel. Et Blitz n’arrive pas à la cheville de Dirty Harry, pas plus que Statham ne supporte la comparaison avec Eastwood. Charismatique, peut-être, mais la profondeur du personnage avoisine le néant. Et le tandem que ce type hyper viril (de 1940 à 2010, l’image de la virilité a migré de Humphrey Bogart à Jason Statham… ben oui, c’était vraiment mieux avant !) forme avec un flic homosexuel sur le modèle archi-rabattu du buddy movie, est aussi lourd qu’inintéressant.

Quant à l’histoire (deux flics enquêtent sur un tueur de flics qui sévit dans les rues de Londres), elle ne tient pas ses promesses, loin s’en faut. Le méchant manque de profondeur, l’enquête est baclée, et le rebondissement final est téléphoné.

A moitié agacé, à moitié ennuyé, on finit par se désintéresser de l’intrigue, pour s’amuser au jeu des ressemblances… qui ne manquent pas. Basic Instinct (« vous allez m’arrêter pour avoir fumé ? »), Sixième sens (la relation dangereuse nouée par le tueur avec un journaliste, interprété ici par David Morrissey), ou encore American History X (ouïe… le coup de la bordure de trottoir) et plein d’autres. Sûr que ce sont des hommages…

The Ghost Writer (id.) – de Roman Polanski – 2010

Posté : 18 octobre, 2011 @ 3:03 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, POLANSKI Roman | Pas de commentaires »

The Ghost Writer

Question du jour : la prison rend-elle les détenus meilleurs ? Pas sûr… Mais son séjour derrière les barreaux n’a pas gâché le talent de Roman Polanski, loin de là. C’est en prison que le cinéaste a monté Ghost Writer, et le résultat est absolument bluffant. Comme souvent lorsqu’il s’attaque au pur film de genre (je ne me lasse pas de Frantic), Polanski est à son meilleur avec ce thriller politique assez machiavélique, mais finalement très simple. Simpliste, même, rétorquent ses détracteurs, ce qui n’est pas tout à fait faux.

Il y a en tout cas la sensation d’une grande simplicité qui transparaît du film, ce qui est plutôt inattendu dans un thriller politique, genre largement porté sur les révélations à tiroirs, sur les fausses pistes et les faux semblants. Ici, personne n’est vraiment ce qu’il prétend être, c’est vrai, mais les masques tombent très vite.

On comprend vite, en tout cas, que le personnage principal, un « nègre » (l’expression anglaise, ghost writer, est nettement plus belle) appelé pour terminer l’autobiographie d’un ancien premier ministre britannique, s’est plongé dans la gueule du loup, et qu’il ne peut vraiment faire confiance à personne. Le film repose sur le suspense qui découle de cette situation, et sur l’intelligence extrême de la mise en scène. Plutôt économe en dialogues, le film devient génial grâce au sens exceptionnel de la narration du cinéaste.

Le film commence d’une manière aussi originale que brillante : un ferry qui se vide peu à peu de ses passagers. Seule reste une voiture abandonnée… Il n’en faut pas plus pour comprendre que son propriétaire est mort, sans doute balancé par-dessus bord pendant la traversée. La séquence est totalement muette, mais on en apprend énormément. Mieux : cette première scène trouvera un écho terrifiant vers la fin du film, lorsque le héros fera la même traversée.

Cette victime est justement le premier écrivain appelé à travailler sur la bio de l’ancien premier ministre. C’est pour le remplacer que le nouveau nègre est engagé. C’est Ewan McGregor, acteur de plus en plus puissant qui joue formidablement bien cet écrivaillon sans grande envergure qui réalise peu à peu que le secret qu’a découvert son prédécesseur a de quoi faire vaciller tout un pan de la politique britannique, et qu’il pourrait accessoirement lui coûter la vie…

Quel est ce secret ? On s’en fiche un peu : Polanski nous fait le coup du macguffin cher à Hitchcock, dans ce qui est d’ailleurs le plus hitchcockien de ses films depuis Frantic. Ce qui compte ici, c’est le pur suspense, et l’élégance extrême de la mise en scène. Très inspiré, Polanski filme son personnage principal dans un enfermement grandissant à plusieurs niveaux. Géographique, d’abord : l’histoire se passe en grande partie sur une île presque déserte au lare de Boston, dans une immense maison dépouillée et froide. Et puis morale : McGregor n’a personne à qui parler, personne en qui croire : la seule personne « neutre » qu’il rencontre est un vieillard qui ne semble plus avoir toute sa tête (apparition brève mais sympathique d’Eli Wallach, still here).

McGregor est de toutes les scènes, et porte littéralement le film sur ses épaules. Mais Pierce Brosnan est là, lui aussi. Dans le rôle (assez bref en terme d’apparition à l’écran) de l’ancien premier ministre, il est excellent, portrait fascinant d’un homme qui fut très puissant et qui passe désormais des journées d’une vacuité extrême, isolé avec sa dernière garde rapprochée aux antipodes de l’hyperactivité de Londres. C’est aussi ça le sujet du film, en tout cas dans sa première partie, moins flippante, mais aussi passionnante : comment un homme aussi important peut-il réapprendre à vivre « normalement ». La réponse, ici, n’est guère optimiste.

The Ghost Writer est un chef d’œuvre, d’une richesse sans doute infinie. Mais on peut le voir aussi comme un pur film de genre, l’œuvre d’un cinéaste exceptionnel. Le film est émaillé de scènes à couper le souffle, à la fois d’une grande efficacité, d’une grande intelligence (Polanski est peut-être le premier à utiliser le gps intelligemment pour une longue scène de suspense), et d’une grande élégance. Jusqu’à la toute dernière séquence, que je ne dévoilerai pas ici, mais qui porte la marque d’un très grand cinéaste, sur de son savoir-faire. Décidément très hitchcockien.

Public Enemies (id.) – de Michael Mann – 2009

Posté : 12 octobre, 2011 @ 5:57 dans * Thrillers US (1980-…), 2000-2009, MANN Michael | Pas de commentaires »

Public Enemies

Encore une claque ! Troisième fois, déjà, que je regarde ce nouveau chef d’œuvre mannien, et le constat est toujours évident : Mann est l’un des plus grands cinéastes vivants ; il fait partie de ces artistes dont l’œuvre est hantée par les mêmes thèmes ; et il est plus que jamais le seul à me faire aimer les caméras numériques. C’est un créateur et un inventeur de forme, et c’est de plus en plus évident à chaque nouveau film. Collateral, Miami Vice, Public Enemies… Chaque nouvelle réalisation permet à Mann d’aller plus loin dans l’utilisation de ces caméras qui transforment l’immense majorité des longs métrages en films de vacances… Ici, les images de nuit surtout, et les séquences de fusillades (et elles sont très, très nombreuses) sont proprement fascinantes !

L’idée de voir Mann porter à l’écran la vie très tumultueuse de John Dillinger, l’homme pour qui l’expression « ennemi public » a été inventée, et dont la traque a permis au FBI de Hoover de prendre une nouvelle dimension, était très excitante. Mais le résultat est au-delà des attentes, parce qu’il n’y a pas la moindre faute de goût dans ce film ample et spectaculaire, mais aussi intime et complexe. Et parce que le cinéaste transcende son sujet, en faisant une fable noire et cruelle sur l’éternelle confrontation entre le bien et le mal (au cœur de presque tous ses films), et entre le passé et l’avenir.

Car malgré sa jeunesse, Dillinger est déjà un homme du passé, une espèce de dinosaure qui ne réalise pas vraiment que le monde a changé sans lui, qui découvre avec une surprise désabusée que les nouveaux gangsters se font plus d’argent chez les bookmakers chaque jour que lui-même en braquant une banaque, et que le panache n’a plus de valeur pour eux. Il peine aussi à comprendre que le FBI (comme la police dans le White Heat de Raoul Walsh) utilise des moyens auxquels il n’est pas préparé, et qui finiront par le faire tomber. Cette confrontation entre le passé et le futur est d’ailleurs visuellement perceptible : la reconstitution magnifique de l’Amérique des années 30 est filmée par la plus moderne des caméras, dans des images bien d’aujourd’hui.

Cette Amérique de la Grande dépression n’avait plus été filmée avec autant de force depuis bien des années. Comme Ford dans Les Raisins de la Colère, Mann filme une Amérique profonde à la recherche de symbole, et qui le trouve en la personne de ce gangster qui tue les policiers sans hésiter mais épargne les petites gens, qui volent les banques tout en laissant leur argent aux clients. C’est aussi une Amérique sans espoir et sans joie, symbolisée par cette courte mais très belle scène où une jeune femme chez qui il s’est réfugié supplie Dillinger de l’emmener avec lui. C’est avant tout contre cette société qui victimise que Dillinger se révolte, lui qui, comme il le dit « veut tout ».

Public Enemies évoque aussi la plupart des précédents polars de Mann, et tout particulièrement Heat, dans sa confrontation entre le bien et le mal, symbolisés par deux personnages également forts : Dillinger, alias Johnny Depp, puissant et ténébreux ; et sa nemesis, l’agent du FBI Melvin Purvis, joué par Christian Bale, superflic dont les failles à peine perceptibles sont bien réelles, devant les méthodes parfois employées par le « bureau », et sa propre impuissance face à cet ennemi qui le fascine et qu’il admire. Leur relation fait bien plus qu’évoquer celle de Pacino et DeNiro dans Heat : elle la développe et l’enrichit, tout en en gardant l’essence profonde.

La parenté entre ces deux films est souvent évidente, comme quand Depp explique que pour survivre, il faut être capable de partir en quelques minutes, et de tout laisser derrière soi. Exactement comme DeNiro dans Heat. Les deux hommes sont étonnamment semblables, partagent une même philosophie de la vie, et tomberont tous deux pour les mêmes raisons : cherchez la femme ! On le comprend, le Dillinger, parce que cette femme est jouée par Marion Cotillard, à tomber par terre (quelle carrière américaine, quand même !), qui offre à son amant quelques très jolis moments de bonheur entre deux explosions de violence.

Intelligent et d’une richesse exceptionnelle, Public Enemies est aussi hyper spectaculaire et très émouvant. Ben oui, c’est un chef d’œuvre, quoi…

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