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Archive pour la catégorie 'Genres'

Les Révoltés / La Révoltée (Outside the law) – de Tod Browning – 1920

Posté : 19 mai, 2011 @ 9:43 dans * Films de gangsters, 1920-1929, BROWNING Tod, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Les Révoltés

Après un vol qui leur a rapporté une fortune, un couple se fait oublier durant quelques semaines en s’enfermant dans un appartement… L’histoire évoque étrangement celle de White Tiger, que le même Tod Browning tournera trois ans plus tard. Le cinéaste creusera souvent le même sillon, se renouvelant pourtant toujours pour aller de plus en plus loin. C’est déjà le cas avec ses films de jeunesse, moins traumatisants que des chef d’œuvre comme L’Inconnu ou L’Oiseau Noir, mais déjà passionnants.

Loin du morbide qui fera sa réputation, Browning signe un film de gangsters qui n’a rien de classique. Tout commence dans un Chinatown filmé d’une manière extraordinairement vivante par Browning, qui nous plonge au cœur des arrière-boutiques et de cette vie nocturne entre violence et mystères. Et comme dans White Tiger, c’est dans ces bas-fonds qu’une grande figure du gangstérisme est trahie, à la suite d’une séquence de fusillade ébouriffante. Après son arrestation, sa fille (Priscilla Dean, l’actrice fétiche de Browning à cette époque) est bien décidée à le venger.

Pourtant, c’est bien un film sur la rédemption, et non sur la vengeance. Et c’est un film qui évite les sentiers balisés : alors que l’intrigue est bien en place, les deux héros se retrouvent enfermés dans un appartement (tout confort, loin de la cabane rustique de White Tiger), où ils n’ont rien d’autre à faire que de se regarder dans le blanc des yeux, faire des plans d’avenir, et décider de tirer un trait sur leur passé de criminels… C’est a priori le passage le plus austère du film, et c’est pourtant le plus abouti, et de loin. Ce huis-clos soudain bulle de légèreté dans un univers inquiétant, est fascinant. Avec l’arrivée d’un gamin pas tête-à-claque du voisinage, il fait même basculer le film dans une espèce de comédie de mœurs très émouvante.

On est décidément bien loin des grands classiques de Browing des années à venir. Pourtant, Outside the law marque la deuxième collaboration (après The Wicked Darling) du réalisateur avec celui qui symbolisera son cinéma pour l’éternité : Lon Chaney. Ce dernier apparaît d’ailleurs déjà dans un double rôle, comme il le fera à plusieurs reprises à l’avenir. Il interprète à la fois le traître impitoyable Black Mike, et un Chinois aux yeux très (très, très) bridés, Ah Wing.

Barbe-Bleue (Bluebeard) – de Edgar G. Ulmer – 1944

Posté : 18 mai, 2011 @ 5:20 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, CARRADINE John, ULMER Edgar G. | Pas de commentaires »

Barbe-Bleue (Bluebeard) - de Edgar G. Ulmer - 1944 dans * Films noirs (1935-1959) barbe-bleue

C’est la période la plus glorieuse d’Ulmer, celle où il enchaîne quelques-uns de ses meilleurs films : Détour, Strange Illusion et Le Démon de la Chair sont tournés en l’espace de deux ans seulement. Dans cette série prestigieuse, Barbe-Bleue trouve sa place sans discussion possible : dans un Paris fantasmé, qui évoque les ruelles sombres et humides de White Chapel, Ulmer signe ce qui, s’il avait choisi de placer son intrigue à Londres, aurait été sa version du mythe « Jack l’Eventreur ». L’une des meilleures versions, même.

On est d’ailleurs vraisemblablement vers la même période. A Paris, les femmes n’osent plus sortir seules depuis qu’un mystérieux tueur, que la vox populi a vite fait de surnommer « Barbe-Bleue », assassine les jeunes femmes blondes et belles, que l’on retrouve quelques jours plus tard flottant dans la Seine. Déjà vu ? Oui, mais qu’importe, Ulmer assume et transcende tous les poncifs.

Le décor de carte postale, pour commencer. Ulmer l’assume tellement bien qu’il en est le seul responsable : homme à tout faire de ses minuscules productions, le réalisateur a peint lui-même les tableaux qui servent de décor au film. C’est évidemment du bricolage, mais le talent d’Ulmer rend le résultat fascinant et presque poétique. Paris devient un endroit inquiétant, mais attirant, où les habitants aiment se retrouver dans les parcs, peuplé d’artistes qui vivent dans leurs vastes ateliers en mansardes avec vue sur les toits et la Seine.

Inquiétant, mais attirant, c’est aussi ce qui caractérise le marionnettiste interprété par John Carradine, dont l’héroïne tombe amoureuse, mais que la caméra d’Ulmer a tôt fait de nous présenter comme le tueur en série qui ensanglante la capitale. Un Barbe-Bleue du XIXème siècle qui tue les femmes qu’il aime et qu’il peint. Oui, parce que c’est l’acte de peindre ces femmes qui fait naître chez lui cette pulsion meurtrière. L’art, l’amour et la mort, liés de manière tragique.

Mais notre héroïne est différente, et le marionnettiste a bien l’intention de l’aimer pour de bon, totalement et surtout pour longtemps. Alors il décide de ne plus peindre, jusqu’à ce qu’il y soit contraint de nouveau. Et pas de chance, son nouveau modèle n’est autre que la sœur de l’élue de son cœur… « Paris est tout petit pour ceux qui, comme nous, s’aiment d’un si grand amour », clamerait Garance…

Au-delà du suspense, d’une efficacité absolue ; au-delà de ce Paris fascinant et oppressant ; il y a une grande audace dans ce film à petit budget. Ulmer fait de son tueur un homme certes dangereux, mais presque enfantin, qui confesse ses crimes avec un tel naturel qu’il ne comprend pas que son aimée lui en tienne rigueur. Devant sa caméra, le personnage le plus léger du film (la sœur de l’héroïne), jeune femme bravache au sourire conquérant, plonge en un dixième de seconde dans le tragique. Le cinéaste n’hésite pas à arrêter l’action de longues minutes pour filmer le spectacle de marionnettes du tueur…

Formellement, Barbe-Bleue est l’un des meilleurs Ulmer, aussi. Dans une nuit qui semble permanente (les budgets ridicules poussent décidément à débrider l’imagination), le réalisateur crée une atmosphère de cauchemar qui nous hante durablement…

Le Diabolique Docteur Mabuse (Die 1000 Augen des Dr. Mabuse) – de Fritz Lang – 1960

Posté : 5 mai, 2011 @ 9:35 dans * Polars européens, 1960-1969, LANG Fritz | Pas de commentaires »

Le Diabolique Docteur Mabuse

Fritz Lang boucle la boucle en renouant avec sa personnification préférée du Mal : le docteur Mabuse, qui lui a inspiré deux chef d’œuvre absolus, l’un muet (Docteur Mabuse le joueur, en 1922), l’autre parlant (Le Testament du Docteur Mabuse, son ultime film allemand avant son départ précipité, en 1933). Près de trente ans plus tard, et après une série incroyable de grands films, Lang est revenu en Europe, et signe ce qui sera son ultime film.

Renouer avec Mabuse n’est pas un hasard : derrière l’influence « serial » de ces films, Lang a fait de cette série une métaphore gonflée et ouvertement politique des troubles de son époque. En 1922, c’était la misère et la violence de la République de Weimar ; en 1933, c’était évidemment la menace nazie… En 1960, l’Allemagne se reconstruit, certes, et la menace n’est plus aussi évidente, mais le pays est coupé en deux, et les tensions s’accentuent. Pourtant, la métaphore est moins évidente ici que dans les deux précédents films : Lang semble plutôt faire un retour sur sa propre œuvre.

Le premier crime du film (un homme est tué au volant de sa voiture par le passager d’une autre voiture) est d’ailleurs un copié-collé très fidèle d’une scène fameuse. Et Le Diabolique Docteur Mabuse est en quelque sorte un remake du Testament…, même si cette fois le vrai Mabuse est évidemment mort et enterré, et que le cadre est différents. Le personnage du policier, interprété ici par Curt Jurgens, ressemble ainsi étrangement à Lohmann, le commissaire joué par Otto Wernicke dans Le Testament… (et dans M le maudit). Toute ressemblance…

On retrouve aussi les codes du grand cinéma populaire d’autrefois, avec ce grand hôtel mystérieux autour duquel toutes les victimes du nouveau Mabuse semblent évoluer, et où chacun a quelque chose à cacher. Il y a cette jeune femme suicidaire (Dawn Addams, découverte dans Un Roi à New York), que sauve in extremis un richissime homme d’affaires, et que poursuit son mari tyrannique. Il y a cet assureur, trop jovial pour être tout à fait honnête. Il y a ce voyant aveugle qui évoque lui aussi d’autres personnages des précédents films. Il y a aussi quantité d’autres personnages dans cet hôtel qui n’est rien d’autres que le château hanté des vieux films à mystère.

Le film n’est pas aussi réussi que les deux précédents, certes. Esthétiquement, Lang n’est pas tout à fait aussi inspiré. Mais le cinéaste nous livre un film testament qui résume parfaitement son cinéma : à la fois populaire et d’une grande intelligence.

Meurtre en musique (Song of the Thin Man) – de Edward Buzzell – 1947

Posté : 4 mai, 2011 @ 10:02 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, BUZZELL Edward | Pas de commentaires »

Meurtre en musique

Succédant à W.S. Van Dyke, qui avait signé les quatre premiers volets (1, 2, 3, 4), assez inégaux, et au faiblard Richard Thorpe (5), le méconnu Edward Buzzell donne un coup de fouet à la longue série The Thin Man : ce sixième (et dernier) épisode est aussi le meilleur depuis Nick gentleman détective, sorti onze ans plus tôt. Buzzell retrouve cet heureux mélange de comédie et de suspense sombre qui avait marqué les deux premiers films. Avec, quand même, un penchant nettement prononcé pour la parodie : on rit bien plus qu’on ne frémit devant cette enquête bien menée par notre couple préféré de détectives du dimanche.

Des détectives qui s’embourgeoisent dangereusement, film après film. « Tu t’encroutes », lance même Nora à Nick. Et le regard mi-moqueur, mi-accusateur de Myrna Loy fonctionne toujours aussi bien avec l’air éternellement surpris et amusé de William Powell. Ces deux-là étaient décidément faits pour se donner la réplique. Détectives et couple bien installé, les Charles doivent plus que jamais conciliés leurs deux vies. D’autant plus que, pour la première fois, leur fils Nick Jr joue un vrai rôle dans le film (né à la fin du deuxième film, il avait soigneusement été mis de côté par les scénaristes des films suivants, qui ne savaient visiblement pas quoi en faire).

Ici, le p’tit gars d’une dizaine d’années est même au cœur d’une séquence particulièrement angoissante et émouvante, l’une des rares de la série au cours de laquelle les Charles font tomber leur masque d’éternelle ironie. Nick Jr est joué par Dean Stockwell, enfant star à l’époque (qui sera l’année suivante Le Garçon aux cheveux verts), que ma génération redécouvrira dans les années 80 en loufoque Al dans Code Quantum. Si c’est pas une carrière, ça… (Cela dit, le destin des enfants stars est parfois surprenant, quand on se souvient que le Kid Jackie Coogan est devenu l’oncle Fenster de la série La Famille Addams, ou que Roddy McDowall, gamin au cœur de Qu’elle était verte ma vallée, jouera un chimpanzé dans La Planète des singes et ses suites.)

Le film commence lors d’une soirée donnée sur un bateau (très chic à l’époque), et à laquelle participent Nick et Nora. Comme dans tout bon « whodunit » classique, cette mise en place nous présente consciencieusement tous les (nombreux) personnages, et la future victime, type odieux que, bien sûr, la majeure partie de la distribution a une bonne raison de tuer. L’enquête est bien plus passionnante que dans les films précédents, peut-être parce que, pour une fois, le coupable ne saute pas aux yeux.

Peut-être aussi parce que Buzzell crée une vraie atmosphère à son film, qu’il situe dans le monde nocturne de la musique : on va des coulisses d’un grand orchestre aux soirées privées et un peu clandestines des amateurs de jazz, là où, loin du public qui les fait vivre, les musiciens commencent enfin « à faire de la vraie musique » (dixit un clarinettiste qui assiste Nick dans son enquête).

C’est donc sur une très belle note que se conclut cette série qui s’étend sur treize ans, et qui garde tout son charme.

White Tiger (id.) – de Tod Browning – 1923

Posté : 3 mai, 2011 @ 3:17 dans * Films de gangsters, 1920-1929, BROWNING Tod, FILMS MUETS | 2 commentaires »

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Browning n’a pas encore trouvé définitivement son créneau (l’ultra morbide, dont Lon Chaney sera l’interprète parfaite), mais il est déjà un très grand cinéaste, quand il signe ce beau film de gangsters qui commence comme un Dickens : dans les bas-fonds de Londres, un gangster respecté vit avec ses enfants, Sylvia et Roy, et se planque en compagnie de son complice Bill Hawkes. Mais ce dernier (joué par Wallace Beery, excellent) l’a balancé à la police, qui ne tarde pas à débarquer. Dans la confusion, le père est tué, Roy s’enfuit seul, et Sylvia est recueillie par Hawkes. Les années passent, Roy et Sylvia ont grandi, tous deux persuadés que l’autre est mort, et tous deux décidés à retrouver et tuer celui qui a causé la mort de leur père.

Par hasard, c’est grâce à Hawkes que le frère et la sœur, qui ne se reconnaissent évidemment pas, se retrouvent. Roy (Raymond Griffith, pas très convaincant) est devenu un arnaqueur qui gagne sa vie grâce à un automate-joueur d’échecs qu’il actionne lui-même discrètement. Sylvia (Priscilla Dean, qui était alors l’actrice fétiche de Browning) et Bill Hawkes vivent de petites arnaques, et proposent au jeune homme (qu’ils n’ont pas reconnu) de les accompagner en Amérique pour tenter de s’intégrer dans le grand monde, où il y a beaucoup d’argent à se faire.

Mais une arnaque tourne mal, et les trois escrocs, ainsi qu’un séducteur tombé amoureux de Sylvia, sont poursuivis par la police, et se réfugient avec leur butin dans une cabane perdue dans les bois, où ils espèrent se faire oublier. Le temps passe, et les soupçons commencent à apparaître entre les quatre co-locataires. La manière dont Browning filme ce huis-clos tardif est magistrale : par petites touches, le cinéaste fait monter la tension, et exprime parfaitement (évidemment sans paroles, mais les regards en biais suffisent) les suspicions, et la haine qui sépare les protagonistes, tout en les liant inexorablement les uns aux autres.

C’est du très grand art, d’autant plus que le frère et la sœur ne se sont toujours pas reconnus, et que la situation menace de tourner à la tragédie la plus morbide. La tension n’en est que plus terrible…

Sans la raconter en détail, la fin du film laisse hélas un goût d’inachevé, avec quelques idées magnifiques (comme le dernier plan, étonnant, de Wallace Beery), mais aussi le sentiment un peu frustrant que Browning est encore bridé, et qu’il n’a pas osé aller au bout de son univers.

La Fille du Dr. Jekyll (Daughter of Dr. Jekyll) – de Edgar G. Ulmer – 1957

Posté : 2 mai, 2011 @ 1:39 dans 1950-1959, FANTASTIQUE/SF, ULMER Edgar G. | 1 commentaire »

La Fille du Dr Jekyll

Ainsi donc, le docteur Jekyll avait une fille. Vous l’ignoriez ? Eh bien elle aussi, mais elle l’apprend dans ce petit film de série signé par le culte Ulmer. Et en voyant cette petite production fauchée mais inventive, conne mais prenante, on comprend pleinement pourquoi le cinéaste, totalement méconnu du grand public, garde aujourd’hui encore une réputation presque unique dans l’histoire du cinéma. Réalisateur de quelques chef d’œuvre reconnus (Détour, Barbe-Bleue ou Strange Woman, surtout), UImer a surtout à son actif quelques films de genres absolument incroyables, comme ce film d’horreur dont les extérieurs sont baignés dans la brume (signe que la production n’avait pas assez d’argent pour construire de vrais décors), et au scénario totalement improbable.

Une jeune femme revient dans le château où elle a grandi, pour présenter à l’homme qui l’a élevée son futur mari. Mais le percepteur révèle à sa fille adoptive la vérité sur sa naissance : elle est en fait la fille du docteur Jekyll, de sinistre mémoire, et pourrait être touchée à son tour par le dédoublement monstrueux de personnalité. Evidemment, la jeune femme tombe des nues, d’autant plus que des meurtres mystérieux sont commis dès que la nuit tombe.

Difficile à croire, certes, mais Ulmer transcende ce scénario qui ne vaut pas plus que la majorité des productions cheap de l’époque (dont la plupart sont à peine regardables), et signe un film oppressant et franchement flippant, avec quelques scènes mémorables, comme le dernier meurtre, étonnante séquence nocturne qui semble sortie de L’Homme Léopard de Tourneur. Le suspense fonctionne parfaitement, même si on devine le rebondissement final dès les premières minutes, et même si le film semble constamment flotter, indécis, entre le mythe imaginé par Stevenson et celui des loups-garous….

Qu’importe : c’est l’ambiance du film qui emporte l’adhésion, et on prend un plaisir coupable, mais gourmant, à se laisser entraîner dans le cauchemar éveillé de la belle Gloria Talbott, excellente actrice de série B, qui contribue à la réussite de ce film de série. Par respect pour un acteur qui s’est illustré chez John Ford (notamment Le Massacre de Fort Apache), on ne s’étendra pas sur la veste rayée et l’air peu concerné de John Agar, visiblement là pour arrondir ses fins de mois.

La Vallée de la Vengeance (Vengeance Valley) – de Richard Thorpe – 1951

Posté : 2 mai, 2011 @ 9:13 dans 1950-1959, LANCASTER Burt, THORPE Richard, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Vallée de la vengeance

Souvent faiblard, le prolifique Richard Thorpe a signé par-ci, par-là quelques perles du cinéma de genre : Ivanhoé dans le film de chevalerie, ou ce Vengeance Valley, premier western interprété par Burt Lancaster. Pas un chef d’œuvre, non : le film souffre d’une mise en scène un peu « plan-plan », sans grand relief, qui ne rend pas hommage aux décors naturels pourtant impressionnants. Mais il y a dans ce western atypique une ambiance inhabituellement familière : au spectaculaire généralement de mise, Thorpe préfère les petits gestes du quotidien, la vie dépouillée (et débarrassée des clichés du genre) des cow-boys. Des cow-boys, c’est-à-dire des garçons vachers, et non des pistoleros à la recherche d’aventures.

Il y a même un aspect presque documentaire à ce film qui, malgré sa courte durée (80 minutes seulement), prend le temps d’intégrer de longs plans montrant le travail des cow-boys dans les vastes plaines, plans sans lien direct avec l’histoire, et qui contribuent à installer l’atmosphère.

Pourtant, il y a une vraie histoire. Classique, certes, mais qui ne manque pas d’intérêt : c’est l’éternelle histoire des frères ennemis. En l’occurrence Lancaster et Robert Taylor, dans l’un de ses derniers rôles. Ce dernier interprète le fils lâche et faux d’un riche propriétaire terrien, qui lui préfère son fils adoptif, Lancaster, courageux et d’une honnêteté à toute épreuve.

Taylor, marié avec la belle Joanne Dru, qui n’a pourtant d’yeux que pour Lancaster, a engrossé la belle itou Sally Forrest. Odieux et veule comme il l’est, on a du mal à comprendre comment ces deux jeunes femmes, pourtant belles, intelligentes et attachantes, ont pu se laisser séduire…

Lancaster, lui, est le seul à savoir que son demi-frère est le père du bébé. Il a beau voir que Taylor n’est qu’une ordure, il garde le secret, acceptant de subir les conséquence à sa place, même quand le grand frère de la jeune maman débarque, décidé à descendre celui qui a mis sa sœur dans l’embarras. Quand on sait que le frère est interprété par John Ireland, qui n’a à peu près joué que des tueurs, on comprend qu’il ne s’agit pas d’un rigolo.

On a donc droit à quelques scènes d’action bien troussées. Mais l’intérêt du film est bien ailleurs : dans la peinture de cette petite ville qui ne vit que par l’élevage des bovins.

Quatre étranges cavaliers (Silver Lode) – d’Allan Dwan – 1954

Posté : 26 avril, 2011 @ 6:17 dans 1950-1959, DWAN Allan, WESTERNS | Pas de commentaires »

Quatre étranges cavaliers

S’il ne fallait voir qu’un seul film d’Allan Dwan (ce serait quand même dommage), alors que ce soit ce petit western de 75 minutes seulement, tourné avec peu de moyens dans le décor unique d’une petite ville, avec des comédiens de seconds plans. Parce que, mine de rien, Dwan signe un western immense, un film ouvertement politique, une étude sociologique incomparable, et tout simplement l’un des très grands films de la décennie.

Le film commence par un générique typique de western : une suite de plans montrant les étendues immenses et désertes de l’Ouest américain, comme pour dresser une frontière naturelle et infranchissable autour de cette petite ville dont on ne sortira plus jamais jusqu’au mot « fin ». Le premier plan à l’intérieur de la ville est magistral : une bande d’enfants joue aux billes, mais leur occupation innocente est troublée par l’arrivée de chevaux, dont on ne voit d’abord, comme les enfants eux-mêmes, que les sabots piétinant le calme de cette ville, Silver Lode, sur le point de célébrer la fête nationale, et le mariage de l’un des siens.

C’est d’ailleurs pour ce dernier, Dan Ballard (John Payne) que les cavaliers sont arrivés : la bande menée par McCarthy (Dan Duryea) se présente comme un groupe de marshalls venus pour arrêter celui qu’ils présentent comme un tueur recherché par la loi. Mais il ne faut pas longtemps pour se persuader que les hommes de McCarthy sont les vrais méchants du film, même si la population, elle, n’en est pas autant convaincue.

Mieux peut-être que Fritz Lang dans Furie, Dwan filme le processus implacable d’une foule en marche. Cette population qui, dans un premier temps, soutient sans faille ce Dan Ballard qu’elle a adopté mais que, au fond, elle ne connaît pas si bien que ça, en vient bientôt à s’interroger : après tout, il ne vit à Silver Lode que depuis quelques années, et nulle ne sait ce qu’il faisait avant. Et puis, pourquoi refuse-t-il de s’expliquer ? Les mauvaises langues se contaminent. Le doute gagne peu à peu tous les braves habitants, y compris ceux qui étaient prêts à mourir ou à bafouer la loi pour le défendre. Seules, la future femme de Ballard et une entraîneuse avec qui il a eu une aventure font front, malgré leurs différences, pour soutenir celui à qui la ville entière s’apprêtait à faire la fête, mais qu’elle cherche aujourd’hui à lyncher.

Jamais, peut-être, un western n’a aussi bien « visité » les moindres recoins de l’une de ces petites villes typiques de l’Ouest. Lancé dans une fuite en avant, dans une course contre le temps, Ballard parcourt cette ville dans tous les sens, dans des séquences d’une grande intensité. Dwan réussit notamment l’un des plus grands travellings de l’histoire du cinéma, la caméra suivant un John Payne courant à travers les rues tout en se dissimulant derrière les maisons, des tonneaux, un chariot… Une caméra toujours au service de l’histoire et de la tension dramatique, mais d’une virtuosité éblouissante.

On ne peut pas non plus passer à côté de la charge politique à la fois lourde et pleine de nuance : nous sommes en pleine Chasse aux Sorcières, et le fait que le personnage de Dan Duryea s’appelle McCarthy n’est évidemment pas un hasard. Comme le Sénateur du même nom a poussé les Américains à vivre dans la menace constante de son voisin, le faux marshall McCarthy détruit l’harmonie de Silver Lode en révélant la mesquinerie et l’inhumanité de ces habitants, prêts à lyncher l’un des leurs, puisqu’ils vivent dans un monde où un bout de papier a plus de valeur que la parole donnée…

Au premier comme au second degré, Quatre étranges cavaliers est un chef d’œuvre.

Alfred Hitchcock présente : Le Cas de Mr. Pelham (Alfred Hitchcock presents : The Case of Mr. Pelham) – d’Alfred Hitchcock – 1955

Posté : 26 avril, 2011 @ 9:10 dans 1950-1959, COURTS MÉTRAGES, FANTASTIQUE/SF, HITCHCOCK Alfred, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Alfred Hitchcock présente le cas de mr pelham

Troisième court métrage de la série réalisé par Hitchcock lui-même (c’est le 10ème épisode de la première saison), The Case of Mr Pelham est une curiosité, l’une des très rares incursions du cinéaste dans l’univers fantastiques, plus ouvertement encore que dans Les Oiseaux. Est-ce un film sur la folie, ou sur un dédoublement de la personnalité ? Ne comptez pas sur Hitch pour expliquer les dessous de cette histoire de cauchemar qui aurait d’avantage trouver sa place dans La 4ème dimension, autre série anthologique, ouvertement fantastique et cauchemardesque celle-là.

Son héros, interprété par Tom Ewell (le séducteur maladroit de 7 ans de réflexion), est un homme à qui tout réussi, avec un bon job, un bel appartement avec majordome, un club accueillant où il côtoie ses amis… Bref, une vie bien rangée, tranquille et confortable, jusqu’à ce que son entourage se mette à le voir à des endroits où il n’était pas. Perdrait-il la mémoire ? Mr Pelham se demande bientôt s’il n’a pas un sosie dans la ville. Mais un sosie maléfique qui saurait tout de ses habitudes, et qui chercherait à lui voler sa vie…

L’histoire est flippante à souhait, mais ce court ne convainc pas tout à fait. Tom Ewell ne parvient pas à atteindre cet état proche de la folie qui aurait porté le film vers le haut. Et Hitchcock lui-même filme ce petit film sans grande inspiration, comme s’il prenait à la légère ce sujet pourtant très sombre.

Le Massacre de Fort Apache (Fort Apache) – de John Ford – 1948

Posté : 25 avril, 2011 @ 11:08 dans 1940-1949, BOND Ward, FORD John, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Massacre de Fort Apache

Ford s’inspire du général Custer pour ce classique absolu. Mais il ne s’en sert que comme matrice à un western très personnel, à la richesse infinie. C’est aussi le premier volet de sa fameuse trilogie de la cavalerie, que viendront compléter La Charge héroïque et Rio Grande, au cours des deux années suivantes. Dans ces trois films, Ford s’évertue à donner une image humaine et complexe de ces cavaliers qui, jusqu’à présent, se contentaient d’apparaître à l’écran au galop et au son du clairon, sauvant les pionniers d’un scalpage certain.

La richesse de ces films, et de Fort Apache en particulier, réside dans les personnages, dans leur complexité, dans l’opposition entre leur éducation (de bonne famille pour les officiers, souvent irlandaise pour les soldats bagarreurs et amateurs de whisky) et leur vie spartiate et retirée du monde civilisé, dans les rapports virils entre hommes, dont Ford s’est toujours fait le meilleur des peintres.

Il y a tout ça dans Fort Apache : un poste de cavalerie situé à la frontière, des Irlandais forts en gueules, des bals très arrosés, des cavalcades à Monument Valley, des femmes qui attendent le retour qui n’arrivera jamais, et même Henry Fonda et John Wayne. Bref, tout John Ford est là. Non pas comme un résumé complet de toutes ses thématiques, mais comme une somme absolue, un film parfait qui serait à lui-seul l’œuvre de toute une vie.

De ce film presque dénué de fil conducteur (le nouveau commandant d’un fort reculé prend ses fonctions, et se montre vite tyrannique, avide de prouver sa valeur à ses propres supérieurs, afin de gagner la reconnaissance, une médaille, et surtout le retour à la civilisation), Ford fait l’une des œuvres-charnières de sa filmographie. Le seul film à mettre en scène deux des acteurs fétiches du cinéaste (Fonda et Wayne, donc), et qui sert de trait d’union entre le Ford d’avant-guerre et celui qui, désormais, allait se tourner de plus en plus régulièrement vers le western et des héros bruts et virils, personnalisation de l’Amérique à laquelle John Wayne apportera sa carrure.

Henry Fonda, le héros idéaliste de Vers sa destinée, Les Raisins de la Colère ou Sur la Piste des Mohawks est ici une véritable ordure. Un véritable être humain, mais tourné entièrement vers sa propre frustration et son ambition personnelle, prêt à sacrifier ses hommes, à rompre ses promesses (mais que vaut une parole donnée à un Indien ?). Le vrai héros selon Ford, c’est Wayne, bien sûr, officier intègre et courageux. Mais cet Américain-type est destiné à rester dans l’ombre, alors que le tyran gagnera une aura de modèle à suivre, de chevalier blanc, par la grâce de journalistes qui imprimeront la légende, parce qu’elle est plus belle que la vérité filmée par Ford.

Ça ne vous rappelle rien ? La thématique que Ford développera dans L’homme qui tua Liberty Valance, bien sûr, mais traitée ici avec davantage de cynisme encore. Parce que dans Fort Apache, la légende n’immortalise pas un futur Sénateur intègre qui défendra les petites gens à Washington (Stewart dans …Liberty Valance), mais un tueur d’indiens, officier aveuglé par ses propres démons, à l’origine de l’un des pires massacres de l’histoire de la cavalerie. Ce thème est particulièrement symptomatique de l’état d’esprit du cinéaste qui, après des années consacrées à la guerre, qu’il a vécue de l’intérieur, a visiblement perdu ses illusions, et pour qui les grandes valeurs purement humanistes qu’il développait dans les années 30 ont pris un sacré coup dans l’aile. Le film est aussi, près de vingt ans avant Les Cheyennes, le premier grand plaidoyer pro-Indiens de Ford, qui dépeint un peuple bafoué, belliqueux parce qu’il est traité comme un troupeau de bêtes.

Dans ce film purement fordien, le cinéaste dirige la quasi-totalité de ses acteurs fétiches : Fonda et Wayne, donc, mais aussi Ward Bond, Victor McLaglen, Anna Lee et Jack Pennick, fidèles parmi les fidèles, George O’Brien, son héros de la fin du muet qu’il retrouve pour la première fois depuis 1931, et Shirley Temple, que Ford avait déjà dirigée onze ans plus tôt (dans La Mascotte du Régiment, alors qu’elle n’avait que 9 ans), et qui se retirerait définitivement des écrans l’année suivante, après une poignée d’autres films tombés dans l’oubli.

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