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Archive pour la catégorie 'Genres'

Les Amours de Salomé (Salome, where she danced) – de Charles Lamont – 1945

Posté : 10 juillet, 2025 @ 8:00 dans * Espionnage, 1940-1949, DE CARLO Yvonne, LAMONT Charles, WESTERNS | Pas de commentaires »

Les Amours de Salomé

Ce n’est pas le plus enthousiasmant des westerns, mais c’est assurément l’un des scénarios les plus fous du genre. D’ailleurs, s’agit-il vraiment d’un western ? Oui, sans doute, mais aussi un film d’espionnage, un film de guerre, une romance, un conte des 1001 nuits, un mystère chinois, une fantaisie viennoise…

En une poignée de scènes, le film nous conduit du front de la guerre de Sécession qui se termine, aux coulisses du conflit qui gronde entre la Prusse et l’Autriche, puis aux grandes étendues de l’Ouest américain à peine civilisé. Et pour nous mener d’un lieu à l’autre : un journaliste de guerre américain, un Sudiste reconverti dans le banditisme, un proche de Bismarck, et une danseuse envoûtante que l’on découvre sortant d’une huître géante…

Oui, raconté comme ça, ça peut sembler complètement foutraque. Et ça l’est bien, avec une générosité de rebondissements qui en fait un film à peu près unique en son genre, l’un des films les plus ouvertement foutraques du Hollywood de cette époque, habituellement un peu plus codifié dès qu’il s’agit de films de genre. Ce que Salome est, vu que c’est un western.

Si si : la preuve, il y a Yvonne De Carlo, qui passe d’un coup d’actrice de second plan à icône culte, et qui sera dans les années suivantes l’une des grandes figures du western de série B (et du film noir grâce à Criss Cross, mais c’est une autre histoire). Elle est plus que le meilleur atout du film : c’est comme si la production n’avait été entreprise que pour la mettre en valeur, voire pour la mettre en scène dans tous les genres imaginables.

Le scénario est tellement fou que le film aurait pu être génial. S’il ne l’est pas, ce n’est sans doute pas faute de moyens (la production est relativement modeste, mais cela ne se sent jamais vraiment à l’écran), mais faute du regard d’un grand cinéaste, ce que n’est pas Charles Lamont, réalisateur de seconde zone qui a commencé sa carrière au temps du muet, pour la terminer comme réal attitré d’Abbott et Costello). Entre temps, il a retrouvé Yvonne de Carlo pour un autre western plus classique, La Taverne du cheval rouge, qui m’avait marqué par sa misogynie.

Il réussit quelques scènes (surtout lorsque De Carlo est à l’écran), en rate d’autres (la fin très cheap de la guerre civile), et échoue plus globalement à donner une cohérence à tous ces épisodes qui finissent par ne plus former grand-chose. Reste une vraie curiosité, et l’acte de naissance d’une actrice pour laquelle beaucoup (dont moi) et en partie grâce à ce premier grand rôle, continuent à vouer un petit culte.

Le Grand McLintock (McLintock!) – d’Andrew V. McLaglen (et John Ford) – 1963

Posté : 9 juillet, 2025 @ 8:00 dans 1960-1969, DE CARLO Yvonne, FORD John, McLAGLEN Andrew V., O'HARA Maureen, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Grand McLintock

Mais oui, voilà ce qu’il faut faire pour vivre heureux avec sa femme : une bonne fessée en public, y’a rien de mieux pour remettre les idées en place ! Voilà en gros la morale qu’on peut tirer du Grand McLintock… Pas franchement le plus féministe des westerns.

A vrai dire, le film n’a de western que l’habillage : un ranch, un grand propriétaire, John Wayne en terrain connu. Mais au fond, c’est bien plus une comédie de mœurs, très ancrée dans son époque (les années 60), parfois drôle, parfois lourdingue, plutôt agréable malgré une tendance à la misogynie qui ne passe plus.

C’est au final une petite chose très anodine, mais qui dispose de moyens importants (la présence de Wayne a dû aider). Le film flirte très ouvertement du côté de L’Homme tranquille, particulièrement de la scène où Wayne reprend son destin en main, et traîne une O’Hara enfin soumise à travers la campagne devant une foule ravie.

Oui oui, il y a ça aussi dans McLintock !, comme il y avait dans le film de Ford une dizaine d’années plus tôt. La comparaison est donc difficile à éviter, surtout qu’on retrouve le même couple (auquel s’ajoute Yvonne de Carlo, qui joue les seconds rôles de luxe, ce qui donne une certaine classe au film).

Mais voilà : c’est signé Andrew V. McLaglen, et pas John Ford. Et même si le premier s’inscrit dans la filiation du second (qu’il connaît depuis toujours, son père Victor étant un vieil habitué du cinéma de Ford), et même si le second a remplacé le premier, malade, durant quelques jours, la comparaison est cruelle pour McLaglen, dont la grande chance est d’avoir grandi à l’ombre de son père, et d’avoir pu diriger Wayne si souvent. Dans des films toujours dispensables.

Il y a quelques brefs beaux moments, concernant notamment le sort réservé aux Indiens, de quoi au moins éveiller l’attention. Mais un manque de peps et un côté trop sage pèsent sur ce qui, au fond, n’est qu’une pseudo scène de ménage XXL, dont on connaît d’avance l’issue.

Yellowstone (id.), saison 1 – série créée par Taylor Sheridan et John Linson – 2018

Posté : 8 juillet, 2025 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, ACTION US (1980-…), COSTNER Kevin, LINSON John, SHERIDAN Taylor, TÉLÉVISION, WESTERNS | Pas de commentaires »

Yellowstone saison 1

Yellowstone, c’est Dallas en mieux. Je pourrais presque arrêter là cette chronique, tant la série phare de Taylor Sheridan (qui réalise les neuf épisodes de cette première saison) reprend les codes des vieux soaps des années 80, 90 : une famille dysfonctionnelle, de la corruption, des mensonges, de la manipulation, et beaucoup de violence. Cela étant dit, je reconnais que ce résumé est un peu réducteur.

Yellowstone, c’est surtout la porte d’entrée la plus cohérente pour comprendre le phénomène que représente Sheridan, qui transforme à peu près tout ce qu’il touche en or depuis quelques années, et qu’on a un peu vite catalogué comme le parangon du conservatisme réactionnaire à l’américaine. C’est aller un peu vite en besogne.

Certes, Sheridan est fasciné par les valeurs américaines telles que la mythologie westernienne n’a cessé de les fantasmer. Grands espaces, grands propriétaires, grandes ambitions, grands chapeaux… Tout est démesuré, jusqu’à un Kevin Costner sans doute choisi parce qu’il représente mieux que quiconque cette Amérique rurale dans le cinéma de ces quarante dernières années. Et parce que Sheridan aime remettre en selle des vedettes vieillissantes en perte de vitesse.

Il y a donc de la fascination pour cette Amérique du plus fort. Il y a aussi un regard critique, voire acerbe de cette famille Dutton, dont les méthodes s’affranchissent allégrement des contraintes de la loi, et de la morale. A commencer par le patriarche, Costner, à la fois héros et grand méchant de cette saga familiale. Un meneur déterminé et hyper charismatique, et un père odieux qui semble avoir passé sa vie à détruire ses enfants.

Qui sont gratinés, ses enfants. Un ancien militaire qui tente sans y arriver de canaliser sa violence. L’avocat de la famille, méprisé et humilié par tous les siens. Et la fille dont le métier consiste à détruire des carrières, qui tente d’étouffer sous des litres d’alcool le sentiment qu’elle a de ne pas avoir été aimée. Dans l’ordre : Luke Grimes, Wes Bentley et Kelly Reilly, et autant de personnages réellement fascinants.

Au-delà de l’efficacité imparable des scénarios, qui déclinent le combat des Dutton pour sauver leur empire menacé de toutes parts, ce sont ses personnages qui font la réussite de la série. Il faut d’ailleurs ajouter à la liste le personnage de Rip (Cole Hauser), bras droit de Dutton, qui aurait pu être le fils idéal s’il avait été de son sang. Un personnage ténébreux au charisme dingue.

La force de Yellowstone, c’est de mettre en scène une demi-douzaine de personnages qui dépassent en intensité et en charisme l’immense majorité des héros des autres séries. Ce n’est pas étonnant que, maintenant que Yellowstone est terminé (mais j’anticipe, je ne suis qu’à la saison 1), plusieurs suites sont annoncées, l’une autour de Kayce (Luke Grimes), l’autre autour de Beth et Rip. Mais ça, c’est une autre histoire : il y a quatre autres saisons de la série-mère avant ça.

La Bonne Combine (Mister 880) – d’Edmund Goulding – 1950

Posté : 16 juin, 2025 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, GOULDING Edmund, LANCASTER Burt | Pas de commentaires »

La Bonne Combine

Les films qui trouvent leur inspiration dans les archives des services de sécurité américains… Un genre en soi, dans le cinéma hollywoodien des années 40-50, avec quelques sommets (Appelez Nord 777…) et beaucoup de films plus dispensables.

Celui-ci, tiré des archives du Trésor, commence très exactement comme tous les autres : une voix off qui dresse les louanges du service en question, illustrée par un montage d’images documentaires et d’autres tournées pour l’occasion. Du tout venant, donc, à un détail près.

Le détail, c’est le côté anodin de l’affaire. Depuis dix ans, les agents du Trésor se cassent les dents sur un faux-monnayeur remarquable par : 1) son amateurisme flagrant (ses billets sont franchement bâclés)  ; 2) son absence totale d’ambition (il écoule des faux billets de 1 dollar… un par un).

Dix ans d’échecs, c’est long. Alors on charge un super flic de reprendre l’enquête : Burt Lancaster, dans un registre de genre idéal mâtiné d’obstination. Bref, un type un peu buté, et finalement guère aimable, surtout que le faux monnayeur qu’il recherche, et dont l’identité nous est dévoilée très tôt, est lui le meilleur type du monde : un vieil extrêmement bon, un rien naïf, et très attachant, joué avec truculence par Edmund Gwenn.

Autre détail amusant : le flic et le faux-monnayeur se rencontrent autour d’une jeune femme (Dorothy McGuire) qui passe très vite du statut de vague suspecte à celui de love-interest. Autant dire que l’intrigue policière se résume bientôt à un simple dilemme moral qui flirte avec le marivaudage amoureux.

D’un strict point de vue narratif, Edmund Goulding respecte parfaitement le cahier des charges du genre, filmant très efficacement et avec un savoir-faire imparable les avancées de l’enquête. Mais c’est surtout l’ironie qu’il infuse qui fait mouche : le contraste entre l’obstination du flic et la légèreté des faits, entre la froide détermination d’un Lancaster parfaitement rasé, parfaitement coiffé, toujours impeccablement vêtu, et la chaude décontraction de Gwenn, dont l’apparence révèle une absence totale de faux semblant.

Un polar sans suspense, et sans action… Voilà ce que filme Goulding. Et c’est franchement réjouissant.

La Ruée sanglante (They rode West) – de Phil Karlson – 1954

Posté : 15 juin, 2025 @ 8:00 dans 1950-1959, KARLSON Phil, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Ruée sanglante

On a connu Phil Karlson plus inspiré que dans ce petit western Columbia un peu fauché. Grand réalisateur de polars (Le Quatrième Homme, Les Frères Rico…), l’homme a réussi quelques chouettes westerns (La Poursuite des Tuniques bleues, et surtout Le Salaire de la violence). Celui-ci souffre de quelques défauts qui le plombent.

Son manque de moyens d’abord, avec de longs plans tirés de stock shots qui privent le film d’une unité formelle, et cassent trop souvent le rythme. Son interprétation ensuite, avec des acteurs pas toujours très convaincants (on sauverait bien Donna Reed, qui est très bien, mais dans un rôle trop mal défini). Et puis un scénario maladroit, auquel on a bien du mal à réussir à faire semblant de croire. C’est dire si on a essayé.

Le film n’est pas inintéressant pour autant. Parce que si le scénario est approximatif, le sujet est audacieux, et fort. Jeune médecin fraîchement diplômé, le personnage joué par le jeune Robert Francis (étoile filante disparue l’année suivante à 25 ans) est nommé dans un fort en pays indien, où il se retrouve vite confronté plusieurs dilemmes : son devoir de soldat face à celui de médecin, sa loyauté envers son propre peuple et son humanisme…

Bref, des thèmes qui deviendront assez classiques, mais qui dénotent encore dans le paysage westernien de l’époque. Le film de Karlson affiche une vraie ouverture d’esprit, et se montre très critique face à l’autoritarisme violent des colons blancs. Un film pro-Indiens, pour faire court, qui comme beaucoup de films de cette tendance brouille son message en confiant les rôles d’Indiens à des acteurs bien blancs. Il faudra attendre bien longtemps encore avant que Hollywood ne perde cette habitude.

Finalement, c’est moins pour la manière qu’il dépeint les Indiens que le film s’avère un peu original et assez convainquant, que pour quelques visions étonnantes de l’armée américaine : l’obstination mortifère de l’officier « rival » du héros, et surtout la saleté et laisser-aller coupable du chirurgien au début du film, dont l’unique scène, glaçante, est de loin la plus mémorable, la plus inattendue et la plus forte.

Pour le reste, le film laisse un sentiment d’inachevé, avec beaucoup de belles idées et une ambition de complexité qui ne débouchent au final pas sur grand-chose.

L’Île dans la brume (Fog Island) – de Terry O. Morse – 1945

Posté : 12 juin, 2025 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, MORSE Terry O. | Pas de commentaires »

L'Île dans la brume

Lionel Atwill, George Zucco… Deux visages incontournables de la série B horrifique. Pas les meilleures acteurs du monde, mais des gueules, généralement employés pour ce que leur simple présence dégage de mauvaises ondes. C’est bien le cas dans ce film fauché (et court), adaptation pour la société de production (fauchée) PRC d’une pièce de théâtre.

Adapter une pièce de théâtre : une solution de facilité pour ce type de productions tournées en quelques jours seulement. Ça donne l’avantage de ne pas être ruineux en décors. Si en plus vous tournez dans la pénombre, et que les rares scènes vaguement extérieures sont baignées de brumes, ça limite drastiquement les efforts à consentir sur ce qu’on voit des quelques décors.

Ces contraintes ont parfois donné d’excellentes surprises, voire des petits chefs d’œuvre. Mais pour ça, il faut le regard d’un vrai cinéaste. Terry Morse, surtout connu pour avoir signé la version américaine du Godzilla de Honda, n’est pas le plus enthousiasmant de la bande. De ce thriller flirtant avec les codes du film d’épouvante, il tire un film trop lent et maladroit, qui passe à côté de sa cible.

La faute à un manque flagrant de rythme, à un scénario peu convainquant, et à des acteurs un peu ternes, dont émerge à peine Jerome Cowan, le Miles Archer du Faucon maltais. Le ton détaché du film aurait pu créer un décalage intéressant avec ce qui est au fond une sinistre et très violente histoire de vengeance. Mais le résultat est anodin, manquant cruellement de conviction. Reste un curieux happy end, dont je n’arrive pas à décider s’il est réjouissant d’ironie, ou totalement foutage de gueule.

La Brigade des stupéfiants (Port of New York) – de Laszlo Benedek – 1949

Posté : 11 juin, 2025 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, BENEDEK Laszlo | Pas de commentaires »

La Brigade des stupéfiants

Encore un film à la gloire de ces hommes (et non, pas de ces femmes) qui œuvrent pour la sécurité des bons Américains. Un véritable genre en soi, à l’intérieur du polar des années 40/50. Ici, ce n’est pas un service, mais deux que le film met en valeur : les « stups » et la brigade des finances, unis à travers deux super-flics dans une lutte dangereuse contre un mystérieux trafiquant de drogue.

Les flics, ce sont Scott Brady et Richard Robert, deux « heavy » pas franchement portés sur l’humour, qui affrontent les dangers avec un flegme du plus bel effet machiste. Le mystérieux trafiquant, c’est Yul Bryner, encore chevelu et se délectant (un peu trop) d’un vrai rôle de méchant. Mais le vrai personnage principal, c’est celui qui donne son titre original au film.

Le port de New York, donc, présenté par la voix off inaugurale comme le plus grand du monde, comme un eldorado pour les touristes, et comme un cauchemar pour ceux qui veulent faire respecter la loi. Une zone de non-droit, en quelque sorte, paradis inattaquable des trafiquants qui y font entrer la drogue pour tout le pays.

Côté intensité, Benedek signe un film raide et parfaitement efficace. Côté émotion, il fait un peu l’impasse, racontant cette enquête comme s’il lisait un procès-verbal désincarné. Il y a des drames, il y a des morts, il y a de la peur. Mais de larmes, point. Là où le film est vraiment très fort en revanche, c’est dans sa manière de filmer la ville, si souvent à l’honneur au cinéma, comme si on la découvrait vraiment pour la première fois.

C’est la plus grande force de ce film passionnant et audacieux, où chaque meurtre frappe par sa brutalité, et qui s’autorise de faire disparaître très prématurément l’un des personnages principaux, mais dont la froideur clinique entrave la puissance qu’il aurait pu avoir, et qui aurait pu en faire l’un des grands sommets du genre.

Mission : Impossible – The Final Reckoning (id.) – de Christopher McQuarrie – 2025

Posté : 7 juin, 2025 @ 8:00 dans * Espionnage, 2020-2029, ACTION US (1980-…), CRUISE Tom, McQUARRIE Christopher | Pas de commentaires »

Mission Impossible The Final Reckoning

But Tom… Why ? Ben oui, Tom : pourquoi ? Pourquoi un film aussi long ? Et pourquoi un film aussi sinistre ? Après tout, ce n’est pas la première fois qu’Ethan a le monde à sauver. Mais jusqu’à présent, cet objectif fort louable était toujours au service du suspense et de l’efficacité pure, et s’effaçait constamment derrière l’humain. Mais là…

Pour ce huitième film qui devait être la deuxième partie du septième avec une sortie qui devait suivre de quelques mois seulement le précédent mais qu’on attend depuis deux ans à cause de la queue de comète du Covid et de la grève des scénaristes qui ont fait du tournage l’un des plus longs de l’histoire, avec pour conséquence de changer le titre, Dead Reckoning deuxième partie devenant The Final Reckoning… C’était quoi déjà le début de ma phrase ?

Ah oui : pour ce huitième film, sans doute le dernier, c’est comme si Cruise et son yes-man Christopher McQuarrie avaient voulu non seulement offrir des sorties dignes de ce nom à tous les personnages du film, mais aussi tisser des liens avec tous les films précédents. Un personnage secondaire devient ainsi pour une raison assez obscure le fils de Jim Phelps. Et je crois que c’est là qu’on m’a perdu, dans une réflexion hésitant entre le « hein ? Mais pourquoi ? » et le « n’importe quoi… ». Les deux options étant cumulables.

McQuarrie, dont on a du mal à imaginer qu’il a été le scénariste de Usual Suspects, signe ainsi un script assez inepte, dans lequel il fait entrer en forçant toutes ses idées, y compris les plus improbables (le fils de Jim Phelps ? Vraiment ?). Encore que « idées » semble un concept un peu exagéré, tant il recycle des scènes déjà vues, et souvent en mieux.

C’est ainsi qu’on a droit à une longue séquence sous l’eau (comme dans Rogue Nation), à une longue séquence de poursuite aérienne pour récupérer un petit objet (comme dans Fallout), à Tom Cruise courant dans des décors somptueux (comme dans tous les films)… et beaucoup, beaucoup d’autres clins d’œil aux précédents films de la saga, auxquels il est constamment fait référence.

Ça donne des idées discutables (le fils de Jim Phelps?), mais aussi d’autres plus sympas, comme le fait de faire d’Angela Bassett, qui fut patronne de la CIA, la nouvelle présidente des Etats-Unis. Ou, surtout, de faire revenir Donloe (Rolf Saxon), personnage gentiment moqué du premier film, en lui donnant enfin le beau rôle. Une belle manière, pour le coup, de boucler la boucle.

Pour le reste, McQuarrie fait le choix à peu près contraire de celui qui était au cœur de Rogue Nation, où il s’autorisait de réjouissantes facilités pour passer d’une scène d’anthologie à l’autre. Ici, le scénario indigeste est lourdement appuyé, plein de dialogues répétitifs qui ne sont faits que pour raccrocher le spectateur qui s’en fout à une histoire qui prend toute la place.

Une histoire (la fin du monde à portée de compte à rebours) qui prend le pas sur la meilleure idée du précédent film : l’intelligence artificielle comme grand méchant. De cette idée excitante et très dans l’air du temps, McQuarrie ne fait rien, rien d’autre qu’un constat final apocalyptique. Ce « méchant », pourtant, était l’occasion idéale de renouer avec ce qui a toujours fait la grandeur de la série : le masque, le double et le doute.

Mais soyons juste : il y a dans ce Final Reckoning parmi les plus grandes scènes d’action de ces deux dernières années, même s’il n’y a vraiment « que » deux morceaux de bravoure monumentaux (Ethan sous l’eau, Ethan dans le ciel). Tom Cruise accroché à un (non, deux) biplan en plein vol est une vision qui coupe le souffle. Evidemment, doit-on rajouter, tant c’est le minimum, désormais, qu’on attend de la série. Mais Cruise, 62 ans au compteur et un corps impressionnant, affiche aussi une (certaine) vulnérabilité plutôt bienvenue.

Même si elle trouve très vite ses limites. Curieusement, il y a toujours eu une sorte de vraisemblance dans les cascades les plus invraisemblables auxquelles il se livrait jusque là. Cette fois, et pour la première fois, il donne le sentiment d’aller trop loin. Comme s’il volait par moments, dans cette impressionnante séquence aérienne. Et comme si la pression immense des profondeurs de l’océan n’avait pas d’effet sur son corps, ou si peu.

Et puis, si impressionnantes soient-elles pour certaines, les scènes sont à peu près toutes trop longues. Y compris les scènes d’action, qui semblent ne jamais devoir se terminer. Curieux choix, comme si le cahier des charges faisait de la durée extravagante du film un impératif. Sans pour autant refermer les portes ouvertes avec le précédent film (que fait-on du traumatisme original d’Ethan, qui passe totalement aux oubliettes?), mais en remplaçant un personnage aussi passionnant qu’Ilse Faust (Rebecca Ferguson) par des seconds rôles nettement plus insipides (les réparties lourdingues en français de Paris-Pom Klementieff…).

Mais le plus dur à avaler dans ce huitième film, c’est l’insupportable sérieux et la gravité plombante de l’histoire. A côté de Final Reckoning, Fallout, déjà avare en humour, fait franchement figure de comédie burlesque. Ici, tout le monde se prépare à l’extermination de l’humanité, avec une noirceur qui sied mal à un film aussi spectaculaire. On a le droit de faire sérieusement un film sans se prendre à ce point au sérieux, non ?

Bien sûr, il y a de très grands moments. Et bien sûr, Final Reckoning sera sans doute le plus grand film d’action de l’année. Mais il marque surtout la limite d’une logique dans laquelle s’enferme Cruise depuis une douzaine d’années. Il est sans doute temps qu’il tourne la page de Mission : Impossible, et celle de McQuarrie pour retrouver enfin de grands réalisateurs. Bonne nouvelle, il vient de finir le tournage du prochain Inarritu, premier grand nom à son palmarès depuis… quinze ans.

Sans doute serai-je moins dur en revoyant le film dans quelques mois. Ou pas. Revoir les sept premiers films avant de découvrir Final Reckoning en salles m’a en tout cas conforté dans l’idée que la série a eu de très très grands sommets. Mon top, pour terminer…

En 1, le tout premier film, pour l’élégance et la précision de la mise en scène de De Palma, qui fait de cette grosse production une œuvre très personnelle sur le double et les faux-semblants. En 2, la stylisation si romantique de John Woo qui fait de Tom Cruise une incarnation idéale de sa vision du cinéma. En 3, Ghost Protocole, sorte d’idéal du cinéma d’action par un Brad Bird qui faisait ses premiers pas dans le cinéma live. Et puis Rogue Nation pour la scène de l’opéra, MI3 pour la course à Shanghai, Fallout pour son côté vintage… Que du bon, ou presque.

La Nuit avance (La Noche avanza) – de Roberto Gavaldon – 1953

Posté : 13 mai, 2025 @ 8:00 dans * Polars sud-américains, 1950-1959, GAVALDON Roberto | Pas de commentaires »

La Nuit avance

Belle découverte décidément que ce Roberto Gavaldon, dont le cinéma romanesque et engagé frappe fort. C’est le cas de cette Nuit avance, à la fois très inspirée par le cinéma hollywoodien, et très mexicain.

Hollywoodien, parce que Gavaldon signe ce qui ressemble fort à un film de boxe, dans la lignée de Nous avons gagné ce soir ou Le Champion. A ceci près que la pelote basque remplace la boxe. Ce qui assure un spectacle nettement plus inattendu : le sport n’est pas celui qui a le plus marqué l’histoire du cinéma. Ce n’est d’ailleurs pas le plus cinégénique, mais les longues séquences qui lui consacrées contribuent à planter le décor, et à la montée de la tension.

Mexicain, parce que le film est une critique acerbe de la société mexicaine d’alors avec son machisme dominant, sujet fort que Gavaldon aborde frontalement, donnant le rôle principal à une sorte de prototype de macho, odieux et dominateur, qu’incarne un Pedro Armendariz qui ne fait rien pour le rendre sympathique.

Choix audacieux, quand même, de construire un film autour d’un type aussi détestable, qui méprise violemment tous ceux qui l’entourent ou qu’il croise, ses collègues de sport comme ses conquêtes féminines.

Il n’y a d’ailleurs pas grand monde de vraiment attachant dans ce film. Les hommes sont dominateurs et manipulateurs. Les femmes sont au mieux soumises. Pourtant, une grande humanité se dégage du film, qui doit sans doute à la personnalité du cinéaste, dont l’engagement transparaît dans cette histoire tragique d’une chute annoncée.

Un vrai film de boxe, sans boxe. Et un vrai manifeste anti-machisme.

Face à face (Knight moves) – de Carl Schenkel – 1992

Posté : 12 mai, 2025 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, SCHENKEL Carl | Pas de commentaires »

Face à face

Le tueur en série qui répond à une logique très personnelle, et originale… Il y en a eu un paquet dans le cinéma américain depuis le début des années 90 (en gros depuis le succès du Silence des Agneaux). Parfois pour le meilleur (les pêchés capitaux de Seven), parfois pour le pire (Hangman et… son jeu du pendu). Face à face, avec sa partie d’échecs macabre, se situe, disons, dans une moyenne acceptable.

Il m’avait même assez emballé à sa sortie. Mais j’étais jeune, pas exigeant, et fan de Christophe Lambert, alors… Depuis, je suis devenu moins jeune, sans doute plus exigeant, et j’ai découvert avec effroi que Christophe Lambert était un acteur désastreux. Charismatique et cool quand il est bien utilisé, mais mauvais quand il s’agit de jouer quoi que ce soit.

Et là, il faut bien admettre qu’il est le principal défaut de ce thriller plutôt malin et efficace, dont certains passages clés sont gâchés par son incapacité absolue à passer d’une émotion à l’autre. Et puis son éternel regard de myope ne peut pas tout. Difficile de voir en lui le grand champion d’échecs qu’il est censé incarner. Oui, c’est dur, mais on est toujours plus dur avec ses idoles d’hier…

Bon. Une fois passée cette prise de conscience, le duo-couple qu’il forme avec Diane Lane, sa compagne d’alors (autrement plus convaincante) fonctionne plutôt bien. Et il y a l’impeccable Tom Skerritt, dont l’autorité naturelle fait des merveilles (et compense la présence très bovine de Daniel Baldwin, pas le plus enthousiasmant des frangins).

Et puis Carl Schenkel fait le job. Avec les effets grandiloquents en vogue à l’époque, et sans génie. Mais avec une vraie efficacité, qui suffit à maintenir la tension, et à se souvenir que, oui, à sa sortie, ce thriller m’avait emballé.

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