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Archive pour la catégorie 'Genres'

Une bataille après l’autre (One battle after another) – de Paul Thomas Anderson – 2025

Posté : 24 octobre, 2025 @ 8:00 dans 2020-2029, ACTION US (1980-…), ANDERSON Paul Thomas | Pas de commentaires »

Une bataille après l’autre (One battle after another) – de Paul Thomas Anderson – 2025 dans 2020-2029 54864187702_c0a76da1bc_z

C’est souvent très beau, quand un grand cinéaste s’attaque au film de genre, parce que l’apparence anodine du propos ne vient pas troubler le pur plaisir de la mise en scène, disons le style. Une bataille après l’autre s’inscrit en grande partie dans cette logique, et c’est un grand plaisir de cinéma.

En grande partie seulement, donc, parce que derrière le film de genre, le film d’action vers lequel PTA tendait depuis si longtemps, il y a quand même une vision très actuelle et très mordante de l’Amérique trumpienne, confirmant l’impression qu’avait donné Eddington d’Ari Aster : dans cette Amérique trumpienne, il n’y a point de grand film américain qui ne soit politique.

Politique, Une bataille après l’autre l’est donc, avec ses suprémacistes blancs et ses militants d’ultra-gauches, dans cette Amérique qui semble ne pas devoir évoluer. Les deux époques du récit, séparées d’une bonne quinzaine d’années, présentent en effet une société remarquablement inamovible. Une pure invention d’Anderson, pour cette adaptation libre d’un roman (de Thomas Pynchon, comme Inherent Vice) dont l’action se déroulait des années 60 aux années 80.

Mais, bien plus encore que dans le film d’Ari Aster, la lecture politique n’est qu’un sous-texte, qui n’altère en rien le plaisir presque primal de cinéma qu’offre le film, qui repose avant tout sur les émotions, quelles qu’elles soient. Et comme on est chez Paul Thomas Anderson, ces émotions sont aussi fluctuantes que généreuses. Du suspense au rire, de l’horreur au pathétique, il n’y a bien souvent pas même un pas à franchir.

Réjouissant, le film n’a au fond qu’un défaut majeur : celui de ne commencer véritablement qu’après une bonne demi-heure (trois quarts d’heure?) de projection. Qu’on ne se méprenne pas : toute la première partie est brillante, jouissive même. On y découvre le personnage principal, joué par Leonardo Di Caprio, expert en explosif d’un groupuscule d’extrême gauche spécialiste des actions coups de poings contre les symboles d’un état répressif, et amoureux d’une leadeuse charismatique et très déterminée, jouée par Teyana Taylor.

Cette première partie est à la fois explosive, engagée, brillante et hyper sexuée. Un peu développée, elle suffirait de matière à un long métrage bien plus réussi que l’immense majorité des films américains actuels. Mais elle n’en est pas moins un rien longue pour une simple introduction, que d’autres films auraient expédié par un simple carton. Avant d’arriver au cœur du sujet.

Une bonne quinzaine d’années plus tard, donc, où l’on retrouve l’ancien révolutionnaire Di Caprio en père célibataire et planqué au milieu de nulle part, ayant troqué l’action militante contre une consommation, disons conséquente, de drogue. Un homme rattrapé par son passé, en la personne d’un militaire taré persuadé qu’il est le vrai père de sa fille à lui.

La fille, c’est Chase Infiniti, jeune actrice très intense, mais dont le personnage d’ado idéale colle assez peu à l’image d’une ado que peut se faire le père d’adolescents (oui, c’est un jugement très personnel). Le taré, c’est Sean Penn, dont je continue à me demander, plusieurs jours après avoir vu le film, s’il est immense ou ridicule, s’il mérite un Oscar ou une baffe. Une chose est sûre : il est extrême, et impressionnant, dans le rôle d’un suprémaciste luttant contre son attirance pour une militante noire… pour faire court.

Et Di Caprio ? Dans un rôle taillé pour lui, assez proche bizarrement de celui de Killers of the flower moon, où il jouait déjà un type limité (l’intellect là, la drogue ici) et dépassé par les événements, il est assez exceptionnel. Génial, même, quand il doit prendre la fuite et prendre des décisions radicales alors que son esprit est embrumé par la drogue. La longue scène où il tente de joindre un chef de réseau alors qu’il est incapable de se souvenir du mot de passe adéquat est un très grand moment de comédie.

Il y a surtout, dans ce film étonnant et foisonnant, un véritable miracle, qu’on croyait définitivement impossible : Paul Thomas Anderson réussit l’exploit de réinventer une figure usée jusqu’à la corde du cinéma hollywoodien, celle de la poursuite en voiture. Celle d’Une bataille après l’autre est un immense moment de cinéma, aussi haletante que surprenante, où les voitures épousent les bosses d’un paysage fait de hauts et de bas, où les distances sont constamment incertaines. L’effet provoqué par ces images est d’autant plus sidérant qu’elles arrivent au climax du film, à l’endroit même vers lequel convergent les 2h40 précédentes.

Quoi qu’on en pense, il y a dans Une bataille après l’autre plus de grand cinéma que dans l’immense majorité des films américains de ces quinze dernières années. Peut-être Donald Trump aura-t-il au moins cette qualité : celle d’inspirer de grands films à de grands cinéastes.

Mission Alarum (Alarum) – de Michael Polish – 2024

Posté : 21 octobre, 2025 @ 8:00 dans 2020-2029, ACTION US (1980-…), POLISH Michael, STALLONE Sylvester | Pas de commentaires »

Mission Alarum (Alarum) – de Michael Polish – 2024 dans 2020-2029 54828879006_77dce331d7

Commençons par les bons côtés du film…

Continuons avec ses limites :

1 : un scénario bas du front qui confronte deux anciens agents secrets, ennemis devenus époux après un coup de foudre survécu alors qu’ils étaient occupés à s’entretuer, à une armée de tueurs pendant leur lune de miel,

2 : une image dégueulasse signée par un chef opérateur qui croit réinventer le fil à couper l’eau tiède en multipliant les contre-jours et les lumières pisseuses,

3 : une musique désastreuse qu’on jurerait sortie d’un logiciel de génération automatique,

4 : des scènes d’action aux chorégraphies réglées par des nonagénaires fatigués,

5 : des acteurs calamiteux d’où ne surnagent ni un Scott Eastwood qui se contente de faire illusion avec les mimiques (et sans le charisme) de son père, ni un Stallone dont le temps d’écran ne doit pas dépasser les dix minutes et qui semble comme momifié.

Arrêtons nous sur lui, Stallone, puisqu’il est l’unique raison de la présence sur ce blog de ce film, qui s’annonçait nul et qui est pire. Peut-être est-il temps de tourner la page, de renoncer à l’attachement viscéral que j’ai pour le créateur de Rocky et l’interprète de Copland, et accepter le fait que sa carrière au cinéma est tombée dans des abîmes indéfendables.

Le voir cachetonner dans ce nanar indéfendable fendrait presque le cœur, autant que le voir se corrompre en admirateur de Trump. Presque. Mais au fond, on s’en veut surtout d’avoir perdu 90 minutes de sa vie. 90 minutes, d’après le décompte qui s’affiche à l’écran. Ressenti : 4 heures. La seule surprise, finalement, c’est la fin ouverte qui laisse entendre que le réalisateur envisage une suite. C’est donc qu’il ne se rend compte de rien ?

Pour la peau d’un flic – d’Alain Delon – 1981

Posté : 10 octobre, 2025 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1980-1989, DELON Alain | Pas de commentaires »

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C’était probablement contractuel. Dès qu’Alain Delon incarnait un policier, ou même un ex policier comme ici, le mot flic devait figurer dans le titre. Ce qui donne le sentiment que l’acteur a eu une furieuse tendance à bafouiller et à se répéter durant toute une partie de sa carrière. Ce n’est pas tout à fait faux, et on retrouve dans Pour la peau d’un flic quelque chose de l’atmosphère des films de Jacques Deray.

Delon acteur est dans sa zone de confort. Plutôt très juste, surtout lorsqu’il donne la réplique à Anne Parillaud, assez calamiteuse, mais sans la moindre surprise. La star se contente de capitaliser sur son image, sur ses précédents rôles de flics, et sur ce qu’il pense que le public attend de lui. Il apporte d’ailleurs une certaine intensité à son personnage de « privé » embarqué dans une enquête complexe et violente.

Mais Delon est aussi, pour la première fois, derrière la caméra. « Mis en scène et réalisé par Alain Delon », peut-on lire au générique (où son nom apparaît d’ailleurs une demi-douzaine de fois, histoire de bien rappeler que c’est un film d’Alain Delon). Il ne renouvellera l’expérience qu’une seule fois (Le Battant, autre polar réalisé deux ans plus tard), mais ces premiers pas sont plutôt prometteurs.

Adapté d’un roman de Jean-Patrick Manchette, auquel Delon est alors habitué (Trois hommes à abattre l’année précédente, Le Choc l’année suivante), le film révèle à la fois l’ambition de Delon cinéaste, et ses limites de débutant. L’ambition d’abord : le film est pavé de bonnes intentions, la recherche constante d’une atmosphère de film noir et de modernité, que la musique très présente incarne parfaitement. Mais des limites, parce que Delon échoue à créer un véritable sentiment anxiogène. Son film, malgré quelques accès de violence, reste toujours très sage.

De solides seconds rôles masculins (Ceccaldi, Auclair) assurent un plaisir à l’ancienne. Le rôle de potiche assigné aux rares femmes provoque une gêne certaine. Mais ces premiers pas imparfaits révèlent quand même l’efficacité et le sens du rythme du réalisateur Delon. De quoi donner envie de (re)voir son second opus.

Last Stop : Yuma County (The Last Stop in Yuma County) – de Francis Galluppi – 2023

Posté : 9 octobre, 2025 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2020-2029, GALLUPPI Francis | Pas de commentaires »

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J’aurais aimé l’aimer sans réserve, ce film. Pour plein de raisons. D’abord parce qu’il s’inscrit dans le genre du néo-noir, ou du néo-western et que le film de genre à l’ancienne a tendance à me réconcilier avec le cinéma américain actuel. Ensuite parce que le réalisateur et scénariste Francis Galluppi rêve de le porter à l’écran depuis fort longtemps. Ensuite parce que le regard hyper-référencé du jeune cinéaste évoque un certain Tarantino, référence évidente de ce premier film.

J’aurais aimé, mais non. Last Stop : Yuma City est un film trop plein de ces qualités qui en faisaient quelque chose de très prometteur. Trop référencé surtout, avec des références trop hétéroclites pour que le résultat soit pleinement convaincant. Tarantino, Spielberg, Peckinpah, Hitchcock, ou même le John Dahl des débuts… On sent bien que derrière chaque scène, chaque plan, et même chaque dialogue du film, il y a des souvenirs de cinéphiles.

Ça peut marcher : dès son premier long métrage, Tarantino n’a cessé de citer les films qu’il aime, dans des genres souvent radicalement différents. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir une signature immédiatement reconnaissable, un univers singulier et personnel. Sans préjuger de ce que sera la carrière de Galluppi, disons que ce premier long métrage n’est pas aussi prometteur que Reservoir Dogs. Et pas aussi cohérent.

Au-dessus de toutes les références déjà citées, on sent bien que c’est le cinéma des frères Coen qui est la matrice de Last Stop. Problème : Galluppi est influencé autant par Fargo que par Raising Arizona, voire même par The Ladykillers ou Miller’s Crossing. Et surtout, il manque clairement d’un regard propre pour donner de la cohérence à son film.

C’est bien dommage, parce que l’histoire elle-même, qui donne le sentiment d’avoir déjà été vue cinquante fois, ne suffit pas : un type sans histoire se retrouve coincé dans un restaurant au milieu du désert, où deux grands méchants prennent tous les clients en otage. Collection de gueules improbables du cœur de l’Amérique, explosion de violence, ironie sanglante…

Ce pourrait être un noir noir et sanglant à la Red Rock West. Ce pourrait être une vision parodique et grotesque à la Raising Arizona. Galluppi hésite visiblement et veut en faire un Fargo caniculaire, sans comprendre le miracle du film des Coen. Son film est au final très anecdotique, échouant aussi bien à glacer le sang (y compris dans la séquence du bébé, inutilement amorale) qu’à faire rire (malgré des personnages bien gratinés dont la crétinerie reste superficielle). Assez plaisant, mais très vain, le film donne l’impression qu’il sera oublié dès le lendemain matin. On en reparle demain ?

A l’intérieur (Inside) – de Vasilis Katsoupis – 2023

Posté : 8 octobre, 2025 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2020-2029, KATSOUPIS Vasilis | Pas de commentaires »

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Un cambrioleur visiblement très expérimenté s’introduit dans un appartement high tech de New York pour dérober des tableaux de maîtres. Lorsqu’il veut sortir, un bug informatique l’enferme dans ce qui se révèle vite une véritable forteresse inviolable, d’où il est impossible de s’évader…

Voilà où en est la narration au bout d’environ deux minutes de métrage, expédié avec l’urgence du réalisateur qui veut visiblement passer à autre chose. Autre chose, c’est-à-dire pas un film d’évasion, encore moins un thriller de plus. La référence qui vient en tête dans un premier temps viendrait plutôt du film de survie, genre All is Lost.

Mais à la vision presque clinique du naufrage (dans tous les sens du terme) que proposait le film de JC Chandor, le premier long métrage Vasilis Katsoupis préfère quelque chose de plus extrême et de plus immersif : une vision intime et sensorielle de l’expérience extrême que vit le cambrioleur reclus, incarné par un Willem Dafoe qui est de toutes les scènes, de tous les plans, souvent seul à l’écran.

Le procédé est radical, et pourrait être fascinant, et glaçant. Il se révèle vite un peu répétitif et lassant. Sans doute le réalisateur n’a-t-il pas l’étoffe de ses ambitions : les dessins que trace le héros sur les murs sont autant d’indices troublants et dérangeants pour dire le désordre intérieur dans lequel il s’installe. Mais Katsoupis peine à donner corps à ce trouble grandissant, et à ce qu’on devine être sa vision.

En gros : nous plonger dans l’esprit qui s’égare de cet homme qui, dans le décor hyper moderne d’un appartement luxueux de Manhattan, se retrouve confronté à des besoins de plus en plus primaux : boire, manger, échanger, penser, espérer… On voit bien l’envie du cinéaste : nous livrer une sorte d’Apocalypse Now à huis clos. Mais le résultat, imparfait, a un petit côté répétitif qui lasse vite, et qui ennuierait s’il n’y avait l’interprétation habitée et hallucinée de Dafoe.

Des feux dans la plaine (Ping yuan shang de huo yan) – de Zhang Ji – 2021-2025

Posté : 7 octobre, 2025 @ 8:00 dans * Polars asiatiques, 2020-2029, ZHANG Ji | Pas de commentaires »

Des feux dans la plaine (Ping yuan shang de huo yan) – de Zhang Ji – 2021-2025 dans * Polars asiatiques 54828879056_11294825aa_z

Dans la Chine de 1997, un tueur mystérieux s’en prend aux chauffeurs de taxis sans mobile apparent. Les crimes s’arrêtent aussi subitement qu’ils ont commencé, en même temps qu’une jeune femme et son père disparaissent. Des années après, un policier rouvre l’enquête, toujours obsédé par ces meurtres et ces disparitions…

On pense évidemment évidemment à Memories of Murder, avec cette histoire d’obsession policière au long cours. Dans la première partie en tout cas. Parce que, assez vite, c’est une autre influence qui s’impose : celle de Black Coal, polar déjà culte dont le réalisateur Zhang Ji a été le chef opérateur. On retrouve une ambiance très semblable dans ce premier long métrage. Mais aussi un regard singulier qui déjoue toutes les attentes initiales.

A vrai dire, Des feux dans la plaine s’évertue à brouiller les pistes, pour nous emmener là où on ne s’attend pas. Alors que l’enquête criminelle semble sur le point de trouver sa résolution, c’est une toute autre porte qu’ouvre Zhang Ji. Et l’obsession de son personnage principal est finalement moins celle du policier que celle de l’homme, une obsession amoureuse, absolue et possiblement dangereuse.

Amour et mort intimement liés dans cette Chine de fin du monde. Plus la violence se fait brutale, plus la tension est palpable, et plus le récit se recentre sur ces deux amoureux séparés par leur époque : le loubard devenu policier et la jeune fille devenue zombie. Le polar se mue en une romance intime et déchirante, dans un décor de friches industrielles et de bâtiments qui tombent en ruines.

Polar, romance et film social… Zhang Ji entremêle brillamment tous les fils de son histoire, et signe un premier film fascinant et entêtant, qui a bien failli ne jamais sortir. Soumis à la censure chinoise, qui voit d’un mauvais œil des personnages si complexes, le réalisateur a dû se résoudre à inscrire une série de cartons à la fin du film, annonçant que tous les personnages étant sortis du champ de la morale ont, d’une manière ou d’une autre, été punis. Ce qui n’enlève pas grand-chose à la force du film, et ce qui permet de découvrir un cinéaste qu’on a hâte de suivre.

Joker (id.) – de Todd Phillips – 2019

Posté : 6 octobre, 2025 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, DE NIRO Robert, PHILLIPS Todd | Pas de commentaires »

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Le Joker est un rôle en or. Grâce à lui, Jack Nicholson a gagné une fortune, et Heath Ledger le rôle de sa vie (et un Oscar posthume). Joaquin Phoenix ne fait pas exception : le personnage, dans ses excès et son côté profondément pathétique, est l’occasion pour lui de quelques excès (ce qu’il peine souvent à éviter), mais surtout d’une grande intensité de jeu.

Le film, qui raconte comment un jeune homme mal dans sa peau, mal dans sa vie et aliéné par une ville tentaculaire déshumanisante, se transforme en une sorte d’icône du crime. Bref, on est loin de la version que donna Tim Burton de la naissance du Joker. Mais aussi de la vision qu’il donna des notions de bien et de mal.

Todd Phillips, dont les débuts ne laissaient pas augurer de sa capacité à réussir un tel film (de Starsky et Hutch à la trilogie Very Bad Trip… autre salle, autre ambiance), filme la difficulté de vivre avec une gravité qu’on ne lui attendait pas, et une intensité assez remarquable. Il filme des personnages au mieux paumés, pour qui la violence sera comme une porte de sortie.

L’apparition de Robert De Niro dans un rôle qui fait écho à La Valse des pantins n’est pas un hasard : Phillips flirte du côté de Scorsese dans sa manière de filmer la ville, Gotham ayant clairement des airs du New York de Mean Streets.

Bref, plutôt séduit par ce Joker sombre et assez profond, qui privilégie constamment l’humanité au spectaculaire. Mais quand même : pourquoi raconter avec tant de sérieux la naissance d’un super méchant dont on sait qu’il finira par affronter ce gamin qu’il croise à une grille, et qui deviendra sa nemesis déguisé en chauve-souris ?

Eddington (id.) – d’Ari Aster – 2025

Posté : 5 octobre, 2025 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2020-2029, ASTER Ari, WESTERNS | Pas de commentaires »

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Si Eddington était sorti il y a quelques années, peut-être aurions-nous mieux compris ce que devenait l’Amérique : ce qu’elle est probablement depuis toujours. Ari Aster, dont je découvre tardivement le cinéma, nous plonge en tout cas au cœur de ce qu’on présente sans doute un peu hâtivement comme l’Amérique profonde : une petite ville au milieu du désert, loin, très loin de New York ou Los Angeles.

C’est même une sorte de condensé de cette Amérique que, au fond, Hollywood a largement désertée. Et comme le film se déroule en 2020, en plein confinement du Covid, le drame qui se noue cristallise et accentue la fracture qui divise cette micro-société en deux parties incompatibles, symbolisées par deux personnages forts : d’un côté, le maire plutôt progressiste mais proche des puissants (Pedro Pascal), de l’autre le shérif paranoïaque et réactionnaire (Joaquin Phoenix).

Présenté comme un western moderne, Eddington en a effectivement le décorum. Le propos est pourtant bien actuel : dans cette ville qui semble n’avoir changé qu’à la marge depuis l’époque de la « Conquête », la tension gronde, le fossé se creuse, et on sent que le fragile lien qui unit plus ou moins toute cette société depuis toujours est sur le point de rompre, et que le résultat ne peut être qu’explosif et désastreux.

Que le film se déroule en période de campagne électorale n’est évidemment pas anecdotique. Les deux personnages principaux sont en lice pour la mairie, mais on sent bien que c’est de l’Amérique trumpienne que Aster nous cause : cette Amérique au bord de l’implosion, dont au fond personne ne sort grandi. La force du film, au-delà de cette tension extrême qui met tant de temps à exploser (jusqu’à une hallucinante dernière partie), vient du fait que le cinéaste filme ces deux personnages avec le même regard, sans jugement ni parti pris.

Entre le « bon » maire Pedro Pascal, et un shérif Joaquin Phoenix au bord de l’implosion, le choix semble pourtant facile. Mais Aster tire de ces deux personnages, et de tous les seconds rôles, leur humanité la plus profonde, dans toute leur complexité. A vrai dire, la sympathie ne va ni à l’un, ni à l’autre, ni à personne. On assiste à ce face-à-face avec un malaise grandissant, que le massacre sous forme de First Person Shooter ne vient en rien calmer.

Inconfortable, courageux, incarné par des acteurs exceptionnels, Eddington est ce qu’on peut appeler une claque. Jusque dans ces outrances, une vision fascinante de l’Amérique, qui bouscule.

The Ghost Camera (id.) – de Bernard Vorhaus – 1933

Posté : 4 octobre, 2025 @ 8:00 dans * Polars européens, 1930-1939, LUPINO Ida (actrice), VORHAUS Bernard | Pas de commentaires »

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Un mystery movie comme on en tournait à la chaîne dans les premières années du parlant en Angleterre. Pas exactement la période la plus stimulante de l’histoire du cinéma. Et ce film, qui dépasse à peine l’heure de projection pour faire partie d’un double programme, n’échappe aux défauts inhérents au genre, défauts qui reposent tout de même en grande partie sur des réalisateurs au talent pour le moins discutable.

Le scénario n’est ni meilleur ni pire qu’un autre : un célibataire très british et très ennuyeux découvre à son retour de vacances un appareil photo dans ses bagages, développe la pellicule, et tombe sur le cliché d’une scène de crime. Il se met alors à mener l’enquête, avec une série de facilités et de rebondissements qui doivent autant au film d’épouvante bis qu’au polar bis. Sachant que c’est surtout le « bis » qui compte.

Situations tirées par les cheveux, psychologie inexistante, rythme pour le moins flottant… Et pourtant, The Ghost Camera fait plutôt figure d’heureuse exception dans le paysage si interchangeable de ces toutes petites productions souvent anonymes. Pas grâce aux acteurs, surjouant le flegme britannique. On notera quand même l’apparition d’Ida Lupino, pas encore grande, dans l’un de ses premiers rôles. Difficile d’imaginer qu’elle n’a alors que 15 ans…

Mais après une quarantaine de minutes vaguement plaisantes, la mise en scène de Bernard Vorhaus devient plus dynamique, et nettement plus inventive, pour une séquence de procès qui éveille l’attention. Un accusé qui semble se refermer sur lui-même au fil d’un simple interrogatoire, le croquis d’un dessinateur qui illustre le drame se nouant, des plans qui se répondent avec une certaine audace…

Le temps de cette belle séquence, le talent de Vorhaus s’impose en fait, et on se rappelle que le réalisateur a souvent su glisser des détails mémorables dans des films a priori peu ambitieux. The Ghost Camera est ainsi un film très imparfait, mais finalement une bonne surprise.

Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? (What ever happened to Baby Jane?) – de Robert Aldrich – 1962

Posté : 29 juillet, 2025 @ 8:00 dans 1960-1969, ALDRICH Robert, POLARS/NOIRS | Pas de commentaires »

Qu'est-il arrivé à Baby Jane

« I don’t get it, Marty. What do they make monsters like this for ? – For Blanche Hudson » Ce dialogue entre deux cadres d’un studio hollywoodien tourne autour d’une belle décapotable. Mais la voiture est-elle vraiment le monstre dont les deux hommes parlent ? Ne s’agit-il pas plutôt de « Baby Jane », ce pur produit de l’usine à rêve, ex-enfant star dont toute la vie tourne autour de sa gloire passée.

Il y a évidemment quelque chose de Nora Desmond dans Baby Jane : le film d’Aldrich s’inscrit ouvertement dans la continuité de Sunset Boulevard, en faisant du personnage central une ancienne star qui ne vit que dans le souvenir de ce qu’elle fut. Sans l’ironie et l’élégance de Wilder, mais avec une cruauté assez radicale.

Habitué des films d’action très violents, Aldrich a même rarement été aussi cruel que dans ce film, qui se transforme rapidement en un étouffant huis-clos entre deux sœurs qui se détestent, condamnées à vivre l’une avec l’autre, l’une (Bette Davis) s’évertuant à torturer mentalement sa sœur coincée dans un fauteuil roulant (Joan Crawford).

Deux grands numéros d’actrices qui se détestaient effectivement, anciennes rivales, qui continuent à se tirer la bourre des années après leur âge d’or. Elles ne font d’ailleurs pas dans la demi-mesure, poussées par un Aldrich qui choisit constamment la carte du toujours-plus, ce que le maquillage outrancier de Bette Davis et les joues creusées de Joan Crawford incarnent parfaitement.

Il y a de la haine entre ces deux-là (cette fois, je parle bien des personnages). De la culpabilité aussi, et surtout, et un secret que l’on pressent vaguement. Pourquoi Baby Jane, l’ex enfant star des années 10, a-t-elle voulu écraser sa sœur Blanche, devenue star dans le Hollywood des années 30 ? Pourquoi continue-t-elle à la torturer vingt-cinq ans après, et pourquoi Blanche se laisse-t-elle faire ?

Le film, pourtant, ne s’articule pas autour du mystère, mais autour du puissant sentiment de gâchis qui entoure ces deux anciennes stars, comme aimantées l’une à l’autre, qui rongent leur vie dans des actes de cruauté de plus en plus insidieux. Non, ce n’est pas toujours d’une grande délicatesse, mais il y a dans la vision de ces deux stars vieillissantes (les personnages, et les actrices) quelque chose de vraiment troublant, et de profondément dérangeant.

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