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Archive pour la catégorie 'Genres'

Daïnah la métisse – de Jean Grémillon – 1932

Posté : 6 avril, 2019 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, GRÉMILLON Jean | Pas de commentaires »

Daïnah la métisse

Sur un bateau de croisière au milieu du Pacifique, une jeune femme, métisse à la beauté insolente, s’amuse de l’effet qu’elle produit sur les hommes. « Le plus important, c’est l’amour » lui répètent-ils. « La seule chose qui compte, c’est d’être désirée », rétorque-t-elle.

Un soir, elle rencontre l’un des mécaniciens du bateau, rencontre inattendue entre cette femme du monde belle et moderne, désirée par tous, et ce rustaud sans manière. Rencontre dont on pressent vite qu’elle va mener au drame.

Ce petit film de jeunesse de Jean Grémillon (48 minutes, pas plus) est déjà une grande réussite, troublante et passionnante. L’atmosphère doit beaucoup au fait que le bateau est au milieu de l’océan, dans une sorte d’entre-deux, loin de toute terre.

Et c’est comme si la loi et les règles morales de la société de la société ne s’appliquaient plus, comme si tous se déshumanisaient. A l’image de cet envoûtant et très macabre bal des masques, au milieu duquel Daïnah (Laurence Clavius) semble perdue, oppressée, et qui la pousse vers ce destin tragique qui prend la forme du mécanicien, joué par Charles Vanel, parfait comme toujours.

On est marqué aussi par la froideur des personnages, cette manière si détachée d’affronter les crises, ou d’accueillir le pire des drames. Le personnage du mari surtout (Habib Benglia), magicien taiseux et grand lecteur, est particulièrement intriguant. Le fait qu’il soit noir (comme le titre du film d’ailleurs) n’est pas anecdotique : sa couleur de peau en fait la cible de tous les cancans de cette micro-bonne société improvisée. « Magie noire », « mari cruel »… Les rumeurs vont bon train.

La dernière image de ce film beau et angoissant vient balayer doutes et rumeurs d’un revers cinglant. Et fait éclater l’émotion qui, jusqu’à présent, était étrangement tenue à distance.

Halloween 4 : Le Retour de Michael Myers (Halloween 4: The Return of Michael Myers) – de Dwight H. Little – 1988

Posté : 5 avril, 2019 @ 8:00 dans 1980-1989, FANTASTIQUE/SF, LITTLE Dwight H. | Pas de commentaires »

Halloween 4

John Carpenter avait de belles ambitions pour sa saga, qu’il voulait transformer en anthologie d’épouvante, chaque film racontant une histoire différente. Mais après l’échec commercial de Halloween 3, lui-même a compris qu’il fallait revenir aux sources, et rappeler Michael Myers. Et le docteur Loomis, tant qu’à faire, ce dernier étant censé être aussi mort que le croquemitaine.

Exit, en revanche, Carpenter, qui a revendu le droit au producteur Moustapha Akkad. Ce dernier confir le film à un jeune réalisateur qui n’a pas encore fait grand-chose, Dwight H. Little, mais qui s’en tire franchement avec les honneurs. Visuellement très chiadé, ce quatrième opus est, visuellement, une réussite. S’il n’a pas l’élégance inquiétante du film de Big John, au moins soigne-t-il ses plans et sa lumière.

Rien de bien neuf, cela dit : le film se veut clairement un retour aux sources, renouant à la fois avec Haddonfield, le soir d’Halloween, les quartiers résidentiels… et Loomis, donc, sorte de rente pour Donald Pleasance, psychiatre qui semble plus fou que ses patients, et que l’on voit s’amuser de sa parenté manifeste avec un prédicateur parano dans une scène aussi inutile que marrante.

Jamie Lee Curtis, en revanche, est absente : on apprend que son personnage est mort depuis le deuxième film, et qu’elle a eu un enfant, une fillette nommée… Jamie (Danielle Harris, très bien du haut de ses 10 ans), nouvelle cible de son tonton Michael Myers. On retrouve aussi des personnages très inspirés de ceux du premier film, et ce refus de tomber dans la surenchère gore.

Pas mal de bonnes idées là-dedans, pas toujours très bien traitées (un innocent tué par erreur par des vigilantes, sans que cela fasse réagir plus que ça), et surtout ce personnage central de la fillette, qui donne du lien à la succession de meurtres, parfois plus originaux que vraiment terrifiants. Un personnage, surtout, qui réserve un final particulièrement fort, aussi inattendu que glaçant.

Gran Torino (id.) – de Clint Eastwood – 2008

Posté : 2 avril, 2019 @ 8:00 dans 2000-2009, EASTWOOD Clint (acteur), EASTWOOD Clint (réal.), POLARS/NOIRS | Pas de commentaires »

Gran Torino

Lorsque Clint Eastwood a commencé le tournage de Gran Torino, une rumeur persistante voulait que l’acteur y renoue avec son personnage de Dirty Harry, abandonné vingt ans plus tôt. L’ex-inspecteur Callahan contraint de sortir de sa retraite paisible? La présence de la Ford Gran Torino, voiture mythique des années 70 (c’est celle de Starsky et Hutch) semblait renforcer cette hypothèse.

Et puis non. Mais la parenté est, quoi qu’on en dise, indéniable entre Harry et Walt Kowalski, vétéran de la guerre de Corée hanté par la violence de son passé. Un homme rude, taiseux et direct, dont les paroles ouvertement racistes ne sont qu’une façade, et qui a une certaine propension à sortir les armes. Cela étant dit, Walt et Harry, pas même combat.

Kowalski est un type qui ne demande rien à personne, si ce n’est qu’on le laisse siroter ses bières sur le porche de sa petite maison, en admirant sa Gran Torino impeccablement lustrée fièrement garée le long de sa pelouse. Une image très Américaine et très eastwoodienne, qui s’inscrit dans la longue évolution de son personnage des années 70 jusqu’au tout récent La Mule.

L’humaniste du type, son côté réac, la violence qu’il trimbale comme un boulet… C’est tout un pan de la culture américaine des Etats ruraux que symbolise Eastwood, ici d’une manière plus marquée peut-être que dans la plupart de ses autres films. On pourrait se sentir exclu, ou être agacé devant des valeurs qui peuvent sembler d’un autre temps. Mais il y a une telle sincérité là-dedans qu’on est séduit par ce baroud d’honneur plein de panache.

Eastwood aime ses personnages : ce vieux Kowalski, dont il fait une sorte de dinosaure grognant la moitié de ses répliques, mais aussi et surtout cette famille Hmong qu’il va aider à échapper à la violence des gangs, et même ce jeune prêtre à peine sorti du séminaire dont on croit d’abord, à tort, qu’il va se faire un plaisir de le ridiculiser. Eastwood se moque du politiquement correct, mais s’impose comme un cinéaste humaniste, dans la lignée d’un John Ford.

Et puis il y a ce thème récurrent du cinéma de Clint Eastwood, dont il est lui-même la meilleure incarnation : le vieillissement, son propre vieillissement, qu’il ne cesse de mettre en scène, sans complaisance, mais sans rien cacher non plus de la faillite du corps et du poids des souvenirs et des regrets. Gran Torino est en cela l’un de ses films les plus personnels, qui condense une grande partie de ses obsessions.

Jusqu’au générique final, où l’on entend la voix éraillée et fatiguée de Clint entonner la chanson « Gran Torino » (qu’il a co-écrite avec son fils Kyle et Michael Stevens), bientôt reprise par la voix pure et jeune de Jamie Cullum. Comme un écho de Honkytonk Man. Bouleversant.

La Sanction (The Eiger Sanction) – de Clint Eastwood- 1975

Posté : 31 mars, 2019 @ 8:00 dans * Espionnage, 1970-1979, EASTWOOD Clint (acteur), EASTWOOD Clint (réal.) | Pas de commentaires »

La Sanction

Il y a dans La Sanction quelques notes d’humour qui flirtent ouvertement avec des stéréotypes homophobes (la vilaine tapette au petit chien, bof) et racistes (les vannes à l’encontre de la jeune Indienne, re-bof). Il y a aussi quelques notes franches de mauvais goût (l’imagerie autour de Dragon, le patron albinos des espions, re-re-bof). On peut donc avoir de sérieuses réserves sur ce film.

Mais il y a aussi des tas de bonnes choses, dans ce film particulièrement physique de Clint Eastwood, qui sort clairement de sa zone de confort en s’offrant le rôle pas foncièrement sympathique d’un tueur-alpiniste. Le genre de personnages qu’on n’a pas forcément l’occasion de croiser dans toutes les salles de cinéma, qui sort de l’imagination de Trevanian, auteur qui signait là son premier roman, et qui donne à Clint l’occasion de se mettre en scène dans quelques séquences d’escalade impressionnantes.

Ces scènes sont la raison d’être principale du film, et marquent par leur diversité et par leurs approches esthétiques différentes. Le film est ainsi clairement séparé en trois parties. La première adopte une esthétique typique de film d’espionnage (un peu comme le début de Firefox, l’autre film d’espionnage d’Eastwood) : dans un pays de l’Est, le personnage de Clint doit tuer un espion au service des Russes. L’image est alors froide et grisâtre. Quant à Clint, il se contente d’y grimper le long d’une gouttière, séquence déjà gentiment vertigineuse.

Changement de décor pour la partie centrale : Clint se rend dans les décors spectaculaires et lumineux de Monument Valley pour s’entraîner aux côtés de son vieux comparse George Kennedy (qu’il retrouve après Le Canardeur, et dans un rôle très différent mais tout aussi marquant). Ce qui nous donne pour le coup une fort belle grimpette de l’une de ces « aiguilles » typiques du site, aux images très impressionnantes (Clint et George sur cette plateforme de 5 m2…).

Puis vient le gros morceau de bravoure : Clint gravissant le dangereux Eiger, dans les Alpes suisses, avec trois compagnons de cordée dont il ne sait pas lequel est le traître qu’il doit abattre. L’intrigue passe d’ailleurs vite au second plan. Eastwood ne s’intéresse qu’à filmer ses personnages au plus près dans ses décors (réels) impressionnants. Un parti-pris qui fonctionne parfaitement, et qui donne quelques belles suées.

La Maison Russie (The Russia House) – de Fred Schepisi – 1990

Posté : 28 mars, 2019 @ 8:00 dans * Espionnage, 1990-1999, SCHEPISI Fred | Pas de commentaires »

La Maison Russie

« D’après John Le Carré »… Et c’est tout un univers qui se met en place, fait de mensonges, de faux semblants et de menaces sourdes qui transforment le quotidien en cauchemar. Bref, un genre littéraire et cinématographique en soit, auquel ce film fait honneur, sans y apporter grand-chose de neuf.

C’est quand même le chef d’œuvre de Fred Schepisi, cinéaste oubliable (et oublié) particulièrement à l’aise ici, dans sa manière surtout de filmer l’architecture de ses décors, de Moscou à Lisbonne : la ville, comme lieu de tous les possibles (dans un sens positif ou négatif d’ailleurs), joue un rôle central dans le film. C’est d’ailleurs sa première qualité.

Il y a aussi le couple formé par Michelle Pfeiffer et Sean Connery, impeccable, tout en charme. Sean Connery, donc, en éditeur très porté sur le scotch (normal, pour le plus célèbre des Ecossais) et attiré par la Russie, qu’un mystérieux manuscrit pousse à jouer les Espions pour les Britanniques. A moins que ce soit pour les Américains. A moins que ce soit pour les Russes.

Ce doute qui se met en place rapidement n’est vraiment pas une nouveauté dans le genre, et c’est là toute la limite du film, et ce qui lui vaut une réputation… à vrai dire aucune réputation. Le fait qu’entre le début du tournage et la sortie du film, l’Histoire a fait un pas de géant avec la chute du Mur, jamais évoquée ni de près ni de loin, n’a pas joué en sa faveur à l’époque.

Le film passe à côté de l’Histoire ? Sans doute, mais il rend hommage aux antiques films d’espionnage de la guerre froide, avec paranoïa et sentiment de danger à tous les croisements de rue. La prestation de Klaus Maria Brandauer, dans le rôle (court mais marquant) n’y est pas étrangère. En quelques scènes, l’acteur impose un trouble qui flotte sur tout le film.

Law and order (id.) – d’Edward L. Cahn – 1932

Posté : 25 mars, 2019 @ 8:00 dans 1930-1939, CAHN Edward L., WESTERNS, Wyatt Earp / Doc Holiday | Pas de commentaires »

Law and order

C’est avec une certaine excitation que je me suis plongé dans ce western des premiers temps du parlant, film auréolé d’une réputation assez exceptionnelle auprès des amoureux du genre, notamment aux Etats-Unis. Law and order est-il vraiment ce chef d’œuvre précurseur, qui surnage dans une décennie (les années 30, donc) aussi riche quantitativement que pauvre qualitativement pour le western (jusqu’en 1939, année de la renaissance du genre) ? Eh bien oui et non.

Non, parce que cette variation sur le thème de Wyatt Earp et du règlement de compte à OK Corral (le nom du héros est changé, pas celui du lieu) manque singulièrement de rythme, et reste typique de cette époque sur bien des points, qui tiennent en partie aux difficultés techniques encore rencontrées pour les tournages en extérieur, et à une utilisation très plate du son. Oui, parce qu’il y a là dedans des tas d’idées fortes et originales, qui gardent toute leur singularité près de neuf décennies plus tard.

La démarche hésitante de voyageurs qui viennent de passer des heures à cheval, les quatre amis qui font leur toilette ensemble dans le même récipient, et qui partagent le même lit, un homme qui vérifie sous un matelas qu’il n’y a pas de cafard… Des détails inhabituels qui donnent au film des accents de vérité, et une profondeur exceptionnelle. Difficile de dire à qui on doit ces idées… mais c’est le genre de détails qu’on attribuerait volontiers à John Huston, qui signe l’adaptation du roman original.

C’est l’un des premiers jobs du fiston Huston, qui doit sans doute beaucoup à cette époque à son père Walter, star de ce Law and Order. Il est d’ailleurs excellent, Walter Huston, sombre et taiseux. Avec ses trois comparses (parmi lesquels Harry Carey, qui impose une présence formidable), l’acteur crée une imagerie westernienne qui fera date, jusqu’à aujourd’hui : la manière dont Cahn les filme se mettant en marche vers le règlement de compte final sera repris un nombre incalculable de fois, jusqu’à La Horde sauvage ou Wyatt Earp.

Cette séquence du règlement de comptes est une réussite, qui synthétise à elle seule toute la rudesse, la brutalité et la vérité du film, dans une explosion de violence sèche et impressionnante. La mise en scène d’Edward L. Cahn, réalisateur prolifique qui n’a pas laissé une empreinte très marquante dans l’histoire, est pour beaucoup dans ces qualités, avec ses beaux mouvements de caméra, au plus près de visages marqués et passionnants.

Le film prend de grandes libertés avec l’histoire, et avec le mythe de Wyatt Earp. Le personnage de Doc Holliday a notamment disparu, remplacé par celui de Harry Carey qui n’a pas grand-chose à voir. Le plus célèbre tuberculeux du western est quand même rapidement évoqué sous la forme d’un clin d’œil au début du film, avec ce personnage de Mexicain à la toux inquiétante.

Outre la présence remarquée d’un tout jeune Andy Devine, rigolo dans le rôle d’un pauvre type « fier d’être le premier à être pendu légalement », le film est aussi marqué par le petit rôle (non crédité) de Walter Brennan, dont l’histoire avec Wyatt Earp est loin d’être terminée, puisqu’on le retrouvera quinze ans plus tard dans My darling Clementine, authentique chef d’œuvre cette fois.

Tu ne tueras point (Krótki film o zabijaniu) de Krzysztof Kieślowski – 1988

Posté : 20 mars, 2019 @ 8:00 dans * Polars européens, 1980-1989, KIESLOWSKI Krzysztof | Pas de commentaires »

Tu ne tueras point

Un jeune homme légèrement inquiétant erre dans les rues ; un chauffeur de taxi légèrement méprisant prépare sa tournée ; un autre homme s’apprête à devenir avocat. Le premier va assassiner le second, gratuitement et froidement, de manière délibérée et sans remords, et sera défendu par le troisième, impuissant. Pourquoi ? Ce n’est pas vraiment la question : c’est plutôt le « comment » qui intéresse Kieślowski, dans ce long métrage tiré de son fameux Décalogue, ensemble de dix moyens métrages évoquant chacun l’un des dix pêchés capitaux.

Dans un décor dénué de tout semblant de beauté, le cinéaste filme avec une extrême stylisation des êtres sans joie et sans perspective. Des images glaciales et sidérantes qui suffisent à insuffler l’idée que, peut-être, la société telle qu’elle existe pourrait être à l’origine des monstres qui y naissent. Mais Kieślowski n’est pas un moraliste : son film décrit de manière presque clinique les derniers pas avant l’irruption du Mal extrême.

Le plus terrible, c’est cette capacité qu’il a à faire ressentir l’enfant que ce tueur en devenir a été. Son sourire si innocent face aux deux fillettes qui l’observent de l’autre côté de la vitrine alors qu’il prépare activement son meurtre, est à la fois glaçant et bouleversant. Les vitres, les miroirs, les reflets, sont d’ailleurs omniprésents, comme autant d’artifices qui semblent dissocier le jeune homme de ses actes. Troublant.

Et quand la violence explose enfin (« enfin », tant l’attente est chargée en tension dérangeante), elle n’a rien d’une libération : elle est absolument insoutenable, mais comme l’est la séquence de l’exécution, comme si Kieślowski mettait dos à dos ces deux mises à mort, esthétiquement aux antipodes l’une de l’autre, mais chargées toutes deux par le même dégoût. « Tu ne tueras point », rappelle le titre du film. Les lois érigées par la société ne sont pas une excuse…

Les Mains d’Orlac (Orlacs Hände) – de Robert Wiene – 1924

Posté : 17 mars, 2019 @ 8:00 dans 1920-1929, FANTASTIQUE/SF, FILMS MUETS, WIENE Robert | Pas de commentaires »

Les Mains d'Orlac

Les adaptations cinématographiques du roman de Maurice Renard sont assez parfaites pour symboliser l’évolution du film fantastique à travers les décennies… et les pays. Avant l’âge d’or de l’horreur dans le Hollywood des années 30 (le film de Karl Freund en 1935), avant le renouveau du genre en Europe dans les années 60 (celui d’Edmond T. Gréville en 1960), c’est logiquement l’Allemagne expressionniste des années 20 qui ouvre le bal.

Et c’est un tandem mythique de l’expressionnisme qui s’y colle : le réalisateur du Cabinet du docteur Caligari Robert Wiene, et sa star Conrad Veidt. Qui en fait des tonnes, avec un jeu outré qui fait bien son âge, en pianiste vedette qui, après un accident de train, se voit greffer les mains d’un criminel qui vient d’être exécuté, et sent l’influence du tueur dont il a récupéré une partie du corps influer sur sa personnalité.

Mais Wiene, lui, sait créer une atmosphère bien flippante, avec un style plus retenu que … Caligari. La séquence inaugurale, surtout, est brillante : cet accident de train par lequel le drame se noue, et surtout l’impression de chaos que le réalisateur réussit à donner lorsque les secours arrivent.

La réussite du film tient beaucoup à son art de la mise en scène, à la fois spectaculaire et très attentive aux détails. La place des mains dans le cadre, notamment, ne doit jamais rien au hasard. Ces mains sont les personnages principaux du film, chargées d’un passé mystérieux et d’une menace sourde. si le jeu outré de Conrad Veidt laisse dubitatif, sa manière de dissocier ses mains du reste de son corps a en revanche quelque chose de fascinant, et de réellement effrayant.

Kalidor, la légende du Talisman (Red Sonja) – de Richard Fleischer – 1985

Posté : 15 mars, 2019 @ 8:00 dans 1980-1989, ACTION US (1980-…), FANTASTIQUE/SF, FLEISCHER Richard | Pas de commentaires »

Kalidor

Il y a des cinéastes qui restent au sommet jusqu’au bout. John Ford, William Wellman ou Stanley Kubrick sont de ceux-là. Et puis il y en d’autres… Oui, j’ai déjà eu l’occasion de l’écrire : c’est une fin de carrière franchement pas glorieuse que vit Richard Fleischer dans ces années 80 où, visiblement, il n’y a pas grand-chose à sauver.

Après avoir signé un calamiteux Conan le destructeur, voilà que l’ancien grand peintre du Mal sur grand écran nous livre une sorte de nouvelle suite officieuse, qui aurait très bien pu s’appeler Conan 3 si ce n’était la mise en images d’un autre mythe de l’héroic fantasy : Red Sonja. Surtout que l’on retrouve Arnold Schwarzenegger tout aussi musculeux, tout aussi court vêtu, et tout aussi tranchant. Au sens propre.

Son personnage s’appelle donc Kalidor, et les distributeurs français semblent avoir bien compris qu’il était le meilleur atout (le seul à vrai dire) de ce film dont la vedette est censée être Brigitte Nielsen, actrice désastreuse pour faire simple et court. Non pas qu’Arnold livre une grande prestation d’acteur, mais au moins a-t-il cette présence indéniable.

Kalidor est même un cran au dessus de Conan le destructeur. L’histoire est tout aussi con, mais le rythme est plus convainquant, et les scènes d’action plutôt réussies, même si elles ont une fâcheuse tendance à tirer en longueur. On notera aussi la musique généreuse mais oubliable d’Ennio Morricone, ainsi que… eh bien rien. Mais c’est déjà pas si mal.

Laura (id.) – d’Otto Preminger – 1944

Posté : 14 mars, 2019 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, PREMINGER Otto, TIERNEY Gene | Pas de commentaires »

Laura

Bien sûr, il y a Gene Tierney, tellement belle et envoûtante qu’elle revient d’entre les morts par le seul désir du flic qui enquête sur son assassinat. Mais il y a aussi Dana Andrews, acteur tellement économe qu’on en oublierait presque qu’il est génial. Sa manière d’écouter, de donner la réplique, ou encore de créer une relation avec la domestique par quelques mots simples… sont autant de preuves de son exceptionnelle générosité d’acteur.

C’est un couple d’acteurs absolument merveilleux que filme Preminger dans ce classique, ce chef d’œuvre, bref ce monument du film noir qu’est Laura (un couple qu’il retrouvera dans le tout aussi beau Where the sidewalk ends). Un film sur lequel tout a été dit depuis longtemps, et qui continue à semer le trouble.

Que signifie vraiment cette apparition de Laura ? Elle ouvre la porte à toutes les interprétations, et c’est la force du film : Preminger ne referme aucune des portes que cette apparitions ouvre. Fantasme, rêve, ou rebondissement incroyable ? Il y a ce tableau qui fascine le policier, ce sommeil qui le gagne, et puis un simple mouvement de caméra qui donne au spectateur-cinéphile un indice troublant. Mais au fond, chacun peut voir dans Laura ce qu’il veut.

Bien sûr, on peut trouver que la manière dont la belle tombe sous le charme du flic, qui ne fait rien pour se rendre aimable, est un peu trop facile. Mais cela ne fait que renforcer le trouble. Et cette scène centrale de la réapparition n’est pas le seul élément troublant, quand on pense à la question du narrateur. Le point de vue est clairement celui de Dana Andrews. Pourtant, c’est la voix off de Waldo Lydecker, le protecteur de Laura (Clifton Webb, dans le rôle de sa vie), qui introduit le film. Alors ?…

Qu’elle soit le fantasme d’un flic ou la création d’un vieux beau, Laura est un personnage fascinant, jeune femme irrésistible ayant l’incroyable faculté de mal s’entourer, entre le lâche et minable fiancé Vincent Price, la froide tante Judith Anderson, et ce grand manipulateur qu’est Waldo. Quant au flic, volontiers brutal et refrénant ses accès de colère, est-il vraiment meilleur ?

Laura pose bien plus de questions qu’il n’apporte de réponses. Mais ces questions prolongent durablement le plaisir immense que l’on prend devant ce film fascinant, terrible, effrayant aussi, avec une séquence finale formidable qui laisse haletant. Un chef d’œuvre, définitivement.

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