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Archive pour la catégorie 'Genres'

L’Etrange créature du lac noir (Creature from the black lagoon) – de Jack Arnold – 1954

Posté : 29 mars, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, ARNOLD Jack, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

L'Etrange créature du lac noir

Petit classique de la série B fantastique, genre auquel Jack Arnold a donné ses lettres de noblesse dans les années 50, comme John Carpenter le fera deux ou trois décennies plus tard. Toutes proportions gardées (ne serait-ce que pour le manque de moyens), Creature from the black lagoon se situe à mi-chemin entre King Kong et Les Dents de la mer. Au moins chronologiquement.

Dans sa construction, le film s’inspire clairement du classique de Shoedsack/Cooper. Dans le rythme, aussi, impeccable et implacable, et dans ce décor exotique qui participe pleinement à l’angoisse qui finit par devenir étouffant. On ricane bien un peu dans la première partie: autant le singe géant, animé image par image, avait de la gueule en 1933, autant ce comédien en costume de latex qui agite sa main de monstre derrière les comédiens a un côté kitsch franchement rigolo.

Mais voilà, Arnold est un excellent réalisateur. Et sa manière d’utiliser les séquences sous-marines et de jouer avec le danger invisible que les personnages ne soupçonnent pas encore est absolument formidable. C’est là que se trouve la paternité évidente avec le chef d’œuvre de Spielberg, qui a sans doute vu le film des dizaines de fois avant de tourner le sien.

La scène où les scientifiques tentent de lever un filet dans lequel le monstre s’est retrouvé coincé a été reprise quasiment telle quelle par Spielberg pour Jaws. Et il y a, évidemment, ce long passage où la jeune héroïne nage dans le lagon, ignorant le monstre qui se trouve juste sous elle. Étirée à l’envi, cette séquence traumatisante n’a rien perdu de sa force horrifique, et a elle aussi été reprise par Spielberg.

L’intrigue est, elle, hautement improbable. Et qu’importe qu’on croit ou non à cette histoire de main de monstre découverte dans la roche du fin fond de l’Amazonie. Seul compte le plaisir de se faire peur, d’écouter les cris perçants de Julia Adams (scream queen dans la lignée de Fay Wray), ou de s’émouvoir pour ce monstre étrangement humain qui, comme Kong, ne demandait rien à personne.

A l’ombre des potences (Run for cover) – de Nicholas Ray – 1955

Posté : 28 mars, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, CAGNEY James, RAY Nicholas, WESTERNS | Pas de commentaires »

A l'ombre des potences

Après Johnny Guitare, Nicholas Ray reste dans le western, et signe un très beau film intime, qui n’oublie pas de remplir le cahier des charges en matières d’action : on a droit à quelques fusillades, coups de poing et chevauchées particulièrement intenses. Mais la violence est autant psychologique que physique. Et quand elle est physique, elle est brève et cinglante.

Ray s’intéresse vraiment à la psychologie de ses personnages, ce qui est déjà remarquable. Mais surtout, il évite soigneusement tous les poncifs du genre, tous les rebondissements attendus. On a pourtant là les ingrédients d’un western classique : un cavalier solitaire au passé mystérieux (James Cagney, parfait), qui arrive dans une petite ville pas si tranquille et qui prend sous son aile un jeune homme un peu paumé qui cherche sa place dans la société.

Le choix de John Derek, gueule d’ange au visage innocent, est formidable. Pas qu’il soit l’acteur le plus renversant du monde, mais on lui confierait le bouton de la bombe H, tant il respire la bonté et la bienveillance. Et puis, s’il déconnais, on lui accorderait sans doute même une seconde chance…

Le film est entièrement basé sur la relation entre ces deux-là, entre le gamin qui enchaîne les erreurs, et ce vieux briscard de Cagney qui ne cesse de lui renouveler sa confiance, lui-même cherchant à rester fidèle à ses principes et à ses convictions, quoi qu’il se passe.

Il est question de seconde chance donc, mais aussi de jugement et de bienveillance, sentiment finalement rarement à l’honneur dans le western. Et qui donne quelques moments magnifiques, comme la longue séquence de la demande en mariage, huis clos superbement photographié et très économe en dialogues, entre Cagney, sa promise (la Suédoise Vivecas Lindfords, parfaite et pleine de vie) et le père de cette dernière (Jean Hersholt, présence intense et chaleureuse). Là, la délicatesse de Ray atteint des sommets.

Mais Ray sait aussi être lyrique dans sa manière de filmer ses personnages dans des paysages époustouflants, tantôt séduisant, tantôt inquiétants. Malgré toutes ses qualités, et elles sont nombreuses, Run for cover fait partie des films les plus méconnus de Ray. Bien injuste…

Au-delà de demain (Beyond tomorrow) – de A. Edward Sutherland – 1940

Posté : 24 mars, 2018 @ 8:00 dans 1940-1949, FANTASTIQUE/SF, SUTHERLAND A. Edward | Pas de commentaires »

Au-delà de demain

Trois hommes d’affaires âgés et une vieille aristocrate russe exilée vivent ensemble dans un grand appartement new-yorkais, où ils oublient ensemble, chacun à leur manière, les pertes et les épreuves du passé. Le soir de Noël, désœuvrés, les trois compères attirent chez eux des inconnus : une jeune femme et un jeune homme qui vont s’aimer instantanément, et devenir leurs protégés. Jusqu’à un accident d’avion qui fait d’eux des fantômes…

Jolie surprise que ce Beyond tomorrow, qui comment comme un film de Noël à la Capra, où tout n’est que bonté et bienveillance. Joyeux et enlevé, le film doit beaucoup à la complicité charmante du trio de vieux, joués par Charles Winninger, C. Aubrey Smith et un Harry Carey grognon comme jamais. Le regard qu’ils portent, au seuil de la mort, sur ce jeune couple qui se forme devant leurs yeux, est assez beau.

Autre beaux regards : ceux que s’échangent les jeunes amoureux le soir de leur rencontre. Même si Jean Parker et Richard Carlson n’ont pas le charisme de leurs aînés, leur relative fadeur s’oublie totalement dans cette très belle scène, à l’émotion grisante. Simple et sans la moindre arrière-pensée : lorsqu’il est sur ce registre, le film est beau.

La dernière demi-heure, hélas, n’est pas à la hauteur. Les premiers pas de nos trois compères en fantômes sont plutôt convaincants, et assez émouvants eux aussi. Mais le film s’engouffre bientôt dans un mélange de préchi-précha pseudo-religieux et de bons sentiments incroyablement univoques.

En gros, pour gagner le paradis, mieux vaut être un éleveur de chevaux dans les grandes plaines qu’une artiste à Broadway. D’ailleurs, celle qui éloigne notre héros du droit chemin (sans non plus atteindre des sommets de mesquinerie) n’a même pas d’âme à défendre, apprendra-t-on. Les personnages sont certes attachants, mais la conclusion, ainsi que l’imagerie de l’au-delà, laissent dubitatifs.

Cela dit, je persiste : à condition d’arrêter le film après ses 45 premières minutes, Beyond Tomorrow est un beau conte de Noël.

Golem, le tueur de Londres (The Limehouse Golem) – de Juan Carlos Medina – 2016

Posté : 22 mars, 2018 @ 8:00 dans * Polars européens, 2010-2019, MEDINA Juan Carlos | Pas de commentaires »

Golem le tueur de Londres

Toujours très photogénique, ce Londres meurtrier de la fin du 19e siècle. On n’a pas affaire à Jack l’Eventreur ici, mais c’est tout comme. En surnommant son mystérieux tueur le « Golem », le film inscrit moins l’intrigue dans la culture juive que dans la mythologie horrifique dont le tueur de White Chapel est un illustre représentant.

Juan Carlos Medina réussit d’ailleurs plutôt bien à recréer cette atmosphère si particulière d’une ville grouillante de vie, où la richesse et la misère se mélangent autour de lieux qui symbolisent le vice, ou le plaisir c’est selon. En l’occurrence un théâtre où se noue et se dénouent les couples, plus ou moins légitimes, et dont la façade brillante cache mal des secrets inavouables.

Un bon point pour la reconstitution, donc, pleine de vie. Un bon point aussi pour Bill Nighy en flic de Scotland Yard, dont on se demande pourquoi il n’a jamais eu ce genre d’emploi auparavant tant son physique acéré colle parfaitement à ce que devait être ce superflic raté, placardisé pour des suspicions d’homosexualité. Nighy est parfait aussi dans l’évocation jamais frontale de cette « déviance » si mal venue à l’époque, comme dans l’obsession de sa quête.

Il aurait d’ailleurs pu ne jamais trouver ce genre d’emploi : Bill Nighy a été appelé à la dernière minute pour remplacer son pote Alan Rickman, très malade, qui mourra pendant le tournage. Le film lui est dédié, bien sûr.

Efficace et plaisant, ce Golem manque aussi de surprise : cet univers criminel d’un Londres poisseux a fait l’objet d’innombrables films depuis le Lodger d’Hitchcock. Avec quelques pépites, au fil des décennies. Mais il faut bien reconnaître qu’il n’y a ici rien de franchement nouveau, surtout que Medina fait tellement attention à brouiller les pistes bien comme il faut qu’on se doute au bout de 10 minutes que le meurtrier est, en gros, le personnage le plus insoupçonnable (pas manqué).

Si, quand même. Il y a une ambition très louable dans la forme, lorsque Kildare (le flic) passe en revue les différents crimes et les différents suspects, et que les projections de son esprit prennent corps à l’écran. Là, le film renouvelle le genre, comme lorsqu’il invoque des personnages bien réels (Karl Marx, ou le comédien Dan Leno). Pas totalement enthousiasmant, non, mais plutôt plaisant tout de même…

Mary Poppins (id.) – de Robert Stevenson (et Walt Disney) – 1964

Posté : 19 mars, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, DESSINS ANIMÉS, DISNEY Walt, FANTASTIQUE/SF, STEVENSON Robert | Pas de commentaires »

Mary Poppins

Un peu à reculons, que j’ai abordé ce classique made in Disney, pas vu depuis ma prime jeunesse, avant tout pour le faire découvrir à mes enfants. Mais sans grand enthousiasme de ma part. Eh bien me voilà cueilli, séduit, emballé, transporté même par cette fantaisie au cœur gros comme ça, au rythme absolument parfait, et à l’humour constamment teinté d’une tendre poésie.

Ben oui, il a beau être à la tête d’un véritable empire (s’il savait ce que c’était devenu, le pauvre !), partager son temps entre la télévision, les parcs d’attraction et accessoirement le cinéma, il a encore le feeling, tonton Walt. Deux ans avant sa disparition, ce film qu’il a supervisé est même, clairement, l’un de ses chefs d’oeuvre, une merveille qui vous rebooste et vous colle un sourire immense aux lèvres.

Comme son personnage principal, nounou qui attend sur son nuage qu’une famille ait besoin d’elle pour résoudre les problèmes, il y a quelque chose de magique dans ce film. De Robert Stevenson, réalisateur par ailleurs pas franchement enthousiasmant, on pouvait difficilement attendre un film aussi fluide, aussi inspiré, aussi maîtrisé dans la légèreté comme dans la gravité, dans le drame comme dans la comédie musicale.

Il y a évidemment les chansons, toutes merveilleuses : pas la moindre note en-deçà tout au long des 135 minutes de film, qui passent comme un enchantement. Les « tubes » bien sûr, mais pas seulement. Rien à retirer, rien à changer dans les chansons des frères Sherman.

La plongée magique dans les dessins de Bert (Dick Van Dyke), qui donnent lieu à une longue séquence mêlant animation et prises de vue réelles, est d’une formidable inventivité. Mais le film recèle bien d’autres grands moments : l’arrivée de Mary Poppins (Julie Andrews, irrésistible dans le rôle de sa vie) est hilarante ; le ballet des ramoneurs sur les toits de Londres est superbe ; et on pourrait continuer la liste longtemps comme ça.

Bref… A l’époque, Disney était déjà le nom d’un empire. Mais il y avait encore un enchanteur à sa tête.

Le Pacha – de Georges Lautner – 1969

Posté : 15 mars, 2018 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1960-1969, GABIN Jean, LAUTNER Georges | Pas de commentaires »

Le Pacha

Soyons positif, ne retenons que le meilleur : le personnage de flic de Gabin qui réussit à sortir du tout-venant de sa filmographie d’alors en passant son temps à évoquer son enfance ; une manière étonnante de s’amuser des brutalités policières (oui, il y a du second degré… enfin je pense) ; le soin inhabituel apporté aux décors, et particulièrement à ce bureau tout en vitres et en lignes géométriques ; et surtout la scène musicale avec Gainsbourg, lorsque Gabin débarque dans un studio en pleine cession d’enregistrement.

Le face à face entre Gabin et Gainsbourg est forcément historique et mythique, même s’il ne passe que par l’image, sans s’inscrire directement dans l’histoire. Ces deux monstres que tout sépare le sont effectivement (séparés), par la vitre du studio d’enregistrement. Pourtant, c’est le moment le plus marquant du film, la seule scène vraiment bien filmée.

S’il y avait du mauvais esprit sur ce blog, on soulignerait que ce passage est l’un des rares, voire le seul, où le réalisateur Lautner prend le pas sur son dialoguiste Michel Audiard. Il est alors au sommet, Audiard, et les dialogues qu’il signe pour Le Pacha sont effectivement aux petits oignons, mémorables même pour certains. Sauf qu’ils n’existent que pour eux-mêmes, comme s’ils étaient écrits indépendamment du scénario.

L’impression, désagréable au possible, qui en ressort, c’est que Audiard fait le malin, et que toutes ses punchlines semblent clignoter avec une grande flèche qui dirait « regarde comme c’est génial ! » Tellement lourd que ça en devient pénible, y compris la fameuse réplique pour laquelle Le Pacha est resté célèbre, lancée par Gabin (qui ne jurait que par Audiard à cette époque) à Robert Dalban : « Quand on mettra les cons sur orbite, t’as pas fini de tourner. » Mémorable, certes, mais qui arrive comme un cheveu sur la soupe.

Une réplique, quand même, est réjouissante : la toute dernière, sur le fil, quand l’histoire est terminée, en voix off, comme un drôle d’hommage de Gabin à son ami disparu : « Albert les Galoches, la terreur des Ardennes, le bonheur des dames, mon pote !… L’empereur des cons… »

Fritz Lang, le démon en nous (Fritz Lang) – de Gordian Maugg – 2016

Posté : 14 mars, 2018 @ 8:00 dans * Polars européens, 2010-2019, MAUFF Gordian | Pas de commentaires »

Fritz Lang le démon en nous

Après La femme sur la lune, Fritz Lang est à la croisée des chemins. La plupart de ses confrères sont passés au parlant, et lui peine à trouver un nouveau sujet. C’est alors qu’il se passionne pour les crimes d’un tueur en série surnommé Le Vampire de Dusseldorf, dont il s’inspirera pour son premier film parlant, M le maudit.

Et si l’enquête avait suivi l’enquête de près ? Et si sa quête, puis les confessions qu’il aurait lui-même reçues lors d’un entretien avec le tueur arrêté, étaient le ciment de son chef d’œuvre à venir ? C’est de ce postulat que part ce film, qui brouille constamment la frontière entre fiction et réalité, et ce à plusieurs niveaux.

Le film est une fiction, mais il met en scène des personnages bien réels, dans toute leur complexité (comme le flic qui a inspiré Lohman, personnage que l’on verra dans M et Le Testament du Docteur Mabuse). A travers cette fausse enquête, c’est la face trouble de Lang que le film montre : cette fascination pour le mal et cette étrange culpabilité que l’on retrouve dans une grande partie de ses films.

Gordian Maugg met habilement en scène le grand mystère de la vie de Lang : la mort violente de sa première femme, et les soupçons qui ont pesé (et continuent à peser) sur Lang lui-même et sa maîtresse Thea Von Harbou.

Entre l’enquête et la psyché de Lang, le film propose un voyage assez fascinant, dans un beau noir et blanc qui se marie joliment avec des extraits de films d’époque (dont M, évidemment). Le passage de l’un à l’autre, de l’image assez lisse de Maugg à celle granuleuse de 1931, rend ça à la fois plus réaliste, plus ancré dans l’imagination de Lang, plus trouble aussi, comme les fantasmes du cinéaste prenaient le pas sur la réalité.

Le Fouet d’argent (The Silver Whip) – de Harmon Jones – 1953

Posté : 9 mars, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, JONES Harmon, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Fouet d'argent

Un western avec trois personnages principaux, ce n’est pas si courant. Trois héros auxquels le scénario apporte le même intérêt, trois hommes très différents, parfois antagonistes, mais liés par une même amitié dont on sent bien qu’elle sera plus forte que les épreuves : le jeunot Robert Wagner, et surtout les solides Rory Calhoun et Dale Robertson, deux gueules incontournables du western de série B des années 50.

Incidemment, c’est aussi la rencontre de deux mondes : Calhoun et Robertson incarnent tous deux un Ouest déjà révolu, conscients que leur univers est en pleine mutation, et que l’avenir se fera avec des jeunes comme Wagner. Cette modernité est particulièrement frappante avec la petite amie de ce dernier, que l’on découvre allongée sur un fauteuil, les jambes nues bien en évidence, belle jeune femme dont la liberté annonce d’autres temps.

Le film met bien en valeur la relation de ces trois hommes, personnalités complémentaires qui représentent à eux trois l’image du western. D’un côté ce jeune homme qui rêve d’aventures (et surtout de conduire une diligence) et de marcher sur les traces de ses aînés. De l’autre son protecteur (Robertson), qui voudra aller jusqu’au bout pour venger la mort de la femme qu’il aimait. Et puis le meilleur ami de ce dernier (Calhoun), shérif qui croit dur comme fer en la justice.

Harmon Jones, dont on avait déjà dit beaucoup de bien de La Cité des tueurs ou de 24 heures de terreur, deux autres westerns portés par Dale Robertson, excelle aussi à diriger ses seconds rôles, comme ce vieil homme qui cite constamment des poètes ou dramaturges.

Il y a aussi une très belle utilisation des décors de montagne lors de la séquence de traque, ou du relais de diligence lors de la fusillade. Dans les deux cas, il utilise chaque interstice, chaque espace entre deux barrières, ou entre deux rochers, pour renforcer la violence et le sentiment de danger. C’est d’une efficacité imparable, et en plus c’est esthétiquement une réussite. 

La Maison du Docteur Edwardes (Spellbound) – d’Alfred Hitchcock – 1946

Posté : 8 mars, 2018 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

La Maison du Docteur Edwardes

On rapproche souvent Spellbound et Paradine Case, parce que les deux films sont tournés par Hitchcock à la même période, pour Selznick, et avec Gregory Peck dans le rôle principal, et parce qu’il y a une sorte de parenté visuelle. Pourtant, c’est avec un autre classique, à venir celui-là, que le film présente une vraie familiarité : Vertigo, qui abordera lui aussi le thème de la double-personnalité et de la psychanalyse, d’une manière moins frontale mais peut-être plus profonde qu’ici.

Douze ans avant son chef d’œuvre, Hitchcok affiche déjà cette volonté de plonger littéralement dans la psyché de ses personnages, et d’associer le thriller au dédoublement de la personnalité. Ou comment évoquer la psychanalyse comme outil de suspense.

Le thriller, pour le coup, sonne cette fois comme un passage obligé dont Hitchcock se départit la plupart du temps, pour n’y revenir que lors d’un rebondissement aussi improbable que tardif. La question centrale est nettement moins l’identité d’un possible tueur, que la vraie personnalité de Gregory Peck.

Est-il ou non le Docteur Edwardes ? A-t-il été capable de tuer ? En faisant du personnage de Peck un amnésique, convaincu de sa propre culpabilité, Hitchcock renouvelle son éternel thème du faux coupable. Et c’est dans son propre cerveau que se déroule l’enquête, en particulier lors d’une séquence de rêve particulièrement audacieuse, séquence fameuse réalisée avec Dali.

C’est aussi une très belle histoire d’amour, entre un Gregory Peck étrangement passif, poussé et sauvé par une femme qui pensait avoir renoncé à sa féminité, et qui la retrouve dans une scène très émouvante. Un an avant Les Enchaînés (et quatre ans avant Les Amants du Capricorne), Ingrid Bergman, pour la première fois devant la caméra d’Hitchcock, est déjà magnifique.

Ex-lady (id.) – de Robert Florey – 1933

Posté : 3 mars, 2018 @ 8:00 dans * Pre-code, 1930-1939, FLOREY Robert | Pas de commentaires »

Ex-lady

Bette Davis en jeune femme qui refuse de se laisser enfermer dans le mariage et qui affiche une liberté presque insolente. Voilà de quoi enthousiasmer tout cinéphile, et rappeler l’esprit que la belle a fait planer sur Hollywood, ce regard incroyable où se lisait un nombre incroyable de pensées à peine voilées.

Dans Ex-Lady, Bette Davis est une femme qui respire l’amour par tous ses pores, et Florey la filme admirablement, soulignant avec élégance les regards à peine appuyés, les gestes suggestifs… Avec un sommet : cette scène où, d’un simple mouvement de la tête, elle invite l’homme qu’elle aime (Gene Raymond, très bien) à la suivre dans un jardin, s’allongeant devant ses yeux incrédules sur un banc à la vue de tous…

On est en pleine période pre-code bien sûr : une telle scène aurait été impensable quelques mois plus tard. Comme il aurait été inimaginable de voir le mari flirter avec une femme (elle aussi mariée), ou la femme se laisser embrasser par un bellâtre trop entreprenant. Même si une voix quasi-off, sans doute ajoutée après le tournage, vient à la dernière seconde remettre un peu de bienséance dans cette ode à la liberté, Florey va quand même très loin dans la déconstruction du mythe absolu du mariage.

Il signe en même temps une critique assez forte de la société patriarcale, avec cette très belle scène où le père très « digne » reproche à sa fille d’avoir couché avec un homme en dehors du mariage, lui-même se promenant avec une femme… qui n’est pas sa légitime.

Pourtant, c’est une très belle histoire d’amour qu’il filme, avec sa délicatesse habituelle et ce sens du détail qui caractérise ses films. Une enseigne lumineuse qui s’allume de l’autre côté d’une fenêtre, et c’est le cadre habituel du studio qui semble éclater. L’ombre chinoise d’un amant qui se découpe sur le mur de la chambre d’une jeune femme, et c’est toute une nuit d’amour que l’on a l’impression d’avoir vue.

Grand cinéaste modeste et oublié, Florey a tourné ce film au débotté, quasiment sans préparation. Ex-lady est pourtant un très beau film, drôle et émouvant, sur lequel souffle un enthousiasmant vent de liberté. Bette Davis n’y est pas pour rien.

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