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Archive pour la catégorie 'Genres'

Au-delà du Missouri (Across the Wide Missouri) – de William A. Wellman – 1951

Posté : 15 mars, 2020 @ 8:00 dans 1950-1959, WELLMAN William A., WESTERNS | Pas de commentaires »

Au-delà du Missouri

Une voix off qui commente assez platement une série d’images – cartes postales, des personnages qui semblent mal dégrossis, des couleurs un peu criardes qui ont franchement mal vieilli (contrairement à la réputation que le film continue à avoir)… Les premières minutes laissent craindre le pire : comme si Wellman, pour une fois, avait un peu raté son coup.

Pour une fois, parce que Wellman est quand même un cinéaste assez magique qui a le don quasi-unique de transcender tout ce qui lui tombe sous la main, quel que soit le genre et les moyens qui lui sont confiés. Et il tourne beaucoup : cette seule année 1951, ce sont trois films qui portent sa signature, dont le très beau Convoi de femmes.

Un faux pas, donc ? Eh bien non : une fois encore, la magie opère. Le scénario est clairement abouti que celui de Convoi…, et ça se sent. L’humour un peu potache, les Indiens tels que Hollywood les fantasme, l’histoire d’amour un peu facile dans sa première partie (elle gagne en profondeur, quand même)… Autant de défauts qui se ressentent tout de même.

Mais il y a cette « patte » Wellman, cette capacité qu’il, comme Walsh, à donner du corps, de l’intensité et du rythme à son histoire, avec une impression de naturel confondante. Au-delà du Missouri est donc, en dépit de tous ses défauts, passionnant.

Dans cette Amérique des pionniers (l’histoire se passe entre 1828 et 1830), Clark Gable est un trappeur cynique qui « achète » une Indienne dans une scène étonnante, avant d’en tomber sincèrement amoureux. Plus que l’histoire, racontée comme un hommage à des pionniers d’un pays encore à construire, ce sont les paysages qui frappent. Leur beauté, l’importance des grands espaces, mais aussi leur diversité. Des montagnes enneigées aux forêts de bouleaux en passant par les lacs et les vastes plaines, Au-delà du Missouri est aussi un hommage à la beauté de ce pays, entaché de sang.

La voix off renforce l’impression de paradis perdu, un paradis au goût amer, quand même, que fréquentent des immigrants qui ont rompu avec un passé sans doute glorieux : un noble français (Adolph Menjou, réjouissant), ou un officier écossais. Et la cornemuse qui retentit dans les grands espaces du Montana, ça a vraiment de la gueule…

L’Homme des hautes plaines (High Plains Drifter) – de Clint Eastwood – 1973

Posté : 14 mars, 2020 @ 8:00 dans 1970-1979, EASTWOOD Clint (acteur), EASTWOOD Clint (réal.), WESTERNS | Pas de commentaires »

L'Homme des hautes plaines

Un étranger sans nom, taiseux, qui débarque dans une petite ville où il ne tarde pas à dégommer trois gros bras… Le cigare aux lèvres et la barbe de six jours… Clint Eastwood lorgnerait-il du côté de Sergio Leone pour son premier western derrière la caméra ? Pour l’argument initial, sans doute. Mais dès cette deuxième mise en scène, l’ami Clint impose son style, et son univers très particulier.

Chez Eastwood cinéaste, en tout cas dans une grande partie de sa carrière, le rapport à la mort a souvent quelque chose d’étrange, flirtant avec le surnaturel. Le film s’ouvre ainsi sur un climat oppressant et mystérieux qui laisse des marques. Comme dans Pale Rider douze ans plus tard, l’étranger semble sortir d’un mirage. Surtout, c’est le son qui crée ce sentiment de malaise qui ne s’effacera plus : le bruit assourdissant et totalement décalé que fait le cheval de l’étranger, qui agace les sens, absolument inconfortable.

La suite est à l’avenant. L’étranger que joue Clint abat sans sommation, viole une jeune femme un peu trop aguicheuse et hautaine, et s’emploie bientôt à humilier tous les habitants de cette ville qui voit en lui l’ultime rempart contre trois tueurs en quête de vengeance (dont l’indispensable acteur eastwoodien Geoffrey Lewis). Lâches, hypocrites, avides, mesquins… Pas le moindre personnage attachant dans cette ville que Clint va transformer, littéralement, en enfer.

Et d’où viennent ces réminiscences ? Comme des bribes de souvenirs qui ne peuvent pas en être (des souvenirs)… Qui est cet étranger qui sème la mort et confronte la population à sa propre conscience. Surtout, surtout, fuyez l’aberrante version française qui dénature en une réplique finale tout le mystère et la nature même du film. Clint Eastwood mérite bien mieux que ça avec ce western audacieux et radical.

Les Infiltrés (The Departed) – de Martin Scorsese – 2006

Posté : 12 mars, 2020 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2000-2009, SCORSESE Martin | Pas de commentaires »

Les Infiltrés

Internal Affairs était un excellent thriller hong-kongais sur l’éternel thème du double négatif. Scorsese en tire la matière pour un film très personnel, l’un de ses grands films de gangsters, tragédie douloureuse et violente qui s’inscrit finalement plus dans la lignée des Affranchis que dans celle du film dont il est le remake.

Scorsese va beaucoup plus loin dans la thématique du double, opposant systématiquement les trajectoires des deux flics : l’un renseignant un parrain de la mafia de Boston (Matt Damon), l’autre infiltré auprès du même parrain (Leonardo Di Caprio)… Plus le premier gravit les échelons de la police, plus l’autre s’enfonce dans une vie de violence, de solitude et d’aliénation.

Une opposition d’autant plus forte que ces deux là se retrouvent sur de nombreux points. Tous deux vont toujours plus loin dans le mensonge et dans la tromperie, poussés par une figure paternelle qui les dirige dans l’ombre : Jack Nicholson en mafieux glaçant, Martin Sheen en policier à la figure de père tranquille. Tous deux rêvent aussi de s’émanciper et de retrouver leur vraie identité. Et tous deux tombent amoureux de la même femme, Vera Fermagia.

On pourrait ajouter aussi que tous deux sont entourés d’hommes vulgaires et mal dégrossis, aux langages de charretiers. Et les flics ne sont pas les plus élégants : les joutes verbales entre Mark Whalberg et Alec Baldwin (oui, la distribution est éblouissante) sont d’ailleurs des moments étonnants, presque légers. En tout cas drôles et franchement réjouissants.

Scorsese est pourtant en mode sombre. Crépusculaire, même. La mort est omniprésente, et elle frappe fort, sans jamais être anodine. Sur le toit d’un immeuble, dans une cage d’ascenseur ou dans un entrepôt désaffecté, la mort est mise en scène avec une brutalité et une intensité hallucinantes.

Le film a valu un Oscar tardif à Scorsese. Le film de gangsters lui va décidément comme un gant, que ce soit la mafia italienne ou, comme ici, la mafia irlandaise…

Traquée (Framed) – de Richard Wallace – 1947

Posté : 11 mars, 2020 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, WALLACE Richard | Pas de commentaires »

Traquée

Petit conseil à tout personnage de film noir. Si un jour, alors que vous traversez une vraie mauvaise passe, une belle inconnue croisée dans un bar (mais vraiment belle, style vamp de cinéma) allonge les billets pour vous éviter la prison et les ennuis, alors suivez votre premier instinct : méfiez vous. Et mieux : fuyez !

Il le sent bien, Glenn Ford, il le sait bien, que quelque chose cloche dans cette histoire trop belle. Mais quoi… Elle est belle, quand même, Janis Carter. Trop classieuse, trop sophistiquée, sans doute, pour être la serveuse qu’elle prétend. Mais belle, toute prête à s’offrir à lui. On est humain, quoi… Et quel sourire !

Alors oui, Glenn Ford est le parfait pigeon de film noir. On en a la confirmation très vite, lorsque la machination en marche est dévoilée, dès la toute première partie du film, par une construction étonnante et très originale sur le mode de « un personnage mène à un autre, qui mène à un autre, qui mène à un autre… »

Tous les éléments sont sur le tapis, on sait où on va, et on y va aussi sûrement que Ford entre dans la salle de jeux en sachant qu’il en ressortira les poches pleines. Et pourtant, quel suspense ! Dès les premières images, d’ailleurs, Richard Wallace donne le ton : c’est au volant d’un camion dévalant sans frein une route de montagne qu’on découvre Glenn Ford. Sans que rien ne vienne justifier cette entrée en matière si ce n’est un ton, un rythme, une urgence.

La suite est à l’avenant, tout est objet à suspense. Une clé à molette dans les mains de la jeune femme, un peignoir accroché à une porte, un sac d’habits sales jeté dans un coffre, une tasse de café qui attend sur un plateau… Wallace signe une mise en scène particulièrement inspirée, pour concentrer l’attention du spectateur sur un objet qui pourrait être anodin, mais qu’il transforme en un enjeu dramatique majeur.

Il y a aussi une douceur étonnante dans tous les personnages, y compris les plus machiavéliques, presque une forme de bienveillance, en tout cas une envie de partager. Cette femme fatale là doit bien sûr un peu à la Barbara Stanwyck de Double Indemnity et à la Mary Astor du Faucon maltais. Mais ce regard presque innocent et désespéré qu’elle lance à Glenn Ford ne ressemble à aucun autre.

Les Tontons flingueurs – de Georges Lautner – 1963

Posté : 9 mars, 2020 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1960-1969, LAUTNER Georges | Pas de commentaires »

Les Tontons flingueurs

On a à peu près tout dit sur ce Lautner là. Qu’il fait partie pour toujours des films cultes du cinéma français, que les dialogues d’Audiard sont inoubliables, que les acteurs atteignent des sommets, mais aussi que c’est du bon vieux cinéma de papa. Tout ça est vrai.

Du cinéma de papa, donc, parce que même si le rythme est plutôt plus soutenu que dans mon souvenir, la mise en scène de Lautner reste tout de même très fonctionnelle. Et les scènes « d’action », sans être ennuyeuses, n’ont pas un grand intérêt.
L’intrigue non plus d’ailleurs, n’a pas d’intérêt. Franchement, qui se soucie de qui est le traître ? Qui s’intéresse vraiment à l’histoire d’amour entre Patricia et son précieux prétendant ? Et qui se pose la question de l’avenir de Fernand ? Va-t-il s’installer à Paris ou retrouver son entreprise pépère à Montauban ?

On s’en fiche royalement, parce que les personnages n’existent pas. Ni Fernand, ni Raoul, ni le notaire, ni les autres… La seule chose qui existe, ce sont les acteurs, et le plaisir énorme qu’ils prennent à dire les dialogues d’Audiard. Ventura, Blier, Blanche, Dalban, Rich… Même Jean Lefebvre est assez génial avec cette gueule d’ahuri constamment surpris de voir son frère (Blier) s’en prendre plein la tronche (« en pleine paix ! »).

Un sommet bien sûr : la beuverie mémorable dans la cuisine autour du paquet de « grisby », avec les cinq acteurs principaux qui vident des bouteilles de tords-boyaux, « du costaud » avec « un goût de pomme ». Et l’air outré de Lino Ventura et Francis Blanche lorsque Patricia (Sabine Sinjen) les accuse d’être complètement saouls : « On a rien bu… » assure le premier. « Du jus de pomme », s’insurge le second.

Un film ? A peine : un écrin royal pour des dialogues et des comédiens réjouissants.

The Yards (id.) – de James Gray – 2000

Posté : 7 mars, 2020 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2000-2009, GRAY James | Pas de commentaires »

The Yards

C’est toujours bon à prendre, deux heures de franche rigolade. Et en la matière, James Gray se pose un peu là !… Non ?… Non… Gray est un cinéaste immense, visiblement pas un clown. Avec lui, même un semblant de happy-end a des allures d’échec total.

Comme dans son premier film, Little Odessa (et comme dans le suivant, La Nuit nous appartient, qui bouclera une sorte de trilogie noire informelle), Gray parle de famille, de destin, de violence et de mort. De famille, il est question constamment, de ces liens du sang, du mariage ou de l’amitié qui sont plus forts que tout… sauf quand la réalité vous rattrape.

Bref, il est question de famille, mais il est aussi question de trahison, et surtout de destin, forcément tragique. Mark Whalberg, délinquant à peine sorti de prison et décidé à marcher droit pour se rattraper auprès de sa maman si triste (Ellen Burstyn, merveilleuse), passe ainsi le film à se noyer. Littéralement, et sans une goutte d’eau.

Un type bien, entouré de proches décidés à l’aider à tout prix… jusqu’à ce que leur propre vie se retrouve menacée : le meilleur pote Joaquin Phoenix (extraordinaire… bien sûr !), le « tonton » James Caan, et même la tante jouée par Faye Dunaway.

Le plus terrible dans cette histoire, c’est que les sentiments qui lient tout ce petit monde sont sincères. Le patriarche James Caan a vraiment un bon cœur, mais ce bon cœur cohabite avec un instinct de survie tout personnel et un beau sens de la corruption. Tout se serait idéalement passé pour Leo (Whalberg) s’il n’y avait eu cet incident…

L’incident, sans en dire trop, fait partie de ces moments dont James Gray a le secret. Dans ses trois premiers films, ces chefs d’œuvre noirs, la tragédie humaine est toujours ponctuée de séquences de suspense hallucinantes dont on se rend compte lorsqu’elles s’achèvent qu’on les a regardées le souffle coupé. Littéralement.

Quand siffle la dernière balle (Shoot out) – de Henry Hathaway – 1971

Posté : 3 mars, 2020 @ 8:00 dans 1970-1979, HATHAWAY Henry, WESTERNS | Pas de commentaires »

Quand siffle la dernière balle

Dans True Grit, Hathaway flanquait John Wayne d’une gamine, toute jeune adolescente. Dans Shoot out, tourné deux ans plus tard, le même Hathaway prolonge ce thème en mettant dans les pattes d’un Gregory Peck en quête de vengeance une fillette encore plus jeune : à peine l’âge de raison.

Autant dire que la quête de vengeance va en prendre un coup dans l’aile. Tant mieux : Hathaway ne s’y intéresse pas le moins du monde, expédiant le traumatisme originel en un flash-back de quelques secondes (montrant le braqueur de banque joué par Peck trahi par son complice et ami), et sacrifiant sans état d’âme l’affrontement final.

Une chose seulement l’intéresse dans ce western tardif : les rapports entre ce cow-boy vieillissant et cette fillette qui pourrait bien être sa fille. Ou pas. Qu’importe l’histoire, qu’importe le scénario cousu de fil blanc, qu’importe aussi que les méchants soient si caricaturaux et si peu crédibles… Le fait est que ce duo inattendu donne quelques jolis moments tendres et touchants.

Pour le reste, il y a le métier d’Hathaway. Pas franchement au sommet de son art, certes, mais même dans cette dernière partie de carrière, le cinéaste marque des points par quelques beaux cadres dynamiques qui rappellent que c’est lui derrière la caméra, et pas un tâcheron anonyme : Gregory Peck dans un train devant un paysage westernien, le même Peck sur un cheval avec sa « fille »…

Des images simples mais incroyablement immersives, qui compensent la banalité, voire la fadeur des premières minutes du film, avec ces dos en amorces de plan et cette mise en scène curieusement artificielle. Après ce début fadasse, Hathaway retrouve du souffle, et finit par nous avoir au forceps.

L’Epouse de la nuit (Sono yo no tsuma) – de Yasujiro Ozu – 1930

Posté : 2 mars, 2020 @ 8:00 dans * Polars asiatiques, 1930-1939, FILMS MUETS, OZU Yasujiro | Pas de commentaires »

L'Epouse de la nuit

Associer Ozu au polar est loin d’être une évidence, au vu des chefs d’œuvre prestigieux du maître. Pourtant, le cinéaste a bien tourné quelques films de genre durant sa période muette. L’Epouse de la nuit fait ainsi figure de curiosité, assez loin de l’univers d’Ozu a priori. Mais finalement pas tant que ça…

L’influence de la culture américaine a souvent été très présente dans le Japon que filme Ozu. Celle du cinéma hollywoodien l’est particulièrement ici, par les affiches de films accrochés sur les murs de l’appartement où se jouera l’essentiel de l’action. Mais aussi par cette longue première séquence, que l’on croirait tout droit sortie d’un film de gangsters de la Warner. Ça se passe la nuit (ce qui est déjà une rareté chez Ozu), ça se passe même sur une seule nuit (encore une curiosité), et un matin.

Les dix premières minutes sont remarquables, et dénuées de tout carton. Dans cette nuit très profonde, Ozu filme un braquage, puis une fuite désespérée à travers les rues de la ville. Des détails : une main sur une épaule, une silhouette à travers une porte vitrée, l’empreinte d’une main, un combiné de téléphone qui pend… Ozu, qui a déjà une quinzaine de films à son actif, maîtrise parfaitement le cadre et le montage pour cette narration précise et intense à la fois, qui révèle ses talents de réalisateur américain !

Du pur film de gangster, Ozu nous emmène vers un drame plus intime, avec une transition par montage parallèle. On comprend alors que le voleur est un père de famille désespéré, qui avait besoin d’argent pour soigner sa fillette malade, entre la vie et la mort.
Et le voilà chez lui, avec sa femme, et bientôt un policier qui l’a suivi… trio inattendu autour du lit de la fillette. Le film reste alors tout aussi intense, mais change de ton, et de rythme. Le style d’Ozu n’est pas tout à fait celui de sa grande période à venir, où la caméra sera souvent au niveau du sol. Mais sa manière de filmer les objets comme les témoins du temps qui passe, est déjà là. Le linge qui pend aussi.

Et la figure du père, bien sûr, centrale et bouleversante. Celle de la mère aussi d’ailleurs, qui, même en retrait, est aussi intense que celle du mari. Une constante aussi, dans l’œuvre d’Ozu.

L’Epouse de la nuit est une curiosité, mais c’est déjà un très beau film, intime et intense. Même dans un film de genre, Ozu sait avec de petits rien faire éclater la plus forte des émotions.

Mindhunter (id.) – saison 1 – créée par Joe Penhall et David Fincher – 2017

Posté : 1 mars, 2020 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, DOUGLAS Andrew, FINCHER David, KAPADIA Asif, LINDHOLM Tobias, PENHALL Joe, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Minhunter saison 1

La fascination de David Fincher pour les tueurs en série a donné de grands films de cinéma : Seven, Zodiac, mais aussi Millenium. Elle donne cette fois une grande série télé qui, comme tout ce qu’il a fait jusqu’à présent, offre une approche inédite du genre.

Loin de Seven, donc. Loin de Zodiac aussi, Mindhunter évoque la naissance de la science du comportement au sein du FBI. Inspirée de personnages réels, la série met en scène quelques uns des tueurs en série les plus marquants des Etats-Unis, à commencer par Ed Kemper, mais d’une manière assez radicale, en reléguant le suspense traditionnel loin, très loin en arrière-plan.

Rien de facile, ni d’évident dans l’approche de Mindhunter. L’essentiel de l’action consiste en de longues « interviews » des criminels en prison. Il y a bien quelques tueurs en liberté, que les méthodes nouvelles de nos héros pourraient aider à interpeller. Mais la série évite de tomber dans la logique du polar, et fuit comme la peste toutes les ficelles habituelles pour créer le suspense.

Peu de suspense, d’ailleurs, mais une tension, énorme. Et des glissements, imperceptibles et vertigineux. Celui de Ford et Tench, les deux agents si différents dont le quotidien est de côtoyer les pires monstres de l’histoire récente avant de rentrer faire un bécot à leurs compagnes. Ils sont formidables, Jonathan Groff et Holt McCanally, deux acteurs aux styles radicalement opposés : l’un éthéré, délicat et si perméable aux horreurs qu’il approche au plus près, l’autre solide, massif et terrien. Une grande trouvaille, que d’associer ces deux là.

David Fincher, comme il l’avait fait pour House of Cards, définit l’univers visuel de la série en réalisant lui-même les deux premiers épisodes. Il signe aussi les deux derniers de cette première saison, chef d’œuvre de tension, inconfortable au possible.

On sort haletant de cette ultime confrontation entre Ford et Kemper, conscient des limites de ce l’humain peut endurer. Mal à l’aise, mais on en redemande…

Jenny – de Marcel Carné – 1936

Posté : 29 février, 2020 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, CARNÉ Marcel | Pas de commentaires »

Jenny

Premier long métrage de Carné, tourné juste avant l’ère des grands classiques, Jenny est un film nettement moins célèbre que Drôle de drame ou Le Jour se lève dans la longue collaboration entre Carné et Jacques Prévert. L’heure n’est pas encore au fameux réalisme poétique qui atteindra des sommets avec Hôtel du Nord, mais à un réalisme plus cru, avec moins de fards…

Jenny, qui donne son titre au film, c’est la grande Françoise Rosay. Ou plutôt la femme qu’elle est à la nuit tombée, lorsque la mère de famille digne et vieillissante qu’elle est devient la patronne d’un club très libertin, où les jolies jeunes femmes ne demandent qu’à être très gentilles avec les riches clients prêts à sortir leurs portefeuilles.

Quand sa fille revient d’Angleterre, où elle a vécu depuis l’adolescence, elle lui cache son vrai métier. Pour la jeune Danièle (Lisette Lanvin), sa mère est une bourgeoise bien comme il faut… Jusqu’au jour où elle découvre la vérité, et rencontre Lucien (Albert Préjean), sorte de gigolo qui vit de la générosité de sa mère…

Jenny s’annonce comme un drame amoureux qui va opposer mère et fille. Mais le film se révèle vite plus subtil que ça. Et c’est une série de portraits de personnages trop seuls que Carné filme. Tout est simple, semble-t-il, dans cet univers où il suffit de payer pour avoir des amis, une maîtresse, un amant… Mais personne n’est vraiment dupe : ni Charles Vanel, petit caïd qui brandit son pouvoir mais se consume d’amour pour Françoise Rosay ; ni Jean-Louis Barrault, qui s’invente un chien imaginaire parce qu’au fond, personne ne s’intéresse au bossu qu’il est ; ni Albert Préjean, gigolo repenti…

Au fond, seul le milliardaire joué par Le Vigan prend son argent vraiment au sérieux. Une posture qui, d’ailleurs, le coupe totalement du monde et de la réalité.

Superbe interprétation, musique très présente mais prenante de Joseph Kosma, et quelques beaux moments qui annoncent les chefs d’œuvre à venir : les amoureux qui regardent la brume sur le canal, ou cette dernière image de Françoise Rosay, seule dans le brouillard, déchirante.

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