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Archive pour la catégorie 'Genres'

Halloween 5 : la revanche de Michael Myers (Halloween 5 : The Revenge of Michael Myers) – Dominique Othenin-Girard – 1989

Posté : 28 mai, 2019 @ 8:00 dans 1980-1989, FANTASTIQUE/SF, OTHENIN-GIRARD Dominique | Pas de commentaires »

Halloween 5

Ben v’là-t-y pas que Michael Myers n’est pas mort ! Dessoudé et enterré sous des tonnes de gravats à la fin du précédent épisode, le croquemitaine laissé pour mort s’en est tiré. Et Dominique Othenin-Girard (qui ?) se croit obligé de nous montrer comment il a fait, dans une courte scène inaugurale qui donne le ton.

Dominique Othenin-Girard : un nom que l’on n’associe (quand on l’associe) à peu près qu’à ce Halloween 5, qui ne lui a pas fait une carte de visite franchement efficace… Pas qu’il manque d’ambition, ni même d’une certaine vision. Mais quoi qu’il fasse, le réalisateur tape à côté. Rien ne marche vraiment dans cet opus qui échoue surtout au seul endroit où on l’attendait vraiment : dans sa capacité de faire peur.

Étrange parti pris du réalisateur, qui semble prendre le contre-pied systématique de Carpenter. Sans doute le singer aurait-il été une erreur aussi grande, mais en refusant d’appliquer le code du bon réalisateur de film de frousse lambda, Othenin-Girard échoue constamment à flanquer cette frousse qu’on attend pourtant. En dévoilant d’emblée l’emplacement de Michael Myers dans les scènes de suspense, en refusant même la surenchère gore… Des parti-pris louables, a priori, mais qui rendent la chose d’une platitude extrême.

Le réalisateur semble plus intéressé à tenter d’amener la saga vers autre chose. Vers la comédie même, avec un duo de flics décalés mais mal utilisés. Voire vers le surnaturel plus affirmé, avec cette apparition d’un homme mystérieux qui vaudra un final inattendu… et inabouti.

Quant à Danielle Harris, la jeune actrice qui était le meilleur atout de Halloween 4, elle est confinée dans un mutisme qui ne porte pas vraiment le personnage vers des sommets.

Finalement, c’est une nouvelle fois le Dr Loomis, alias Donald Pleasance, qui tire le mieux son épingle du jeu. Plus psychotique que jamais, plus barré, plus malsain, plus odieux, plus dérangé… C’est lui, paradoxalement, qui fait le plus peur dans ce film.

Six chevaux dans la plaine (Six black horses) – de Harry Keller – 1962

Posté : 26 mai, 2019 @ 8:00 dans 1960-1969, KELLER Harry, MURPHY Audie, WESTERNS | Pas de commentaires »

Six chevaux dans la plaine

Ce n’est pas parce qu’on n’a pas de moyens qu’on ne peut pas avoir d’ambitions. Ce western fauché n’en manque pas, pas plus qu’il ne manque d’intérêts…

De beaux décors naturels, trois acteurs qui se partagent seuls l’écran pendant une bonne partie du film… Il n’en faut pas plus à Harry Keller pour mener son film avec une efficacité indéniable. Pas de grands effets, ni de cascades spectaculaires : le film se limite en grande partie à l’avancée de ces deux hommes (Audie Murphy et Dan Duryea) qui escortent une jeune femme aux motivations mystérieuses à travers le territoire indien.

Parmi les aspects très réussis du film, il y a la manière dont Keller utilise ses décors, parfois les mêmes d’une scène à l’autre, mais avec un vrai sens de l’espace, particulièrement frappant dans les boyaux étroits des monts rocheux.

Et puis les rapports troubles entre les deux personnages principaux, amicaux et ambigus à la fois, et pour une fois vraiment complémentaires, sont particulièrement convaincants.

Une limite, quand même : Harry Keller n’est pas un excellent directeur d’acteurs. Malgré l’alchimie indéniable entre Murphy et Duryea, deux gueules qui connaissent leur métier, on sent ce dernier souvent mal à l’aise, pas dans le ton. Au contraire de Murphy, très bien comme souvent.

En revanche, évacuons vite la question Joan O’Brien, jolie plante qui se contente à près de faire ça : la jolie plante, y compris lors d’une séquence sous tension qu’elle gâche royalement, celle où un chef Indien veut l’échanger contre un cheval. Un cheval contre une jolie plante ?

Les Nuits de Chicago (Underworld) – de Josef Von Sternberg – 1927

Posté : 25 mai, 2019 @ 8:00 dans * Films de gangsters, 1920-1929, FILMS MUETS, VON STERNBERG Josef | Pas de commentaires »

Les Nuits de Chicago

Josef Von Sternberg est encore un quasi-débutant lorsqu’il signe ces Nuits de Chicago, déjà un très grand film qui bouscule, et qui remue. Presque un débutant, parce que Sternberg n’avait pas eu l’occasion de confirmer ses premiers pas convaincants (avec Salvation Hunters, en 1925) : The Masked Bride et The Exquisite Sinner lui sont retirés des mains, et le mythique Woman of the Sea aurait carrément été détruit par son producteur Charles Chaplin…

Autant dire qu’il revient de loin, Sternberg, ce dont tous les cinéphiles du monde peuvent se réjouir, tant ce film, visuellement très fort, surprend aujourd’hui encore par la puissance de ses accès de violence. Son succès a d’ailleurs boosté le genre du « film de gangsters » (Scarface n’est pas loin), l’inspirant même très durablement.

C’est un monde d’hommes burnés et burinés que filme Sternberg, le monde des voyous, des gros durs, prêts à s’entre-tuer pour un regard ou pour une humiliation. La scène d’ouverture, d’ailleurs, annonce avec trente ans d’avance celle de Rio Bravo : même situation, même confrontation d’un gros bras sadique et d’un alcoolique pathétique qui trouvera la rédemption.

Ce dernier, c’est Clive Brook, parfait en esthète des bas-fonds, qui tombe amoureux de la fiancée du caïd à qui il doit sa rédemption, joué avec truculence par George Bancroft. On voit bien où tout ça nous mène, et on y va bel et bien, triangle amoureux à hauts risques sur fond d’hyper-violence.

Josef Von Sternberg filme superbement la naissance du sentiment amoureux (captant un regard, une main qui en effleure une autre) avec beaucoup de grâce. Il sait aussi créer la tension en filmant la rudesse (c’est un euphémisme) de ce monde, ou un règlement de compte, cinglant et glaçant. Jusqu’à la séquence finale, hallucinante explosion de violence…

Les Pirates du métro (The Taking of Pelham 1-2-3) – de Joseph Sargent – 1974

Posté : 24 mai, 2019 @ 8:00 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, SARGENT Joseph | Pas de commentaires »

Les Pirates du métro

Oubliez le pauvre remake de Tony Scott, et (re)voyez de Taking of Pelham 1-2-3 première version, modèle du polar 70s, porté par un Walter Matthau parfait en flic du métro, confronté à une prise d’otage menée par Robert Shaw et Martin Balsam.

Aux antipodes de Scott, Sargent privilégie les personnages à l’action, plutôt rare au final. Sa mise en scène, remarquablement fluide, passe d’un personnage à l’autre, d’un lieu à l’autre, avec une évidence qui force le respect. Au-delà du scénario, intriguant mais conventionnel, c’est cette fluidité et cette intelligence de la mise en scène qui séduit, et qui offre une vision originale de ce décor de métro qui semble si familier.

Shaw est glaçant en « pirate » éduqué mais déterminé. Mais c’est Matthau qui impressionne, et donne au film son ton atypique, avec cette touche de légèreté apporte une ironie bienvenue à un récit par ailleurs très sombre. L’acteur, plus familier de la comédie, vie cette année-là une sorte de parenthèse noire pour le moins concluante (il vient alors de tourner Tuez Charley Varrick). Le regard qu’il lance dans le dernier plan est peut-être le plus beau moment du film…

Une poignée de plombs (Death of a Gunfighter) – de Don Siegel et Robert Totten (sous le pseudo d’Alan Smithee) – 1969

Posté : 23 mai, 2019 @ 8:00 dans 1960-1969, SIEGEL Don, SMITHEE Alan, TOTTEN Robert, WESTERNS | Pas de commentaires »

Une poignée de plombs

Une sorte de paradoxe : le premier film de cinéma signé Alan Smithee (ce pseudonyme « officiel » utilisé par les réalisateurs refusant d’assumer ce que les producteurs ont fait de leur travail) est un western très intéressant, et même franchement réussi.

Pas de désaveu véritable, d’ailleurs, derrière ce pseudonyme, mais le refus de deux réalisateurs d’endosser l’entière paternité d’un film clairement réalisé à quatre mains : Robert Totten, qui a commencé le tournage, et Don Siegel, qu’a fait venir Richard Widmark à mi-production, la star étant en désaccord avec le premier, et ayant visiblement un bon souvenir de Madigan, qu’il venait de tourner avec Siegel.

On ne rentrera pas dans le jeu du « à qui doit-on quoi » (d’abord parce que je n’en sais rien), mais Death of a gunfighter est un western qui renouvelle assez brillamment un motif récurrent du genre. Le titre original est d’ailleurs nettement plus approprié que celui, idiot, choisi par le distributeur français. Comme les courtes images pré-génériques, il annonce d’emblée le drame inéluctable qui se joue.

Widmark est un personnage tragique, énième version du shérif auréolé d’une réputation de violence, dont les bonnes âmes de la ville veulent se débarrasser : à la fois mauvaise conscience d’une société qui s’est bâtie sur la violence et le sang, et témoin d’un Ouest sauvage révolu, au tournant du 20e siècle.

Ce thème (le rapport ambigu de l’Amérique « moderne » avec la violence) a souvent inspiré le genre. Il y a ici une vraie particularité : l’absence d’élément extérieur. Pas de vrai méchant, ni de vraie menace qui pèse sur la ville, juste la volonté des notables de se débarrasser de ce shérif qui fut si utile, qui est devenu si encombrant.

Beau rôle pour Richard Widmark, homme traqué, perdu, mais droit, dont le regard émeut face aux morts qui s’amoncellent autour de lui, malgré lui.

Il y a bien quelques rares touches d’optimisme, mais souvent contrebalancées par la rudesse des sentiments. Comme cet homme, écœuré par le sort réservé au shérif, dont les « amis » stoppent l’élan en lui claquant sa judéité à la gueule.

Petit bémol : quelques effets musicaux douteux. Mais c’est un tableau sombre et cynique de l’Amérique que signent Siegel et Totten, assez radical et passionnant.

La Cité sans voiles (The Naked City) – de Jules Dassin – 1948

Posté : 22 mai, 2019 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, DASSIN Jules | Pas de commentaires »

La Cité sans voiles

Immense film, l’un des meilleurs « docu-polars » des années 40. Voilà, tout est dit : Jules Dassin signe un chef d’œuvre, sorte de testament magnifique pour le producteur Mark Hellinger, mort juste avant la sortie du film.

C’est lui, Mark Hellinger, qui est à l’origine de ce projet, qu’il voulait être le portrait le plus fidèle possible de New York. C’est lui aussi qui assure la voix off, génialement utilisée, qui rythme l’ensemble de l’enquête.

Enquête passionnante d’ailleurs : celle d’une brigade de policiers qui tente de résoudre le meurtre mystérieux d’une jeune mannequin, retrouvée morte noyée sur son lit. Une enquête dont le film fait une sorte de prétexte pour plonger au cœur de la Big Apple, et dans le quotidien de quelques-uns de ses habitants, filmés au plus près.

Fascinantes images, dont certaines sont effectivement « volées » par des caméras cachées dans les rues, à la fois hyper-réalistes et somptueuses. Au réalisme et au naturalisme de son récit, Dassin ne sacrifie jamais l’esthétisme : son film est d’une beauté formelle assez renversante.

La réussite du film repose aussi sur les personnages, qui sortent tous des stéréotypes habituels. A commencer par le flic en charge de l’enquête, qu’incarne un inattendu génial Barry Fitzgerald (le Michaleen de L’Homme tranquille), d’habitude plutôt cantonné aux seconds rôles.

Et quel rythme ! Dassin filme l’enquête avec ses hauts, ses bas, ses temps morts, ses brusques accélérations… C’est d’une vivacité de chaque instant, beau mouvement irrégulier qui mène inexorablement vers une ultime course-poursuite, inoubliable.

Le film s’ouvre et se referme sur des images saisissantes de New York, jamais vues, jamais comme ça en tout cas. Entre les deux, un grand moment de cinéma. Chef d’œuvre, définitivement…

La Tête d’un homme – de Julien Duvivier – 1933

Posté : 20 mai, 2019 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, DUVIVIER Julien, Maigret | Pas de commentaires »

La Tête d'un homme

« Et la nuit m’envahit… Tout est brumeux, tout est gris… » C’est Julien Duvivier lui-même qui a écrit les paroles de cette complainte envoûtante, que chante Damia, et qui scande cette adaptation d’un Maigret, créant d’emblée une atmosphère digne de celle de Simenon.

Ce n’est pas la moindre qualité de cette adaptation merveilleuse, qui surclasse encore les deux premiers Maigret au cinéma, sortis l’année précédente (La Nuit du carrefour et Le Chien jaune). Chez Duvivier, comme chez Simenon, l’intrigue elle-même est un prétexte pour saisir la réalité de personnages hantés par leurs démons. Pas de faux suspense d’ailleurs ici : Duvivier l’évacue rapidement en exposant tous les éléments de l’intrigue, ou presque, dès la première séquence.

Film d’atmosphère, film de personnages, La Tête d’un homme bénéficie de la présence d’Harry Baur, qui livre une superbe incarnation de Maigret, personnage décidément bien servi au cinéma. C’est aussi l’œuvre d’un grand cinéaste qui signe un pur film de mise en scène. De la scène du « cambriolage » à la séquence finale où la folie du personnage d’Inkijinoff éclate, le film regorge d’images d’une grande force visuelle.

Une scène, qui semble plus anodine, souligne bien l’ambition esthétique de Duvivier : celle du policier filmé en plan fixe sur un changeant, ses interlocuteurs et les décor en fond se succédant. Procédé rarement utilisé, qui donne une grande fluidité à ce passage qui aurait si facilement pu être conventionnel.

La Tête d’un homme, c’est aussi un grand film sur la violence de la société, violence physique et morale, avec des visions crues de la prostitution, du sexe et de la folie des hommes. De la solitude aussi, omniprésente. Celle de Radek bien sûr (Inkijinoff), mais aussi celle de ce couple sans amour, et celle du faux coupable, méchant tout désigné avec ses mains immenses, rejeté par tous, même par ses parents. Un grand film cruel.

La Vérité sur Bébé Donge – d’Henri Decoin – 1952

Posté : 18 mai, 2019 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1950-1959, DECOIN Henri, GABIN Jean | Pas de commentaires »

La Vérité sur Bébé Donge

Le ton, la construction, les personnages, les dialogues, l’interprétation… Le film est d’une modernité hallucinante, et suffit à démontrer à quel point le jugement des jeunes loups de la Nouvelle Vague était excessif, voire absurde, sur leurs aînés. Certes, Henri Decoin n’a pas fait que des chefs d’œuvre, mais celui-ci en est un. Et Gabin, qui a parfois eu une tendance à la facilité, est ici magnifique, tout en retenue, en pudeur et en douleur. Raide dingue de Danielle Darrieux, et on le comprend, qui souffle le chaud (brûlant) et le froid (glacial).

C’est un film d’une étonnante modernité, dont le personnage principal est un homme d’un autre temps, figure du mâle dominant à l’ancienne, qui ne voit pas le mal de coucher à gauche et à droite ou de gifler sa femme. Faut bien que ça rentre dans sa caboche… Un type d’un autre temps, donc, marié à une femme également d’un autre temps, sans doute trop en avance dans cette société patriarcale implacable. Une jeune femme romantique et libre, détruite par cet homme (et cette société) psychologiquement si brutal.

D’une puissance folle sur le fond, La Vérité sur Bébé Donge est aussi un film magnifique dans sa forme, avec ses flash-backs audacieux, ce refus de la grandiloquence, cette caméra qui sait être virtuose (passant d’un personnage à l’autre, d’une conversation à l’autre, avec une extraordinaire fluidité lors d’une belle scène de réception), ces dialogues dits par des acteurs qui annoncent très paradoxalement ceux de la Nouvelle Vague dans leur manière de scander les mots.

Gabin est formidable parce qu’il ose jouer un homme qui ressemble à tous ses personnages de l’époque, mais qui au fond est odieux. Et Danielle Darrieux est sublime parce qu’elle sait être pleine de vie, puis livide, comme morte. Avec cette adaptation de Simenon, Decoin prouve une bonne fois pour toute que les jeunes loups des Cahiers ont un peu vite sacrifié tout un pan du cinéma français, qui recèle quelques perles brutes.

La Courtisane (Susan Lenox (her fall and rise)) – de Robert Z. Leonard – 1931

Posté : 4 mai, 2019 @ 8:00 dans * Pre-code, 1930-1939, LEONARD Robert Z. | Pas de commentaires »

La Courtisane

Greta Garbo et Clark Gable, deux immenses stars, deux monstres sacrés symboles de deux âges d’or d’Hollywood, que la MGM réunit pour l’unique fois de leur carrière. Sur le papier, ça fait rêver. A l’écran, ça ne fait pas vraiment des étincelles. Comme les deux personnages qui passent une grande partie du film à passer l’un à côté de l’autre, les deux stars, si glamours soient-elles, échouent à former l’un de ces couples mythiques qui font la grandeur d’Hollywood.

A quoi est-ce dû ? A l’incompatibilité de jeu entre ces deux monuments, représentant chacun une époque bien différente de l’autre ? Ou plutôt à la mise en scène tantôt très inspirée tantôt un peu lâche, pas aidée par un montage trop serré qui ne rend pas hommage à l’ampleur de la destinée humaine qui se joue. Comment résumer en moins d’une heure vingt des mois, voire des années de drame ? A l’impossible, nul n’est tenu, en tout cas par Leonard, cinéaste inégal.

Inégal, il l’est ici aussi, avec une seconde moitié trop relâchée pour être vraiment émouvante, et une premier parsemée de moments absolument magnifiques. Les premières minutes notamment, font partie de ce que Robert Z. Leonard a fait de plus beau, de plus audacieux, et de plus fort : la naissance et la jeunesse du personnage de Garbo, résumé par un enchaînement d’ombres portées sur un grand mur vide. Du grand art, pour une séance superbe qui se termine par l’ombre du profil très reconnaissable de la Divine.

Promise à un mariage dont elle ne veut pas (avec Alan Hale), la jeune s’enfuit et se réfugie chez Clark Gable, qui la prend sous son aile avant de tomber amoureux. Mais le destin s’en mêle, et sépare les deux amants, qui s’enfoncent l’un et l’autre très profondément dans une spirale d’incompréhension et de rancœurs. Un peu trop d’ailleurs : Garbo passe son temps à tenter de reconquérir ce crétin de Gable trop fier, trop aveugle, trop con pour faire simple, pour simplement essayer de l’écouter.

Garbo est superbe dans ce film, tourné la même année que Mata-Hari ou le très beau L’Inspiratrice. Parfaite, et toute en nuances, face à un Clark Gable très charismatique mais qui pour le coup, en manque singulièrement (de nuances).

L’Homme sauvage (The Stalking Moon) – de Robert Mulligan – 1968

Posté : 2 mai, 2019 @ 8:00 dans 1960-1969, MULLIGAN Robert, WESTERNS | Pas de commentaires »

L'Homme sauvage

Robert Mulligan retrouve Gregory Peck, son Atticus Finch de To kill a mockinbird, pour un western d’une sécheresse percutante. Poussiéreux, rude, extrêmement peu bavard, le film bénéficie aussi d’une musique minimale qui sait disparaître durant de longs moments. De la même manière, la violence est, la plupart du temps, hors champs, et Mulligan s’attache à filmer le temps long, l’attente, pour mieux cerner la vérité de ses personnages et la tension, extrême.

Gregory Peck est un éclaireur de l’armée qui décide de retourner à la vie civile après quinze ans de service. Et qui accepte d’escorter sur sa route une jeune femme qui vient d’être libérée après avoir été enlevée par les Indiens dix ans plus tôt. Et avec elle son jeune fils, dont on devine bien vite (plus que le pauvre Peck) qu’il est le fils de cet Indien quasi-mythique dont le seul nom suffit à faire souffler un vent glacial sur n’importe quelle communauté.

C’est l’une des belles idées du film : faire du méchant un homme seul, dangereux, et invisible la plupart du temps. Un homme dont les massacres sont rapportés avec une telle terreur qu’il acquiert une dimension quasi démoniaque. Le film perd d’ailleurs un peu de sa force dès que cet Indien, Salvaje, pointe (tardivement) le bout de sa tunique.

Là où le film est le plus efficace, c’est justement dans la longue attente, à la fois sur le chemin puis dans la maison prise d’assaut. Comment combattre un ennemi qu’on ne voit pas ? Mulligan sait tirer le meilleur de ce postulat, en particulier lors de l’ultime « face à face » (les guillemets sont de rigueur, puisqu’on n’en voit qu’une, de face : celle d’un Peck mutique), étouffant suspense de près de vingt minutes.

Autre promesse (à peu près) tenue : la place de l’enfant, ce gamin dont on sent qu’il cherche sa place, entre la vie sauvage et meurtrière de son père, et l’avenir plus rangé et plus « civilisé » qui l’attend avec sa mère (jouée par Eva Marie-Saint, très bien en jeune femme réapprenant péniblement la vie en société, si restreinte soit cette société). Mulligan n’en rajoute pas sur le sujet, peut-être pas assez d’ailleurs. Mais au détour d’un geste troublant, d’une course stoppée dans son élan, il réussit à faire ressentir les hésitations de ce gamin coincé entre deux civilisations.

Ce sujet aurait sans doute pu, ou dû, être plus central. Mais à la psychologie des personnages, Mulligan privilégie la tension et le suspense. Avec une efficacité énorme, un vrai sens du paysage, et un Peck impeccable dans le genre « je sais que je fais une connerie, mais je la fais quand même ».

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