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Archive pour la catégorie 'Genres'

Dans la brume – de Daniel Roby – 2018

Posté : 14 octobre, 2018 @ 8:00 dans 2010-2019, FANTASTIQUE/SF, ROBY Daniel | Pas de commentaires »

Dans la brume

Une mystérieuse brume envahit Paris. Seuls ceux qui ont pu se réfugier dans les hauteurs de la capitale ont survécu. Parmi eux, les parents séparés d’une adolescente qu’une grave maladie oblige à vivre dans une sorte de bulle.

La première raison de voir ce film, et sans doute sa principale raison d’être : c’est cette vision hallucinante et très belle des toits de Paris dépassant d’une mer de brouillard. Une image dont la quiétude absolue (on pense à de grandioses paysages de montagne) tranche avec la mort qu’elle sous-entend.

Et cette image résume bien le parti-pris courageux de Daniel Roby, jeune réalisateur québecquois sans doute biberonné aux films fantastiques hollywoodiens d’autrefois, dont il impose la simplicité, le caractère anxiogène, l’aspect romanesque, l’art du twist, et surtout un beau classicisme qui tranche avec les montages saccadés et les cadres mouvants omniprésents aujourd’hui dans le cinéma de genre.

Pas de ça ici : Roby soigne ses cadres, sa caméra est la plupart du temps fixe, et le montage souligne constamment les parti-pris du cinéaste. Parmi ceux-là : la volonté de ne jamais quitter le point de vue de la famille au coeur de l’histoire. Jamais on n’en sait plus qu’eux, jamais le spectateur n’est en avance sur eux.

Des personnages plutôt bien dessinés, à défaut d’être surprenants. Olga Kurylenko est bien jolie et très émouvante, Romain Duris est excellent comme toujours, et le couple de vieux chez qui ils se réfugient est charmant et émouvant.

Sans multiplier inutilement les rebondissements, le film sait ménager le suspense et relancer la tension lorsqu’il le faut. D’accord, on voit venir le twist final gros comme un immeuble parisien. Mais Dans la brume reste une sorte d’exception bienvenue dans le cinéma de genre français actuel.

Law of the underworld (id.) – de Lew Landers – 1938

Posté : 13 octobre, 2018 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1930-1939, LANDERS Lew | Pas de commentaires »

Law of the underworld

Lew Landers n’a pas la réputation d’un Anthony Mann. Pas le talent immense non plus, c’est vrai. N’empêche que c’est un petit polar certes fauché, mais surtout bien sympathique qu’il signe là. Un film court (une heure, pas plus), taillé pour les séances double-programme, mais bien plus intéressant que la plupart des petites productions de l’époque.

Le scénario repose sur une idée intéressante : un jeune couple sur le point de se marier se fait dépouiller de tout son argent par des membres d’un gang de malfaiteurs et décide de récupérer son bien, se faisant par la même occasion entraîner dans une histoire qui les dépasse, et qui pourrait bien leur valoir la prison, voire la peine capitale.

Dommage que le film n’adopte pas davantage le point de vue du jeune couple, surtout qu’Anne Shirley est très bien dans le rôle d’une quasi-gamine qui prend plaisir à côtoyer le grand monde avec une naïveté rafraîchissante (Richard Bond, lui, est nettement plus transparent). Les scènes où ils réalisent ce qu’ils risquent, entre les mains de la police, est assez poignante.

Mais la caméra de Lew Landers suit surtout le chef du gang, joué par Chester Morris. C’est lui le vrai héros du film, gangster adepte des cambriolages non violents, qui se retrouve confronté à un dilemme moral avec ce jeunes couple dont il s’est pris d’affectation et qu’il ne cesse d’appeler « Kids ».

Il y a bien quelques temps morts, quelques passages plan-plan. Mais Landers réussit quelques très belles scènes. La meilleure : celle du règlement de compte entre Gene (Chester Morris) et son rival Rocky (Eduardo Ciannelli). Dans la pénombre d’un night club fermé, le réalisateur instaure une atmosphère tendue et inquiétante qui fait son petit effet.

La Fin du monde – d’Abel Gance – 1931

Posté : 11 octobre, 2018 @ 8:00 dans 1930-1939, FANTASTIQUE/SF, GANCE Abel | Pas de commentaires »

La Fin du monde

Abel Gance y va un peu fort, pour son premier grand film parlant. Forcément, après son Napoléon, le choc est rude. Mais malgré toutes les qualités qu’on peut lui reconnaître (j’y viens), La Fin du monde est un film plombé par un message biblique lourdement appuyé (ça c’est pour le fond), et par une méconnaissance totale de l’usage du son (ça c’est pour la forme).

Le fond, donc. L’intention est bonne : une comète menace de détruire la terre entière, et imminence du néant va gommer toutes les rancœurs et toutes les tensions mondiales. Mais pourquoi avoir accompagner ça d’un préchi-précha religieux indigeste. D’autant plus indigeste qu’elle est renforcée, au moins dans la première partie, par la prestation outrancière insupportable d’Abel Gance lui-même en martyr autoproclamé, qui pour le spectateur semble surtout avoir pêté les plombs après joué le calvaire de Jésus sur scène…

Quant à la forme… l’ambition manifeste de Gance se heurte à la grande nouveauté du son. Il faudrait tenter une expérience : revoir le film en coupant le son. L’outrance du jeu des acteurs et la propension du réalisateur à souligner longuement chaque émotion paraîtraient sans doute plus authentiques. Pas le courage de tester… Mais le fait est que Gance reste un réalisateur du muet, qui se coltine le son sans trop savoir quoi en faire. En tout cas en n’en faisant pas grand-chose de convainquant.

Finalement, c’est lorsqu’il est le plus modeste que Gance s’épanouit le plus. Lors de la séquence pleine de suspense sur la Tour Eiffel en particulier, où le côté Tintin de l’intrigue (on pense quand même beaucoup à L’Etoile mystérieuse au début) prend toute sa dimension, avec de superbes plans de la structure.

La fin, quand même, succession de plans apocalyptiques assez hypnotiques, tend à rattraper les errances du film, et laisse planer le doute. Le film est-il réellement raté ? Où le sentiment d’inabouti (pour le moins) vient-il du fait que c’est une version mutilée qui a survécu : le film de Gance durait semble-t-il trois heures avant que les producteurs n’en coupent la moitié. Forcément, ça change des choses. Mais sans doute pas tout : rallongée, la prestation de Gance-acteur aurait sans doute été encore plus insupportable…

Les Disparus de Saint-Agil – de Christian-Jaque – 1938

Posté : 9 octobre, 2018 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, CHRISTIAN-JAQUE | Pas de commentaires »

Les Disparus de Saint-Agil

Dans un pensionnat de jeunes garçons, un enfant disparaît après avoir aperçu un mystérieux rodeur. D’autres incidents ne tardent pas à suivre… Suspense policier, enfance presque fantasmée : c’est la première adaptation d’un roman de Pierre Véry, paru trois ans plus tôt seulement et très autobiographique. Et le premier chef d’œuvre, avant L’Assassinat du Père Noël et Goupi Main Rouges.

Ce beau film sur l’enfance est aussi l’une des grandes réussites de Christian-Jaque, cinéaste très inégal qui réussit ici un beau mariage entre un « polar » au suspense très efficace, et le portrait tout en nuances d’une jeunesse un peu sacrifiée. Le pensionnat où se déroule l’intrigue échappe en tout cas à tous les clichés inhérents au genre : même s’ils sont confrontés à des règles dures d’un autre âge, les enfants font l’objet d’une bienveillance inattendue de la plupart des adultes, y compris des « méchants » (dont Le Vigan) qui semblent tout droit sortis d’un Tintin.

Les personnages d’enfants sont d’une remarquable justesse, et particulièrement attachants. Le contraste avec les adultes, qui paraissent tous passer à côté de leur vie, est saisissant. Il serait même d’une noirceur abyssal (l’enfance, même privée de l’amour parental, serait une sorte de paradis sans lendemain ?) s’il n’y avait le personnage d’Erich Von Stroheim.

Avec son accent à couper au couteau de réfugié allemand (alors que l’un des personnages répète sans cesse que la guerre est imminente) et son éternelle allure d’officier prussien, Von Stroheim incarne la rigidité faite homme. Il révèle pourtant une humanité très touchante, chez qui on ne peut que deviner une immense fêlure (à peine soulignée par la photo d’une femme et d’un enfant sur son bureau). C’est l’un de ses plus beaux rôles.

Mission Impossible : Fallout (id.) – de Christopher McQuarrie – 2018

Posté : 8 octobre, 2018 @ 8:00 dans * Espionnage, 2010-2019, ACTION US (1980-…), CRUISE Tom, McQUARRIE Christopher | Pas de commentaires »

Mission Impossible Fallout

Christopher McQuarrie qui rempile à la tête de la saga, premier cinéaste à diriger deux Mission Impossible ? L’annonce semblait confirmer la sérialisation que prenait l’enthousiasmante machine à succès de Tom Cruise, sous l’influence de JJ Abrams. Sauf que c’est tout le contraire qui se produit : non seulement ce MI6 est très différent de MI5 (pourtant dû au même réalisateur, donc), mais il ouvre de nouvelles perspectives et rappelle que, avant d’être une machine à succès, la série est un formidable laboratoire pour réinventer le cinéma d’action, et ringardiser toutes les grosses productions hollywoodiennes d’aujourd’hui et d’hier.

Plus sombre, plus humain, plus riche, plus complexe, ce Fallout s’inscrit dans la continuité du précédent (c’est la première fois que l’on retrouve autant de personnages secondaires d’un film à l’autre, et que les intrigues se font suite), tout en changeant subtilement la donne. L’ouverture du film illustre bien ce changement de cap. Là où Rogue Nation commençait par une séquence d’action hallucinante… et totalement inutile à l’intrigue, Fallout commence comme un film noir, poisseux et dénué d’action.

Et c’est, d’emblée, fascinant : Ethan Hunt hanté par ses démons et visiblement plus vulnérable, une mission délivrée sur un appareil à bandes d’un autre âge, qui renvoie directement à la série originale (les références aux précédents films sont également légions) dans une esthétique rétro inquiétante et envoûtante… Le générique, qui arrive assez tardivement et dévoile des images des scènes clés à venir (une tradition depuis l’épisode 3), annonce des tonnes d’action. Mais plus que jamais, la psychologie des personnages est centrale.

Il y est beaucoup question de la responsabilité d’Ethan face à la violence, qu’il passe quand même son temps à amener dans les plus grandes villes du monde (ici, Londres et surtout Paris, où il offre l’expérience de sa vie à une actrice inconnue qui, l’espace d’une petite scène dans le rôle d’une fliquette que Tom Cruise sauve de la mort par un ébouriffant accès de violence, trouve de quoi raconter à ses enfants et petits-enfants pour le reste de sa vie !).

Le personnage n’a sans doute jamais été aussi complexe. Il faut dire que, jusqu’à présent, il manquait un alter ego de taille. Aucun des sidekicks de Cruise n’ont jamais fait le poids, malgré leurs qualités respectives. Jusqu’à l’apparition de Rebecca Ferguson, dont le personnage trouble d’Ilsa, agent britannique, fascinait déjà dans l’opus précédent. Elle gagne encore en profondeur, et ce sont ses rapports ambigus avec Ethan qui donnent quelques-unes des plus belles scènes.

A tel point qu’on ne peut que se réjouir de voir la trop douce et trop lisse Julia (la femme d’Ethan, interprétée depuis 2006 par Michelle Monagham) ne revenir sur le devant de la scène que pour lui trouver une sortie honorable, et sans doute définitive. De quoi attendre le prochain épisode avec impatience et confiance, tant le personnage d’Ilsa semble avoir encore beaucoup à livrer.

Fallout réserve d’ailleurs de longues plages étonnamment calmes, où l’action se fait plus discrète, plus classique, voire se passe hors écran. Une posture rare dans le cinéma d’action : McQuarrie et Cruise savent ménager leurs effets, réussissant une rencontre à peu près parfaite entre le cinéma d’espionnage et le film noir à l’ancienne, et le meilleur du cinéma d’action.

Car les séquences d’action sont ahurissantes. Evidemment, devrais-je ajouter, tant la saga est devenue au fil des épisodes le repère absolu en matière d’inventivité et d’efficacité dans le domaine. Toujours garantie sans écrans verts et avec un minimum d’effets numériques. Pour faire simple : on se contente d’effacer les câbles de sécurité, tout étant réalisé « pour de vrai » dans les vrais décors.

Le fait que Tom Cruise réalise lui-même ses cascades n’est, de fait, pas anecdotique : cette posture à peu près unique pour une star de son calibre permet au spectateur une immersion totale, qu’il saute d’un avion à très haute altitude au-dessus de Paris, qu’il s’accroche à un hélicoptère slalomant entre les montagnes (hélico que, bien sûr, il finira par piloter lui-même), qu’il saute d’un immeuble à l’autre à Londres (dans l’une des rares séquences franchement drôles… qui lui vaudra une cheville cassée), ou qu’il pilote sa moto dans les rues bondées de Paris… L’expérience est exceptionnelle.

Evasion 2 : le labyrinthe d’HADES (Escape Plan 2 : HADES) – de Steven C. Miller – 2018

Posté : 7 octobre, 2018 @ 8:00 dans 2010-2019, ACTION US (1980-…), MILLER Steven C., STALLONE Sylvester | Pas de commentaires »

Evasion 2

Un mystère. Comment, après avoir connu une longue traversée du désert et réussi à redevenir une icône du cinéma musclé à l’âge où tous ses confrères sont renvoyés à leurs parterres de fleurs, Stallone a-t-il pu tomber aussi bas ? Lui qui, depuis qu’il a soufflé ses 60 bougies, s’impose comme le garant d’un cinéma d’action à l’ancienne brut et honnête, dépouillé de ses travers des années 80, réussit l’exploit de faire pire que tout ce qu’il a fait de pire.

Evasion 2 est de ce niveau-là, à faire passer Over the Top ou Cobra pour de grands films. Ou presque. On ne peut même pas dire que le film soit raté : c’est juste une sorte d’aberration, une accumulation de scènes qui ne prennent même pas la peine de s’enchaîner convenablement, une interminable succession de plans syncopés incapables de tirer quoi que ce soit des quelques ébauches d’idées.

En fait, cette suite n’a à peu près aucune raison d’être. Le film original valait avant tout pour la confrontation entre Stallone et Schwarzenegger. Le second étant absent, que reste-t-il ? Stallone ? Même pas, ou si peu… Succès très modeste dans la plupart des pays, le premier film avait cartonné sur le marché asiatique. La vraie vedette est donc un Chinois, membre de l’équipe de Breslin (Stallone, spécialiste en sécurité et évasion, donc), qui se fait enfermer dans une prison high tech.

D’un film d’évasion, on pourrait au moins s’attendre à des trouvailles scénaristiques qui permettraient aux prisonniers de se confronter à leur prison. Même pas : non seulement il est visuellement très laid, bourré de robots et de gadgets hich-tech plombés par des effets spéciaux d’un autre âge, mais il suffit d’un hacker qui n’a rien d’autre à faire que de regarder son écran tout au long du film pour tout faire péter. J’exagère à peine : l’imposant Dave Bautista arrive in fine pour dégommer quelques méchants.

Reste le plaisir de voir Stallone en action. Plaisir bien mince, et bien éphémère : sa présence à l’écran ne doit pas dépasser les 15 minutes. Et allez, je spoile, ça vous évitera de perdre 90 minutes : son principal acte de bravoure (si on excepte une fusillade et une bagarre assez plaisantes et 1 bon mot : « It’s bad to be back ») est de s’être fait greffer un émetteur-récepteur dans une dent. Gênant. Le pire là-dedans, c’est que Stallone a déjà tourné Evasion 3.

Twelve crowded hours (id.) – de Lew Landers – 1939

Posté : 6 octobre, 2018 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1930-1939, LANDERS Lew | Pas de commentaires »

Twelve crowded hours

Un bien joli titre, pour ce petit polar noir, rythmé et plein d’humour. Un titre simple et efficace, qui illustre bien le propos : douze heures bien remplies, donc, ou plutôt une nuit au cours de laquelle un reporter qui enquête sur un gangster notoire va faire des tas de rencontres plus ou moins à risque.

Ça n’arrête pas une seconde, et c’est assez typique des petites productions de la RKO : zéro moyen, une ambiance nocturne qui permet de limiter les décors et les figurants, et quelques belles idées de mise en scène.

On ne criera pas au chef d’œuvre : il y a ici et là quelques scènes qui auraient pu donner lieu à un sentiment de danger autrement plus palpable. La faute, peut-être, à l’interprète principal Richard Dix, solide et sympathique, mais aussi très, trop, monolithique avec son visage désespérément carré et ses deux expressions. Sans même mentionner la pauvre Lucille Ball, totalement transparente.

Mais il y a quelques fulgurances qui suffisent à notre bonheur, en particulier une fusillade brève mais marquante, suivie d’une longue scène très réussie où des gangsters en voiture sont suivis par un camion dont ils savent qu’il leur sera fatal. Là, le sentiment de danger est bel et bien palpable.

Johnny Guitare (Johnny Guitar) – de Nicholas Ray – 1954

Posté : 4 octobre, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, BOND Ward, CARRADINE John, RAY Nicholas, WESTERNS | Pas de commentaires »

Johnny Guitare

Un western qui commence par une longue séquence en huis-clos pour s’achever par un duel entre femmes. Forcément, Johnny Guitar est à part dans l’histoire du genre. C’est aussi un film immense, petite production transcendée par un cinéaste en état de grâce.

Tout commence donc par un étonnant huis-clos d’une bonne vingtaine de minutes, absolument sidérant de tension. Dans ce lieu fermé (un saloon-casino qui se dresse au milieu de nulle part), Ray introduit les nombreux personnages et enjeux du film, dans une série d’affrontements verbaux qui semble pouvoir exploser à tout moment. C’est une intensité folle, et brillamment mis en scène.

Il y a donc Johnny Guitar (Sterling Hayden, parfait), aventurier solitaire armé d’une seule guitare qu’il dégaine lorsque d’autres auraient sorti leur flingue. Il y a le Dancing Kid (Scott Brady, peut-être son meilleur rôle), dont le seul pas de danse a une bestialité et une brutalité qui ne sont pas sans effets. Il y a Vienna surtout : Joan Crawford bien sûr, dont la douce beauté de la jeunesse a laissé la place à une maturité aux contours plus brusques. Face à elle, une autre femme forte, dure et mesquine celle-là : Mercedes McCambridge, femme castratrice qui mène à la baguette les hommes de la cité, veules et pathétiques, que « mène » un formidable Ward Bond.

Ray ne sacrifie aucun de ses dix ou douze personnages majeurs. Le traditionnel rôle de l’homme à tout faire est particulièrement frappant : simple silhouette dans la plupart des films, ce personnage interprété ici par John Carradine a une profondeur étonnante, dont il est le premier surpris. « Personne ne me regarde », s’amuse-t-il d’ailleurs, avant une dernière apparition magnifique. La même attention est portée aux acolytes de Scott Brady. Royal Dano en particulier : silhouette patibulaire qui ressemble à tant d’autres, mais qui ne cesse de surprendre tout au long du film, avec son goût pour les livres et sa nostalgie à fleur de peau.

D’un western sur les temps qui changent (un thème central du genre), Ray tire un formidable film de caractères, sur le temps qui passe, les rendez-vous manqués, les opportunités et les rêves. Avec ces quelques notes de musiques envoûtantes qui reviennent régulièrement, comme la promesse d’un avenir meilleur, et d’une chanson que l’on n’entendra que sur les toutes dernières images, d’une beauté absolue. Un chef d’œuvre, oui.

Le Courrier de l’Or (Westbound) – de Budd Boetticher – 1959

Posté : 3 octobre, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, BOETTICHER Budd, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Courrier de l'or

Pas le plus connu, ni le plus typique, ni le meilleur des sept westerns que Randolph Scott a tourné sous la direction de Budd Boetticher.

Loin des personnages taiseux et raides, presque minéraux, qui ont fait sa légende, Scott est ici un « héros » beaucoup plus classique : un officier nordiste qui doit reprendre son activité civile, diriger une ligne de diligence, pour convoyer l’or dont les Fédéraux ont tant besoin.

L’histoire n’est pas inintéressante, mais on sent bien qu’il n’y a à peu près que la stature de Randolph Scott, sa manière d’occuper l’écran, en particulier dans les scènes d’action, qui inspirent vraiment Boetticher. Scott est excellent d’ailleurs, bien supérieur à ce que l’on veut bien dire de ses talents d’acteur. Il occupe en tout cas l’espace avec un charisme hors du commun.

Les autres personnages sont, pour la plupart, un peu sacrifiés. A commencer par la pauvre Virginia Mayo, dont les rares scènes de dialogues sont d’une lourdeur déroutante. Karen Steele (en douce épouse d’un soldat manchot) et Andrew Duggan (en « méchant » assez nuancé) sont un peu mieux traités. Sans doute pas un hasard si Karen Steele est, justement, la future femme de Boetticher. Les yeux de l’amour donnent un petit quelque chose de plus à ses scènes à elle.

Rythmé, pas désagréable pour un sou, ce Scott-Boetticher est mineur. Mais c’est un Scott-Boetticher…

La Forteresse noire (The Keep) – de Michael Mann – 1983

Posté : 2 octobre, 2018 @ 8:00 dans 1980-1989, FANTASTIQUE/SF, MANN Michael | Pas de commentaires »

La Forteresse noire

En 1941, des soldats allemands prennent le contrôle d’un petit village isolé dans les Carpates où se situe une mystérieuse forteresse, d’où ils libèrent une entité maléfique…

Pour son unique incursion dans le fantastique, Michael Mann affiche déjà une belle ambition esthétique. Mais le jeune réalisateur est encore un peu jeune. Et ses efforts démesurés pour chiader la moindre image son un rien trop flagrants, dévorant tout le reste.

Cette adaptation d’un roman de Francis Paul Wilson aurait pu donner une riche réflexion sur la nature du Mal. Et il y a bien quelques idées fortes, comme l’opposition entre les pires des Nazis et des soldats allemands plus humains, ou la tentation de combattre le Mal absolu par un autre Mal à la nature plus incertaine. Mais les dérives esthétiques sont telles que le message du film passe à la trappe.

On serait tenté d’analyser détail par détail pour tenter de dénicher le génie du futur réalisateur de Collateral. Mais il faut bien reconnaître que les ralentis excessifs et la surutilisation de jeux de lumière omniprésents frisent le ridicule, y plongeant parfois allègrement comme, dès le début du film, la course au ralenti des deux soldats allemands vers la croix en argent.

Le casting a beau être séduisant (Scott Glenn, Ian McKellen, Gabriel Byrne, Robert Prosky, Jurgen Prochnow), Mann n’est pas encore un directeur d’acteurs, et les personnages n’ont pour la plupart aucune consistance. Seuls McKellen et Prochnow gagnent des points dans une poignée de scènes fortes : la première apparition, muette, du premier dans un camp de concentration ; le dégoût que ses supérieurs inspirent au second…

Sans doute du fait de la filmographie à venir de Mann, un petit culte entoure La Forteresse noire. On peut toutefois penser raisonnablement que le film est raté, que les effets spéciaux cheap, kitsch et datés n’arrangent rien, que les quinze dernières minutes sont d’un ennui sidéral, et que ce Mann-là n’est pas supérieur à un autre film sorti peu après et à l’esthétique pas si éloignée très datée années 80 : Razorback dont la mauvaise réputation tient elle aussi à la filmographie à venir de son réalisateur, Russell Mulcahy.

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