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Archive pour la catégorie 'Genres'

Les Rivaux du Rail (Denver & Rio Grande) – de Byron Haskin – 1952

Posté : 1 septembre, 2019 @ 8:00 dans 1950-1959, HASKIN Byron, WESTERNS | Pas de commentaires »

Les Rivaux du Rail

La construction des grandes voies de chemin de fer est un thème qui a valu au western quelques-uns de ses moments de gloire, du Cheval de Fer à Pacific Express. Un sous-genre, presque, qui est presque toujours l’assurance de bons moments, ne serait-ce que parce que cette traversée inédite des grands espaces américains implique qu’on les montre, ces grands espaces.

Il s’agit ici encore du meilleur atout du film : les spectaculaires décors naturels, au cœur des plus beaux plans de ce western visuellement très réussi grâce à un beau travail du chef op Ray Rennahan (Sur la piste des Mohawks et Duel au soleil, quand même), mais par ailleurs pas franchement emballant. L’histoire en vaut bien une autre : c’est l’affrontement de deux compagnies de chemin de fer. Forcément, l’une est dirigée par des héros de guerre, honnêtes et courageux, tandis que l’autre ne vaut pas mieux qu’une bande de gangsters.

Le film prend des raccourcis, et préfère l’efficacité directe à la crédibilité, qu’importe. Il donne le rôle principal, celui d’un meneur d’homme charismatique et héroïque à Edmond O’Brien… passons, même si le gars, qui peut être très bien quand il joue de simples quidams, n’a définitivement pas l’étoffe d’un héros. Mais ce qu’on a bien du mal à oublier, c’est l’incapacité flagrante et totale de Byron Haskin de mettre en scène ses acteurs…

A ce niveau, on n’est plus dans l’accident de parcours, mais dans la catastrophe industrielle. La foule qui suit avec enthousiasme le moindre cri ; quatre bandits qui attendent sagement, face caméra, l’ordre qui les fera se lever comme un seul homme en file indienne ; Sterling Hayden forcé de se mettre sur la pointe des pieds pour être vu du spectateur derrière son tas de bois…

Sterling Hayden ! Parlons-en, du pauvre Sterling Hayden. Voilà un acteur qu’on aime bien, dont la raideur étrange et le visage juvénile peuvent apporter ce petit quelque chose qui fait la différence, mais dont Haskin ne sait absolument pas quoi faire, se contentant la plupart du temps de le filmer debout, à moitié appuyé sur un arbre, comme s’il attendait désespérément que quelque chose se passe. Quoi ? Un éclair de génie d’Haskin ? On attend toujours…

Une séquence, quand même, laisse espérer un regain de vivacité et d’efficacité : celle, centrale, du train volé qui prend d’assaut une demi-douzaine de gares successives. Un détail plutôt original, qui se conclue par un moment lourd en suspense, lorsque deux locomotives lancées à vive allure se précipitent l’une vers l’autre. Le choc est inévitable, comme le confirme une série de plans courts, et pour le coup plutôt haletante. Las : ce beau moment plein de promesse se termine par un plan large d’une platitude extrême, étouffant en une poignée de secondes ce regain d’énergie. Oublions…

Volte/Face (Face/Off) – de John Woo – 1997

Posté : 29 août, 2019 @ 8:00 dans 1990-1999, ACTION US (1980-…), FANTASTIQUE/SF, POLARS/NOIRS, WOO John | Pas de commentaires »

Volte Face

C’est l’époque où : a) Nicolas Cage était un champion du box office ; b) John Travolta était redevenu l’acteur que tout le monde s’arrachait ; c) John Woo était la nouvelle coqueluche d’Hollywood, où il amenait un ton encore inédit venu tout droit de Hong Kong. Une autre époque, donc : aujourd’hui, Woo est retourné d’où il venait, Travolta tourne ce qu’il peut, et Cage tourne douze films pendant qu’on peine à en regarder un seul…

Après deux coups d’essais en demi-teinte (le Van-Dammien Chasse à l’homme et le déjà travoltien Broken Arrow), John Woo atteignait même une sorte de seconde apogée (après celle de la fin des années 80) avec ce thriller d’action fantastique et son film suivant, le très beau Mission Impossible 2. Volte/Face a pourtant tout du projet casse-gueule, avec son scénario hautement improbable…

D’un côté, le super-flic Sean Archer (Travolta). De l’autre, le super-méchant Castor Troy (Cage). Le second a tué le fils du premier. Le premier traque le second sans répit depuis des années. Il finit d’ailleurs par l’arrêter, le laissant à demi-mort. Pour déjouer l’attentat que Castor préparait, Sean accepte de se faire greffer son visage le temps d’une opération ultra-secrète d’infiltration. Sauf que pendant l’opération, Castor se réveille, pique le visage de Sean, et massacre tous ceux qui étaient au courant de ce changement d’identité.

Toujours sur le fil, flirtant avec art avec le grotesque et le grand-guignol, Woo signe là l’un de ses plus beaux films. On y retrouve son thème de prédilection, celui des frères ennemis, ou des doubles opposés comme les deux facettes d’une même pièce, thème déjà au cœur de The Killer et qui sera encore celui de Mission Impossible 2. Mais ce thème atteint ici un autre niveau, parce qu’il devient concret et tangible. Le superflic devient effectivement le superméchant, et réciproquement. Et confrontés à leurs fêlures ou à leurs quotidiens respectifs, les deux hommes sont soumis aux mêmes troubles.

Ce trouble est particulièrement présent dans les (nombreuses) séquences tournant autour de miroir, intimes ou spectaculaires, mais toujours parlantes. Woo en fait des tonnes bien sûr, multipliant les ralentis et les effets soulignant le moindre mouvement. Mais on ne va pas reprocher à Bergman de filmer des visages en gros plan, non ? Et s’il en fait des tonnes, et pas uniquement dans les nombreux gunfights, c’est toujours avec un style cohérent et imparable et, oui, une authentique poésie visuelle du mouvement.

Nicolas Cage et John Travolta, jamais aussi bien que quand ils peuvent en faire trop, sont au top. Et le film, plus de vingt ans après, n’a rien perdu de sa force. Ne serait-il pas devenu un classique ?

Le Redoutable homme des neiges (The Abominable Snowman) – de Val Guest – 1957

Posté : 28 août, 2019 @ 8:00 dans 1950-1959, FANTASTIQUE/SF, GUEST Val | Pas de commentaires »

Le Redoutable homme des neiges

Ôtons immédiatement tous les doutes : Le Redoutable hommes des neiges est sorti en salles trois ans avant la parution de Tintin au Tibet. Hergé a-t-il vu le film de Val Guest ? Eh bien faudrait lui demander… Il y a en tout cas quelques similitudes entre ces deux évocations du Tibet, de ses moines mystiques, et de son légendaire « homme des neiges ». Le Yeti, donc, mais chut : c’est un nom que l’on ne prononce pas dans ces contrées éloignées.

Cela dit, le film est plutôt un prolongement de la série des Quatermass (Le Monstre et La Marque), que le même Val Guest venait de tourner avec le même scénariste, Nigel Kneale. Fort du succès de ces deux films, le tandem remet le couvert avec un autre personnage de scientifique confronté à des forces surnaturelles. Pas Quatermass, donc, mais le Dr John Rollason, à qui Peter Cushing apporte son flegme, mais dans un registre un peu différent de celui auquel l’acteur est habitué.

Plus naïf, en tout cas. A la frontière de la niaiserie, même. Le scientifique, un type bien qui respecte et comprend la culture tibétaine, lui qui vit depuis des mois dans un monastère reculé, part vers les hauts sommets pour répondre à une obsession : prouver l’existence du Yeti. Mais le gars est accompagné d’un autre scientifique, dont il ne voit pas, avant qu’il soit trop tard, qu’il s’agit d’un fou furieux prêt à tuer l’animal légendaire pour assurer sa gloire. Le gars fait son entrée comme un para-militaire entraîné à tout sauf aux règles élémentaires de la courtoisie, mais le Cushing ne voit rien venir…

Il y a quand même de gros trous béants dans ce scénario qui peine à convaincre, et qui tourne qui plus est au préchi-prêcha un peu pénible dans sa dernière partie. Mais il y a aussi de très beaux moments dans ce film, en particulier dans sa manière de souligner les dangers de son cadre exceptionnel.

Curieusement, ce ne sont pas les rares plans effectivement tournés en extérieur qui séduisent : quelques plans aériens filmés d’un avion survolant l’Himalaya. Mais plutôt les décors en carton-pâte, que l’on devine bidons au premier coup d’œil, mais que Val Guest filmer avec une réelle efficacité, et même une certaine poésie.

u’importe d’ailleurs que le film ait été tourné en Cinemascope, format qui n’apporte pas grand-chose ici. Le film est surtout marqué par une poignée de séquences franchement flippantes. Une ombre qui se dessine à travers la toile d’une tente, un cri qui perce une tempête de neige, une empreinte retrouvée dans la neige… Il n’en faut pas plus pour créer un sentiment de terreur. Efficace, donc.

Evasion 3 (Escape Plane : the extractors) – de John Herzfeld – 2019

Posté : 21 juillet, 2019 @ 8:00 dans 2010-2019, ACTION US (1980-…), HERZFELD John, STALLONE Sylvester | Pas de commentaires »

Evasion 3

C’est bien par fidélité pour ce bon Sly que je m’enquille cette suite de la suite la plus désastreuse de toute la carrière de Stallone. Evasion 2 était plus qu’un ratage : c’était une véritable aberration. Et c’est sans doute la plus grande force de ce troisième volet, qui tente (maladroitement) de recoller à l’univers du premier : en comparaison, c’est une réussite. En comparaison.

Au moins John Herzfeld, un proche de Stallone (qu’il a déjà dirigé dans Bad Luck), a-t-il la volonté de faire de belles images. OK, il s’y prend souvent maladroitement, en collant un orage (numérique) à l’arrière-plan, ou un ciel étoilé (numérique) à l’arrière-plan, mais quand même : tout ça permet, de temps à autres, d’oublier la vacuité du truc et la nullité d’un scénario écrit avec des gants. De boxe, les gants : au point de s’oublier et de faire dire à Stallone une « réplique » comme sortie de Rocky. Quelque chose comme « Vas-y, cogne… plus fort. »

Côté histoire, la routine : Ray Breslin, le personnage de Stallone, doit cette fois libéré la fille d’un puissant homme d’affaires chinois, pris en otage par le fils d’un ennemi personnel. D’autant plus personnel qu’il a aussi enlevé sa petite amie, histoire de rendre la chose plus intime… Et comme le film (comme le précédent) est avant tout taillé pour le public chinois, qui avait fait un bel accueil au premier, Stallone partage l’affiche avec deux vedettes locales, spécialistes des arts martiaux.

Stallone est quand même plus présent que dans le deuxième volet. Plus à sa place aussi, même si les différents personnages semblent avoir tous leur propre film, sans grande cohérence : Stallone dézingue méchamment une poignée de méchants, ses deux side-kicks chinois castagnent et se chamaillent de leur côté, Dave Bautista débarque comme par magie les armes à la main au cœur de cette prison soi-disant imprenable, et Curtis « 50 cents » Jackson se contente de cinq minutes d’écran sans intérêt.

Voilà, voilà. Que dire d’autres ? Ah oui, le film s’ouvre avec une longue série de plans sur les laissés pour compte d’une petite ville américaine, qui n’a strictement rien à voir avec la suite. Et il se referme avec une chouette chanson, à peu près le meilleur moment du film. Entre les deux, du tout venant pour Stallone et ses comparses, tourné à la va-vite dans la foulée du précédent pour limiter les frais de production. Clairement pas un grand Stallone, mais vu qu’on n’en attendait strictement rien…

Parasite (Gisaengchung) – de Bong Joon-ho – 2019

Posté : 19 juillet, 2019 @ 8:00 dans * Polars asiatiques, 2010-2019, BONG Joon-ho | Pas de commentaires »

Parasite

Chez Bong Joon-ho, le rire est souvent proche du cri d’effroi. C’était le cas dans The Host ou dans Memories of Murder. Ca l’est tout autant dans ce Parasite, superbe Palme d’Or, qui procure à la fois un extraordinaire plaisir, et un profond malaise. Le genre de films dont on sort emballé et assommé, les deux. Et certainement pas indifférent.

Un an après Une affaire de famille, Cannes confirme en tout cas son goût pour les familles en marge. Ici : le père, la mère, la fille et le fils, qui vivent ensemble dans une certaine harmonie, mais dans des conditions très modestes, dans un entresol où l’unique fenêtre donne sur un coin où les soûlards viennent pisser leur alcool.

Le fils se fait embaucher comme professeur d’anglais particulier par une riche famille (qui elle vit dans une superbe maison d’architecture tout en hauteur, surplombant la ville) en falsifiant un diplôme. Puis s’arrange pour que sa sœur (qu’il présente comme une vague connaissance) soit à son tour embauchée comme art thérapeute. Qui elle-même fait virer le chauffeur de la famille pour que son père soit embauché à sa place. Celui-là réservant le même sort à la fidèle gouvernante pour que sa femme prenne sa place…

Lorsque la famille se retrouve seul dans cette superbe maison, profitant d’un voyage de leurs patrons, se saoulant dans le salon si confortable, on sent bien que tout ça finir très mal, et le suspense est difficilement soutenable, tant Bong Joon-ho sait jouer avec la tension. Parasite est un vrai film de genre : un thriller, ou un film noir aux rouages infernaux. Et ce qui est très fort, c’est qu’il n’y a là pas l’ombre d’un méchant, pas même un personnage antipathique.

C’est l’une des raisons pour lesquelles Parasite est si supérieur à Burning : Bong Joon-ho signe un grand film sur la lutte des classes, sans la facilité de la condescendance. Les riches patrons ont leurs failles, leurs côtés malades ou ridicules : cette obsession de la propreté, ce mal-être dissimulé derrière une apparence si lisse. Mais ils sont aussi bons et attentifs aux autres. Quant aux arnaqueurs, ils affichent une candeur qui fait passer toutes les cruautés.

Il y a pourtant un immense sentiment d’injustice qui se dégage de ce film. Une injustice de fait, qui n’est basée sur aucun mérite trop évident : les « héros » sont pauvres, mais on ne les voit jamais traverser la rue, comme dirait l’autre. La seule solution qu’ils trouvent pour sortir de leur entre-sol, c’est l’arnaque, quitte à marcher sur la tête de ceux dont ils veulent la place. « Bien sûr qu’il a retrouvé une place » assure le père en évoquant le sort du pauvre chauffeur.

Naïfs, candides, grotesques… Les personnages portent souvent à rire, et on rit effectivement souvent. Mais la gravité n’est jamais bien loin, et Bong Joon-ho multiplie les petits signes, de plus en plus prégnants, pour souligner ce sentiment sourd d’humiliation quotidienne. Rien de bien méchant, non, mais un malaise qui ne cesse d’augmenter. Fidèle du cinéaste depuis Memories of Murder, Song Kang-ho confirme une fois de plus qu’il est incontournable. Grand acteur, pour grand film.

La Maison de la peur / Sherlock Holmes et la maison de la peur (House of Fear) – de Roy William Neill – 1945

Posté : 17 juillet, 2019 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, NEILL Roy William, Sherlock Holmes | Pas de commentaires »

La Maison de la peur

Dans la très longue série des Sherlock Holmes interprétée par Basil Rathbone et Nigel Bruce, celui-ci est une chouette réussite, un hommage original et savoureux aux films d’épouvante de la première heure (The Cat and the Canary en tête), et aux traditionnelles maisons hantées.

La Maison de la peur est aussi construit comme un clin d’œil aux fameux 10 petits nègres, dont il reprend la dramaturgie, dès la séquence d’ouverture particulièrement réussie, toute en voix off : une belle manière d’introduire en même temps le décor, les personnages, le mystère, et Holmes lui-même.

Le détective et son fidèle compagnon Watson arrivent donc dans une grande demeure où se réunissent les sept membres d’un club de vieux camarades, qui meurent mystérieusement les uns après les autres, le criminel ne laissant que des cadavres méconnaissables… et des pépins d’orange.

Le film a les défauts et les qualités de cette longue série : un rythme impeccable et une intrigue resserrée, le flegme réjouissant de Rathbnone, et le cabotinage de Nigel Bruce qui peut être agaçant mais se révèle ici très pertinent, parce qu’il est un contrepoint parfait à une atmosphère plutôt angoissante.

Il y a là quelques séquences inhabituelles de pure trouille, que Roy William Neill (réalisateur attitré de la saga) confronte à une pointe d’humour avec bonheur : en particulier lors de cette séquence nocturne très flippante durant laquelle Watson tente de garder bonne figure, où lorsqu’il se met à parler à une chouette…

Dixième des quatorze films de la série, et clairement l’une des meilleures réussites.

Sur les quais (On the waterfront) – d’Elia Kazan – 1954

Posté : 16 juillet, 2019 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, KAZAN Elia | Pas de commentaires »

Sur les quais

« It was you Charley… » Magnifique face-à-face entre deux frères, d’une intensité folle. Magnifique regard d’amour aussi, de ce grand frère qui reconnaît ses erreurs en silence, et accepte sans le dire le destin qui l’attend. C’est là que Brando lance son fameux « I coulda been a containder, I coulda been someone », et c’est déchirant.

Cette scène mythique garde toute sa force, toute son intensité. C’est que Kazan y filme ses acteurs au plus près, la caméra presque collée aux visages de Brando et Steiger. Brando, immense. Steiger, exceptionnel comme il peut l’être quand il canalise son envie d’en faire trop. Et Kazan, chantre de l’actor studio, sait canaliser les monstres qu’il dirige.

C’est le cas de Brando bien sûr, de Steiger, et de Lee J. Cobb, gueule indispensable du cinéma de cette époque, au jeu souvent gourmand, parfois outrancier, absolument parfait en tout cas ici, en président d’un syndicat des dockers qui ressemble plus à une mafia qu’à une association de défense des droits des travailleurs. Il y a Karl Malden aussi, très grand en prêtre des bas-fonds. Et une nouvelle venue, Eva Marie-Saint, d’une beauté fragile renversante, absolument bouleversante dans sa manière de faire sienne les douleurs de ce monde d’hommes.

Kazan s’inspire d’articles de presse qui racontent les méfaits d’un « syndicat » tout puissant sur les docks de New York. Mais son inspiration, il la trouve plutôt du côté de l’Italie et du néo-réalisme. Dans sa manière de filmer la ville, dans l’errance de Brando, dans la représentation de la misère et du travail aussi, Kazan s’inscrit dans la droite lignée du Voleur de bicyclette, ce chef d’œuvre dont il retrouve la puissance visuelle et émotionnelle.

Sur les quais est un film fort et bouleversant. C’est aussi un film qui dérange et qui bouscule. Kazan s’y livre sans doute beaucoup. Lui qui, deux ans plus tôt, s’est résolu à donner les noms de onze communistes en pleine Chasse aux Sorcières, raconte le destin d’un homme qui se résout à témoigner devant un tribunal, qui évoque furieusement celui du MacCarthysme. Le parallèle qu’on ne peut pas ne pas faire est particulièrement ambigu, comme si Kazan tentait de se justifier, d’une manière plutôt discutable.

Mais Sur les quais, malgré une musique par moments trop envahissante (de Leonard Bernstein), reste un grand film visuellement magnifique, qui prend aux tripes et au cœur.

Le Déserteur de Fort Alamo (The Man from the Alamo) – de Budd Boetticher – 1953

Posté : 15 juillet, 2019 @ 8:00 dans 1950-1959, BOETTICHER Budd, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Déserteur de Fort Alamo

Ce n’est pas encore l’ère des grands films, mais le cinéma de Boetticher est déjà très recommandable au début des années 50, avec des premiers westerns qui n’ont certes pas l’impact de ceux que jouera Randolph Scott quelques années plus tard, mais qui sont déjà de belles réussites : L’Expédition du Fort King, Le Traître du Texas… Autant de films dont on peut dire qu’ils sont des Boetticher mineurs, mais qui ont quand même une sacré classe.

Le Déserteur de Fort Alamo est de ceux-là. Clairement pas le plus personnel de sa filmographie : lui-même ne le tenait d’ailleurs pas en très grande estime, l’évoquant dans Amis Américains (le pavé de Bertrand Tavernier réunissant quelques-uns de ses interviews fleuves) comme « un film drôle ». Ce qu’il répète d’ailleurs : « Nous avons voulu faire un film drôle pour contrebalancer le pathétique de l’histoire. »

Bon. Visiblement, son propre film ne l’a pas marqué outre mesure, parce que le côté humoristique du film m’a complètement échappé. Le pathétique, lui, est bien là, avec ce personnage de Glenn Ford, considéré comme un lâche parce qu’il a quitté le fort Alamo avant l’ultime massacre : choisi par le hasard pour aller sauver les femmes et enfants de ses camarades, mais qui ne peut que constater que toutes les familles ont été massacrées par des bandits déguisés en Mexicains.

Le gars arrive trop tard pour sauver qui que ce soit, y compris sa propre femme et son propre fils. Trop tard aussi pour retourner à Alamo, ou même pour sauver sa réputation. Condamné par ce putain de sort à être considéré comme un lâche, lui qu’on a pourtant vu risquer sa vie pour redresser le drapeau flottant sur le fort assiégé. Même si la fin adoucit le propos, toute notion de drôlerie est absente de ce western.

Un western carré et efficace, qui fait le spectacle à défaut d’être hyper personnel. Il ne manque en tout cas d’intérêt, ne serait-ce que pour sa manière d’être complémentaire avec le futur classique de John Wayne consacré au siège d’Alamo. Le film de Boetticher ne se situe dans le fort que dans le premier quart d’heure. Après quoi c’est le contexte et les enjeux se jouant à l’extérieur du fort que le film évoque : la menace des Mexicains sur les Texans, la désorganisation d’une population livrée à elle-même…

Pas inintéressante non plus, quoi que plus convenue, la manière dont Boetticher filme la meute : la rapidité avec laquelle le « déserteur » est condamné, au moins moralement, par la population parce qu’il a commis le crime de survivre à des héros. Glenn Ford apporte beaucoup d’intensité à ce personnage tragique. Et Fictif, contrairement à certains autres (à commencer par Davy Corckett et Jim Bowie).

La Chasse aux visages pâles (Apache Territory) – de Ray Nazarro – 1958

Posté : 13 juillet, 2019 @ 8:00 dans 1950-1959, NAZARRO Ray, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Chasse aux visages pâles

C’est fou le monde qu’il y a, dans ce désert. Rory Calhoun y chevauchait tranquillement, philosophiquement sur la destinée de l’homme seul en voix off, dans une très belle scène pré-générique. Mais le calme qui l’entoure ne va pas durer : en quelques minutes, notre cow-boy croise la route de trois voyageurs, d’une bande d’Indiens assoiffés de sang, d’une jeune femme ligotée, d’une poignée de soldats de la cavalerie, d’un gentil indien, et même de son ex accompagnée de son nouveau fiancé, tous deux en route pour prendre la diligence…

Et oui, tout ça en quelques minutes à peine, le temps pour Nazarro de créer le microcosme au cœur de son film. C’est que le temps lui est compté : moins d’une heure dix pour raconter cette histoire d’un petit groupe d’hommes et de femmes pris d’assaut par les Apaches au milieu du désert. Alors c’est vrai, il ne fait pas beaucoup d’effort pour apporter un sentiment de véracité à son film : seule compte l’efficacité, et tant pis si cette convergence de tous les personnages prête à sourire. Parce que l’efficacité est bien au rendez-vous.

C’est dense, ramassé, réduit à sa forme la plus simple. Apache Territory est un western sans gras, mais avec une vraie originalité de ton, et qui s’autorise quelques moments inattendus : un long suspense autour d’un gros varan bien dégueulasse se glissant dangereusement au plus près de Calhoun ; ou une attaque à coup de bombes improvisées… Des curiosités qui viennent confirmer la singularité de ce chouette petit western.

Face à Rory Calhoun, deux habitués des bad guys : Leo Gordon et John Dehner, toujours très bien, même quand il s’agit comme ici de jouer des sales types sans trop de nuances. Ce n’est d’ailleurs pas dans la nuance que se trouve l’intérêt du film : Rory Calhoun est un vrai héros, les Indiens sont des vrais méchants (et pas futés), et les vrais couples survivront. Sans grande surprise ? Peut-être, mais efficace et très sympathique.

Sang froid (Cold Pursuit) – de Hans Petter Moland – 2019

Posté : 12 juillet, 2019 @ 8:00 dans 2010-2019, ACTION US (1980-…), MOLAN Hans Petter | Pas de commentaires »

Sang froid

Liam Neeson perd son fils, victime d’un puissant cartel de la drogue, et se lance dans une véritable croisade pour venger sa mort… Oui, encore. Liam Neeson, depuis une dizaine d’années, continue son inlassable chemin de croix jonché de cadavres, de coups et d’hémoglobine. Un enchaînement un peu aberrant quand on regarde les sommets de sa carrière, et là où elle stagne depuis le premier Taken. Et pourtant, le comédien continue à exercer une petite fascination, qui pousse à croire, à chaque nouveau projet, que celui-ci sera différent.

Bonne nouvelle : celui-ci l’est un peu. Sur le fond, rien que de très banal donc. La routine pour ce fringant sexagénaire, qui laisse derrière lui une nuée de cadavres. Mais il y a dans cet autoremake (très fidèle paraît-il) des tas de détails, plus ou moins grands, qui font la différence. Le premier : le fait que Neeson ne soit pas un ex-flic, ou ex-tueur, ou un es-as de self défense… Bref, un quidam comme un autre. Ok, assez malin quand même pour prendre le dessus sur une armée de tueurs.

Le deuxième : le décor. Une luxueuse station de ski du Colorado, où notre héros est chargé de dégager les routes, traçant d’improbables sillons dans d’épaisses couches de neige. Un détail qui donne son rythme au film, son identité sonore aussi, et des images plutôt originales, et d’une grande beauté visuelle.

Et puis cette ironie grinçante, cet humour absurde aussi, qui se mélangent avec une vraie noirceur pour créer des moments de malaise ou de tragi-comédie inattendus. Une table de morgue qui n’en finit plus de grincer, un briquet qui ne s’allume pas… Et des moments où l’émotion attendue se transforme en un rire nerveux. Comme si Moland ne voulait pas tomber dans le piège des passages obligés du film de genre.

En appelant son héros « Coxman », il tourne en dérision le statut de héros de Neeson. Comme ça, le cinéaste joue avec les clichés, tournant autour sans jamais vraiment y tomber. Un vieux flic fatigué, une jeune fliquette pleine de morgue, deux hommes de main qui cachent leur homosexualité… Constamment, le film flirte avec ce qu’on attend du genre, trouvant un équilibre convainquant entre la noirceur et l’humour.

Même pas à la manière des frères Coen, référence incontournable en termes de noir neigeux décalé depuis Fargo. Sang froid n’atteint pas ces hauteurs, certes, mais il a un ton singulier, ce qui est déjà beaucoup.

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