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Archive pour la catégorie 'Genres'

Les Démons de la liberté (Brute Force) – de Jules Dassin – 1947

Posté : 27 octobre, 2018 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, DASSIN Jules, DE CARLO Yvonne, LANCASTER Burt | Pas de commentaires »

Les Démons de la liberté

Jules Dassin et Richard Brooks sont des humanistes. Ce qui, pour un cinéaste et un scénariste, est magnifique : leurs personnages, forcés à cohabiter dans la prison où ils purgent leurs peines, sont d’une superbe humanité. Mais ce qui a, en l’occurrence, un effet secondaire qu’il faut accepter : ils ne font pas vraiment dans la demi-mesure.

Dans cette prison où croupissent Burt Lancaster et ses potes, tous les prisonniers sont donc des braves types, victimes d’une société inhumaine tout juste bonne à casser les individualités. Et les salauds, ce sont les gardiens de prison, qui privent les braves types de leur liberté. Un postulat que l’on retrouvera dans d’innombrables films de prison, créant même un sous-genre sur ce modèle quasi-immuable.

C’est d’ailleurs frappant de voir à quel point Les Démons de la Liberté a influencé très directement quelques classiques du genre, à commencer par L’Evadé d’Alcatraz, dont quelques séquences semblent sortir directement du film de Dassin. Et puis on n’en veut pas trop à Dassin d’être à ce point manichéen : son méchant gardien en chef est interprété par Hume Cronyn, qui n’a pas forcément le physique de l’emploi, et qui est formidable.

Formidable aussi : Burt Lancaster, tout en colère retenue, sorte de liant entre tous ces personnages hantés par leur passé. Le film est bourré de belles idées, notamment cette photo de femme qui semble irréelle, et qui représente, pour les prisonniers, une sorte de porte d’entrée vers leurs propres souvenirs « de l’extérieur », tous liés à des femmes forcément.

Ce qui donne une série de courts flash-backs dans lesquels apparaissent ces femmes (parmi lesquelles Yvonne De Carlo, décidément magnifique), toutes très émouvantes, qui habitent l’ensemble du film malgré la brièveté de leurs apparitions. C’est d’ailleurs l’une des forces du film : la capacité de Dassin à rendre marquant le moindre rôle, parfois grâce à un simple détail (ce prisonnier qui passe son temps à chanter par exemple).

Visuellement, c’est magnifique, tout en cadrages dynamiques et dans un superbe noir et blanc. Mais c’est surtout la dureté du don qui marque les esprits. La brutalité des matons bien sûr, mais pas seulement. Parce que le manichéisme affiché n’empêche pas tout : chez les prisonniers, il y a des traîtres, des mouchards, ou simplement des hommes moins courageux que d’autres. Et le soupçon finit par se répandre. Le film est sorti en 1947, alors que la Chasse aux sorcières s’installait à Hollywood. Sans doute pas anodin.

Burning (hangeul) – de Lee Chang-dong – 2018

Posté : 25 octobre, 2018 @ 8:00 dans * Polars asiatiques, 2010-2019, LEE Chang-dong | Pas de commentaires »

Burning

Un jeune homme, tout juste diplômé, rêve de devenir écrivain. Désœuvré, sans emploi, il revient dans son village natal. Non, ce n’est pas Le Poirier sauvage (enfin si, c’est Le Poirier sauvage, mais pas là), mais Burning, autre film très remarqué au dernier festival de Cannes et oublié par le jury (mais pas par la critique internationale, qui lui a décerné son prix).

Des oublis injustes ? Oui en ce qui concerne le très beau film de Nuri Bilge Ceylan. Peut-être en ce qui concerne celui de Lee Chang-dong. Certes, la mise en scène, discrète et immersive, est d’une classe folle, et il y a bien quelques moments de grâce (la « danse » de Haemi, en ombre chinoise). Mais il faut du temps pour que le film prenne son sens : passer une longue première partie qui semble franchement pleine de vide.

On comprend bien que le cinéaste n’a pas envie d’enjoliver la Corée du Sud. De là à ne filmer que des campagnes jonchées de gravas et de serres abandonnées et laides, ou des quartiers un peu miteux… On n’est parfois pas très loin de la complaisance, même si le message est, effectivement, bien passé : la Corée est un pays qui ne se porte pas très bien, et qui n’offre pas grand-chose de séduisant à ses jeunes.

Entre les pauvres qui errent sans buts, les riches qui s’ennuient, et ceux qui souhaitent ne jamais avoir exister, le portrait est rude. Mais à l’inverse du héros turc de Ceylan, celui de Lee est un taiseux, qui traverse la vie comme un fantôme. Et comme, au début, il est seul la plupart du temps, c’est un peu lourd.

Quand il ne l’est plus (seul), c’est tout aussi lourd, mais cela devient au moins tendu et dérangeant. La rencontre de deux mondes dans une sorte de triangle amoureux un rien malsain bouscule et fait naître un malaise grandissant et persistant. Surtout que la jeune femme disparaît sans laisser de trace, et que les doutes et les soupçons hantent le pauvre Jongsu, reconfronté à la vacuité de sa vie.

C’est là que le film est le plus réussi, dans sa veine la plus hitchcockienne, référence clairement citée lors d’un plan incroyable où l’on voit Jongsu se mettre enfin devant son ordinateur, la caméra le cadrant dans une fenêtre comme perdue dans la ville. Ce simple plan, esthétiquement impressionnant, est un tournant (tardif), qui fait basculer le film, et son héros, dans une autre dimension.

Lee Chang-dong ne facilite pas la tâche, évitant constamment tout effet facile ou tout ce qui pourrait apparenter Burning à un film de genre. Austère le plus souvent, séduisant par intermittence, le film marque en tout cas les esprits. Comme la disparition de Haemi, il nous hante durablement.

Jurassic Park 3 (id.) – de Joe Johnston – 2001

Posté : 24 octobre, 2018 @ 8:00 dans 2000-2009, FANTASTIQUE/SF, JOHNSTON Joe | Pas de commentaires »

Jurassic Park 3

Avec le premier Jurassic Park, mais aussi avec sa suite mal aimée, Steven Spielberg avait continué sa révolution en profondeur du cinéma populaire, entamée dès la fin des années 70. Sur un thème proche des Dents de la mer, mais aussi de Rencontres du 3e type, il signait de grands films de monstres, mêlant inspirations à l’ancienne (l’ombre de King Kong planait, omniprésente) et effets spéciaux novateurs et spectaculaires.

Avec ce troisième volet, Joe Johnston n’invente rien, ne crée rien, se contente la plupart du temps de citer Spielberg jusqu’à reprendre des plans, voire des séquences entières des deux premiers films. Mais au final, c’est ce manque total d’ambition qui finit par conférer au film un certain charme.

Le charme des petites productions d’autrefois, qui ne se prenaient pas pour autre chose que ce qu’elles étaient. Et c’est exactement ce que l’on peut dire de ce Jurassic Park 3, qui déroule gentiment ses scènes effrayantes sans vrai suspense. On connaît le héros (Sam Neill, rescapé du premier film), on sait d’avance qui va mourir et qui va s’en sortir. Et on n’est ni surpris, ni déçu.

Joe Johnston, au moins, ne se prend pas la tête. Il sait que l’effet de surprise du premier film ne peut pas se renouveler : il ne surjoue donc pas le choc de l’apparition des dinosaures. Il sait que le spectateur a vu suffisamment de films plus ou moins inspirés de celui de Spielberg : il se débarrasse des morts évidentes dès les premières minutes sur l’île des dinos.

Dégraissé au maximum, le film se contente d’enchaîner les séquences gentiment effrayantes, avec finalement peu d’idées (à l’exception d’une utilisation maligne et séduisante de la brume dans deux séquences clés, les meilleures du film), mais une vraie efficacité. Et le générique de fin arrive à peine une heure vingt après le début du film, suffisamment tôt pour éviter tout ennui, ou toute tentation de se prendre au sérieux. Bon choix.

Twin Peaks, le film (Twin Peaks, fire walk with me) – de David Lynch – 1992

Posté : 22 octobre, 2018 @ 8:00 dans 1990-1999, FANTASTIQUE/SF, LYNCH David, POLARS/NOIRS | Pas de commentaires »

Twin Peaks le film

On peut dire à peu près tout et son contraire de ce film : à la fois qu’il prolonge la série et qu’il la réinvente ; qu’il bouscule le spectateur mais lui offre tout ce qu’il souhaite ; qu’il change le regard que l’on porte sur la mort de Laura Palmer mais ne raconte à peu près rien d’autre que ce que l’on savait déjà. C’est aussi une sorte d’aboutissement, en même temps qu’un plan B (il était question d’une saison 3, avant que Lynch ne se « contente » d’un long métrage). Et puis l’œuvre d’un auteur, autant qu’un film de commande.

Dans ce film magnifique et hypnotique, souvent oublié dans la liste des grandes réussites de Lynch, le cinéaste réussit à nous tenir en haleine alors qu’on sait à peu près toujours, jusque dans le détail, ce qui va se passer. Si on a vu la série bien sûr, ce qui est quand même très recommandé, mais pas indispensable. Aucune chance de comprendre l’intrigue dans le cas contraire, mais est-ce vraiment si important ?

Le plaisir, comme dans tous les chefs d’œuvre lynchiens, consiste aussi à se laisser perdre dans les méandres du bonhomme, quelque part entre la grande tradition du film noir et un trip hallucinatoire entre rêve et réalité, où la frontière entre l’un et l’autre est de plus en plus intangible, où le passé, le présent, le futur, et ce qui aurait pu advenir se mêlent inexorablement.

Fire walk with me annonce Lost Highway et Mulholand Drive, premier volet d’une sorte de triptyque magnifique, sommet de la filmographie de Lynch. Un film total en quelque sorte, qui joue sur tous les sens, qui se ressent viscéralement autant qu’il se regarde et se comprend (à peu près). Un film dans lequel on prend un pied total à se laisser perdre, où les agents du FBI communiquent par danseuse muette interposée, où David Bowie est une apparition sortie du passé, où le Dale Cooper coincé dans la loge noire apparaît à une Laura Palmer encore bien vivante…

Et quand, après une première partie sans les lieux et les personnages qui nous sont si familiers (à l’exception de David Lynch lui-même, dans le rôle de Gordon Cole), l’histoire arrive enfin à Twin Peaks, Lynch répond aux attentes les plus primaires des fans de la première heure : une pancarte qui annonce l’arrivée dans la ville, les quelques notes inoubliables d’Angelo Badalementi, et puis la plupart des personnages qui défilent, parfois pour de simples apparitions… Le plaisir, immense, tient aussi à ça : à ce respect absolu pour la série, dont le film est un prolongement rigoureusement inutile pour l’histoire, mais absolument indispensable pour le trip.

Liliom – de Fritz Lang – 1934

Posté : 21 octobre, 2018 @ 8:00 dans 1930-1939, FANTASTIQUE/SF, LANG Fritz | Pas de commentaires »

Liliom Lang

De passage en France après avoir fui l’Allemagne nazi, et avant de gagner les Etats-Unis, Fritz Lang signe un unique film, répondant aux sollicitations d’un autre exilé allemand, Erich Pommer, le producteur de quelques-uns de ses grands films à la UFA, notamment Metropolis. C’est lui qui lui propose de porter à l’écran cette pièce du Hongrois Ferenc Molnár, déjà adaptée par Michael Curtiz dans son pays d’origine (en 1919), et surtout par Frank Borzage en 1930.

Quatre ans après, une autre adaptation était-elle indispensable ? Lang donne à cette histoire tragique un ton résolument différent du film de Borzage. Son « héros » Liliom, joué par Charles Boyer, est toujours un bonimenteur de foire vaurien et égoïste, plus apte à lever la main sur sa femme (Madeleine Ozeray) qu’à trouver un vrai travail qui assurerait l’avenir de sa famille. Et son destin est toujours aussi tragique. Mais Lang signe là ce qui ressemble le plus à une comédie dans sa filmographie.

Plus la situation est tragique, plus Lang appuie sur cette veine comique inattendue chez lui. Un face à face entre Liliom et un policier très zélé au commissariat se transforme en un véritable sketch étiré à l’envi, et quasiment muet. Quant à la fameuse dernière partie, au « Ciel », elle a tout d’une parodie. En flirtant avec le grotesque (les gros flics avec leurs ailes collées au dos, quand même), Lang insuffle une ironie grinçante qui lui évite de tomber dans le ridicule.

Un beau travail d’équilibriste, qui lui permet de passer d’un film au réalisme cru à cet onirisme très appuyé. Lang fait sienne la culture cinématographique française, ce réalisme poétique auquel il ajoute une pincée de cette esthétique expressionniste venue d’Allemagne. Il apporte aussi, donc, une crudité rare à la fois dans la violence, sans concession, et dans les rapports hommes-femmes brutaux et jamais aseptisés.

Dès leur première rencontre, Charles Boyer laisse joyeusement ses mains se balader sur la poitrine de Madeleine Ozeray. Et la violence physique et psychologique que subit cette dernière est particulièrement rude. La toute fin du film vient brouiller quelque peu le message quant à la violence faite aux femmes. Mais Liliom a au moins le mérite d’aborder ce sujet dès les années 30. Frontalement et sans rien enjoliver.

Le BGG, le Bon Gros Géant (The BFG, The Big Friendly Giant) – de Steven Spielberg – 2016

Posté : 20 octobre, 2018 @ 8:00 dans 2010-2019, FANTASTIQUE/SF, SPIELBERG Steven | Pas de commentaires »

Le BGG

Finalement, Spielberg n’aime rien tant que le grand écart. Après le très sombre Minority Report, il avait enchaîné avec le lumineux Arrête-moi si tu peux. Entre deux Jurassic Park, il avait tourné La Liste de Schindler. Après le très adulte et très intense Le Pont des Espions, voilà qu’il revient à un cinéma ouvertement tourné vers l’enfance : l’adaptation d’un classique de la littérature jeunesse, dont le personnage principal est une fillette.

Inattendu à ce stade de sa carrière ? Pas tant que ça. Certes, Spielberg est devenu avec le temps le plus grand des grands cinéastes classiques du moment. Mais son il a aussi une tendance de plus en plus marquée depuis une dizaine d’années à se retourner vers la genèse de son œuvre et vers ses rêves de jeunesse : les concrétisations de Lincoln et Tintin, deux projets de très longue date, en sont une forme. Ready Player One et le retour annoncé d’Indiana Jones en sont d’autres.

Reste qu’on n’attendait pas forcément Spielberg dans l’univers de Roald Dahl, qui semblait d’avantage taillé pour un Tim Burton (Charlie et la chocolaterie). Et qu’on se demandait un peu comment il allait s’en tirer. Techniquement et artistiquement, on lui faisait confiance, mais le roman est court, et direct. Comment donc en avait-il tiré un film de près de deux heures ?

Eh bien en rajoutant une foule de détails qui, loin de délayer inutilement l’histoire, renforcent joliment l’histoire et l’émotion, en restant fidèles à l’esprit de Roald Dahl. Le film est donc un beau récit sur l’enfance, un rien naïf : l’histoire d’une orpheline enlevée par un gentil géant, et confrontée à d’autres géants nettement moins sympathiques.

Dans la filmographie de Spielberg, et particulièrement dans sa filmo récente, Le BGG est une petite chose bien mineure. Mais visuellement, c’est une grande réussite, grâce en partie à la superbe photo de Janusz Kamiński, le chef op attitré de Spielberg depuis … Schindler, qui donne une chaleur et un aspect proche du rêve éveillé à ce film.

Mais le meilleur dans ce film, c’est peut-être Mark Rylance. Déjà à l’affiche du Pont des Espions, l’acteur est méconnaissable, transformé par la technique de la motion capture en géant disproportionné. Mais ses mouvements indéfinissables, à la fois lourds et aériens, et sa manière de prononcer les mots imaginés par Dahl représentent la meilleure des plus-valus du film par rapport au livre. Voir le film en VF serait, pour le coup, une erreur.

Twin Peaks, saison 2 (Twin Peaks, season 2) – créée par David Lynch et Mark Frost – 1990-1991

Posté : 19 octobre, 2018 @ 8:00 dans 1990-1999, CLIFFORD Graeme, DESCHANEL Caleb, DUNHAM Duwayne, EDEL Uli, FANTASTIQUE/SF, FOLEY James, FROST Mark, GLATTER Lesli Linka, GYLLENHAAL Stephen, HOLLAND Todd, HUNTER Tim, KEATON Diane, LYNCH David, POLARS/NOIRS, RATHBONE Tina, SANGER Jonathan, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Twin Peaks saison 2

7 épisodes dans la première saison. 22 dans cette deuxième. Un simple constat qui annonce un ton, une approche et un rythme très différent. La première partie de cette saison s’inscrit pourtant clairement dans la continuité de la première : le mystère autour de la mort de Laura Palmer est toujours aussi opaque, et les secrets que cette mort révèle à Twin Peaks de plus en plus lourds et sombres.

Sauf que le mystère qui a provoqué l’arrivée de Dale Cooper est résolu avant la mi-saison, répondant à la plupart des principales interrogations que l’on pouvait avoir. La plupart des principales, ai-je bien précisé : parce que le duo Lynch/Frost a pris un malin plaisir, dès le début de la série, de multiplier les pistes, les intrigues, les personnages et les secrets, avec une liberté totale, des directions qui semblent infinies, et en même temps une grande cohérence.

Jusqu’alors, il y avait en tout cas ce fil conducteur : la mort de Laura Palmer. Et après ? La série pouvait-elle garder son cap ? Rester aussi passionnante ? Mieux que ça : comme libérés de cette contrainte, Lynch et Frost densifient encore la richesse de leur univers, et accentuent le sentiment de liberté en tirant d’innombrables fils qui s’entrecroisent, s’emmêlent parfois aussi.

Bien sûr, il y avait déjà eu Le Prisonnier et quelques autres séries devenues (ou pas) cultes avec le temps. Mais jamais jusque là une série télé n’avait eu cette audace et cette qualité. X-Files, qui arrivera peu après, lui devra beaucoup (David Duchovny trouve d’ailleurs son premier rôle marquant dans cette saison 2 : celui d’un agent du FBI travesti), ainsi qu’à peu près toutes les séries d’auteur qui vont apparaître dans sa lignée.

Le show révolutionne tous les codes de la télévision, et fait entrer le cinéma de David Lynch dans un âge d’or. Et il marque durablement les esprits de générations de téléspectateurs, hantées par les cafés, les tartes aux cerises, les chouettes, les jeux d’échec ou les soldats de bois. Il y a dans Twin Peaks un extraordinaire foisonnement d’images fortes, de personnages hors du commun. Un incroyable mélange de trivialité et de merveilleux, de sentiments simples et de mystères insondables.

Bien sûr, on ne comprend pas toujours parfaitement. Mais quel plaisir de se laisser perdre dans les forêts touffues des abords de Twin Peaks, et dans les recoins tout aussi sombres et mystérieux de ses personnages, dont pas un (à l’exception peut-être des forces de l’ordre) ne semble dénué de secret.

Episode après épisode, on s’enfonce un peu plus dans le charme vénéneux de la ville et de la série, jusqu’à un final glaçant, insondable et fascinant, sommet de l’onirisme morbide lynchien, superbe apothéose d’une série qui continue à hanter bien des cinéphiles…

La Vengeance aux deux visages (One-eyed Jacks) – de Marlon Brando – 1960

Posté : 18 octobre, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, BRANDO Marlon, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Vengeance aux deux visages

Lorsqu’un grand acteur passe à la mise en scène, le résultat est rarement anodin, surtout lorsque l’expérience s’avère unique. Evidemment, tout le monde a en tête La Nuit du chasseur de Laughton. Et oublie généralement le film de Marlon Brando : un extraordinaire western à la fois brillant, captivant, original… et narcissique.

Le premier plan annonce immédiatement la singularité du film. Brando s’y filme en gros plan, mangeant une banane assis sur un comptoir. Le plan s’élargit, dévoilant le pistolet dans sa main jusqu’alors cachée, puis le hold-up en cours dans une banque, hold-up dont il est le principal protagoniste. Plan merveilleux, d’un acteur-réalisateur sûr de son charisme, de son talent et de sa beauté. Et il peut, le bougre.

Allongé au sommet d’une dune balayée par le vent, le regard assassin ou la sensibilité à fleur de peau, Brando dévore l’écran. Les états d’âme de son personnage donnent son rythme au film, complexe et mouvant comme un homme en plein doute. Plus qu’un film de vengeance, c’est l’histoire d’un homme qui se reconstruit, affronte ses démons pour mieux s’en débarrasser, et paye le prix de ses erreurs.

Brando filme comme il joue : jamais tout à fait comme les autres. Un bad guy s’apprête à lui tirer dans le dos ? Il se retourne dans un mouvement aussi improbable qu’animal, comme un serpent qui entourerait un poteau. Il filme un duel ? Il surgit derrière son ennemi au ras du sol. Une chevauchée ? Devant un inattendu paysage marin.

Visuellement splendide, le film repose aussi sur des personnages particulièrement complexes. Karl Malden, salaud pathétique hanté par ses actes. Katy Jurado, magnifique en femme de plus en plus consciente de la veulerie de son mari. Et Brando lui-même, authentique méchant qui s’humanise peu à peu. C’est d’une justesse totale, échappant constamment aux stéréotypes. Un film unique, dans tous les sens du terme.

Pioneer (Pionér) – de Erik Skjoldbjaerg – 2013

Posté : 17 octobre, 2018 @ 8:00 dans * Polars européens, 2010-2019, SKJOLDBJAERG Erik | Pas de commentaires »

Pioneer

Le Danois Erik Skjoldbjaerg s’était fait connaître avec Insomnia, un thriller étouffant qu’avait refait Christopher Nolan (le meilleur film de ce dernier, d’ailleurs). Avec Pioneer, le réalisateur confirme qu’il est particulièrement doué pour filmer les sensations physiques : les effets de l’insomnie là, le malaise et la paranoïa ici.

« Inspiré d’une histoire vrai » clame un carton au début du film. Un ancrage dans le réel qui a pour effet d’accroître le sentiment de malaise et de danger qui se dégage de ce thriller diablement efficace, clairement à la manière des grands films paranoïaques américains des années 70. A ceci près que le contexte post-Watergate laisse la place à cette décennie au cours de laquelle le Danemark s’apprêtait à devenir l’un des pays les plus riches du monde.

Un sacré enjeu, donc, qui laisse planer le doute sur la sincérité d’à peu près tous les personnages. Un seul, finalement, échappe à la règle : Petter, plongeur danois de grand fond, qui fait partie d’une mission cruciale, consistant à installer un pipe line à 400 mètres de profondeur. L’action se passe au tout des années 80, alors que le Danemark cherchait un moyen de profiter des ressources pétrolières qui venaient d’être découvertes au large, et que les Etats-Unis lui disputaient.

Lors de cette mission, le frère de Petter est tué, et ce dernier refuse d’accepter la thèse du simple accident, que tout le monde lui suggère un peu facilement. Mais lui est un jusqu’au-boutiste, rejoignant ainsi les grands héros des films paranoïaques qui refusent de laisser couler. Autour de lui, le danger semble omniprésent.

Et la peur est palpable, constamment. La mise en scène immersive de Skjoldbjaerg dévoile un Danemark à la fois beau et dangereux. Le moindre plan de coupe suggère la possible duplicité des personnages que croise Petter. Skjoldbjaerg utilise les codes du film parano, mais aussi du film noir, avec des « trucs narratifs » comme tirés d’un autre temps : la démarche d’un tueur, le grincement d’un fourgon qui passe… Et ça marche.

Quant aux séquences sous-marines, visuellement splendides et émotionnellement étouffantes, elles évoquent quelques grands films sous-marin, à commencer par Abyss. Entre le film de Cameron et Les Trois jours du Condor, Erik Skjoldbjaerg a visiblement des références très américaines. Son film, pourtant, parle du Danemark. Avec une crudité et une absence de romantisme qui n’ont pas dû plaire à l’office de tourisme local…

Deux hommes dans la ville – de José Giovanni – 1973

Posté : 15 octobre, 2018 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1970-1979, GABIN Jean, GIOVANNI José | Pas de commentaires »

Deux hommes dans la ville

La diffusion de votre film sera suivie d’un débat sur la peine de mort. Rendez-vous avec nos invités dans deux petites heures… Oui, voilà un film taillé pour les Dossiers de l’Ecran. Dommage seulement qu’il passe, un peu, à côté de son sujet.

La charge de Giovanni est sans appel, et pas toujours dans la nuance. Sauf que ce qu’il démonte, c’est peut-être moins la peine de mort en elle-même que le système judiciaire et policier, qui broie des hommes et interdit toute réinsertion. C’est aussi la bêtise et la mesquinerie.

Mais de la peine de mort, il n’est question qu’en pointillés, jusqu’à la dernière partie. Le plaidoyer de l’avocate ? Il est beau… et convenu. Un certain Badinter sera autrement plus marquant, et ce ne sera pas du cinéma. Giovanni, cela dit, a au moins le courage de mettre les pieds dans le plat, dans cette France pas encore prête à tourner la page de la trancheuse.

Le plus marquant, dans cette fin de film, c’est toute la longue dernière séquence, froide et méticuleuse, qui illustre justement un système froid et méticuleux. De cette longue et terrible séquence, ce sont les regards des deux acteurs, qui se croisent enfin après être restés longtemps baissés, qui frappent le plus.

Gabin et Delon, quand même, ça a de la gueule. Delon qui produit un film contre la peine de mort… Rien que cette incongruité, cela mérite le détour ! Et puis il est encore très acteur, à cette époque. Sa composition est juste et forte, et la plupart du temps pleine de nuances, elle. Quant à Gabin, son air fatigué et pas si désabusé que ça fait des merveilles. OK, il est dans un registre qu’il connaît par cœur, et ne surprend pas vraiment. Mais bon, c’est le patron, quand même.

Face à eux, le casting est pas mal : Michel Bouquet en authentique salaud (et flic), Victor Lanoux en gangster jovial, Bernard Giraudeau en fiston en colère, et Gérard Depardieu très jeune et très chien fou en petite frappe.

Rien de renversant, certes : Giovanni est sincère et généreux (il faut dire qu’il fut lui-même un condamné à mort, avant d’être gracié), mais pas un cinéaste très inspiré. Cela dit, il fait le job sans génie, mais avec efficacité, et avec une belle musique de Philippe Sarde pour emballer tout ça, et finir de nous plomber le moral.

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