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Archive pour la catégorie 'Genres'

La Bagarre de Santa Fe (Santa Fe) – de Irving Pichel – 1951

Posté : 19 juillet, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, PICHEL Irving, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Bagarre de Santa Fe

La construction du chemin de fer, des bandits qui veulent saboter les travaux, des frères qui se retrouvent dans des camps opposés, des attaques de trains, des coffres forts qui explosent, des Indiens, des cow-boys, du whisky… Ben oui, c’est un western, pas de doute. Pas le plus percutant, certes, mais bien troussé, et plein de passages plutôt rigolos.

Sur le papier, le film ressemble quand même plus à un drame plein de violence et de suspense qu’à une comédie légère. A l’écran, le grand écart entre ces deux visions est pour le moins surprenant. Irving Pichel, qu’on a découvert dans d’excellents noirs méconnus (Sables mouvants et Ils ne vont pas me croire), sans oublier La Chasse du Comte Zaroff, a un peu le cul entre deux chaises, pour le coup, comme s’il ne savait pas toujours pour quel film il a été embauché.

Quand il choisit son camp, il fait mouche. C’est vrai pour la comédie, avec le duo de conducteur franchement réussi, ou l’inattendu concours de violons. C’est vrai aussi pour l’action pure avec, notamment, une dernière scène sur le train en marche assez remarquable. Est-ce la vitesse du train qui donne du rythme à cette ultime scène ? Elle permet en tout cas de terminer le film sur une très bonne note, en particulier grâce à la dernière fusillade, cachée la fumée de la locomotive.

Tout n’est pas de ce niveau, hélas. Randolph Scott est droit, charismatique, et très sympathique, mais il n’a pas encore la profondeur qu’il gagnera dans les films de Boetticher. Surtout, on ne croit jamais vraiment à la relation entre Scott et ses trois frères devenus adversaires. Là, le ton léger qui domine le plus souvent est plus que discutable. L’émotion, en tout cas, reste à la porte.

Seul sur Mars (The Martian) – de Ridley Scott – 2015

Posté : 11 juillet, 2018 @ 8:00 dans 2010-2019, FANTASTIQUE/SF, SCOTT Ridley | Pas de commentaires »

Seul sur Mars

Mais qu’arrive-t-il à Ridley Scott dans son grand âge ? Un soudain sursaut d’humanité ? Lui qui a un tout petit peu tendance à se prendre énormément au sérieux et à enchaîner les films lourds et boursouflés depuis… eh bien depuis Gladiator, disons, livre un film humain et léger. Le plus léger de sa filmographie depuis… à peu près toujours.

Aussi inattendu que cela puisse paraître, Scott signe même un authentique feel-good-movie, aux antipodes d’Interstellar par exemple, autre grosse production sortie à peu près à la même époque, et qui, elle, souffrait lourdement du syndrome dit « du-cinéaste-qui-se-prend-au-sérieux » (Nolan en l’occurrence, que j’aimerais tant voir revenir à un cinéma plus simple et viscéral ; mais ça n’a rien à voir avec Seul sur Mars, on est d’accord).

Seul sur Mars, donc, avait tout de l’idée un peu foireuse : un astronaute est laissé pour mort sur Mars par ses co-équipiers qui ont dû recoller fissa vers la Terre. Mais le gars n’est pas mort (sinon, où serait le film?), n’a aucun moyen de contacter ses copains, et se retrouve avec des vivres très limités. Lourd ? Plombant ? Grave ? Que nenni…

L’homme a un moral d’acier, une intelligence hors du commun, et pas mal de ressources en sa qualité de botaniste. Il finit donc par réussir à faire pousser des pommes de terre grâce à son caca, et s’installe peinard en attendant la prochaine mission. Enfin presque. Parce que, oui, c’est plus compliqué que ça, les emmerdes vont se succéder, il y aura de la peur, du suspense, du découragement… Bref, de l’émotion.

Et quel bonheur de suivre les petites victoires de Matt Damon, seul sur Mars, et à l’écran la plupart du temps, qui redécouvre les joies simples des petites choses. Un peu comme Ridley Scott finalement, qui aura eu besoin de s’exiler à des centaines de milliers de kilomètres de la Terre pour signer son film le plus humain depuis des lustres. Et se rappeler que, finalement, le cinéma pouvait aussi, simplement, rendre heureux…

Mad Max : Fury Road (id.) – de George Miller – 2015

Posté : 10 juillet, 2018 @ 8:00 dans 2010-2019, FANTASTIQUE/SF, MILLER George | Pas de commentaires »

Mad Max Fury Road

Quand on pense qu’il y a vingt et quelques années (merde, 25 ans ?!), Speed était présenté comme le premier film d’action non-stop. Euh… Autant le dire : cette suite très tardive de la saga Mad Max enterre profondément et définitivement tous les films d’action non-stop de l’histoire des films d’action non-stop.

C’est too much, toujours. C’est cartoonesque, souvent. Mais c’est aussi, et surtout, le film d’action le plus spectaculaire, le plus inventif, le plus enthousiasmant, le plus réjouissant, le plus etc, etc de ces dernières années. C’est bien simple : ça n’arrête pas une seconde. Et quand on pense que George Miller a tout mis d’un coup à l’écran, non, il en remet une couche, passe à la vitesse supérieure, et réussit constamment à se surpasser.

Enthousiaste ? Oh oui… Non seulement Miller réussit son retour, retrouve l’ADN du meilleur de la saga (le numéro 2 jusqu’à présent), mais il surpasse, et de loin, tout ce qu’il a fait jusqu’à présent. Mad Max : Fury Road est un film formidable, parce qu’il symbolise l’art cinématographique dans ce qu’il a de plus direct et de plus total. Le contre-pied absolu au tout-venant hollywoodien, en quelque sorte.

Tout ça commence pourtant d’une manière un peu bancale, avec un style syncopé qui agace dans les premières minutes, comme l’image tellement numérisée qu’elle laisse un temps le spectateur à l’extérieur. Un temps seulement, parce que très vite, Miller emballe tout ça, dans une immense course poursuite qui semble infinie, bluffante.

Essentiellement visuel, le film est tellement peu bavard que chaque parole a un poids incroyable. Et les mots sonnent juste, et en disent énormément. Mine de rien, le film dit des choses sur l’embrigadement, sur la déshumanisation, et sur la dépendance dans un monde sans perspective où plane l’ombre du terrorisme.

Il y a dans ce film plein de fureur, où domine le pur plaisir de cinéma, une vérité inattendue, et, oui, une réflexion forte sur la démocratie et l’intégrisme. Le personnage de Furiosa (Charlize Theron, dans son meilleur rôle depuis longtemps) est en cela un contrepoint parfait à celui de Max (Tom Hardy, animal et intense, qui fait oublier Mel Gibson). La relation entre ces deux-là est l’une des forces de ce film incroyable.

L’Appât (The Naked Spur) – d’Anthony Mann- 1953

Posté : 8 juillet, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, MANN Anthony, RYAN Robert, STEWART James, WESTERNS | Pas de commentaires »

L'Appât

Le plus simple, le plus épuré, et peut-être le plus intense des westerns tournés par le duo James Stewart – Anthony Mann. L’intrigue tient en quelques lignes : un homme en traque un autre pour la prime liée à sa capture, et doit composer avec des rencontres impromptues.

De cet homme, de ces hommes même, on ne saura pas grand-chose. Pas tout en tout cas. Mais Mann n’a pas besoin de dévoiler tous les mystères pour faire ressentir l’intensité des rapports humains, ou le trouble qui habite chacun. Et l’intensité, ici, est omniprésente, avec des personnages qui semblent tous trimbaler des tombereaux de douleurs.

La palme, bien sûr, à James Stewart, exceptionnel de rage de moins en moins contenue, dont la voix chevrotante n’a peut-être jamais été aussi douloureuse qu’ici. La scène des rapides, où il refuse de laisser partir le corps qu’il veut ramener à tout prix, est absolument bouleversant, tant elle en dit sur la souffrance du gars.

Et puis il y a la manière dont Mann filme ses acteurs dans les décors naturels, peut-être unique dans l’histoire du western, voire du cinéma. La définition même de l’épure : pas un détail de ce décor n’est là par hasard, le moindre recoin, le moindre rocher, la moindre branche apparaissant à l’écran joue un rôle dans l’action.

Rien n’est laissé au hasard, tout est précis, juste et direct. Un parti-pris qui donne au film une force, une évidence, et une immédiateté uniques. The Naked Spur est un chef d’œuvre d’une densité impressionnante.

Le Portrait de Jennie (Portrait of Jennie) – de William Dieterle – 1948

Posté : 6 juillet, 2018 @ 8:00 dans 1940-1949, DIETERLE William, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Le Portrait de Jennie

Un peintre un peu raté rencontre erre dans un Central Park comme hors du temps. Il y rencontre une gamine qu’il décide de peindre. A chaque fois qu’il la revoit, la jeune fille a grandi. Jusqu’à devenir une jeune femme dont il tombe éperdument amoureux.

On pense au Portrait de Dorian Gray bien sûr, avec cette histoire qui joue sur les rapports troublants entre l’art et le temps qui passe, avec ici de superbes paradoxes. Mais on pense davantage encore à Rebecca, et ce n’est évidemment pas un hasard : le film porte la marque de son producteur David O. Selznick, qui tente ici de retrouver la magie du film d’Hitchcock.

Et il n’est pas loin d’y arrive avec ce film romanesque, envoûtant et très ambitieux, où le fantastique n’est, cette fois, pas uniquement évoqué mais abordé frontalement. Qui est cette fillette qui semble sortir du passé et qui grandit à chaque retrouvaille ? Un miracle né de l’art du peintre ? Celui de l’amour ? Celui de son imagination ? Ou simplement une curiosité de l’espace-temps ?

Peu importe bien sûr. Tout est lié, et intimement encore : l’amour, l’art, la vie, l’inspiration de l’artiste… Le plus beau dans ce film, c’est la manière dont les doutes, les errances ou les tourments du peintre influent sur l’atmosphère, souvent feutrée et envoûtante. Dans le rôle du peintre, Joseph Cotten est, comme toujours, très bien, d’une sobriété parfaite, et en même d’une grande profondeur, toute en nuances à peine perceptibles.

Face à lui, Jennifer Jones, protégée de Selznick, est parfaite également, troublante même dans sa manière d’être crédible en gamine autant qu’en jeune femme à la beauté presque insolente. Et quels seconds rôles : Ethel Barrymore émouvante en vieille fille au regard bouleversant ; David Wayne en garagiste philosophe et bonhomme ; et même Lilian Gish qui fait une apparition bien sympathique dans le rôle d’une nonne.

Dieterle, qui avait déjà touché au genre avec le très réussi The Devil and Daniel Webster, signe une mise en scène constamment inspirée, y compris dans le final audacieux et spectaculaire, morceau de bravoure qui, malgré des effets spéciaux qui ont forcément pas mal vieilli, garde toute sa puissance émotionnelle et poétique.

Terminator 2, le jugement dernier (Terminator 2, Judgment Day) – de James Cameron – 1991

Posté : 4 juillet, 2018 @ 8:00 dans 1990-1999, CAMERON James, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Terminator 2

C’était quand même bien, James Cameron. Un champion du box office qui s’avère être un véritable auteur, vous en connaissez encore beaucoup, vous ? Ceux qui ont connu ce début des années 90 au cinéma se souviennent forcément de la sortie en salles de cette suite, un événement total dont on assurait qu’il allait profondément changé la face du cinéma d’action.

Eh bien oui, il l’a changée, et pas qu’un peu. Par ses thèmes apocalyptiques d’abord, déjà évoqués dans le premier Terminator, mais transfigurés ici pour devenir une réflexion audacieuse (et intelligente, oui) sur l’intelligence artificielle, la responsabilité de l’homme, la transmission, et même la figure paternelle avec cet incroyable père de substitution, apparemment sans émotion, mais qui se révèle sur pas mal de points plus humain que les humains.

C’est Schwarzenegger bien sûr, dans le rôle de sa vie, qu’il ne cesse de retrouver (la suite directe de T2, qui fait abstraction des autres suites, est d’ailleurs en tournage). Incroyable bête de cinéma, au sommet de son charisme. Une pure présence de cinéma d’action, mais d’où vient cette émotion lorsque Sarah Connor l’observe, entretenant avec son fils le genre de relation dont le gamin a toujours été privé…

Si le film a bouleversé le cinéma d’action, c’est aussi, évidemment, avec ses effets spéciaux, révolutionnaire à l’époque. Et s’ils restent aussi impressionnants presque 30 ans plus tard, alors que les effets numériques sont depuis longtemps devenus la norme à Hollywood, c’est à la fois parce qu’ils sont utilisés par un grand cinéaste, qui sait raconter une histoire avec une parfaite fluidité, et parce que le numérique se mêle habilement aux prises de vue réelle.

Beaucoup de cascades sont réalisées « en vrai », et pas sur fond vert. L’irruption du numérique dans le vrai monde : c’est non seulement le thème du film, mais c’est aussi le parti-pris de Cameron, pour ce monument indépassable de la culture populaire récente. Son grand-oeuvre, qui n’a rien perdu de sa force de frappe.

Hostiles (id.) – de Scott Cooper – 2017

Posté : 3 juillet, 2018 @ 8:00 dans 2010-2019, COOPER Scott, WESTERNS | Pas de commentaires »

Hostiles

La guerre sans pitié entre la Cavalerie américaine et les Indiens a laissé des traces. Dans un fort reculé, un officier considéré comme un tueur d’Indiens sans pitié est chargé de convoyer un vieux chef avec qui il a une longue histoire marquée par le sang, vers le lieu sacré où il doit mourir. Ça ne lui fait pas plaisir (à l’officier)…

La mâchoire crispée, le regard noir, la moustache (avec barbichette fournie)… Christian Bale fait peur quand il apparaît. Oh là, va-t-on assister à l’un de ces numéros faussement intenses qui peuplent les « films à Oscar » (tiens, pourquoi je pense à Di Caprio et à The Revenant, là maintenant… ?…). Mais non. Avec ce personnage taiseux hanté par la violence qu’il a trop côtoyée, Bale réussit l’une de ses meilleures incarnations. Impressionnant, parce que tout ou presque passe par son regard, qu’il faut du temps pour vraiment le sonder.

Est-il un odieux tueur d’Indiens ? Un soldat aux ordres déconnecté de sa responsabilité morale ? Ou simplement un homme qui fait son boulot, quitte à être détruit lui-même ? OK, la bonne réponse est assez facile à trouver, finalement. Mais la prestation de Christian Bale est à l’image du film : intense, mais aussi étonnamment modeste. La tentation d’en faire des tonnes dans le pathos doit être immense (re-tiens, pourquoi je re-pense à Di Caprio et à The Revenant ?). Mais non.

Le film est aussi remarquable par son rapport à la nature, elle aussi étonnamment modeste. Oui, elle est belle, cette nature, vaste et sauvage. Mais ce sont aussi des paysages plus apaisés que lyriques, filmés avec une simplicité qui n’a plus vraiment cours ces derniers temps. Ce qui compte, c’est moins la beauté spectaculaire de la terre que son rapport avec la violence et la mort.

Scott Cooper sait prendre son temps, mais il n’oublie pas non plus de parsemer le périple de ses personnages d’explosions de violence particulièrement marquantes. Chacune d’entre elle étant marquée par la violence et la mort qui, comme le répètent les personnages, ne fait aucune distinction et n’épargne personne. Et c’est tout le sujet du film : ce rapport entre la terre et la mort, ne serait-ce que pour le prétexte initial.

Et cela ne s’arrête pas là. Retrouvée par le soldat Christian Bale, la veuve Rosamund Pike lui fait promettre de revenir l’enterrer dans la même terre qui abritent son mari et ses enfants. Et lorsque Bale perd l’un de ses hommes, c’est moins sur sa sépulture que face à la nature environnante qu’il se recueille et se retrouve confronté à son propre passé, et à son propre avenir.

Sombre, sombre, sombre. Hostiles est aussi marqué par une sorte d’optimisme lucide mais bien réel. On ne peut que remercier Scott Cooper d’avoir réserver un peu d’espace à la vie et à l’espoir, dans cet univers violent et glauque qui laisse des traces.

La Dame d’onze heures – de Jean Devaivre – 1948

Posté : 8 mai, 2018 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1940-1949, DEVAIVRE Jean | Pas de commentaires »

La dame d'onze heures

Dès la séquence d’ouverture, on sent qu’il y a chez Jean Devaivre la même ambition formelle que pour La Ferme des sept péchés, cette envie de bousculer un peu les codes du cinéma. Une volonté que l’on retrouve dans les flash-backs : lorsque la temporalité de l’histoire est bousculée, le point de vue différent est assumé, et les personnages se mettent à parler face caméra. Ce qui pourrait n’être qu’un détail, mais cela donne une vraie originalité au film.

Il ne s’agit pas pour autant de deux films jumeaux. Avec ce film rythmé et plein de vie, Devaivre livre un pur plaisir de cinéma. Crime, mystère, suspense, action, humour… Un film généreux et gourmand, sorte de version live de Tintin, dont certains plans semblent directement tirés (la scène où Paul Meurisse se fait tirer dessus devant une façade parisienne, la nuit dans le parc de la propriété…).

Le film est mené à 100 à l’heure (comme un Tintin) et regorge de rebondissements dont on se moque bien qu’ils soient improbables. D’autant plus que la distribution est éclatante : Pierre Renoir, Palau, ou encore Jean Tissier, qui se plaint de la campagne avec cette réplique définitive : « Ici les animaux sont crus ! »

Prince des ténèbres (Prince of Darkness) – de John Carpenter – 1987

Posté : 6 mai, 2018 @ 8:00 dans 1980-1989, CARPENTER John, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Prince des ténèbres

Après une série de déceptions au box-office, John Carpenter était revenu au sommet avec ce film radical, l’un de ses meilleurs, peut-être le plus angoissant, le plus terrifiant et le plus viscéral de ses films.

Très différent de Halloween, film plus classique dans sa forme, Prince of Darkness en prolonge pourtant l’esprit d’une certaine manière, dans sa manière d’aborder le Mal comme une entité qui menacerait directement et physiquement les hommes. « Le croque-mitaine est à notre porte » peut-on d’ailleurs entendre, comme un clin d’œil au premier classique de Carpenter. Autre clin d’œil : les allées typiques des banlieues bourgeoises américaines, filmées par ces grands travellings qui sont la superbe signature de Carpenter.

Le contexte, cependant, est radicalement différent. Le scénario, signé par un certain Martin Quatermass (pseudo de Carpenter, grand fan de la série des Quatermass), joue habilement sur la frontière entre la science et la foi. Un thème qui permet au cinéaste de dire déjà ce qu’il pense de la religion (il ne s’en privera pas non plus dans Vampires), sans prendre de gants ; Donald Pleasance est un prêtre que l’on voit débarquer en limousine, snobant les SDF et remettant toute sa foi en cause en 10 secondes.

Ce réceptacle mystérieux sur lequel enquêtent étudiants et scientifiques dans une église isolée est surtout l’occasion d’un pur exercice de style, qui ne répond qu’à une ambition : comment utiliser le cinéma pour créer une pure atmosphère de terreur. C’est ainsi une véritable leçon de cinéma que livre Carpenter, enchaînant les moments de pure trouille.

Au-delà des quelques effets un peu faciles, c’est la capacité qu’il a d’instaurer en quelques instants une atmosphère totalement angoissante qui force le respect. Quelques notes de cette musique binaire entêtante et troublante (signée Carpenter itou), quelques gros plans sur des insectes ou le vent dans les arbres, un travelling bien placé… Et on se fout bien de l’histoire, qui n’est qu’un prétexte : Carpenter joue avec nos nerfs. Il en fait ce qu’il veut, et on en redemande.

Arabesque (id.) – de Stanley Donen – 1966

Posté : 5 mai, 2018 @ 8:00 dans * Espionnage, 1960-1969, DONEN Stanley | Pas de commentaires »

Arabesque

Trois ans après Charade, Stanley Donen reprend une partie des mêmes ingrédients, pour un nouveau film d’espionnage décalé. Mais les temps ont changé. Cette fois, le modèle du genre n’est plus La Mort aux trousses, mais James Bond, dont le film offre une sorte de revisite amusée.

Ce n’est pas le seul changement entre les deux films. A l’élégance du précédent, Donen préfère ici une leçon de cinéma à peine déguisée, où toutes les interprétations que l’on peut faire prennent réellement corps à l’image.

Il est question de faux-semblants et de points de vue ? Donen multiplie les effets de miroir et de cadre dans le cadre, pour contraindre le regard du spectateur ou carrément le fausser, en l’inversant par l’intermédiaire d’un miroir, ou d’un reflet dans une flaque. Une approche tellement systématique qu’elle mériterait une étude détaillée…

C’est brillantissime, léger et mené à un rythme fou. Comme Charade. Mais cette fois, on sent que Donen n’est pas non plus totalement sérieux. La mise en scène, comme le scénario, a quelque chose de trop maîtrisée pour être totalement sincère.

Finalement, il n’est question ici que du plaisir du cinéma, de se laisser entraîner dans des rebondissements hautement improbables. Gregory Peck est parfait dans cet emploi de monsieur presque banal embarqué dans une histoire trop exceptionnelle pour lui. Le plaisir qu’il prend se comprend : le voyage le conduit dans les bras de Sophia Loren, plus belle que jamais. Mais ce plaisir presque naïf face au danger et à son absence de maîtrise ressemble à s’y méprendre à celui du spectateur.

Une scène exceptionnelle, brillante et hilarante : celle où Peck, drogué, prend la fuite à vélo sur une route très fréquentée. Le clin d’œil à La Mort aux trousses (tout de même) est évident. Mais surtout, Donen réussit ce que peu d’autres cinéastes ont réussi aussi bien : donner corps à l’ivresse, rendre parfaitement perceptible l’état dans lequel se trouve le personnage. C’est impressionnant, et c’est aussi très drôle.

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