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Archive pour la catégorie 'Genres'

Au service de la loi (Sergent Madden) – de Josef Von Sternberg – 1939

Posté : 18 avril, 2018 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1930-1939, VON STERNBERG Josef | Pas de commentaires »

Au service de la loi

Le sens du sacrifice, celui de l’écoute, la compréhension, et un cœur gros comme ça… Sternberg n’y va pas avec le dos de la cuillère pour sanctifier les policiers, avec ce portrait d’un petit flic des rues dont le fils tourne mal.

Film à la gloire des forces de l’ordre, Sergent Madden assume complètement ce chant d’amour pour les policiers. « Certains sont durs, d’autres sont plus à l’écoute. Mais la plupart sont de bons flics » lance d’ailleurs le personnage principal, joué par Wallace Beery, très émouvant dans un rôle de bon gars nettement plus complexe et profond que ce qu’il a l’habitude de jouer.

Le simple fait d’avoir réussi ce film est une sorte de miracle. Certes, on n’est pas dans la grande période de Sternberg et de ses très grands chefs d’œuvre de la fin des années 20 et du début des années 30. Marlene est partie vers d’autres cinéastes, et lui a un mal fou à se retrouver. Certes.

Mais malgré tous ses excès, Sergent Madden est un film profondément émouvant. Peut-être parce qu’il parle de sentiments simples et sincères, de liens familiaux, et d’un immense gâchis.

Le film met aussi en scène une étonnante famille recomposée, et les erreurs d’un père bon et aimant, qui croit pouvoir amener son fils naturel sur ses propres traces, et lui faire passer ce goût du sang qui l’habite. Un père qui réalise trop tard que ses vrais héritiers sont les enfants qu’il a adoptés, et pas son fils naturel.

Le style de Sternberg surgit subrepticement à quelques reprises : lorsqu’Eillean (Laraine Day) entre dans une pharmacie et que des ombres se dessinent sur son corps, ou lorsque Denis (Alan Curtis) est coursé par son père (Wallace Beery donc) dans un déchirant face à face.

Ciel rouge (Blood on the moon) – de Robert Wise – 1948

Posté : 17 avril, 2018 @ 8:00 dans 1940-1949, MITCHUM Robert, WESTERNS, WISE Robert | Pas de commentaires »

Ciel rouge

Mitchum dans un western, l’opposition de deux anciens amis, un bad guy qui se rachète… On est clairement en terrain connu dans ce film de Wise, première incursion du jeune cinéaste dans un genre qu’il ne revisitera que rarement (Les Rebelles de Fort Thorn en 1950, La Loi de la prairie en 1956).

Rien de révolutionnaire, donc, d’autant que le film manque un peu de rythme parfois. Mais Wise compense cette faiblesse par une psychologie très développée et assez complexe de ses personnages. Les doutes de Robert Mitchum, ses rapports avec son frère ennemi Robert Preston, ou la trahison familiale de « l’autre » sœur… Le film, sur ce point, renouvelle plutôt habilement une situation maintes fois déclinée dans le western.

Et puis quelques scènes tirent le film vers le haut. La belle séquence d’ouverture notamment, où l’on découvre Mitchum en cavalier solitaire voyageant sous une pluie battante, et dont la fatigue se lit sur le visage et les épaules tombantes. Les scènes d’action sont aussi particulièrement efficaces : une bagarre sèche et brutale dans un bal, ou le très original duel final.

Le film séduit aussi par sa distribution impeccable. Barbara Bel Geddes, Walter Brennan, Charles McGraw… Que des gueules qui ont ce don pour rendre chacune de leurs scènes marquantes. Le film leur doit beaucoup.

La Forme de l’eau (The Shape of Water) – de Guillermo Del Toro – 2017

Posté : 16 avril, 2018 @ 8:00 dans 2010-2019, DEL TORO Guillermo, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

La forme de l'eau

L’Oscar du meilleur film qui revient à un cinéste mexicain pour un film très critique vis à vis de la bonne société blanche et paranoïaque américaine. Rien que ça a quelque chose de profondément réjouissant sous l’ère Trump. Mais surtout, voilà un Oscar qui vient récompenser un cinéma décomplexé et sincère, nostalgique et poétique, qui dresse d’innombrables ponts avec les classiques d’autrefois, mais aussi entre le cinéma de genre et le cinéma d’auteur. Et ça, c’est loin d’être une évidence dans le Hollywood d’aujourd’hui.

On sait Guillermo Del Toro très amateur d’un cinéma peuplé de freaks, et de plongée dans l’histoire entre réalisme et passé fantasmé. Un cinéma viscéral et poétique, qui atteint son apogée ici, avec ce film qu’on se surprend à voir comme une sorte de suite, plus qu’un simple hommage, aux films de monstres des années 50. On pense à L’Etrange créature du lac noir bien sûr, dont le monstre reprend l’apparence, mais aussi les origines (même lagon au cœur de l’Amazonie, même aspect humanoïde, même branchies…).

On pense aussi, évidemment, au Tod Browning de Freaks et de quelques autres classiques, avec cette vision décomplexée et dépouillée de toute idée reçue de l’amour, et de l’attirance charnelle. Cette créature est fascinante. Mais son aspect visqueux est surtout un formidable révélateur de la beauté (pas si cachée) de Sally Hawkins, freak à sa manière, muette aux antipodes des canons de beauté habituels, qui s’ennuie dans une vie sans amour et sans surprise, répétant à l’envi les mêmes gestes, jour après jour.

La jeune femme, et ce n’est pas un hasard, vit au-dessus d’un cinéma qui subit durement la concurrence de la télévision. On dans l’Amérique du début des années 60, avec la Guerre Froide qui menace, et les années 50 déjà regardées comme un paradis perdu. Le pays a sombré dans la paranoïa, et toutes les différences sont mal vues par le pouvoir en place, symbolisé par un agent du FBI fidèle à tous les fantasmes qu’on peut lui attribuer : un manipulateur violent et dominateur, campé par un Michael Shannon glaçant.

Le film est constamment sur le fil, s’amusant des stéréotypes et des idées reçues. Qui d’autre aurait pu réussir ce film sans tomber dans le ridicule ? Qui d’autre aurait pu rendre crédible cette histoire d’amour, passionnée et charnelle, entre une jeune femme et un monstre marin ? Qui d’autre, aussi, aurait pu se permettre ce passage de comédie musicale, où Sally Hawkins et le monstre se mettent à danser dans un décor de music-hall ?…

Guillermo Del Toro, non seulement rend son histoire crédible, mais côtoie le sublime dans ce film constamment surprenant, plein de vie, et d’un optimisme naïf… mais beau. Et que dire de Sally Hawkins, la plus belle des « moches » de cinéma. Sa prestation, émouvante et sensuelle, est à elle seule une superbe (et définitive) critique du côté interchangeable de toutes les stars actuelles. Une actrice hors des modes, pour un cinéma intemporel et totalement magique.

Chisum (id.) – d’Andrew V. McLaglen – 1970

Posté : 13 avril, 2018 @ 8:00 dans 1970-1979, McLAGLEN Andrew V., WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Chisum

Deux clans s’affrontent, notamment pour le contrôle du commerce dans une région. La situation dégénère en conflit armé et mortel. C’est un fait historique qui s’est déroulé en 1878 au Nouveau Mexique, connu comme « la guerre du Comté de Lincoln », à laquelle ont notamment pris part Billy le Kid et Pat Garrett (dans le même camps) ainsi que le grand propriétaire John Chisum.

Un rôle en or pour Wayne, initiateur du projet et vedette de ce western dont il est la principale raison d’être. Aux manettes, l’un de ses metteurs en scène habituels de l’époque : le fiston McLaglen, pas totalement dépourvu de talent, mais à la fâcheuse tendance de sur-utiliser les zooms disgracieux. Cette propension est particulièrement flagrante ici, comme son penchant pour les gros plans sur des visages barbus et grimaçants, tentative pas très convaincante de s’inspirer du spaghetti.

Tout compte fait, on préfère McLaglen en héritier naturel de John Ford, dont il reprend plusieurs acteurs (Ben Johnson, Hank Worden, John Agar) et quelques thèmes (la rencontre, pas convaincante mais intéressante, entre Chisum/John Wayne et le chef indien Buffalo Blanc). Ce sont les amitiés masculines qui sont les plus passionnantes : celle entre Chisum et son vieux partenaire un peu râleur (Ben Johnson), ou celle entre Billy et son futur meurtrier Pat Garrett.

Quant à John Wayne, il est impeccable en vieux routier arrivé au sommet et nostalgique de sa jeunesse aventureuse et violente, qui renoue tardivement avec sa Winchester et sa rage, dans un final spectaculaire et impressionnant. Une réussite, finalement.

La Loi des hors-la-loi (Waco) – de R.G. Springsteen – 1966

Posté : 11 avril, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, SPRINGSTEEN R.G., WESTERNS | 1 commentaire »

La Loi des hors-la-loi

Sur le papier : un casting alléchant, réunissant Jane Russell, Brian Donlevy, John Agar, DeForest Kelly, Wendell Corey et quelques autres trognes purement westerniennes.

Mais en 1966, tous ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes. Wendell Corey, surtout, semble complètement momifié. Quant à Donlevy, acteur autrefois intense dont la seule présence était l’assurance qu’il allait se passer quelque chose, il est désormais aussi expressif qu’un tronc d’arbre, engoncé dans son goitre. Il disparaît d’ailleurs aussi vite qu’il était apparu tardivement, à peu près sans avoir fait ou dit quoi que ce soit.

Il ne s’agit là que des seconds rôles. Le « héros », pacificateur qui passe son temps à vouloir prouver à tout le monde qu’il est un salaud, et pas le sauveur attendu, est interprété par Howard Keel, dont le sourire éclatant ne fait que renforcer l’absence totale de charisme. Un choix calamiteux, donc.

Il y a quand même quelques belles idées dans ce film : le sentiment de culpabilité du shérif adjoint, ou encore ce dialogue étonnant lors de l’enterrement, au-dessus du cercueil pas encore recouvert. Mais quelle maladresse dans la mise en scène ! Et quel manque de rythme !

Plein de bonnes intentions, Springsteen est à peu près incapable de filmer convenablement un dialogue ou une scène d’action correcte. Sa ville est censée être livrée à la terreur ? Cela se limite à l’image à une poignée de plans répétitifs montrant quelques cow-boys avinés gesticulant vaguement et tirant quelques coups de feu en l’air devant les portes d’un saloon (dans lequel le plus grand calme règne, d’ailleurs !). On a vu plus sauvage…

Tout petit western, sans éclat, et très dispensable.

Les Conquérants de Carson City (Carson City) – d’Andre De Toth – 1952

Posté : 10 avril, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, DE TOTH Andre, WESTERNS | 1 commentaire »

Les Conquérants de Carson City

Un braquage de diligence dont les victimes sont conviés à un pique-nique au champagne pendant que les voleurs font leur affaire… Voilà un début qui donne le ton. Carson City est un western qui renouvelle habilement (et joyeusement) des motifs très courants du genre.

Le film s’inscrit ainsi dans la longue lignée des westerns racontant la construction du chemin de fer, un sous-genre particulièrement riche en pépites. Celui-ci en est clairement une, moins pour son intrigue principale un peu convenue (un notable bien sous tous rapports qui sabote le chantier et dérobe l’or des mineurs) que pour les grandes séquences d’action et de suspense qu’il nous réserve.

Le plus beaux moments ? Un éboulement qui emprisonne une poignée d’hommes dans un tunnel en construction, incitant tous les ouvriers et toute la population, pour partie hostile au chemin de fer pourtant, à unir leur force pour terminer le tunnel au plus vite et libérer les malheureux. Une longue séquence tendue et visuellement très belle (un beau travail sur la lumière et l’obscurité), comme une parenthèse étonnante au milieu du film.

Dans un tout autre registre, on a aussi droit à une scène de meurtre assez étouffante, dans le décor très inquiétant d’une mine abandonnée. Et puis l’inévitable duel entre le méchant Raymond Massey et le héros Randolph Scott (impérial), dans un décor rocheux particulièrement bien utilisé, que n’aurait pas renié le Anthony Mann de L’Appât (film postérieur, à propos).

Pas une baisse de régime, ni dans le rythme ni dans le fourmillement de belle idées. L’histoire d’amour et la rivalité entre frères ne sont peut-être pas très originales, elles. Mais pas de quoi gâcher le plaisir que l’on prend devant cet excellent western.

L’Ange et le mauvais garçon (Angel and the Badman) – de James Edward Grant – 1947

Posté : 9 avril, 2018 @ 8:00 dans 1940-1949, GRANT James Edward, WAYNE John, WESTERNS | 1 commentaire »

L'Ange et le mauvais garçon

Scénariste réputé (on lui devra de nombreux films avec John Wayne, dont son Alamo), James Edward Grant n »a réalisé que deux films, dont cet excellent western pacifique, charmant et très original.

La toute première image semble donner le ton : John Wayne déboule dans le champs de la caméra sur son cheval, se retourne, et tire sur ses poursuivants… C’est donc à un western tout en bruit et en fureur que l’on va assister. Raté : ces coups de feu pré-génériques sont les seuls que Duke tirera de tout le film.

Blessé, le voilà recueilli par une famille de quakers qui bannit la violence de sa vie, estimant que ce qui peut arriver de pire à un homme, c’est d’en tuer un autre et d’ainsi perdre son âme. Malgré la chaleur des parents et les beignets faits maison, il s’en ficherait sans doute, notre Duke, s’il n’y avait la fille de la maison, qui a la douceur piquante de Gail Russell.

Et elle n’a pas froid aux yeux, cette petite quaker, dont le franc parler et l’absence de détour réussissent à faire rougir cet aventurier de John Wayne, pourtant habitué à une vie de débauche et aux filles faciles. On la voit venir, la belle rédemption. Le drame aussi, avec ce salaud de Bruce Cabot qui est bien décidé à dessouder le repenti.

Charmant, donc, mais pas naïf pour autant : si on voit bien qui est le mauvais garçon, on a un sérieux doute sur la question de « l’ange » : est-ce réellement Gail Russell, et son sourire qui vous pousserait à accepter la mort sans rechigner ? Ou est-ce ce vieux briscard de Harry Carey, toujours impeccable en shérif qui semble constamment sortir de nulle part, le fusil à la main ?

La question est posée : Angel and the Badman n’est pas totalement aussi pacifique qu’il le prétend. C’est en tout cas une grande réussite, portée par des comédiens absolument réjouissants.

Blade Runner 2049 (id.) – de Denid Villeneuve – 2017

Posté : 7 avril, 2018 @ 8:00 dans 2010-2019, FANTASTIQUE/SF, FORD Harrison, VILLENEUVE Denis | 2 commentaires »

Blade Runner 2049

S’il y a une suite qu’on n’attendait pas, c’est bien celle-ci. Trente-cinq ans après le classique de Ridley Scott (c’était l’époque où le cinéaste était un grand inventeur de formes, remember ?), Dennis Villeneuve s’attaque à ce monument de la science-fiction avec le soutien de Scott, certes, mais aussi avec l’assurance d’un talent bien affirmé depuis quelques films.

Bref, Villeneuve y va sans complexe. Son Blade runner 2049, dont l’intrigue se déroule trente ans après le premier film, est bel et bien une suite : l’ancien traqueur de répliquants Rick Deckard (Harrison Ford) est d’ailleurs toujours de la partie, on a droit à une courte (et dispensable) apparition de Gaff (Edward James Olmos), et les références au film original sont omniprésents.

Mais Villeneuve signe un film qui est avant tout le sien. Ridley Scott, d’ailleurs, n’a pas été tendre avec lui, regrettant la longueur du métrage et les lenteurs de l’intrigue. C’est pourtant dans ces « lenteurs » que repose une grande partie du charme du film, dans cette manière de transformer un blockbuster en une quête métaphysique dont le moment le plus spectaculaire est une bagarre à mains nus dans l’eau…

On caricature à peine : comme l’errance nocturne de Deckard autrefois, celle du répliquant-tueur de répliquants Ryan Gosling a tout de la dérive désabusée. C’est lui désormais le personnage central : Deckard, disparu depuis longtemps, est devenu une sorte de mythe que l’on ne retrouvera, dans un drôle d’état et dans une drôle de retraite, que tardivement.

Ce changement de perspective est particulièrement réussi, et permet de creuser une idée déjà bien présente dans le premier film : et si c’était dans les Répliquants, cette création de l’homme, que se trouvait désormais la plus grande part d’humanité ? Les interrogations de L (Gosling) renvoient ainsi à celles de Rutger Hauer, et son histoire d’amour avec son hologramme fait joliment écho à celle de Deckard avec Rachel, centrale ici encore.

Cette histoire d’amour sans contact possible est peut-être la plus belle idée du film, celle qui donne les moments les plus émouvants, les plus humains, et les plus désespérés.

Visuellement, le film est aussi une grande réussite, qui réussit à la fois à être cohérent avec son modèle tout en s’en détachant constamment. Ce Blade Runner 2049 est plus lumineux, et joue d’avantage sur les contrastes d’atmosphères, passant d’une lumière grise et morne à une pénombre jaune du plus bel effet.

Villeneuve multiplie aussi les références au premier film, comme des motifs réminiscents : les répliquants qui passent à travers les murs, les petits animaux en bois qui évoquent les origamis, ou le contact si vivant avec les éléments (que ce soit la pluie ou la neige). Des plans, des cadrages, quelques clins d’œil… Villeneuve accepte la filiation, tout en affirmant sa singularité.

Quant à la fin, elle laisse un rien dubitative. Comme le personnage de Deckard, d’ailleurs. Et là, plusieurs jours après avoir vu le film, et aussi passionnant soit-il, aussi enthousiasmant aussi, une question me taraude encore : cette suite était-elle nécessaire ? Ne risque-t-elle pas d’égratigner la perception que l’on a du chef d’œuvre originelle ? Ou encore, va-t-elle en renforcer encore l’impact ? Il faudra peut-être laisser le temps répondre à ces questions…

Sleepless (id.) – de Baran bo Odar – 2017

Posté : 6 avril, 2018 @ 8:00 dans 2010-2019, ACTION US (1980-…), ODAR Baren bo | 2 commentaires »

Sleepless

Baran bo Odar a vu et revu Collateral de Michael Mann, ce qui fait de lui un homme de goût. C’est déjà beaucoup. Ne nous mentons pas : ce n’est pas maintenant qu’on va trouver le nouveau Mann. Mais Sleepless s’inscrit très clairement dans sa filiation.

Dès la première séquence, et son beau travail (numérique) sur la nuit et ses lumières, où Las Vegas se révèle presque aussi cinégénique et envoûtante que Los Angeles, la parenté est évidente. Il ne s’en cache pas, Odar, allant jusqu’à confier le rôle principal à Jamie Foxx, et à citer très clairement l’extraordinaire scène de la boîte de nuit… certes nettement moins extraordinaire ici.

On pense donc beaucoup, et très souvent, à Collateral, bien plus qu’à Nuit blanche, le film français dont Sleepless est le remake officiel (déjà parce que je ne l’ai pas vu, ce qui est une raison suffisante). Et pourquoi pas… On a vu références plus discutables.

Et puis, il y a une vraie efficacité dans cette histoire de flic infiltré qui n’a qu’une nuit pour sauver son fils, enlevé par des grands méchants (je vous épargne les détails du scénario). Les scènes d’action sont bien un peu répétitives, et les personnages manquent de surprise (tu parles d’un rebondissement final : c’était écrit sur sa gueule que c’était un ripou !).

Mais le film marque des points avec son parti-pris de ne quasiment jamais quitter le casino dès lors que les personnages y sont entrés. Baran bo Odar explore alors les moindres recoins de l’immeuble, du parking sous-terrain aux chambres de luxe des derniers étages, en passant par les salles de jeu et les cuisines. Avec même une étonnante course-poursuite en voitures (oui, dans le casino) et une fusillade finale qui lorgne, elle, du côté de Heat. Oui, Baran bo Odar aime Michael Mann…

L’Homme à l’affût (The Sniper) – de Edward Dmytryk – 1952

Posté : 5 avril, 2018 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, DMYTRYK Edward | Pas de commentaires »

L'Homme à l'affût

Le tueur en série est, au cinéma, un personnage à peu près aussi vieux que le cinéma lui-même. Mais à une époque où le film noir est marqué par un réalisme de plus en plus poussé, The Sniper marque une étape importante dans l’histoire du genre. Tourné dans sa plus grande partie du point de vue du tueur, le film est criant de vérité à tous points de vue.

La plus belle idée est de montrer la naissance du tueur. Ce personnage de petit chauffeur solitaire et sans envergure, à qui personne ne prête réellement attention, est d’autant plus troublant qu’il est d’une banalité confondante. Arthur Franz est, il est vrai, parfait pour incarner cette banalité et cette transparence, cet homme tellement anodin que ses appels au secours successifs, avant son passage à l’acte, se heurtent à un mur d’indifférence.

Et par la même occasion, c’est la responsabilité collective qui apparaît en filigrane. Sans doute pas anodin de la part d’un cinéaste (Dmytryk donc) qui venait de faire son retour à Hollywood après un exil en Angleterre : il faisait partie des fameux « Dix d’Hollywood » et a fini par donner les noms de plusieurs de ses camarades, lors de la Chasse aux Sorcières.

Le film est âpre et réaliste, notamment dans sa représentation de la violence, toujours brutale et soudaine, fauchant les victimes dans des moments de totale insouciance. Dmytryk excelle aussi à filmer San Francisco, en faisant le lieu de tous les possibles et de tous les dangers.

L’enquête elle-même, menée par un flic vieillissant interprété par Adolphe Menjou, est moins convaincante, reposant sur un travail psychologique discutable, mais assez typique de l’époque. Du coup, le film perd un peu de sa puissance en cours de route, après une première moitié éblouissante. Mais il reste passionnant jusqu’au bout, jusqu’à la dernière image, très belle, gros plan d’un visage en larmes.

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