Play it again, Sam

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Archive pour la catégorie 'Genres'

L’Aventurier du Texas (Buchanan rides alone) – de Budd Boetticher – 1958

Posté : 7 juillet, 2019 @ 8:00 dans 1950-1959, BOETTICHER Budd, WESTERNS | Pas de commentaires »

L'Aventurier du Texas

Randolph Scott, cowboy solitaire. Normal. Mais ce cowboy solitaire là débarque en ville avec un large sourire aux lèvres, dont il ne se départira que dans les circonstances les plus sombres… et encore. Et ce n’est pas la seule originalité de ce western plein de surprises.

L’histoire, pourtant, semble classique. Ce voyageur en route vers son Texas natal débarque dans une ville frontalière dominée par une famille omniprésente, qu’il ne tarde pas à se mettre à dos : le juge Agry, qui détient le pouvoir et la fortune ; le shérif Agry, qui aimerait bien s’approprier les deux ; et le patron d’hôtel Agruy, qui passe son temps à courir d’un frère à l’autre.

Curieux western, où le héros passe son temps à être sauvé de la mort par ceux qui sont censés être ses ennemis. Une sorte d’ironie amusée qui baigne tout le film, avec un humour plutôt inhabituel pour un western de Boetticher, surtout dans sa période Scott.

Boetticher glisse des tas de détails étonnants dans son récit : ce frère constamment essouflé qui a tout du poulet paniqué ; l’homme qu’on « enterre » au sommet d’un arbre ; Scott qui manque tranquillement son steak sous le regard de l’homme qui veut le tuer ; le prix fixe (10 dollars) de tout ce qui s’achète dans cette ville…

Buchanan rides alone peut sembler mineur dans la collaboration de Scott et Boetticher, mais cette pochade au ton parfois déroutant séduit par son côté décalé, par son rythme impeccable, et par l’écriture de ses personnages, à commencer par l’homme de main du juge joué par Craig Stevens, totalement inattendu, sorte d’ange noir dont la présence domine tout.

Un dollar entre les dents (Un Dollaro tra i denti) – de Luigi Vanzi (sous le pseudonyme Vance Lewis) – 1967

Posté : 23 juin, 2019 @ 8:00 dans 1960-1969, VANZI Luigi, WESTERNS | Pas de commentaires »

Un dollar entre les dents

Un étranger arrive dans une petite ville où sévit une bande de dangereux voleurs qu’il se met vite à dos, et décide de profiter de la situation pour s’enrichir. Bon sang, délivrez-moi d’un doute : ce spaghetti ne serait-il pas pompé sur le mégasuccès Pour une poignée de dollars ?! Remarquez, il n’est pas le seul : des dizaines de films sont tournés ces années-là, dans le sillon de Leone. Et celui-ci a au moins l’honnêteté (à moins que ce ne soit purement mercantile) d’annoncer la couleur dès le titre.

Il y a quand même au moins trois problèmes. D’abord, Tony Anthony n’est pas Clint Eastwood. Il a beau le singer, adopter un regard sombre et porter un poncho… Plus il s’inscrit dans la mouvance du grand Cint, plus l’acteur (américain) révèle ses limites. Qu’il n’exprime rien n’est pas un problème. Qu’il semble sur le point de pleurer à la première baffe est un peu plus problématique. La moue de Clint était intense, celle de Tony est assez rigolote. C’est sans doute le but, mais l’aspect parodique n’est pas bien convaincant.

La musique aussi, pompée sans vergogne sur celle de Morricone, le talent en moins. C’est que le film ne bénéficie pas d’un gros budget, et que cela se ressent sur plusieurs points. La musique, donc, mais aussi les décors extérieurs. Si le réalisateur se tire plutôt bien de ses intérieurs, il ne fait strictement rien de cette grande carrière à ciel ouvert qui revient à plusieurs reprises, sans grande cohérence, décor assez laid où on s’attend constamment à voir débouler un engin de chantier…

Et surtout, Luigi Vanzi n’est pas Sergio Leone. Il fait bien des efforts dans ses cadrages, sans doute poussé par la volonté de s’inspirer du maître. Mais sans le style de Leone, les scènes étirées à l’envi deviennent… eh bien des scènes trop longues, et ennuyeuses. Vanzi n’est pas Leone, mais il serait injuste de l’enterrer complètement. Son film n’est pas un chef d’œuvre, certes, mais il a tout de même quelques soudaines inspirations qui sauvent l’ensemble.

Des accès de violence, surtout. A commencer par cette première fusillade, dans un noir soudain et total, d’où ne sortent que les traînées lumineuses des coups de feu. Percutant. Le noir, d’ailleurs, réussi bien à Vanzi, qui réussit une courte mais belle scène : celle où l’étranger se faufile près du coffre, dans l’obscurité où des allumettes s »embrasent l’une après l’autre, révélant la présence des méchants dans un plan aussi fugace qu’impressionnant.

On peut aussi retenir un personnage inhabituel de méchante, femme forte et dominatrice dont la fin, mariage détonnant du sexe et de la mort, est aussi brutale qu’inattendue.

Échec en Europe, le film connaîtra un petit succès en Amérique, suffisant pour lui valoir deux suites.

Elle – de Paul Verhoeven – 2016

Posté : 22 juin, 2019 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 2010-2019, VERHOEVEN Paul | Pas de commentaires »

Elle

Verhoeven a retrouvé une fraîcheur et une liberté renouvelées depuis qu’il a quitté Hollywood. Qu’importe si cet exil d’exilé n’est pas voulu, qu’importe s’il tourne ici parce qu’il n’arrive plus à financer ses films là-bas : que ce soit aux Pays-Bas avec l’épique Black Book, ou en France avec ce Elle, Paul Verhoeven renoue avec ses thèmes de prédilection, et signe des films qui portent clairement sa marque, tout en renouvelant son cinéma.

Peut-être est-ce la langue française, ou les décors si familiers, ou les acteurs tellement français… Elle semble marquer une sorte de nouveau départ pour le cinéaste : un cinéma peut-être plus ouvertement ancré dans la réalité, débarrassé des fards hollywoodiens, ou d’une technique trop léchée. Un cinéma épidermique qui va bien aux obsessions de Verhoeven.

Parce que de ce côté-là, rien n’a changé. Verhoeven reste fasciné par le mariage du sexe et de la violence, et par un rapport trouble au désir et à la mort. C’est le cœur même du film, avec cette femme bourgeoise victime d’un viol, qui a de bonnes raisons de ne pas en parler à la police, et qui finira par entretenir une étrange relation avec son violeur.

Sur le papier, on n’est pas si loin de Basic Instinct au fond. Mais Isabelle Huppert est à peu près l’inverse de Sharon Stone. Tout aussi troublante, tout aussi mystérieuse. Mais l’apparente froideur (qui cache de véritables braises) d’Huppert change tout. Verhoeven a dit qu’aucune actrice américaine n’aurait accepté de jouer ce rôle. Mais à vrai dire, aucune actrice américaine, et aucune autre actrice tout court, n’aurait apporté ce qu’Huppert apporte.

Touchante et odieuse, froide et incandescante, fragile et forte à la fois, elle malmène et séduit son entourage en semant le trouble. Et pourtant, elle exerce une véritable fascination : sur son ex-mari (Charles Berling), sur son voisin (Laurent Laffitte), sur sa meilleure amie (Anne Consigny)… et sur le spectateur surtout, constamment pris à contre-pied, bousculé, dérangé, et finalement emporté par cette femme au passé si lourd.

Verhoeven, jeune cinéaste français de 77 ans ? L’expérience lui a sans doute plu, puisqu’il a enchaîné avec Benedetta, pour lequel il offre le rôle principal à Virgine Effira, actrice emballante qui se contente d’un petit (et beau) rôle dans Elle. Vivement.

Le Retour de Mary Poppins (Mary Poppins returns) – de Rob Marshall – 2018

Posté : 20 juin, 2019 @ 8:00 dans 2010-2019, DESSINS ANIMÉS, FANTASTIQUE/SF, MARSHALL Rob | Pas de commentaires »

Le retour de Mary Poppins

Il fallait oser, quand même, signer cinquante ans après la suite d’un classique indémodable de la culture populaire. Pas un remake, ni un reboot, mais une vraie suite, qui reprend les personnages, les décors et le ton du film original, tout en tenant compte du temps passé : en racontant l’histoire des gamins Banks de Mary Poppins, devenus adultes, et des enfants de Michael.

Rob Marshall relève le défi avec un plaisir gourmand et contagieux. On le sait déjà, l’homme aime la comédie musicale américaine, genre tombé en désuétude depuis des décennies, qu’il ne cesse de revisiter. Avec cette suite éminemment casse-gueule, il renoue avec la grandeur du genre, avec cette vision de pur cinéma qui était déjà au cœur du premier Mary Poppins.

Bien sûr, il y a beaucoup de passages obligés, et Marshall n’en oublie aucun. Le balai des ramoneurs laisse la place à celui, très beau, des falotiers (ceux qui allument et éteignent les réverbères) ; on a évidemment droit à une séquence dans un décor animé ; on retrouve l’opposition entre l’univers des enfants et toutes ses possibilités, et celui des adultes dominé par l’argent… Quand, au détour d’une chanson, il trouve un improbable successeur au fameux Supercalifragilistisexpialidocius, on se dit quand même que l’hommage est un peu appliqué. Soit.

N’empêche que la magie est bien au rendez-vous. Et que si cette suite n’a pas la fraîcheur de l’original, elle en retrouve l’inventivité et cette indéfectible foi en la bienveillance, avec ses sentiments nobles et ses méchants à la Capra (Colin Firth est parfait en banquier avide qui semble tout droit sorti de La Vie est belle), et ses seconds rôles hauts en couleur (Meryl Streep impeccable en cousine gentiment timbrée de Mary Poppins).

Quant à la plus célèbre des nounous, on la retrouve tel qu’elle a toujours été, ou presque. Emily Blunt sait comment jouer le personnage : elle a sans doute vu et revu le film original pour s’inscrire dans l’exacte continuité de Julie Andrews. Mais elle le fait avec un naturel idéal, et un charme désarmant. Absolument parfaite, donc.

Finalement, la seule déception concerne l’absence de Julie Andrews. Dick Van Dyke apparaît bien, jouant le (vieux) fils du (vieux) banquier qu’il interprétait déjà dans le premier film (où il tenait donc deux rôle), le temps d’une scène réjouissante. Mais Julie Andrews a refusé de tenir le rôle qu’on lui réservait. Pas difficile d’ailleurs d’imaginer de quel rôle il s’agit : celui de la vendeuse de ballons que l’on voit dans la toute dernière partie, et que tient finalement Angela Lansbury (qui a failli interpréter Mary Poppins en 1964). Qu’importe, c’est bien l’ombre de Julie Andrews qui apparaît alors, celle d’un classique qui a droit, très tardivement, à une suite belle et digne.

Appel d’urgence (Miracle Mile) – de Steve De Jarnatt – 1988

Posté : 19 juin, 2019 @ 8:00 dans 1980-1989, DE JARNATT Steve, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Appel d'urgence

Un coup de foudre dans un zoo, un rendez-vous manqué, un téléphone qui sonne dans une cabine téléphonique, et une voix au bout du fil qui annonce que des missiles nucléaires vont tomber sur Los Angeles dans la nuit… Et voilà comment une soirée qui commençait bien tourne au cauchemar.

Jusqu’aux dernières minutes, on se demande vraiment à quoi on assiste : avec cette errance désespérée d’un homme dans la nuit, Steve De Jarnatt (éphémère cinéaste prometteur) signe-t-il un vrai film apocalyptique, ou le portrait d’un type un peu naïf qui déclenche une vague de paranoïa ravageuse ? Dans les deux cas, le film bouscule, interroge avec son esthétisme très datée eighties, et finalement séduit.

La paranoïa est teintée d’une sacrée dose d’ironie, avec ces personnages parfois à la limite de la caricature. Le « héros » en tête : Anthony Edwards, future vedette de la série Urgences, dépositaire malgré lui d’un secret trop lourd, et déclencheur toujours malgré lui d’une série de cataclysmes.

Entre deux tons, le film n’est jamais vraiment confortable. Ce qui, finalement, est plutôt une bonne chose. Mais il oscille aussi entre une approche réaliste et une urgence pas toujours très crédible. La naissance de la paranoïa, et la perte de toute convention sociale : des sujets passionnants et ambitieux, que De Jarnatt condense en 90 minutes à peine, rendant le propos caricatural.

Finalement, Miracle Mile trouve un équilibre fragile et bancal entre le film culte et le nanar, penchant in fine vers la première option. Tout juste.

The Intruder (id. / I hate your guts) – de Roger Corman – 1962

Posté : 17 juin, 2019 @ 8:00 dans 1960-1969, CORMAN Roger, POLARS/NOIRS | Pas de commentaires »

The Intruder

Début des années 1960. La loi dite de l’intégration impose un quota d’élèves noirs dans les établissements scolaires. Y compris à Caxton, petite ville rurale du Sud ségrégationniste, où l’arrivée d’un mystérieux jeune homme va révéler des haines qui ne demandaient qu’à exploser.

C’est une curiosité, restée inédite en salles chez nous jusqu’en 2018. C’est pourtant, peut-être (il m’en reste beaucoup à voir), le chef d’œuvre de Roger Corman, celui en tout cas dont il s’est toujours dit le plus fier, le seul aussi à avoir perdu de l’argent lors de sa sortie. Presque un fait d’armes en soit, pour ce Guy Roux du système hollywoodien.

Réputé pour ses tournages à l’économie, Corman reste d’ailleurs fidèle à sa règle. The Intruder est en grande partie tourné en décors réels, avec des figurants du cru (qui ne savaient pas exactement ce que serait le ton du film), parfois à l’arrache, au cœur de ce Sud du Sud où le sujet même du film reste très brûlant à l’époque du tournage.

Ce contexte, ces décors, ces gueules aussi, et cette caméra qui semble faire partie de la foule mais dont on sent qu’elle est prête à être évacuée au moindre problème… Tout cela donne au film une sorte d’urgence, une fièvre, et pour tout dire une force qu’on n’attendait pas vraiment dans un film de Corman. Mais The Intruder possède bel et bien une puissance hors du commun. Un courage indéniable aussi, si on remet la production dans son contexte.

Ce jeune homme par qui les troubles arrivent, c’est William Shatner, qui a déjà fait pas mal de choses au théâtre et à la télévision, mais qui tient ici son premier premier rôle d’envergure (quatre ans avant Star Trek). L’acteur n’est pas transcendant habituellement, mais il est parfait ici, en symbole dégueulasse de la haine et du populisme, qui manipule les habitants de cette petite ville avec un double langage et une gueule d’ange, qui révèlent ce qu’il y a de pire chez beaucoup. Mais aussi ce qu’il y a de meilleur chez certains.

Outre le courage indéniable d’aborder un tel sujet, Corman marque des points en évitant tout manichéisme trop facile, et en confrontant le spectateur à ses propres préjugés. Il y a le personnage du journaliste bien sûr, très beau, que l’on voit prendre conscience du Mal que représente la ségrégation, système qui lui a pourtant toujours semblé naturel.

Mais le plus inattendu, c’est celui du voisin de chambre, Griffin, le représentant joué par Leo Gordon. Un type mal dégrossi, lourdingue et un peu vulgaire, que l’on a vite faite de cataloguer en quelques minutes à peine. A tort, comme on finira par le découvrir : il est l’âme du film, la claque qu’on prend dans la gueule, celui qui, lorsqu’on prend plaisir à voir Shatner se noyer, nous fait prendre de la hauteur. Un grand personnage, pour un grand film.

Incassable (Unbreakable) – de M. Nyght Shyamalan – 2000

Posté : 16 juin, 2019 @ 8:00 dans 2000-2009, FANTASTIQUE/SF, SHYAMALAN M. Night | Pas de commentaires »

Incassable

Faites l’expérience : voyez et revoyez Sixième Sens, puis voyez et revoyez Incassable. Deux films de Shyamalan réputés pour leur twist final. Le premier, auréolé d’un gros succès, ne passe pas l’épreuve de la deuxième vision : tout, mais vraiment tout, repose sur ce twist. Incassable, en revanche, se révèle nettement plus riche, plus complexe, et plus abouti.

C’est même, sans doute, le meilleur film de Shyamalan. Et, mais les avis seront sans doute très partagés, le meilleur film récent de super-héros… Dit un cinéphile lambda qui ne supporte plus les films de super-héros et leur omniprésence. Une assertion hautement discutable, donc, mais qui repose sur un constat : que ce soit dans son rythme, dans l’utilisation (l’absence en l’occurrence) d’effets spéciaux, Incassable est à l’opposée du film de super-héros.

Jusqu’à ce parti-pris qui consiste à éviter constamment toute image ne serait-ce que vaguement spectaculaire. Le film commence quand même par une catastrophe ferroviaire dont on ne voit… qu’une sorte de pressentiment dans le regard pas bien vif de Bruce Willis. Bruce Willis, déjà dans son penchant faciès de marbre, regard fatigué, jamais aussi bien que lorsqu’il incarne un personnage coupé du monde.

Ici, il est servi. Le film se concentre en grande partie sur ce vide qui habite son personnage. Et logiquement, l’acteur trouve l’un de ses meilleurs rôles de la décennie qui s’ouvre (et d’une grande partie de la précédente), retrouvant l’intensité qui était la sienne au début de sa carrière. Shyamalan renoue aussi avec le duo des opposés qu’il formait déjà avec Samuel L. Jackson dans Die Hard 3 (alors l’un de ses derniers très bons films). Dans un esprit différent, certes, mais il y a sans doute un truc à creuser là-dedans. L’emphase de Jackson est en tout cas un contrepoint parfait aux airs dépressifs de Willis…

Shyamalan n’a pas toujours été un cinéaste d’une immense finesse. Ici, il réussit de très scènes intimistes, offrant une belle vision d’un couple en crise. Même si son rôle se limite à quelques scènes, Robin Wright apporte une belle intensité à cette épouse que Bruce n’a plus le cœur d’aimer. Le portrait d’un homme qui se rouvre à son entourage quand il apprend à connaître sa nature profonde. Qui se trouve être celle d’un super-héros.

Passengers (id.) – de Morten Tyldum – 2016

Posté : 13 juin, 2019 @ 8:00 dans 2010-2019, FANTASTIQUE/SF, TYLDUM Morten | Pas de commentaires »

Passengers

On ne peut pas dire que je sois très client de la SF actuelle, souvent tiraillée entre la surenchère d’effets spéciaux et la tentation kubrickienne. D’où la belle surprise de ce film adapté d’une nouvelle de Philip K. Dick, étonnamment modeste, à tous points de vue. Passengers distille avec parcimonie de rares séquences spectaculaires, et se limite au parcours intime de deux personnages. Sans tomber dans la virtuosité à la Gravity, pas plus qu’au préchi-précha philosophique à la Interstellar. Un film modeste, donc, ce qui fait du bien.

Modeste, et passionnant faut-il vite ajouter. Et intelligent, ce qui ne gâche rien. Soit un vaisseau spatial qui transporte quelques centaines d’hommes et de femmes vers une planète colonie qui doit être atteinte après plus d’un siècle de voyage. Pour y arriver, passagers et équipages sont plongés dans une sorte d’hibernation. Mais l’un des passagers est tiré de son sommeil quelques décennies trop tôt, sans possibilité d’être rendormi.

Condamné à finir sa vie tout seul, il trouve le temps long. Alors il se choisit une compagne : belle, intelligente, et drôle d’après le fichier vidéo qui accompagne chacun des passagers. La tirer de son sommeil n’est techniquement pas un problème. Moralement, c’est nettement plus compliqué. Ce dilemme et la culpabilité qui s’en suit (ce n’est pas un grand dilvulgâchage) sont au cœur de ce film d’une belle justesse de ton.

Visuellement, c’est très convainquant. Mais c’est surtout les rapports entre ces deux personnages qui séduisent. Entre Jennifer Lawrence et Chris Pratt, tous deux parfaits, on ressent tour à tour la panique, la résignation, l’attirance, la passion, la haine, l’amour… Toute une vie qui se déroule avec pour seul compagnon (ou presque) un barman-robot presque humain.

Le climax spectaculaire, annoncé par de petits signes tout au long du film, était bien dispensable, et apparaît comme la seule concession au blockbuster hollywoodien. Une facilité qu’on pardonne aisément à Morten Tyldum, dont on espère que l’échec du film ne contrariera pas la belle trajectoire qu’il suit depuis ses débuts en Norvège.

L’Emprise du crime (The Strange Love of Martha Ivers) – de Lewis Milestone – 1946

Posté : 10 juin, 2019 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, DOUGLAS Kirk, MILESTONE Lewis, STANWYCK Barbara | Pas de commentaires »

L'Emprise du crime

« Don’t look back… Don’t ever look back. » La dernière réplique résume assez bien ce très beau film noir, dans lequel la nostalgie est quelque chose de franchement cruel.

Tout commence en 1928. Martha Ivers, jeune nièce de la toute puissante maîtresse d’Iverstown (jouée par la grande Judith Anderson), ne rêve que de fuir sa prison dorée avec Sam, fils de personne. Rattrapée alors qu’elle embarquait dans un train, elle finit par tuer sa tante devant un autre ami, Walter, alors que Sam s’est enfuie. Dix-huit ans plus tard, ce dernier revient à Iverstown…

En revenant (par hasard) dans la ville de son enfance, Sam pensait simplement renouer avec des souvenirs de jeunesse. Il retrouve les amis avec lesquels il a grandi mariés, riches et puissants, mais misérablement malheureux. Elle, autoritaire et froide comme l’était sa tante. Lui, pathétique avec ses faux airs de gamins pleurnichard qui se noie dans l’alcool du matin au soir pour oublier qu’il n’est qu’une poupée entre les mains de sa femme.

Et c’est un magnifique trio d’acteurs que filme Lewis Milestone. Barbara Stanwyck, immense comme elle l’a souvent été. Van Heflin (Sam), parfait dans le rôle du brave gars, droit et intègre. Et Kirk Douglas, dans son tout premier rôle, et déjà formidable en sale type tellement pathétique qu’il en devient touchant. Plus Lizabeth Scott, également quasi-débutante, très bien en ex-taularde qui croit enfin saisir une chance d’être heureuse.

C’est avant tout un film de personnages prisonniers de leur passé. Pas Van Heflin, le seul à avoir su partir à temps. Mais ses amis d’enfance, qui vivent depuis toujours dans le décor d’un drame, prisonniers de leurs crimes et de leurs souvenirs. Lewis Milestone filme parfaitement le sentiment de gâchis de ces vies basées sur des mensonges.

Et s’il utilise les codes du film noir, s’il crée un vrai suspense et quelques moments de grande tension, son film est avant tout l’histoire d’un homme qui ne se retourne pas et qui apprend à une jeune femme paumée à en faire de même, et d’un autre couple condamné à constamment se retourner, et donc sans avenir.

Il y a là des tas de grands moments de cinéma. La rencontre entre Van Heflin et Lizabeth Scott, sur les perrons d’une maison qui l’a vu naître (lui) et qui l’a mise à la porte (elle) : c’était l’époque où les couples se formaient autour d’une cigarette, et c’était visuellement magique. Les retrouvailles entre Van Heflin et Kirk Douglas, sommet de faux-cuterie. La froideur glaçante de Barbara Stanwyck au sommet de l’escalier…

Rien à jeter en fait, dans ce film cruel et lumineux à la fois, superbe confrontation de deux couples que tout oppose, l’un des sommets de la carrière de Milestone, sans aucun doute.

Black Rain (id.) – de Ridley Scott – 1989

Posté : 8 juin, 2019 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, SCOTT Ridley | Pas de commentaires »

Black Rain

C’était quand même très bien, le cinéma de Ridley Scott, avant que le gars ne prenne le melon. Aujourd’hui, je suis tout surpris quand, par hasard, je tombe sur l’un de ses films qui me procure un vrai plaisir (Seul sur Mars). Il y a quelques décennies de ça, il enchaînait les films mémorables avec une envie de cinéma qui emportait systématiquement l’adhésion. C’est le cas avec ce polar presque banal sur le papier, mais totalement réjouissant.

Pour le coup, Scott se la joue presque humble, même, revendiquant ouvertement la parenté de son film avec Yakuza, que Sydney Pollack a réalisé quinze ans plus tôt, et dont il reprend l’un des acteurs principaux, Ken Takakura, dans un rôle comparable. Il y joue un policier japonais chargé de chaperonner deux flics américains qui ont laissé échapper le dangereux prisonnier qu’ils escortaient, joués par Michael Douglas (tout juste oscarisé pour Wall Street) et Andy Garcia (qui n’allait pas tarder à connaître l’apogée de sa carrière avec Le Parrain 3).

Pourtant, c’est à un film d’un tout autre genre que Black Rain fait furieusement penser : à Blade Runner, le chef d’œuvre de Ridley Scott, dont ce polar nerveux reprend en partie l’esthétique, et la vision de la mégalopole absolue que représente ici Tokyo. Sept ans après, c’est comme si Scott imaginait une sorte de prolongement de son classique de la SF dans l’univers du polar contemporain.

C’est esthétisant à souhait, avec ses néons omniprésents et ses volutes de fumée. Mais loin de se cantonner à un exercice de style qui aurait pu être vain, ce mélange des genres s’avère fascinant, et d’une efficacité redoutable. Ces images envoûtantes et parfois presque irréelles soulignent parfaitement le sentiment que ces deux flics sont des intrus dans cette société japonaise dont ils n’ont ni les manières, ni les codes.

Cette confrontation des cultures n’a rien de nouveau. De French Connection 2 à L’Année du Dragon, le polar est même un genre idéal pour développer ce thème. Mais il y a derrière l’esthétisation extrême du cinéaste une efficacité absolument imparable, qui éclate lors d’une séquence particulièrement tendue – et traumatisante – de mise à mort dans les couloirs déserts d’un centre commercial.

Black Rain est un pur polar, rien de plus au fond. Et cette modestie sied parfaitement à un Ridley Scott, jamais aussi bon que lorsqu’il s’attaque au film de genre, sans chercher à réaliser son grand-œuvre définitif. Le film est d’ailleurs souvent oublié lorsqu’on évoque sa filmographie. Injustement : Black Rain fait partie de ses plus grandes réussites.

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