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Archive pour la catégorie 'Genres'

Comme les cinq doigts de la main – de Alexandre Arcady – 2009

Posté : 24 octobre, 2010 @ 5:45 dans * Polars/noirs France, 2000-2009, ARCADY Alexandre | Pas de commentaires »

Comme les cinq doigts de la main - de Alexandre Arcady - 2009 dans * Polars/noirs France comme-les-cinq-doigts-de-la-main

Les bons côtés, d’abord : ces cinq frères que tout oppose ont beau être caricaturaux, il faut bien reconnaître que l’alchimie entre les acteurs est plutôt efficace. Les acteurs, même s’ils sont servis par des dialogues souvent poussifs s’en sortent avec les honneurs, Bruel surtout, curieusement émouvant en grand frère sûr de lui et de ses décisions. C’est lui le personnage le plus intéressant du film, lui qui doit faire face à ses difficultés relationnelles avec les deux personnes que, au fond, il aime le plus : son frère-le rebelle, et sa femme-la trop belle. C’est dans ces deux relations que se trouvent les plus belles séquences du film. Et il y en a, quand même, des belles scènes, malgré les défauts innombrables du film. De l’émotion, aussi, qui finit par toucher le cœur le plus endurci…

Mais on a beau dire, Alexandre Arcady ne s’est pas foulé sur ce film. Il n’a jamais été un grand cinéaste, ça non, mais il s’est déjà montré un tout petit peu plus inspiré que dans ce film mal écrit, et mal filmé. L’histoire, pourtant, aurait pu donner lieu à un vrai bon petit polar : la vie de quatre frères est bouleversée lorsque le cinquième de la fratrie réapparaît après des années d’absence, poursuivi par la police et des truands prêts à tout. Avec ce retour, un secret familial va resurgir…

Ben oui, mais quand on a dit ça, on a tout dit. Arcady n’avait visiblement que cette trame en tête, et a brodé un scénario peu convaincant autour de ça. Et pour être sûr de ne pas se tromper, il a renoué avec son acteur fétiche (Bruel, donc), et convoqué un tas de (bons) acteurs connus, à qui il a fait faire très précisément ce qu’ils ont déjà fait des tas de fois : Vincent Elbaz est un jeune révolté, Pascal Elbé un quadra angoissé, Eric Caravaca un prof de philo en banlieue, Caterina Murino une très jolie femme, Michel Aumont un vieil homme que tout le monde respecte, Philippe Nahon un gangster inquiétant, et Françoise Fabian une chef de tribu… Cherchez pas le contre-emploi, y’en a pas.

Ils sont tous très bien, d’ailleurs, mais tout donne l’impression d’avoir été vu et revu un nombre incalculable de fois. Et souvent bien mieux : côté réalisation, Arcady frôle l’amateurisme, dès les premières images d’exposition (j’ai fait un film avec des copains quand on avait 18 ans, avec une pauvre caméra pourrie ; il y avait les mêmes plans de voiture… les mêmes !), et jusqu’au dénouement. Arcady ne recule devant aucune facilité, aucun poncif : le méchant (qui a une tête de méchant, on peut pas se tromper) baisse la vitre de sa voiture et fait une grimace lorsque les gentils frères passent près de lui ; le traître est démasqué par une nuit de tempête, les éclairs zébrant le ciel… On pourrait continuer longtemps comme ça, mais franchement, c’est pas la peine.

Alors allez savoir pourquoi ce film reste sympathique, avec tout ça… Les acteurs, sûrement, et rien que les acteurs.

Nick joue et gagne (Another Thin Man) – de W.S. Van Dyke – 1939

Posté : 19 octobre, 2010 @ 6:19 dans * Films noirs (1935-1959), 1930-1939, VAN DYKE W.S. | Pas de commentaires »

Nick joue et gagne (Another Thin Man) - de W.S. Van Dyke - 1939 dans * Films noirs (1935-1959) nick-joue-et-gagne

Troisième épisode de la série The Thin Man, après le génial L’Introuvable et le très réussi Nick, gentleman détective. La recette reste la même, et le plaisir de retrouver Nick et Nora Charles, couple de riches oisifs qui passe le temps en faisant les détectives, est toujours là. Mais cette fois, Van Dyke et ses scénaristes poussent la nonchalance un peu loin : on se contrefiche totalement de cette histoire de menace qui pèse sur le vieil homme qui gère la fortune des Charles. On se fiche d’ailleurs totalement aussi de ce vieil homme joué sans beaucoup de conviction par l’incontournable C. Aubrey Smith, dont la mort ne nous fait ni chaud ni froid.

Alors que dans les premiers films, l’intrigue était tout de même prétexte à de jolis moments de suspense, et servait au moins de fil rouge, on ne s’intéresse vraiment ici qu’au couple formé par Myrna Loy (toujours craquante) et William Powell (toujours élégant). C’est de leur relation, une nouvelle fois, que vient le plaisir certain que l’on prend devant ce film. Avec une petite frustration, tout de même : les Charles sont parents d’un petit Nick Junior, ce qui pouvait laisser espérer quelques beaux moments de comédie. Mais on sent que les scénaristes n’ont pas su quoi faire de ce bébé annoncé à la fin du deuxième film, et qu’ils l’ont simplement posé dans un coin…

Le meilleur, dans ce Nick joue et gagne, c’est la manière dont Van Dyke présente ce couple qui, mine de rien, lutte difficilement contre le confort des habitudes, et cherche à retrouver la flamme qui les animait jadis. Cela donne une très belle séquence dans un cabaret, avec un Nick toujours flegmatique, mais qui dissimule mal sa jalousie devant une Nora entourée d’hommes qui la courtisent…

Un Nick étonnamment sobre : depuis les deux premiers films (code Hays oblige), le détective a nettement levé le pied sur l’alcool. Tout change, ma brave dame…

La Captive aux yeux clairs (The Big Sky) – de Howard Hawks – 1952

Posté : 12 octobre, 2010 @ 6:05 dans 1950-1959, DOUGLAS Kirk, HAWKS Howard, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Captive aux yeux clairs

Un groupe d’hommes en marche dans une contrée sauvage, des amitiés viriles qui se nouent à coups de poings, et qu’aucune femme ne parviendra à troubler… Pas de doute, on est bien chez Howard Hawks, et dans un grand cru du monsieur, même. Quatre ans après ses premiers pas dans le western, avec un Rivière rouge mémorable, Hawks reprend une trame similaire, pour sa deuxième incursion dans le genre. Au convoi de bétail du précédent film, succède ici un voyage en bateau, en remontant le fleuve jusqu’à des contrées encore inexplorées par l’homme blanc.

La Captive aux yeux clairs est LE film que Hawks consacre aux Indiens. Souvent plus intéressé par les rapports entre les membres d’une même communauté (ce qui est d’ailleurs en grande partie le cas, ici encore), le cinéaste signe une peinture étonnamment contrastée (pour l’époque) de la nation indienne. Non pas d’une seule tribu, d’ailleurs, mais de deux : celle de la « captive » du titre, les Pieds Noirs, peuple pacifique prêt à récompenser les bons blancs qui ont pris grand soin de leur fille, mais prêts aussi à se plier aux règles du commerce… Et puis celle des « méchants » Crows, peuple fier dont on ne tarde pas à comprendre qu’ils sont en fait manipulés par d’autres marchands, bien décidés à rester maître de leur territoire.

Le film présente une tendresse inattendue pour un film de Hawks. Les scènes d’action sont nombreuses, et parfois très impressionnantes (la bataille le long du fleuve, notamment), mais le ton du film reste la plupart du temps assez léger, voire badin. La rencontre des deux héros, pour commencer, semble sortie d’un film d’Errol Flynn ! Bondissants et bouillonnants de vie, les deux comparses écument les petites villes et leurs bars, enchaînant les verres et les bagarres, toujours prêts à en découdre et à séduire les belles locales…

Et puis le film s’installe réellement lorsque tout ce petit peuple embarque en toute discrétion sur le bateau qu’ils ne quitteront plus, dans une magnifique scène nocturne, baignée de brume. La Captive aux yeux clairs est bien un western, mais un western qui ne ressemble à aucun autre, où les pistes poussiéreuses et rythmées par le bruit des sabots, a cédé la place au rythme tranquille (la plupart du temps en tout cas) du fleuve, où les éclaireurs ont plutôt la belle vie : lorsqu’ils ne paraissent pas sur le pont du bateau, ils chassent dans les terres, alors que les hommes d’équipage suent sang et eau pour faire avancer le bateau. Faignants, va…

Et bien sûr, comme ce n’est jamais le petit laborieux qui a le beau rôle, qui donc va se disputer les faveurs de la belle Indienne, que transportent le bateau ? Les deux amis éclaireurs, interprétés par le jeune chien fou Dewey Martin et le plus sage Kirk Douglas. Malin, Hawks nous fait croire un moment qu’on est dans un triangle amoureux comme tant d’autres. Mais que nenni. La rivalité entre les deux hommes prendra une tournure très, très inattendue, et loin du romantisme auquel on a généralement droit. Leur relation, au début très simple, se charge peu à peu d’un curieux sentiment de nostalgie, comme si l’un et l’autre regrettait que les tournants de leur cœur viennent compliquer une amitié si limpide…

Cette nostalgie baigne tout le film, dont le rythme est la plupart du temps assez lent, Hawks ne manquant aucune occasion de filmer la grandeur de ses décors naturels. C’est beau la nature, c’est beau le cinéma, et qu’est-ce que c’est beau, ce film…

Collateral (id.) – de Michael Mann – 2004

Posté : 7 octobre, 2010 @ 7:39 dans * Thrillers US (1980-…), 2000-2009, CRUISE Tom, MANN Michael | Pas de commentaires »

Collateral (id.) - de Michael Mann - 2004 dans * Thrillers US (1980-…) collateral-300x199

Que ce soit bien clair : je trouve dans l’immense majorité des cas les films tournés en HD numérique d’une laideur absolue. Dans l’immense majorité des cas, mais il y a une exception notable : le cinéma de Michael Mann. Non seulement le cinéaste est, à mon sens, le seul à avoir réellement su maîtriser ce nouvel outil cinématographique, mais son cinéma, déjà franchement passionnant, s’en est trouvé considérablement enrichi. Ses deux derniers films en date, Miami Vice et Public Enemies, sont deux chef d’œuvre qui ne ressemblent à rien d’autre qu’à un film de Michael Mann : l’étonnante lumière de la nuit, la netteté presque troublante des arrière-plans… autant de signes qui définissent le style Mann, qui révolutionne bien d’avantage que la 3D le langage cinématographique.

Dans cette révolution, j’avais dans la tête que Collateral, que j’avais pourtant déjà vu deux fois, était une sorte de brouillon (excellent et hyper efficace, mais brouillon quand même) que Mann peaufinera avec Miami Vice, son film suivant. Eh bien il m’a fallu une troisième vision pour réaliser que ce n’était vraiment pas le cas : Collateral est un chef d’œuvre absolu, peut-être bien le meilleur film de Mann à ce jour (mais je changerai peut-être d’idée en revoyant Miami Vice, Public Enemies, voire Heat ou Le Sixième Sens). Tout, dans ce film, est à tomber par terre : les images sublimes (qui a filmé la nuit aussi bien que Mann ?), le rythme étonnamment lent (malgré quelques scènes d’action renversantes), et même les personnages, génialement joués par Jamie Foxx et Tom Cruise en vrai méchant.

L’histoire est typiquement « mannienne », elle aussi : c’est l’éternelle confrontation du bien et du mal. Ici, un brave chauffeur de taxi tellement gentil qu’il s’arrange pour faire gagner de l’argent à ses clients, qui embarque un homme d’affaires, qui est en fait un tueur à gages. C’est Vincent, Tom Cruise habillé et coiffé comme DeNiro dans Heat, qui prend le taxi en otage tout au long de la nuit, pour une virée à travers les rues quasiment désertes de Los Angeles, marquée par cinq étapes : les cinq gars que Vincent doit refroidir.

Contrairement à Heat, où la confrontation entre DeNiro et Pacino se faisait à distance (exceptée une scène trop courte et frustrante), le bien et le mal sont ici coincés ensemble tout au long du film, la plupart du temps dans l’espace exigu du taxi. L’échange qui se crée entre les deux hommes est fascinant, dialogue parfois irréel souligné par de longs plans visuellement sublimes du taxi roulant dans la nuit, dans un silence envoûtant. Mann filme L.A. comme personne avant lui. Peut-être parce que c’est là son vrai sujet : cette ville-monstre inhumaine où, comme le raconte le personnage de Tom Cruise, un homme peut mourir dans le métro sans que personne ne s’en rende compte pendant des heures…

Cette ville, Mann en montre toute la complexité, des highways à ciel ouvert aux ruelles écrasantes, des clubs de jazz chaleureux aux boîtes à la mode saturées de lumière, des motels miteux des bas quartiers aux luxueux bureaux des quartiers d’affaire. Il illustre magnifiquement la solitude de ces êtres, entourés par des tonnes de béton et des millions d’autres êtres qui vivent leur vie sans que jamais elles n’interfèrent les unes avec les autres. Cette ville-monstre est le principal adversaire de Vincent-Tom Cruise, pur méchant indifférent à la douleur des autres, mais qui révèle une humanité inattendue dans cet univers qui l’oppresse.

Le rythme est donc lent, lancinant. Mais le film est émaillé, comme toujours chez Mann, de scènes d’action époustouflantes, à commencer par la fameuse fusillade dans la boîte, dont on a beaucoup parlé, et qui mérite tout le bien qu’on en a dit. Impossible, a priori, de rendre constamment clair ce qui se passe précisément dans cette fourmilière humaine. Mais grâce à un montage serré et à des cadrages brillants, l’action qui se déroule est toujours limpide. Et formidablement grisante, d’autant plus que ce débordement soudain de violence surgit entre deux séquences presque contemplatives.

Collateral, c’est un pur bonheur de cinéma. Michael Mann n’a pas inventé le thriller, mais il en a créé une nouvelle forme, la plus passionnante de toutes…

By Indian Post (id.) – de John Ford (Jack Ford) – 1919

Posté : 7 octobre, 2010 @ 1:25 dans 1895-1919, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS, FORD John, WESTERNS | Pas de commentaires »

By Indian Post (id.) - de John Ford (Jack Ford) - 1919 dans 1895-1919 by-indian-post

Ce moyen métrage est l’un des rares de Ford à ne pas avoir disparu corps et bien. De l’époque muette du cinéaste, il ne reste qu’une partie infime de sa riche filmographie. By Indian Post est l’un des plus anciens, avec les longs métrages Straight Shooting et Bucking Broadway, qui avaient longtemps été considérés comme perdus.

Ce deux bobines est une œuvre de jeunesse, certes, mais il contient déjà beaucoup des qualités que l’on retrouvera dans les grands classiques du maître. A commencer par ce mélange d’action et d’humour, que Ford maîtrise déjà parfaitement bien. Les premières images, pourtant, laissent craindre le pire : statique, la mise en scène manque alors cruellement de dynamisme, lorsque Ford nous présente son « couple maudit ». On a du mal, alors, à être convaincu par l’acteur principal (le falot Pete Morrison), qui déclare son amour en faisant faire un salut à son cheval… Ça devait être romantique, à l’époque…

Heureusement, les choses s’arrangent nettement par la suite, en particulier avec une excellente course poursuite, après qu’un Indien a volé les vêtements des cow-boys, et surtout la lettre que notre Pete avait écrit à sa belle. Il n’y a d’ailleurs pas vraiment de suspense : on voit vite que l’Indien (un peu caricatural, il faut bien reconnaître) a porté la lettre à la dame en question… d’où le titre du film. Mais la manière dont Ford filme cette cavalcade est assez remarquable : avec un sens du rythme qu’on avait déjà remarqué dès Straight Shooting, deux ans plus tôt, mais qui semble s’être encore affirmé.

Ce sens du rythme et du cadrage, on le retrouve dans les dernières scènes, lorsque Pete tente de s’échapper de la chambre où l’a enfermé son futur beau-père (qui refuse l’union, évidemment), pour aller épouser sa belle. Il reçoit alors l’aide d’un jeune cow-boy défroqué (l’Indien lui a volé son pantalon), interprété par l’excellent et tout jeune Hoot Gibson, grande vedette de l’époque et fidèle complice de Ford.

Cette séquence rocambolesque est une leçon de maître que nous donne le jeune Ford, jouant avec l’espace, les portes, les fenêtres, dans un grand moment de suspense et d’humour.

Nick, gentleman détective (After the Thin Man) – de W.S. Van Dyke – 1936

Posté : 6 octobre, 2010 @ 6:24 dans * Films noirs (1935-1959), 1930-1939, BOND Ward, STEWART James, VAN DYKE W.S. | Pas de commentaires »

Nick, gentleman détective (After the Thin Man) - de W.S. Van Dyke - 1936 dans * Films noirs (1935-1959) nick-gentleman-detective

Après le plaisir immense pris avec L’Introuvable, le premier épisode de la série The Thin Man, je me suis précipité sur la première des cinq suites, avec un bonheur tout aussi grand, même si l’effet de surprise n’est plus là. Toujours réalisé par W.S. Van Dyke, ce Nick, Gentleman détective fonctionne parfaitement, malgré un scénario un peu plus paresseux que pour le premier film. Ici, on a un peu de mal à croire vraiment en l’intrigue, et le vrai coupable saute aux yeux, tellement le scénario et la mise en scène font tout pour qu’il soit insoupçonnable. C’était d’ailleurs déjà le cas du film précédent. Et ici aussi, c’est au cours d’une réception à laquelle participent tous les protagonistes de l’intrigue que Nick démasquera le coupable, dans un final que n’aurait pas renié Agatha Christie.

Qu’importe si les recettes sont éculées : l’intérêt de cette série repose ailleurs, essentiellement sur l’alchimie étonnante entre Myrna Loy et William Powell. Et même sans l’effet de surprise, ces deux-là sont toujours aussi réjouissants. Toujours aussi imbibés, aussi : malgré le code Hayes mis en place dans l’intervalle, ce couple de riches oisifs qui s’amusent en enquêtant (ici, sur la disparition inquiétante du mari de la cousine de Myrna Loy), picole à la moindre occasion. C’est ici un peu moins appuyé, et un peu moins drôle, que dans L’Introuvable, mais une telle résistance à l’alcool force le respect (un exemple à ne pas suivre, cela va sans dire…).

Il y a dans Nick, gentleman détective un mélange des genres savoureux, poussé à son extrême : Van Dyke enchaîne des scènes très sérieuses et inquiétantes (la découverte du corps dans le sous-sol, après une longue séquence hyper angoissantes), et de purs moments de comédie, comme cette incroyable séquence où Nick et Nora tentent de récupérer un papier important dont leur incontournable chien Asta s’est emparé. On est en plein suspense, et le film se permet cette longue digression comique qui n’en finit pas. Et ça marche !

Il y a un intérêt tout autre, aussi, à ce film : c’est la présence dans un second rôle très important du jeune James Stewart, qui n’était pas encore une star, mais qui était déjà un acteur génial. Dans un rôle taillé sur mesure pour lui, il illumine chaque scène dans lesquelles il apparaît. Il ne leur vole pas la vedette, mais il tient parfaitement sa place face à Myrna Loy et William Powell, que l’on retrouvera très vite pour le troisième film. La fin de Nick, gentleman détective apparaît d’ailleurs comme un teaser très alléchant, puisque le couple attend un heureux événement. Avec des parents alcooliques, ça promet…

Ça commence à Vera Cruz (The Big Steal) – de Don Siegel – 1949

Posté : 27 septembre, 2010 @ 7:54 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, MITCHUM Robert, SIEGEL Don | Pas de commentaires »

Ça commence à Vera Cruz (The Big Steal) - de Don Siegel - 1949 dans * Films noirs (1935-1959) ca-commence-a-vera-cruz

A priori, il avait tout pour me plaire, ce film : un jeune Don Siegel derrière la caméra (c’est son troisième film), une histoire plutôt intrigante, Bob Mitchum dans le rôle principal, avec à ses côtés Jane Greer et face à lui ce bon gros William Bendix. Même le titre français sonnait bien à mes oreilles, et m’attirait depuis bien longtemps… Mais là, c’est une grosse déception. Pas une seconde je n’ai cru à cette histoire d’un officier accusé de vol, poursuivi par son supérieur ; le suspense ne fonctionne pas vraiment non plus ; et les rebondissements sont énormes et assez incroyables…

Bref, on ne s’ennuie pas vraiment : Mitchum est là, et sa désinvolture légendaire assure l’essentiel. Et puis Siegel, même jeunôt, connaît parfaitement son métier. Il parsème son film de poursuites et bagarres plutôt efficaces (celle du début notamment, entre Bob et Bendix, est assez réjouissante). De toute façon, pas le temps de s’ennuyer : le film est trop court pour cela. Mais on en sort avec un sentiment appuyé de frustration. On attendait autre chose de cette rencontre, unique, entre l’un des plus grands acteurs de films noirs, et un cinéaste qui allait devenir une référence du polar sec et violent des années 60 et 70.

Bon, allez, disons que je n’étais pas bien luné ce soir-là, et que le film n’est pas si mal… Sûr que je m’y recollerais dans quelque temps…

L’Introuvable (The Thin Man) – de W.S. Van Dyke – 1934

Posté : 26 septembre, 2010 @ 6:00 dans * Films de gangsters, 1930-1939, VAN DYKE W.S. | Pas de commentaires »

L'Introuvable (The Thin Man) - de W.S. Van Dyke - 1934 dans * Films de gangsters lintrouvable

Eh bien, ça picolait sec, dans l’Amérique de l’époque. Quelques mois après la fin de la Prohibition, et quelques semaines seulement avant la mise en place du très pudibond code Hays, Van Dyke profite de cette minuscule parenthèse que vit l’Amérique bien-pensante, et donne l’impression de faire le plein d’alcool pour les trente prochaines années, dans cette adaptation réjouissante d’un roman de Dashiel Hammett. Des poivrots, on en a vu des tonnes depuis l’invention du cinéma. Mais peu d’entre eux avaient la descente et l’insatiabilité de Nick Charles, alias William Powell. C’est bien simple, il passe les 90 minutes du film à boire. Et il faut bien reconnaître : il tient plutôt bien le choc, même si la démarche n’est pas toujours très assurée. Ce leitmotiv (sa femme le réveille en pleine nuit ? Sa première question : « tu veux un verre ? » Quelqu’un sonne à la porte ? « Bonjour, vous voulez un verre ? »…) finit par devenir hilarant, et donne ce ton si particulier au film.

Unique, ce classique indémodable repose pourtant sur une base on ne peut plus classique : la trame est digne des romans d’Agatha Christie, et de toute cette vague de polars où l’atmosphère avait bien moins d’importance que la résolution de l’énigme. On n’échappe ni au long prologue qui met l’histoire en place, ni à la séquence finale où le détective réunit autour d’une table tous les protagonistes de l’histoire pour démasquer le coupable qui est le dernier qu’on devrait soupçonner mais que, bien sûr, on a repéré depuis une heure tellement le réalisateur s’est évertué à le faire passer pour innocent et sympathique (ben oui, en 2010, on connaît les ficelles par cœur, ce qui n’était pas forcément le cas en 34).

Oui, on a droit à tous les clichés. Et pourtant, on marche à 100%. Dans ce genre de polars, le prologue est souvent trop long, trop démonstratif, trop chiant, et on n’a qu’une envie : que le détective apparaisse enfin. Mais là, non. Dès les premières images, on est plongé dans l’action, et on a un sourire grand comme ça aux lèvres. La présence, dans les premières scènes, de William Henry, n’y est pas pour rien. Ce second rôle génial à la filmographie longue comme mon bras (avec interlignage simple), au visage taillé en lame de couteau, et à la voix fascinante de baryton, apporte beaucoup à un personnage pas facile à faire exister, puisqu’il disparaît au bout de quinze minutes à peine…

Et puis il y a le couple Myrna Loy – William Powell, bien sûr, pour qui la comédie policière semble avoir été inventé. Leurs échanges avinés sont à mourir de rire. Leur première scène commune, surtout, (lorsque Powell, qui en est à son huitième cocktail, voit sa femme débarquer dans le bar où il sévit, tirée par leur inséparable chien) est un pur chef d’œuvre de comédie. Leur couple fonctionne si bien que les producteurs, qui étaient loin de n’avoir que des idées pourries (surtout à cette époque), le reformeront à onze reprises jusqu’en 1947. Et notamment dans cinq suite de ce Thin Man également réjouissantes.

• Pour les suites, voir Nick, gentleman détective, Nick joue et gagne, L’Ombre de l’Introuvable, L’Introuvable rentre chez lui et Meurtre en musique.

L’Enigme du Chicago Express (The Narrow Margin) – de Richard Fleischer – 1952

Posté : 22 septembre, 2010 @ 5:35 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, FLEISCHER Richard | Pas de commentaires »

L'Enigme du Chicago Express

Allez savoir pourquoi, j’ai toujours beaucoup aimé les films se déroulant dans un train. Peut-être parce que j’aime les trains, tout simplement ; peut-être parce que filmer dans un espace aussi exigu demande aux réalisateurs des trésors d’inventivité… En tout cas, de Shanghai Express à Une Femme disparaît, ce sous-genre a donné quelques chef d’œuvre immortels. Richard Fleischer s’en tire lui aussi formidablement bien avec The Narrow Margin (le titre français est franchement pas terrible), petit bijou du film policier de l’époque, sec et nerveux comme on les aime.

Fleischer, qui s’était fait une spécialité de ces films noirs de séries B depuis ses débuts vers la fin des années 40, signe l’une de ses plus grandes réussites : il n’allait pas tarder à changer de registre, et à devenir un spécialiste des films à gros budgets (avec 20 000 lieues sous les mers, en 1954). Ici, il est au sommet de son inspiration, et mène son récit à un rythme étonnant, de la première à la dernière image. On lui a souvent reproché (à tort, à mon avis, même si quelques personnages sont traités par-dessus la jambe), mais Fleischer ne s’embarrasse pas de psychologie, pas plus qu’il ne perd de temps à présenter ses personnages, leurs motivations, leur passé… Pourquoi ils font ce qu’ils font ? Fleischer s’en fout : ils le font, c’est tout.

Le personnage principal du film, un flic bien décidé à escorter l’ex-femme d’un gangster jusqu’au tribunal où elle doit témoigner, représente bien cette vision du cinéma : le détective Brown (on sent bien qu’il n’a même pas voulu perdre son temps à essayer de trouver un nom original…) est prêt à affronter les pires dangers, et même à mourir s’il le faut pour remplir sa mission. Pas pour l’argent, ni pour la gloire, pas plus que pour la bonne cause. Non, juste parce que c’est son métier. Dans ce rôle, Charles McGraw est excellent : son physique rude et sa formidable voix grave font merveille pour ce personnage qui évoque, avant l’heure et sans second degré, le Clint Eastwood de L’Epreuve de Force : le gars n’est visiblement pas une lumière, mais il est d’une honnêteté et d’une détermination à toute épreuve.

Le film fourmille de bonnes idées et d’éclairs de génie, et ce dès les premières scènes : la mort du coéquipier de Brown, au début du film, est époustouflante. Dans l’espace déjà étroit d’un escalier, et dans une pénombre à peine trouée par quelques rais de lumière, Fleischer signe un petit chef d’œuvre de mise en scène et de découpage. Il rend tout de suite palpable l’étroitesse des lieues, dans cet escalier comme plus tard dans les couloirs ou les compartiments du tueur. Décidément, c’est dans la rigueur des petits budgets de ses années « film noir » que le talent de Fleischer a été le plus spectaculaire. Et dans ce film plus que dans tout autre.

Ici, le réalisateur privilégie toujours l’efficacité et le rythme (et quel rythme ! celui d’un train lancé à toute allure) à la crédibilité. Le scénario réserve quelques surprises auxquelles on a un peu de mal à croire, mais franchement, qu’importe : on prend un plaisir fou à suivre les va-et-vient incessants de ce petit flic livré à lui-même, qui tente désespérément de survivre et d’accomplir sa mission, comme un chien se débattrait pour garder la tête hors de l’eau au milieu d’une rivière. C’est court, c’est sec, c’est nerveux… et c’est tellement bon !

French Connection (The French Connection) – de William Friedkin – 1971

Posté : 22 septembre, 2010 @ 2:47 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, FRIEDKIN William | Pas de commentaires »

French Connection (The French Connection) - de William Friedkin - 1971 dans * Polars US (1960-1979) french-connection

De French Connection, on retient généralement la course-poursuite hallucinante, qui mérite largement tout le bien qu’on a pu en dire depuis quarante ans : cette séquence surpasse nettement celle, pourtant culte, de Bullit. Ici, on a Gene Hackman, plus déterminé tu meurs, qui poursuit en voiture un métro aérien, dans les rues de New York. Cette séquence, tournée dans des conditions de sécurité très minimales (William Friedkin voulait profiter des aléas de la circulation pour renforcer l’aspect réaliste de son film), aurait pu finir en drame. Mais aujourd’hui, on oublie l’irresponsabilité de Friedkin pour saluer l’incroyable tension qu’il a su donner à cette scène probablement insurpassable. On vit cette séquence comme si on était sur le siège passager de Gene : avec l’envie d’appuyer sur la pédale de frein, et le réflexe de s’accrocher à la portière ; lorsque cette mère de famille déboule avec son landau sur la chaussée, on est à ça de hurler… Bref, rarement une scène de voiture a réussi à communiquer aussi bien la sensation de vitesse et de danger…

Cette séquence est aussi marquée par le sadisme et la cruauté d’un Marcel Bozzufi acculé, et par sa conclusion : fatigué par cette longue course-poursuite, « Popeye » — Gene Hackman ne fait même pas mine de le poursuivre à pied… D’une balle dans le dos, il signe l’image la plus mémorable du film (que j’ai d’ailleurs choisie pour illustrer ce papier… ce blog est décidément bien fait !).

Cette course-poursuite est mémorable, tout comme la traque finale, dans le hangar désaffecté, et ce coup de feu hors-champs qui résonne longtemps après le générique de fin, symbole du fossé franchi entre la détermination du héros et une sorte de folie… Ces moments de bravoures sont cependant des parenthèses dans un film fascinant, mais bien peu spectaculaire : l’essentiel de French Connection consiste en des séquences de planque, de filature, de fouille… Bref, le quotidien tristoune des flics américains, un peu glauque et franchement chiant, à des années lumière des héros bondissants du cinéma hollywoodien. Les journées de ces flics sont longues, très longues… Leurs nuits n’ont bien souvent pas d’autre cadre que les sièges crasseux de leurs vieilles bagnoles pas confortables… Même leurs histoires de cul sont un peu tristes. Pas drôle, d’être un policier dans le New York des années 70.

Friedkin n’enjolive pas, ne triche pas. Il s’inspire d’une histoire vraie, et n’essaye pas d’en tirer un film fun surchargé en scènes d’action : la filière de la drogue a été démantelée grâce à un gros coup de chance, et des tonnes de patience, et c’est exactement ainsi qu’il le montre dans son film. Avec French Connection plus que dans aucun autre de ses films, Friedkin a voulu « faire vrai », être au plus près de la véritable histoire : il a même embauché comme consultants les « vrais héros », Eddie Egan et Sonny Grosso, qui jouent même de vrais rôles dans le film. Friedkin s’autorise quelques libertés, mais toujours dans le but de faire ressentir le poids du quotidien, chez ces flics qui ne vivent que pour leur boulot. C’est aussi en s’inspirant d’eux que le réalisateur a mis dans la bouche de Hackman cette phrase devenue culte : « You ever been to Poughkeepsie? Huh? » Une question incompréhensible dont le but était de déstabiliser les voyous. C’est du réel, donc, mais ça fait aussi curieusement penser à un film pourtant aux antipodes : Le Port de l’Angoisse, dans lequel Walter Brennan demandait à quiconque il croisait : « Vous avez déjà été piqué par une abeille morte ? »

Gene Hackman, qui explose littéralement dans ce rôle, est extraordinaire, impressionnant bloc d’obstination. A ses côtés, Roy Scheider est beaucoup plus en retrait, mais tout aussi bon. Quatre ans plus tard, John Frankenheimer signera une suite (sans Roy Scheider) pas tout à fait aussi réussie, mais franchement pas mal…

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