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Archive pour la catégorie 'Genres'

Voyage au pays de la peur (Journey into Fear) – de Norman Foster (et Orson Welles) – 1943

Posté : 20 janvier, 2012 @ 10:25 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, FOSTER Norman, WELLES Orson | Pas de commentaires »

Voyage au pays de la peur

Orson Welles lui-même minimisait volontairement son implication dans cette adaptation d’un roman d’Eric Ambler, en laissant la paternité à Norman Foster, réalisateur jusque là surtout connu pour avoir dirigé les séries des Moto et des Charlie Chan. Difficile, pourtant, de ne pas y voir sa patte. Au générique de ce faux film noir, on retrouve d’ailleurs toute « sa » troupe du Mercury Theater, Joseph Cotten en tête. L’acteur, qui était à l’affiche de Citizen Kane un an plus tôt, est à la fois le scénariste crédité, et l’acteur principal du film.

Cotten est de toutes les scènes. Normal : comme dans Le troisième homme, autre géniale adaptation (de Greene, cette fois) sans doute officieusement réalisée par Welles, son personnage est plongé au cœur d’une histoire cauchemardesque dont le spectateur adopte le point de vue. Ici, on va très loin dans le cauchemar et dans la parano. Cotten interprète un vendeur d’armes en voyage d’affaire à Istambul, qui devient un enjeu militaire de première importance : des agents au service de « l’Ennemi » sont chargés de l’abattre pour retarder de quelques semaines une importante vente d’armes, retard qui pourrait changer le cours de la guerre.

L’intrigue a quelque chose d’irréelle : vécue entièrement du seul point de vue de Cotten, obligé de prendre la fuite à bord d’un bateau où le tueur s’est lui aussi embarqué, elle a la naïveté d’un homme qui n’a rien d’un stratège de guerre, pas plus que la carrure d’un héros. Un monsieur tout le monde un brin cynique (il ne travaille pas pour un gouvernement, mais pour un marchant d’armes, et fait de toute évidence fortune en ces temps tragiques – « la guerre est le refuge des capitalistes », clame un personnage très secondaire du film), confronté à un complot qui le dépasse, et enfermé dans une « prison » en pleine mer, avec des compagnons dont il ne sait rien.

De toute cette galerie de personnages qu’il est obligé de cotoyer, la chanteuse de cabaret est la seule avec laquelle il peut lier une relation sincère (malgré leur attirance réciproque : Cotten est un personnage marié et heureux en ménage). Elle est interprétée par Dolores Del Rio, sublime héroïne popularisée à la fin du muet par les films d’Edwin Carewe (Evangeline…), oasis de douceur et de compréhension dans un monde où le moindre rapport humain est douteux.

Outre les sublimes images (jeux d’ombres impressionnants ; séquence inoubliable de poursuite sur une façade d’immeuble, et sous une pluie battante), le film est marqué par des personnages d’une puissance rare. Cotten, en monsieur tout le monde un peu terne, un peu ennuyeux, est excellent. Mais son personnage fait pâle figure à côté de ceux qui tiennent leur  rôle, quel qu’il soit dans la grande Histoire en marche : Orson Welles lui-même, en improbable vétéran de l’armée turque, figure qui semble tout droit sortie d’un musée de cire ; ou encore cet incroyable tueur mélomane obèse et inquiétant, dont l’arrivée est illustrée musicalement par un disque rayé, et dont la première apparition évoque curieusement l’ouverture du Samouraï, que Melville réalisera un quart de siècle plus tard.

Chef d’œuvre oublié, Voyage au pays de la peur est d’une sobriété et d’une concision extrêmes. Pas un plan qui ne soit marquant dans cette pépite rare, et indispensable.

Dans la brume électrique (In the Electric Mist) – de Bertrand Tavernier – 2008

Posté : 20 janvier, 2012 @ 10:19 dans * Thrillers US (1980-…), 2000-2009, TAVERNIER Bertrand | Pas de commentaires »

Dans la brume électrique (In the Electric Mist) – de Bertrand Tavernier – 2008 dans * Thrillers US (1980-…) dans-la-brume-electrique

Entre Bertrand Tavernier et l’Amérique, ça a toujours été une grande histoire d’amour. En tant que cinéphile, sa connaissance du cinéma américain est l’une des plus pointues qui soit (voir son blog passionnant, ou ses fascinantes rencontres avec quelques cinéastes réunies dans Amis Américains, un pavé de quelques milliers de pages à posséder absolument). Derrière la caméra, le cinéaste avait déjà rendu un bel hommage au jazz avec Autour de Minuit, et réussit une très belle adaptation d’un classique du roman noir américain avec Coup de torchon (où il transposait l’action du 1275 âmes de Jim Thompson dans l’Afrique coloniale, tout en en gardant intact l’esprit). Avec Dans la brume électrique, Tavernier va au bout de son rêve américain en adaptant de nouveau un classique du roman noir : un polar génial de James Lee Burke (Dans la brume électrique avec les soldats confédérés) mettant en scène son personnage fétiche.

Avec Tommy Lee Jones, Tavernier trouve le Dave Robichaux idéal. Ce flic humaniste, trimballant sa profonde tristesse et un regard abîmé par toutes les saloperies dont il a été témoin. Difficile d’imaginer un autre que lui incarner le héros de Burke. Jones est un grand acteur, on le sait depuis longtemps, mais ce rôle-là est l’aboutissement de tous les autres. Sa gueule cabossée fait merveille dans ce polar qui respecte toutes les règles du genre (une enquête bien menée, des fusillades, un suspense bien entretenu, de soudains accès de violence…) tout en s’en moquant allégrement.

Tavernier signe un film profondément américain, un magnifique cri d’amour à La Nouvelle Orléans de l’après-Katherina, ville envoûtante et inquiétante, havre d’une paix fragile construite sur les fantômes des horreurs passés. Robichaux est l’incarnation de cette complexité : un « faiseur de paix » hanté par le souvenir d’un lynchage de noir auquel il a assisté lorsqu’il était gamin, et dont la victime réapparaît presque par miracle quarante ans plus tard ; un homme conscient du mal et de la douleur qui servent de racine à cette ville, à ce pays.
Ce n’est pas un hasard si le film donne la part belle aux soldats confédérés qui ont disparu du titre pour l’adaptation ciné, mais qui sont bien présents à l’écran. Les « rencontres » de Dave Robichaux et de ces fantômes qui hantent les marais où ils sont morts deux siècles plus tôt, donnent à ce faux polar une profondeur mystique, et un curieux sentiment de paix profonde. A chaque spectateur d’en faire ce qu’il veut, bien sûr…

Ces fantômes représentent-ils le profond lien de Robichaux avec cette terre et son histoire ? Symbolisent-ils la folie qui le guette après des années à ramasser des cadavres ? Lui-même se pose visiblement la question. Tiraillé entre le désespoir et l’apaisement, il est bouleversant. C’est aussi ce tiraillement constant qui fait du film une œuvre aussi unique, et aussi envoûtante.

Les seconds rôles sont également absolument tous formidables (John Goodman et la trop rare Mary Steenburgen en tête). Avec ce premier vrai film américain, le plus américanophile de nos réalisateurs français signe un vrai chef d’œuvre, sans doute son plus beau film. Curieusement, il enchaînera avec un film radicalement différent et profondément français : La Princesse de Montpensier.

Psychose (Psycho) – d’Alfred Hitchcock – 1960

Posté : 19 janvier, 2012 @ 7:29 dans * Polars US (1960-1979), 1960-1969, HITCHCOCK Alfred, MILES Vera | Pas de commentaires »

Psychose (Psycho) – d’Alfred Hitchcock – 1960 dans * Polars US (1960-1979)

Tout a été dit, souvent et bien, sur ce chef d’œuvre indépassable, l’un des films les plus commentés, les plus admirés, les plus copiés de l’histoire du cinéma : combien de classiques ont eu droit, comme Psycho, à quatre suites pas si mal (voir Psychose 2), un remake plan par plan, et des dizaines d’hommages ou parodies plus ou moins inspirées ? Alors forcément, tout cinéphile connaît par cœur le moindre plan du film, et peut s’imaginer sans difficulté l’enchaînement parfait de séquences toutes mythiques.

Dès les premières images : la caméra survolant Phoenix et pénétrant par la fenêtre dans une chambre d’hôtel où Janet Leigh, sculpturale, et John Gavin, sans grande envergure mais convaincant, viennent visiblement de consommer un amour clandestin. En les filmant presque nus, Hitchcock fait un pied de nez grandiose à la censure, avec laquelle il s’est battu tout au long de sa carrière, emportant bien souvent des victoires inattendues. Avec Psycho¸ il va plus loin que jamais, transgressant ostensiblement la plupart des tabous.

Hitchcock ne se moque d’ailleurs pas que de la censure : il transgresse également tous les codes narratifs, tous les codes et genres du cinéma. Film d’horreur, thriller ? Bien sûr, mais il faut attendre la fameuse scène de la douche, la musique stridente de Bernard Herrmann et ct inoubliable plan arrêté sur l’œil de Janet Leigh, pour que le vrai sujet du film se dévoile. Nous sommes alors à la moitié du film… Jusque là, on assiste à l’histoire, racontée à la première personne, d’une jeune femme qui se laisse tenter à dérober l’argent qui lui a été confié par son patron, et qui prend la fuite à travers le pays. Un road movie simple et passionnant, centré sur un personnage très attachant interprété par la star du film.

Sauf qu’avec cette fameuse séquence de douche, bien sûr, Hitchcock prend tout le monde à contre-pied et change radicalement le point de vue et le ton de son film. Il en change la star, aussi : aujourd’hui, pour tout le monde, Psychose c’est avant tout Anthony Perkins, jeune acteur qui trouve évidemment le rôle de sa vie. Un rôle miraculeux qui a paradoxalement détruit la carrière brillante qui s’ouvrait à lui. Hanté à jamais par le personnage de Norman Bates, il y reviendra même trente ans plus tard pour une série de suites évidemment très loin du film d’Hitchcock, mais pas sans qualités.

Personnage profondément attachant et d’autant plus déstabilisant, il est sans doute l’un des psychopathes les plus célèbres de l’histoire du cinéma. Ses rapports avec sa mère (je reste vague au cas où un internaute débarquerait de Mars et tomberait sur ce texte avant de voir le film) sont aussi l’une des clés de l’œuvre du cinéaste, peuplée de ces mères dévorantes.

Impossible de dire quoi que ce soit du film sans avoir l’impression de répéter ce qui a déjà été dit. J’ajouterai juste que la scène de l’escalier avec Arbogast est aussi traumatisante et virtuose que la scène de la douche ; que l’apparition du motard de la police vers le début du film est peut-être la plus brillante illustration de la « peur du gendarme » qu’on a pu voir ; ou encore que Hitchcock démontre définitivement avec une scène apparemment secondaire qu’il est bien le maître du suspense. Grâce à la seule magie de sa mise en scène (pas de musique dans cette scène), le spectateur retient son souffle lorsque le tueur tente de faire disparaître la voiture de sa victime dans un marais, et que la voiture refuse de s’enfoncer dans l’eau. Faire partager les émotions du « méchant » pour le seul plaisir de donner le frisson… c’est tout Hitchcock qui est résumé là.

Au sommet de sa gloire, de son art et de sa carrière, Hitchcock réussit aussi avec ce film le trait d’union parfait entre ses films et sa série TV. Après La Mort aux trousses, chef d’œuvre en cinémascope, road movie spectaculaire à travers l’Amérique, le cinéaste prend le contre-pied total, signant un petit budget en noir et blanc, sans grande star, et avec son équipe de Alfred Hitchcock présente. Résultat : un film exceptionnel, presque sans défaut.

Presque, parce qu’il y a quand même la toute dernière scène qui, pour être tout à fait honnête, gâche un peu le cauchemar ! Après avoir vu le film une demi-douzaine de fois (en l’aimant de plus en plus), je continue à me poser la question : pourquoi Hitchcock a-t-il gardé cette interminable tirade du psy qui explique lourdement ce qui se passe dans la tête de Norman Bates ? Le film aurait nettement gagné à s’arrêter cinq minutes plus tôt.

Sueurs froides (Vertigo) – d’Alfred Hitchcock – 1958

Posté : 19 janvier, 2012 @ 7:02 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, HITCHCOCK Alfred, STEWART James | Pas de commentaires »

Sueurs froides

Rien à jeter, rien à critiquer, aucun superlatif à modérer en ce qui concerne ce chef d’œuvre absolu et ultime du grand Hitchcock, alors au sommet de sa gloire et de son génie (il allait enchaîner avec La Mort aux trousses, Psychose et Les Oiseaux… difficile de faire mieux). Pourtant, ce monument maintes fois copié (son influence se ressent constamment dans Basic Instinct, pour ne citer qu’un film) a été un échec commercial, et même critique, cinglant lors de sa sortie : il faudra la postérité pour en révéler l’infinie richesse, l’intelligence de la construction, et l’atmosphère presque onirique.

Hitchcock dirige James Stewart pour la quatrième fois, lui offrant le plus complexe de ses rôles : celui d’un ancien flic ayant démissionné après avoir causé involontairement la mort d’un autre policier. C’est alors qu’un vieil ami fait appel à lui pour lui demander de suivre sa femme : cette dernière a un comportement étrange, perdant par moments le contrôle d’elle-même, comme si une femme au destin tragique ayant vécu quelques décennies plus tôt prenait le contrôle de son esprit…

Hitchcock rompt avec son éternelle thématique du faux coupable, mais ne délaisse pas pour autant les faux semblants, bien au contraire : jusqu’à la toute dernière image, le cinéaste s’évertue à brouiller les pistes et à nous faire croire le contraire de ce qu’il nous montre. Et il le fait avec un style exceptionnel. Hitchcock est au sommet de son talent, et il fait preuve d’une maîtrise hallucinante de son art, enchaînant des scènes inoubliables, alternant plans larges sublimes et gros plans fascinants, réussissant même les plus beaux fondus-enchaînés de toute l’histoire du cinéma (lorsque James Stewart sort Kim Novak de l’eau).

Surtout, Hitchcock donne à son film un nombre incroyable de niveaux de lecture. Au premier degré, Vertigo est un formidable thriller basé sur la manipulation, une enquête obsessionnelle et fascinante dans les rues et les alentours d’un San Francisco transformé en décor fantasmé.

A cette intrigue hitchcockienne exceptionnelle s’ajoute le portrait d’un homme hanté par ses souvenirs qui, peu à peu, se dégage des événements traumatisants de son passé pour se laisser vamper par une beauté presque irréelle dont il tombe réellement amoureux après sa mort (une variation sur le même thème que Laura, de Preminger ?).

La mort, elle-même, est omniprésente dans le film, les liens les plus forts semblant se tisser au-delà de la tombe. La jeune femme « hantée » par le spectre de sa grand-mère, le détective qui sort la jeune femme des bras du fleuve mais n’en tombe réellement amoureux que lorsqu’elle meurt sous ses yeux. Pour les bienheureux qui n’ont pas encore vu le film, mieux vaut ne pas en dire plus, mais ces thèmes de la mort, de l’obsession et des faux-semblants restent étroitement liés jusqu’à la conclusion du film, aussi inattendue que terriblement sombre.

Dans la construction du scénario, dans l’approche visuelle (un voile troublant donne un sentiment irréel aux apparitions de la belle), dans la force avec laquelle Hitchcock rend perceptibles les obsessions de ses personnages, le film est une immense réussite, l’un des sommets de la carrière du cinéaste, et l’un des plus beaux films du monde, tout simplement.

C’est aussi l’un des plus grands rôles de James Stewart, qui est de toutes les scènes et que le spectateur voit sombrer de plus en plus profondément dans une obsession proche de la folie, dont on sait qu’il ne sortira jamais plus tout à fait, d’autant plus qu’Hitchcock, à mi-film, donne au spectateur une « clé » importante que Stewart lui-même n’aura pas avant la fin du métrage, lorsqu’il sera trop tard. Et qui donnera lieu à une ultime image d’une force inouïe, l’une des plus marquantes du cinéma hitchcockien.

Soupçons (Suspicion) – d’Alfred Hitchcock – 1941

Posté : 19 janvier, 2012 @ 6:50 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Soupçons

Toute sa carrière durant (en Amérique, en tout cas), Hitchcock a dû jouer avec la censure et le politiquement correct, jouant avec délectation avec des sous-entendus (le train pénétrant dans le tunnel à la fin de La Mort aux trousses, pour ne citer qu’un exemple), ou s’accommodant de décisions prises par les producteurs à l’encontre de ses propres envies. Soupçons est l’exemple le plus frappant de ce combat permanent du cinéaste à Hollywood. En devant se plier aux dictats du studio (la RKO), et faire avec une fin qui est l’opposée de ce qu’il avait imaginer, Hitchcock signe un film qui dit le contraire de ce qui est initialement prévu. Résultat : encore un chef d’œuvre.

Finalement, c’est « malgré » Hitchcock que Soupçons est l’un des films les plus sensibles et complexes de sa filmographie. Le cinéaste imaginait un thriller conjugal, qui aurait pu être comparé avec L’Ombre d’un doute, autre chef d’œuvre qu’il réalisera cinq ans plus tard : son héroïne est une jeune ingénue (Joan Fontaine¸ jolie comme c’est pas permis, dans un rôle très semblable à celui qu’elle tenait dans Rebecca, le premier film hollywoodien d’Hitchcock), qui épouse un riche séducteur qu’elle imagine bientôt être un tueur calculateur décidé à l’éliminer pour profiter de sa fortune.

Dans la version souhaitée par le réalisateur, le mari était effectivement un tueur. Mais en confiant le rôle à Cary Grant, qui sera pour lui, pendant vingt ans, l’acteur-idéal par excellence, l’incarnation fantasmée de la plupart de ses héros masculins, Hitchcock réussit à la fois un coup de maître, et un véritable suicide artistique. Coup de maître, parce que le cinéaste joue merveilleusement avec l’image très positive et légère de la star : cette image est très précisément ce qu’arbore Johnnie, le héros du film, mais elle cache une vérité beaucoup moins romantique, celle d’un homme hanté par ses démons et par son incapacité à assumer son rôle d’homme dans une société encore à l’ancienne, où l’homme se doit d’être d’une solidité à toute épreuve.

Mais ce choix d’acteur, s’il enrichit considérablement le personnage du mari, condamne paradoxalement le projet du réalisateur. Inimaginable, pour les producteurs, de laisser Cary Grant, l’une des plus grandes stars de l’époque, jouer le rôle d’un tueur (même si lui-même le voulait). En changeant la dernière scène en fin de tournage, la production modifie totalement le film, donnant à toutes les scènes déjà tournées un sens radicalement différent : on n’est plus dans un thriller psychologique (l’idée première était de montrer une Joan Fontaine déterminée à se laisser tuer par amour pour son mari/assassin), mais dans le portrait dérangeant d’une femme qui se persuade, à tort, d’avoir épousé un Barbe-Bleue en puissance.

Ce sentiment plonge le spectateur dans la psychée de la mariée, et donne lieu à quelques séquences d’anthologie. La plus fameuse est celle où Cary Grant monte lentement l’escalier de la maison (encore une scène extraordinaire située dans un escalier, élément incontournable de la filmographie du maître), apportant à sa femme malade un verre de lait qu’Hitchcock éclaire de l’intérieur, le mettant ainsi en valeur et suggérant la présence d’un poison dans le liquide…

C’est aussi la (petite) faiblesse du film, qui donne parfois le sentiment d’être manipulé éhontément : en jouant son rôle, Cary Grant était convaincu qu’il était un meurtrier, ce qui donne lieu à quelques facilités dramatiques qui, a posteriori, sonnent faux. D’autant plus que cette interprétation est soulignée par la caméra d’un Hitchcock lui-même persuadé que son acteur est un assassin…

Mais ce sentiment ne gâche pas le film, et Joan Fontaine est décidément magnifique et incroyablement touchante dans son rôle d’ultime romantique, prête à tout accepter pour celui qu’elle aime : rompre avec des parents aimants, vivre dans un dénuement auquel elle n’est pas habituée, cohabiter avec l’ami un peu benêt de son mari (l’excellent Nigel Bruce), admettre le démon du jeu qui habite ce dernier, et même se laisser assassiner… Il fallait bien le regard de biche de l’actrice pour faire avaler ce dévouement absolu…

M’Liss (id.) – de Marshall Neilan – 1918

Posté : 28 novembre, 2011 @ 11:32 dans 1895-1919, FILMS MUETS, NEILAN Marshall, PICKFORD Mary, WESTERNS | Pas de commentaires »

MLiss

Un mélange de comédie et de mélodrame avec un fond de suspense ; un personnage de gamine aux allures de sauvageonne qui dissimule un cœur grand comme ça et une vocation cachée à mener une vraie vie de famille… Pas de doute, M’Liss était taillé sur mesure pour Mary Pickford, l’éternelle jeune fille américaine qui, du haut de ses 25 ans, interprète l’une de ces héroïnes à peine sorties de l’enfance qu’elle jouera encore pendant dix ans. Avec ce film, on est clairement en terrain connu, mais on ne s’en plaindra pas : il y a dans M’Liss absolument tout ce qui a fait la gloire de « la petite fiancée de l’Amérique » et qui fait toujours d’elle, près d’un siècle après, l’une des plus grandes stars du cinéma.

Il faut dire qu’il y a derrière la caméra un cinéaste qui la connaît par cœur : Marshall Neilan, l’un de ces grands oubliés de l’Histoire, qui fut pourtant l’un des réalisateurs les plus populaires de son époque, l’équivalent (au début des années 20) d’un Spielberg. Neilan avait commencé au bas de l’échelle à Hollywood, avant d’être repéré par Griffith et de devenir devant sa caméra le partenaire fétiche de la jeune Mary Pickford, dans des dizaines de courts métrages. Passé de l’autre côté de la caméra, il deviendra à son tour le réalisateur favori de l’actrice, signant avec elles quelques classiques (un peu démodés) du muet, comme Papa longues jambes.

M’Liss, il faut bien le reconnaître, a pris un sacré coup de vieux. La comparaison avec Sparrows, formidable film avec Mary Pickford que j’ai revu récemment, n’est pas flatteuse pour le film de Neilan, dont la mise en scène est la plupart du temps assez statique. Quelques passages, pourtant, étonnent par leur modernité : celle du délire alcoolisé du père de Mélissa (M’Liss), filmé avec des gros plans avec des contrastes agressifs en avance de 40 ans…. Ou encore une série de plans utilisant à merveille les décors naturels et des soleils couchants très cinégéniques.

L’histoire en elle-même est plutôt convenue, et repose sur des ficelles énormes. Dans une petite ville de pionniers, la fille un peu fofolle d’un poivrot tombe sous le charme du nouvel instituteur. Le film aurait pu se contenter de cette rencontre politiquement incorrect de deux mondes (l’attirance de l’instit pour cette jeune fille est clairement sous-entendu), mais s’y ajoute une obscure intrigue policière : le père de la jeune fille est le frère d’un riche homme d’affaires qui, en mourant, lui lègue une fortune. Mais le père est assassiné par un homme qui cherche à lui voler l’héritage. L’instit est accusé du meurtre, et seule M’Liss reste convaincue de son innocence. Elle finira par démasquer le coupable à l’issue d’une scène tendue et assez virtuose, qui tranche nettement avec l’essentiel du métrage, parfois un peu lent, souvent très daté. Mais toujours franchement charmant.

Deux rouquines dans la bagarre (Slightly Scarlet) – d’Allan Dwan – 1956

Posté : 19 novembre, 2011 @ 4:41 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, DWAN Allan | Pas de commentaires »

Deux rouquines dans la bagarre (Slightly Scarlet) – d’Allan Dwan – 1956 dans * Films noirs (1935-1959) deux-rouquines-dans-la-bagarre

C’est la fin du second âge d’or de Dwan (après celle de la fin des années 20), celle de son association avec le producteur Benedict Bogeaus. Ensemble, les deux hommes ont signé quelques séries B hautement recommandables comme Tennessee’s Partner (peut-être le meilleur rôle de Ronald Reagan) et surtout Quatre étranges cavaliers, son chef d’œuvre. Pour Slightly Scarlet, Dwan choisit d’ailleurs la même vedette que dans les deux précédents : John Payne, « star de second plan » qui manque un peu de charme et de mystère, mais pas d’une vraie présence.

Dwan, qui ne tournera plus que cinq films inégaux à l’issue d’une carrière riche de plus de 400 titres, s’attaque ici à un monument du polar noir : James M. Cain, l’auteur des fameux Facteur sonne toujours deux fois, Assurance sur la mort et Mildred Pierce, autant de classiques qui ont donné lieu à des chef d’œuvre du cinéma. Le film est à mille lieues de ces trois chef d’œuvre, bien sûr, et a des défauts aussi énormes que ses qualités. Il ne manque en tout cas pas d’originalité…

La séquence qui sert de générique surprend et séduit d’emblée. La couleur, déjà, vive et inattendue dans un film noir (les exemples de film noir en couleurs sont rares : Péché mortel en 1945, Sueurs froides en 1958…). Et puis surtout l’entrée en scène des trois acteurs principaux, avec des gros plans et des arrêts sur image qui semblent isoler chacun d’entre eux, et introduit une esthétique un peu kitsch de roman photo.

Les deux rouquines du grotesque titre français sont deux sœurs pulpeuses et diablement séduisantes : Arlene Dahl, qui sort de prison (faute de moyens, la prison est représentée par une grille et un panneau posé sur une simple façade de maison) après avoir été condamnée pour vol ; Rhonda Fleming, la secrétaire hyper-sexy du favori des prochaines élections municipales. Et il y a le troisième larron, John Payne donc, dont les motivations resteront troubles jusqu’au dernier moment. Détective ? truand ? ange-gardien ? Rien de tout ça, ou tout à la fois, au choix… on sent bien qu’il est tiraillé entre le fric du truand pour lequel il bosse, et la poitrine avantageuse de Rhonda.

Le truand en question, un stéréotype sur pattes, est l’âme damnée du maire en place, et cherche à décrédibiliser son adversaire, pourquoi pas en révélant le casier judiciaire de la sœur de sa secrétaire… Ouais, c’est un peu tiré par les cheveux, mais c’est Cain qui l’a écrit, semble-t-il (j’avoue ne pas avoir lu le livre). Pourquoi pas, d’ailleurs, mais on a droit à tous les poncifs du genre : des types qui font la tête (ce sont les méchants), des gens très avenants (ce sont les gentils). Et au milieu, deux personnages tout de même très intéressants : celui de la petite sœur cleptomane (mais Arlene Dahl n’est pas vraiment à la hauteur du rôle), et celui de John Payne.

Slightly Scarlet est-il un bon film parfois maladroit, ou un pur navet ? Je suis incapable de le dire, mais, à la deuxième vision, le plaisir (un peu coupable) reste intact. Pourtant, il y a souvent de quoi rire dans cette espèce de parodie de film hard-boiled, où Payne sert la mâchoire et se prend quatre balles dans le corps quasiment sans moufter. D’ailleurs, les balles ne tuent pas dans ce film. Elles picotent bien un peu, mais elles ne sont jamais fatales. Contrairement à la simple baffe qui envoie un directeur de journal ad patres. Déroutant, je vous dis…

J’ai rencontré le Diable (Akmareul boatda) – de Kim Jee-won – 2010

Posté : 16 novembre, 2011 @ 9:50 dans * Polars asiatiques, 2010-2019, KIM Jee-won | Pas de commentaires »

J'ai rencontré le diable

Après avoir flirté avec le western spaghetti (Le bon, la brute et le cinglé), le Coréen Kim Jee-won flirte avec le thiller noirissime tendance Seven avec ce film de serial-killer violent jusqu’à la nausée. Point de mystère ici : l’identité du tueur nous est dévoilée dès la première séquence (scène de meurtre classique dans sa construction – une jeune femme en panne dans la campagne déserte, un véhicule inquiétant qui s’arrête – mais visuellement d’une beauté envoûtante), et le « gentil » lui-même résout l’enquête en moins d’une demi-heure.

Rapidement, le film de serial killer, plutôt classique au début, se transforme en un jeu de piste glauque et macabre entre le héros, un agent des services secrets qui s’avère être le fiancé de la première victime, et le méchant, un type à peu près normal à cela près qu’il est l’incarnation même du mal absolu. Or, la fiancée en a bavé avant de trépasser, longuement torturée par le tueur devant une caméra qui ne nous épargne rien. Alors l’agent secret, transformé en vigilante, jure de faire souffrir le tueur à son tour. Beaucoup, longtemps, avec un sadisme grandissant et une détermination sans faille qui fait froid dans le dos…

Pas de place pour la rigolade dans ce film noir, qui présente une Corée du Sud bien loin de l’image d’Epinal du sublime Chant de la Fidèle Chun-hyang. Ici, on est dans un pays habité par des esprits malades : le tueur en série est un être froid qui a grandi dans une famille de merde ; son seul ami est une épave qui se gave de chair humaine qu’il stocke dans des congélateurs pleins à dégueuler, et maqué avec une jeune femme totalement abrutie. Et quand le tueur est pris en stop après avoir pris une raclée par sa nouvelle nemesis, l’agent secret transformé en ange vengeur, c’est un duo de tueurs qui trimballent un cadavre dans leur coffre qui s’arrête… Probablement pas le film préféré des tour-operator…

La comparaison avec Seven n’est pas fortuite : le rôle de l’agent secret, interprété avec une sobriété dérangeante et bouleversante par Lee Byung-hun, fait férocement penser à celui de Brad Pitt dans le film de David Fincher. Flic intraitable lancé dans une quête qui dévore tout sur son passage, on le sait d’entrée condamné à une damnation forcément terrible. Entre-temps, il aura eu le temps de se transformer lui-même en un monstre froid, dans sa recherche de la vengeance ultime, apparaissant quand le tueur ne l’attend pas pour le torturer (lui brisant le poignet, lui sectionnant le tendon d’Achille ou lui fracassant le crâne… tout ça en gros plans sanguinolents) avant de le relâcher, pour mieux recommencer. Toujours plus violent, toujours plus implacable.

Et puis il y a le tueur lui-même, figure monstrueuse dont la seule étincelle d’humanité, dans les toutes dernières minutes du film, donne des frissons… La force du personnage (qui aurait facilement pu tomber dans la caricature) doit énormément à l’interprétation elle aussi monstrueuse et d’une force extraordinaire de Choi Min-sik, que l’on avait plus vu depuis sa prestation mémorable dans Old Boy. Son interprétation, fiévreuse et hallucinante (qui évoque un peu celle de Daniel Day Lewis dans Gangs of New York) est hypnotique et hante longtemps les esprits. Comme le regard froid de son adversaire, où la dernière étincelle d’humanité menace à tout moment de disparaître…

Flight to Mars (id.) – de Lesley Selander – 1951

Posté : 14 novembre, 2011 @ 2:17 dans 1950-1959, FANTASTIQUE/SF, SELANDER Lesley | Pas de commentaires »

Flight to Mars

Si on reprenait le scénario de Rocketship X-M (petit film très rentable sorti l’année précédente), en changeant trois ou quatre trucs histoire qu’on ne nous accuse pas de plagiat, et en tournant en couleurs pour un peu mieux brouiller les pistes ? Oh, la bonne idée… On a donc une équipe de scientifiques (cinq, comme dans le film précédent) qui décolle pour le premier vol humain dans l’espace, à destination non pas de la Lune, mais de Mars, autant aller au but tout de suite. Bien sûr, dans l’équipe, il y a une femme de science (jolie, forcément), et un non-scientifique (journaliste, ici), pour mieux nous faire comprendre ce qui se passe…

Rien de nouveau, donc ? Ben non, rien de nouveau. Le film de Lesley Selander reprend une bonne partie du style visuel de celui de Kurt Neumann, une fusée qui ressemble trait pour trait, les mêmes rebondissements (y compris la pluie de météorites)… mais ça ne marche jamais vraiment. La faute à des acteurs peu sympathiques ? Sans doute, mais surtout à une mise en scène molle et sans inspiration, à des couleurs criardes et laides, et à un scénario qui pourrait être fendard s’il y avait la place pour un peu d’autodérision. Ce qui n’est pas le cas.

Bon, c’est vrai qu’on rit franchement (mais ce n’était visiblement pas le but initial) en voyant arriver comme si de rien n’était ces Martiens en costumes de plongée, qui parlent un anglais parfait, et qui comptent dans leurs rangs des Martiennes fort attrayantes. D’ailleurs, il y a sans doute moyen de voir le film avec un certain plaisir. Mais pas a jeun, et pas au premier degré.

24 heures chez les Martiens (Rocketship X-M) – de Kurt Neumann – 1950

Posté : 14 novembre, 2011 @ 10:34 dans 1950-1959, FANTASTIQUE/SF, NEUMANN Kurt | Pas de commentaires »

24 heures chez les Martiens

Une équipe de scientifiques (parmi lesquels une femme, belle, forcément) embarque pour le premier vol habité dans l’espace. Destination, la Lune. Mais la fusée est déviée de sa trajectoire, et c’est sur Mars qu’elle finit par atterrir… Voilà un scénario très typique de la SF des années 50. Une histoire qui, avec quelques variantes, a inspiré bien des films très inégaux à cette époque (voir Flight to Mars par exemple). Malgré le sentiment de déjà-vu, malgré l’aspect cheap et kitsch de l’entreprise, ce Rocketship X-M (voilà un titre qui a dû faire rêver plus d’un gamin de 1950 !) est une belle réussite, signée par le futur réalisateur de La Mouche Noire, petit classique du fantastique réalisé huit ans plus tard.

Bien sûr, aujourd’hui, le film fait sourire : voir les acteurs mimer l’apesanteur, ou débarquer sur Mars avec un simple masque de pilote de chasse, ne manque pas de sel. Les dialogues et l’interprétation sont aussi parfois assez approximatifs, même si on est toujours bien content de revoir Lloyd Bridges, le père de Jeff, sympathique habitué des séries B. On pourrait aussi évoquer la misogynie agaçante du film… Lloyd, qui a bien évidemment craqué pour la jolie Osa Massen soudain toute pimpante, lui lance cette magnifique réplique : « Vous n’êtes plus une scientifique, pour moi, je vois une femme douce, sensible et très belle » (et bonne cuisinière ?).

Mais il faut reconnaître à la mise en scène de Neumann une vraie élégance. La séquence d’ouverture, quasiment en temps réel, est par ailleurs franchement efficace : en un petit quart-d’heure (les quinze minutes qui précèdent le décollage), le réalisateur nous présente le contexte, les personnages, les enjeux, avec un montage ultra-serré et très efficace. On pouvait craindre qu’il tourne un peu en rond dans les longues scènes à l’intérieur de l’espace confiné de la fusée, mais il n’en est rien : Neumann s’acclimate parfaitement de ce huis clos imposé.

Quant aux scènes sur Mars, où l’équipage découvre une ancienne civilisation avancée ayant reculé à l’âge de pierre après une guerre nucléaire, elles permettent de clamer le message profond du film : messieurs les dirigeants, arrêtez le jouer avec l’arme atomique ! Message rabâché de film en film à l’époque ? Oui, mais celui-ci préfigure assez fidèlement un classique tourné plus de quinze ans plus tard : La Planète des Singes.

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