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Archive pour la catégorie 'FANTASTIQUE/SF'

Le Magicien d’Oz (The Wizard of Oz) – de Victor Fleming – 1939

Posté : 25 janvier, 2017 @ 8:00 dans 1930-1939, FANTASTIQUE/SF, FLEMING Victor | Pas de commentaires »

Le Magicien d'Oz

1939 est décidément une année exceptionnelle, pour le cinéma en général, et pour quelques cinéastes américains en particulier : John Ford qui enchaîne La Chevauchée fantastique et Vers sa destinée, mais aussi Victor Fleming, qui sort cette année-là deux immenses classiques du cinéma hollywoodien.

Entre Autant en emporte le vent et Le Magicien d’Oz, rien de comparable a priori : d’un côté l’adaptation d’un roman très romanesque sur fond de guerre civile, de l’autre celle d’un classique de la littérature pour jeunesse qui nous plonge dans un monde imaginaire très carton pâte. Pourtant, il y a une familiarité évidente entre les deux films, une même manière de mettre en image des sentiments exacerbés, de filmer des couleurs vives et tranchées, et de souligner les affres d’une société.

Avec Le Magicien d’Oz, Fleming nous plonge d’emblée dans l’Amérique de la Dépression, même si la pauvreté n’est jamais clairement affichée. Dans une campagne tout en sépia, l’héroïne interprétée par Judy Garland symbolise l’innocence menacée par les agressions extérieures, une jeune fille pure qui décide de partir sur les chemins pour sauver son chien, se retrouver prise dans une tempête, s’évanouit, et se réveille dans le monde merveilleux d’Oz, où le sépia a laissé la place à des couleurs chaudes et lumineuses.

On connaît tout du Magicien d’Oz : son chemin jaune qu’il faut suivre jusqu’au bout, sa sorcière grimaçante, ses singes volants, son homme de fer, son épouvantail et son lion parlants, et bien sûr ses chansons imparables. Mais la magie opère toujours parfaitement dans ce petit bijou du cinéma familial, et le Over the rainbow entonné par Judy Garland reste un merveilleux moment. Un film qui incite à la bienveillance et rend heureux. Mes enfants acquiescent.

Jurassic Park – Le Monde perdu (The Lost World – Jurassic Park) – 1997

Posté : 24 janvier, 2017 @ 8:00 dans 1990-1999, FANTASTIQUE/SF, SPIELBERG Steven | Pas de commentaires »

Jurassic Park - Le Monde perdu

Après 1993, année exceptionnelle pour lui (un triomphe populaire avec Jurassic Park, et un sacre critique avec La Liste de Schindler), il a fallu du temps à Spielberg pour retrouver le chemin des plateaux. Après quatre ans d’absence, il retourne au charbon en terrain connu, avec une suite au succès attendu qu’il donne à son grand film de dinosaures.

Le premier film était un hommage aux grands films de monstres, King Kong en tête ? Celui-ci encore plus : ce Monde perdu (dont le titre évoque d’ailleurs un livre de Conan Doyle qui avait déjà inspiré le plus célèbre des singes géants) reprend une trame qui multiplie les clins d’œil au roi Kong, jusqu’au final dans les rues d’une ville américaine. On s’attendrait presque à voir le T-Rex grimper sur la façade de l’Empire Stade Building…

Cette partie urbaine arrive tardivement. Trop, sans doute : le film, sur ce point, laisse un petit sentiment d’inachevé, comme si Spielberg n’avait pas trop su quoi faire de cette rencontre exceptionnelle entre un dinosaure et le décor d’une grande ville. Sur ce point seulement, parce que cette suite, qui joue forcément moins sur la surprise que le premier, est d’une inventivité et d’une intensité dignes des meilleurs Spielberg.

Premier point positif : on n’a pas à se taper la longue séquence explicative qui plombait le début du premier film. Et en confrontant l’équipe de scientifiques (toujours menée par Jeff Goldblum, accompagné cette fois de Julianne Moore) à des mercenaires sans scrupules (menés par un Pete Postlethwaite intense en grand chasseur à sang froid) dans un environnement forcément hostile, peuplé de dinosaures, Spielberg s’offre un terrain de jeu réjouissant.

Pas de grande réflexion métaphysique, pas de message profond : Spielberg signe un pur spectacle de cinéma, et il multiplie les morceaux de bravoure, superbement réalisés. Un plan en plongée qui dévoile les traînées que laissent des dinosaures en traversant un champs pour se diriger vers une colonne de mercenaires. Une caravane accrochée dans le vide sous une pluie battante… Spielberg nous embarque dans une véritable attraction, pleine de sensations.

Halloween, la nuit des masques (Halloween) – de John Carpenter – 1978

Posté : 21 janvier, 2017 @ 8:00 dans 1970-1979, CARPENTER John, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Halloween

Le film qui pose les bases du slasher, sous-genre qui continue aujourd’hui encore à donner des avatars souvent tout pourris. Mais avec ce petit classique de l’angoisse, Carpenter frappe fort. Parce qu’il assume totalement le côté enfantin de cette peur qui ne repose que sur des fantasmes de gosses. Dans le genre, le cinéaste fera au moins aussi bien avec Fog, grand hommage aux histoires pour faire peur de son enfance. Avec Halloween, il signe déjà un modèle du genre, à la mise en scène d’une élégance folle.

Effrayant à l’extrême, le film repose pourtant sur une recette répétée à l’envi : Carpenter joue avec l’espace pour créer la peur. Il filme un ou deux personnages derrière lesquels le tueur apparaît soudain en arrière-plan à de multiples occasions, toujours sur le même mode. Mais même lorsque l’effet de surprise est passé, l’efficacité reste extrême.

Mais le meilleur dans ce film, c’est la manière dont Carpenter filme ces interminables allées de quartiers résidentiels. Ces paysages urbains, on les a vus des centaines de fois dans le cinéma américain, décor habituel et sans surprise d’une certaine classe moyenne. Mais jamais filmée comme ça, avec ces sublimes travellings à la fois extrêmement élégants, et qui créent une angoisse lancinante.

Le jeu n’est ouvertement pas naturaliste. Donald Pleasance, dans le rôle du « lanceur d’alerte », en fait des tonnes, mais fascine par cette outrance. Et les personnages de jeunes, victimes potentielles du tueur, ne sont que des stéréotypes que Carpenter ne semble pas vraiment prendre au sérieux. Pas plus les rôles secondaires que celui, central, joué par Jamie Lee Curtis, qui dans l’affrontement final multiplie les conneries, lâchant systématiquement le poignard à côté du « corps » du tueur, ou lui tournant le dos !!

Il y a un second degré réjouissant dans cette manière de jouer avec la peur. Ou plutôt un regard enfantin, comme celui qui ouvre le film, nous glissant dans la peau d’un Michael Myers enfant et déjà furieusement dérangé, le temps d’une séquence en caméra subjective. Carpenter se moque du réalisme. Son art est entièrement tourné vers le plaisir de la peur. Pas un hasard si l’action se déroule le jour et la nuit d’Halloween, lorsque la peur devient un divertissement national.

Au passage, Carpenter s’autorise un clin d’œil à The Thing, la production de Hawks que les personnages regardent à la télévision, et dont il signera lui-même un remake mémorable quelques années plus tard.

Charlie et la chocolaterie (Charlie and the chocolate factory) – de Tim Burton – 2005

Posté : 18 janvier, 2017 @ 8:00 dans 2000-2009, BURTON Tim, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Charlie et la chocolaterie

Remettons dans le contexte : c’est avec ce film, plus encore qu’avec sa douteuse Planète des Singes ou son trop sage Big Fish, que j’ai décroché pour de bon de l’univers burtonien. Et même si la suite a réservé quelques belles surprises (à commencer par le délicieusement glauque Sweeney Todd), la passion des premiers temps, celles d’Edward aux mains d’argent ou Batman le défi, était passée pour de bon.

Charlie et la chocolaterie est bien un Burton de l’entre-deux : le symbole le plus évident du passage entre son passé si singulier, et un avenir marqué par un cinéma mainstream parfois écœurant. Bref, cette adaptation d’un classique jeunesse de Roald Dahl propose un grand écart assez vertigineux entre une première partie qui évoque l’univers féérique morbide des débuts, et une suite qui ouvre la porte aux guimauves du genre Alice au pays des merveilles.

Il y a un certain charme dans cette visite de la chocolaterie, pleine de trouvailles visuelles et comiques gentiment irrespectueuses qui sont autant de leçons de vie . On peut aussi prendre un vrai plaisir à cette visite ponctuée de chansons cyniques et décalées. Et puis on peut aussi trouver que la première partie, glaciale et bleue nuit, est la plus typiquement burtonienne. La plus belle et la plus passionnante, mais aussi la moins surprenante, le signe peut-être que l’univers de Burton n’est pas extensible à l’infini.

Le Maître du Monde / Tobor le grand (Tobor the Great) – de Lee Sholem – 1954

Posté : 20 décembre, 2016 @ 5:47 dans 1950-1959, FANTASTIQUE/SF, SHOLEM Lee | Pas de commentaires »

Le Maître du Monde

Dans la grande série des nanars inspirés par la conquête de l’espace, celui-ci ferait presque figure de chef d’œuvre. Il se regarde en tout cas avec un vrai petit plaisir, peut-être parce qu’il privilégie un aspect feuilletonant au simple spectacle de SF : beaucoup de ces innombrables films tournés à cette époque sont largement centrés sur les effets spéciaux ou la découverte de l’espace ou de planètes inconnues, autant d’aspects qui ont généralement pris un sacré coup de vieux.

On ne ressent quasiment jamais cette impression dans Tobor the Great, qui reste constamment les pieds sur terre. D’ailleurs, la conquête de l’espace n’est finalement qu’un prétexte, assez rapidement évacué. L’intrigue, même si elle tourne autour d’un robot humanoïde conçu pour remplacer les hommes dans des vols habités, relève plus du suspense d’espionnage de la pure SF. Visiblement plus inspiré par la première partie de La Femme sur la Lune que par ses épisodes lunaires.

Soyons clair : on est à des années lumière du chef d’oeuvre de Fritz Lang. Lee Sholem n’a ni le sens du rythme, ni le génie esthétique du grand Lang. Mais son film garde constamment une certaine simplicité, une humilité qui le rend plutôt très sympathique. Et les personnages, assez consensuels et sans grande surprise, sont franchement attachants, à commencer par le gamin, personnage central dont la relation avec son scientifique de grand-père est l’un des meilleurs atouts du film.

Ça et le robot lui-même, grand truc de métal à qui le réalisateur cherche constamment à donner des expressions. Le résultat n’est pas toujours très convaincant, mais il a le mérite d’être rigolo. A ne pas prendre trop au sérieux, mais à ne pas mépriser non plus…

* Le film est le fleuron du nouveau coffret « Prestique » d’Artus Films baptisé « La guerre des robots », qui réunit quatre films des années 50 et 60 dans un très beau coffret avec livret, joliment illustré. Au programme également : Creation of the Humanoids, Objectif Terre et Cyborg 2087.

Les 10 commandements (The Ten Commandments) – de Cecil B. De Mille – 1923

Posté : 25 novembre, 2016 @ 8:00 dans 1920-1929, De MILLE Cecil B., FANTASTIQUE/SF, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Les 10 commandements 1923

Sommet du cinéma hollywoodien biblique, Les 10 commandements version Charlton Heston n’est pas le remake de cette première version déjà réalisée par Cecil B. De Mille. Non, le film de 1956 n’est le remake que du prologue de cette version muette de 1923 : les 50 premières minutes, illustration chapitre par chapitre du destin de Moïse et des Hébreux dans l’Egypte de Ramsès II.

Ce prologue n’est certes qu’une succession de faits marquants, sans le souffle lyrique du remake. Mais la marche des esclaves, l’avancée des chars, le mur de flammes ou, bien sûr, la traversée de la mer rouge sont déjà très impressionnants. De Mille, alors roi de la « comédie conjugale », fait ses premiers pas dans le cinéma de la démesure. Et son sens du spectacle est déjà extraordinaire.

Qu’il filme des milliers de figurants ou qu’il utilise les trucages de l’époque (des surimpressions, essentiellement), l’ampleur de sa mise en scène est toujours au service de l’histoire. 33 ans plus tard, il donnera une dimension encore plus impressionnante à l’histoire de Moïse (pour ce qui sera son dernier film). Mais cette version 1923 est déjà franchement bluffante.

Bon. Sur le fond, on est quand même dans la pure illustration biblique. Tout le film, d’ailleurs, baigne dans une bien-pensance et un moralisme qui, quand même, rompt assez radicalement avec le cynisme et la liberté de ses grandes comédies conjugales, souvent autrement plus audacieuses en matière de mœurs.

On retrouve un peu de ce ton, par bribes, dans ce qui est en fait le cœur du film: le drame contemporain. Car lorsque Moïse a brisé les tables de la loi, De Mille enchaîne avec le plan d’une bible que l’on referme : une mère lisait cet épisode à ses deux grands garçons. Deux hommes qui, bien sûr, s’apparaîtront à des versions modernes des frères ennemis du récit biblique.

Le premier (joué par Richard Dix) est honnête, travailleur et humble. Le second (Rod La Roque) est ambitieux, jouisseur et impie. Tous deux tombent amoureux de la même femme (Leatrice Joy, très émouvante), mais c’est autour d’une église que leurs destins se sépareront irrémédiablement : une église que le second est chargé de construire, et pour laquelle il utilise un béton de mauvaise qualité pour faire de plus grands bénéfices.

Non, la symbolique n’est pas légère. Mais De Mille a du savoir faire, et un sens unique du spectacle, même dans un récit finalement aussi simple que celui-ci. Le meilleur: une séquence au sommet de l’église en construction, où les sentiments se dévoilent sans fardn, et où tous les masques semblent tomber. A la fois beau… et vertigineux, dans le sens premier du terme.

Jurassic Park (id.) – de Steven Spielberg – 1993

Posté : 24 novembre, 2016 @ 8:00 dans 1990-1999, FANTASTIQUE/SF, SPIELBERG Steven | Pas de commentaires »

Jurassic Park

Comme avec Les Dents de la Mer ou Les Aventuriers de l’Arche perdue, Spielberg a durablement inspiré le cinéma hollywoodien avec ce premier Jurassic Park, ne serait-ce que pour l’utilisation, extraordinaire pour l’époque, d’effets spéciaux qui continuent, plus de vingt ans plus tard, à impressionner. A vrai dire, si le film reste aussi convaincant aujourd’hui, c’est parce qu’il mélange très habilement les effets spéciaux à proprement parler et les « animatronix ». Un aspect que les blockbusters à venir auront de plus en plus tendance à ignorer, privilégiant de plus en plus les tournages sur fond vert.

Jurassic Park, aussi révolutionnaire soit-il, est donc presque un film d’un autre temps. C’est d’ailleurs tout le paradoxe de Steven Spielberg, quasiment depuis ses débuts : s’il a réinventé à lui seul, ou presque, les règles du grand cinéma populaire, il s’est toujours inscrit dans la lignée des grands cinéastes classiques. Et cette fois, c’est du côté des vieux films de monstres qu’il s’est tourné. King Kong en tête bien sûr, avec cette gigantesque porte, cette île qui ressemble tant à Skull Island, et le combat final du T-Rex et des velociraptors, comme un hommage au film de 1933.

On retrouve en tout cas dans Jurassic Park le pur plaisir du cinéma d’aventures à l’ancienne, dont Spielberg avait déjà fait le cœur de ses trois premiers Indiana Jones. Il y a d’ailleurs une vraie parenté entre ces films : dans la personnalité, le chapeau… et jusqu’aux mimiques du personnage de paléontologue (presque un archéologue) joué par Sam Neill. On se demanderait presque si, à un moment ou un autre, Spielberg n’aurait pas pensé à intégrer Indy dans le film. Sans doute pas, mais la ressemblance est par moments troublante.

La séquence d’ouverture est formidable, comme souvent chez Spielberg : un grand moment terrifiant où le cinéaste pose les bases du drame, avec un art consommé de filmer les choses (et les dinosaures) sans rien vraiment montrer.

Après cette ouverture percutante, on a hélas droit à une longue partie explicative, sans doute indispensable à l’époque (il fallait bien explique comment on avait réussi à clôner tous ces animaux disparus depuis des millénaires), mais dont l’effet de surprise, et même l’intérêt, sont aujourd’hui très émoussés. Un ventre creux qui permet quand même de faire connaissance avec les personnages : Sam Neill excellent, Jeff Goldblum cabot sympathique, Laura Dern cabote agaçante, deux gamins pas du tout tête à claque, et Richard Attenborough que le fait d’avoir vu 10 Rillington Place il y a peu rend glaçant…

Bref, on se contrefout de tout l’aspect scientifique de l’histoire, créée par Michael Crichton (une sorte de variation sur le thème de son Mondwest). Et la fascination qu’exerçaient les dinosaures à la sortie du film n’est plus aussi forte. Mais quand tout part en couille, quand les garde-fous de ce parc d’attraction sautent les uns après les autres, quand ces braves scientifiques émerveillés se transforment en gibier potentiel, alors là le génie de Spielberg prend toute sa dimension.

La vraie attraction, le vrai trip, les vraies sensations, c’est le pur cinéma qui les offre. Spectateurs et personnages se retrouvent alors sur le même plan, embarqués par un maître du spectacle qui se permet même de jouer avec sa propre image, en mettant en scène le merchandising qu’il a lui-même développé avec ses films événements, et tout particulièrement celui-ci. Un grand spectacle, doublé d’une mise en abyme. Une nouvelle leçon de cinéma.

Total Recall (id.) – de Paul Verhoeven – 1990

Posté : 17 novembre, 2016 @ 8:00 dans 1990-1999, FANTASTIQUE/SF, VERHOEVEN Paul | Pas de commentaires »

Total Recall 1990

Qu’est-ce qui arrive quand on confie le plus gros budget de l’année à un cinéaste venu d’Europe ? Avec Total Recall, Paul Verhoeven signe une date dans l’histoire de la science fiction, et dynamite le cinéma d’action hollywoodien, en l’abordant avec une ironie et un second degré pour le moins inhabituel dans la tradition du blockbuster. Une ironie dont Schwarzenegger (avec Last Action Hero, peu après) deviendra le principal héraut.

On l’avait déjà vu avec RoboCop, tourné juste avant : Verhoeven n’est pas un réalisateur de film d’action comme les autres. Tout en remplissant le cahier des charges des producteurs (et il le fait mieux que personne), l’hyperviolence qu’il met en scène et le cynisme de ses personnages disent beaucoup sur la vision qu’a le cinéaste de la société de l’entertainment.

On retrouve dans Total Recall le même ton que dans son précédent film, une violence graphique très crue et parfois gore, une omniprésence des écrans et de la publicité « qui conditionne », mais aussi un côté volontairement too much, qui flirte par moments avec la parodie. Une logique que Verhoeven poussera à son paroxysme avec son autre film de SF, Starship Troopers, et qui prend ici une dimension particulière.

On peut se demander si Verhoeven prend au sérieux la violence qu’il filme. Dans Total Recall, cette question devient le sujet même du film : Quaid, l’ouvrier qui découvre en se rendant chez un « marchand de souvenir » qu’on lui a effacé la mémoire, a-t-il vraiment été un agent secret ? Ou tout ce qui lui arrive n’est-il qu’une vision de son esprit abîmé ?

Le doute est constamment là. Et plus que la vision de l’avenir, qui a pris un sacré coup de vieux avec ses écrans d’un autre temps et ses voitures aux lignes très 80s (Minority Report, autre adaptation de Philip K. Dick, sera nettement plus clairvoyant), c’est ce doute qui fait le poids du film et le rend si troublant. Un trouble dont s’amuse constamment Verhoeven, et qui valent à Schwarzenegger quelques répliques mémorables : « Mais si je suis pas moi, bordel, qui je suis ? »

Il y a Sharon Stone aussi, révélation du film, dont le cinéaste fera une star deux ans plus tard avec Basic Instinct. N’est-elle pas une garce trop parfaite pour être réelle ? Schwarzenegger ne décide-t-il pas de tourner définitivement le dos à la réalité lorsqu’il lui lance le mythique « Considère ça comme un divorce ? »

Ironique et rigolard, Verhoeven sème le trouble et s’amuse, en faisant dire dès les premières minutes à ce commercial qui s’apprête à vendre à Schwarzie ses souvenirs d’agent secret en voyage sur Mars : « Avant que tout soit fini, vous aurez emballé la fille, tué les méchants et sauvé la planète »

Always, pour toujours (Always) – de Steven Spielberg – 1989

Posté : 11 novembre, 2016 @ 8:00 dans 1980-1989, FANTASTIQUE/SF, SPIELBERG Steven | Pas de commentaires »

Always

Un plan, fugace et magnifique : juste après la mort de Pete, sa fiancée et son meilleur ami se retrouvent pour la première fois. Pas un mot, pas une larme, juste leurs mains qui s’agrippent derrière une porte qui se referme sur leur douleur. Tout n’est pas aussi beau dans ce film méconnu et mal aimé, mais ce simple plan résume à lui seul l’immense sensibilité de Spielberg, sensibilité qui, non, n’est pas de la sensiblerie.

D’ailleurs, de ce pur mélodrame inspiré d’un petit classique de l’âge d’or d’Hollywood (Un nommé Joe de Victor Fleming), Spielberg aurait pu faire un tire-larmes dans la lignée de Ghost, autre histoire d’amour qui se prolonge après la mort, sortie (est-ce un hasard ?) quelques mois plus tard. Mais non : l’émotion est constamment contrebalancée par l’humour, le second degré et cet optimisme qui est encore la marque de Spielberg à la fin des années 80.

C’est d’ailleurs la fin d’une époque pour Spielberg, dont le cinéma deviendra bientôt beaucoup plus sombre : avec Hook, son film suivant, Always symbolise la fin d’une certaine innocence de la jeunesse. Comme Peter Pan, Pete Sandich doit lui aussi accepter d’aller de l’avant, d’accepter cette mort qui l’a privé d’une belle histoire d’amour.

Elle, c’est Holly Hunter, formidable en « vraie » femme aux allures de garçon manqué (« C’est pas la robe, c’est la manière dont tu me vois » est quand même une très jolie réplique). Lui, c’est Richard Dreyfuss, l’acteur fétiche des premières années, qui tourne justement pour la dernière fois sous la direction de Spielberg, pilote de canadair qui se brûle les ailes (littéralement) à trop jouer avec le feu (re-littéralement).

La première demi-heure est euphorisante, dominée par la présence irrésistible de John Goodman, en pleine forme dans son éternel rôle de meilleur ami rigolo, et marquée par une multitude de signes avant-coureurs de la mort : cette vision glaçante de Dreyfuss éclairé par la lumière bleutée d’un frigo ouvert, ou d’autres jeux de lumière qui semblent annoncer l’inéluctable.

La suite alterne le très beau et le moins convaincant, « l’ange » Dreyfuss devenant la conscience de celui dont on devine qu’il prendra sa place dans le cœur de sa belle (Brad Johnson, pataud et attachant). Là, Spielberg multiplie les ruptures de ton, passant du rire aux larmes, souvent avec bonheur, mais aussi en cassant parfois l’émotion, comme s’il refusait de se laisser aller au pur mélo.

Et au milieu, il y a deux scènes étonnantes et déroutantes : les apparitions de l’ange Hap, dont je ne saurais trop quoi penser si elles n’étaient habitées par la présence lumineuse d’Audrey Hepburn. Ce pourrait être kitsch et un peu ridicule. C’est juste beau et emprunt d’une douce nostalgique. Ce sera d’ailleurs la toute dernière apparition de l’actrice à l’écran.

Sixième Sens (Sixth Sense) – de M. Night Shyamalan – 1999

Posté : 3 novembre, 2016 @ 8:00 dans 1990-1999, FANTASTIQUE/SF, SHYAMALAN M. Night | Pas de commentaires »

Sixième sens

LE film qui a révélé M. Night Shyamalan, le réalisateur le plus (brièvement) surestimé de sa génération. Et il faut bien reconnaître que, esthétiquement, c’est quand même pas formidable. Celui qu’on comparaît alors à Spielberg (eh oui) multiplie même les effets particulièrement laids, comme une série de ralentis et de zooms pas très heureux, et un recours systématique à de vieilles recettes éculées pour créer l’angoisse.

Surtout, Shyamalan semble lui-même ne pas faire confiance en ses personnages, multipliant à l’extrême et sans la moindre nécessité narrative les apparitions de fantômes, qu’il introduit à tous les coups par des mouvements fugitifs qui traversent l’écran sans qu’on s’y attende (en fait, si, surtout après qu’il nous a fait le coup trois fois), effet horrifiques on ne peut plus éculés. Du coup, le film ressemble parfois à un simple film d’épouvante de bas étage. Loin d’être inoubliable.

Mais la manière dont il met en scène le personnage de Bruce Willis qui, tout le monde le sait maintenant, est… Bref, la manière dont il joue avec la perception du spectateur, si elle n’est pas toujours d’une finesse extrême, a au moins le mérite de surprendre à la première vision (encore que, franchement, je me souviens l’avoir vu venir à des kilomètres, le twist final), et d’inciter à chercher la faille à la deuxième.

Mais si le film vieillit plutôt bien finalement, ce n’est pas pour Bruce Willis, jamais vraiment étonnant, mais pour le gamin « qui voit des hommes morts ». Haley Joel Osment est aux antipodes des gamins têtes à claque qu’Hollywood adore. Son interprétation est assez bouleversante, comme l’est la relation entre cet enfant terrorisé par sa condition et ce qu’il voit, avec sa mère, jeune femme qui élève seule son fils magnifiquement interprétée par Toni Colette, mère aimante et courageuse, mais un peu dépassée par les événements et souffrant de ne pas comprendre la douleur de son fils.

C’est pour eux que le film mérite d’être revu, plus que pour la révélation finale un peu trop téléphonée et si souvent copiée depuis.

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