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Archive pour la catégorie 'FANTASTIQUE/SF'

L’Esprit s’amuse (Blithe Spirit) – de David Lean – 1945

Posté : 21 octobre, 2011 @ 9:38 dans 1940-1949, FANTASTIQUE/SF, LEAN David | Pas de commentaires »

L'Esprit s'amuse

Après le succès de Heureux mortels, David Lean adapte une nouvelle fois une pièce de Noel Coward. Le résultat est considéré comme l’une des meilleures comédies anglaises des années 40, mais je vais être bien moins enthousiaste que la postérité ! Bon, je dois reconnaître ne pas être très friand des comédies de mœurs mettant en scène des fantômes (si, si, il doit y en avoir d’autres). C’est peut-être pour ça que cette comédie qui se veut enlevée (la femme de ménage n’arrête pas de courir) et acide (un homme qui fait ménage avec sa nouvelle femme et le fantôme de sa femme précédente, quel scandale !) m’a totalement laissé sur la touche.

Rex Harrison y interprète un écrivain remarié après la mort de sa première femme, qui fait appel à une médium pour l’observer sans en avoir l’air et en faire un personnage de son prochain roman. Sauf que la séance tourne bizarrement, et que le fantôme de son ex lui apparaît (mais juste à lui) et s’incruste durablement… Dans un premier temps, le personnage très excentrique de Margaret Rutherford (la médium) fait sourire, mais sa prestation finit par être un brin exaspérante. Quant aux quiproquos créés par ce fantôme qui n’est visible et audible que de Rex, ils font sourire une ou deux fois… mais le running gag revient sans cesse, jusqu’au trop-plein. C’était sans doute très drôle sur scène, mais David Lean ne renouvelle pas le miracle de son précédent film : s’approprier le matériau de départ pour en tirer un film qui lui soit personnel.

On n’est pas pour autant dans du théâtre filmé : Lean, s’il reste très « cowardien », donne du rythme au film, et lui donne une atmosphère très british, qui lui font dire des choses très cruelles (le personnage de Rex Harrison est quand même un type d’un cynisme et d’un égocentrisme assez inouïs) avec une impression de légèreté délicieusement inconvenante. Rien que pour ça, et malgré le vert très laid du fantôme et l’ennui qui pointe son nez de temps en temps, le film mérite bien d’être vu.

Code 46 (id.) – de Michael Winterbottom – 2003

Posté : 10 octobre, 2011 @ 5:03 dans 2000-2009, FANTASTIQUE/SF, WINTERBOTTOM Michael | Pas de commentaires »

Code 46

Éclectique et prolifique, Michael Winterbottom frappe souvent juste (Jude ou Rédemption, dans des genres très différents, étaient magnifiques). Alors un film de science fiction, pourquoi pas… On pouvait s’y attendre, le cinéaste mise sur les personnages et l’atmosphère, plus que sur les effets spéciaux (d’ailleurs, il n’y en a pas) ou les innovations techniques (d’ailleurs, il n’y en a pas beaucoup). Et pendant une bonne demi-heure, on retrouve la sensibilité et le classicisme presque clinique qui lui réussissent généralement. Sans en faire beaucoup, avec une grande économie de dialogues et d’action, il crée un monde froid et morne, où l’espoir a disparu au profit d’une vague tristesse qui touche tous les personnages, et rejaillit sur le spectateur.

Mais passée cette première partie languide et pertinente, la fascination que l’on éprouvait tourne à un ennui poli. On n’est pas vraiment teinté d’arrêter le film, mais l’impression de l’avoir déjà vu cent fois ne cesse de grandir. Quand on se met à jouer au jeu des comparaisons, ce n’est jamais bon signe. Surtout quand on réalise que ce film-là vous sera sans doute sorti de la tête le lendemain. Et je confirme : là, on est le lendemain, et il ne me reste plus grand-chose de ce film minimaliste et trop superficiel. A part cette première partie pas originale, mais fascinante. Et la toute dernière séquence pas originale, mais forte.

Reste aussi cette impression que l’histoire vécue par les deux personnages principaux ne pouvait qu’être une parenthèse, un fantasme dans un monde où les rêves n’ont plus aucune chance de se réaliser. Ces deux personnages, c’est Samantha Morton (qu’on imagine toujours baignant dans la piscine de Minority Report) et Tim Robbins. L’acteur, trop rare hélas, incarne un agent du gouvernement qui enquête sur un trafic de faux papier dans un monde où la majeure partie de la population est cloîtrée dans des villes inhumaines sans joie. Elle est sa principale suspecte, dont il va tomber amoureux en dépit de toutes les conventions, et de toutes les lois. Une histoire typique de SF, qu’on retrouve de Fahrenheit 451 au Fils de l’homme.

On peut signaler aussi que la femme trompée de Tim Robbins est jouée par « notre » Jeanne Balibar, actrice habituée du cinéma d’auteur, qui trouve ici un rôle totalement dénué d’épaisseur et d’intérêt. Pas forcément la meilleure voie pour commencer une carrière américaine.

Yogi l’Ours (Yogi Bear) – d’Eric Brevig – 2010

Posté : 4 octobre, 2011 @ 10:41 dans 2010-2019, BREVIG Eric, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Yogi l'ours

Je me suis promis d’évoquer sur ce blog tous les films que je voyais, sans faire d’impasse. Alors pas question d’oublier cette adaptation « live » d’un dessin animé créé par Hanna et Barbera. Même si, franchement, je ne sais pas ce que je vais bien pouvoir trouver à dire, à part que c’est rigolo.

Dans la lignée des productions Disney des années 60 et 70, le film raconte les aventures de l’ours Yogi et de son copain Boubou, deux plantigrades pas comme les autres : ils parlent (et pas seulement entre eux, hein : avec les humains, aussi), et se nourrissent non pas en chassant comme tous les ours, mais en volant les paniers de pique-nique aux visiteurs du parc où ils vivent. Mais ce parc est menacé par le maire sans scrupule qui a décidé d’en tirer profit en coupant les arbres. Evidemment, les deux ours et leur ami le ranger Smith (qui tombera amoureux d’une jolie réalisatrice de documentaire) vont tout faire pour sauver le parc. Et comme j’ai un mauvais fond, j’m’en va vous dévoiler la fin : ils vont réussir !

C’est sans prétention et amusant. Le mélange de personnages réels et d’images de synthèse est plutôt réussi, et on passe un bon moment à observer ses enfants (en l’occurrence, deux p’tits gars de 3 et 6 ans) partir en grands éclats de rire devant les catastrophes qu’entraîne la balourdise de Yogi. C’est peu, certes, mais c’est aussi beaucoup pour un papa…

Les Yeux de Laura Mars (Eyes of Laura Mars) – d’Irvin Kershner – 1978

Posté : 3 octobre, 2011 @ 9:37 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, FANTASTIQUE/SF, KERSHNER Irvin | Pas de commentaires »

Les Yeux de Laura Mars

Aucun doute possible : voici, et de loin, le meilleur film d’Irvin Kershner, réalisateur sans grande personnalité qui a derrière lui une longue carrière à la télévision, et qui ne réalisera plus que trois films, tous des suites (L’Empire contre-attaque, Jamais plus jamais et RoboCop 2). Tiré d’un scénario très fort de John Carpenter, Eyes of Laura Mars est une petite merveille qui, malgré le milieu dans lequel l’histoire se déroule (la mode, qui est pourtant par définition ce qui se démode le plus) a étonnamment bien passé l’épreuve du temps. Plus de trente ans après, malgré quelques effets de caméra un peu datés, et malgré un rebondissement final aussi attendu que difficile à avaler, le film reste très efficace.

Sans rien enlever aux évidentes qualités de mise en scène, le film doit quand même beaucoup au scénario, effrayant et malin, signé par un jeune gars qui allait exploser la même année en réalisant Halloween. Une grande photographe de mode est sujette à des visions macabres de meurtre. Elle réalise bientôt que ces visions ne sortent pas de son imagination, mais qu’elle voit réellement ce qu’un mystérieux voit lorsqu’il se prépare à commettre des crimes. Pire encore : toutes les victimes de ce tueur sont des proches de la photographe. C’est évidemment un sujet en or pour un film à suspense. On imagine bien toutes les possibilités que ce postulat offre, et on n’est pas déçu : Kershner nous livre quelques séquences vraiment flippantes, en particulier celle où la jeune femme, dans une vision soudaine, se voit elle-même de dos, et comprend que le tueur est derrière elle. L’utilisation de la caméra subjective est ici parfaitement intégrée dans l’histoire, et totalement efficace. John Carpenter fera lui-même une utilisation inoubliable et traumatisante de la caméra subjective dans la séquence d’ouverture de son Halloween.

Faye Dunaway, qui venait d’obtenir un Oscar pour Network, est sublime en victime continuellement au bord de la rupture. Son personnage est pourtant une femme forte, photographe controversé bousculant l’image de la femme dans des mises en scène macabres et étonnantes, et avec un style à la fois agressif et très sexy (l’utilisation des fringues dans le film est fort joliment analysée dans un autre blog vers lequel je ne peux que conseiller de se rendre, en cliquant ici). Et Dieu qu’elle est belle Faye Dunaway. La scène mythique du « shooting » dans les rues de New York, dans laquelle, en robe fendue, elle photographie ses modèles comme ferait un reporter de guerre, est inoubliable.

Le film n’est pas parfait, cela dit : Tommy Lee Jones n’a pas encore le charisme qu’il aura dix bonnes années plus tard. Il est irréprochable, mais il manque d’épaisseur, et son personnage n’est pas facile à défendre. Le couple qu’il forme avec Faye Dunaway est un peu difficile à avaler, aussi. Dommage, parce que le flic qu’il interprète semble tout droit sorti de l’un de ces films policiers réalistes à la mode dans les années 70, et que l’irruption du fantastique dans cet univers si banal des commissariats miteux et des enquêtes routinières était plein de promesses. Cette promesse, au moins, n’est pas tout à fait tenue. Reste une grande actrice, quelques scènes formidables, un scénario malin et un suspense imparable. On aurait tort de bouder son plaisir…

Voodoo Man (id.) – de William Beaudine – 1944

Posté : 23 septembre, 2011 @ 11:05 dans 1940-1949, BEAUDINE William, CARRADINE John, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Voodoo Man

Comme quoi un bon réalisateur peut sauver à peu près n’importe quel projet débile… Solide cinéaste du muet (on lui doit notamment le formidable Sparrows avec Mary Pickford), Beaudine filme sans complexe ce scénario totalement improbable, sans moyen, avec des acteurs désespérants, mais avec un talent indéniable. Malgré les regards appuyés et l’accent ronflant de Bela Lugosi, malgré les yeux qui roulent de George Zucco, malgré les petits sauts de cabri et l’air ahuri de John Carradine (qui, la même année, tournait l’excellent Barbe-Bleue d’Ulmer), le film échappe au ridicule, et s’avère réellement effrayant… Je m’attendais à rire bien franchement devant l’un de ces petits films d’horreurs tellement navrants qu’ils en deviennent drôles, mais le suspense fonctionne parfaitement bien.

Le talent de Beaudine n’y est pas pour rien : son sens du rythme ; ses images joliment travaillées, avec de belles séquences de nuit ; et surtout une manière d’étirer l’effroi. Plutôt que de jouer sur les sursauts et les effets de surprise, Beaudine montre clairement le danger venir, et l’effet n’en est que plus saisissant. C’est surtout perceptible lors des deux scènes d’enlèvements : dans un décor désert, deux hommes très inquiétants (dont notre ami Carradine) se dirigent vers une jeune femme qui réalise bientôt le danger…

Même le personnage de Lugosi réussit à surprendre. Il apparaît comme l’un de ces savants fous qu’il a interprété un nombre incalculable de fois : la première scène dans laquelle on le découvre nous le présente dans un étrange laboratoire, « pilotant » un enlèvement par écran interposé, comme s’il manipulait les deux débiles qui travaillent pour lui. Mais son personnage est inhabituellement complexe, et finit par émouvoir autant qu’il effraie.

La star, qui n’allait pas tarder à amorcer son inéluctable déclin, interprète le docteur Marlowe, un marginal qui vit en reclus, et cache, évidemment, un terrible secret : il veut redonner vie à sa femme, morte depuis vingt-deux, mais conservée on ne sait trop comment avec toute la fraîcheur de la jeunesse. Il ne lui manque que la parole et un peu d’esprit ! Et c’est justement pour leur voler cet éclat de vie (grâce à la science vaudou du rigolo George Zucco, acteur culte pour les amateurs de fantastique « bis ») qu’il enlève des jeunes femmes en les faisant tomber dans un piège machiavélique (très conne, mais très flippante, cette route qui se perd dans un inquiétant désert). Pas de bol, la jeune femme qu’il enlève au début du film est la future belle sœur d’un scénariste qui, justement, doit tirer un film de ces disparitions mystérieuses.

Le film surfe sur la mode des pratiques vaudou, un an après le succès du Vaudou de Jacques Tourneur. Mais Beaudine s’en tire avec les honneurs, tirant un film effrayant un sympathique d’ingrédients de base pour le moins difficiles…

Le Voyageur de l’Espace / Le Voyageur du Temps (Beyond the Time Barrier) – de Edgar G. Ulmer – 1960

Posté : 5 septembre, 2011 @ 1:37 dans 1960-1969, FANTASTIQUE/SF, ULMER Edgar G. | Pas de commentaires »

Le Voyageur de l'espace

La carrière d’Edgar Ulmer est décidément passionnante. Tour à tour prince de la série B (Détour), réalisateur solide à qui on confie de gros budgets (Le Démon de la chair), ou homme à tout faire cantonné dans de minuscules productions, il a aussi bien tourné à Hollywood qu’en Europe, et s’est un temps cantonné dans le « cinéma communautaire », dont il reste le représentant le plus passionnant, tournant notamment en yiddish (Green Fields) ou en ukrainien (Cossacks in exile), ou dirigeant une distribution totalement noire (Moon over Harlem). Lui qui a su faire des merveilles en tirant le meilleur de terribles contraintes budgétaires avec Barbe-Bleue, a aussi tourné quelques nanars intergalactiques dans lesquels rien, ou presque, n’est à sauver.

C’est incontestablement le cas de ce Beyond the Time Barrier, qui dès le titre et l’affiche fleure bon le kitsch. Il faut bien admettre qu’on n’est pas déçu. L’histoire n’est pas si con, et évoque d’ailleurs un classique à venir : alors qu’il est en vol d’essai, un pilote américain est projeté quelques décennies dans le futur, et découvre que la société telle qu’on la connaît a disparu. On n’est pas si loin de La Planète des Singes. Ici, les derniers survivants se terrent dans une ville souterraine, la plupart étant privés de la parole. Et comme si ça ne suffisait pas, l’espèce humaine est condamnée à disparaître, les femmes étant devenues stériles.

Heureusement (et là, le scénario se gâte franchement), notre pilote rencontre d’autres Américains qui viennent comme lui du passé. Mais d’un passé plus récent, ce qui lui permet d’en apprendre plus sur les raisons qui ont conduit au cataclysme. C’est bien pratique, mais on s’en contrefout, comme on se fiche de savoir s’il va réussir à revenir dans les années 60 pour empêcher la tragédie de survenir.

Le seul intérêt que l’on puisse trouver au film nécessite qu’on le prenne au 456ème degré. Là, seulement, on peut s’amuser des décors triangulaires très laids, des costumes-pyjamas moulants, des acteurs approximatifs (heureusement que la majorité d’entre eux ne parle pas), des dialogues édifiants et du final dont on ne dira rien, histoire de ne pas gâcher le plaisir des rares curieux qui découvriront ce « trésor » d’un autre temps, dont l’atout principal est de durer à peine plus d’une heure.

Un trésor unique dans son genre ? Pas tout à fait : Ulmer a tourné simultanément Le Voyageur de l’espace et L’Incroyable homme invisible, en l’espace de quelques jours seulement. Entre les deux « chef d’œuvre », mon cœur balance…

Les Schtroumpfs (The Smurfs) – de Raja Gosnell – 2011

Posté : 25 août, 2011 @ 9:32 dans 2010-2019, FANTASTIQUE/SF, GOSNELL Raja | Pas de commentaires »

Les Schtroumpfs (The Smurfs) - de Raja Gosnell - 2011 dans 2010-2019 les-schtroumpfs

C’est bien pour faire plaisir à mon fils aîné que je me suis préparé, de bonne grâce, à entendre l’insupportable « la, la, la schtroumps la la » pendant plus d’une heure et demi. D’autant plus que la formule images de synthèses et plongée des petites créatures dans le New York d’aujourd’hui me laissait pour le moins perplexe. Mais il faut bien reconnaître que c’est de la belle ouvrage. Vite vu, vite oublié, certes (pour moi, en tout cas, mon fils est toujours occupé à recréer l’univers des Schtroumpfs alors que j’écris ces lignes), mais extrêmement sympathique.

C’est drôle, hyper rythmé, et sans la moindre once de méchanceté. Des bons sentiments à tous les étages, des gags très efficaces, et des effets spéciaux bluffants… On est dans du bon cinéma familial, et ne comptez pas sur moi pour chipoter en regrettant que le film cède aux sirènes du capitalisme (la Schtroumpfette qui se pâme devant le rayon lingerie de poupées).

Il vaut mieux saluer la prestation de Hank Azaria, qui n’aura sans doute plus jamais l’occasion de jouer un rôle avec un tel excès jubilatoire : en Gargamel, il donne une petite pointe de folie à ce film bien sympathique.

• Voir aussi Les Schtroumpfs 2.

Les Fils de l’Homme (Children of Men) – d’Alfonso Cuaron – 2007

Posté : 9 août, 2011 @ 12:45 dans 2000-2009, CUARON Alfonso, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Les Fils de l'homme

Difficile de se mettre à la place de la postérité (elle a sa logique parfois incompréhensible, parfois franchement injuste), mais je ne serais pas étonné si ce film passé plutôt inaperçu devenait, dans quelques décennies, un classique de la science fiction… Sur le fond, le film s’inscrit dans la grande tradition du genre : on se retrouve dans un futur relativement proche (2027), alors que le monde a sombré dans le chaos. Seule l’Angleterre parvient tant bien que mal à conserver un semblant de société ordonnée.

L’originalité de l’histoire, c’est que le chaos ne vient pas d’un conflit nucléaire, mais… de la stérilité du genre humain : pas une naissance depuis 18 ans. Le monde que nous montre Cuaron ressemble à première vue beaucoup à celui que l’on connaît : pas de voitures volantes, ni d’écrans interactifs à tous les coins de rue. Mais l’absence d’avenir de cette humanité promise à l’extinction plane non comme une menace, mais comme une promesse. Il y a dans ce film un désespoir, un manque d’innocence, qu’on a l’impression de pouvoir toucher du doigt. Clive Owen, intense et bouleversant, symbolise à lui seul cette humanité sans rêve, dans cette société où tout projet d’avenir est devenu inutile. Ancien militant activiste des droits de l’homme, il traverse Londres comme un fantôme, à peine secoué lorsqu’il échappe de peu à un attentat à la bombe, ne retrouvant une étincelle de vie que lorsqu’il retrouve la mère de son fils, mort des années plus tôt (Julianne Moore) ; ou lorsqu’il se retrouve chez son ami hippie (Michael Caine, touchant), qui a choisi un illusoire retour à la nature en vivant au milieu des bois…

Cette atmosphère désespérée est palpable dès les premières images. La gueule fatiguée de Clive Owen n’y est pas pour rien. Mais le film doit surtout à Cuaron, le gars qui a quand même donné un nouveau souffle à la saga Harry Potter (pas sûr qu’on trouve rapidement un texte sur ce film dans ces pages, remarquez…). Sa mise en scène étonne par son économie apparente de moyens, par l’absence (ou la discrétion, en tous cas) des effets spéciaux, et par la longueur de ses plans, y compris et même surtout dans les moments les plus spectaculaires. Dès le début du film, un long plan séquence plante le décor : debout dans une rue londonienne, Owen boit un café lorsque, en arrière plan, une explosion dévaste le coffee shop dont il vient de sortir. Tout ça dans une même image d’une force exceptionnelle. Et le film est parsemé de ces plans-séquences d’anthologie, qui plongent le spectateur au cœur de ce monde qui n’a pas entendu un rire d’enfant depuis plus de quinze ans…

Dans sa narration, le film est d’une simplicité extrême : le personnage de Owen est recruté par son ex pour escorter une jeune femme noire vers une base de rebelles. Une mission qu’il prendra à cœur lorsqu’il découvrira que la jeune femme est enceinte… Même si cette découverte se fait au milieu d’une étable, dans une image qui semble sortie du plus naïf des tableaux pastoraux, l’émotion est là, immense. Et ne retombe jamais : même dans les moments qui frôlent le ridicule (les soldats qui baissent leurs armes en entendant un pleurs de bébé), le film est d’une beauté troublante. Même quand il tombe dans le grand-guignol (avec le personnage haut en couleurs interprété par Peter Mullan), il émeut. Même dans ses moments discutables, Children of men paraît juste… C’est peut-être aussi ça la marque des grands films.

Grindhouse : Planète Terreur (Planet Terror) – de Robert Rodriguez – 2007

Posté : 28 mai, 2011 @ 9:38 dans 2000-2009, FANTASTIQUE/SF, RODRIGUEZ Robert | Pas de commentaires »

Grindhouse Planète Terreur

• Le film fait partie du programme Grindhouse

• Voir aussi Grindhouse : Boulevard de la mort

Rodriguez fait bien plus que rendre hommage au cinéma bis des années 60 et 70 : il se glisse dans la peau d’un réalisateur de cette époque et, de manière totalement décomplexée, signe un authentique nanar qui se revendique comme tel. Forcément jouissif. Plus nonchalant en apparence que son pote Tarantino, Rodriguez va en tout cas beaucoup plus loin dans la régression. S’il avait effectivement été tourné trente ans plus tôt, Planète Terreur aurait sans aucun doute contribué à forger la cinéphilie hors du commun de Tarantino… Ces deux-là, décidément, sont sur la même longueur d’ondes. Leur projet Grindhouse en est la meilleure preuve.

On sait depuis longtemps que Rodriguez aime le cinéma bis, et qu’il revendique un plaisir immédiat et presque enfantin (à la manière d’un Joe Dante, le second degré en moins). Avec Planète Terreur, il va plus loin que jamais. Le scénario, qu’il a écrit lui-même, est un sommet du genre : une histoire extraordinaire de virus lâché dans la nature, qui transforme la majorité des habitants en zombies boursouflés. Seuls quelques individus sont épargnés, et luttent pour survivre, et former une sorte de communauté d’un nouvel âge…

L’histoire, déjà, est bien improbable, mais Rodriguez s’éclate à forcer continuellement le trait, avec des effets spéciaux pourris, des personnages stéréotypés à l’extrême, des acteurs qui s’amusent à jouer « à côté »… Et pas n’importe lesquels : Rodriguez sort de l’oubli Michael Biehn (la vedette des premiers James Cameron) et Jeff Fahey (vu dans le Chasseur blanc, cœur noir d’Eastwood), et donne un second rôle réjouissant de militaire-mutant à Bruce Willis.

C’est du grand n’importe quoi ambiant que vient tout le plaisir (immense et régressif, oui) que l’on ressent devant le film. Rodriguez n’hésite devant aucun artifice, surtout s’il est énorme : une infirmière lesbienne est une terreur de la seringue ; le jeune héros malgré lui s’avère être une légende du maniement des armes ; le même héros fait l’amour avec sa petite amie fraîchement amputée d’une jambe, et remplace cette jambe manquante par un pied de table, puis par une arme lourde (Cobra n’a qu’à bien se tenir) ; un autre militaire-mutant (joué par Tarantino) sur le point de violer une prisonnière voit ses testicules se liquéfier et tomber sur le sol…

Clin d’œil à ces séances de cinéma souvent très approximatives, une bobine du film est manquante, ce qui nous prive, évidemment volontairement, de quelques rebondissements pourtant importants pour l’évolution des personnages. Aucune importance : la psychologie est au niveau zéro. Tout ce qui compte, c’est le plaisir un brin coupable, mais tellement reposant, d’assister à un festival de n’importe quoi, de boucherie et d’humour très décalé…

L’Incroyable homme invisible (The Amazing Transparent Man) – de Edgar G. Ulmer – 1960

Posté : 21 mai, 2011 @ 7:52 dans 1960-1969, FANTASTIQUE/SF, ULMER Edgar G. | Pas de commentaires »

L'Incroyable homme invisible

Un homme mystérieux organise l’évasion d’un braqueur de banque qu’il ne connaît pas. Il souhaite en faire le cobaye d’une machine inventée par un scientifique ayant travaillé malgré lui pour les nazis, et qui peut rendre invisible n’importe qui. Le commanditaire espère bien profiter de cette invention pour vider toutes les banques du pays…

Des histoires d’hommes invisibles, on en a vu des tonnes depuis le classique de James Whale (L’Homme invisible, 1933). Et celle-ci commence plutôt bien par une scène d’évasion à la fois classique, mais dépouillée et dense, qui laisse augurer du meilleur pour ce film à petit budget, dans lequel Ulmer semble alors retrouver l’inspiration visuelle qui était la sienne une quinzaine d’années plus tôt, à l’époque de Barbe-Bleue, ainsi que son goût pour la nuit, ses mystères et sa poésie morbide.

ais autant le dire tout de suite : le désenchantement n’est pas loin. Dès que le jour se lève sur le film (au sens propre), c’est-à-dire au bout d’à peine plus de cinq minutes, les illusions s’envolent. Mise en scène plan-plan, décors minimalistes jamais mis en valeurs, acteurs dénués de talent et de charisme, personnages mal dessinés (entre un génie du crime aux allures de promeneur du dimanche, et une brute mal dégrossie qui en rajoute des tonnes), et on en passe… Ulmer signe un film paresseux, qui devait déjà être ringard en 1960…

A la décharge du réalisateur, on peut arguer que le film a été tourné en une dizaine de jours seulement, et en même temps que Le Voyageur du Temps ; mais on rappellera que Schoedsack a tourné King Kong et La Chasse du Comte Zaroff en même temps, et que ça ne l’a pas empêché de signer deux chef d’œuvre intemporels. Ce qui, de toute évidence, est loin d’être le cas ici. On peut aussi ajouter que Ulmer a dû faire avec un budget ridicule ; mais on rappellera cette fois que ce genre de contraintes ne l’a pas empêché de réaliser Barbe-Bleue ou Détour… Bref, pas d’excuse pour le p’tit gars vieillissant qui, en fin de carrière, semble bien avoir perdu le cap.

Rien à sauver dans ce petit film fantastique ? Si, bien sûr : des trucages rigolos, et des scènes de laboratoire (dominées par des motifs triangulaires omniprésents, très futuristes à l’époque) qui peuvent amuser à condition d’accepter l’hypothèse d’un troisième ou d’un quatrième degré. Mais là, franchement, il faut y mettre du sien… On peut quand même reconnaître une vraie qualité au film : celle de ne durer que 58 minutes…

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