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Archive pour la catégorie 'FANTASTIQUE/SF'

L’Invasion des profanateurs de sépulture (Invasion of the Body Snatchers) – de Don Siegel – 1956

Posté : 17 novembre, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, FANTASTIQUE/SF, SIEGEL Don | Pas de commentaires »

L'Invasion des profanateurs de sépulture

Dans le genre « fantastique paranoïaque », ce Siegel est définitivement un grand cru, bien supérieur à tous les remakes qu’il a engrangé. Une sorte de modèle souvent copié, donc, mais dont le caractère flippant n’a pas pris une ride.

Le genre est souvent associé à une évocation à peine cachée de la société américaine, alors en pleine Chasse aux sorcières. En l’occurrence, le message politique est très nuancé, dénonçant tout à la fois le système en place qui traque les individus « déviants », mais aussi une forme de pensée globale. Bref, ce sont des valeurs telles que l’Amérique les revendique depuis toujours qui sont mises en valeurs, et en danger.

On en viendrait même à soupçonner Siegel (ou les producteurs) de n’avoir choisi l’acteur principal que pour son patronyme : Kevin McCarthy, qu’il s’appelle. McCarthy ? Sérieusement ? C’est en tout cas le rôle le plus marquant de l’acteur, au charisme discutable, mais qui joue plutôt bien le monsieur tout le monde qui refuse d’abandonner sa part d’humanité.

C’est donc un médecin qui revient dans sa petite ville après quelques jours de vacances, et qui découvre que certains habitants semblent avoir changé. Avant de réaliser que des doubles presque parfaits, sortis de mystérieuses cosses, prennent la place des vrais habitants dans leur sommeil.

Oui, l’histoire est assez improbable, et on a même un petit moment de déconcertation quand les personnages principaux comprennent la situation, sans avoir l’air plus surpris que ça. Une période de flottement qui dure… 30 secondes, max. Parce que peu importe les raccourcis scénaristiques, les zones d’ombre qui demeurent, Siegel réussit à nous filer une peur bleue à peu près dès la première minute du film.

L’angoisse monte, la peur s’installe, sans cesse réactivée par des images glaçantes (une mère qui enlace son enfant), des moments de pure suspense (cette course poursuite d’anthologie jusque dans la mine), ou des effets de surprise qui reposent sur trois fois rien : un simple baiser peut ainsi vous glacer le sang durablement.

Chef d’œuvre de la série B horrifique, Invasion of the Body Snatchers fait figure d’OVNI dans la carrière de Don Siegel. De quoi faire regretter que le cinéaste ne se soit pas penché d’avantage sur le genre.

Alfred Hitchcock présente : Le Fantôme de Blackheart (Alfred Hitchcock presents : Banquo’s Chair) – d’Alfred Hitchcock – 1959

Posté : 2 novembre, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, COURTS MÉTRAGES, FANTASTIQUE/SF, HITCHCOCK Alfred, POLARS/NOIRS, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Alfred Hitchcok présente Le Fantôme de Blackheart

Au début du 19e siècle, un policier à la retraite, bien décidé à faire condamner un meurtrier contre lequel il n’a jamais pu recueillir de preuve, imagine un curieux stratagème : il invite le suspect à un repas dans la maison du crime, où une comédienne doit se faire passer pour le fantôme de la victime.

Je ne veux pas me vanter, mais j’ai vu venir le twist final au bout d’une ou deux minutes, max… Ce qui, reconnaissons-le, gâche un peu le plaisir d’un petit film qui repose essentiellement sur ledit twist.

Cela dit, Hitchcock prend visiblement beaucoup de plaisir à diriger ce petit huis-clos, jouant avec les codes du film fantastique, genre auquel il n’est pas vraiment habitué.

Dirigeant son vieux complice John Williams, toujours impeccable, il parvient in fine, après une introduction un peu laborieuse, à instaurer une belle ambiance de suspense lors du repas, clou du spectacle. Et l’apparition du « fantôme », silhouette blafarde qui sort de l’obscurité, est à la fois très simple, très efficace, et très belle.

Twin Peaks, le retour (Twin Peaks, the return) – créée par David Lynch et Mark Frost, réalisée par David Lynch – 2017

Posté : 30 octobre, 2018 @ 8:00 dans 2010-2019, FANTASTIQUE/SF, FROST Mark, LYNCH David, POLARS/NOIRS, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Twin Peaks le retour

Rendez-vous dans 25 ans, lançait Laura Palmer à Dale Cooper dans la Black Lodge, à la fin de la saison 2. Un vœux pieux qui a fait fantasmer plus d’un fan de la première heure. Inimaginable, bien sûr. Sauf que si. David Lynch replonge bel et bien dans l’univers de sa série culte. Mais ce retour aussi inattendu qu’inespéré déjoue à peu près tous les pronostics, à part un : le réalisateur allait proposer quelque chose de fou et d’obscur ? Oh yeah !!!

Autant commencer par la conclusion : ce retour de Twin Peaks est à peu près ce que j’ai vu de plus dingue, de plus envoûtant, de plus euphorisant… de plus formidable en un mot, depuis des années, télévision et cinéma confondus. Totalement addictifs, ces dix-huit épisodes proposent un trip hallucinogène sans précédent, qui reprend une grande partie des figures de la série originale pour mieux la réinventer.

Si on avait encore un doute, il est définitivement levé : Lynch est un génie. Et c’est un génie au sommet de son art, qui balade le spectateur comme un Dieu omniscient et omnipotent qui nous conduit très précisément là où il veut. Oh il donne aux fans ce qu’ils attendent : le retour des personnages d’hier, presque inchangés pour certains. Mais c’est pour mieux nous bousculer.

Le moment le plus attendu de ces 18 épisodes est particulièrement frappant. Dale Cooper, dont on attend très longuement qu’il redevienne lui-même et arrive enfin à Twin Peaks : un moment magique qui renoue avec l’ambiance de 1991… pour à peu près 15 secondes. A peine Lynch nous a-t-il offert ce cadeau qu’il en fait quelque chose d’autre, complètement différent et inattendu A la fois frustrant, inévitablement, mais aussi terriblement jouissif.

Ce retour n’est pas une suite, Lynch l’a beaucoup répété. D’ailleurs, cela s’appelle Twin Peaks le retour, et pas « Twin Peaks, saison 3″. Un film de 18 heures, comme le cinéaste le présentait, à la fois drôle, angoissant et mystérieux : Lynch passe de la comédie la plus réjouissante (notamment avec les frères Mitchum, gangsters joués par Jim Belushi et Robert Knepper) à la noirceur la plus abyssale (un gamin fauché par une voiture), mais dans un même mouvement d’une extraordinaire cohérence.

Visuellement aussi, ce retour est une immense réussite. Lynch soigne ses ambiances, entre lumière et obscurité. Au cœur de son projet : le personnage de Dale Cooper, qui illustre bien le cerveau torturé de Lynch, qui se livre comme jamais. Le Cooper que l’on connaît a disparu depuis 25 ans, remplacé par un double maléfique habité par l’esprit de Bob. Son retour se fait par l’intermédiaire d’un double, créé spécialement pour lui : Dougie Jones, une sorte de benêt avec famille à charge, qui est comme un enfant venant de naître au monde.

Là encore, il y a ce mélange de frustration et de bonheur total que distille Lynch tout au long de ces 18 épisodes : on aimerait tant retrouver Dale Cooper dans toute sa superbe, mais Kyle McLachlan est tellement formidable dans ce double-rôle (un peu plus, même). Terrifiant dans le rôle du terrible Bad Coop, bouleversant dans celui de Dougie, génial innocent au regard rempli de nostalgie.

De nostalgie, il est beaucoup question. Comment pourrait-il en être autrement? Les personnages que l’on retrouve ont vingt-cinq ans de plus, et le récit se base sur des absences : celle de Cooper, celle du shérif Harry (remplacé par son frère), celle d’Audrey Horne aussi, que l’on attend longtemps et dont la réapparition désarçonne et pose d’innombrables questions.

Inutile de préciser que Lynch ne répondra pas à toutes les questions qu’il soulève, tout au long de ce trip par moments totalement abscons. Et lorsque les pièces (innombrables) de ce puzzle semblent s’assembler, et qu’un semblant de lumière apparaît (au début de l’avant-dernier épisode), c’est pour mieux tout chambouler, et nous diriger vers ce genre de boucle temporelle à la Lynch… ou vers autre chose d’ailleurs, impossible à dire.

Impossible de faire le tour de cette saison d’une incroyable richesse, marquée par quelques épisodes très mystérieux, d’autres plus linéaires, et qui s’articulent autour d’un épisode 8 déjà mythique, qui semble faire de Twin Peaks le centre de quelque chose de nettement plus grand. Quoi exactement ? Alors ça… Twin Peaks où Lynch et son compère Frost sont loin de se cantonner, les multiples intrigues nous emmenant à Las Vegas, dans le Dakota, à New York…

Au cours de cette formidable route, on retrouve des figures connues, mais aussi une quantité impressionnante de guests, parfois dans des rôles importants (Naomi Watts ou Laura Dern, deux grandes actrices lynchiennes, ou encore Robert Forster), parfois dans des rôles plus modestes (Ashley Judd, Tim Roth, Jennifer Jason Leigh, Tom Sizemore, Don Murray…) voire dans de simples apparitions (Monica Bellucci, Richard Chamberlain…).

Je pourrais continuer longtemps comme ça, évoquer tous les moments de pure grâce, les effrois, les éclats de rire, l’attente insupportable entre deux épisodes, les fausses-pistes, retrouvailles qui vous tirent des larmes, les frustrations… Mais mieux vaut aussi se plonger dans cet univers génial l’esprit le plus vierge possible. Je me contenterais donc de glisser quelques petites impressions, notées au fil des 18 épisodes… Et à partir de maintenant, les spoilers ne sont pas exclus.

Twin Peaks le retour ep 2

Episodes 1 & 2
J’ai un message de ma bûche pour vous (My log has a message for you)
Les étoiles tournent et le temps se présente tel qu’il est (The stars turn and a time presents itself)

Dale Cooper, toujours coincé dans la Loge noire (ce qui donne des images fascinantes), son doppleganger qui sévit à travers l’Amérique, un mystérieux cube situé au cœur de New York, un homme accusé d’un meurtre sordide à Rapid City, un ponte de Las Vegas soumis à une mystérieuse puissance, et pendant ce temps, les personnages de Twin Peaks soumis à des faits a priori anodins…

Quelle claque ! Dès les premières minutes, il y a le plaisir, immense, de retrouver les personnages inchangés pour certains, radicalement différents pour d’autres. Il y a surtout le plaisir le naviguer entre figures familières et terrain totalement inconnu.

Lynch multiplie les pistes, les lieux, les personnages. Il nous largue, forcément, sans jamais nous faciliter les choses. Pourtant, on sent bien que le plus important pour Lynch, c’est le plaisir du spectateur. Et ce plaisir est immédiatement immense.

Episode 3
Appeler quelqu’un (Call for help)

Dale Cooper revient à la vie, ou presque. Une première moitié d’épisode hallucinante, quasi-muette et totalement coupée du monde, fascinante plongée de Cooper à travers… à travers quoi au juste ? Aucune idée, si ce n’est que son face-à-face avec la mystérieuse femme sans yeux est sublime.

Kyle McLachlan est omniprésent dans cette première partie, à la fois dans le rôle de Dale Cooper, de son doppelganger, et de Dougie. Lynch multiplie ainsi les pistes dont on n’a aucune idée de où elles vont mener, dans une sorte de valse autour de la Black Lodge : qui sont ces tueurs sur la piste de Dougie ? Et qui est-il vraiment ? Quel lien avec Cooper, si ce n’est la ressemblance ?

Twin Peaks le retour ep 5

Episode 4
Ça rappelle des souvenirs (… Brings back some memories)

« Je déteste l’avouer, mais je ne comprend pas la situation ! » La réplique a d’autant plus de saveur qu’elle est prononcée par Gordon Cole, le directeur du FBI interprété par Lynch lui-même. Ironique, le réalisateur s’inscrit pourtant clairement dans son grand-oeuvre, avec des références constantes à « Blue Rose », le mystère en suspens de Fire Walk with me.

Un épisode riche, avec le difficile éveil à la vie de Dale/Dougie, un humour très présent ainsi qu’une grande mélancolie, et un casting trois étoiles qui nous voit renouer le temps d’une scène avec David Duchovny dans le rôle de Denise et avec Dana Ashbrook dans celui de Bobby devenu adjoint du shérif (avec une très belle scène face au portrait de Laura). Naomi Watts et Robert Forster créent eux de nouveaux personnages passionnants.

Et tout se termine au bar, avec une chanson live envoûtante.

Episode 5
Rapports d’enquêtes (Case files)

Lynch continue à brouiller les pistes, et à changer de ton. Après le trip hallucinant de l’épisode 3 et un épisode 4 quasi-comique, voici que s’installe une mélancolie tenace. Dougie, qui redécouvre tout comme s’il venait de naître, ne prête plus à rire : la larme qu’il verse en regardant « son » fils est bouleversante.

Comme le sont les retrouvailles avec Shelly et Norma, deux solitudes qui, 25 ans plus tard, contemplent ensemble le chemin qu’elles n’ont pas parcouru.

Dans un autre registre, on a la confirmation que Bob habite toujours le double maléfique de Cooper, et surtout de nouvelles questions : qui est cette femme nerveuse qui veut la mort de Dougie ? Que vient faire Buenos Aires dans tout ça ? Et c’est quoi, ce bordel que fait le faux Cooper en prison ?

Episode 6
Ne mourez pas (Don’t die)

Il manquait un nain dans ce Lynch. Le voici, tueur sauvage qui massacre sa proie et se lamente sur son pic tordu.

Voici un épisode éprouvant, qui passe du rire à la tragédie en l’espace d’un instant.

On retrouve aussi Harry Dean Stanton en vieux responsable d’un camp de caravanes déjà vu dans le film… et une certaine Diane, jouée par Laura Dern. « La » Diane ?

Twin Peaks le retour ep 8

Episode 7
Ça, pour avoir un corps, on a un corps ! (There’s a body all right)

Jamais encore on n’avait passé autant de temps à Twin Peaks depuis le début de ce retour. La recherche du vrai Cooper s’y intensifie avec la découverte de pages manquantes du journal intime de Laura Palmer : Annie lui est donc apparue en rêve, lui disant que Dale (qui n’arrivera qu’après sa mort) était coincé dans la Loge noire…

Passé et présent s’entremêlent plus que jamais. Et la mort rode : Doc vieillard, Harry malade, Cooper encore incapable de revenir vraiment à la vie malgré des réflexes comme sortis d’outre-tombe…

Un épisode formidable, encore, sans chanson finale pour une fois (le live envoûtant était devenu une douce habitude), mais avec un plan interminable et irrésistible sur un homme balayant la salle de bar.

Et puis le face-à-face entre Cooper (le faux) et Diane (la vraie ?), forcément mythique.

Episode 8
T’as du feu ? (Got a light ?)

Bon… Ben comptons pas sur Lynch pour offrir une série classique, ou même s’en rapprochant vaguement. Après l’épisode le plus linéaire, le plus « twin-peaksien », quasi-limpide, voici qu’il sort le plus abstrait, le plus obscur, le plus inattendu de tous.

Le Cooper maléfique se fait tuer, et ressuscite après une chanson des Nine Inch Nails, dans une sorte de cérémonie macabre menée par ce qui ressemble à une armée de zombies, au cours de laquelle il « accouche » d’un visage enfermé dans une bulle…

L’explication ? Alors là… Viendrait-elle du passé ? De cet essai nucléaire en 1945, ou d’étranges événements qui se sont déroulés onze ans plus tard au Nouveau Mexique ?

L’essentiel de cet épisode est fait d’images hallucinatoires sorties de cette explosion nucléaire, montage fascinant et hypnotique qui nous mène dans un lieu mystérieux, sorte de tour de contrôle, et puis dans une station de radio dont l’un des « zombis » prend le contrôle d’une manière sauvage et incompréhensible.

Sûr de lui, Lynch maîtrise le rythme et les sensations, véritable démiurge qui semble être le seul à pouvoir tout maîtriser.

Episode 9
C’est ce fauteuil (This is the chair)

Doucement, l’étau se resserre, les intrigues semblent s’inscrire dans des directions qui pourraient bien se croiser un jour (on n’y est pas encore, quand même !).

Côté FBI, Gordon, Albert, Diane et la nouvelle venue Tammy continuent à arpenter les Etats-Unis, dans une quête dont on sent qu’elle les rapproche de Dale Cooper. D’ailleurs, Gordon entend parler pour la première fois de Dougie Jones… ce qui procure des frissons d’excitation.

De son côté, Dale/Dougie a le regard dans le vide, mais un regard plein d’interrogations, de nostalgie, bouleversant.

A Twin Peaks, Hawks, Truman et Bobby aussi continuent leur quête de Cooper. Ça avance, vous dis-je !

Enfin, pas si simple. Des interrogations demeurent, d’autres apparaissent. Le colonel Briggs aura-t-il un rôle central comme on commence à le soupçonner ? Et que veut dire cet échange de SMS entre le Bad Coop et Diane ? Le Bad Coop qui, au passage, croise Tim Roth et Jennifer Jason Leigh dans des personnages très tarantinesques.

Twin Peaks le retour ep 12

Episode 10
Laura est l’unique (Laura is the one)

Le rendez-vous musical au Bang Bang Bar est partie prenante de la réussite et du côté addictif et fascinant de cette saison. Celui-ci, plus long que d’habitude, est particulièrement beau, chanson co-écrite par Lynch lui-même et interprétée par Rebekah Del Rio à la voix d’une pureté incroyable : « Don’t be afraid ».

Un message passé par Lynch ? Les mystères qui ne s’éclaircissent pas encore, les connexions entre les personnages, les morts violentes… Tout cela aurait-il un sens positif, au final ?

Rien n’est sûr, si ce n’est cette sensation troublante que Lynch sait parfaitement où il va depuis le début, c’est-à-dire depuis plus de vingt-cinq ans, comme l’indique cette mystérieuse enquête autour de Blue Rose, pourtant obscure depuis le film en 1992…

Absurde, drôle, émouvant, violent… Cet épisode passe par toutes les émotions, glaçant lorsque Richard, le petit-fils de Ben (le fils d’Audrey ?) tue une femme et agresse sa grand-mère, joyeusement touchant lorsque Naomi Watts se met à regarder « son » Dougie devenu mince et désirable comme un homme plutôt que comme un enfant, hilarant lorsque les frangins Mitchum se prennent la tête avec une Candie ahurie…

Episode 11
Il y a du feu à l’endroit où vous allez (There’s a fire where you’re going)

La dernière scène : dans un restaurant, Dougie mange de la tarte à la cerise avec les frères Mitchum. Un pianiste joue, Candie débite des banalités… Tout porte à rire. Pourtant, une émotion immense surgit. C’est la magie de Lynch, qui joue avec les sentiments, les sensations et les perceptions comme un authentique magicien.

Cet épisode est clairement divisé en trois longues parties, situées à Twin Peaks, Buckhorn et Las Vegas.

A Twin Peaks, on assiste à de belles retrouvailles entre Bobby et Shelly autour de leur fille, jouée par Amanda Seyfried. Bobby qui est décidément au cœur de beaux moments : mystérieux lorsqu’un homme hagard et en sang apparaît dans la voiture d’une grosse femme hystérique ; émouvant lorsqu’il pose son regard sur un enfant aussi abruti que son père, comme s’il prenait la mesure du destin qui attend le gamin.

A Buckhorn, Gordon Cole manque de se faire happé par un mystérieux « trou noir », porte d’entrée vers la White Lodge, peut-être. L’occasion de constater que les effets spéciaux, même rudimentaires, sont fort joliment utilisés.

A Las Vegas enfin, Lynch souffle le chaud et le froid, entre l’apparition très émouvante de la vieille femme qui a touché le jackpot grâce à Dougie, et le décidément hilarant James Belushi.

Episode 12
Que la fête commence (Let’s rock)

Voilà un épisode riche en révélations, qui fait la lumière sur Blue Rose, après 25 ans d’interrogations : c’était donc le nom de code d’une opération du FBI liée à la recherche d’un univers parallèle. Tout ça prend une dimension bien inattendue… comme on pouvait s’y attendre.

Cette impression ne fait que se renforcer avec le retour, tardif et étonnant, de Audrey Horne. Bouffie et aigrie, loin de l’image hyper-sexuée qu’elle trimbalait au début des années 90.

Pour la première fois, Kyle McLachlan est quasiment absent, à l’exception d’une très courte apparition de Dougie, dans une malheureuse tentative de jouer avec son fils. Un passage très bref et très beau qui confirme la place centrale que tiennent les enfants dans ce retour : des enfances gâchées, détruites ou perdues, il y en a à peu près dans chaque épisode.

Mais on sent que les routes convergent de plus en plus vers Dale Cooper, et vers Twin Peaks, où on passe désormais plus de temps, et dont on redécouvre les coordonnées géographiques sur le bras d’un cadavre…

Tout ne s’éclaircit pas pour autant, et certaines discussions (Audrey et son mari, les deux jeunes femmes dans le bar) restent très obscures.

Twin Peaks le retour ep 15

Episode 13
De quelle histoire on parle, Charlie ? (What story is that, Charlie ?)

Encore un épisode particulièrement beau, avec un Dougie de plus en plus émouvant, et un Bad Coop dont on sent que lui aussi dirige vers Twin Peaks. Et une double prestation décidément géniale de Kyle McLachlan.

Twin Peaks, justement, avec James Hurley/Marshall, qui chante lui-même le live du jour : un playback de la série originale en fait, avec une chanson simple et nostalgique écrite par Lynch, une nouvelle fois.

Entre deux moments plus légers (grâce au trio de flics notamment, particulièrement drôle), la nostalgie est toujours très présente, cette fois avec le personnage de Big Ed, dont le futur avec Norma semble bel et bien irrémédiablement perdu. Ce qui donne lieu à un superbe final, plan fixe sur Ed, seul, dans le silence de son garage.

On renoue également avec Audrey, dont la situation est de plus en plus troublante et irréelle, et semble cacher quelque chose d’obscur et cauchemardesque.

Episode 14
Nous sommes comme le rêveur (We are like the dreamer)

L’éclairage nouveau sur Blue Rose qui ouvre cet épisde révèle de nouveaux éléments importants. Il confirme aussi ce que l’on ressentait, et qui semble vertigineux : depuis plus de 25 ans, David Lynch maîtrise parfaitement tous les mystères qui nous semblaient si opaques, et qui commencent à prendre sens.

Tout commence à se recouper. Gordon Cole est sur la piste de Dougie à Las Vegas, et a un premier contact direct avec Twin Peaks. Là, Bobbie, Truman, Hawk et Andy découvrent la jeune femme sans yeux que Dale rencontrait lors de son chemin vers la « vraie » vie. Andy est happé par le « trou noir » aperçu par Gordon, rencontre le Fireman qui lui montre une série d’images lui révélant notamment l’existence de deux Coops.

Monica Bellucci apparaît dans un rêve de Gordon (et à Paris), semblant confirmer l’importance des rêves. Et les interrogations qui rendent fou se multiplient. Mais qui est donc Billy ? Ce même Billy qui semble si lié à Audrey… Et la mère de Laura ? What the fuck ?!

Episode 15
Il y a de la peur à lâcher prise (There’s some fear in letting go)

Jusqu’à présent, le plus émouvant des épisodes. Ça commence déjà très fort, de la manière la plus romantique qui soit, avec cette scène qu’on attendait depuis si longtemps : Ed et Norma, enfin ensemble et pour de bon, ce qui nous tire des larmes de bonheur.

Plus tard, ce sont des larmes de tristesse que l’on verse lors des adieux de Margaret, The Log Lady, déchirante disparition d’un personnage iconique, et d’une actrice qui se sait condamnée.

Entre-temps, il y a eu le sursaut de Dougie devant la télé qui diffuse Sunset Boulevard, et De Mille qui prononce le nom de Gordon Cole, effectivement tiré du film de Wilder. Comme un coup de foudre. Littéralement.

Ce sont trois moments de pure grâce qui témoignent de l’ampleur du talent de Lynch : trois ambiances radicalement différentes, trois styles visuels, trois passages superbes. Et, comme fil rouge, le poids des années qui se sont écoulées.

Autre moment moment fort : la rencontre avec Philip Jeffries, que Lynch diffère longuement lors d’une séquence fascinante dans la vieille station essence découverte dans l’épisode 8, et qui laisse espérer jusqu’au bout une apparition de Bowie, qui tenait le rôle dans le film…

Twin Peaks le retour ep 17

Episode 16
Sans frapper, sans sonner (No knock, no doorbell)

L’épisode précédent avait été tellement plein de promesses immédiates que le début de celui-ci semble bien frustrant. Donc, Lynch a décidé de tempérer encore un peu, et de mettre les nerfs des spectateurs addicts à rude épreuve. Si bien qu’arrivé à près de la moitié de l’épisode, on n’en attend plus grand-chose, niveau délivrance.

Comme quoi Lynch est un malin, et un manipulateur génial. En quelques secondes, il bouscule tout, amenant LE moment que l’on attendait depuis la première minute du premier épisode. Enfin le voilà, « à 100 % » !

Quel pied, quel bonheur de retrouver enfin Cooper, inchangé ou presque. Ses adieux à l’univers de Dougie sont magnifiques. Un nouveau « double » ne tardera pas à reprendre la place vacante. Et le voilà parti vers Twin Peaks.

Là, le trouble qui entoure Audrey Horne ne faiblit pas. Une nouvelle fois, Lynch joue avec nos perceptions, semblant tromper nos craintes en confrontant Audrey au vrai monde, dans le Road House. Mais la danse d’Audrey, et le flash final, sont comme des coups de poing. Vite, la suite !!

Episode 17
Le passé conditionne le futur (The past dictates the future)

Il semble enfin nous donner ce que l’on attend, Lynch, avec cet avant-dernier épisode : Cooper arrive enfin à Twin Peaks (les deux Cooper, même), les retrouvailles s’annoncent enthousiasmantes, et la plupart des fils semblent enfin se croiser.

Sauf que, bien sûr, c’est pour mieux nous mettre une nouvelle claque, magistrale.

Après ce suspense inaugural, nostalgique et jouissif, il plonge dans un autre rapport avec les origines de la série. Plus radical, puisque Cooper est effectivement renvoyé le jour de la mort de Laura, pour tenter de rattraper les choses. Le Kyle McLachlan de 2017 qui devient témoin direct, et même acteur, des événements qui ont tout déclenché, y compris son propre destin : voilà qui a de quoi donner le tournis.

Et pour couronner cette boucle temporelle fascinante, Julee Cruise, chanteuse « historique » de Twin Peaks, vient clore cet épisode totalement inattendu.

Episode 18
Quel est votre nom ? (What is your name ?)

Forcément frustrante, cette fin. Jouissive, mais frustrante, long trip de Cooper avec… Laura ? Vieillie, bien vivante, sans souvenir de Twin Peaks. Qui est-elle vraiment ? Twin Peaks où elle semble n’avoir jamais existé.

Alors que tout commençait à prendre forme, jusqu’au début de l’épisode 17, Lynch clôt son sublime revival par des abîmes de mystères, par des questions vertigineuses. En quelle année sommes-nous ? Ou dans quel univers ? Qui sont Richard et Linda ? Qu’est-il arrivé à Diane ? Et Audrey dans tout ça ?

Autant de questions qui risquent de prolonger longtemps le plaisir qu’a procuré tout au long des 18 épisodes, sans jamais céder à la facilité ou relâcher la tension, ce show hallucinant et génial.

Jurassic Park 3 (id.) – de Joe Johnston – 2001

Posté : 24 octobre, 2018 @ 8:00 dans 2000-2009, FANTASTIQUE/SF, JOHNSTON Joe | Pas de commentaires »

Jurassic Park 3

Avec le premier Jurassic Park, mais aussi avec sa suite mal aimée, Steven Spielberg avait continué sa révolution en profondeur du cinéma populaire, entamée dès la fin des années 70. Sur un thème proche des Dents de la mer, mais aussi de Rencontres du 3e type, il signait de grands films de monstres, mêlant inspirations à l’ancienne (l’ombre de King Kong planait, omniprésente) et effets spéciaux novateurs et spectaculaires.

Avec ce troisième volet, Joe Johnston n’invente rien, ne crée rien, se contente la plupart du temps de citer Spielberg jusqu’à reprendre des plans, voire des séquences entières des deux premiers films. Mais au final, c’est ce manque total d’ambition qui finit par conférer au film un certain charme.

Le charme des petites productions d’autrefois, qui ne se prenaient pas pour autre chose que ce qu’elles étaient. Et c’est exactement ce que l’on peut dire de ce Jurassic Park 3, qui déroule gentiment ses scènes effrayantes sans vrai suspense. On connaît le héros (Sam Neill, rescapé du premier film), on sait d’avance qui va mourir et qui va s’en sortir. Et on n’est ni surpris, ni déçu.

Joe Johnston, au moins, ne se prend pas la tête. Il sait que l’effet de surprise du premier film ne peut pas se renouveler : il ne surjoue donc pas le choc de l’apparition des dinosaures. Il sait que le spectateur a vu suffisamment de films plus ou moins inspirés de celui de Spielberg : il se débarrasse des morts évidentes dès les premières minutes sur l’île des dinos.

Dégraissé au maximum, le film se contente d’enchaîner les séquences gentiment effrayantes, avec finalement peu d’idées (à l’exception d’une utilisation maligne et séduisante de la brume dans deux séquences clés, les meilleures du film), mais une vraie efficacité. Et le générique de fin arrive à peine une heure vingt après le début du film, suffisamment tôt pour éviter tout ennui, ou toute tentation de se prendre au sérieux. Bon choix.

Twin Peaks, le film (Twin Peaks, fire walk with me) – de David Lynch – 1992

Posté : 22 octobre, 2018 @ 8:00 dans 1990-1999, FANTASTIQUE/SF, LYNCH David, POLARS/NOIRS | Pas de commentaires »

Twin Peaks le film

On peut dire à peu près tout et son contraire de ce film : à la fois qu’il prolonge la série et qu’il la réinvente ; qu’il bouscule le spectateur mais lui offre tout ce qu’il souhaite ; qu’il change le regard que l’on porte sur la mort de Laura Palmer mais ne raconte à peu près rien d’autre que ce que l’on savait déjà. C’est aussi une sorte d’aboutissement, en même temps qu’un plan B (il était question d’une saison 3, avant que Lynch ne se « contente » d’un long métrage). Et puis l’œuvre d’un auteur, autant qu’un film de commande.

Dans ce film magnifique et hypnotique, souvent oublié dans la liste des grandes réussites de Lynch, le cinéaste réussit à nous tenir en haleine alors qu’on sait à peu près toujours, jusque dans le détail, ce qui va se passer. Si on a vu la série bien sûr, ce qui est quand même très recommandé, mais pas indispensable. Aucune chance de comprendre l’intrigue dans le cas contraire, mais est-ce vraiment si important ?

Le plaisir, comme dans tous les chefs d’œuvre lynchiens, consiste aussi à se laisser perdre dans les méandres du bonhomme, quelque part entre la grande tradition du film noir et un trip hallucinatoire entre rêve et réalité, où la frontière entre l’un et l’autre est de plus en plus intangible, où le passé, le présent, le futur, et ce qui aurait pu advenir se mêlent inexorablement.

Fire walk with me annonce Lost Highway et Mulholand Drive, premier volet d’une sorte de triptyque magnifique, sommet de la filmographie de Lynch. Un film total en quelque sorte, qui joue sur tous les sens, qui se ressent viscéralement autant qu’il se regarde et se comprend (à peu près). Un film dans lequel on prend un pied total à se laisser perdre, où les agents du FBI communiquent par danseuse muette interposée, où David Bowie est une apparition sortie du passé, où le Dale Cooper coincé dans la loge noire apparaît à une Laura Palmer encore bien vivante…

Et quand, après une première partie sans les lieux et les personnages qui nous sont si familiers (à l’exception de David Lynch lui-même, dans le rôle de Gordon Cole), l’histoire arrive enfin à Twin Peaks, Lynch répond aux attentes les plus primaires des fans de la première heure : une pancarte qui annonce l’arrivée dans la ville, les quelques notes inoubliables d’Angelo Badalementi, et puis la plupart des personnages qui défilent, parfois pour de simples apparitions… Le plaisir, immense, tient aussi à ça : à ce respect absolu pour la série, dont le film est un prolongement rigoureusement inutile pour l’histoire, mais absolument indispensable pour le trip.

Liliom – de Fritz Lang – 1934

Posté : 21 octobre, 2018 @ 8:00 dans 1930-1939, FANTASTIQUE/SF, LANG Fritz | Pas de commentaires »

Liliom Lang

De passage en France après avoir fui l’Allemagne nazi, et avant de gagner les Etats-Unis, Fritz Lang signe un unique film, répondant aux sollicitations d’un autre exilé allemand, Erich Pommer, le producteur de quelques-uns de ses grands films à la UFA, notamment Metropolis. C’est lui qui lui propose de porter à l’écran cette pièce du Hongrois Ferenc Molnár, déjà adaptée par Michael Curtiz dans son pays d’origine (en 1919), et surtout par Frank Borzage en 1930.

Quatre ans après, une autre adaptation était-elle indispensable ? Lang donne à cette histoire tragique un ton résolument différent du film de Borzage. Son « héros » Liliom, joué par Charles Boyer, est toujours un bonimenteur de foire vaurien et égoïste, plus apte à lever la main sur sa femme (Madeleine Ozeray) qu’à trouver un vrai travail qui assurerait l’avenir de sa famille. Et son destin est toujours aussi tragique. Mais Lang signe là ce qui ressemble le plus à une comédie dans sa filmographie.

Plus la situation est tragique, plus Lang appuie sur cette veine comique inattendue chez lui. Un face à face entre Liliom et un policier très zélé au commissariat se transforme en un véritable sketch étiré à l’envi, et quasiment muet. Quant à la fameuse dernière partie, au « Ciel », elle a tout d’une parodie. En flirtant avec le grotesque (les gros flics avec leurs ailes collées au dos, quand même), Lang insuffle une ironie grinçante qui lui évite de tomber dans le ridicule.

Un beau travail d’équilibriste, qui lui permet de passer d’un film au réalisme cru à cet onirisme très appuyé. Lang fait sienne la culture cinématographique française, ce réalisme poétique auquel il ajoute une pincée de cette esthétique expressionniste venue d’Allemagne. Il apporte aussi, donc, une crudité rare à la fois dans la violence, sans concession, et dans les rapports hommes-femmes brutaux et jamais aseptisés.

Dès leur première rencontre, Charles Boyer laisse joyeusement ses mains se balader sur la poitrine de Madeleine Ozeray. Et la violence physique et psychologique que subit cette dernière est particulièrement rude. La toute fin du film vient brouiller quelque peu le message quant à la violence faite aux femmes. Mais Liliom a au moins le mérite d’aborder ce sujet dès les années 30. Frontalement et sans rien enjoliver.

Le BGG, le Bon Gros Géant (The BFG, The Big Friendly Giant) – de Steven Spielberg – 2016

Posté : 20 octobre, 2018 @ 8:00 dans 2010-2019, FANTASTIQUE/SF, SPIELBERG Steven | Pas de commentaires »

Le BGG

Finalement, Spielberg n’aime rien tant que le grand écart. Après le très sombre Minority Report, il avait enchaîné avec le lumineux Arrête-moi si tu peux. Entre deux Jurassic Park, il avait tourné La Liste de Schindler. Après le très adulte et très intense Le Pont des Espions, voilà qu’il revient à un cinéma ouvertement tourné vers l’enfance : l’adaptation d’un classique de la littérature jeunesse, dont le personnage principal est une fillette.

Inattendu à ce stade de sa carrière ? Pas tant que ça. Certes, Spielberg est devenu avec le temps le plus grand des grands cinéastes classiques du moment. Mais son il a aussi une tendance de plus en plus marquée depuis une dizaine d’années à se retourner vers la genèse de son œuvre et vers ses rêves de jeunesse : les concrétisations de Lincoln et Tintin, deux projets de très longue date, en sont une forme. Ready Player One et le retour annoncé d’Indiana Jones en sont d’autres.

Reste qu’on n’attendait pas forcément Spielberg dans l’univers de Roald Dahl, qui semblait d’avantage taillé pour un Tim Burton (Charlie et la chocolaterie). Et qu’on se demandait un peu comment il allait s’en tirer. Techniquement et artistiquement, on lui faisait confiance, mais le roman est court, et direct. Comment donc en avait-il tiré un film de près de deux heures ?

Eh bien en rajoutant une foule de détails qui, loin de délayer inutilement l’histoire, renforcent joliment l’histoire et l’émotion, en restant fidèles à l’esprit de Roald Dahl. Le film est donc un beau récit sur l’enfance, un rien naïf : l’histoire d’une orpheline enlevée par un gentil géant, et confrontée à d’autres géants nettement moins sympathiques.

Dans la filmographie de Spielberg, et particulièrement dans sa filmo récente, Le BGG est une petite chose bien mineure. Mais visuellement, c’est une grande réussite, grâce en partie à la superbe photo de Janusz Kamiński, le chef op attitré de Spielberg depuis … Schindler, qui donne une chaleur et un aspect proche du rêve éveillé à ce film.

Mais le meilleur dans ce film, c’est peut-être Mark Rylance. Déjà à l’affiche du Pont des Espions, l’acteur est méconnaissable, transformé par la technique de la motion capture en géant disproportionné. Mais ses mouvements indéfinissables, à la fois lourds et aériens, et sa manière de prononcer les mots imaginés par Dahl représentent la meilleure des plus-valus du film par rapport au livre. Voir le film en VF serait, pour le coup, une erreur.

Twin Peaks, saison 2 (Twin Peaks, season 2) – créée par David Lynch et Mark Frost – 1990-1991

Posté : 19 octobre, 2018 @ 8:00 dans 1990-1999, CLIFFORD Graeme, DESCHANEL Caleb, DUNHAM Duwayne, EDEL Uli, FANTASTIQUE/SF, FOLEY James, FROST Mark, GLATTER Lesli Linka, GYLLENHAAL Stephen, HOLLAND Todd, HUNTER Tim, KEATON Diane, LYNCH David, POLARS/NOIRS, RATHBONE Tina, SANGER Jonathan, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Twin Peaks saison 2

7 épisodes dans la première saison. 22 dans cette deuxième. Un simple constat qui annonce un ton, une approche et un rythme très différent. La première partie de cette saison s’inscrit pourtant clairement dans la continuité de la première : le mystère autour de la mort de Laura Palmer est toujours aussi opaque, et les secrets que cette mort révèle à Twin Peaks de plus en plus lourds et sombres.

Sauf que le mystère qui a provoqué l’arrivée de Dale Cooper est résolu avant la mi-saison, répondant à la plupart des principales interrogations que l’on pouvait avoir. La plupart des principales, ai-je bien précisé : parce que le duo Lynch/Frost a pris un malin plaisir, dès le début de la série, de multiplier les pistes, les intrigues, les personnages et les secrets, avec une liberté totale, des directions qui semblent infinies, et en même temps une grande cohérence.

Jusqu’alors, il y avait en tout cas ce fil conducteur : la mort de Laura Palmer. Et après ? La série pouvait-elle garder son cap ? Rester aussi passionnante ? Mieux que ça : comme libérés de cette contrainte, Lynch et Frost densifient encore la richesse de leur univers, et accentuent le sentiment de liberté en tirant d’innombrables fils qui s’entrecroisent, s’emmêlent parfois aussi.

Bien sûr, il y avait déjà eu Le Prisonnier et quelques autres séries devenues (ou pas) cultes avec le temps. Mais jamais jusque là une série télé n’avait eu cette audace et cette qualité. X-Files, qui arrivera peu après, lui devra beaucoup (David Duchovny trouve d’ailleurs son premier rôle marquant dans cette saison 2 : celui d’un agent du FBI travesti), ainsi qu’à peu près toutes les séries d’auteur qui vont apparaître dans sa lignée.

Le show révolutionne tous les codes de la télévision, et fait entrer le cinéma de David Lynch dans un âge d’or. Et il marque durablement les esprits de générations de téléspectateurs, hantées par les cafés, les tartes aux cerises, les chouettes, les jeux d’échec ou les soldats de bois. Il y a dans Twin Peaks un extraordinaire foisonnement d’images fortes, de personnages hors du commun. Un incroyable mélange de trivialité et de merveilleux, de sentiments simples et de mystères insondables.

Bien sûr, on ne comprend pas toujours parfaitement. Mais quel plaisir de se laisser perdre dans les forêts touffues des abords de Twin Peaks, et dans les recoins tout aussi sombres et mystérieux de ses personnages, dont pas un (à l’exception peut-être des forces de l’ordre) ne semble dénué de secret.

Episode après épisode, on s’enfonce un peu plus dans le charme vénéneux de la ville et de la série, jusqu’à un final glaçant, insondable et fascinant, sommet de l’onirisme morbide lynchien, superbe apothéose d’une série qui continue à hanter bien des cinéphiles…

Dans la brume – de Daniel Roby – 2018

Posté : 14 octobre, 2018 @ 8:00 dans 2010-2019, FANTASTIQUE/SF, ROBY Daniel | Pas de commentaires »

Dans la brume

Une mystérieuse brume envahit Paris. Seuls ceux qui ont pu se réfugier dans les hauteurs de la capitale ont survécu. Parmi eux, les parents séparés d’une adolescente qu’une grave maladie oblige à vivre dans une sorte de bulle.

La première raison de voir ce film, et sans doute sa principale raison d’être : c’est cette vision hallucinante et très belle des toits de Paris dépassant d’une mer de brouillard. Une image dont la quiétude absolue (on pense à de grandioses paysages de montagne) tranche avec la mort qu’elle sous-entend.

Et cette image résume bien le parti-pris courageux de Daniel Roby, jeune réalisateur québecquois sans doute biberonné aux films fantastiques hollywoodiens d’autrefois, dont il impose la simplicité, le caractère anxiogène, l’aspect romanesque, l’art du twist, et surtout un beau classicisme qui tranche avec les montages saccadés et les cadres mouvants omniprésents aujourd’hui dans le cinéma de genre.

Pas de ça ici : Roby soigne ses cadres, sa caméra est la plupart du temps fixe, et le montage souligne constamment les parti-pris du cinéaste. Parmi ceux-là : la volonté de ne jamais quitter le point de vue de la famille au coeur de l’histoire. Jamais on n’en sait plus qu’eux, jamais le spectateur n’est en avance sur eux.

Des personnages plutôt bien dessinés, à défaut d’être surprenants. Olga Kurylenko est bien jolie et très émouvante, Romain Duris est excellent comme toujours, et le couple de vieux chez qui ils se réfugient est charmant et émouvant.

Sans multiplier inutilement les rebondissements, le film sait ménager le suspense et relancer la tension lorsqu’il le faut. D’accord, on voit venir le twist final gros comme un immeuble parisien. Mais Dans la brume reste une sorte d’exception bienvenue dans le cinéma de genre français actuel.

La Fin du monde – d’Abel Gance – 1931

Posté : 11 octobre, 2018 @ 8:00 dans 1930-1939, FANTASTIQUE/SF, GANCE Abel | Pas de commentaires »

La Fin du monde

Abel Gance y va un peu fort, pour son premier grand film parlant. Forcément, après son Napoléon, le choc est rude. Mais malgré toutes les qualités qu’on peut lui reconnaître (j’y viens), La Fin du monde est un film plombé par un message biblique lourdement appuyé (ça c’est pour le fond), et par une méconnaissance totale de l’usage du son (ça c’est pour la forme).

Le fond, donc. L’intention est bonne : une comète menace de détruire la terre entière, et imminence du néant va gommer toutes les rancœurs et toutes les tensions mondiales. Mais pourquoi avoir accompagner ça d’un préchi-précha religieux indigeste. D’autant plus indigeste qu’elle est renforcée, au moins dans la première partie, par la prestation outrancière insupportable d’Abel Gance lui-même en martyr autoproclamé, qui pour le spectateur semble surtout avoir pêté les plombs après joué le calvaire de Jésus sur scène…

Quant à la forme… l’ambition manifeste de Gance se heurte à la grande nouveauté du son. Il faudrait tenter une expérience : revoir le film en coupant le son. L’outrance du jeu des acteurs et la propension du réalisateur à souligner longuement chaque émotion paraîtraient sans doute plus authentiques. Pas le courage de tester… Mais le fait est que Gance reste un réalisateur du muet, qui se coltine le son sans trop savoir quoi en faire. En tout cas en n’en faisant pas grand-chose de convainquant.

Finalement, c’est lorsqu’il est le plus modeste que Gance s’épanouit le plus. Lors de la séquence pleine de suspense sur la Tour Eiffel en particulier, où le côté Tintin de l’intrigue (on pense quand même beaucoup à L’Etoile mystérieuse au début) prend toute sa dimension, avec de superbes plans de la structure.

La fin, quand même, succession de plans apocalyptiques assez hypnotiques, tend à rattraper les errances du film, et laisse planer le doute. Le film est-il réellement raté ? Où le sentiment d’inabouti (pour le moins) vient-il du fait que c’est une version mutilée qui a survécu : le film de Gance durait semble-t-il trois heures avant que les producteurs n’en coupent la moitié. Forcément, ça change des choses. Mais sans doute pas tout : rallongée, la prestation de Gance-acteur aurait sans doute été encore plus insupportable…

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