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Archive pour la catégorie 'FANTASTIQUE/SF'

C’est arrivé demain (It happened tomorrow) – de René Clair – 1944

Posté : 18 juin, 2022 @ 8:00 dans 1940-1949, CLAIR René, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

C'est arrivé demain

Alors qu’il s’apprête à fêter ses Noces d’Or, un vieux couple se remémore les événements incroyables qui leur sont arrivés bien des années plus tôt. Lui n’était qu’un tout jeune journaliste en ce XIXe siècle qui tirait à sa fin… Un jour, devant un vieil archiviste un peu étrange, il émit le rêve de connaître d’avance ce qu’il allait survenir. Le lendemain matin, il découvrit dans sa poche le journal du lendemain…

De cette histoire assez géniale, René Clair a tiré un petit bijou, plein de vie et de dynamisme. Un modèle de rythme et d’inventivité, qui trouve son apogée lorsque le héros lit dans le journal sa propre mort dans un hôtel. Dick Powell (formidable) déploie alors des tonnes d’énergie pour ne pas être là où il doit mourir. Sûr d’être invincible tant qu’il n’est pas dans cet hôtel, il se lance dans une course-poursuite extraordinaire, dans les rues, sur les toits… puis dans le hall de l’hôtel. C’est drôle, filant de gentils frissons amusés.

Dans le même registre, Clair réussit une bien amusante séquence de courses hippiques, où le héros se désespère de gagner immanquablement, parce que ses pari infaillibles confirment l’inéluctabilité de ce qu’il lit dans le journal, donc de sa propre mort.

Le charme immense du film vient surtout de la construction en un long flash-back, qui ajoute à cette histoire qui parle du futur proche un petit sentiment paradoxal de nostalgie. Et une vraie légèreté, puisqu’on sait d’emblée que cinquante ans d’amour attendent les deux jeunes héros.

Linda Darnell est charmante (et très vite très amoureuse), Jack Oakie est joyeusement grotesque, John Phillibert est attachant en « ange gardien »… A leur image, il règne sur le film une bienveillance et une grande tendresse. Voilà ce qu’on appelle un feel-good movie.

Demolition Man (id.) – de Marco Brambilla – 1993

Posté : 7 mai, 2022 @ 8:00 dans 1990-1999, ACTION US (1980-…), BRAMBILLA Marco, FANTASTIQUE/SF, STALLONE Sylvester | Pas de commentaires »

Demolition Man

Faisons un peu d’histoire. Il y a presque trente ans, Stallone sortait d’un passage à vide au début des années 90. Revenu au sommet (littéralement) avec Cliffhanger, l’une de ces histoires de résurrection qui lui conviennent si bien, il était annoncé à l’affiche d’un film de science-fiction dont la bande-annonce était hyper-alléchante : un Stallone dur et teigneux, sombre et violent.

Autant dire qu’à l’époque, les chansons de publicités vintages, l’humour aseptisé et les coquillages pour se torcher ont fait l’effet d’une douche tiède au spectateur avide d’un spectacle hard-boiled. A le revoir trois décennies plus tard, c’est plutôt une bonne surprise qui domine. Passée la scène d’ouverture (dans un quasi-présent) où l’action et les effets pyrotechniques semblent bien dépassés, le film a gagné en pouvoir de sympathie, assez paradoxalement.

Le petit culte qui a fini par l’entourer le rapproche de ces publicités gentiment ringardes que les gens du futur chantent à tout bout de chant. De fait Demolition Man invoque une sorte de nostalgie de ce qu’était le cinéma d’action dans les années 1990. Et même si le trait est franchement forcé, difficile de ne pas voir cet avenir aseptisé sans penser aux grosses productions d’aujourd’hui, totalement lissées par des effets numériques envahissants.

Dans Demolition Man, on est encore à une époque où les grosses productions permettaient de construire des décors surdimensionnés. En l’occurrence une cité souterraine ou un musée qui reconstitue le monde violent mais humain du XXe siècle. L’idée est d’ailleurs assez marrante de faire se retrouver le méchant et le flic d’hier dans un musée consacré à ce qui fut leur quotidien.

Réalisateur éphémère de blockbuster, reconverti ensuite dans l’art contemporain, Marco Brambilla joue énormément avec l’imagerie machiste de ces années-là, offrant à Stallone des tas de plans très à son avantage, soulignant son regard dur et ses muscles hyper dessinés, particulièrement en valeur à côté d’une Sandra Bullock aux traits débarrassés de toute aspérité.

Il y a un peu de cynisme et beaucoup d’ironie dans ce regard. Pas mal de distance aussi, et une réplique à la fin du film qui résume assez bien le propos, lorsque Stallone appelle au calme : entre la sauvagerie d’hier et l’aseptisation de demain, chacun fera un bout de chemin, et tous finiront par se retrouver au milieu. C’est assez con, assez marrant, et sans temps mort.

Sur un air de Charleston – de Jean Renoir – 1927

Posté : 6 mai, 2022 @ 8:00 dans 1920-1929, COURTS MÉTRAGES, FANTASTIQUE/SF, FILMS MUETS, RENOIR Jean | Pas de commentaires »

Sur un air de Charleston

Comme le titre ne le souligne pas, Sur un air de Charleston est un film muet. Et comme le titre ne le souligne pas non plus, c’est un film de science-fiction. Enfin à peu près. Sur le principe en tout cas : on est en 2028, « quelques années après la prochaine guerre » annonce un intertitre pas très visionnaire. Le film, c’est vrai, est bien moins pertinent dans sa représentation du futur que dans ce qu’il dit de l’époque où il est tourné.

C’est toujours intéressant de découvrir un film de jeunesse d’un grand cinéaste. Celui-ci est signé Jean Renoir, alors on s’y engage avec un certain enthousiasme, qui se heurte vite à une interrogation : qui donc a imaginé ça ? Le délire qui se dégage de ce film m’a en tout cas laissé franchement sur le bord de la route. Ce n’est pas encore ici que l’œuvre muette de Renoir va être réévaluée sur ce blog.

Nous sommes donc dans un futur où l’Europe est en partie recouverte par la glace, et où la civilisation la plus avancée se trouve en Afrique. Un explorateur (noir, donc, mais joué par un blanc maquillé très outrancièrement en noir, comme c’était de bon ton à l’époque) s’envole dans une sphère (pas très aérodynamique, au passage) et atterrit dans un Paris retourné à l’état sauvage. Pas de grands effets ici : on se contente d’un plan sur une tour Eiffel pliée en deux et du décor unique d’une rue abandonnée où se passe toute l’action.

Là, l’explorateur tombe sur une jeune femme très dévêtue (Catherine Hessling, la muse de Renoir fils comme elle a été celle de Renoir père), qui tue le temps en jouant avec un grand singe (un acteur recouvert d’un costume très approximatif) et en dansant le charleston. Que l’explorateur, qui craint d’être mangé par l’autochtone, découvre avec passion et décide d’importer dans son Afrique.

Vous saisissez l’inversion des valeurs ? L’Europe devient une terre de curiosité pour la très civilisée Afrique… Mouais. Curieux projet que ce film de jeunesse, qui dure à peine vingt-cinq minutes dont la moitié consacrée à un court de danse charleston. Oui, dans un film muet. Toute la gageure repose alors sur la capacité qu’a Renoir d’accrocher l’attention en filmant deux personnes se déhanchant. Il s’y essaye en multipliant les ralentis sur sa muse, dont le charme insolent a mal passé l’épreuve du temps.

Content de l’avoir vu, dirons-nous…

La Marque (Quatermass 2) – de Val Guest – 1957

Posté : 23 avril, 2022 @ 8:00 dans 1950-1959, FANTASTIQUE/SF, GUEST Val | Pas de commentaires »

La Marque

Plus encore que le premier film, ce deuxième Quatermass s’impose comme l’un des modèles incontournables d’un John Carpenter, qui s’en inspirera beaucoup, particulièrement pour l’un de ses chefs d’œuvre, Invasion Los Angeles. Le film de Val Guest prend le même parti pris d’évoquer un « grand remplacement » en s’intéressant à un microcosme socialement très marqué. Carpenter ira plus loin et de manière plus frappante dans sa peinture d’une Amérique de déclassés. Mais déjà, c’est un milieu similaire que choisit Guest : un petit village anglais dont la cohésion est basée sur le plein emploi offert par une usine voisine.

Une usine aux secrets bien mystérieux, et bien inquiétants. Ce que ce « brave » Quatermass ne tardera pas à comprendre. Toujours interprété par Brian Donlevy, Quatermass n’a rien gagné en sympathie. Clairvoyant et courageux, il n’en reste pas moins un homme froid et cassant, totalement dénué du plus petit sens de l’humour. Un personnage revêche et mal aimable, que Donlevy ne fait rien pour humaniser.

La menace est encore plus palpable et plus directe que dans Le Monstre. L’approche n’est pas plus ouvertement spectaculaire pour autant. Il y a bien la séquence finale, monstrueuse au sens premier du terme. Et il y a une utilisation assez remarquable d’effets spéciaux rudimentaires, mais d’une efficacité folle. Mais la plupart du temps, la tension et la peur passent par les silences, le hors-champs et l’attente. Encerclés par le danger, les personnages principaux se contentent de tourner la manette d’une machine, sans aucun effet supplémentaire, et c’est totalement prenant.

Cette histoire de marque qui confirme que les personnages ont été infectés n’a rien d’unique : elle sera reprise à de multiples reprises au cinéma ou à la télévision. Elle est abordée ici avec une simplicité qui fait mouche. La simplicité : c’est ce qui frappe le plus dans ce film flippant et direct, qui reste l’une des références incontournables dans la série B paranoïaque. Le personnage de Quatermass reviendra pour un troisième long métrage dix ans plus tard dont le titre annonce des thèmes similaires (Les Monstres de l’espace), mais sans Brian Donlevy, et sans Val Guest.

Le Monstre (The Quatermass Xperiment) – de Val Guest – 1955

Posté : 18 avril, 2022 @ 8:00 dans 1950-1959, FANTASTIQUE/SF, GUEST Val | Pas de commentaires »

Le Monstre

Voilà bien longtemps (ça se compte en décennies) que j’avais envie de voir ce Quatermass Xperiment, première aventure au cinéma d’un personnage (le scientifique Bernard Quatermass) imaginé par le scénariste Nigel Kneale (d’abord pour la BBC), film auquel John Carpenter se référait régulièrement, le considérant comme l’une de ses influences majeures.

C’est aussi le film dont le succès a marqué le début de l’âge d’or de la Hammer. Et d’emblée, dès la première séquence, l’importance du film et sa singularité apparaissent avec fulgurance. Val Guest filme la campagne anglaise dans ce qu’elle a de plus banale : un couple s’ébat entre deux balles de foin, lorsqu’une mystérieuse et inquiétante lumière apparaît. En quelques images d’une simplicité radicale, gardant le plus longtemps possible hors champs la source du malaise, Guest fait se confronter l’insouciance du quotidien et la terreur de l’inconnu.

L’histoire n’est pas si loin des films de SF américains, qui jouent allégrement sur la peur communiste à cette époque. Quatermass y est un scientifique qui a envoyé une fusée transportant trois hommes dans l’espace, fusée qui revient avec un seul survivant physiquement et mentalement transformé, et d’où les deux autres semblent avoir été tout simplement effacés. La menace qui vient de l’espace, la crainte pour la survie de l’humanité… Rien de bien neuf, au fond.

Sauf que la menace en question repose moins sur un invasion à proprement parler que sur un phénomène physique qui relève plus de l’incident naturel. Elle est intérieure, larvée, intime et douloureuse. Ni gentils, ni méchants dans ce film où le sentiment d’étouffement ne cesse de croître. Le personnage principal lui-même, incarné par un Brian Donlevy tout en raideur butée, est franchement antipathique. Quant au flic Lomax joué par Jack Warner, il est aussi sympathique… que transparent.

Mais si le film est aussi passionnant, aussi tendu, c’est pour l’intelligence et l’intensité de sa mise en scène. Val Guest joue habilement avec les détails qui détonnent avec le contexte très réaliste. Une lumière dans le ciel donc, mais aussi une main boursouflée que l’on devine dans une poche, une traînée visqueuse sur le sol. Les gros effets sont rares, et c’est cette économie de moyen qui les rend plus percutants. Un petit modèle de mise en scène qui, malgré le côté un peu statique des scènes les plus dialoguées, reste d’une efficacité folle.

Don’t look up : déni cosmique (Don’t look up) – d’Adam McKay – 2021

Posté : 22 février, 2022 @ 8:00 dans 2020-2029, FANTASTIQUE/SF, McKAY Adam | Pas de commentaires »

Don't look up

Au départ : l’envie d’Adam McKay d’évoquer la crise climatique. A l’arrivée, une comédie d’un cynisme radical sur le déni climatique. Don’t loop up manque sans doute un peu de folie dans la forme. Pas sur le fond. Le scénario est quand même l’un des plus barrés, et l’un des plus riches de ces dernières années.

Tout commence par une découverte excitante pour une poignée d’astronomes : une doctorante (Jennifer Lawrence) et son professeur (Leonardo Di Caprio) ont découvert l’existence d’une énorme comète inconnue jusqu’à présent. Cidre et crackers pour tout le monde ! C’est toujours cool de pouvoir donner son nom à un rocher dans l’espace. Reste à calculer la trajectoire du truc, et là, c’est la douche froide. Six mois et quatorze jours : c’est le temps qui reste avant l’impact, direct et fatal, avec la terre. A la clé : l’extinction de toute forme de vie.

Heureusement, il reste suffisamment de temps pour expliquer la situation à madame la présidente des Etats-Unis (Meryl Streep), qui pourra sans grande difficulté faire ce qu’il faut pour faire exploser la comète « tueuse de planète ». Sauf que la grande dame est plongée en plein scandale, et qu’elle ne pense qu’aux sondages. Quant à la star des médias (Cate Blanchett), elle craque sur le sexy scientifique, mais blackliste l’hystérique lanceuse d’alerte, tout sauf glamour. Manquait plus que le grand capital… Il s’en même, sous les traits d’un richissime magnat des nouvelles technologies (Mark Rylance) qui voit tout le potentiel qu’il peut tirer de la situation.

Bref. On n’est pas dans la merde… Et on voit bien le glaçant parallèle avec la crise climatique, le déni écologique de notre époque. Dans cette débâcle, c’est des détails que viennent les sourires. De l’obsession de Jennifer Lawrence pour la mesquinerie de ce haut responsable de la NASA qui s’est fait rembourser des grignotages qui étaient gratuits. Des horreurs (« il est d’une autre époque ») débitées par un Ron Perlman en pseudo sauveur de l’humanité. Ou de l’irrésistible arrogance (ou est-ce de la stupidité?) d’un Jonah Hill, génial en chef de cabinet de sa mère de présidente.

Adam McKay filme ça avec la légèreté d’une comédie, oui, mais sans pour autant sacrifier les enjeux dramatiques, évidemment immenses. Don’t look up prend ainsi les attraits d’un vrai film apocalyptique, poignant, critique acerbe et tous azimuts de notre époque (politiques, réseaux sociaux, médias, capitalisme… tout en bloc), et ode bienveillante à la beauté des choses simples. Entre deux rires grinçants, le film révèle même une belle profondeur. Et avec un casting proprement hallucinant, ce qui ne gâche rien (on n’a pas encore cité Timothée Chalamet, Ariana Grande, Michael Chiklis ou Paul Guilfoyle…). Un rien trop sage, mais réjouissant, et assez glaçant.

La Quatrième dimension (The Twilight Zone) – créée par Rod Serling – saison 1 – 1959/1960

Posté : 5 février, 2022 @ 8:00 dans 1950-1959, 1960-1969, BARE Richard L., BRAHM John, CLAXTON William F., COURTS MÉTRAGES, FANTASTIQUE/SF, FLOREY Robert, GANZER Alvin, HEYES Douglas, LEISEN Mitchell, PARRISH Robert, REISNER Allen, ROSENBERG Stuart, SERLING Rod, SMIGHT Jack, STEVENS Robert, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

[pilote et épisodes 1 à 20]

La Quatrième dimension 1 The Time Element

The Time Element (pilote)

* pilote : The Time Element (id.) – réalisé par Allen Reisner

Ce n’est pas encore tout à fait The Twilight Zone : le célèbre générique et la voix du créateur et scénariste Rod Serling sont encore absents. Mais The Time Element, diffusé dans le cadre du programme Westinghouse Desilu Playhouse, est considéré comme le pilote de la série. Ses qualités incontestables vont propulser le show, qui deviendra très vite l’une des plus éclatante réussites de l’histoire de la télévision.

Plus long qu’un épisode classique (près d’une heure ici), ce moyen métrage se base, comme beaucoup d’épisodes par la suite, sur un thème récurrent du cinéma fantastique, en l’occurrence le voyage dans le temps. Mais sur un mode inattendu : c’est lorsqu’il rêve que le personnage interprété par William Bendix est propulsé une quinzaine d’années en arrière, à la veille de l’attaque des Japonais sur Pearl Harbor, rêve récurrent qu’il raconte à un psychiatre, joué par Martin Balsam.

Les scènes dans lesquelles ce dernier apparaît ne sont pas les plus pertinentes : le film aurait sans doute gagné en intensité en se concentrant uniquement sur l’expérience de ce vétéran confronté à ce qu’il sait être une tragédie à venir. D’ailleurs, les allers-retours passé-présent sont de moins en moins nombreux, et l’intrigue se recentre de plus en plus sur la partie se déroulant en 1941. La plus passionnante, et la plus tendue.

* 1 : Solitude (Where is everybody ?) – réalisé par Robert Stevens

Le véritable « pilote » n’ayant pas été diffusé, c’est avec cet épisode que les spectateurs français ont découvert cette série mythique. Et d’emblée, tout ce qui fera le succès du show est déjà là : cette manière de faire naître l’angoisse de nulle part, de transformer le quotidien en cauchemar éveillé, sans grosses ficelles, sans gros moyens, juste avec des histoires intrigantes ou dérangeantes, et une mise en scène soignée.

Ce premier épisode se base sur un motif que l’on retrouvera au cours des saisons à venir : un homme, amnésique, se retrouve dans une ville dont tous les habitants semblent s’être évaporés. D’abord amusé, puis étonné, il réalise peu à peu l’horreur de sa situation. Le film doit d’ailleurs beaucoup à l’interprétation d’Earl Holloman, seul à l’écran la plupart du temps, et excellent.

La réussite repose aussi sur la manière dont le personnage est constamment contraint par les objets qui l’entourent, et qui l’enferment avec un sentiment grandissant de menace : un vélo qui le fait trébucher, une cabine téléphonique qui refuse de le faire sortir, une porte de prison qui semble vouloir le retenir, des présentoirs qui tournent sur eux-mêmes comme s’ils le dévoraient…

Avec sa conclusion trop explicative, Rod Serling, le créateur et scénariste du show, ne va pas au bout de la logique qui sera celle des épisodes et des saisons à venir, et fait un peu retomber la pression. Mais ce coup d’essai est pour le moins plein de promesses.

* 2 : Pour les anges (One for angels) – réalisé par Robert Parrish

Changement de ton avec cette variation tendre et gentiment cruelle sur le thème de la Mort qui vient chercher sa victime. La Grande Faucheuse est bien loin de l’intraitable incarnation du Septième Sceau, et a ici les traits avenants et compréhensifs et le costume impeccable de Murray Hamilton (qui sera le maire cynique des Dents de la mer). Quant à celui dont l’heure a sonné, c’est Ed Wynn, en vieux colporteur au grand cœur, qui pense avoir trouvé le truc infaillible pour sauver sa peau.

Sauf que tricher avec la Mort n’est pas sans conséquence. Et pour faire simple, il réalise bientôt que le sursis dont il dispose pourrait bien coûter la vie à une fillette. Au-delà de ses ressors plutôt rigolos (la Mort est transformée en acheteur compulsif par le bagout du vieil homme), le film parle du temps qui passe, de la trace que l’on laisse, et de l’acceptation de sa propre mort.

La Quatrième dimension 1 Souvenir d'enfance

Souvenir d’enfance (Walking distance)

* 3 : La Seconde chance (Mr. Denton on Doomsday) – réalisé par Allen Reisner

Excellente variation sur le thème westernien du tireur rattrapé par sa réputation. Dan Duryea y est formidable dans le rôle d’un alcoolique pathétique hanté les morts dont il a été responsable par le passé, et torturé par un Martin Landau parfaitement odieux, tout de noir vêtu.

Comme dans l’épisode précédent, le fantastique prend la forme d’une apparition mystérieuse : celle d’un colporteur au regard affûté et au verbe rare nommé « Faith » (destin). Plus qu’un film sur la chance ou le destin, cet épisode très réussi est aussi une réflexion bienveillante sur le libre arbitre.

* 4 : Du succès au déclin (The Sixteen-millimeter Shrine) – réalisé par Mitchell Leisen

Une actrice, star déchue, vit recluse dans sa villa où elle passe ses journées à revoir ses vieux films. La parenté avec Sunset Boulevard est évidente, et parfaitement assumée. Ida Lupino, dans le rôle principal, est une sorte de double bouleversante de Norma Desmond, qui finirait par réaliser le fantasme du personnage imaginé par Billy Wilder.

Un plan, magnifique, résume bien la réussite de cet épisode : dans le salon obscur transformé en salle de projection, l’actrice surgit de derrière l’écran, comme si elle en sortait… La frontière entre le passé et le présent, la difficulté d’accepter le temps qui passe : tout est dans ce plan. Une nouvelle réussite, avec aussi Martin Balsam et Ted De Corsia.

* 5 : Souvenir d’enfance (Walking Distance) – réalisé par Robert Stevens

Voilà l’un des classiques qui ont fait la grandeur de Twilight Zone (et qui ont marqué mon enfance) : l’histoire d’un homme (Gig Young) qui fuit une vie qu’il trouve insupportable et se retrouve dans la petite ville où il a grandi et où il n’a plus mis les pieds depuis 20 ans… avant de réaliser qu’il est aussi revenu 20 ans en arrière, à l’époque de son enfance.

Délicieusement nostalgique, cet épisode est une merveille, qui illustre le désir de beaucoup de retrouver ses souvenirs d’enfance. Très émouvant, par moments franchement bouleversant (le dialogue final avec son père, le milk-shake à trois boules…), mais pas passéiste pour autant, Souvenir d’enfance fait partie des chefs d’œuvre de la série.

La Quatrième dimension 1 Question de temps

Question de temps (Time enough at last)

* 6 : Immortel, moi jamais ! (Escape Clause) – réalisé par Mitchell Leisen

Première petite déception pour cette série jusqu’ici impeccable. Pas que cette variation sur le thème de l’âme vendue au diable soit un ratage : son parti-pris est même plutôt rigolo, avec ce type odieux pour qui le monde entier tourne autour de sa petite personne. Mais le personnage (interprété par David Wayne) est totalement monolithique, sans l’once d’une fêlure dans la carapace. Difficile dans ces conditions de s’identifier, ou même de ressentir une quelconque émotion.

Mais l’histoire de cet homme qui acquiert l’immortalité sans trop savoir quoi en faire s’achève par l’un de ces twists dont Rod Serling a le secret. Et le diable a l’apparence bonhomme de l’excellent Thomas Gomez. Rien que pour ça…

* 7 : Le Solitaire (The Lonely) – réalisé par Jack Smight

Un homme condamné pour meurtre vit seul en exil sur un astéroïde à des milliers de kilomètres de la Terre. Un jour, l’officier qui le ravitaille lui apporte un robot qui ressemble trait pour trait à une femme de chair et d’os, avec des sensations et des émotions…

Fidèle à ses habitudes, la série rejette toute idée de spectaculaire : le décor est celui, banal, d’une région désertique, avec ses grands espaces, une petite cahute un peu minable, et même un vieux tacot qui ne roule pas. Au milieu, Jack Warden, excellent dans le rôle d’un homme rongé par la solitude, qui réapprend à vivre au contact de ce robot si humain.

Ce joli épisode très émouvant est une belle réflexion sur la nécessité de vivre en société, et sur la nature des sentiments. Très juste, et porté par la belle musique de Bernard Herrmann.

* 8 : Question de temps (Time enough at last) – réalisé par John Brahm

Voilà peut-être l’épisode qui m’a le plus marqué dans ma jeunesse. Et même sans la surprise du terrible rebondissement final, il faut reconnaître que ce petit bijou garde toute sa force. Et quelle interprétation de la part de Burgess Meredith, formidable en petit homme à lunettes amoureux fou des livres, contraint de lire en cachette pour éviter les remontrances de son patron et de sa femme (à ce propos, j’étais persuadé qu’on le voyait lire les étiquettes des bouteilles à table, alors qu’il ne fait que le mentionner).

En moins de trente minutes, John Brahm raconte le triste et banal quotidien de ce doux rêveur, et le confronte à l’apocalypse, faisant de lui le dernier homme sur terre. Son errance est alors déchirante, puis enthousiasmante, puis pathétique. Beau, émouvant, et d’une grande justesse : un petit chef d’œuvre.

La Quatrième Dimension 1 La Nuit du jugement

La Nuit du jugement (Judgment Night)

* 9 : La Poursuite du rêve (Perchance to dream) – réalisé par Robert Florey

Un homme arrive chez un psychiatre et lui explique qu’il est éveillé depuis près de quatre jours : s’il s’endort, il meurt… Un point de départ très intriguant pour cet épisode qui ne tient pas totalement ses promesses. Le propos est un peu confus, et part vers plusieurs directions différentes avant de se focaliser sur les mystères des rêves.

Cela dit, cet épisode illustre parfaitement l’économie de moyen propre à la série, qui sait créer une atmosphère d’angoisse à partir d’éléments du quotidien. Il offre aussi un beau rôle à l’excellent Richard Conte, face à un John Larch plus en retrait. Quant aux scènes de rêve, qui occupent une grande partie de la seconde moitié, elles sont à la fois sobres et joliment stylisées.

* 10 : La Nuit du jugement (Judgment Night) – réalisé par John Brahm

Un homme se réveille sur un bateau naviguant sans escorte en 1942, dans une mer infestée de sous-marins allemands… Qui est-il ? Comment est-il arrivé là ? Lui-même ne s’en souvient pas. Mais il a bientôt la certitude, de plus en plus précise, d’une catastrophe qui approche.

On retrouve le John Brahm de The Lodger dans cet épisode passionnant et particulièrement angoissant, avec ces images nocturnes baignés de brume. Comme dans ses films noirs des années 40, Brahm fait du brouillard le décor cinématographiquement idéal pour faire naître la peur : quoi de plus effrayant que ce qu’on ne peut pas voir ?

Une grande réussite, portée par l’interprétation habitée de Nehemiah Persoff. A noter l’apparition, dans un petit rôle, du futur John Steed de Chapeau melon, Patrick McNee.

* 11 : Les trois fantômes (And when the sky was opened) – réalisé par Douglas Heyes

Richard Matheson a imaginé une histoire particulièrement flippante pour cet épisode, réalisée très efficacement : trois astronautes survivent miraculeusement au crash de leur appareil. Peu après, l’un d’eux disparaît subitement, et c’est comme s’il n’avait jamais existé : seul l’un de ses camarades se souvient de lui.

C’est du pur Twilight Zone, un cauchemar éveillé dérangeant et réjouissant à la fois. Dans le rôle principal, Rod Taylor, futur adversaire des Oiseaux devant la caméra de Hitchcock, affronte ici une menace aussi angoissante, aussi mystérieuse, et nettement moins palpable.

La Quatrième Dimension 1 Quatre d'entre nous sont mourants

Quatre d’entre nous sont mourants (The four of us are dying)

* 12 : Je sais ce qu’il vous faut (What you need) – réalisé par Alvin Ganzer

Un vieux marchand ambulant a le don de voir l’avenir de ses clients, et sait d’avance ce dont ils ont vraiment besoin. Une jolie idée, qui donne lieu à une belle séquence d’introduction, pleine d’une bienveillance à la Capra : un ancien joueur de base-ball et une jeune femme solitaire se voient offrir grâce au vieil homme une seconde chance.

Mais le personnage principal est un sale type, qui voit rapidement le bénéfice qu’il peut tirer de ce don. La bienveillance disparaît alors pour laisser la place à un petit suspense, et surtout à un face-à-face ironique, et plus du tout bienveillant pour le coup. Une réussite, modeste et surprenante à la fois.

* 13 : Quatre d’entre nous sont mourants (The four of us are dying) – réalisé par John Brahm

Il suffit d’un plan pour se rendre compte que cet épisode-là est mis en scène par un grand cinéaste. Plan désaxé, néons omniprésents qui soulignent le poids de la grande ville… John Brahm, qui avait définitivement abandonné le cinéma pour la télévision, s’empare d’un scénario malin mais un peu bancal pour signer un petit film stylisé et fascinant.

L’idée est très originale : un homme a le don de changer de visage comme il le souhaite, et en profite pour prendre l’identité d’hommes décédés récemment. Mais les épisodes s’enchaînent sans qu’on y croit réellement. Brahm semble nettement plus intéressé par l’atmosphère que par l’histoire, et se montre particulièrement inspiré.

Les scènes en extérieurs, surtout, sont formidables, avec ces décors à la limite de l’expressionnisme, qui tranchent avec des intérieurs nettement plus sages et donnent au film un rythme et un esprit étonnants et séduisants.

* 14 : Troisième à partir du soleil (Third from the sun) – réalisé par Richard L. Bare

C’est sans doute le thème qui caractérise le mieux le show : la paranoïa autour de la bombe H, la peur de l’apocalypse… Dans cet épisode, ce thème est traité avec une simplicité de moyen et une efficacité brute qui forcent le respect. Soit : deux familles qui savent que le monde est sur le point d’être anéanti par l’arme nucléaire, et qui décident de partir vers une autre planète à bord d’un engin top secret…

La majeure partie du métrage se déroule à huis-clos dans un intérieur tout ce qu’il y a de plus classique : une simple maison de banlieue où la tension devient de plus en plus forte. Gros plans, contre-plongées, montage au cordeau… Richard Bare filme ses six personnages au plus près en mettant particulièrement en valeur les lourds silences, les non-dits inquiétants. Et quand il prend la route, c’est avec une série de plans hallucinés et désaxés sur une voiture en mouvement, irréels et pesants.

On en oublierait presque le twist final, aussi simple que réjouissant. Cet épisode est une leçon de mise en scène, ou comment réaliser un grand film d’angoissant avec zéro moyen.

La Quatrième Dimension 1 La Flèche dans le ciel

La Flèche dans le ciel (I shot an arrow into the air)

* 15 : La Flèche dans le ciel (I shot an arrow into the air) – réalisé par Stuart Rosenberg

Une fusée disparaît des radars quelques minutes après son lancement. Les survivants ignorent tout du lieu particulièrement hostile où ils se sont crashés, et tentent de s’organiser pour leur survie…

Il y a une idée particulièrement forte au cœur de cet épisode. Mais le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on la voit venir à des kilomètres, cette idée qui constitue le twist final et dont on ne dira donc rien ici. Le plus gênant, c’est que la manière n’est pas non plus à la hauteur. En tout cas pas vue par des yeux d’aujourd’hui : l’équipage et ses rites paraissent bien vieillots.

Reste quand même une dernière scène qui frappe par sa tension, alors que, justement, on a compris depuis longtemps la surprise finale qu’elle nous réserve.

* 16 : L’Auto-stoppeur (The Hitch-hiker) – réalisé par Alvin Ganzer

Une jeune automobiliste qui traverse les Etats-Unis échappe à un accident après qu’un de ses pneus a explosé. En reprenant la route, elle ne cesse de voir un mystérieux auto-stoppeur qui semble la suivre, voire la précéder…

Inger Stevens est formidable dans le rôle de cette jeune femme qui sombre dans une sorte de cauchemar éveillé, au bord de la folie. Un excellent épisode dont les premières minutes sont absolument glaçantes, et qui n’est gâché par moments que par une inutile voix off, qui sonne comme un aveu d’impuissance de la part d’un réalisateur pas sûr de la force de sa seule mise en scène.

Il a tort : L’Auto-stoppeur est un road-movie inquiétant dont les parti-pris (la simplicité, la forme, le décor) annoncent le Duel de Spielberg, grand fan de Twilight Zone (il co-réalisera l’adaptation cinéma, bien des années plus tard). Pas sûr que ce soit un simple hasard.

* 17 : La Fièvre du jeu (The Fever) – réalisé par Robert Florey

Un homme très droit, qui place la morale au-dessus de tout. Jusqu’à ce que sa femme gagne un week-end tout frais payé dans la capitale du péché. Las Vegas, dont la fièvre se résume ici à une unique salle de jeux, et surtout à une machine à sous, qui serait banale et anodine si elle ne tapait à ce point dans l’oeil de cet homme si droit, si moralisateur, et finalement si faible.

C’est une critique finalement elle aussi très morale du monde du jeu que signe Robert Florey, sur un scénario du maître des lieux Rod Serling. Jouer pour de l’argent, c’est mal. C’est flagrant, et franchement radical. Trop radical, trop brutal, pour être totalement convaincant, mais Everett Sloane, filmé en très gros plans suintants, est formidable dans le rôle principal. C’est la vision de son visage, de plus en plus proche et fiévreux, qui crée le malaise et l’angoisse.

La Quatrième Dimension Infanterie Platon

Infanterie  »Platon » (The Purple Testament)

* 18 : Le Lâche (The Last Flight) – réalisé par William F. Claxton

The Last Flight ne tient que sur cinq minutes, les dernières : un paradoxe temporel assez vertigineux sur lequel on aurait bien du mal à mettre des mots. Essayons quand même : un pilote anglais de 1917, qui a atterri sur une base américaine en 1959, réalise qu’il doit repartir à son époque avant que n’atterrisse un officier qui fut son équipier 42 ans plus tôt, et que lui seul aurait pu sauver de la mort. S’il reste là à l’attendre, alors l’aura n’aura pas pu être sauvé.

Belle pirouette tardive, pour un épisode qui commence assez mollement, avec ce voyage dans le temps qui semble déjà bien éculé. Willam F. Claxton fait le job avec un métier indéniable, mais sans éclat, sans cette petite étincelle de mystère qui caractérise tant de moments de la série. Plaisant tout au plus jusqu’au final, qui nous laisse sur une impression nettement plus consistante. In fine.

* 19 : Infanterie « Platon » (The Purple Testament) – réalisé par Richard L. Bare

Un cauchemar comme on les aime dans Twilight Zone : simple et terrifiant à la fois, dépouillé et profondément humain. En l’occurrence le destin d’un officier américain en 1945, dans le Pacifique, qui sait juste en regardant les visages lesquels des soldats qui l’entourent vont mourir dans les batailles à venir. Idée formidable, traitement proche de l’épure, avec un simple halo de lumière qui éclaire les visages.

La force de ce bel épisode, puissant et marquant, réside dans le point de vue, qui ne quitte que rarement celui de l’officier en question. Si le rebondissement final est franchement attendu, tout ce qui précède est beau, car dénué d’effet facile : cet épisode est à hauteur d’homme, et c’est par le regard du personnage principal (William Reynolds) que tout passe : l’horreur, la peur, la fatalité… la résignation d’un homme qui côtoie la mort depuis trop longtemps.

* 20 : Requiem (Elegy) – réalisé par Douglas Heyes

Trois astronautes perdus dans l’espace, à cours de carburant, atterrissent sur une planète inconnue qui ressemble étrangement à la terre, mais où le temps semble s’être arrêté 200 ans plus tôt.

Episode assez banal et bancal. La série nous avait déjà fait le coup de l’ersatz de notre planète, en plus inspiré. Le scénario est plutôt mystérieux, et quelques plans tournant autour de la population figée sont assez beaux, l’apparition d’un Cecil Kellaway rigolard est réjouissante. Mais la réalisation de Douglas Heyes manque de folie, et la révélation finale a quelque chose d’approximatif, pas franchement convaincant.

Angel Heart : aux portes de l’enfer (Angel Heart) – d’Alan Parker – 1987

Posté : 10 janvier, 2022 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, DE NIRO Robert, FANTASTIQUE/SF, PARKER Alan | Pas de commentaires »

Angel Heart

Harry Angel, un détective privé sans envergure est engagé par un mystérieux Louis Cypher pour retrouver la trace d’un musicien disparu depuis douze ans. Angel… Louis Cypher… En deux patronymes un peu lourdingues, l’atmosphère est posée. Sous les allures d’un film noir aux images plutôt chiadées se tapis, littéralement, une descente aux enfers : l’éternelle histoire de l’âme vendue au diable.

Angel Heart est un film aux belles ambitions, qui flirte constamment avec les codes de deux genres bien différents, qui n’ont que très rarement eu l’occasion de se côtoyer. Il y a bien eu le très bon Alias Nick Beal de John Farrow en 1949, mais Alan Parker s’en démarque, en instaurant d’emblée une esthétique bien de son époque. Même si l’intrigue se déroule une dizaine d’années après la seconde guerre mondiale, Angel Heart est clairement ancré dans les années 1980, avec des images hyper léchées.

Pour le coup, l’esthétique volontiers clipesque de cette décennies est assez bien utilisée dans une série de belles images, souvent fascinantes : en particulier cette cage d’ascenseur qui revient comme un mantra, ne cessant de s’enfoncer toujours plus profondément. La symbolique, bien sûr, est évidente. C’est la descente aux enfer du personnage principal, entraîner dans une enquête qui le dépasse, croit-on d’abord, qui le mène des quartiers chauds de New York à une Louisiane à l’ambiance moite.

Parker filme avec un vrai talent cette ambiance, la magie noir omniprésente, et le malaise qui s’installe et ne cesse de grandir. Il réussit quelques moments de pur cauchemar : cette scène où le sexe et le sang s’entremêlent de la manière la plus dérangeante qui soit. Et il filme un Mickey Rourke remarquablement pathétique, qui subit plus qu’il ne provoque les événements. Une loque, qui suinte et qui saigne lamentablement.

Le malaise est bien là, donc, mais il manque au film ce petit quelque chose, ce liant, cette patte (de poulet) que Parker n’a pas, et qui aurait pu faire pencher Angel Heart du côté d’un grand film. Les images sont belles, l’ambition l’est tout autant, mais jamais le sentiment de peur et de paranoïa ne prend la dimension prévue. Robert DeNiro n’y peut rien. Se contentant de quelques apparitions suaves et sages en Lucifer urbain, jamais vraiment inquiétant.

On peut saluer l’ambition d’Alan Parker avec ce film. On peut aussi rêver de ce qu’en aurait fait le John Carpenter de ces années-là, celui de Prince des Ténèbres en particulier, produit à la même période, et autrement plus cauchemardesque et traumatisant que ce Angel Heart qui marque bien plus les esprits par ses belles ambitions que par ses effets.

Ad Astra (id.) – de James Gray – 2019

Posté : 31 décembre, 2021 @ 8:00 dans 2010-2019, FANTASTIQUE/SF, GRAY James | Pas de commentaires »

Ad Astra

Le réalisme immersif d’Alfonso Cuaron dans Gravity ? Pas pour lui. La métaphysique pompeuse de Christopher Nolan avec Interstellar ? Pas son truc… Le cinéma de James Gray est avant tout une plongée dans les affres de l’âme humaine. Un cinéma à hauteur d’hommes, souvent sous les attraits du film de genre. Ad Astra, première expérience science-fictionnesque de Gray, ne fait pas exception. Et on a bien le droit d’estimer qu’Ad Astra, sans doute moins spectaculaire, est aussi supérieur aux deux grands succès de Cuaron et Nolan.

Ad Astra raconte la quête de Brad Pitt, astronaute vivant dans l’ombre d’un père devenu une légende après avoir disparu près de trente ans plus tôt dans une mission aux confins du système solaire. La quête du père et de sa propre identité : le voilà envoyé sur la piste de ce père disparu, qui pourrait bien ne pas être mort, et qui pourrait bien ne pas être le héros que tout le monde croit. Et le voilà parti pour un long voyage solitaire dans des contrées inconnues et dangereuses… James Gray signe un grand film de science-fiction, sur une trame qui pourrait être celle d’un western.

On pense au John Wayne de La Prisonnière du désert bien sûr, dont Brad Pitt est un bel héritier. Comme un clin d’œil au genre, James Gray s’autorise d’ailleurs une scène digne d’une attaque d’indiens : une course poursuite entre le convoi de notre héros et des véhicules étrangers sur la surface déserte de la lune, séquence sans aucun rapport avec l’intrigue principale, et assez bluffante.

Le cinéma de Gray est avant tout humain, ce qui ne l’empêche pas de soigner le spectacle, avec quelques morceaux de bravoure parfaitement tendus, dans lesquels il s’approprie parfaitement les codes du « film d’espace ». Sans pour autant marcher sur les pas de Cuaron. La séquence d’ouverture sonne d’ailleurs comme un manifeste. La situation ressemble à celle de Gravity, à ceci près que le film de Gray est ancré sur terre : un astronaute en mission à l’extérieur d’un module, une catastrophe, et… la chute, avec une vraie gravité, le module étant au sommet d’une tour plantée sur le sol.

Cette chute annonce le destin de Brad Pitt, magnifique de sobriété et d’émotion dans le rôle de cet homme brisé par le poids de ce père disparu (joué par Tommy Lee Jones). Un homme rongé par la solitude, étranger à lui-même, lancé dans une quête de lui-même. Tout ça mêlé à une mission à haut risque pour sauver l’humanité. C’est ambitieux, intime, spectaculaire et humain. James Gray, décidément très grand cinéaste, emballe tout ça avec une maîtrise totale et une grande simplicité.

Au final, moins tape-à-l’œil que Gravity ou Interstellar, Ad Astra se révèle à peu près aussi impressionnant, sans doute plus profond, et assurément plus émouvant. Grand film, grand cinéaste.

Les Contes d’Hoffmann (Hoffmanns Erzählungen) – de Max Neufeld – 1923

Posté : 27 décembre, 2021 @ 8:00 dans 1920-1929, FANTASTIQUE/SF, NEUFELD Max | Pas de commentaires »

Les Contes d'Hoffmann

Presque trente ans avant la version de Michael Powell et Emeric Pressburger, l’Autrichien Max Neufeld avait déjà adapté, réalisé et interprété Les Contes d’Hoffmann. Bien sûr, adapter un opéra à l’époque du muet relève, au mieux de la gageure. Le pari pourrait être excitant. Il s’avère un peu plombant.

Neufeld, que je découvre avec ce film longtemps considéré comme perdu, a sûrement beaucoup de qualités. Mais ses ambitions restent ici constamment limitées. Pas question de pallier l’absence de musique par la seule grâce de la mise en scène, qui pour le coup n’a pas grand-chose de purement musicale. De l’opéra, il ne subsiste à vrai dire que deux scènes de danse pas franchement renversantes.

De l’œuvre d’Offenbach, Neufeld (livret de Jules Barbier, inspiré des contes du poète Ernst Theodor Amadeus Hoffman, au moins pour l’esprit) conserve l’intrigue et la construction, qui en fait l’un des précurseurs du film à sketch : un étudiant viennois, éternel voyageur, débarque dans une taverne et raconte à ses comparses trois improbables étapes de ses voyages, qui l’ont confronté à des formes inattendues de l’amour.

Une femme automate, un pacte avec le Diable, un violon enchanté… Les chemins de l’amour sont impénétrables, paraît-il. Ils paraissent en tout cas bien datés dans ce film, qui flirte avec l’expressionnisme sans jamais verser dans la folie des grands classiques du genre. Les décors sont stylisés, la partie centrale fait la part belle (avec bonheur) aux ombres profondes et inquiétantes… Le cahier des charges de l’expressionnisme est relativement bien rempli. Mais ces Contes d’Hoffmann traînent en longueur (malgré les 78 minutes du métrage), sans nous toucher vraiment.

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