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Archive pour la catégorie 'FANTASTIQUE/SF'

Seul sur Mars (The Martian) – de Ridley Scott – 2015

Posté : 11 juillet, 2018 @ 8:00 dans 2010-2019, FANTASTIQUE/SF, SCOTT Ridley | Pas de commentaires »

Seul sur Mars

Mais qu’arrive-t-il à Ridley Scott dans son grand âge ? Un soudain sursaut d’humanité ? Lui qui a un tout petit peu tendance à se prendre énormément au sérieux et à enchaîner les films lourds et boursouflés depuis… eh bien depuis Gladiator, disons, livre un film humain et léger. Le plus léger de sa filmographie depuis… à peu près toujours.

Aussi inattendu que cela puisse paraître, Scott signe même un authentique feel-good-movie, aux antipodes d’Interstellar par exemple, autre grosse production sortie à peu près à la même époque, et qui, elle, souffrait lourdement du syndrome dit « du-cinéaste-qui-se-prend-au-sérieux » (Nolan en l’occurrence, que j’aimerais tant voir revenir à un cinéma plus simple et viscéral ; mais ça n’a rien à voir avec Seul sur Mars, on est d’accord).

Seul sur Mars, donc, avait tout de l’idée un peu foireuse : un astronaute est laissé pour mort sur Mars par ses co-équipiers qui ont dû recoller fissa vers la Terre. Mais le gars n’est pas mort (sinon, où serait le film?), n’a aucun moyen de contacter ses copains, et se retrouve avec des vivres très limités. Lourd ? Plombant ? Grave ? Que nenni…

L’homme a un moral d’acier, une intelligence hors du commun, et pas mal de ressources en sa qualité de botaniste. Il finit donc par réussir à faire pousser des pommes de terre grâce à son caca, et s’installe peinard en attendant la prochaine mission. Enfin presque. Parce que, oui, c’est plus compliqué que ça, les emmerdes vont se succéder, il y aura de la peur, du suspense, du découragement… Bref, de l’émotion.

Et quel bonheur de suivre les petites victoires de Matt Damon, seul sur Mars, et à l’écran la plupart du temps, qui redécouvre les joies simples des petites choses. Un peu comme Ridley Scott finalement, qui aura eu besoin de s’exiler à des centaines de milliers de kilomètres de la Terre pour signer son film le plus humain depuis des lustres. Et se rappeler que, finalement, le cinéma pouvait aussi, simplement, rendre heureux…

Mad Max : Fury Road (id.) – de George Miller – 2015

Posté : 10 juillet, 2018 @ 8:00 dans 2010-2019, FANTASTIQUE/SF, MILLER George | Pas de commentaires »

Mad Max Fury Road

Quand on pense qu’il y a vingt et quelques années (merde, 25 ans ?!), Speed était présenté comme le premier film d’action non-stop. Euh… Autant le dire : cette suite très tardive de la saga Mad Max enterre profondément et définitivement tous les films d’action non-stop de l’histoire des films d’action non-stop.

C’est too much, toujours. C’est cartoonesque, souvent. Mais c’est aussi, et surtout, le film d’action le plus spectaculaire, le plus inventif, le plus enthousiasmant, le plus réjouissant, le plus etc, etc de ces dernières années. C’est bien simple : ça n’arrête pas une seconde. Et quand on pense que George Miller a tout mis d’un coup à l’écran, non, il en remet une couche, passe à la vitesse supérieure, et réussit constamment à se surpasser.

Enthousiaste ? Oh oui… Non seulement Miller réussit son retour, retrouve l’ADN du meilleur de la saga (le numéro 2 jusqu’à présent), mais il surpasse, et de loin, tout ce qu’il a fait jusqu’à présent. Mad Max : Fury Road est un film formidable, parce qu’il symbolise l’art cinématographique dans ce qu’il a de plus direct et de plus total. Le contre-pied absolu au tout-venant hollywoodien, en quelque sorte.

Tout ça commence pourtant d’une manière un peu bancale, avec un style syncopé qui agace dans les premières minutes, comme l’image tellement numérisée qu’elle laisse un temps le spectateur à l’extérieur. Un temps seulement, parce que très vite, Miller emballe tout ça, dans une immense course poursuite qui semble infinie, bluffante.

Essentiellement visuel, le film est tellement peu bavard que chaque parole a un poids incroyable. Et les mots sonnent juste, et en disent énormément. Mine de rien, le film dit des choses sur l’embrigadement, sur la déshumanisation, et sur la dépendance dans un monde sans perspective où plane l’ombre du terrorisme.

Il y a dans ce film plein de fureur, où domine le pur plaisir de cinéma, une vérité inattendue, et, oui, une réflexion forte sur la démocratie et l’intégrisme. Le personnage de Furiosa (Charlize Theron, dans son meilleur rôle depuis longtemps) est en cela un contrepoint parfait à celui de Max (Tom Hardy, animal et intense, qui fait oublier Mel Gibson). La relation entre ces deux-là est l’une des forces de ce film incroyable.

Le Portrait de Jennie (Portrait of Jennie) – de William Dieterle – 1948

Posté : 6 juillet, 2018 @ 8:00 dans 1940-1949, DIETERLE William, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Le Portrait de Jennie

Un peintre un peu raté rencontre erre dans un Central Park comme hors du temps. Il y rencontre une gamine qu’il décide de peindre. A chaque fois qu’il la revoit, la jeune fille a grandi. Jusqu’à devenir une jeune femme dont il tombe éperdument amoureux.

On pense au Portrait de Dorian Gray bien sûr, avec cette histoire qui joue sur les rapports troublants entre l’art et le temps qui passe, avec ici de superbes paradoxes. Mais on pense davantage encore à Rebecca, et ce n’est évidemment pas un hasard : le film porte la marque de son producteur David O. Selznick, qui tente ici de retrouver la magie du film d’Hitchcock.

Et il n’est pas loin d’y arrive avec ce film romanesque, envoûtant et très ambitieux, où le fantastique n’est, cette fois, pas uniquement évoqué mais abordé frontalement. Qui est cette fillette qui semble sortir du passé et qui grandit à chaque retrouvaille ? Un miracle né de l’art du peintre ? Celui de l’amour ? Celui de son imagination ? Ou simplement une curiosité de l’espace-temps ?

Peu importe bien sûr. Tout est lié, et intimement encore : l’amour, l’art, la vie, l’inspiration de l’artiste… Le plus beau dans ce film, c’est la manière dont les doutes, les errances ou les tourments du peintre influent sur l’atmosphère, souvent feutrée et envoûtante. Dans le rôle du peintre, Joseph Cotten est, comme toujours, très bien, d’une sobriété parfaite, et en même d’une grande profondeur, toute en nuances à peine perceptibles.

Face à lui, Jennifer Jones, protégée de Selznick, est parfaite également, troublante même dans sa manière d’être crédible en gamine autant qu’en jeune femme à la beauté presque insolente. Et quels seconds rôles : Ethel Barrymore émouvante en vieille fille au regard bouleversant ; David Wayne en garagiste philosophe et bonhomme ; et même Lilian Gish qui fait une apparition bien sympathique dans le rôle d’une nonne.

Dieterle, qui avait déjà touché au genre avec le très réussi The Devil and Daniel Webster, signe une mise en scène constamment inspirée, y compris dans le final audacieux et spectaculaire, morceau de bravoure qui, malgré des effets spéciaux qui ont forcément pas mal vieilli, garde toute sa puissance émotionnelle et poétique.

Terminator 2, le jugement dernier (Terminator 2, Judgment Day) – de James Cameron – 1991

Posté : 4 juillet, 2018 @ 8:00 dans 1990-1999, CAMERON James, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Terminator 2

C’était quand même bien, James Cameron. Un champion du box office qui s’avère être un véritable auteur, vous en connaissez encore beaucoup, vous ? Ceux qui ont connu ce début des années 90 au cinéma se souviennent forcément de la sortie en salles de cette suite, un événement total dont on assurait qu’il allait profondément changé la face du cinéma d’action.

Eh bien oui, il l’a changée, et pas qu’un peu. Par ses thèmes apocalyptiques d’abord, déjà évoqués dans le premier Terminator, mais transfigurés ici pour devenir une réflexion audacieuse (et intelligente, oui) sur l’intelligence artificielle, la responsabilité de l’homme, la transmission, et même la figure paternelle avec cet incroyable père de substitution, apparemment sans émotion, mais qui se révèle sur pas mal de points plus humain que les humains.

C’est Schwarzenegger bien sûr, dans le rôle de sa vie, qu’il ne cesse de retrouver (la suite directe de T2, qui fait abstraction des autres suites, est d’ailleurs en tournage). Incroyable bête de cinéma, au sommet de son charisme. Une pure présence de cinéma d’action, mais d’où vient cette émotion lorsque Sarah Connor l’observe, entretenant avec son fils le genre de relation dont le gamin a toujours été privé…

Si le film a bouleversé le cinéma d’action, c’est aussi, évidemment, avec ses effets spéciaux, révolutionnaire à l’époque. Et s’ils restent aussi impressionnants presque 30 ans plus tard, alors que les effets numériques sont depuis longtemps devenus la norme à Hollywood, c’est à la fois parce qu’ils sont utilisés par un grand cinéaste, qui sait raconter une histoire avec une parfaite fluidité, et parce que le numérique se mêle habilement aux prises de vue réelle.

Beaucoup de cascades sont réalisées « en vrai », et pas sur fond vert. L’irruption du numérique dans le vrai monde : c’est non seulement le thème du film, mais c’est aussi le parti-pris de Cameron, pour ce monument indépassable de la culture populaire récente. Son grand-oeuvre, qui n’a rien perdu de sa force de frappe.

Prince des ténèbres (Prince of Darkness) – de John Carpenter – 1987

Posté : 6 mai, 2018 @ 8:00 dans 1980-1989, CARPENTER John, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Prince des ténèbres

Après une série de déceptions au box-office, John Carpenter était revenu au sommet avec ce film radical, l’un de ses meilleurs, peut-être le plus angoissant, le plus terrifiant et le plus viscéral de ses films.

Très différent de Halloween, film plus classique dans sa forme, Prince of Darkness en prolonge pourtant l’esprit d’une certaine manière, dans sa manière d’aborder le Mal comme une entité qui menacerait directement et physiquement les hommes. « Le croque-mitaine est à notre porte » peut-on d’ailleurs entendre, comme un clin d’œil au premier classique de Carpenter. Autre clin d’œil : les allées typiques des banlieues bourgeoises américaines, filmées par ces grands travellings qui sont la superbe signature de Carpenter.

Le contexte, cependant, est radicalement différent. Le scénario, signé par un certain Martin Quatermass (pseudo de Carpenter, grand fan de la série des Quatermass), joue habilement sur la frontière entre la science et la foi. Un thème qui permet au cinéaste de dire déjà ce qu’il pense de la religion (il ne s’en privera pas non plus dans Vampires), sans prendre de gants ; Donald Pleasance est un prêtre que l’on voit débarquer en limousine, snobant les SDF et remettant toute sa foi en cause en 10 secondes.

Ce réceptacle mystérieux sur lequel enquêtent étudiants et scientifiques dans une église isolée est surtout l’occasion d’un pur exercice de style, qui ne répond qu’à une ambition : comment utiliser le cinéma pour créer une pure atmosphère de terreur. C’est ainsi une véritable leçon de cinéma que livre Carpenter, enchaînant les moments de pure trouille.

Au-delà des quelques effets un peu faciles, c’est la capacité qu’il a d’instaurer en quelques instants une atmosphère totalement angoissante qui force le respect. Quelques notes de cette musique binaire entêtante et troublante (signée Carpenter itou), quelques gros plans sur des insectes ou le vent dans les arbres, un travelling bien placé… Et on se fout bien de l’histoire, qui n’est qu’un prétexte : Carpenter joue avec nos nerfs. Il en fait ce qu’il veut, et on en redemande.

Conan le destructeur (Conan the Destroyer) – de Richard Fleischer – 1984

Posté : 22 avril, 2018 @ 8:00 dans 1980-1989, FANTASTIQUE/SF, FLEISCHER Richard | Pas de commentaires »

Conan le destructeur

Richard Fleischer est un réalisateur au parcours assez fascinant, dont la filmographie regorge de petites merveilles, ou de curiosités hautement recommandables. Ce constat étant fait, et le gars m’ayant rarement déçu jusque là, il paraissait indispensable de surmonter mes a priori et de découvrir sa première incursion dans la heroic fantasy (Kalidor, à la triste réputation, suivra encore), suite d’un petit classique du genre qui lança la carrière ciné de Schwarzenegger.

Bref, bien décidé à guetter dans les détails d’un grand cinéaste derrière la caméra, je me réjouis d’abord des plans joliment chiadés, de ces belles images qui émaillent le film. Et, pour finir, de ce très beau dernier plan qui annonce une suite que l’on continue à annoncer, plus de trente ans plus tard. Fleischer a un sens du cadre qu’il faut lui reconnaître, jusqu’à ces dernières réalisations. Donc.

Mais quel ennui ! Les exploits de Conan s’enchaînent avec un fil conducteur dont on se fout totalement, avec un humour lourdingue et des scènes d’action un peu molles du genou. Dans sa construction, le film évoque moins le premier Conan le barbare que Josey Wales hors-la-loi, avec ce voyageur dont la compagnie ne cesse de s’agrandir au gré de ses rencontres. Mais là où Eastwood créait une sorte de famille symbolique, lui ne fait qu’accumuler les personnages trop stéréotypés.

Le film n’existe en fait que pour mettre en valeur le physique incroyable de Schwarzenegger. Mais pour cela, mieux vaut revoir Predator, et laisser Fleischer tranquille…

La Forme de l’eau (The Shape of Water) – de Guillermo Del Toro – 2017

Posté : 16 avril, 2018 @ 8:00 dans 2010-2019, DEL TORO Guillermo, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

La forme de l'eau

L’Oscar du meilleur film qui revient à un cinéste mexicain pour un film très critique vis à vis de la bonne société blanche et paranoïaque américaine. Rien que ça a quelque chose de profondément réjouissant sous l’ère Trump. Mais surtout, voilà un Oscar qui vient récompenser un cinéma décomplexé et sincère, nostalgique et poétique, qui dresse d’innombrables ponts avec les classiques d’autrefois, mais aussi entre le cinéma de genre et le cinéma d’auteur. Et ça, c’est loin d’être une évidence dans le Hollywood d’aujourd’hui.

On sait Guillermo Del Toro très amateur d’un cinéma peuplé de freaks, et de plongée dans l’histoire entre réalisme et passé fantasmé. Un cinéma viscéral et poétique, qui atteint son apogée ici, avec ce film qu’on se surprend à voir comme une sorte de suite, plus qu’un simple hommage, aux films de monstres des années 50. On pense à L’Etrange créature du lac noir bien sûr, dont le monstre reprend l’apparence, mais aussi les origines (même lagon au cœur de l’Amazonie, même aspect humanoïde, même branchies…).

On pense aussi, évidemment, au Tod Browning de Freaks et de quelques autres classiques, avec cette vision décomplexée et dépouillée de toute idée reçue de l’amour, et de l’attirance charnelle. Cette créature est fascinante. Mais son aspect visqueux est surtout un formidable révélateur de la beauté (pas si cachée) de Sally Hawkins, freak à sa manière, muette aux antipodes des canons de beauté habituels, qui s’ennuie dans une vie sans amour et sans surprise, répétant à l’envi les mêmes gestes, jour après jour.

La jeune femme, et ce n’est pas un hasard, vit au-dessus d’un cinéma qui subit durement la concurrence de la télévision. On dans l’Amérique du début des années 60, avec la Guerre Froide qui menace, et les années 50 déjà regardées comme un paradis perdu. Le pays a sombré dans la paranoïa, et toutes les différences sont mal vues par le pouvoir en place, symbolisé par un agent du FBI fidèle à tous les fantasmes qu’on peut lui attribuer : un manipulateur violent et dominateur, campé par un Michael Shannon glaçant.

Le film est constamment sur le fil, s’amusant des stéréotypes et des idées reçues. Qui d’autre aurait pu réussir ce film sans tomber dans le ridicule ? Qui d’autre aurait pu rendre crédible cette histoire d’amour, passionnée et charnelle, entre une jeune femme et un monstre marin ? Qui d’autre, aussi, aurait pu se permettre ce passage de comédie musicale, où Sally Hawkins et le monstre se mettent à danser dans un décor de music-hall ?…

Guillermo Del Toro, non seulement rend son histoire crédible, mais côtoie le sublime dans ce film constamment surprenant, plein de vie, et d’un optimisme naïf… mais beau. Et que dire de Sally Hawkins, la plus belle des « moches » de cinéma. Sa prestation, émouvante et sensuelle, est à elle seule une superbe (et définitive) critique du côté interchangeable de toutes les stars actuelles. Une actrice hors des modes, pour un cinéma intemporel et totalement magique.

Blade Runner 2049 (id.) – de Denid Villeneuve – 2017

Posté : 7 avril, 2018 @ 8:00 dans 2010-2019, FANTASTIQUE/SF, FORD Harrison, VILLENEUVE Denis | 2 commentaires »

Blade Runner 2049

S’il y a une suite qu’on n’attendait pas, c’est bien celle-ci. Trente-cinq ans après le classique de Ridley Scott (c’était l’époque où le cinéaste était un grand inventeur de formes, remember ?), Dennis Villeneuve s’attaque à ce monument de la science-fiction avec le soutien de Scott, certes, mais aussi avec l’assurance d’un talent bien affirmé depuis quelques films.

Bref, Villeneuve y va sans complexe. Son Blade runner 2049, dont l’intrigue se déroule trente ans après le premier film, est bel et bien une suite : l’ancien traqueur de répliquants Rick Deckard (Harrison Ford) est d’ailleurs toujours de la partie, on a droit à une courte (et dispensable) apparition de Gaff (Edward James Olmos), et les références au film original sont omniprésents.

Mais Villeneuve signe un film qui est avant tout le sien. Ridley Scott, d’ailleurs, n’a pas été tendre avec lui, regrettant la longueur du métrage et les lenteurs de l’intrigue. C’est pourtant dans ces « lenteurs » que repose une grande partie du charme du film, dans cette manière de transformer un blockbuster en une quête métaphysique dont le moment le plus spectaculaire est une bagarre à mains nus dans l’eau…

On caricature à peine : comme l’errance nocturne de Deckard autrefois, celle du répliquant-tueur de répliquants Ryan Gosling a tout de la dérive désabusée. C’est lui désormais le personnage central : Deckard, disparu depuis longtemps, est devenu une sorte de mythe que l’on ne retrouvera, dans un drôle d’état et dans une drôle de retraite, que tardivement.

Ce changement de perspective est particulièrement réussi, et permet de creuser une idée déjà bien présente dans le premier film : et si c’était dans les Répliquants, cette création de l’homme, que se trouvait désormais la plus grande part d’humanité ? Les interrogations de L (Gosling) renvoient ainsi à celles de Rutger Hauer, et son histoire d’amour avec son hologramme fait joliment écho à celle de Deckard avec Rachel, centrale ici encore.

Cette histoire d’amour sans contact possible est peut-être la plus belle idée du film, celle qui donne les moments les plus émouvants, les plus humains, et les plus désespérés.

Visuellement, le film est aussi une grande réussite, qui réussit à la fois à être cohérent avec son modèle tout en s’en détachant constamment. Ce Blade Runner 2049 est plus lumineux, et joue d’avantage sur les contrastes d’atmosphères, passant d’une lumière grise et morne à une pénombre jaune du plus bel effet.

Villeneuve multiplie aussi les références au premier film, comme des motifs réminiscents : les répliquants qui passent à travers les murs, les petits animaux en bois qui évoquent les origamis, ou le contact si vivant avec les éléments (que ce soit la pluie ou la neige). Des plans, des cadrages, quelques clins d’œil… Villeneuve accepte la filiation, tout en affirmant sa singularité.

Quant à la fin, elle laisse un rien dubitative. Comme le personnage de Deckard, d’ailleurs. Et là, plusieurs jours après avoir vu le film, et aussi passionnant soit-il, aussi enthousiasmant aussi, une question me taraude encore : cette suite était-elle nécessaire ? Ne risque-t-elle pas d’égratigner la perception que l’on a du chef d’œuvre originelle ? Ou encore, va-t-elle en renforcer encore l’impact ? Il faudra peut-être laisser le temps répondre à ces questions…

Le Retour de la créature (Revenge of the creature) – de Jack Arnold – 1955

Posté : 30 mars, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, ARNOLD Jack, EASTWOOD Clint (acteur), FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Le Retour de la créature 1

Voilà une suite (de L’Etrange créature du lac noir) qui serait pas loin d’être inutile si la scène la plus inutile ne l’avait pas fait entrée dans l’histoire : une scène rigolote ou ridicule, au choix, dans laquelle un jeune laborantin, l’air gentiment niais, soupçonne un chat d’avoir boulotté une souris, avant de retrouver cette dernière dans sa poche. Ce jeune homme très propre sur lui, qui disparaît aussi vite qu’il était apparu (30 secondes, pas plus), c’est Clint Eastwood, pas encore 25 ans, dans sa toute première apparition à l’écran.

Jack Arnold (qui le dirigera de nouveau quelques mois plus tard et guère plus longtemps dans Tarantula) ne croyait d’ailleurs pas à cette scène, qu’il ne voulait même pas tourner : c’est le producteur William Alland, également auteur de l’histoire, qui a insisté pour faire travailler le jeune acteur, alors sous contrat depuis six mois à la Universal. A quoi ça tient, une carrière…

A quoi ça tient aussi la pérennité d’un film. Parce qu’au-delà de cette apparition anecdotique, cette suite n’a pas grand intérêt. L’idée de base n’est pourtant pas mauvaise : en capturant la créature du premier film et en l’amenant en Amérique, la parenté avec le King Kong de 1933, déjà flagrante dans L’Etrange créature du lac noir, est cette fois complète.

Le Retour de la créature 2

Mais Jack Arnold se montre cette fois nettement moins inspiré. Il y a bien quelques éclats : le bref plan de la créature entraînant un oiseau sous l’eau, ou encore le massacre particulièrement brutal de deux jeunes hommes. Mais trop rares pour que le sentiment de vacuité ne s’impose rapidement. Surtout que John Agar est décidément un acteur pénible et sans charisme, qui fait immédiatement regretter le Richard Carlson du premier film, qui n’avait pourtant pas laissé un souvenir impérissable.

Arnold ne sait pas vraiment quoi faire de son sujet, et échoue cette fois à faire vraiment peur. Il a d’ailleurs tellement conscience de tourner en rond, qu’après avoir intégré d’interminables numéros de dauphins dressés, il finit par nous refaire le coup de la nageuse qui n’a pas conscience du danger qui la guette, mettant cette fois non pas un, mais deux personnages en scène.

Le film est aussi mal aimable parce que ses personnages sont des stéréotypes de la maltraitance animale. A tel point qu’on n’est pas loin de prendre fait et cause pour la créature. On n’est en tout cas pas mécontent de la voir se rebeller, semer la terreur et prendre le large. Le film s’emballe alors. Un tout petit peu, et tardivement.

L’Etrange créature du lac noir (Creature from the black lagoon) – de Jack Arnold – 1954

Posté : 29 mars, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, ARNOLD Jack, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

L'Etrange créature du lac noir

Petit classique de la série B fantastique, genre auquel Jack Arnold a donné ses lettres de noblesse dans les années 50, comme John Carpenter le fera deux ou trois décennies plus tard. Toutes proportions gardées (ne serait-ce que pour le manque de moyens), Creature from the black lagoon se situe à mi-chemin entre King Kong et Les Dents de la mer. Au moins chronologiquement.

Dans sa construction, le film s’inspire clairement du classique de Shoedsack/Cooper. Dans le rythme, aussi, impeccable et implacable, et dans ce décor exotique qui participe pleinement à l’angoisse qui finit par devenir étouffant. On ricane bien un peu dans la première partie: autant le singe géant, animé image par image, avait de la gueule en 1933, autant ce comédien en costume de latex qui agite sa main de monstre derrière les comédiens a un côté kitsch franchement rigolo.

Mais voilà, Arnold est un excellent réalisateur. Et sa manière d’utiliser les séquences sous-marines et de jouer avec le danger invisible que les personnages ne soupçonnent pas encore est absolument formidable. C’est là que se trouve la paternité évidente avec le chef d’œuvre de Spielberg, qui a sans doute vu le film des dizaines de fois avant de tourner le sien.

La scène où les scientifiques tentent de lever un filet dans lequel le monstre s’est retrouvé coincé a été reprise quasiment telle quelle par Spielberg pour Jaws. Et il y a, évidemment, ce long passage où la jeune héroïne nage dans le lagon, ignorant le monstre qui se trouve juste sous elle. Étirée à l’envi, cette séquence traumatisante n’a rien perdu de sa force horrifique, et a elle aussi été reprise par Spielberg.

L’intrigue est, elle, hautement improbable. Et qu’importe qu’on croit ou non à cette histoire de main de monstre découverte dans la roche du fin fond de l’Amazonie. Seul compte le plaisir de se faire peur, d’écouter les cris perçants de Julia Adams (scream queen dans la lignée de Fay Wray), ou de s’émouvoir pour ce monstre étrangement humain qui, comme Kong, ne demandait rien à personne.

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