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Archive pour la catégorie 'FANTASTIQUE/SF'

Le Règne Animal – de Thomas Cailley – 2023

Posté : 29 février, 2024 @ 8:00 dans 2020-2029, CAILLEY Thomas, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Le Règne animal

Une histoire de virus (encore!?) qui transforme certains humains en animaux (hein!?)… Sur le papier, le projet peut sembler un peu foireux. A l’arrivée, Le Règne Animal est tout simplement l’un des plus beaux films de 2023 (avec Les Herbes Sèches… mon top 2 est fait), l’un de ceux dont on sort secoué, incapable d’en parler pendant bien longtemps.

Thomas Cailley (dont je n’avais pas vu le premier film Les Combattants, sorti il y a dix ans) s’affranchit d’emblée de toutes les références habituelles du film de genre… A vrai dire, il s’affranchit à peu près de toutes sortes de références. Son film, ambitieux et modeste à la fois, procure un plaisir rare : celui de découvrir un nouveau genre de cinéma, un regard neuf.

Sur le plan narratif d’abord, il prend le contre-pied des films fantastiques français les plus marquants de ces derniers mois : Acide et Vincent doit mourir, tous deux construits sur des modèles scénaristiques assez classiques. Soit, un présent banal, bientôt troublé par l’irruption de phénomènes extrêmes, pluies acides ou virus poussant au meurtre.

Le film s’ouvre ici sur un présent banal, avec une relation banale : celle forcément difficile entre un père et son ado de fils. Présent banal bousculé par l’irruption d’un phénomène extrême qui choque mais ne surprend personne : la fuite d’une créature mi-homme, mi-oiseau. C’est que le virus qui transforme certains en animaux est installé depuis deux ans dans ce présent banal-là.

C’est l’une des belles et fortes idées du scénario. Plutôt que de s’intéresser au choc de la découverte, le film s’attarde d’emblée sur le sort réservé aux autres, à ces monstres dont on oublie qu’ils ont été des femmes et des hommes, et qu’on enferme dans des centres fermés… En tout cas en France, parce que dans les pays nordiques, on fait un choix radicalement différent qui semble marcher : le vivre ensemble.

Bon sang… Et si Le Règne Animal était un film politique ?!!! Il l’est bien sûr, et qui plus est un film politique qui réussit le prodige d’être à la fois puissant et nuancé, spectaculaire et intelligent. Mais il est bien plus que ça : un film précieux et beau… non… bouleversant, sur l’intimité, les rapports filiaux, le sentiment d’appartenance, les difficultés d’être père, et celles que représente la traversée de l’adolescence, cette période où son corps change, et ou sa vie, soudain, prend un nouveau tournant.

Le Règne Animal est convainquant, et même formidable, sur tous ces aspects. Et Thomas Cailley impressionne par la maîtrise de son art, par cette manière qu’il a d’utiliser des moyens visuellement importants (les effets spéciaux sont parfaitement discrets) sans jamais en faire l’étalage. Constamment au service de la narration, de l’humanité et de l’émotion.

Et elle est immense, l’émotion, dans l’évolution des rapports entre le père joué par Romain Duris et le fils joué par Paul Kircher (une quasi-révélation, déjà vu dans Le Lycéen de Christophe Honoré), superbes tous les deux. Deux scènes, surtout, procurent une émotion d’une intensité vraiment très rares, deux scènes de voiture…

Dans la première, père et fils tentent de retrouver la mère revenue à l’état animal et disparue dans la forêt. Et Duris raconte à son fils comment il a dragué sa mère sur une chanson de Pierre Bachelet. La seconde scène est la dernière du film, et se situe dans la même forêt. Sans en dire trop, il y est question d’un souvenir de sports d’hiver, de mécanique et d’acceptation. L’émotion qui nous étreint alors est un véritable uppercut, qui me prend encore les tripes et me serre la gorge tandis que j’écris ces lignes…

Dream Scenario (id.) – de Kristoffer Borgli – 2023

Posté : 24 février, 2024 @ 8:00 dans 2020-2029, BORGLI Kristoffer, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Dream Scenario

Aaaahhhhhhh !!!!! Enfin !!!! Ça, c’est le cri du cœur du fan de Nicolas Cage qui n’en pouvait plus depuis vingt ans (au moins) de clamer que, oui, Nicolas Cage est un acteur génial. « Non mais tu as vu les merdes qu’il enchaîne ?!! » « Oui, mais quand même : il a toujours ce petit grain de folie. » « Enfin, le mieux que le type a fait depuis vingt ans, c’est Le Pacte de Donaldson ! » « C’est pas tout à fait vrai : il a quand même fait Lord of War, le Bad Lieutenant d’Herzog, et Joe. Et il a tourné avec Schrader. » « Oui mais c’était dans La Sentinelle, et c’était raté. » « Euh… oui… mais quand même. »

Bref, on commençait à manquer cruellement d’argument pour défendre le Cage. Était-ce suffisant de souligner à quel point il était immense dans Sailor et Lula ? Ou de rappeler le génie outrancier de ses apparitions dans Peggy Sue s’est mariée ? Non, bien sûr : le premier a trente-quatre, et le second trente-huit. Depuis, une poignée de grands films, pas mal d’interprétations mémorables, et des dizaines de nanars pour un bilan que seule la filmo de Bruce Willis permet de relativiser.

Et voilà que, depuis quelques années, Nicolas Cage redevient hype. Bon. Un peu à la manière d’un Van Damme surtout, avec cette manière de s’autoparodier et de se plier au jeu du méta, de la mise en abîme, jusqu’à interpréter Nicolas Cage dans Un talent en or massif, très remarqué. Mais il y a aussi eu Pig, et aujourd’hui Dream ScenarioEnfin des films originaux, avec une vrai vision, et où lui-même est immense.

Il l’est dans Dream Scenario, en monsieur tout le monde totalement insipide, prof de fac un peu chiant socialement, et un peu terne physiquement, qui mène une vie on ne peut plus banales dans une famille tristement banale. Jusqu’à ce que la moitié de l’humanité se mette à rêver de lui. Pourquoi ? Comment ? On n’en saura rien et qu’importe… Mais cette soudaine notoriété va radicalement changer sa vie.

Pour le meilleur, croit-il, sauf que les rêves se transforment vite en cauchemars, et que l’image cool et tendance du brave type qui apparaît dans l’esprit de millions d’inconnus devient bientôt le symbole de l’horreur et de la violence, bouc-émissaire malgré lui de tous les travers de la société.

Choisir Nicolas Cage pour ce rôle est la meilleure idée de ce film qui ne tient pas tout-à-fait les promesses d’une intrigue très originale : malgré un beau travail sur le son et le montage, le rythme reste trop flottant, pas assez immersif. Mais Cage, acteur génial et hors du commun, est une incarnation paradoxalement parfaite de la banalité contrariée.

Dream Scenario, malgré sa fin assez peu convaincante, est un film assez passionnant sur le pouvoir des images, sur la cancel culture et la puissance des réseaux sociaux. Grâce à un scénario malin. Et grâce à un acteur génial.

Halloween (id.) – de David Gorden Green – 2018

Posté : 20 janvier, 2024 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, FANTASTIQUE/SF, GREENE David Gordon | Pas de commentaires »

Halloween

Difficile de suivre la saga Halloween. Dès le deuxième film, on sent bien qu’il y a eu un énorme conflit d’envies autour de cet univers. John Carpenter lui-même aurait voulu en faire une série anthologique : impliqué un peu malgré lui dans la première suite de son chef d’œuvre originel de 1978, il s’est passionné pour le numéro 3 en espérant (en vain) en faire autre chose que ce qu’il était condamné à devenir : une déclinaison sans conclusion possible autour de la figure de Michael Myers, l’increvable « Shape », ou croquemitaine.

Depuis, plusieurs suites directes, un remake officiel et sa suite, des suites-reboots, deux décès pour Laurie Strode/Jamie Lee Curtis. Autant dire que, disons depuis à peu près trente-cinq ans, on n’attendait plus grand-chose de Halloween. Rien d’autre en tout cas qu’un vague plaisir coupable qui s’était nettement émoussé depuis que Donald Pleasance est mort, nous privant de cette figure hautement caricaturale mais si familière du Docteur Loomis.

Et puis voilà qu’est arrivé un nouvel Halloween, onzième film officiel, et troisième à porter ce simple titre (après le film de Carpenter et son remake de Rob Zombie). Un film signé David Gordon Green, ce qui est une bonne nouvelle : réalisateur du très beau Joe, le gars n’est pas un spécialiste de l’horreur, mais c’est un authentique (bon) cinéaste. Et non pas un remake, un reboot, ou quel que soit le terme à la mode du moment. Non : une suite, une vraie.

Et à la question épineuse de « comment faire une énième suite après tant de suites qui remettaient systématiquement en question les précédents films », Green apporte une réponse simple, qui se résume dans son film à une unique réplique : les suites que l’on connaît ne sont que l’illustration des fantasmes générés par le traumatisme du premier film. En gros : tout ce qui suit le générique de fin du film originel de 1978 n’a jamais existé.

Le procédé est un peu facile, et particulièrement en vogue dans le cinéma américain d’aujourd’hui, totalement gangrené par la logique étouffante des « franchises » jusqu’au-boutistes. On s’est planté en tirant sur la ficelle ? Faisons comme si de rien n’était… Ça peut ressembler à du foutage de gueule (si, si). Ou ça peut être salvateur. Et c’est précisément l’impression que donne le film de Green, qui est, et de loin, ce que la série a fait de plus enthousiasmant depuis le film de Carpenter.

Parce que oui, David Gordon Green est un excellent réalisateur, qui sait créer une atmosphère et donner du sens à ses images. La manière dont il filme Michael Myers se réappropriant ce masque devenu si mythique en quarante ans est assez impressionnante. Visuellement très beau, en tout cas. On peut saluer aussi la facilité avec laquelle il impose sa propre patte esthétique, tout en multipliant les clins d’œil, parfois très explicites, au film de Carpenter.

Et puis le plaisir de retrouver Jamie Lee Curtis quarante ans plus tard, dans la meilleure réinvention de son personnage que l’on ait eu l’occasion de voir. Une femme âgée et traumatisée, hantée par les souvenirs de ce film et de cette nuit. C’est à elle qu’on s’identifie bien sûr, ne serait-ce que pour une raison précise : comme elle, c’est le souvenir du Halloween de 1978 qui nous hante, et qui rend si efficace cette suite tardive.

Parce qu’au-delà de ses qualités évidentes, ce Halloween version 2018 ne dépasse jamais son modèle, auquel il se réfère constamment jusqu’à citer ouvertement plusieurs scènes (des travellings dans les rues d’Haddonfield, le drap de fantôme, des plans à travers les fenêtres, le corps qui disparaît au pied du balcon… la liste est presque sans fin).

Et puis au fil d’un dialogue, on nous rappelle que le film de Carpenter se terminait avec un décompte de cinq morts. Cinq morts « seulement », pourrions-nous ajouter, tant la surenchère est devenue la norme. Et cette surenchère, Green ne l’évite pas, comblant avec la loi de la masse sa principale limite : bon réalisateur, il n’a pas le génie de Carpenter pour, à partir de pas grand-chose, créer un profond sentiment d’angoisse. Les petits moments de tension que l’on ressent ici, si sympathiques soient-ils, n’ont rien à voir avec la peur profonde que l’on ressent toujours devant ce classique fondateur.

Vincent doit mourir – de Stéphan Castang – 2023

Posté : 15 janvier, 2024 @ 8:00 dans 2020-2029, CASTANG Stéphan, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Vincent doit mourir

Le fantastique pré-apocalyptique a décidément le vent en poupe ces temps-ci, dans le cinéma francophone. Après le formidable Acide, voici doit Vincent doit mourir, une petite production maligne basée sur une idée originale et assez (méchamment) drôle…

On a donc un type sans histoire, pas exceptionnel et pas très attachant (Karim Leklou, excellent), à qui rien d’original n’arrive jamais. Un jour, un stagiaire de sa boîte dont il s’est un peu moqué lui balance sans prévenir un ordinateur portable à la gueule. Bon. Le lendemain, c’est un stylo qu’un autre collègue lui plante dans la main. Peu après, une inconnue le course avec sa voiture après avoir croisé son regard…

La menace omniprésente, dans un décor quotidien… Dès le générique de début et sa musique électro et répétitive, on sent bien que le scénariste et réalisateur Stéphan Castang paye son tribut à John Carpenter, référence incontournable et omniprésente de toute cette génération de jeunes réalisateurs tentés par le cinéma de genre.

On salue l’ambition du truc, et l’originalité du propos, mais il faut quand même bien avouer que l’idée de base a une fâcheuse tendance à tourner en rond, qu’on en a vite fait le tour, et que cette idée de virus planétaire n’ajoute rien, nous privant simplement d’une atmosphère surréaliste pleine de promesses.

Reste un survival sympathique et bancal, avec quelques passages vraiment flippants, et d’autres vraiment marrants.

Prédestination (Predestination) – de Michael et Peter Spierig – 2014

Posté : 13 janvier, 2024 @ 8:00 dans 2010-2019, FANTASTIQUE/SF, SPIERIG Michael, SPIERIG Peter | Pas de commentaires »

Prédestination

Une blague éculée dite par un barman à un client : « Qui est arrivé en premier ? La poule ou l’œuf ? ». « Le coq », répond le client. Voilà peut-être la meilleure façon de résumer ce film passé à peu près inaperçu (en tout cas par moi), presque dix ans après que deux frères australiens passés à peu près inaperçus (en tout cas par moi) l’on réalisé.

Dit comme ça, ça paraît bien mystérieux. Et le problème est que raconter beaucoup plus de l’histoire aurait pour fâcheuse conséquence de gâcher la découverte d’une intrigue qui pousse très, très loin la notion de paradoxe temporelle. Prenons Looper par exemple, sur le même thème. Ou même L’Armée des 12 singes. Ce genre de paradoxe, mais à l’extrême, du genre à s’inspirer de la Sainte-Trinité.

Et là je me rends compte que si un internaute indulgent a commencé à lire ce troisième paragraphe, c’est qu’il est un minimum intrigué par ce début de chronique. Le fait est que Prédestination mérite le voyage. Oui, les frangins Spierig poussent un peu loin le bouchon de la bouche temporelle, et donnent franchement le sentiment de faire les malins. Mais ils le sont (malins), et réussissent à surprendre le spectateur qui croyait l’être (malin) en voyant venir la grosse surprise finale.

Sur le papier, c’est donc assez brillant. Gratuitement brillant, mais brillant tout de même. Et à l’écran, c’est d’une sobriété et d’une simplicité qui force le respect. Après une remarquable première séquence où les angles de prise de vue destinés à cacher le visage du personnage évoquent l’esthétique des comic books, le film prend un parti pris franchement étonnant vu le sujet (il est question de crimes et de voyages dans le temps, donc).

A savoir : une grande partie du film se résume à un face à face entre deux personnages, dans un bar. Dispositif on ne peut plus économe, dont la réussite doit beaucoup à la présence d’Ethan Hawke dans le rôle du barman, ou du voyageur, ou… Ethan Hawke, acteur à la fois sobre et dense, dont la présence magnétique transcende chacune de ses scènes.

Le Garçon et le héron (Kimi-tachi wa dô ikiru ka) – de Hayao Miyazaki – 2023

Posté : 4 janvier, 2024 @ 8:00 dans 2020-2029, DESSINS ANIMÉS, FANTASTIQUE/SF, MIYAZAKI Hayao | Pas de commentaires »

Le Garçon et le héron

Voilà bien longtemps que je n’avais pas mis les pieds au cinéma pour voir un film d’animation. Le retour du grand Miyazaki était l’occasion idéale, surtout que Le Garçon et le héron était annoncé comme son film le plus personnel, abordant ses thèmes habituels et un contexte historique fort, en pleine Seconde guerre mondiale.

Ce n’est pas une première, loin de là : de Porco Rosso au Vent se lève, Miyazaki a souvent mis en écho les mondes merveilleux de son imagination à la violence des hommes, influençant par là un cinéaste comme Guillermo Del Toro, dont tous les grands films sont basés sur la même opposition.

Dans Le Garçon et le héron, c’est un peu comme si Miyazaki, octogénaire, résumait ou compilait toutes les idées, toutes les images, tous les univers qui ont marqué son cinéma, et qui auraient pu constituer d’hypothétiques films à venir. Une espèce de film-somme euphorisant, ou une accumulation un peu excessive d’idées… j’avoue hésiter un peu entre ces deux sentiments à la sortie de la salle.

Il y a en tout cas des moments d’une très grande beauté dans ces deux heures d’une densité folle, qui commence avec le plus grand des drames (la mort de la mère du jeune héros dans un incendie provoqué par les bombardements), pour nous plonger bientôt dans un monde parallèle de tous les possibles, où Miyazaki laisse libre court à son imagination fertile, oscillant entre la poésie la plus douce et certains gags un peu douteux.

Foisonnant jusqu’à l’extrême, Le Garçon et le héron enthousiasme souvent, laisse parfois dubitatif, et finit par bouleverser dans sa manière d’évoquer le deuil et la fin de l’enfance. Si ce devait être l’ultime film de l’auteur du Voyage de Chihiro, Le Garçon et le héron serait un beau film-testament.

Invisible Man (The Invisible Man) – de Leigh Whannell – 2020

Posté : 21 novembre, 2023 @ 8:00 dans 2020-2029, FANTASTIQUE/SF, WHANNELL Leigh | Pas de commentaires »

Invisible Man

Comment faire du neuf avec du vieux.… Cette version moderne et high tech d’un mythe qui a donné quelques grands films (au moins un : celui inaugural de James Whale) a droit à une nouvelle version très ancrée dans les enjeux actuels, avec deux sujets pour le prix d’un : l’omniprésence de la technologie dans notre quotidien, et les violences contre les femmes.

Le scénario est assez machiavélique, et plutôt convainquant à défaut d’être révolutionnaire : il met en scène une jeune femme qui fuit un compagnon violent, et qui réalise bientôt que ce dernier la harcèle et la suit sans qu’elle puisse le voir. Elle comprend alors qu’il a trouvé un moyen de se rendre invisible, et de l’épier nuit et jour. Pour commencer.

Le comment importe peu. Mieux vaut d’ailleurs ne pas trop s’y attarder, parce que la psychologie du compagnon violent et l’utilisation des nouvelles technologies flirtent dangereusement avec la caricature la plus facile. Faire dudit compagnon un homme richissime et d’une froideur compulsive (encore plus invisible quand on le voit à l’écran) trouble par ailleurs le discours, transformant ce qui aurait pu être un film anti-violences faites aux femmes assez fort en un film d’épouvante efficace, mais plus classique.

Mais il y a Elisabeth Moss, l’indispensable interprète de Top of the Lake, décidément grande actrice. Elle est de toutes les scènes, presque de tous les plans, et c’est le plus grand atout de ce film qui joue plutôt habilement sur la menace invisible, la plupart du temps avec la seule force de la suggestion, n’utilisant les effets spéciaux qu’avec une grande parcimonie. Ils n’en sont que plus impressionnants.

Princess Bride (The Princess Bride) – de Rob Reiner – 1987

Posté : 7 novembre, 2023 @ 8:00 dans 1980-1989, FANTASTIQUE/SF, REINER Rob | Pas de commentaires »

Princess Bride

Princess Bride est sorti il y a plus de trente-cinq ans, à une époque où les téléphones sans fil avaient une portée de dix mètres (et de toute façon ne tenaient pas dans la poche), et où Internet n’existait pas. Mais en 1987, les gamins (pas moi, mais c’est une autre histoire) avaient déjà des écrans dans leurs chambres : une télévision, des jeux vidéos… Bref, tout pour ringardiser la lecture et l’imagination.

Tout ça pour dire que Rob Reiner était rudement en avance sur son temps avec cette féérie irrésistible, chant d’amour ou pouvoir de la fiction et, donc, de l’imagination. Malin, il ouvre son fils sur un gamin malade et alité, plongé dans une partie de jeu vidéo (dont le graphisme rappelle l’hallucinant chemin qui a été fait depuis), et à qui son grand-père rend visite. Pas de quoi ravir le gamin, qui n’a pas très envie de lâcher la manette pour écouter ce vieil homme rasoir.

Un vieil homme qui a la bouille de Peter Falk, sourire narquois, regard malicieux, assez sûr de son effet lorsqu’il sort un vieux livre d’aventures, dont il entreprend la lecture, parfois entrecoupée par les protestations, de plus en plus faible, de son jeune auditeur. Et cette lecture, qui prend forme sous nos yeux, c’est une espèce de champ des possibles de ce qu’offre la fiction en général, la littérature et le cinéma en particulier.

Une princesse forcément blonde (Robin Wright, toute jeune, à peine sortie de Santa Barbara), un écuyer forcément beau (Cary Elwes, tout jeunot et tout blondinet aussi), un méchant roi, un homme de main machiavélique, un géant au grand cœur, un homme de main au grand cœur et surtout un as de l’épée en quête de vengeance : Mandy Patinkin, dans un rôle inoubliable.

« My name is Inigo Montoya. You killed my father. Prepare to die… » Quand on a entendu cette réplique une fois, on ne l’oublie plus. Pas plus qu’on oublie la géniale partie de trompe-la-mort du « génie du mal » Vizzini (Wallace Shawn), ou la course poursuite en bateau…

Princess Bride est un film réjouissant, parce que drôle et totalement décomplexé. En se plaçant ouvertement sous le couvert du conte pour enfants, Rob Reiner s’offre toutes les possibilités, toutes les folies, avec une bienveillance et une gourmandise qui font plaisir. Et qui passent fort bien l’épreuve du temps.

Acide – de Just Philippot – 2023

Posté : 23 octobre, 2023 @ 8:00 dans 2020-2029, FANTASTIQUE/SF, PHILIPPOT Just | Pas de commentaires »

Acide

Sur le papier : un film de genre de série B à la John Carpenter, quelque part entre Fog pour le détournement de phénomènes naturels (le brouillard là, la pluie ici), et Invasion Los Angeles pour l’ancrage dans une réalité brûlante (la pauvreté grandissante là, le réchauffement climatique et la crise des migrants ici). A l’écran : un film de genre, oui ; une série B, oui ; mais un film qui impose d’emblée la signature d’un (jeune) cinéaste singulier, et très prometteur.

Ce n’est pas son coup d’essai : La Nuée (pas vu, encore) avait marqué les esprits. Avec ce deuxième long métrage, prolongement d’un court du même nom lui aussi remarqué, il creuse visiblement un sillon similaire. Le résultat est saisissant. Il l’est dès les premières secondes, qui nous plongent à coup d’images tournées au portable au cœur d’une manifestation syndicale qui tourne mal.

Just Philippot serait l’héritier de Stépane Brizé plutôt que celui de John Carpenter ? Non, bien sûr, mais ces premières images sont étonnantes, fortes, et plantent le décor d’un monde qui ne va pas super bien, et d’un héros, joué par Guillaume Canet, dont le mal-être a visiblement tourné à la colère explosive depuis longtemps.

Ces premières images permettent aussi un contraste spectaculaire, mine de rien : entre les images format portrait volées au portable, et l’écran très, très large qui apparaît lorsque le générique commence, plan soudain stabilisé sur une nature immense et déserte. Le calme avant la tempête. Parce qu’on la sent arriver cette tempête…

Il y a d’abord les commentaires captés à la télévision ou à la radio, au détour d’un dialogue entre le père divorcé et paumé joué par Canet (formidable, peut-être bien dans le rôle de sa vie) et sa fille, ado en rébellion incarnée par une fabuleuse Patience Muchenbach, dont le visage faussement impavide semble d’une profondeur infinie.

Il y a, surtout, la manière dont Philippot filme les nuages, l’eau qui goutte, des flaques qui se forment. Aucun effet facile, si ce n’est cette musique sourde qui renforce le malaise, mais ces plans qui semblent anodins ne le sont pas. Le cinéaste en fait des signes annonciateurs de la catastrophe, de la plongée dans l’horreur qui ne va pas tarder.

Elle explose lors d’un moment d’une intensité proprement hallucinante, course éperdue à travers bois où le danger vient du ciel, et le salut d’un cocon familial qui n’existe plus qu’en période de crise. L’intensité ne retombera plus. Sur un scénario qui évoque La Guerre des mondes de Spielberg, Canet le paumé se transforme en père désespéré prêt à tout pour sauver sa fille.

Le film dépasse largement les codes du survival classique. Film de genre enthousiasmant, Acide pousse à son extrême la logique d’un monde confronté au changement climatique (encore que la marche n’est pas si haute), et renverse habilement le point de vue de la crise migratoire (comme Spielberg l’avait fait, d’ailleurs). Pur plaisir de cinéma et pamphlet brûlant, ce n’est pas si courant.

Au-delà de son intensité folle, Acide regorge d’images qui marquent durablement la rétine, comme ces deux chevaux fumant qui sortent de la brume, vision cauchemardesque admirablement mise en scène. Il y en a beaucoup d’autres, jusqu’à une conclusion particulièrement puissante, qui vous laisse exsangue.

Shining (The Shining) – de Stanley Kubrick – 1980

Posté : 20 octobre, 2023 @ 8:00 dans 1980-1989, FANTASTIQUE/SF, KUBRICK Stanley | Pas de commentaires »

Shining

Comment, en prenant de telles libertés avec le roman de Stephen King (l’un de ses meilleurs), et en reprenant des trucs aussi éculés du film d’horreur, tant scénaristiquement que visuellement, Kubrick a-t-il pu réussir un film à ce point singulier et fondateur du genre ? Bref : un grand chef d’œuvre qu’il faut sans doute revoir à plusieurs âges de la vie pour en apprécier la richesse.

Jeune, j’en avais me semble-t-il surtout saisi la grandeur de l’aspect horrifique à proprement parler, et cette lente glissade dans la folie qu’opère Jack Torrance, le personnage incarné par Jack Nicholson, dont le rictus machiavélique n’a peut-être jamais été si bien utilisé. A le revoir des années après, désormais père de famille, c’est une autre vision qui gagne : le portrait d’un homme hanté par ses échecs en tant que créateur, et par ricochet en tant que l’image qu’on a du chef de famille.

C’est pour soigner sa panne d’inspiration que l’écrivain Jack Torrance embarque sa famille pour un long hiver de totale solitude dans l’Overlook Hotel, établissement haut perché dans les montagnes où il a accepté un poste de gardien, conscient qu’il sera coupé du monde avec sa femme Wendy et leur jeune fils Dany (Shelley Duvall et Dany Lloyd, des rôles dont on ne se remet pas), et que c’est juste ce dont il a besoin pour retrouver la fièvre créatrice.

Sauf que dès les premières scènes, sous un voile apparent de normalité, Kubrick installe le malaise. Les souvenirs étant trompeurs, il me semblait que Nicholson était omniprésent, et que le film narrait dans les détails sa longue transformation, avalé par les fantômes de l’hôtel, où quoi que ce soit. Ce n’est pas tout à fait juste : dès le début, il porte déjà ses fantômes en lui, qui ne sont probablement pas les mêmes que ceux qui habitent la chambre 237. Ou peut-être que si, allez savoir…

Le fait est que le mal est déjà là, profondément ancré. Et ce mal remonte à loin (loin comment ? Ça…). D’ailleurs, le point de vue adopté est beaucoup moins celui de Jack que ceux de Wendy et Dany, qui sentent monter le déséquilibre, et la menace. Et Kubrick nous balade à travers l’Overlook en faisant monter la tension qui, d’énorme, devient intenable, au point que les rares effusions de (bain de) sang et de violence s’avèrent libératrices.

Travellings hallucinants, gros plans percutants, visions d’horreurs… Kubrick nous entraîne dans un vertige de sensations, jusqu’à un final (littéralement) glaçant dans le labyrinthe de l’hôtel qui est aussi celui des méandres de l’esprit, et sans doute beaucoup plus. Quoi exactement ? On a la nuit pour y repenser, et elle risque d’être longue.

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