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Archive pour la catégorie 'FANTASTIQUE/SF'

Le Retour de Mary Poppins (Mary Poppins returns) – de Rob Marshall – 2018

Posté : 20 juin, 2019 @ 8:00 dans 2010-2019, DESSINS ANIMÉS, FANTASTIQUE/SF, MARSHALL Rob | Pas de commentaires »

Le retour de Mary Poppins

Il fallait oser, quand même, signer cinquante ans après la suite d’un classique indémodable de la culture populaire. Pas un remake, ni un reboot, mais une vraie suite, qui reprend les personnages, les décors et le ton du film original, tout en tenant compte du temps passé : en racontant l’histoire des gamins Banks de Mary Poppins, devenus adultes, et des enfants de Michael.

Rob Marshall relève le défi avec un plaisir gourmand et contagieux. On le sait déjà, l’homme aime la comédie musicale américaine, genre tombé en désuétude depuis des décennies, qu’il ne cesse de revisiter. Avec cette suite éminemment casse-gueule, il renoue avec la grandeur du genre, avec cette vision de pur cinéma qui était déjà au cœur du premier Mary Poppins.

Bien sûr, il y a beaucoup de passages obligés, et Marshall n’en oublie aucun. Le balai des ramoneurs laisse la place à celui, très beau, des falotiers (ceux qui allument et éteignent les réverbères) ; on a évidemment droit à une séquence dans un décor animé ; on retrouve l’opposition entre l’univers des enfants et toutes ses possibilités, et celui des adultes dominé par l’argent… Quand, au détour d’une chanson, il trouve un improbable successeur au fameux Supercalifragilistisexpialidocius, on se dit quand même que l’hommage est un peu appliqué. Soit.

N’empêche que la magie est bien au rendez-vous. Et que si cette suite n’a pas la fraîcheur de l’original, elle en retrouve l’inventivité et cette indéfectible foi en la bienveillance, avec ses sentiments nobles et ses méchants à la Capra (Colin Firth est parfait en banquier avide qui semble tout droit sorti de La Vie est belle), et ses seconds rôles hauts en couleur (Meryl Streep impeccable en cousine gentiment timbrée de Mary Poppins).

Quant à la plus célèbre des nounous, on la retrouve tel qu’elle a toujours été, ou presque. Emily Blunt sait comment jouer le personnage : elle a sans doute vu et revu le film original pour s’inscrire dans l’exacte continuité de Julie Andrews. Mais elle le fait avec un naturel idéal, et un charme désarmant. Absolument parfaite, donc.

Finalement, la seule déception concerne l’absence de Julie Andrews. Dick Van Dyke apparaît bien, jouant le (vieux) fils du (vieux) banquier qu’il interprétait déjà dans le premier film (où il tenait donc deux rôle), le temps d’une scène réjouissante. Mais Julie Andrews a refusé de tenir le rôle qu’on lui réservait. Pas difficile d’ailleurs d’imaginer de quel rôle il s’agit : celui de la vendeuse de ballons que l’on voit dans la toute dernière partie, et que tient finalement Angela Lansbury (qui a failli interpréter Mary Poppins en 1964). Qu’importe, c’est bien l’ombre de Julie Andrews qui apparaît alors, celle d’un classique qui a droit, très tardivement, à une suite belle et digne.

Appel d’urgence (Miracle Mile) – de Steve De Jarnatt – 1988

Posté : 19 juin, 2019 @ 8:00 dans 1980-1989, DE JARNATT Steve, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Appel d'urgence

Un coup de foudre dans un zoo, un rendez-vous manqué, un téléphone qui sonne dans une cabine téléphonique, et une voix au bout du fil qui annonce que des missiles nucléaires vont tomber sur Los Angeles dans la nuit… Et voilà comment une soirée qui commençait bien tourne au cauchemar.

Jusqu’aux dernières minutes, on se demande vraiment à quoi on assiste : avec cette errance désespérée d’un homme dans la nuit, Steve De Jarnatt (éphémère cinéaste prometteur) signe-t-il un vrai film apocalyptique, ou le portrait d’un type un peu naïf qui déclenche une vague de paranoïa ravageuse ? Dans les deux cas, le film bouscule, interroge avec son esthétisme très datée eighties, et finalement séduit.

La paranoïa est teintée d’une sacrée dose d’ironie, avec ces personnages parfois à la limite de la caricature. Le « héros » en tête : Anthony Edwards, future vedette de la série Urgences, dépositaire malgré lui d’un secret trop lourd, et déclencheur toujours malgré lui d’une série de cataclysmes.

Entre deux tons, le film n’est jamais vraiment confortable. Ce qui, finalement, est plutôt une bonne chose. Mais il oscille aussi entre une approche réaliste et une urgence pas toujours très crédible. La naissance de la paranoïa, et la perte de toute convention sociale : des sujets passionnants et ambitieux, que De Jarnatt condense en 90 minutes à peine, rendant le propos caricatural.

Finalement, Miracle Mile trouve un équilibre fragile et bancal entre le film culte et le nanar, penchant in fine vers la première option. Tout juste.

Incassable (Unbreakable) – de M. Nyght Shyamalan – 2000

Posté : 16 juin, 2019 @ 8:00 dans 2000-2009, FANTASTIQUE/SF, SHYAMALAN M. Night | Pas de commentaires »

Incassable

Faites l’expérience : voyez et revoyez Sixième Sens, puis voyez et revoyez Incassable. Deux films de Shyamalan réputés pour leur twist final. Le premier, auréolé d’un gros succès, ne passe pas l’épreuve de la deuxième vision : tout, mais vraiment tout, repose sur ce twist. Incassable, en revanche, se révèle nettement plus riche, plus complexe, et plus abouti.

C’est même, sans doute, le meilleur film de Shyamalan. Et, mais les avis seront sans doute très partagés, le meilleur film récent de super-héros… Dit un cinéphile lambda qui ne supporte plus les films de super-héros et leur omniprésence. Une assertion hautement discutable, donc, mais qui repose sur un constat : que ce soit dans son rythme, dans l’utilisation (l’absence en l’occurrence) d’effets spéciaux, Incassable est à l’opposée du film de super-héros.

Jusqu’à ce parti-pris qui consiste à éviter constamment toute image ne serait-ce que vaguement spectaculaire. Le film commence quand même par une catastrophe ferroviaire dont on ne voit… qu’une sorte de pressentiment dans le regard pas bien vif de Bruce Willis. Bruce Willis, déjà dans son penchant faciès de marbre, regard fatigué, jamais aussi bien que lorsqu’il incarne un personnage coupé du monde.

Ici, il est servi. Le film se concentre en grande partie sur ce vide qui habite son personnage. Et logiquement, l’acteur trouve l’un de ses meilleurs rôles de la décennie qui s’ouvre (et d’une grande partie de la précédente), retrouvant l’intensité qui était la sienne au début de sa carrière. Shyamalan renoue aussi avec le duo des opposés qu’il formait déjà avec Samuel L. Jackson dans Die Hard 3 (alors l’un de ses derniers très bons films). Dans un esprit différent, certes, mais il y a sans doute un truc à creuser là-dedans. L’emphase de Jackson est en tout cas un contrepoint parfait aux airs dépressifs de Willis…

Shyamalan n’a pas toujours été un cinéaste d’une immense finesse. Ici, il réussit de très scènes intimistes, offrant une belle vision d’un couple en crise. Même si son rôle se limite à quelques scènes, Robin Wright apporte une belle intensité à cette épouse que Bruce n’a plus le cœur d’aimer. Le portrait d’un homme qui se rouvre à son entourage quand il apprend à connaître sa nature profonde. Qui se trouve être celle d’un super-héros.

Passengers (id.) – de Morten Tyldum – 2016

Posté : 13 juin, 2019 @ 8:00 dans 2010-2019, FANTASTIQUE/SF, TYLDUM Morten | Pas de commentaires »

Passengers

On ne peut pas dire que je sois très client de la SF actuelle, souvent tiraillée entre la surenchère d’effets spéciaux et la tentation kubrickienne. D’où la belle surprise de ce film adapté d’une nouvelle de Philip K. Dick, étonnamment modeste, à tous points de vue. Passengers distille avec parcimonie de rares séquences spectaculaires, et se limite au parcours intime de deux personnages. Sans tomber dans la virtuosité à la Gravity, pas plus qu’au préchi-précha philosophique à la Interstellar. Un film modeste, donc, ce qui fait du bien.

Modeste, et passionnant faut-il vite ajouter. Et intelligent, ce qui ne gâche rien. Soit un vaisseau spatial qui transporte quelques centaines d’hommes et de femmes vers une planète colonie qui doit être atteinte après plus d’un siècle de voyage. Pour y arriver, passagers et équipages sont plongés dans une sorte d’hibernation. Mais l’un des passagers est tiré de son sommeil quelques décennies trop tôt, sans possibilité d’être rendormi.

Condamné à finir sa vie tout seul, il trouve le temps long. Alors il se choisit une compagne : belle, intelligente, et drôle d’après le fichier vidéo qui accompagne chacun des passagers. La tirer de son sommeil n’est techniquement pas un problème. Moralement, c’est nettement plus compliqué. Ce dilemme et la culpabilité qui s’en suit (ce n’est pas un grand dilvulgâchage) sont au cœur de ce film d’une belle justesse de ton.

Visuellement, c’est très convainquant. Mais c’est surtout les rapports entre ces deux personnages qui séduisent. Entre Jennifer Lawrence et Chris Pratt, tous deux parfaits, on ressent tour à tour la panique, la résignation, l’attirance, la passion, la haine, l’amour… Toute une vie qui se déroule avec pour seul compagnon (ou presque) un barman-robot presque humain.

Le climax spectaculaire, annoncé par de petits signes tout au long du film, était bien dispensable, et apparaît comme la seule concession au blockbuster hollywoodien. Une facilité qu’on pardonne aisément à Morten Tyldum, dont on espère que l’échec du film ne contrariera pas la belle trajectoire qu’il suit depuis ses débuts en Norvège.

Halloween 5 : la revanche de Michael Myers (Halloween 5 : The Revenge of Michael Myers) – Dominique Othenin-Girard – 1989

Posté : 28 mai, 2019 @ 8:00 dans 1980-1989, FANTASTIQUE/SF, OTHENIN-GIRARD Dominique | Pas de commentaires »

Halloween 5

Ben v’là-t-y pas que Michael Myers n’est pas mort ! Dessoudé et enterré sous des tonnes de gravats à la fin du précédent épisode, le croquemitaine laissé pour mort s’en est tiré. Et Dominique Othenin-Girard (qui ?) se croit obligé de nous montrer comment il a fait, dans une courte scène inaugurale qui donne le ton.

Dominique Othenin-Girard : un nom que l’on n’associe (quand on l’associe) à peu près qu’à ce Halloween 5, qui ne lui a pas fait une carte de visite franchement efficace… Pas qu’il manque d’ambition, ni même d’une certaine vision. Mais quoi qu’il fasse, le réalisateur tape à côté. Rien ne marche vraiment dans cet opus qui échoue surtout au seul endroit où on l’attendait vraiment : dans sa capacité de faire peur.

Étrange parti pris du réalisateur, qui semble prendre le contre-pied systématique de Carpenter. Sans doute le singer aurait-il été une erreur aussi grande, mais en refusant d’appliquer le code du bon réalisateur de film de frousse lambda, Othenin-Girard échoue constamment à flanquer cette frousse qu’on attend pourtant. En dévoilant d’emblée l’emplacement de Michael Myers dans les scènes de suspense, en refusant même la surenchère gore… Des parti-pris louables, a priori, mais qui rendent la chose d’une platitude extrême.

Le réalisateur semble plus intéressé à tenter d’amener la saga vers autre chose. Vers la comédie même, avec un duo de flics décalés mais mal utilisés. Voire vers le surnaturel plus affirmé, avec cette apparition d’un homme mystérieux qui vaudra un final inattendu… et inabouti.

Quant à Danielle Harris, la jeune actrice qui était le meilleur atout de Halloween 4, elle est confinée dans un mutisme qui ne porte pas vraiment le personnage vers des sommets.

Finalement, c’est une nouvelle fois le Dr Loomis, alias Donald Pleasance, qui tire le mieux son épingle du jeu. Plus psychotique que jamais, plus barré, plus malsain, plus odieux, plus dérangé… C’est lui, paradoxalement, qui fait le plus peur dans ce film.

Dumbo (id.) – de Tim Burton – 2019

Posté : 29 avril, 2019 @ 8:00 dans 2010-2019, BURTON Tim, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Dumbo 2019

Soyons honnête : je n’attendais pas grand-chose de ce Burton, cinéaste qui (à l’exception de Sweeney Todd, il y a déjà 12 ans) ne m’a plus enthousiasmé depuis une vingtaine d’années. Pire, l’annonce de ce projet de Dumbo en prises de vue réelles avait tout du signal définitif de la démission du gars. Entre ses grosses productions acidulées à la Charlie et la chocolaterie, et des projets plus personnels dans lesquels il semblait ronronner sans trop y croire, ce projet semblait un nouveau pas en avant pour rentrer dans le rang.

La surprise n’en est que plus belle : Dumbo est un très beau film. Et la preuve que Burton peut se glisser dans l’univers de Disney en remplissant le cahier des charges, tout en signant une œuvre personnelle, grinçante et émouvante. Dumbo 2019 est une adaptation respectueuse du dessin animé de 1941. Il est aussi l’héritier digne d’Edward aux mains d’argent, monstre de foire en quête d’une famille, et en proie aux regards pas toujours bienveillants.

Visuellement, c’est somptueux : un mélange de grand spectacle et d’intime aux couleurs joliment rétros. Et le scénario est particulièrement malin et efficace, reprenant les grandes lignes du dessin animé en en retirant consciencieusement tous les éléments trop purement cartoonesques (à l’exception de l’éléphanteau capable de voler, bien sûr), sans pour autant les effacer : la locomotive Casey Jr et la souris Timothée font d’amusantes apparitions, tout comme les cigognes qui se posent sur le wagon de Mme Jumbo au moment de l’accouchement.

Mais pas d’animaux qui parlent ici (même s’ils semblent comprendre parfaitement ce qu’on leur dit) : les humains retrouvent le premier rôle, alors qu’ils se limitaient souvent à des silhouettes dans le classique de Disney. Et ce qu’en fait Burton est, d’emblée, bouleversant : ce retour de la guerre (on est en 1919) d’un artiste de cirque, dont les enfants découvrent sur le quai de la gare qu’il a perdu un bras. Le film n’est commencé que depuis quelques minutes à peine, ces retrouvailles déclenchent les premières larmes, il y en aura bien d’autres.

D’un schéma très disneyen (la lutte du petit contre le gros), Burton fait un film très personnel (les déboires d’un être différent, la quête de la cellule familiale). Son Dumbo a beau être numérique, il dégage cette innocence et cette pureté menacée des grands personnages du cinéma burtonien. Les personnages échappent d’ailleurs tous aux stéréotypes auxquels ils semblent pourtant d’emblée destinés.

Les enfants de ce rescapé de guerre (Colin Farrell) sont loin de la caricatures de gamins têtes à claques qui peuplent le cinéma. La trapéziste hautaine (Eva Green), le petit patron de cirque ambitieux (Danny De Vito), le banquier glacial (Alan Arkin) dévoilent tous une humanité qu’on ne leur aurait pas prêté au premier abord. Et puis il y a ce grand méchant incarné par Michael Keaton, qui retrouve Burton (et De Vito – Le Pingouin) 27 ans après Batman le défi).

Il est réjouissant, Keaton, incarnation d’une industrie du spectacle cynique et inhumaine, que Burton oppose aux petits artisans du spectacle. Comme s’il voulait glisser en passant qu’il n’était pas dupe de sa propre situation. Paradoxalement, c’est en se mettant au service d’un studio énorme qui ne fonctionne plus que sur des logiques mercantiles systématiques (notamment l’adaptation live de ses films d’animation) que Burton retrouve son âme.

King Kong (id.) – de Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack – 1933

Posté : 27 avril, 2019 @ 8:00 dans 1930-1939, COOPER Merian C., FANTASTIQUE/SF, SCHOEDSACK Ernest B. | Pas de commentaires »

King Kong

Classique d’entre les classiques. On a tout dit de ce monument du film de monstre, maintes fois copié, jamais égalé. On a dit que c’était un chef d’œuvre, et on a eu raison. On a dit que la tension y était parfois insoutenable, et on encore eu raison. On a dit que les effets spéciaux n’avaient pas pris une ride, et… bon, faut reconnaître qu’on s’est un peu trop laissé emporter par son enthousiasme, pour le coup.

L’animation image par image a, avouons-le, pris un petit coup de vieux. Les mouvements saccadés du roi Kong, les drôles de mouvement de ses poils, les transparences approximatifs… Je ne veux pas verser dans la polémique (ou peut-être que si, en fait), mais Peter Jackson a fait nettement mieux dans son remake. Côté effets spéciaux. Avec les CGI et toutes les technologies les plus modernes à son service. Bref, son Kong est plus fluide, plus chiadé, plus vrai. Reste une question en suspens : et alors ?

Parce que même si les effets spéciaux ont vieilli, même si on sait reconnaître les trucages au premier coup d’œil, ce King Kong originel reste un chef d’œuvre, d’une efficacité absolument imparable. Un film tellement bien fichu, au rythme tellement imparable, que même après une poignée de visions, on continue à s’interroger sur ce qui se trouve derrière ce fichu mur de Skull Island, on continue à pester contre cette Ann Darrow qui reste obstinément appuyée contre ce bastingage…

Ann Darrow : le rôle de toute une vie pour Fay Wray, déjà très bien dans La Chasse du Comte Zaroff (même période, même réalisateur, mêmes décors, même réussie), qui accède ici au statut infini de scream queen définitive, actrice capable de faire exister un personnage en passant une bonne partie du film à hurler. La première d’une longue série, jamais dépassée comme on dit.

Bien sûr, l’animation de Kong et des autres bestioles de cette île pas franchement paradisiaque continue à impressionner (on est en 1933, quand même). Mais ce qui marque surtout dans ce film, c’est de voir comment ces trucages sont insérés dans le récit. Contrairement à des tas de séries B (C, voire Z) à suivre, les scènes de monstres ne coupent jamais la narration, mais s’inscrivent dans l’action, avec une fluidité remarquable.

Même réussite impressionnante dans les séquences d’exposition à New York, dans les scènes sur le bateau, ou bien sûr dans l’impressionnante conclusion au sommet de l’Empire State Building, scène mythique où le spectaculaire et le tragique sont intimement liés. La réussite du film tient aussi à ce curieux mélange des émotions qu’inspire Kong, entre peur et tristesse. Mine de rien, Cooper et Schoedsack signent une peinture au vitriol de l’humanité toute entière.

Le regard de ce Kong n’est-t-il pas plus humain que toutes les poses du réalisateur-vedette qui jamais ne se remet en question ? Toutes ses victimes en font-elles vraiment un monstre, lui qui, finalement, n’a rien demandé à personne ? King Kong est aussi un film sur la différence et le respect de l’autre. Un chef d’œuvre, oui, mais un chef d’œuvre riche et complet.

Docteur Cyclope (Doctor Cyclops) – d’Ernest B. Schoedsack – 1940

Posté : 23 avril, 2019 @ 8:00 dans 1940-1949, FANTASTIQUE/SF, SCHOEDSACK Ernest B. | Pas de commentaires »

Docteur Cyclope

Sept ans après Les Chasses du Comte Zaroff et King Kong, Schoedsack signe une autre réussite, certes relativement mineure mais indéniable, sorte de lien improbable entre ses deux grands classiques, entre le fantastique et l’épouvante, entre le film de monstres et le film de savants fous.

Le « cyclope » du titre est de fait un savant visiblement franchement dérangé (Albert Dekker, toujours inquiétant), qui mène de mystérieuses expériences au cœur de la jungle amazonienne, et que rejoint bientôt un petit groupe de scientifiques : un savant quasiment aveugle, qui prend bientôt les allures d’un géant pour ses nouveaux compagnons, transformés en êtres miniatures.

Oui, parce qu’il est question d’un immense gisement de radium, et d’une découverte scientifique du genre de celles qui transforment les scientifiques en dieux. Mais qu’importe : à part l’usage quasiment inédit du Technicolor dans un genre plus habitué au noir et blanc (avec de beaux effets impressionnants qui font oublier les quelques tâches baveuses), l’unique intérêt du film réside dans la confrontation de ces hommes et femmes hauts de 25 centimètres avec leur ennemi et leur environnement hostile.

C’est la raison d’être du film, et le défi est formidablement relevé : entre transparences et décors géants, Schoedsack surmonte les contraintes insondables de son histoire sans jamais cherche ni la facilité, ni l’effet facile. Les trucages, qui restent impressionnants, sont constamment et entièrement au service du rythme et du récit.

On sent que ce sont les trucages qui se plient aux besoins de la narration, et pas la caméra qui répond aux contraintes des trucages, et ça fait toute la différence. Le film est ainsi d’une fluidité rare. Et même si Docteur Cyclope n’atteint pas les sommets des deux grands chefs d’œuvre de Schoedsack, il a tout d’une petite madeleine gourmande pour ceux qui, comme moi, l’ont découvert jeune, sans le revoir durant quelques décennies. Un petit plaisir pas coupable.

Halloween 4 : Le Retour de Michael Myers (Halloween 4: The Return of Michael Myers) – de Dwight H. Little – 1988

Posté : 5 avril, 2019 @ 8:00 dans 1980-1989, FANTASTIQUE/SF, LITTLE Dwight H. | Pas de commentaires »

Halloween 4

John Carpenter avait de belles ambitions pour sa saga, qu’il voulait transformer en anthologie d’épouvante, chaque film racontant une histoire différente. Mais après l’échec commercial de Halloween 3, lui-même a compris qu’il fallait revenir aux sources, et rappeler Michael Myers. Et le docteur Loomis, tant qu’à faire, ce dernier étant censé être aussi mort que le croquemitaine.

Exit, en revanche, Carpenter, qui a revendu le droit au producteur Moustapha Akkad. Ce dernier confir le film à un jeune réalisateur qui n’a pas encore fait grand-chose, Dwight H. Little, mais qui s’en tire franchement avec les honneurs. Visuellement très chiadé, ce quatrième opus est, visuellement, une réussite. S’il n’a pas l’élégance inquiétante du film de Big John, au moins soigne-t-il ses plans et sa lumière.

Rien de bien neuf, cela dit : le film se veut clairement un retour aux sources, renouant à la fois avec Haddonfield, le soir d’Halloween, les quartiers résidentiels… et Loomis, donc, sorte de rente pour Donald Pleasance, psychiatre qui semble plus fou que ses patients, et que l’on voit s’amuser de sa parenté manifeste avec un prédicateur parano dans une scène aussi inutile que marrante.

Jamie Lee Curtis, en revanche, est absente : on apprend que son personnage est mort depuis le deuxième film, et qu’elle a eu un enfant, une fillette nommée… Jamie (Danielle Harris, très bien du haut de ses 10 ans), nouvelle cible de son tonton Michael Myers. On retrouve aussi des personnages très inspirés de ceux du premier film, et ce refus de tomber dans la surenchère gore.

Pas mal de bonnes idées là-dedans, pas toujours très bien traitées (un innocent tué par erreur par des vigilantes, sans que cela fasse réagir plus que ça), et surtout ce personnage central de la fillette, qui donne du lien à la succession de meurtres, parfois plus originaux que vraiment terrifiants. Un personnage, surtout, qui réserve un final particulièrement fort, aussi inattendu que glaçant.

Les Mains d’Orlac (Orlacs Hände) – de Robert Wiene – 1924

Posté : 17 mars, 2019 @ 8:00 dans 1920-1929, FANTASTIQUE/SF, FILMS MUETS, WIENE Robert | Pas de commentaires »

Les Mains d'Orlac

Les adaptations cinématographiques du roman de Maurice Renard sont assez parfaites pour symboliser l’évolution du film fantastique à travers les décennies… et les pays. Avant l’âge d’or de l’horreur dans le Hollywood des années 30 (le film de Karl Freund en 1935), avant le renouveau du genre en Europe dans les années 60 (celui d’Edmond T. Gréville en 1960), c’est logiquement l’Allemagne expressionniste des années 20 qui ouvre le bal.

Et c’est un tandem mythique de l’expressionnisme qui s’y colle : le réalisateur du Cabinet du docteur Caligari Robert Wiene, et sa star Conrad Veidt. Qui en fait des tonnes, avec un jeu outré qui fait bien son âge, en pianiste vedette qui, après un accident de train, se voit greffer les mains d’un criminel qui vient d’être exécuté, et sent l’influence du tueur dont il a récupéré une partie du corps influer sur sa personnalité.

Mais Wiene, lui, sait créer une atmosphère bien flippante, avec un style plus retenu que … Caligari. La séquence inaugurale, surtout, est brillante : cet accident de train par lequel le drame se noue, et surtout l’impression de chaos que le réalisateur réussit à donner lorsque les secours arrivent.

La réussite du film tient beaucoup à son art de la mise en scène, à la fois spectaculaire et très attentive aux détails. La place des mains dans le cadre, notamment, ne doit jamais rien au hasard. Ces mains sont les personnages principaux du film, chargées d’un passé mystérieux et d’une menace sourde. si le jeu outré de Conrad Veidt laisse dubitatif, sa manière de dissocier ses mains du reste de son corps a en revanche quelque chose de fascinant, et de réellement effrayant.

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