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Archive pour la catégorie 'FANTASTIQUE/SF'

La Malédiction des hommes-chats (The Curse of the Cat People) – de Robert Wise et Gunther von Fritsch – 1944

Posté : 9 janvier, 2018 @ 8:00 dans 1940-1949, FANTASTIQUE/SF, VON FRITSCH Gunther, WISE Robert | Pas de commentaires »

La Malediction des hommes-chats

La Féline avait été un film très rentable pour la RKO. En bon producteur, Val Lewton a donc l’idée d’en proposer une suite. Et qu’importe si le personnage de Simone Simon est mort à la fin du film, on va bien trouver un moyen de la faire revenir… Et puis il y a quelques autres personnages qui, eux, sont toujours bien vivants.

Cette Malédiction… a tout de la vraie mauvaise idée, mais le résultat est assez étonnant. D’abord, la peur n’est ici qu’un faux-semblant. Seules quelques plans ébauchent un début de suspense rapidement désamorcé : sans doute fallait-il une poignée d’images qui puissent permettre de boucler une bande annonce promettant de grands moments de trouille.

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y a tromperie sur la marchandise. The Curse… n’est pas un film sur la peur, si ce n’est la peur d’être seul. C’est un film sur l’enfance qui se cherche, sur la relation entre une enfant trop seule et son amie invisible. Et devinez qui est cette amie invisible !! Eh oui, Simone Simon, alias Irena, revenue des morts grâce à une bague magique, et surtout grâce à l’imagination de la fillette.

Deuxième tromperie sur la marchandise : annoncée en tête d’affiche, Simone Simon n’apparaît qu’à la mi-film, pour disparaître un petit quart d’heure plus tard. Entre-temps, on aura eu droit à une ébauche de maison-fantôme, à l’ébauche d’une femme vengeresse (incarnée par Elizabeth Russell, la fascinante « femme panthère » dans La Féline), à l’ébauche d’une fuite pleine de danger à travers les bois.

Il y a quelques pistes plutôt excitantes qui auraient pu faire de ce film une belle oeuvre sur l’enfance dans la lignée de La Nuit du Chasseur ou de Moonfleet : cette vision un peu triste d’une enfant qui se raccroche aux contes que son père lui racontait, la présence en filigrane de l’inquiétante légende de Sleepy Hollow… Mais outre les rapports père-fille très discutables d’un point de vue éducationnel, le film a le grand tort d’être la suite de La Féline, avec lequel il n’a décidément pas grand-chose en commun.

La Momie (The Mummy) – d’Alex Kurtzman – 2017

Posté : 3 décembre, 2017 @ 8:00 dans 2010-2019, CRUISE Tom, FANTASTIQUE/SF, KURTZMAN Alex | Pas de commentaires »

La Momie

« Bon, les gars, faut trouver quelque chose. Vous êtes sûrs qu’on n’a pas un ou deux super-héros qui traînent dans les cartons ?
- Ben non patron. DC et Marvel se partagent à peu près tout ce qu’il y a sur le marché.
- Des jouets alors ? Des voitures-robots ? Des figurines à la con ? N’importe quoi…
- Rien de tout ça, patron. On a bien nos vieux monstres, mais ils n’ont pas servis depuis longtemps. Je sais même pas si les gens s’en souviennent. Vous savez ? L’homme invisible, le loup-garou, la créature de Frankenstein, Dracula. C’est un peu poussiéreux, mais bon…
- Eh ! Voilà l’idée de génie. On sort tout ça des cartons, on ripoline, on rajoute des cascades, le monde à sauver, et on lance toute une série de films qui seraient reliés les uns aux autres. Allez, on en annonce cinq, six… dix !
- Mais si ça marche pas ?
- Oh ta gueule. On passe pour quoi, nous, si on n’a pas notre univers étendu ? Tu veux quand même pas qu »on trouve une idée neuve à chaque nouvelle production ? Ce qu’il faut, c’est un lien entre tout ça. Tiens, on va mettre le Docteur Jekyll à la tête d’une organisation secrète qui œuvrerait dans l’ombre contre les forces du Mal, de nos jours, à Londres.
- Pourquoi Jekyll ?
- Tu préfères le fantôme de l’opéra ?
- Ben non.
- Bon, ben Jekyll alors.
- Et si on commençait par remettre la Momie au goût du jour ?
- Pourquoi la Momie ?
- Ben, un vieux monstre enterré depuis longtemps qui ressort au grand jour, vous voyez la symbolique pour notre Dark Uninerse…
- Le Dark Universe ! Pas mal comme appellation : c’est sombre, c’est Universal, c’est parfait. A propos, on fait quoi : horreur, action, humour ?… Oh, et puis oubliez la question, on va mélanger tout ça, toute façon tout sera recouvert par les effets spéciaux, on verra pas bien les détails.
- Dites, ça n’a rien à voir, mais Tom Cruise est disponible.
- De mieux en mieux, ce serait une super affiche pour un lancement. Bien, vous me grattez un scénar pour mélanger tout ça, et vous me glissez une séquence dans un avion en chute libre : Tom rêve de tourner en gravité zéro. Si on lui livre ça clé en main, il ne dira pas non. »

Et voilà comment la navrante folie hollywoodienne actuelle accouche d’un film qui ne ressemble à rien. Pas ennuyeux, et même assez plaisant par moments, mais d’une manière générale franchement navrant. Un film qui utilise l’islamisme radical comme un objet de dérision très léger, qui hésite constamment sur le ton à adopter, et qui tourne au grand-guignol.

Un film, surtout, conçu comme le lancement d’une série qui ne verra peut-être jamais le jour, vu l’accueil public plus que mitigé. C’est d’ailleurs tout le malheur qu’on souhaite à Tom Cruise, à qui on ne pardonnerait pas de rempiler, et à Russel Crowe qui, dans le rôle court mais central de Jekyll et Hyde, a signé pour l’ensemble du Dark Universe. Si c’est pas triste une carrière sur le déclin…

Le Village des damnés (Village of the damned) – de John Carpenter – 1995

Posté : 16 novembre, 2017 @ 8:00 dans 1990-1999, CARPENTER John, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Le Village des damnés 1995

Carpenter s’est approprié pas mal de thèmes bien connus du cinéma fantastique. Il a aussi signé un remake officieux de Rio Bravo (Assaut) et un autre, bien assumé celui-ci, de La Chose d’un autre monde (The Thing). Mais ce remake-ci, d’un petit classique du cinéma fantastique british des années 60, a quelque chose d’unique dans sa filmographie.

Même titre, même histoire, même ville, mêmes personnages en grande partie… Pas d’erreur sur les intentions. Le scénario du film de Wolf Rilla est d’ailleurs crédité au générique, au même titre que le roman original. Mais ce Village des damnés-là est tellement un remake qu’il n’existe réellement que comme tel, par rapport au film de 1960.

Ce qui explique les « trous » que l’on peut regretter dans la narration, les ellipses douteuses et une manière parfois hasardeuse d’avancer dans l’histoire. Avec ce film, c’est comme si John Carpenter avait voulu rendre hommage aux aspects les plus réussis du film de Rilla, et surtout rattraper ce qui l’était moins. On a donc des passages qui sont des copiés-collés du premier film, des dialogues entiers repris tels quels. Ces moments là sont d’ailleurs les moins intéressants, comme si Carpenter s’en désintéressait : si c’était bien chez Wolf Rilla, pourquoi s’embêter à vouloir le refaire ?

Dans les différences, en revanche, le film est passionnant. Le film original se concentrait essentiellement sur son couple vedette, reléguant les seconds rôles aux arrières-plans ? Carpenter commence son film en soulignant l’importance de la communauté, et en multipliant les personnages. Celui de George Sanders, d’ailleurs, est « coupé » en deux, repris à la fois par le médecin du village (Christopher Reeve, dans l’un de ses derniers rôles avant l’accident) et par une scientifique d’une agence gouvernementale (Kirsty Alley).

Les pouvoirs des gamins maléfiques avaient des effets trop modestes? Carpenter appuie sur le gore avec un cuisinier qui se transforme en grillade, ou un médecin qui pratique l’auto-opération… Les liens entre ces enfants et leurs « parents » était vite rompus? C’est peut-être là que se situe la plus grande différence, avec des ébauches d’humanisation chez l’un des enfants, et l’envie d’une mère d’aimer son fils malgré tout.

Et puis il y a l’élégance de Carpenter, entièrement au service de l’efficacité du récit, qui s’amuse aussi à s’auto-citer à travers quelques plans typiquement carpenteriens : l’ombre au début du film qui évoque le brouillard de Fog, un travelling sur une haie qui renvoie aux plans inoubliables de Halloween, ou un visage monstrueux en surimpression qui rappelle curieusement Invasion Los Angeles. Tourné après l’un des sommets de sa filmographie (L’Antre de la folie), et avant une ultime série de films sans doute moins originaux, Le Village des damnés a déjà des allures de bilan.

Le Village des damnés (Village of the damned) – de Wolf Rilla – 1960

Posté : 15 novembre, 2017 @ 8:00 dans 1960-1969, FANTASTIQUE/SF, RILLA Wolf | Pas de commentaires »

Le Village des damnés 1960

Ce petit classique du fantastique british prend le contre-pied total des films que la Hammer enchaînait à l’époque. Pas de vampires ni de monstres rampant ici, pour faire naître la peur. Pas non plus de jeux d’ombres ou d’images léchées et stylisées : Wolf Rilla joue à fond la carte du quotidien, dont surgirait l’horreur. Pour le meilleur, et aussi pour le moins bon.

Pour le meilleur parce qu’à l’horreur pure, le réalisateur préfère un malaise qui monte en puissance, et qui naît des choses les plus familières qui soit. Le cadre n’est d’ailleurs pas choisi par hasard : un village de la campagne anglaise, tellement banal qu’il en deviendrait presque anonyme, et où se croisent des hommes et des femmes qui n’ont rien d’exceptionnel.

C’est dans ce décor que survient le mystère : un jour, sans que rien ne l’explique, tous les êtres vivants dans ce village s’évanouissent durant des heures. A leur réveil, tout semble normal, mais les habitants découvrent bientôt que toutes les femmes en âge de procréer sont enceintes. Les enfants qui naissent, à la blondeur inquiétante, ne tardent pas à faire froid dans le dos…

Pour le moins bon aussi parce que, du fait de ce parti pris de familiarité, le film de Wolf Rilla est visuellement franchement terne, avec un noir et blanc sans profondeur qui ne joue pas en sa faveur. Mais ce manque de profondeur, déstabilisant dans les premières minutes, est vite compensé par un sens aigu du cadre, avec des compositions qui, au fur et à mesure que les enfants grandissent, deviennent d’une précision de plus en plus diabolique. L’angoisse naît en partie de la manière dont ces enfants se regroupent, comme un ensemble bien organisé face à l’ennemi.

Le film est plutôt efficace. Moins dans la terreur brute d’ailleurs (à l’exception de la dernière séquence, très forte) que dans la manière originale et plutôt osée d’aborder la paternité, comme un fléau qui menace la société toute entière. Quand le Mal pur prend l’apparence des petites têtes blondes d’une communauté a priori heureuse, rien ne va plus…

Huis clos – de Jacqueline Audry – 1954

Posté : 10 novembre, 2017 @ 8:00 dans 1950-1959, AUDRY Jacqueline, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Huis clos

« L’enfer, c’est les autres. » Dès le générique de début, l’objet du film est clairement défini : cette adaptation libre de la pièce de Sartre est une illustration de la plus célèbre de ses citations. Je n’ai ni lu, ni vu la pièce sur scène, mais le film qu’en tire Jacqueline Audry n’est pas franchement plus convaincant qu’enthousiasmant.

L’histoire, pour les incultes comme moi : après leur mort, plusieurs personnages se retrouvent en Enfer. Mais un Enfer sans feu, sans diablotin, et sans les supplices habituels : cet Enfer-là a les allures d’un grand hôtel, où les nouveaux-morts sont accueillis avec tous les égards avant d’être conduits dans la chambre où l’éternité les attend, et où ils doivent cohabiter avec deux autres décédés choisis au hasard.

On a donc un révolutionnaire mort dans un honneur douteux (Frank Villard, très bien), qui se retrouve enfermé avec une lesbienne vieillissante avide d’amour (Arletty, elle-même vieillissante et fatiguée) et une riche oisive à la beauté qui se fâne (Gaby Sylvia). Paradoxalement, c’est ce dernier personnage, pourtant le plus effacé et le plus passif, qui sert de lien à cette micro-communauté qui se forme. Ou plutôt de révélateur de toutes les différences, de toutes les mesquineries, de toutes les petitesses de ces êtres.

Ces trois-là n’ont rien en commun et, surprise, les tensions ne vont pas tarder à naître. Pire : les images qu’ils captent de leurs proches qui leur ont survécu révèlent que l’amour qu’ils pensaient susciter n’est qu’un leurre. Une manière pour la réalisatrice, qui a peut-être conscience de la limite de son adaptation, de prendre l’air par rapport à la pièce. Mais franchement, rien de révolutionnaire là-dedans, et on n’est jamais ni surpris, ni emballé par quoi que ce soit. Surtout que la mise en scène de Jacqueline Audry est, disons propre. Sans aspérité, purement fonctionnelle. Cruel, certes, mais lisse surtout.

Starman (id.) – de John Carpenter – 1984

Posté : 4 novembre, 2017 @ 8:00 dans 1980-1989, CARPENTER John, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Starman

John Carpenter qui marche sur les traces de E.T. ? OK, ses films précédents ont été des échecs commerciaux, mais on n’a quand même un peu de mal à y croire. Pourtant, c’est bien ça : Starman est bel et bien une version « adulte » du triomphe de Spielberg. Vous remplacez les enfants qui découvrent un extraterrestre perdu loin de chez lui par une jeune veuve qui découvre un extraterrestre perdu loin de chez lui, et vous obtenez à peu près la même histoire.

Pour être tout à fait précis, notons quand même que Starman n’est pas uniquement un film opportuniste : son scénario et celui de E.T. circulaient en même temps. Et si celui-ci débarque sur les écrans deux ans plus tard, cela relève presque du hasard. Il n’empêche : les deux films sont étonnamment semblables, jusqu’à la manière, cynique, d’évoquer le fameux sens de l’hospitalité de la race humaine.

Et les premières scènes laissent un peu dubitatif. Carpenter, qui sort quand même d’une décennie de sans-faute, signerait une bluette à tendance psychédélique ? L’idée centrale du film est séduisante : l’extraterrestre qui débarque, parce que nous autres Terriens avons envoyé de chaleureuses invitations dans l’espace, prend l’apparence d’un homme mort depuis peu, et entraîne dans sa fuite la femme qui pleure ce dernier. Mais les premiers pas (au premier degré, « les premiers pas » de l’E.T.), et les moues enfantines de Jeff Bridges font craindre le pire.

Mais il se passe quelque chose d’assez inexplicable : le processus mental du spectateur suit remarquablement celui de la jeune veuve, jouée par Karen Allen. Forcément effrayée, voire hostile dans un premier temps, la jeune femme finit par s’attacher à cet étrange étranger à l’air si familier. Et c’est exactement ce qui se passe ici : il se dégage du film, et de chaque personnage, une telle sincérité, une telle empathie, que Starman commence à séduire.

Et Carpenter emporte définitivement le morceau lors de la belle scène du « diner », la nuit. Est-ce ce cerf qui reprend vie ? Le regard si bienveillant de cette serveuse à l’embonpoint généreux ? Ou justement les moues enfantines de Jeff Bridges ? A ce moment-là en tout cas, on plonge totalement dans les grands yeux de Karen Allen, et on les suit avec passion ces deux-là, dans leur improbable cavale vers… Vers quoi ? Une histoire d’amour impossible ? Une seconde chance ? Contre toute attente, Starman se révèle très beau. Une réussite inattendue…

Vampires (id.) – de John Carpenter – 1998

Posté : 3 novembre, 2017 @ 8:00 dans 1990-1999, CARPENTER John, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Vampires

Monstres, homme invisible, croque-mitaine, voiture tueuse, diable, extra-terrestres… Le cinéma de John Carpenter est tellement rempli des grandes figures du cinéma fantastique qu’il est presque incroyable qu’il ait attendu si longtemps pour se confronter aux vampires. Il en avait d’ailleurs été questions quelques années plus tôt : il avait été question que ce soit lui qui réalise le Dracula, finalement signé Coppola.

On l’imagine sans mal : le film réalisé par Carpenter aurait sans doute été aux antipodes de la sophistication fascinante du film tel qu’il existe. Plus proche d’un pur film de genre, comme l’est ce Vampires au titre d’une sobriété exemplaire. C’est qu’il ne ment pas sur la marchandise : pas question pour lui de révolutionner le genre du film de vampires. Carpenter aime le cinéma de genre, il s’y glisse avec délectation, et c’est avant tout par l’élégance et l’efficacité de sa mise en scène qu’il impose sa marque.

On peut toujours essayer d’y voir des messages ou des thèmes forts : l’église y est ainsi présentée une nouvelle fois (après Prince des Ténèbres) comme une institution hypocrite et inquiétante. Mais le fait est que Vampires est avant tout, et peut-être même exclusivement, un pur film d’horreur, très premier degré, très efficace, très fun, très bien mis en scène, et très mineur dans ses ambitions.

Carpenter y fait un pas de plus vers le western, ce genre qui l’accompagne depuis Assaut et qui n’a jamais abordé frontalement. Visuellement, c’est dans Vampires qu’il s’en rapproche le plus, avec ses grandes étendues désertes, ses paysages poussiéreux, et ses personnages filmés comme une horde de justiciers. Et c’est assez beau : même dans un film mineur comme celui-ci, Carpenter reste un grand formaliste, qui sait composer des images superbes, qui contribuent (au même titre que la musique entêtante de Carpenter himself) à créer le sentiment de peur.

Peu de nuances en revance à attendre du côté des personnages : Thomas Ian Griffith est une personnification du mal assez extrême, et James Woods est un héros bad-ass très dur et très droit. Mais le film révèle quelques surprises du côté des seconds rôles. Quant à Sheryl Lee, la postérité se souviendra d’elle pour avoir jouer une morte dans Twin Peaks… et une moribonde dans Vampires : la pauvre passe la quasi-totalité du film à râler et à trembler, avant de cracher des hectolitres de sang.

La surprise, et c’en est une, vient de Daniel Baldwin. Le frangin d’Alec est un veau, c’est un fait. Mais c’est à lui que revient le plus beau personnage : un chasseur de vampire mordu et promis à un avenir funeste, qui révèle une sensibilité inattendue. Jusqu’à une très belle dernière scène. Petit moment d’émotion dans un film plus franchement porté sur l’action pure et la trouille.

Christine (id.) – de John Carpenter – 1983

Posté : 2 novembre, 2017 @ 8:00 dans 1980-1989, CARPENTER John, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Christine

On a sans doute toujours tort de dire « il n’y avait que lui pour réussir ce film ». N’empêche : il n’y avait que Carpenter pour réussir ce film qui aurait si facilement pu tomber dans le grand-guignol ou dans le kitsch. Non seulement Carpenter réussit cette adaptation d’un roman de Stephen King, mais il s’en émancipe juste ce qu’il faut pour se l’approprier totalement.

Christine est d’ailleurs une sorte de film-miroir de Halloween, sorti en 1978… l’année où se déroule l’action de Christine. Sans doute pas un hasard. Carpenter fait de la voiture tueuse une incarnation du Mal absolu (alors que l’origine du Mal était plus contrastée dans le roman), à l’image d’un Michael Myers. Et surtout, les deux longs métrages sont, peut-être même avant d’être des horror-movies, des peintures édifiantes de l’adolescence.

Dans Christine, Carpenter se montre même encore plus sombre, encore plus cynique, quant à cet « âge d’or » de la jeunesse. Le « héros », Arnie, est un ado rejeté de tous (à l’exception de son ami sympa, beau, bon et courageux… bref, une sorte d’extra-terrestre), ni très beau, ni très courageux, ni très malin, qui se coupe peu à peu des autres et de toute humanité au contact de la Plymouth rouge toute pourrie qu’il a retapée avec amour, voiture maléfique qui le hante et le transforme.

Le film parle du mal de vivre, de la difficulté de s’accepter, dans cette période de l’adolescence si pleine de changements. Il parle de narcissisme bien sûrs, mais aussi et surtout de frustration. Il y a ainsi un joli personnage, quasiment muet, qui se contente d’apparaître dans quelques plans : une belle blonde, visiblement énamourée de Dennis, l’ami d’Arnie, le genre de fille à qui tout réussit, mais qui devient terriblement touchante à force d’être à ce point ignorée par celui qu’elle convoite. Ce personnage semble n’avoir aucune véritable importance, et apparaît constamment en contrepoint de l’action. Mais sa présence a quelque chose de très émouvant.

Carpenter ne fait pourtant pas de Christine un film à thème ou à thèses. Avec ce beau classicisme et son habituelle élégance, il signe un pur film de genre aux effets spéciaux discrets mais impressionnants, prenant le temps d’installer l’angoisse, dans un long mouvement lent et imparable, comme dans tous ses meilleurs films. Avec au passage quelques images inoubliables. La plus marquante : la folle course de la Plymouth en flammes dans la nuit, qui avance en « recrachant » sa victime sur le bitume…

Interstellar (id.) – de Christopher Nolan – 2014

Posté : 30 septembre, 2017 @ 8:00 dans 2010-2019, FANTASTIQUE/SF, NOLAN Christopher | Pas de commentaires »

Interstellar

Jusqu’où va-t-il réussir à aller toujours plus loin ? Christopher Nolan, qui fut un cinéaste exceptionnel lorsqu’il était plus modeste (j’avoue une passion qui ne se dément pas pour Insomnia, son formidable thriller insomniaque), affirme film après film son nouveau statut d’excellent cinéaste démesuré. Avec son frangin Jonathan à l’écriture, Nolan a une imagination extraordinaire, et un sens du spectacle tout aussi impressionnant.

Mais le lecteur attentif l’aura remarqué : entre « exceptionnel » et « excellent », il y a un monde. Et quitte à fâcher quelques fans, il me semble que les premiers films du réalisateur de Memento marquaient la rétine et les esprits un peu plus longtemps que des superproductions comme l’impressionnant et vain Inception, ou même ce Interstellar, certes passionnant, spectaculaire et, en un mot, brillant, mais au final étrangement désincarné.

On comprend bien qu’avec ce fameux dernier quart d’heure, Nolan a voulu s’inscrire dans la lignée du Kubrick métaphysique de 2001 l’odyssée de l’espace. Il le fait d’ailleurs avec intelligence, dans une sorte de paradoxe spacio-temporel envoûtant qui donne le moment le plus étourdissant du film, sans le caractère insondable de 2001. Mais dans cet entre-deux qui éclaire tous les mystères de la première partie, c’est l’émotion qui se fait la belle, en ne laissant que des traces…

Et c’est bien dommage, parce que c’est là que Nolan est le plus prometteur, en axant dès le début son histoire de science-fiction sur un père et sa fille privés l’un de l’autre. Nolan se fait même le plus souvent l’héritier de John Ford, plutôt que de Kubrick. Le Ford de La Prisonnière du désert, avec le personnage de Matthew McConaughey (décidément formidable), obsessionnel et bouleversant, qui laisse ce qui reste de sa famille pour une longue quête peut-être sans retour.

Au cœur du film, il y a une idée extraordinaire, basée sur le paradoxe temporel, et qui se résume à une ligne de dialogue, une phrase du père à sa fille (jouée, à l’âge adulte, par la superbe Jessica Chastain) : « Quand je reviendrai, nous aurons peut-être le même âge » (ou quelque chose comme ça). Une idée magnifique, déchirante, et qui en partie tient ses promesses.

En partie seulement, parce que Nolan, quand même, a de grandes idées de grandeur, une imagination foisonnante, et une envie un peu trop marquée de tout mettre à l’écran, sans faire de choix. Alors oui, je fais la fine bouche. Interstellar est l’un des blockbusters les plus aboutis, les plus passionnants de ces dernières années, avec les meilleurs acteurs de leurs générations (Chastain et McConaughey, mais aussi Michael Caine, un fidèle du réalisateur). Mais on sent bien que Nolan, cinéaste et scénariste exceptionnels, a force de ne pas choisir, est passé juste à côté d’un grand chef d’oeuvre. Et ça, c’est un rien frustrant.

Snowpiercer, le transperceneige (Snowpiercer) – de Bong Joon-ho – 2013

Posté : 12 septembre, 2017 @ 8:00 dans 2010-2019, BONG Joon-ho, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Snowpiercer

Première production internationale pour le Sud-Coréen Bong Joon-ho, après une série de grands films qui ont connu d’immenses succès, dans des genres différents, du polar Memories of Murder au mélo Mother en passant par le film de monstre The Host. Loin de perdre son âme en prenant les rênes de cette co-production américano-franco-etc, le réalisateur signe une nouvelle grande réussite, et impose sa marque atypique.

Dans ses précédents films de genre, Bong avait distillé une dose d’humour et de dérision dans des thèmes très sombres. La présence de son acteur fétiche Song Kang-ho y était pour quelque chose, et on le retrouve à l’affiche de ce film post-apocalyptique, dominé par une distribution essentiellement anglophone : Chris Evans, Tilda Swinton, John Hurt, Jamie Bell ou Ed Harris.

A l’origine du film, il y a une bande dessinée française, signée Jean-Marc Rochette et Jacques Lob, dont Bong Joon-ho respecte scrupuleusement l’univers. Lorsque la production est lancée, trois albums sont déjà sortis. Le quatrième qui suivra inclura d’ailleurs les événements imaginés spécifiquement pour le film dans l’intrigue générale.

Et quel univers : une sorte de condensé de l’humanité dans ce qu’elle a de plus diversifiée, et de plus effrayants, vivant reclus dans un immense train roulant sans jamais s’arrêter à travers un paysage de glace. Car dans ce futur-là, l’humanité a quasiment disparu, après que des savants géniaux ont décidé de balancer un gaz dans l’air pour stopper le réchauffement climatique. On voit bien ce qui a plus à l’ironique Coréen : car cette arme censée sauver le monde a bel et bien mis un terme au réchauffement, plongeant la Terre dans une nouvelle ère glacière.

Dix-huit ans plus tard, les survivants roulent sans fin, dans un train mis au point par un puissant démiurge, qui a compartimenté les wagons comme des symboles des classes sociales. A la tête, les leaders qui vivent dans l’opulence. A la queue, les pauvres à qui on a tout retiré : les droits, les possessions et la dignité. Jusqu’à ce qu’un homme au passé trouble et douloureux comprenne qu’il est fait pour mener les siens vers la liberté. C’est Chris Evans, qu’on découvre intense et charismatique. Une belle surprise.

La construction du film est fascinante, lente avancée dans le train où chaque passage d’un wagon à l’autre procure une rupture de ton et de rythme. Et Bong Joon-ho a un talent fou pour passer de la dérision à la tragédie, de l’humour décomplexé à la violence gore. Réjouissant et édifiant, Snowpiercer n’est pas totalement dépourvu de lumière, et présente même une petite (mais vraiment toute petite) lueur d’espoir concernant la nature humaine. Mais à quel prix…

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