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Archive pour la catégorie 'FANTASTIQUE/SF'

Le Portrait de Dorian Gray (The Picture of Dorian Gray) – d’Albert Lewin – 1945

Posté : 11 septembre, 2021 @ 8:00 dans 1940-1949, FANTASTIQUE/SF, LEWIN Albert | Pas de commentaires »

Le Portrait de Dorian Gray

Il y en a eu, des adaptations de l’œuvre d’Oscar Wilde au cinéma. Au moins sept avant 1945, et combien après ? Pourtant, il semble n’en exister qu’une, pour toujours, définitivement : celle d’Albert Lewin, cinéaste méconnu souvent présenté comme le plus cultivé, le plus lettré de tous les réalisateurs. Non sans raison. C’est lui, Lewin, qui signe seul l’adaptation du roman. Sur le papier, il en saisit toutes les nuances, toute la profondeur. A l’écran, il signe une œuvre au moins aussi forte que l’originale, chef d’œuvre d’une intensité rare.

Dorian Gray, ce dandy mystérieux qui semble ne jamais vieillir, mais dont le portrait porte à sa place tous les signes de sa décrépitude physique et morale… Sorte de variation sur les thèmes de Faust et de Jekyll and Hyde, évocation aussi du fantasme de la jeunesse éternelle, dont Lewin tirera aussi un autre chef d’œuvre, Pandora. L’œuvre de Lewin, d’ailleurs, est d’une cohérence folle : six films seulement, mais qui se répondent et se complètent les uns les autres.

Dorian Gray est son deuxième, et reprend un parti-pris de son premier film, The Moon and Six Pence : ce portrait dévoilé dans les uniques plans en couleurs du métrage, comme si Lewin cherchait à rendre visible le contraste entre la réalité crue et les apparences derrière lesquelles se réfugie désespérément Dorian.

Intense, disais-je, Le Portrait de Dorian Gray est aussi un film d’une extraordinaire richesse visuelle, où le moindre plan fait sens. Albert Lewin, cinéaste exceptionnellement intelligent, construit chacune de ses images avec la double ambition de raconter son histoire le plus simplement possible, et de confronter les apparences et la réalité, ce que veulent montrer les personnages et ce qu’ils sont vraiment.

Lewin joue sur le contraste entre le premier et le second plan, ajoutant souvent un troisième plan, un reflet, une ombre évocatrice : le fouet d’un cocher qui semble entourer le cou de Dorian tel une potence, une lumière dessinant une croix annonçant le crime à venir… Des images puissantes et d’une élégance absolue.

George Sanders, déjà à l’affiche du premier film de Lewin, trouve un nouveau grand rôle à sa mesure : celui d’un jouisseur cynique, symbole d’une société qui n’est digne qu’en apparence, et par qui le drame arrive. Angela Lansbury trouve peut-être son plus beau rôle, celui, tragique, d’une jeune artiste de music-hall qui est comme l’image d’un idéal possible. Mais la révélation du film, c’est Hurd Hatfield, dont le visage lisse et immobile, comme pétrifié dans une jeunesse déshumanisée, fait de lui un Dorian Gray idéal. Comment pouvait-il espérer seulement trouver un autre rôle marquant après celui-ci…

Fahrenheit 451 (id.) – de François Truffaut – 1966

Posté : 30 août, 2021 @ 8:00 dans 1960-1969, FANTASTIQUE/SF, TRUFFAUT François | Pas de commentaires »

Fahrenheit 451

Les dernières images sont d’une beauté saisissante : ce bal des « hommes-livres » qui se croisent en disant des trésors de la littérature, comme étouffés par la partition de Bernard Herrmann. Ou comment, par la force des images et de la musique, crier son amour des livres…

Pari quand même très audacieux que celui de Truffaut, qui se lance dans l’adaptation d’un classique de la science-fiction, genre auquel on ne l’aurait jamais associé spontanément. Bien sûr, ce n’est pas n’importe quel classique qu’il choisit d’adapter, mais celui de Ray Bradbury, qui décrit un monde où la lecture est prohibée, et les livres systématiquement brûlés par les pompiers, qui n’éteignent plus les incendies depuis bien longtemps.

La rencontre de Truffaut et de la SF laisse dubitatif pendant environ une minute trente, lorsque le film s’ouvre sur le véhicule des pompiers qui sort de sa caserne. Là, le style futuriste rétro fait craindre le pire. Et c’est vrai que ce n’est pas dans la mise en image du futur qu’il est le plus convaincant. Truffaut a certes tourné avec Spielberg (c’était pour Rencontre du troisième type), mais ce dernier est nettement plus convaincant quand il s’agit de créer un univers visuel futuriste. Comparer leurs deux visions des hommes de loi volants est assez cruel pour le Français.

Mais ces scènes sont rares, et finalement assez anodines. Truffaut, le littéraire, l’amoureux des livres et des mots, signe avant tout un grand cri d’amour pour la littérature. Mieux : pour l’éveil au plaisir de lire, à travers le regard d’Oskar Werner, sorti de Jules et Jim, parfait en pompier pyromane qui finit par s’interroger sur le bien fondé de son métier, et par ouvrir un livre en cachette, d’abord avec curiosité, puis avec passion.

Belle idée d’avoir confié à Julie Christie deux rôles, deux facettes opposées de la femme, comme un double symbole de la vie qui s’offre au personnage principal. Belle idée aussi d’ouvrir le film sur un générique parlé, pour nous introduire à ce monde où l’écrit n’a pas le droit de cité. Curieusement, Fahrenheit est peut-être le plus taiseux des films de Truffaut, qui préfère l’évocation, voire l’invocation.

La séquence où la belle bibliothèque est découverte, et brûlée, et où apparaissent les couvertures de tant de chefs d’œuvre, ou de nanars, et même le Mein Kampf d’Hitler, est superbe, déchirante dans ce qu’elle dit de la liberté et du libre-arbitre. En opposant les écrans envahissants et abrutissants à la beauté inspirante des livres, Truffaut signe un film qui paraît aujourd’hui encore, au moins sur le fond, vraiment d’actualité.

Los Angeles 2013 (Escape from L.A.) – de John Carpenter – 1996

Posté : 10 août, 2021 @ 8:00 dans 1990-1999, CARPENTER John, FANTASTIQUE/SF | 2 commentaires »

Los Angeles 2013

Suite ? Remake ? John Carpenter et Kurt Russell (co-scénariste du film) revisitent leur classique New York 1997. On retrouve bien sûr le mythique Snake Plissken, personnage devenu icône en un unique film. On retrouve aussi les mêmes motifs dramatiques, la même construction, les mêmes enjeux, la même intro presque, et un décor qui ressemble à un étrange copié-collé. L’île de New York était transformée en île-prison dans le classique de 1981… Los Angeles est transformée en île et en prison ici.

Doit-on prendre cette suite vraiment au sérieux. That is the real question. Le doute est longtemps permis. La réponse intervient tardivement, et prend (réellement) l’allure d’une vague. Là, le doute n’est plus permis. Los Angeles 2013 peut être vu comme une suite, un remake, un reboot ou quel que soit le terme, mais aussi comme une parodie, et comme une manière de dresser un fier doigt d’honneur à l’industrie hollywoodienne.

OK, on me saoule depuis des années pour que je surfe sur le succès de New York 1997, avec une suite qui serait forcément plus spectaculaire, plus dense, plus riche en effets spéciaux, plus tout… eh bien je vais vous en donner, du surf, et il n’y aura pas de limite à la surenchère. Un doigt d’honneur, vraiment, qui flirte avec le grand n’importe quoi, et qui séduit malgré tout par cette liberté jusqu’au-boutiste.

La plus grande séquence de suspense ? Un défi de basket totalement improbable. La plus grande scène d’action ? L’attaque d’un stade bondé par une poignée d’assaillants en deltaplane. Carpenter se délecte du mauvais goût ambiant, et fait de cette pure commande mercantile un film ouvertement brouillon qui se libère de toute obligation en terme de réalisme, de crédibilité, ou même d’efficacité.

Plus que jamais, Kurt Russell / Snake Plissken est l’alter ego de Carpenter : un électron libre fatigué d’être aux ordres, de faire ce qu’on attend de lui. A l’époque, le cinéaste rappelait dès qu’il avait l’occasion qu’il était devenu un spécialiste du fantastique un peu par hasard, et que son truc à lui c’était le western, ce western qu’il ne réalisera jamais mais vers lequel il n’a cessé de tendre. C’est finalement tout le sujet de Los Angeles 2013.

Plissken, ou Carpenter, suffoque dans cette Amérique aseptisée. La scène finale, qu’on soupçonne être l’unique raison pour laquelle Carpenter a accepté le projet, est une baffe radicale et définitive donnée aux tenants du bon goût, un cri de rage et un doigt d’honneur à l’ordre et à la modernité. Une main tendue vers une forme de liberté liée au western, dans une sorte de superbe« rien à foutre ».

Night Gallery, l’envers du tableau (Night Gallery) – créée par Rod Serling – pilote réalisé par Boris Sagal, Steven Spielberg et Barry Shear (1969)

Posté : 29 mars, 2021 @ 8:00 dans 1960-1969, FANTASTIQUE/SF, SAGAL Boris, SERLING Rod, SHEAR Barry, SPIELBERG Steven, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Night Gallery Eyes

Bien avant de co-réaliser l’adaptation cinéma de La Quatrième Dimension, Steven Spielberg avait déjà un lien avec son créateur Rod Serling : c’est pour lui qu’il a fait ses vrais débuts de réalisateur professionnel, en signant l’un des segments du pilote de Night Gallery, la nouvelle série anthologique de Serling. Ce dernier y confirme son goût pour l’angoisse et le surnaturel, dans de courts récits (en couleurs, cette fois) dont lui-même écrira près d’un tiers des scénarios.

Cette nouvelle série se distingue de La Quatrième Dimension en proposant des programmes plus long : chaque épisode est constitué de trois petits films, que Rod Serling introduit en se mettant en scène dans une galerie plongée dans l’obscurité, où il dévoile l’un après l’autre trois tableaux en rapport avec l’histoire à venir. Des tableaux qui, dans ce pilote au moins, joueront un rôle majeur dans les intrigues.

The cemetery – réalisé par Boris Sagal

Le premier segment est le plus faible des trois, parce qu’il donne un sentiment de déjà vu, et que les personnages sont particulièrement outrés. Roddy McDowall surtout, qui en fait des tonnes en neveu oisif et machiavélique bien décidé à faire crever son vieil oncle impotent et richissime pour rafler l’héritage. Sa méchanceté si affichée et si dénuée de nuance rappelle une quantité de méchants caricaturaux qu’on retrouvait dans les séries télé des années 70…

Face à lui, un George Macready en fin de course qui joue les vieillards cloué sur un fauteuil et privé de la parole, et Ossie Davis en serviteur pas si passif que ça. Ambiance anxiogène avec un tableau qui semble s’animer et annoncer le drame final. Pas neuf, pas désagréable, plutôt efficace malgré tout.

Eyes – réalisé par Steven Spielberg

La raison d’être de ce « pilote » sur ce blog : un petit film historique, puisqu’il marque le premier engagement professionnel d’un tout jeune Steven Spielberg, 21 ans seulement, et chargé de mettre en scène une légende d’Hollywood : Joan Crawford. Rencontre forcément importante, entre une icône de l’âge d’or et celui qui incarnera le mieux l’ère moderne d’Hollywood. Spielberg n’en est pas là, il fait ses gammes, son film est imparfait, parfois maladroit. Mais il a déjà de l’ambition.

C’est particulièrement visiblement dans toutes les scènes impliquant Joan Crawford, femme riche, aveugle et odieuse. La mise en scène de Spielberg est toute en symbole, jouant avec la lumière, le reflet, l’image, pour mieux faire ressentir la cécité du personnage, mais aussi l’ironique tragédie à venir. Travellings, plans naissant dans le reflet d’un diamant… Spielberg est débutant, mais déjà inspiré.

On sent bien le jeune homme encore rempli d’influences européennes et des théories apprises à l’école de cinéma. On sent qu’il a encore du chemin pour s’approprier pleinement ces théories et influences. Mais l’ambition est là, et Spielberg se tire avec les honneurs d’un scénario particulièrement lourd : la riche aveugle s’offre douze heures de vue en achetant les nerfs optiques d’un pauvre bougre acculé (Tom Bosley), pour une opération qu’un brave chirurgien quand même pas trop regardant accepte de réaliser (Barry Sullivan le pote trahi de Kirk Douglas dans Les Ensorcelés).

Escape Route – réalisé par Barry Shear

Tout aussi intéressant, et imparfait, le troisième et dernier segment met en scène un ancien responsable nazi réfugié en Amérique du Sud, hanté par ses victimes, moins par culpabilité que parce qu’il se sent constamment traqué. Les premières minutes sont particulièrement réussies : on le découvre dans sa chambre miteuse plongée dans une quasi-obscurité, incapable de trouver le sommeil.

Beau travail de Barry Shear, dans cette première scène. La suite sera plus aléatoire, avec quelques séquences un peu branlantes, mais globalement une belle manière de filmer la nuit, comme le lieu de tous les dangers, et de tous les fantômes. Une belle idée : confronter le criminel à deux tableaux, l’un rappelant ses crimes, l’autre évoquant un refuge qu’il cherchera à rejoindre (pour de bon). Un plaisir aussi de retrouver Sam Jaffe (Quand la ville dort) en rescapé des camps.

Jumanji (id.) – de Joe Johnston – 1995

Posté : 24 mars, 2021 @ 8:00 dans 1990-1999, FANTASTIQUE/SF, JOHNSTON Joe | Pas de commentaires »

Jumanji

Une idée rigolote : un jeu de société venu d’on ne sait où qui confronte ceux qui y jouent à d’innombrables dangers. Selon la case où tombe votre pion, des moustiques géants peuvent apparaître autour de vous, ou un lion, ou une horde de rhinocéros… Le jeu peut aussi précipiter des trombes d’eau à l’intérieur d’une maison, ou précipiter un joueur dans une jungle mystérieuse jusqu’à ce qu’un autre joueur l’en sorte…

Le petit Alan en fait les frais. Lorsque le jeu l’avale, il n’a qu’une douzaine d’années. Lorsque nouveaux joueurs font le 5 qui lui permettent de sortir de là, vingt-six ans se sont écoulés. Le gamin est devenu un adulte chevelu : c’est Robin Williams, et c’est la meilleure idée du film, tant l’acteur est doué pour incarner cette espèce de gamin attardé que la vie n’a pas transformé en un véritable adulte. Bon. Sur le mode comique seulement, parce l’idée n’est pas de se morfondre sur son enfance gâchée…

Les héros sont pourtant tous des orphelins, à qui leurs parents manquent cruellement. Alan est hanté par un père incapable de donner des signes d’amour, au point de transposer cette figure paternelle dans le chasseur impitoyable qui sort du jeu pour le poursuivre (joué par le même acteur, Jonathan Hyde)… Bref, de quoi donner un sous-texte tragique, dont Joe Johnston ne sait visiblement pas trop quoi faire.

Joe Johnston est aux manettes, donc, réalisateur sans univers propre et sans grand talent. Et c’est la promesse (tenue) d’un divertissement rythmé et sans grande audace, qui enchaîne les apparitions décalées à grand renfort d’effets spéciaux qui ont pris un méchant coup de vieux. Pas désagréable, assez marrant par moments, sympa à voir en famille quand on a une famille… un carton en salles qui a donné un remake récent en forme de suite dont on va sans doute continuer à se passer un bon moment sur ce blog. Voilà, voilà.

Le Seigneur des Anneaux : Le retour du roi (The Lord of the Rings : the return of the king) – de Peter Jackson – 2003

Posté : 23 mars, 2021 @ 8:00 dans 2000-2009, FANTASTIQUE/SF, JACKSON Peter | Pas de commentaires »

Le Seigneur des Anneaux Le Retour du Roi

et quatre heures de plus pour boucler une trilogie d’anthologie. Quatre heures d’une densité quand même assez rare, au cours desquelles on aura assisté à deux batailles titanesques, à des milliers de morts, à trois ou quatre odyssées parallèles, à l’apparition de monstres spectaculaires, à l’explosion d’un volcan, à l’avancée d’une armée de morts… J’arrête là, c’est à peu près sans fin.

De ce troisième volet, j’avais gardé le souvenir d’un sentiment de trop plein, d’une fresque où le gigantisme avait finalement pris le dessus sur les personnages. Mais à le revoir bien des années plus tôt, je dois revoir ce jugement. Le Retour du Roi a la même force que les deux premiers films, et Peter Jackson confirme cette capacité qu’il a d’allier l’énorme spectacle et l’intimité de ses personnages.

Bien sûr, ces personnages ne sont plus vraiment surprenants, et sont tous tels qu’on a largement eu le temps de les découvrir au fil des huit premières heures. Mais en passant d’un groupe à l’autre, et en restant systématiquement longtemps sur eux, plutôt que de zapper constamment de l’un à l’autre, Jackson fait ressentir le poids de leurs épreuves, les alternances de doutes et d’espoirs.

Il réussit à éviter la redite lors des grandes batailles, et signes quelques beaux moments épiques ou magiques : l’apparition des oliphants, celle de l’armée des morts, ou le spectaculaire plan en contre-plongée de l’araignée géante… La réussite du film doit évidemment beaucoup à cette ambition formelle que Jackson parvient à tenir du début à la fin de sa trilogie.

Elle doit aussi beaucoup aux personnages, dont chacun apporte une dimension particulière aux films. Le romanesque pour Aragorn, l’humour pour le duo formé par le nain Gimli et l’elfe Legolas, la tragédie des hobbits Frodo et Sam, la sagesse pour Gandalf… Autant d’ingrédients qui, habilement associés, forment l’un des grands blockbusters de la décennie.

Voir aussi La Communauté de l’Anneau et Les Deux Tours.

Les Contes de la lune vague après la pluie (Ugetsu monogatari) – de Kenji Mizoguchi – 1953

Posté : 18 mars, 2021 @ 8:00 dans 1950-1959, FANTASTIQUE/SF, MIZOGUCHI Kenji | Pas de commentaires »

Les Contes de la lune vague après la pluie

Mizoguchi s’inspire de vieux contes traditionnels japonais, et construit à partir de plusieurs histoires sans rapport les unes avec les autres le destin tragique et fascinant de deux couples emportés par la violence de ce Japon du 16e siècle.

L’histoire commence dans un petit village de montagne, où un potier vit avec sa femme, son fils, sa sœur et son beau-frère. Vie simple et heureuse que plusieurs éléments vont venir bouleverser. La « guerre » d’abord, ou plutôt des hordes de soldats pillards qui sèment la terreur et la désolation. Et puis, et surtout, ces obsessions masculines qui ne cessent de semer le chaos : l’appât du gain, et la soif de gloire.

Le potier est grisé par l’argent qu’il a gagné, et ne pense plus qu’à en amasser davantage. Son beau-frère ne rêve que de vêtir l’armure d’un samouraï… Tous deux oublient les femmes qu’ils laissent derrière eux, seules dans un monde d’hommes qui n’est plus qu’hostilité. Le premier fera un étrange voyage, où la frontière entre les vivants et les morts sera abolie. Le second comprendra trop tard le prix de sa gloire si chichement gagnée…

Les Contes de la lune vague après la pluie (quel titre, quand même!) est un film magique, dans tous les sens du terme. Un film qui se moque de toutes les frontières, où les fantômes côtoient la réalité la plus âpre, où on passe d’une terre hostile à des eaux coupées de tout.

Mizoguchi passe d’un conte à l’autre, successivement ou par allers-retours, varie les tons et les styles, mais son film est une sorte de miracle narratif, qui semble couler comme le temps, avec une légèreté inouïe et quelques à-coups terribles.

Il y a dans ce film une telle liberté, et une telle fluidité… Mizoguchi nous plonge dans ce Japon ancestral, mais capte les tiraillement des hommes (et des femmes), avec une acuité toute moderne. Les Contes de la lune vague après la pluie (quel titre ! Mais quel titre!) est une merveille, intemporelle.

Le Fantôme de l’Opéra (The Phantom of the Opera) – de Rupert Julian – 1925

Posté : 11 mars, 2021 @ 8:00 dans 1920-1929, FANTASTIQUE/SF, FILMS MUETS, JULIAN Rupert, POLARS/NOIRS | Pas de commentaires »

Le Fantôme de l'Opéra 1925

L’effroi qui vous prend, même quand on s’y attend, quand Lon Chaney se retourne et retire son masque… La spectaculaire beauté de cette cape roue (impressionnante utilisation des couleurs) qui domine le couple maudit sur les toits de l’opéra… Une impressionnante course poursuite dans la nuit parisienne…

Cette version du Fantôme de l’Opéra reste inégalée, pleine de grands moments de cinéma, d’une force qui n’a pas pris une ride en presque cent ans. Cent ans : c’est quasiment l’âge de cette adaptation de l’œuvre de Leroux, la plus célèbre de toutes. Et après en avoir vu un paquet, c’est incroyable de voir à quel point celle-ci garde toute sa puissance formelle et narrative.

Il y a le rythme, fou. Et la générosité d’un scénario qui laisse la part du roi au suspense, au mouvement, aux chausse-trapes et aux rebondissements les plus dingues. Il y a aussi cette gourmandise de l’image, ces ombres portées impressionnantes, l’omniprésence de l’opéra lui-même, non pas comme un personnage, mais comme un décor absolu qui s’élève dans le ciel autant qu’il s’enfonce dans les abymes, dévoilant d’innombrables recoins et pièces secrètes.

Les acteurs ont bien une tendance à l’emphase et à la grandiloquence (le « ballet » effrayé des danseuses dans les sous-sols de l’opéra fait un peu sourire). Mais cette emphase s’inscrit aussi parfaitement dans cette mise en scène toute tournée vers le spectaculaire théâtral.

Ce lustre qui s’écrase sur les spectateurs, les héros coincés dans un sous-sol inondé (digne d’un Indiana Jones), le « fantôme » qui s’approche de sa proie, invisible sous l’eau… Tout ici est tourné vers l’émotion, et le plaisir du spectateur. Du grand cinéma, populaire et enthousiasmant, qui continue cent ans après à procurer un plaisir sadique, immense.

Peggy Sue s’est mariée (Peggy Sue got married) – de Francis Ford Coppola – 1986

Posté : 4 mars, 2021 @ 8:00 dans 1980-1989, CARRADINE John, COPPOLA Francis Ford, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Peggy Sue s'est mariée

Le film ne peut pas ne pas être une réponse à Retour vers le Futur, sorti un an plus tôt. Une réaction, plutôt, comme si Coppola voulait s’approprier de la manière la plus intime qui soit cette histoire, qu’il n’a pourtant pas écrite (c’est une commande, qui n’était même pas faite pour lui), mais dont il tire un film que l’on sent totalement personnel.

Comme beaucoup de ses films des années 80, il y a le rapport à son propre passé, à la nostalgie d’une époque heureuse et fondatrice. Contrairement au film de Zemeckis, ce n’est pas un ado qui retourne dans le passé pour découvrir la jeunesse de ses parents, mais une femme mûre, qui se confronte à sa propre jeunesse.

Et contrairement à Zemeckis, Coppola n’a pas besoin d’une DeLorean pour réussir ce voyage vers autrefois. Il suffit d’exacerber l’émotion, dans une séquence d’une intensité folle, sorte de condensé magique de ce que représente la force du cinéma : Peggy Sue est sacrée reine de la promo vingt-cinq ans plus tard lors d’une soirée avec ses anciens camarades de lycée, où le passé est omniprésent, avec les expériences souvent douloureuses et le poids des années en plus. Elle est sur le point de divorcer de celui avec qui elle elle formait un couple si magique, Crazy Charlie, à qui Nicolas Cage apporte un décalage plein de force.

Il y a dans Peggy Sue s’est mariée une simplicité, une pureté même, qui bouleverse. Peggy Sue, le rôle de sa vie pour Kathleen Turner, est à un tournant de sa vie d’adulte, où ses rêves de jeunesse semblent tous envolés. Revivre cette période déterminante est l’occasion de réparer les erreurs commises… « Si j’avais su alors ce que je sais aujourd’hui, j’aurais fait bien des choses autrement. »… Hmm… Mais Peggy Sue s’est mariée, c’est un fait établi, presque historique.

Confronter la femme riche de son expérience à son univers d’adolescente donne beaucoup de moments légers, d’autres graves, mais surtout une émotion constante qui nous ramène à notre propre nostalgie. Peggy Sue incapable de parler à cette grand-mère qu’elle aimait tant (Maureen O’Sullivan), ou retrouvant la jeunesse oubliée de sa mère… Des moments simples, mais d’une beauté foudroyante.

C’est aussi un film sur la perception, sur ce qu’on fait de ses souvenirs. Deux plans étranges le soulignent au début et à la fin. Deux plans où la caméra fait face à un miroir, qui n’est pas vraiment là : les reflets sont remplacés par des doublures de dos, dont les mouvements ne sont pas absolument synchronisés. La vérité n’est pas toujours exactement telle qu’on se l’imagine. Les sentiments et l’émotion, eux, ne mentent pas. C’est très beau.

Solo : a Star Wars story (id.) – de Ron Howard (et Phil Lord et Chris Miller) – 2018

Posté : 14 février, 2021 @ 8:00 dans 2010-2019, FANTASTIQUE/SF, HOWARD Ron, LORD Phil, MILLER Chris | Pas de commentaires »

Solo A Star Wars Story

On peut être très excité à l’idée de découvrir la jeunesse du personnage le plus enthousiasmant de la saga Star Wars. Ou trouver que reprendre un rôle popularisé par Harrison Ford est mission impossible (Disney, laisse donc Indiana Jones tranquille). On peut être bluffé par les effets spéciaux généreux et spectaculaires. Ou trouver que la lumière crasseuse et brumeuse du film tourne vite à l’exercice de style un peu vain. On peut estimer que les morceaux de bravoure sont menés à un rythme d’enfer. Ou pointer du doigt la pauvreté des enjeux dramatiques par rapport à ceux auxquels la saga nous avait habitués.

A vrai dire, on peut penser tout ça à la fois. Et sortir de ces deux heures trente ni emballé, ni agacé. Pas même déçu, en fait, mais en se disant que, au fond, on s’en fout. Solo n’est même pas une mauvaise idée : le personnage a toujours été hyper charismatique, et son passé entouré de tas de zones sombres. Sauf que Solo n’est même pas vraiment une idée. Quitte à multiplier les films dérivés comme Disney voulait le faire (un film chaque année, alternant saga officielle et spin-off) en s’intéressant à des épisodes rapidement évoqués comme Rogue One, ou à certains personnages, le choix d’Han Solo s’imposer comme une évidence.

Mais peut-être eut-il fallu une ambition un peu plus grande que simplement mettre en image la rencontre de Solo avec Chewbacca, Lando ou le Faucon Millenium. Ne s’ajoutent à ça qu’une histoire d’amour complexe pleine de promesses pas vraiment tenues, une énième évocation du totalitarisme déjà au cœur de tous les autres films, et les ébauches de personnages intéressants d’esclaves en rébellion dans la toute dernière partie.

Solo, malgré sa conception chaotique (Phil Lord et Chris Miller virés en plein tournage, et remplacés par le vieux briscard Ron Howard), est un film cohérent dans son style et son rythme. Mais Alden Ehrenreich ne fait pas de miracle en reprenant le rôle de Han Solo, les sourires qu’il lance en rencontrant Chewbacca ou en s’installant aux commandes du Faucon Millenium semblant être ceux d’un fan qui réaliserait la stature du rôle qu’il tient. Et le film ne surprend jamais.

Efficace, haletant même parfois, mais vain : le film ne fait des pauses dans une action frénétique que pour lancer des clins d’œil aux épisodes précédents de la saga. D’ailleurs, même les scènes d’action ont le côté « redite » du réalisateur trop contraint par ses modèles. On retiendra surtout une séquence vertigineuse sur le toit d’un train lancé à toute vitesse dans des paysages de montagnes enneigés, et une autre plus modeste et tout aussi dramatique à la douane, digne d’un film sur la guerre froide.

La saga Star Wars

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