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Archive pour la catégorie 'FANTASTIQUE/SF'

Liliom – de Fritz Lang – 1934

Posté : 21 octobre, 2018 @ 8:00 dans 1930-1939, FANTASTIQUE/SF, LANG Fritz | Pas de commentaires »

Liliom Lang

De passage en France après avoir fui l’Allemagne nazi, et avant de gagner les Etats-Unis, Fritz Lang signe un unique film, répondant aux sollicitations d’un autre exilé allemand, Erich Pommer, le producteur de quelques-uns de ses grands films à la UFA, notamment Metropolis. C’est lui qui lui propose de porter à l’écran cette pièce du Hongrois Ferenc Molnár, déjà adaptée par Michael Curtiz dans son pays d’origine (en 1919), et surtout par Frank Borzage en 1930.

Quatre ans après, une autre adaptation était-elle indispensable ? Lang donne à cette histoire tragique un ton résolument différent du film de Borzage. Son « héros » Liliom, joué par Charles Boyer, est toujours un bonimenteur de foire vaurien et égoïste, plus apte à lever la main sur sa femme (Madeleine Ozeray) qu’à trouver un vrai travail qui assurerait l’avenir de sa famille. Et son destin est toujours aussi tragique. Mais Lang signe là ce qui ressemble le plus à une comédie dans sa filmographie.

Plus la situation est tragique, plus Lang appuie sur cette veine comique inattendue chez lui. Un face à face entre Liliom et un policier très zélé au commissariat se transforme en un véritable sketch étiré à l’envi, et quasiment muet. Quant à la fameuse dernière partie, au « Ciel », elle a tout d’une parodie. En flirtant avec le grotesque (les gros flics avec leurs ailes collées au dos, quand même), Lang insuffle une ironie grinçante qui lui évite de tomber dans le ridicule.

Un beau travail d’équilibriste, qui lui permet de passer d’un film au réalisme cru à cet onirisme très appuyé. Lang fait sienne la culture cinématographique française, ce réalisme poétique auquel il ajoute une pincée de cette esthétique expressionniste venue d’Allemagne. Il apporte aussi, donc, une crudité rare à la fois dans la violence, sans concession, et dans les rapports hommes-femmes brutaux et jamais aseptisés.

Dès leur première rencontre, Charles Boyer laisse joyeusement ses mains se balader sur la poitrine de Madeleine Ozeray. Et la violence physique et psychologique que subit cette dernière est particulièrement rude. La toute fin du film vient brouiller quelque peu le message quant à la violence faite aux femmes. Mais Liliom a au moins le mérite d’aborder ce sujet dès les années 30. Frontalement et sans rien enjoliver.

Le BGG, le Bon Gros Géant (The BFG, The Big Friendly Giant) – de Steven Spielberg – 2016

Posté : 20 octobre, 2018 @ 8:00 dans 2010-2019, FANTASTIQUE/SF, SPIELBERG Steven | Pas de commentaires »

Le BGG

Finalement, Spielberg n’aime rien tant que le grand écart. Après le très sombre Minority Report, il avait enchaîné avec le lumineux Arrête-moi si tu peux. Entre deux Jurassic Park, il avait tourné La Liste de Schindler. Après le très adulte et très intense Le Pont des Espions, voilà qu’il revient à un cinéma ouvertement tourné vers l’enfance : l’adaptation d’un classique de la littérature jeunesse, dont le personnage principal est une fillette.

Inattendu à ce stade de sa carrière ? Pas tant que ça. Certes, Spielberg est devenu avec le temps le plus grand des grands cinéastes classiques du moment. Mais son il a aussi une tendance de plus en plus marquée depuis une dizaine d’années à se retourner vers la genèse de son œuvre et vers ses rêves de jeunesse : les concrétisations de Lincoln et Tintin, deux projets de très longue date, en sont une forme. Ready Player One et le retour annoncé d’Indiana Jones en sont d’autres.

Reste qu’on n’attendait pas forcément Spielberg dans l’univers de Roald Dahl, qui semblait d’avantage taillé pour un Tim Burton (Charlie et la chocolaterie). Et qu’on se demandait un peu comment il allait s’en tirer. Techniquement et artistiquement, on lui faisait confiance, mais le roman est court, et direct. Comment donc en avait-il tiré un film de près de deux heures ?

Eh bien en rajoutant une foule de détails qui, loin de délayer inutilement l’histoire, renforcent joliment l’histoire et l’émotion, en restant fidèles à l’esprit de Roald Dahl. Le film est donc un beau récit sur l’enfance, un rien naïf : l’histoire d’une orpheline enlevée par un gentil géant, et confrontée à d’autres géants nettement moins sympathiques.

Dans la filmographie de Spielberg, et particulièrement dans sa filmo récente, Le BGG est une petite chose bien mineure. Mais visuellement, c’est une grande réussite, grâce en partie à la superbe photo de Janusz Kamiński, le chef op attitré de Spielberg depuis … Schindler, qui donne une chaleur et un aspect proche du rêve éveillé à ce film.

Mais le meilleur dans ce film, c’est peut-être Mark Rylance. Déjà à l’affiche du Pont des Espions, l’acteur est méconnaissable, transformé par la technique de la motion capture en géant disproportionné. Mais ses mouvements indéfinissables, à la fois lourds et aériens, et sa manière de prononcer les mots imaginés par Dahl représentent la meilleure des plus-valus du film par rapport au livre. Voir le film en VF serait, pour le coup, une erreur.

Twin Peaks, saison 2 (Twin Peaks, season 2) – créée par David Lynch et Mark Frost – 1990-1991

Posté : 19 octobre, 2018 @ 8:00 dans 1990-1999, CLIFFORD Graeme, DESCHANEL Caleb, DUNHAM Duwayne, EDEL Uli, FANTASTIQUE/SF, FOLEY James, FROST Mark, GLATTER Lesli Linka, GYLLENHAAL Stephen, HOLLAND Todd, HUNTER Tim, KEATON Diane, LYNCH David, POLARS/NOIRS, RATHBONE Tina, SANGER Jonathan, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Twin Peaks saison 2

7 épisodes dans la première saison. 22 dans cette deuxième. Un simple constat qui annonce un ton, une approche et un rythme très différent. La première partie de cette saison s’inscrit pourtant clairement dans la continuité de la première : le mystère autour de la mort de Laura Palmer est toujours aussi opaque, et les secrets que cette mort révèle à Twin Peaks de plus en plus lourds et sombres.

Sauf que le mystère qui a provoqué l’arrivée de Dale Cooper est résolu avant la mi-saison, répondant à la plupart des principales interrogations que l’on pouvait avoir. La plupart des principales, ai-je bien précisé : parce que le duo Lynch/Frost a pris un malin plaisir, dès le début de la série, de multiplier les pistes, les intrigues, les personnages et les secrets, avec une liberté totale, des directions qui semblent infinies, et en même temps une grande cohérence.

Jusqu’alors, il y avait en tout cas ce fil conducteur : la mort de Laura Palmer. Et après ? La série pouvait-elle garder son cap ? Rester aussi passionnante ? Mieux que ça : comme libérés de cette contrainte, Lynch et Frost densifient encore la richesse de leur univers, et accentuent le sentiment de liberté en tirant d’innombrables fils qui s’entrecroisent, s’emmêlent parfois aussi.

Bien sûr, il y avait déjà eu Le Prisonnier et quelques autres séries devenues (ou pas) cultes avec le temps. Mais jamais jusque là une série télé n’avait eu cette audace et cette qualité. X-Files, qui arrivera peu après, lui devra beaucoup (David Duchovny trouve d’ailleurs son premier rôle marquant dans cette saison 2 : celui d’un agent du FBI travesti), ainsi qu’à peu près toutes les séries d’auteur qui vont apparaître dans sa lignée.

Le show révolutionne tous les codes de la télévision, et fait entrer le cinéma de David Lynch dans un âge d’or. Et il marque durablement les esprits de générations de téléspectateurs, hantées par les cafés, les tartes aux cerises, les chouettes, les jeux d’échec ou les soldats de bois. Il y a dans Twin Peaks un extraordinaire foisonnement d’images fortes, de personnages hors du commun. Un incroyable mélange de trivialité et de merveilleux, de sentiments simples et de mystères insondables.

Bien sûr, on ne comprend pas toujours parfaitement. Mais quel plaisir de se laisser perdre dans les forêts touffues des abords de Twin Peaks, et dans les recoins tout aussi sombres et mystérieux de ses personnages, dont pas un (à l’exception peut-être des forces de l’ordre) ne semble dénué de secret.

Episode après épisode, on s’enfonce un peu plus dans le charme vénéneux de la ville et de la série, jusqu’à un final glaçant, insondable et fascinant, sommet de l’onirisme morbide lynchien, superbe apothéose d’une série qui continue à hanter bien des cinéphiles…

Dans la brume – de Daniel Roby – 2018

Posté : 14 octobre, 2018 @ 8:00 dans 2010-2019, FANTASTIQUE/SF, ROBY Daniel | Pas de commentaires »

Dans la brume

Une mystérieuse brume envahit Paris. Seuls ceux qui ont pu se réfugier dans les hauteurs de la capitale ont survécu. Parmi eux, les parents séparés d’une adolescente qu’une grave maladie oblige à vivre dans une sorte de bulle.

La première raison de voir ce film, et sans doute sa principale raison d’être : c’est cette vision hallucinante et très belle des toits de Paris dépassant d’une mer de brouillard. Une image dont la quiétude absolue (on pense à de grandioses paysages de montagne) tranche avec la mort qu’elle sous-entend.

Et cette image résume bien le parti-pris courageux de Daniel Roby, jeune réalisateur québecquois sans doute biberonné aux films fantastiques hollywoodiens d’autrefois, dont il impose la simplicité, le caractère anxiogène, l’aspect romanesque, l’art du twist, et surtout un beau classicisme qui tranche avec les montages saccadés et les cadres mouvants omniprésents aujourd’hui dans le cinéma de genre.

Pas de ça ici : Roby soigne ses cadres, sa caméra est la plupart du temps fixe, et le montage souligne constamment les parti-pris du cinéaste. Parmi ceux-là : la volonté de ne jamais quitter le point de vue de la famille au coeur de l’histoire. Jamais on n’en sait plus qu’eux, jamais le spectateur n’est en avance sur eux.

Des personnages plutôt bien dessinés, à défaut d’être surprenants. Olga Kurylenko est bien jolie et très émouvante, Romain Duris est excellent comme toujours, et le couple de vieux chez qui ils se réfugient est charmant et émouvant.

Sans multiplier inutilement les rebondissements, le film sait ménager le suspense et relancer la tension lorsqu’il le faut. D’accord, on voit venir le twist final gros comme un immeuble parisien. Mais Dans la brume reste une sorte d’exception bienvenue dans le cinéma de genre français actuel.

La Fin du monde – d’Abel Gance – 1931

Posté : 11 octobre, 2018 @ 8:00 dans 1930-1939, FANTASTIQUE/SF, GANCE Abel | Pas de commentaires »

La Fin du monde

Abel Gance y va un peu fort, pour son premier grand film parlant. Forcément, après son Napoléon, le choc est rude. Mais malgré toutes les qualités qu’on peut lui reconnaître (j’y viens), La Fin du monde est un film plombé par un message biblique lourdement appuyé (ça c’est pour le fond), et par une méconnaissance totale de l’usage du son (ça c’est pour la forme).

Le fond, donc. L’intention est bonne : une comète menace de détruire la terre entière, et imminence du néant va gommer toutes les rancœurs et toutes les tensions mondiales. Mais pourquoi avoir accompagner ça d’un préchi-précha religieux indigeste. D’autant plus indigeste qu’elle est renforcée, au moins dans la première partie, par la prestation outrancière insupportable d’Abel Gance lui-même en martyr autoproclamé, qui pour le spectateur semble surtout avoir pêté les plombs après joué le calvaire de Jésus sur scène…

Quant à la forme… l’ambition manifeste de Gance se heurte à la grande nouveauté du son. Il faudrait tenter une expérience : revoir le film en coupant le son. L’outrance du jeu des acteurs et la propension du réalisateur à souligner longuement chaque émotion paraîtraient sans doute plus authentiques. Pas le courage de tester… Mais le fait est que Gance reste un réalisateur du muet, qui se coltine le son sans trop savoir quoi en faire. En tout cas en n’en faisant pas grand-chose de convainquant.

Finalement, c’est lorsqu’il est le plus modeste que Gance s’épanouit le plus. Lors de la séquence pleine de suspense sur la Tour Eiffel en particulier, où le côté Tintin de l’intrigue (on pense quand même beaucoup à L’Etoile mystérieuse au début) prend toute sa dimension, avec de superbes plans de la structure.

La fin, quand même, succession de plans apocalyptiques assez hypnotiques, tend à rattraper les errances du film, et laisse planer le doute. Le film est-il réellement raté ? Où le sentiment d’inabouti (pour le moins) vient-il du fait que c’est une version mutilée qui a survécu : le film de Gance durait semble-t-il trois heures avant que les producteurs n’en coupent la moitié. Forcément, ça change des choses. Mais sans doute pas tout : rallongée, la prestation de Gance-acteur aurait sans doute été encore plus insupportable…

La Forteresse noire (The Keep) – de Michael Mann – 1983

Posté : 2 octobre, 2018 @ 8:00 dans 1980-1989, FANTASTIQUE/SF, MANN Michael | Pas de commentaires »

La Forteresse noire

En 1941, des soldats allemands prennent le contrôle d’un petit village isolé dans les Carpates où se situe une mystérieuse forteresse, d’où ils libèrent une entité maléfique…

Pour son unique incursion dans le fantastique, Michael Mann affiche déjà une belle ambition esthétique. Mais le jeune réalisateur est encore un peu jeune. Et ses efforts démesurés pour chiader la moindre image son un rien trop flagrants, dévorant tout le reste.

Cette adaptation d’un roman de Francis Paul Wilson aurait pu donner une riche réflexion sur la nature du Mal. Et il y a bien quelques idées fortes, comme l’opposition entre les pires des Nazis et des soldats allemands plus humains, ou la tentation de combattre le Mal absolu par un autre Mal à la nature plus incertaine. Mais les dérives esthétiques sont telles que le message du film passe à la trappe.

On serait tenté d’analyser détail par détail pour tenter de dénicher le génie du futur réalisateur de Collateral. Mais il faut bien reconnaître que les ralentis excessifs et la surutilisation de jeux de lumière omniprésents frisent le ridicule, y plongeant parfois allègrement comme, dès le début du film, la course au ralenti des deux soldats allemands vers la croix en argent.

Le casting a beau être séduisant (Scott Glenn, Ian McKellen, Gabriel Byrne, Robert Prosky, Jurgen Prochnow), Mann n’est pas encore un directeur d’acteurs, et les personnages n’ont pour la plupart aucune consistance. Seuls McKellen et Prochnow gagnent des points dans une poignée de scènes fortes : la première apparition, muette, du premier dans un camp de concentration ; le dégoût que ses supérieurs inspirent au second…

Sans doute du fait de la filmographie à venir de Mann, un petit culte entoure La Forteresse noire. On peut toutefois penser raisonnablement que le film est raté, que les effets spéciaux cheap, kitsch et datés n’arrangent rien, que les quinze dernières minutes sont d’un ennui sidéral, et que ce Mann-là n’est pas supérieur à un autre film sorti peu après et à l’esthétique pas si éloignée très datée années 80 : Razorback dont la mauvaise réputation tient elle aussi à la filmographie à venir de son réalisateur, Russell Mulcahy.

Highlander (id.) – de Russell Mulcahy – 1986

Posté : 26 septembre, 2018 @ 8:00 dans 1980-1989, FANTASTIQUE/SF, MULCAHY Russell | Pas de commentaires »

Highlander

Qu’on m’insulte, qu’on me batte, qu’on fuie ce blog, mais je ne renierai pas Highlander, ni la passion que j’ai eu pour ce film il y a de cela fort longtemps, passion qui m’a même amené à trouver des qualités à d’autres films de Russell Mulcahy. Pas tous, mais quand même.

Malgré tous ses défauts, malgré tout le mal qu’on peut en dire (ça va venir), Highlander aura toujours une place à part dans mon cœur. Parce que je l’ai vu tout petiot, et que ça compte, les premières amours cinéphiliques. Et aussi, et surtout, parce que c’est le film qui m’a donné envie de découvrir l’Ecosse, pour laquelle j’ai un amour immodéré. Pour le whisky aussi, mais c’est une autre histoire.

A 13 ans, je me dis qu’il est grand temps de le faire découvrir à mon fils aîné, surtout qu’il a l’avantage de connaître les lieux, en particulier Eilean Donan Castle, où ont été tournées les premières scènes écossaises : un beau château sur la route menant à la sublime île de Skye.

Pour ça au moins, pas de déception : les images sont effectivement très belles, mais il faut dire qu’il faut être un sacré boulet pour ne pas au moins faire de belles images dans les Highlands. Mais ils ne sont pas si nombreux, les films qui utilisent ces décors à une telle échelle. Donc, rien que pour ça, et pour le plaisir de reconnaître des lieux qu’on aime…

Cela étant dit, on est d’accord : tout ça ne fait pas un bon film. Et le fait est que l’aspect clipesque a pris un méchant coup de vieux. Il ne faisait déjà pas l’unanimité à l’époque : Mulcahy, élevé à la pub et au clip, a une esthétique qui revendique clairement ses origines. Trente ans après, ce qui pouvait sembler cool est devenu franchement gênant.

Un exemple, qui arrive au tout début du film. Christophe Lambert (qui est immortel, donc, je ne vais pas rappeler l’histoire) assiste à un combat de catch et ressent la présence d’un autre immortel. Il descend donc au garage souterrain où la rencontre a lieu (parce qu’il ne doit en rester qu’un, et du coup ils doivent se couper la tête, seule façon de tuer un immortel). Suspense, tension, plan de coupe : un gros plan sur la chaussure de Christophe écrasant rageusement une canette de coca. Et là on se dit : il a pas mieux à faire, McLeod ? Y’a un type qui veut lui couper la tête, et lui il écrase une canette. Si au moins il la ramassait pour la mettre à la poubelle…

Ce n’est pas tout : dans la même scène, son adversaire surgit au bout d’une allée et s’approche en enchaînant les saltos. OK. Alors là on se dit : ah bon ? Des détails comme ça, qui semblent n’être là que pour « faire cool » ou pour éviter le vide, il y en a des tonnes dans la partie « moderne » du film. La nature même du grand méchant est ainsi une immense caricature, qui franchit allègrement les limites du ridicule (en particulier dans une scène grotesque se déroulant dans une église).

Alors oui, Highlander reste dans mon cœur. Même si le film est par moments presque inregardable. On se raccroche aux très belles images écossaises, au duel final esthétisant plutôt séduisant, aux chansons parfois émouvantes de Queen (« Who wants to live forever ? », avec l’image d’une Heather qui vieillit pendant que son Connor de marie reste éternellement jeune, ça fait son petit effet), et à Sean Connery qui livre un numéro de cabotinage assez réjouissant. C’est déjà beaucoup, non ?

La Tour sombre (The Dark Tower) – de Nikolaj Arcel – 2017

Posté : 20 septembre, 2018 @ 8:00 dans 2010-2019, ARCEL Nikolaj, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

La Tour sombre

Un constat étonnant, déjà : à une époque où le moindre blockbuster dépasse allègrement les deux heures de projection, même si son scénario se résume à trois lignes au bas d’un chèque, c’est presque incroyable de voir l’adaptation d’une série de romans épais et denses (ils sont de Stephen King, un auteur rarement avare en termes de pagination) « tenir » dans un film ne dépassant pas les 85 minutes.

Pour le coup, c’est peut-être un peu juste. Le bon côté, c’est qu’on n’a pas vraiment le temps de s’ennuyer. Mais d’un autre côté, l’ampleur du récit aurait sans doute demandé un peu plus de détails, de chemins de traverse, voire de temps morts. A force d’épurer le récit, le film perd un peu d’âme, de ce qui fait la beauté des grands films. C’est tout moi, ça : critiquer les grosses productions ampoulées et interminables tant elles sont vides, et regretter qu’une autre grosse production fasse le choix de la synthèse…

Cela dit, il y a plein de belles choses là-dedans. Un Idris Elba charismatique et hyper cool en pistolero dont chaque mouvement relève de la chorégraphie ; un gamin (Tom Taylor) pas tête-à-claque et aussi à l’aise dans l’action que dans l’émotion pure ; un méchant qui a de la gueule (Matthew McConaughey, pas franchement en nuances, mais intense) ; et une histoire qui tient en haleine (des mondes parallèles, des portes comme dans Stargate, des démons comme dans Le Seigneur des Anneaux, un apocalypse qui s’approche comme dans plein de trucs…).

Et puis le film, qui accumule les morceaux de bravoure, n’oublie pas le côté humain en multipliant les rapports filiaux, et ne fait pas systématiquement le choix de la surenchère. Les moments les plus forts sont peut-être les plus modestes : un simple travelling qui révèle que le pistolero a déjà terrassé (hors champs) une demi-douzaine de méchants, ou cette ultime image, une simple lumière qui apparaît dans un recoin de l’image et qui ouvre vers des tas d’horizons que l’on ne verra probablement jamais, le film s’étant vautré en salles.

X-Files, aux frontières du réel (The X-Files) – saison 11 – créée par Chris Carter – 2018

Posté : 23 août, 2018 @ 8:00 dans 2010-2019, BANKER Carol, CARTER Chris, FANTASTIQUE/SF, HOOKS Kevin, MORGAN Darin, MORGAN Glen, TÉLÉVISION, VAN ALLEN Benjamin, WONG James, X-Files | Pas de commentaires »

X-Files Rm9sbG93ZXJz

Episode 1 : La vérité est ailleurs, 3e partie (My struggle III)

Il ne faut que quelques secondes pour avoir la confirmation de ce qu’on pensait depuis deux ans, et le fameux cliffhanger qui concluait le dernier épisode de la saison 10, le pire de toute la série : oui, Chris Carter nous prenait bien pour des cons.

On ne voyait pas où il allait ? Eh bien lui non plus. Mais la bonne nouvelle, c’est qu’il se tire plutôt habilement de l’impasse dans laquelle il se trouvait, avec un retournement de situation tiré par les cheveux et tellement énorme qu’on n’y aurait jamais pensé, mais aussi, finalement, assez brillamment retors.

Avec ce premier épisode, le troisième volet de La Vérité (long arc mythologique qui ouvre et referme les deux saisons de ce revival), Chris Carter recentre le fil rouge sur William, le fils disparu de Scully et Mulder, et redonne du souffle à ses personnages. Il était temps. En plus, le tandem Einstein/Miller, copie rajeunie et fadasse de Scully/Mulder est réduit à de quasi-figuration. On ne s’en plaindra pas.

Tout n’est pas parfait : l’écriture est parfois discutable, à commencer par les dialogues. Et Carter confirme qu’il est devenu un metteur en scène pénible, avec une tendance maladroite de « faire moderne », avec des scènes d’action pleines de ralentis et au montage syncopé.

Quant à la voix off de Mulder, façon Philip Marlowe, elle laisse dubitatif, tout comme ses plans énamourés sur la Jaguar conduite par Duchovny (Carter en aurait-il eu une en cadeau pour service rendu?).

Un premier épisode imparfait, donc. Mais en tournant le dos à la démesure grotesque ébauchée dans la saison 10, la série retrouve un peu de son ADN. De quoi donner furieusement envie de voir la suite…

Episode 2 : Une vie après la mort (This)

Plein de suspense, ce premier loner, qui flirte avec la mythologie et avec quelques figures des saisons passées. A commencer par Langly bien sûr, l’un des Lone Gunmen, mort depuis la saison 9, mais qui apparaît au-delà de la mort sur le portable de Mulder… Une apparition qui, pour le coup, respecte l’esprit de la série, et le personnage lui-même. Bien plus en tout cas que la calamiteuse « apparition » sous acide de la saison 10.

Surtout, cet épisode annonce ce qui sera une constante de cette saison 11 : la relation entre Scully et Mulder est centrale. L’épisode s’ouvre d’ailleurs sur une image toute simple qui en dit beaucoup sur cette relation : les deux agents sont assis côte à côte devant la télé, alors que la soirée semble bien avancée. Ajoutez mystère, parano, action (avec une poignée de scènes franchement explosives)… On n’en demande pas plus à la série !

Episode 3 : Les jumeaux diaboliques (Plus one)

Depuis combien de temps n’avions-nous pas eu droit à un vrai loner à l’ancienne, avec ses morts mystérieuses dans une petite ville paumée ? Et celui-ci est très réussi, en particulier parce qu’il n’essaye pas d’être autre chose qu’un simple suspense, sans incidence sur la direction que prendra la série par la suite.

Voilà donc Scully et Mulder dans une ville où plusieurs personnes se sont suicidées après avoir affirmé être harcelées par leur double. Un parfait mélange d’humour et de suspense, la relation Scully/Mulder une nouvelle fois centrale… Chris Carter, au scénario, prouve qu’il a gardé la main quand il lâche ses ambitions trop grandes pour lui.

L’épisode permet aussi de retrouver une actrice qui accompagne la série quasiment depuis ses débuts : Karin Konoval, que l’on avait vue en voyante dans Voyance par procuration (saison 3), puis en mère monstrueuse dans La Meute (saison 4), deux chefs d’œuvre. Elle est une nouvelle fois excellente dans un double rôle effrayant.

X Files Saison 11 Plus one

Episode 4 : L’effet Reggie (The lost art of forehead sweat)

L’épisode décalé de la saison, presque une tradition, que l’on doit à Darin Morgan, l’un des scénaristes qui ont su le mieux insuffler de l’humour dans la série. Cet épisode-ci est assez brillant, au moins sur le papier, réinventant à sa manière le passé de la série.

Un homme affirme être le partenaire de Mulder et Scully, que ces derniers auraient oublié à cause d’un mystérieux « they » qui joue avec la mémoire des gens.

Et on le voit au côté du duo dans quelques scènes extraites d’épisodes célèbres d’autrefois, joyeux exercice de style entre nostalgie et jeu de massacre.

Les dialogues sont excellents, et même si le principe sonne parfois comme un passage obligé, cette parenthèse trouve sa place au côté d’épisodes devenus mythiques comme Le Seigneur du Magma ou Voyance par procuration (saison 3), tous deux écrits par un certain Darin Morgan.

Episode 5 : Ghouli (id.)

Voilà un épisode qu’on attendait depuis… 16 ans ! Enfin, William, le fils perdu, évoqué en creux depuis le revival de la série, est au cœur de l’histoire. Pas dans un épisode ouvertement mythologique, encore que la vraie mythologie de cette saison 11, plutôt que la nouvelle conspiration qu’on oublie dès qu’on en a parlé, concerne peut-être bien le destin de William.

L’épisode n’est pas toujours convaincante. Le montage syncopé rend le truc un peu pénible par moments. Mais James Wong réussit tous les passages importants. Ce qui est la moindre des choses, certes.

Le personnage de William, inattendu forcément, est très excitant. Et la scène où Scully, qui le croit mort, se livre devant son corps inanimé, est bouleversante : une nouvelle occasion pour Gillian Anderson de rappeler qu’elle est une actrice magnifique.

Quant à la dernière scèe, pirouette belle et émouvante, elle est pleine de promesses pour la suite.

Episode 6 : Le retour du monstre (Kitten)

Franchement éclipsé dans la saison 10 (sans même parler du deuxième film à, Skinner retrouve enfin la place qui était la sienne à la fin de la série originale. Ce dont on se réjouit, même s’il y a d’emblée un problème dans l’écriture du scénario.

Visiblement anxieux de retrouver la clé du succès, Chris Carter ne fait pas que des bons choix, reconnaissons-le. Franchement, comment peut-on croire que Mulder doute encore de la loyauté de Skinner, comme il le faisait « à la belle époque » de la série ? Et pourtant…

Cela dit, cet épisode remet un peu les choses à leur place, et s’inscrit dans une lignée d’épisodes dont Skinner et son passé au Vietnam occupent la place centrale. Le résultat est étonnamment simple et modeste, retour au thème basique de la paranoïa, avec une économie de moyens et d’effets qui, au final, fait plutôt mouche.

Le personnage, central, interprété par Haley Joel Osment (le gamin de Sixième Sens et A.I. a bien changé) est à la fois intriguant, et pas totalement crédible. Mais les seconds rôles sont excellents, à commencer par le shérif débonnaire.

Quant à nos héros, ils paraissent un peu las, mais c’est dans les détails que se trouve le vrai plaisir : les regards entendus que se lancent Mulder et Scully, l’excitation de Mulder à l’évocation d’un monstre, et la mine réjouie de Scully devant le plaisir de son compagnon. Mignon…

X-Files saison 1 My struggle

Episode 7 : Rm9sbG93ZXJz (id.)

La réussite d’X-Files vient aussi de sa capacité à surprendre en cassant régulièrement ses propres codes. C’est le cas de cet épisode au titre pour le moins intriguant, qui commence par une longue séquence quasi-muette dans un restaurant japonais hi-tech où Scully et Mulder sont attablés. Seuls.

Seuls, ils le restent d’ailleurs jusqu’à la toute dernière minute, dans cette critique amusée et gentiment effrayante du monde hyper-connecté. Si l’épisode est quasiment muet, c’est qu’il n’y a plus besoin de parler dans cet univers-là, où les plats sont cuisinés et servis par des robots, où les taxis n’ont plus de chauffeurs, où les livraisons se font par drones…

La charge n’est pas neuve, mais la manière dont Glen Morgan traite le sujet et inscrit la série dans son époque, est réjouissante. A travers Scully et Mulder, c’est la propension de l’humain à se replier sur lui-même et à se couper du monde qui apparaît. Nos deux héros eux-mêmes s’oublient presque l’un l’autre, obnubilés qu’ils sont par leurs écrans.

Même leur sexualité respective est abordée. Et là encore, c’est la solitude qui s’impose, avec le joli masseur vibrant de Scully, et ce coup de fil d’une mystérieuse Wendy que reçoit Mulder…

Morgan s’amuse avec ses jouets, et cite au passage quelques grandes figures de robots du cinéma, de Planète interdite à Terminator 2. Typiquement le genre de réussite qui prouve qu’X-Files a encore sa raison d’être…

Episode 8 : Les forces du mal (Familiar)

Une petite ville pleine de petits secrets, des enfants victimes de meurtres apparemment sataniques, des sous-bois inquiétants… Pas de doute, X-Files renoue avec ses racines les plus profondes, et il le fait plutôt bien, avec une modestie et une sincérité qui font mouche.

C’est tout l’intérêt d’avoir une saison (un peu) rallongée, et tout le regret de se dire que c’est (sans doute) terminé : débarrassée de la nécessité d’aller vite, la série retrouve enfin son ADN. Cet épisode, pur loner bien flippant, et un dérangeant, fait partie des franches réussites de cette onzième mouture.

Scully et Mulder semblent retrouver leur soif d’autrefois. Chaque plan pourrait être d’une saison précédente, comme si tout était pensé pour rendre hommage au passé de la série. Mais le plaisir simple prime, jamais gâché par une quelconque tendance à l’hommage trop respectueux.

Incidemment, l’épisode parle aussi de la société d’aujourd’hui, et de l’impossibilité de l’oubli : ce personnage de prédateur sexuel condamné ad vitam pour un acte pour lequel il a purgé sa peine permet d’aborder le fameux droit à l’oubli que refuse la société hyper connextée.

X-Files à l’écoute de la société actuelle ? Ce n’est pas si courant, même dans les premières saisons de la série…

Episode 9 : Rien n’est éternel (Nothing lasts forever)

Un épisode banal… et indispensable !

Interdit aux moins de 16 ans, il nous rejoue le mythe de la jeunesse éternelle, à travers l’histoire d’une actrice d’il y a bien longtemps qui a trouvé un truc bien dégueu pour rester jeune. On a déjà vu ça ailleurs, et cette vengeuse qui dégomme tout ce petit monde au sabre bricolé avec du matériel religieux n’est pas crédible une seconde, malheureuse tentative de « faire dans le coup ». Bref, côté histoire, cet épisode est l’un des plus faibles de la série.

En revanche, la relation entre Scully et Mulder est une nouvelle fois formidable, émouvante et drôle à la fois dans sa manière d’évoquer le temps qui passe, à travers la presbytie (et le regard amusé) de Scully.

C’est la force de cet épisode : malgré les tentatives de renouer avec les recettes d’autrefois, la série tient compte du temps qui passe et de ses effets, et a bien conscience que rien n’est plus vraiment pareil.

En renouant avec la foi de Scully, le show se recentre sur l’essentiel. Et en abordant le temps passé, il se tourne vers un possible avenir, et propose ce qui aurait pu être une belle conclusion à l’ensemble de la série.

Episode 10 : La vérité est ailleurs, 4e partie (My struggle IV)

Du quatrième volet du « grand œuvre » de Chris Carter, que le revival de la série portait comme une croix depuis le tout premier épisode de la saison 10, on n’attendait pas grand-chose, si ce n’est une réponse à cette interrogation : ce probable ultime segment du show (ever) allait-il offrir une bonne conclusion ?

Pas franchement confiant, durant une grande partie de l’épisode. Malgré quelques bonnes choses, et une émotion assez présente, le style Carter est décidément agaçant, avec ses rebondissements tirés par les cheveux et sa visible appréhension des moments creux. Le montage trop serré, les dialogues approximatifs… Pas que du bon là dedans.

Pourtant, in fine, et en dépit des sorts indignes réservés à Skinner et à (la pauvre) Monica Reyes (grand ratage de ce revival), les dernières minutes sont belles. Bien sûr, confiant en une (très hypothétique) suite, Carter ne se ferme aucune porte. Mais vraiment aucune. Mais en resserrant l’intrigue sur Scully et Mulder plutôt que sur une nouvelle conspiration mondiale, il offre effectivement une conclusion belle, émouvante, inattendue et digne.

Et prouve définitivement que, quelles que soient les bonnes idées piochées ça et là dans cette saison 11 de bon niveau (et dans la précédente, nettement plus imparfaite), l’alchimie qui existe entre Scully et Mulder est la grande force de ce revival, et de toute la série, monument indétrônable dans mon cœur.

Ne me reste plus qu’à me refaire l’intégrale ! 218 épisodes et 2 films m’attendent…

* Voir aussi la saison 1, la saison 2, la saison 3, la saison 4, la saison 5, le premier film, la saison 6, la saison 7, la saison 8, la saison 9, le deuxième film et la saison 10.

Le Labyrinthe de Pan (El laberinto del fauno) – de Guillermo Del Toro – 2006

Posté : 21 août, 2018 @ 8:00 dans 2000-2009, DEL TORO Guillermo, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Le Labyrinthe de Pan

Film après film, Guillermo Del Toro construit ce qu’il faut bien appeler une œuvre, avec des thèmes qui reviennent régulièrement : un hommage aux « monstres » du Hollywood des années 50, l’innocence confronté aux grands remous de l’histoire récente… Après L’Echine du Diable et avant La Forme de l’eau, ses deux chefs d’oeuvre, Le Labyrinthe… vient compléter une sorte de trilogie informelle, visiblement très personnelle.

C’est la confrontation, fascinante, du Mal dans ce qu’il a de plus diabolique, mais dans un contexte historique réaliste, et de la pureté du conte de fée traditionnel. Confrontation hautement improbable, et pour le moins casse-gueule, mais dont Del Toro tire un film qui sonne comme une extraordinaire évidence, tant tout est juste. Qu’il filme les exactions sanguinaires de l’armée franquiste, ou l’apparition de fées ou de créatures surnaturelles, c’est le même naturel qui se dégage.

Del Toro, il est vrai, prend un parti-pris fort : adopter le point de vue d’une enfant, qui se réfugie dans un monde féérique pour fuir la violence du « vrai » monde. Sauf que, bien sûr, la frontière entre les deux est toute théorique. Ce regard enfantin justifie en tout cas la violence graphique parfois insoutenable, autant que toutes les folies du monde parallèle.

La force du film repose en grande partie sur la manière, superbe et déchirante, dont Del Toro filme les horreurs de l’Histoire, et le gâchis humains… La réussite du film doit aussi beaucoup à la toute jeune actrice qui joue Ofelia (Ivana Baquero), mais aussi à la belle Maribel Verdu (la marâtre de Blancanieves) dans le rôle de Mercedes. A elles deux, ces deux-là annoncent déjà la sublime héroïne de La Forme de l’eau. Quand on vous dit que Del Toro a un univers très cohérent…

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