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Archive pour la catégorie 'FANTASTIQUE/SF'

Angel Heart : aux portes de l’enfer (Angel Heart) – d’Alan Parker – 1987

Posté : 10 janvier, 2022 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, DE NIRO Robert, FANTASTIQUE/SF, PARKER Alan | Pas de commentaires »

Angel Heart

Harry Angel, un détective privé sans envergure est engagé par un mystérieux Louis Cypher pour retrouver la trace d’un musicien disparu depuis douze ans. Angel… Louis Cypher… En deux patronymes un peu lourdingues, l’atmosphère est posée. Sous les allures d’un film noir aux images plutôt chiadées se tapis, littéralement, une descente aux enfers : l’éternelle histoire de l’âme vendue au diable.

Angel Heart est un film aux belles ambitions, qui flirte constamment avec les codes de deux genres bien différents, qui n’ont que très rarement eu l’occasion de se côtoyer. Il y a bien eu le très bon Alias Nick Beal de John Farrow en 1949, mais Alan Parker s’en démarque, en instaurant d’emblée une esthétique bien de son époque. Même si l’intrigue se déroule une dizaine d’années après la seconde guerre mondiale, Angel Heart est clairement ancré dans les années 1980, avec des images hyper léchées.

Pour le coup, l’esthétique volontiers clipesque de cette décennies est assez bien utilisée dans une série de belles images, souvent fascinantes : en particulier cette cage d’ascenseur qui revient comme un mantra, ne cessant de s’enfoncer toujours plus profondément. La symbolique, bien sûr, est évidente. C’est la descente aux enfer du personnage principal, entraîner dans une enquête qui le dépasse, croit-on d’abord, qui le mène des quartiers chauds de New York à une Louisiane à l’ambiance moite.

Parker filme avec un vrai talent cette ambiance, la magie noir omniprésente, et le malaise qui s’installe et ne cesse de grandir. Il réussit quelques moments de pur cauchemar : cette scène où le sexe et le sang s’entremêlent de la manière la plus dérangeante qui soit. Et il filme un Mickey Rourke remarquablement pathétique, qui subit plus qu’il ne provoque les événements. Une loque, qui suinte et qui saigne lamentablement.

Le malaise est bien là, donc, mais il manque au film ce petit quelque chose, ce liant, cette patte (de poulet) que Parker n’a pas, et qui aurait pu faire pencher Angel Heart du côté d’un grand film. Les images sont belles, l’ambition l’est tout autant, mais jamais le sentiment de peur et de paranoïa ne prend la dimension prévue. Robert DeNiro n’y peut rien. Se contentant de quelques apparitions suaves et sages en Lucifer urbain, jamais vraiment inquiétant.

On peut saluer l’ambition d’Alan Parker avec ce film. On peut aussi rêver de ce qu’en aurait fait le John Carpenter de ces années-là, celui de Prince des Ténèbres en particulier, produit à la même période, et autrement plus cauchemardesque et traumatisant que ce Angel Heart qui marque bien plus les esprits par ses belles ambitions que par ses effets.

Ad Astra (id.) – de James Gray – 2019

Posté : 31 décembre, 2021 @ 8:00 dans 2010-2019, FANTASTIQUE/SF, GRAY James | Pas de commentaires »

Ad Astra

Le réalisme immersif d’Alfonso Cuaron dans Gravity ? Pas pour lui. La métaphysique pompeuse de Christopher Nolan avec Interstellar ? Pas son truc… Le cinéma de James Gray est avant tout une plongée dans les affres de l’âme humaine. Un cinéma à hauteur d’hommes, souvent sous les attraits du film de genre. Ad Astra, première expérience science-fictionnesque de Gray, ne fait pas exception. Et on a bien le droit d’estimer qu’Ad Astra, sans doute moins spectaculaire, est aussi supérieur aux deux grands succès de Cuaron et Nolan.

Ad Astra raconte la quête de Brad Pitt, astronaute vivant dans l’ombre d’un père devenu une légende après avoir disparu près de trente ans plus tôt dans une mission aux confins du système solaire. La quête du père et de sa propre identité : le voilà envoyé sur la piste de ce père disparu, qui pourrait bien ne pas être mort, et qui pourrait bien ne pas être le héros que tout le monde croit. Et le voilà parti pour un long voyage solitaire dans des contrées inconnues et dangereuses… James Gray signe un grand film de science-fiction, sur une trame qui pourrait être celle d’un western.

On pense au John Wayne de La Prisonnière du désert bien sûr, dont Brad Pitt est un bel héritier. Comme un clin d’œil au genre, James Gray s’autorise d’ailleurs une scène digne d’une attaque d’indiens : une course poursuite entre le convoi de notre héros et des véhicules étrangers sur la surface déserte de la lune, séquence sans aucun rapport avec l’intrigue principale, et assez bluffante.

Le cinéma de Gray est avant tout humain, ce qui ne l’empêche pas de soigner le spectacle, avec quelques morceaux de bravoure parfaitement tendus, dans lesquels il s’approprie parfaitement les codes du « film d’espace ». Sans pour autant marcher sur les pas de Cuaron. La séquence d’ouverture sonne d’ailleurs comme un manifeste. La situation ressemble à celle de Gravity, à ceci près que le film de Gray est ancré sur terre : un astronaute en mission à l’extérieur d’un module, une catastrophe, et… la chute, avec une vraie gravité, le module étant au sommet d’une tour plantée sur le sol.

Cette chute annonce le destin de Brad Pitt, magnifique de sobriété et d’émotion dans le rôle de cet homme brisé par le poids de ce père disparu (joué par Tommy Lee Jones). Un homme rongé par la solitude, étranger à lui-même, lancé dans une quête de lui-même. Tout ça mêlé à une mission à haut risque pour sauver l’humanité. C’est ambitieux, intime, spectaculaire et humain. James Gray, décidément très grand cinéaste, emballe tout ça avec une maîtrise totale et une grande simplicité.

Au final, moins tape-à-l’œil que Gravity ou Interstellar, Ad Astra se révèle à peu près aussi impressionnant, sans doute plus profond, et assurément plus émouvant. Grand film, grand cinéaste.

Les Contes d’Hoffmann (Hoffmanns Erzählungen) – de Max Neufeld – 1923

Posté : 27 décembre, 2021 @ 8:00 dans 1920-1929, FANTASTIQUE/SF, NEUFELD Max | Pas de commentaires »

Les Contes d'Hoffmann

Presque trente ans avant la version de Michael Powell et Emeric Pressburger, l’Autrichien Max Neufeld avait déjà adapté, réalisé et interprété Les Contes d’Hoffmann. Bien sûr, adapter un opéra à l’époque du muet relève, au mieux de la gageure. Le pari pourrait être excitant. Il s’avère un peu plombant.

Neufeld, que je découvre avec ce film longtemps considéré comme perdu, a sûrement beaucoup de qualités. Mais ses ambitions restent ici constamment limitées. Pas question de pallier l’absence de musique par la seule grâce de la mise en scène, qui pour le coup n’a pas grand-chose de purement musicale. De l’opéra, il ne subsiste à vrai dire que deux scènes de danse pas franchement renversantes.

De l’œuvre d’Offenbach, Neufeld (livret de Jules Barbier, inspiré des contes du poète Ernst Theodor Amadeus Hoffman, au moins pour l’esprit) conserve l’intrigue et la construction, qui en fait l’un des précurseurs du film à sketch : un étudiant viennois, éternel voyageur, débarque dans une taverne et raconte à ses comparses trois improbables étapes de ses voyages, qui l’ont confronté à des formes inattendues de l’amour.

Une femme automate, un pacte avec le Diable, un violon enchanté… Les chemins de l’amour sont impénétrables, paraît-il. Ils paraissent en tout cas bien datés dans ce film, qui flirte avec l’expressionnisme sans jamais verser dans la folie des grands classiques du genre. Les décors sont stylisés, la partie centrale fait la part belle (avec bonheur) aux ombres profondes et inquiétantes… Le cahier des charges de l’expressionnisme est relativement bien rempli. Mais ces Contes d’Hoffmann traînent en longueur (malgré les 78 minutes du métrage), sans nous toucher vraiment.

L’Aventure de Mme Muir (The Ghost and Mrs Muir) – de Joseph L. Mankiewicz – 1947

Posté : 26 décembre, 2021 @ 8:00 dans 1940-1949, FANTASTIQUE/SF, MANKIEWICZ Joseph L., TIERNEY Gene | Pas de commentaires »

L'Aventure de Mme Muir

The Ghost and Mrs Muir… Ou comment la magie du cinéma transforme une histoire toute en guimauve en sommet indémodable de délicatesse. Bien avant Demi Moore, Patrick Swayze et leur tour à poterie ruisselant de désir, Gene Tierney, Rex Harrison et un simple portrait accroché faisaient croire à une histoire d’amour entre un fantôme et une jeune femme bien vivante. Et procuraient une émotion qui ne perd rien de sa force, vision après vision.

Encore un tableau, serait-on tenter de dire, tant la filmographie de Gene Tierney semble indissociable de la peinture (dans Laura, mais aussi Le Château du Dragon…). Il faut dire que le visage de l’actrice, si pur soit-il, est habité par ce je ne sais quoi de douloureusement nostalgique, d’un passé mystérieux et inaccessible.

La manière dont ce tableau crée l’atmosphère ici est remarquable : en arrivant dans sa nouvelle maison surplombant la mer, Gene Tierney ouvre une porte donnant sur une pièce plongée dans l’obscurité, où un simple rayon de lumière éclaire un visage fantomatique, celui d’un tableau représentant un marin mort depuis longtemps, et dont la présence ne cessera d’habiter les lieux. Jusqu’à ce qu’il apparaisse réellement.

Nul besoin de trucage savant pour créer l’illusion. Il n’y en a d’ailleurs aucun, juste le pouvoir de la mise en scène, cette magie du cinéma qui suffit à faire comprendre en un plan que Rex Harrison n’est pas de ce monde, et à imposer ce constat comme une évidence, d’un naturel qui emporte tout. Ce sentiment d’évidence est de toutes les scènes, avec un Mankiewicz d’une délicatesse folle, à la mise en scène parfaitement fluide.

L’histoire, impossible, coule avec le naturel et l’évidence du destin en marche, flagrant dès la première séquence réjouissante : l’émancipation de Gene Tierney, jeune veuve qui quitte sa belle-mère et sa belle-sœur castratrices, avec lesquelles elle vit depuis un an. Gene Tierney est superbe, bien sûr. Et le film a la pureté et la beauté de ces contes d’enfance que l’on redécouvre à tout âge, avec le même bonheur.

L’Ange exterminateur (El Ángel exterminador) – de Luis Bunuel – 1962

Posté : 12 décembre, 2021 @ 8:00 dans 1960-1969, BUNUEL Luis, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

L'Ange exterminateur

A la fin d’une soirée de la grande bourgeoisie, les hôtes « oublient » de rentrer chez eux. Le lendemain, ils réalisent qu’ils sont incapables physiquement de quitter la pièce où ils ont tous passé la nuit… Difficile de ne pas penser au Huis-clos de Sartre avec cette intrigante intrigue, mais Bunuel prend bien garde de prendre ses distances en insérant des images du monde extérieur. Pas question pour lui d’expliquer les causes de cette situation, qui doit finalement plus au pur fantastique du Village des damnés de Wolf Rilla. Qu’importe les causes, donc, seules les conséquences comptent vraiment.

Le parti-pris fantastique, avec ses incursions surréalistes (des moutons et un ours qui traversent la maison, une main qui s’anime), est surtout l’occasion de confronter des grands bourgeois à eux-mêmes. Et il ne faut pas longtemps pour que le vernis craque, d’abord par petites touches sournoises : des répliques acerbes, une absence d’empathie de plus en plus assumée… Puis avec une radicalité qui ne cesse de grandir.

Derrière son aspect de fable un peu poétique, parfois loufoque, Bunuel pointe du doigt le phénomène de caste, la frontière absurde que décide une certaine catégorie sociale autoproclamée supérieure. Que les domestiques « quittent le navire » dans les premières minutes, comme un réflexe naturel de défense, n’est pas un détail : il est temps de laisser ses grands hommes et ses grandes femmes si dignes révéler ce qu’ils sont réellement.

Et ce n’est pas bien glorieux, assène Bunuel, révélant derrière les apparences de ces bourgeois ce que l’humanité peut avoir de plus mesquine, ou de plus minable. Le poétique et le burlesque ont fait long feu : c’est alors l’extrême cruauté du regard qui domine. Et lorsque les dernières apparences sont tombées, et que Bunuel « lâche » enfin ses personnages, le voilà qui semble reprendre son dispositif dans l’enceinte d’une église, prêt à s’attaquer à sa nouvelle cible, tout aussi hypocrite et méprisable à ses yeux. Cruel, brillant, et grinçant.

Réplicant (Replicant) – de Ringo Lam – 2001

Posté : 4 novembre, 2021 @ 8:00 dans 2000-2009, ACTION US (1980-…), FANTASTIQUE/SF, LAM Ringo | Pas de commentaires »

Réplicant

A sa sortie en salles, ce Réplicant avait un peu fait l’effet d’une bombe, souvenons-nous. Le seul, sans doute, de tous les films de Jean-Claude Van Damme, à avoir obtenu un franc succès critique. Le revoir tout juste vingt ans plus tard confirme tout le bien qu’on pensait alors de cette improbable histoire de SF, un peu à la manière du Volte/Face d’un autre transfuge de Hong-Kong, John Wood, qui avait lui aussi fait ses premiers pas américains avec Van Damme (c’était dans Chasse l’homme).

Ici, c’est une nouvelle fois Ringo Lam qui le dirige, après le réussi Risque Maximum, et avant In hell. Et ce film fait plus que confirmer que Lam est le cinéaste le plus important de toute la carrière de Van Damme, celui en tout cas qui aura su tirer le meilleur de la star. Encore une fois, l’intrigue est pour le moins improbable, voire grotesque : pour traquer un terrible tueur en série, un flic utilise un clone du criminel, sorti d’un laboratoire fédéral.

Dans Volte/Face, Woo se fendait d’une pseudo explication scientifique. Il se contente ici de glisser un « moi non plus je ne comprends pas » dans la bouche du flic, joué avec conviction par Michael Rooker. Bref, Lam s’en fout. Ce qui compte, c’est l’étrange lien qui se noue entre le tueur sanguinaire et son double si-innocent… double-rôle en or pour un Van Damme dont les capacités athlétiques sont parfaitement utilisées, mais sans jamais prendre le dessus.

Non, ce qui frappe avant tout ici, c’est à quel point il est sobre, et juste, Van Damme. A la fois en « nouveau-né » un peu idiot, ce qui n’étonnera pas les mauvaises langues acerbes, mais aussi dans le rôle du tueur, qu’il interprète avec une sorte de tristesse dans le regard, totalement inattendue. Il est même franchement excellent, dans ce qui reste sans doute le meilleur de ses films : le plus surprenant, le plus ambitieux, le plus abouti, celui dans lequel sa présence est, et de loin, la mieux utilisée.

Timecop (id.) – de Peter Hyams – 1994

Posté : 28 octobre, 2021 @ 8:00 dans 1990-1999, ACTION US (1980-…), FANTASTIQUE/SF, HYAMS Peter | Pas de commentaires »

Timecop

Réalisé par un vétéran auréolé d’un certain prestige (on lui doit Capricorn One ou Outland), doté d’un budget conséquent, Timecop représente une sorte de sommet dans l’ascension hollywoodienne de Jean-Claude Van Damme : le film qui donnait l’impression que, peut-être, la star belge pourrait concurrencer Stallone ou Schwarzenegger sur leur terrain. Ce ne sera pas tout à fait le cas, mais certains producteurs y croyaient, Timecop en est la preuve.

Cela étant dit, le film de Peter Hyams ne réussit jamais vraiment à tenir les (petites) promesses de son pitch : Van Damme, flic d’une brigade spéciale luttant contre ceux qui tentent de profiter des possibilités offertes par le voyage dans le temps, qui vient d’être inventé. Une idée qui reste constamment au stade embryonnaire. Et s’il est question de seconde chance et de la tentation de réparer ses propres erreurs, le film ne décolle jamais de la série B bas du front, loin de ce que réussira Looper par exemple.

Un rendez-vous en grande partie manqué, où toutes les ambitions semblent reposer sur les moyens plutôt que sur les idées. Et où l’héritage des films d’action un peu cheap des années 80 ressurgit régulièrement à travers la psychologie zéro des personnages, les méchants caricaturaux, et quelques scènes grotesques. Ce pied arrêté en l’air à quelques centimètres d’un pickpocket à roller, franchement… Difficile de prendre vraiment le film au sérieux après une telle première scène !

Ready Pleayer One (id.) – de Steven Spielberg – 2018

Posté : 2 octobre, 2021 @ 8:00 dans 2010-2019, FANTASTIQUE/SF, SPIELBERG Steven | Pas de commentaires »

Ready Player One

Roi du pop-corn movie ou grand auteur… Spielberg ne choisit pas. Sa filmographie témoigne même d’une envie folle de passer d’un extrême à l’autre, particulièrement ses dernières années : Le BGG succède au Pont des EspionsReady Player One succède à Pentagon Papers. Deux cinémas qui semblent aux opposés l’un de l’autre : le premier renvoyant vers les rêves et la folie de l’enfance, le second s’ancrant dans une réalité plus rude, plus amère même.

Avec Ready Player One, quand même, Spielberg semble franchir un nouveau pas. Visuellement d’abord, ce film de science-fiction bourré d’effets spéciaux et de furie s’inscrit dans la lignée esthétique des grands films « adultes » de Spielberg. Cette image comme saturée, presque monochrome, évoque aussi bien Pentagon Papers… que Minority Report, autre film de SF au ton pourtant bien différent.

Ready Player One, adaptation d’un roman que Spielberg voulait porter à l’écran depuis des années, multiplie les clins d’œil au pop-corn movie qu’il a en grande partie inventé. On ne va pas se lancer dans un listing des références qui défilent à l’écran : de la DeLorean de Retour vers le Futur aux dinosaures de Jurassic Park, en passant par King Kong, Alien, Terminator (et j’arrête là), il y en a des dizaines… des centaines peut-être. Mais c’est un peu plus qu’une simple ode aux années 80, ou à un certain cinéma dont Spielberg fut le meilleur ambassadeur.

Il est question de réalité virtuelle, d’un univers numérique dont les humains, dans un avenir relativement proche, sont des captifs volontaires. C’est dans ce monde de jeux vidéos où chacun se réfugie que l’univers pop devient une sorte de réalité de substitution, et où toutes les références sont possibles. Spielberg en dénonce les dangers sans cracher dans la soupe. L’homme est un grand amoureux des jeux vidéos. C’est aussi un vrai lucide qui, derrière le gigantisme de l’entreprise, semble se livrer comme rarement.

Le personnage de Mark Rylance, inventeur de « l’OASIS », le fameux monde virtuel, est un homme dépassé par sa création, qui regrette le temps d’avant, quand tout était… comme avant. En gros quand l’univers des jeux vidéos servait à jouer, pas à se réfugier. Un homme qui tente de revenir à l’essence essentiellement légère de sa création… Et on jurerait qu’il s’agit de Spielberg lui-même, créateur d’un cinéma de pur divertissement qui n’a cessé depuis quarante ans de s’asphyxier, Spielberg lui-même devenant paradoxalement une exception dans un cinéma formaté autour de ses propres films.

Ready Player One claironne son message un peu naïvement au final : rien ne vaut la réalité, parce qu’elle est réelle. La virtuosité de Spielberg, si spectaculaire soit-elle, trouve ses limites dans un cinéma où les effets numériques rendent possibles tous les excès. Mais il y a ce supplément d’âme que l’on attend dans tout bon Spielberg, une manière de renouveler le genre, de jouer avec les allers-retours entre virtualité et vraie vie, avec une dextérité folle, et surtout de réinventer les grandes figures du cinéma pop pour un trip plein de surprises. La virée dans l’Overlook de Shining mérite à elle seule le voyage…

Tom et Jerry (Tom and Jerry) – de Tim Story – 2021

Posté : 1 octobre, 2021 @ 8:00 dans 2020-2029, DESSINS ANIMÉS, FANTASTIQUE/SF, STORY Tim | Pas de commentaires »

Tom et Jerry

C’est Tom et Jerry, mais ça pourrait être Titi et Gros Minet ou n’importe quel autre duo antagoniste. De toute façon, les bons sentiments ont tellement envahi les grosses productions familiales hollywoodiennes qu’on a systématiquement le sentiment de voir des films interchangeables, dont toute aspérité serait gommée.

La méchanceté dont peuvent faire preuve les personnages originaux ? Un leurre, qui disparaît bien vite dans un scénario qui fait de l’entente des anciens ennemis un postulat bien pratique. La folie des situations ? Un vague souvenir remontant aux premiers dessins animés du duo, dont on a bien du mal à retrouver la trace ici.

Le film se laisse regarder sans ennui, avec une utilisation plutôt rigolote de ce grand hôtel de luxe dans lequel notre binôme se retrouve embauché (si, si). Il y a un rythme, confortable mais indéniable. Quelques idées marrantes, une tentation visiblement étouffée de la démesure, et beaucoup de bons sentiments.

Quant au mélange de prises de vue réelles (les personnages humains et tous les décors) et de dessins animés (tous les animaux), il n’apporte aucun sentiment de surprise, et paraît bien lisse, bien sage, par rapport à la folie, bien réelle et tangible, d’un Roger Rabbit qui, malgré l’évolution des techniques, semble plus que jamais indépassable, plus de trente ans après.

Le Portrait de Dorian Gray (The Picture of Dorian Gray) – d’Albert Lewin – 1945

Posté : 11 septembre, 2021 @ 8:00 dans 1940-1949, FANTASTIQUE/SF, LEWIN Albert | Pas de commentaires »

Le Portrait de Dorian Gray

Il y en a eu, des adaptations de l’œuvre d’Oscar Wilde au cinéma. Au moins sept avant 1945, et combien après ? Pourtant, il semble n’en exister qu’une, pour toujours, définitivement : celle d’Albert Lewin, cinéaste méconnu souvent présenté comme le plus cultivé, le plus lettré de tous les réalisateurs. Non sans raison. C’est lui, Lewin, qui signe seul l’adaptation du roman. Sur le papier, il en saisit toutes les nuances, toute la profondeur. A l’écran, il signe une œuvre au moins aussi forte que l’originale, chef d’œuvre d’une intensité rare.

Dorian Gray, ce dandy mystérieux qui semble ne jamais vieillir, mais dont le portrait porte à sa place tous les signes de sa décrépitude physique et morale… Sorte de variation sur les thèmes de Faust et de Jekyll and Hyde, évocation aussi du fantasme de la jeunesse éternelle, dont Lewin tirera aussi un autre chef d’œuvre, Pandora. L’œuvre de Lewin, d’ailleurs, est d’une cohérence folle : six films seulement, mais qui se répondent et se complètent les uns les autres.

Dorian Gray est son deuxième, et reprend un parti-pris de son premier film, The Moon and Six Pence : ce portrait dévoilé dans les uniques plans en couleurs du métrage, comme si Lewin cherchait à rendre visible le contraste entre la réalité crue et les apparences derrière lesquelles se réfugie désespérément Dorian.

Intense, disais-je, Le Portrait de Dorian Gray est aussi un film d’une extraordinaire richesse visuelle, où le moindre plan fait sens. Albert Lewin, cinéaste exceptionnellement intelligent, construit chacune de ses images avec la double ambition de raconter son histoire le plus simplement possible, et de confronter les apparences et la réalité, ce que veulent montrer les personnages et ce qu’ils sont vraiment.

Lewin joue sur le contraste entre le premier et le second plan, ajoutant souvent un troisième plan, un reflet, une ombre évocatrice : le fouet d’un cocher qui semble entourer le cou de Dorian tel une potence, une lumière dessinant une croix annonçant le crime à venir… Des images puissantes et d’une élégance absolue.

George Sanders, déjà à l’affiche du premier film de Lewin, trouve un nouveau grand rôle à sa mesure : celui d’un jouisseur cynique, symbole d’une société qui n’est digne qu’en apparence, et par qui le drame arrive. Angela Lansbury trouve peut-être son plus beau rôle, celui, tragique, d’une jeune artiste de music-hall qui est comme l’image d’un idéal possible. Mais la révélation du film, c’est Hurd Hatfield, dont le visage lisse et immobile, comme pétrifié dans une jeunesse déshumanisée, fait de lui un Dorian Gray idéal. Comment pouvait-il espérer seulement trouver un autre rôle marquant après celui-ci…

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