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Archive pour la catégorie 'FANTASTIQUE/SF'

Night Gallery, l’envers du tableau (Night Gallery) – créée par Rod Serling – pilote réalisé par Boris Sagal, Steven Spielberg et Barry Shear (1969)

Posté : 29 mars, 2021 @ 8:00 dans 1960-1969, FANTASTIQUE/SF, SAGAL Boris, SERLING Rod, SHEAR Barry, SPIELBERG Steven, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Night Gallery Eyes

Bien avant de co-réaliser l’adaptation cinéma de La Quatrième Dimension, Steven Spielberg avait déjà un lien avec son créateur Rod Serling : c’est pour lui qu’il a fait ses vrais débuts de réalisateur professionnel, en signant l’un des segments du pilote de Night Gallery, la nouvelle série anthologique de Serling. Ce dernier y confirme son goût pour l’angoisse et le surnaturel, dans de courts récits (en couleurs, cette fois) dont lui-même écrira près d’un tiers des scénarios.

Cette nouvelle série se distingue de La Quatrième Dimension en proposant des programmes plus long : chaque épisode est constitué de trois petits films, que Rod Serling introduit en se mettant en scène dans une galerie plongée dans l’obscurité, où il dévoile l’un après l’autre trois tableaux en rapport avec l’histoire à venir. Des tableaux qui, dans ce pilote au moins, joueront un rôle majeur dans les intrigues.

The cemetery – réalisé par Boris Sagal

Le premier segment est le plus faible des trois, parce qu’il donne un sentiment de déjà vu, et que les personnages sont particulièrement outrés. Roddy McDowall surtout, qui en fait des tonnes en neveu oisif et machiavélique bien décidé à faire crever son vieil oncle impotent et richissime pour rafler l’héritage. Sa méchanceté si affichée et si dénuée de nuance rappelle une quantité de méchants caricaturaux qu’on retrouvait dans les séries télé des années 70…

Face à lui, un George Macready en fin de course qui joue les vieillards cloué sur un fauteuil et privé de la parole, et Ossie Davis en serviteur pas si passif que ça. Ambiance anxiogène avec un tableau qui semble s’animer et annoncer le drame final. Pas neuf, pas désagréable, plutôt efficace malgré tout.

Eyes – réalisé par Steven Spielberg

La raison d’être de ce « pilote » sur ce blog : un petit film historique, puisqu’il marque le premier engagement professionnel d’un tout jeune Steven Spielberg, 21 ans seulement, et chargé de mettre en scène une légende d’Hollywood : Joan Crawford. Rencontre forcément importante, entre une icône de l’âge d’or et celui qui incarnera le mieux l’ère moderne d’Hollywood. Spielberg n’en est pas là, il fait ses gammes, son film est imparfait, parfois maladroit. Mais il a déjà de l’ambition.

C’est particulièrement visiblement dans toutes les scènes impliquant Joan Crawford, femme riche, aveugle et odieuse. La mise en scène de Spielberg est toute en symbole, jouant avec la lumière, le reflet, l’image, pour mieux faire ressentir la cécité du personnage, mais aussi l’ironique tragédie à venir. Travellings, plans naissant dans le reflet d’un diamant… Spielberg est débutant, mais déjà inspiré.

On sent bien le jeune homme encore rempli d’influences européennes et des théories apprises à l’école de cinéma. On sent qu’il a encore du chemin pour s’approprier pleinement ces théories et influences. Mais l’ambition est là, et Spielberg se tire avec les honneurs d’un scénario particulièrement lourd : la riche aveugle s’offre douze heures de vue en achetant les nerfs optiques d’un pauvre bougre acculé (Tom Bosley), pour une opération qu’un brave chirurgien quand même pas trop regardant accepte de réaliser (Barry Sullivan le pote trahi de Kirk Douglas dans Les Ensorcelés).

Escape Route – réalisé par Barry Shear

Tout aussi intéressant, et imparfait, le troisième et dernier segment met en scène un ancien responsable nazi réfugié en Amérique du Sud, hanté par ses victimes, moins par culpabilité que parce qu’il se sent constamment traqué. Les premières minutes sont particulièrement réussies : on le découvre dans sa chambre miteuse plongée dans une quasi-obscurité, incapable de trouver le sommeil.

Beau travail de Barry Shear, dans cette première scène. La suite sera plus aléatoire, avec quelques séquences un peu branlantes, mais globalement une belle manière de filmer la nuit, comme le lieu de tous les dangers, et de tous les fantômes. Une belle idée : confronter le criminel à deux tableaux, l’un rappelant ses crimes, l’autre évoquant un refuge qu’il cherchera à rejoindre (pour de bon). Un plaisir aussi de retrouver Sam Jaffe (Quand la ville dort) en rescapé des camps.

Jumanji (id.) – de Joe Johnston – 1995

Posté : 24 mars, 2021 @ 8:00 dans 1990-1999, FANTASTIQUE/SF, JOHNSTON Joe | Pas de commentaires »

Jumanji

Une idée rigolote : un jeu de société venu d’on ne sait où qui confronte ceux qui y jouent à d’innombrables dangers. Selon la case où tombe votre pion, des moustiques géants peuvent apparaître autour de vous, ou un lion, ou une horde de rhinocéros… Le jeu peut aussi précipiter des trombes d’eau à l’intérieur d’une maison, ou précipiter un joueur dans une jungle mystérieuse jusqu’à ce qu’un autre joueur l’en sorte…

Le petit Alan en fait les frais. Lorsque le jeu l’avale, il n’a qu’une douzaine d’années. Lorsque nouveaux joueurs font le 5 qui lui permettent de sortir de là, vingt-six ans se sont écoulés. Le gamin est devenu un adulte chevelu : c’est Robin Williams, et c’est la meilleure idée du film, tant l’acteur est doué pour incarner cette espèce de gamin attardé que la vie n’a pas transformé en un véritable adulte. Bon. Sur le mode comique seulement, parce l’idée n’est pas de se morfondre sur son enfance gâchée…

Les héros sont pourtant tous des orphelins, à qui leurs parents manquent cruellement. Alan est hanté par un père incapable de donner des signes d’amour, au point de transposer cette figure paternelle dans le chasseur impitoyable qui sort du jeu pour le poursuivre (joué par le même acteur, Jonathan Hyde)… Bref, de quoi donner un sous-texte tragique, dont Joe Johnston ne sait visiblement pas trop quoi faire.

Joe Johnston est aux manettes, donc, réalisateur sans univers propre et sans grand talent. Et c’est la promesse (tenue) d’un divertissement rythmé et sans grande audace, qui enchaîne les apparitions décalées à grand renfort d’effets spéciaux qui ont pris un méchant coup de vieux. Pas désagréable, assez marrant par moments, sympa à voir en famille quand on a une famille… un carton en salles qui a donné un remake récent en forme de suite dont on va sans doute continuer à se passer un bon moment sur ce blog. Voilà, voilà.

Le Seigneur des Anneaux : Le retour du roi (The Lord of the Rings : the return of the king) – de Peter Jackson – 2003

Posté : 23 mars, 2021 @ 8:00 dans 2000-2009, FANTASTIQUE/SF, JACKSON Peter | Pas de commentaires »

Le Seigneur des Anneaux Le Retour du Roi

et quatre heures de plus pour boucler une trilogie d’anthologie. Quatre heures d’une densité quand même assez rare, au cours desquelles on aura assisté à deux batailles titanesques, à des milliers de morts, à trois ou quatre odyssées parallèles, à l’apparition de monstres spectaculaires, à l’explosion d’un volcan, à l’avancée d’une armée de morts… J’arrête là, c’est à peu près sans fin.

De ce troisième volet, j’avais gardé le souvenir d’un sentiment de trop plein, d’une fresque où le gigantisme avait finalement pris le dessus sur les personnages. Mais à le revoir bien des années plus tôt, je dois revoir ce jugement. Le Retour du Roi a la même force que les deux premiers films, et Peter Jackson confirme cette capacité qu’il a d’allier l’énorme spectacle et l’intimité de ses personnages.

Bien sûr, ces personnages ne sont plus vraiment surprenants, et sont tous tels qu’on a largement eu le temps de les découvrir au fil des huit premières heures. Mais en passant d’un groupe à l’autre, et en restant systématiquement longtemps sur eux, plutôt que de zapper constamment de l’un à l’autre, Jackson fait ressentir le poids de leurs épreuves, les alternances de doutes et d’espoirs.

Il réussit à éviter la redite lors des grandes batailles, et signes quelques beaux moments épiques ou magiques : l’apparition des oliphants, celle de l’armée des morts, ou le spectaculaire plan en contre-plongée de l’araignée géante… La réussite du film doit évidemment beaucoup à cette ambition formelle que Jackson parvient à tenir du début à la fin de sa trilogie.

Elle doit aussi beaucoup aux personnages, dont chacun apporte une dimension particulière aux films. Le romanesque pour Aragorn, l’humour pour le duo formé par le nain Gimli et l’elfe Legolas, la tragédie des hobbits Frodo et Sam, la sagesse pour Gandalf… Autant d’ingrédients qui, habilement associés, forment l’un des grands blockbusters de la décennie.

Voir aussi La Communauté de l’Anneau et Les Deux Tours.

Les Contes de la lune vague après la pluie (Ugetsu monogatari) – de Kenji Mizoguchi – 1953

Posté : 18 mars, 2021 @ 8:00 dans 1950-1959, FANTASTIQUE/SF, MIZOGUCHI Kenji | Pas de commentaires »

Les Contes de la lune vague après la pluie

Mizoguchi s’inspire de vieux contes traditionnels japonais, et construit à partir de plusieurs histoires sans rapport les unes avec les autres le destin tragique et fascinant de deux couples emportés par la violence de ce Japon du 16e siècle.

L’histoire commence dans un petit village de montagne, où un potier vit avec sa femme, son fils, sa sœur et son beau-frère. Vie simple et heureuse que plusieurs éléments vont venir bouleverser. La « guerre » d’abord, ou plutôt des hordes de soldats pillards qui sèment la terreur et la désolation. Et puis, et surtout, ces obsessions masculines qui ne cessent de semer le chaos : l’appât du gain, et la soif de gloire.

Le potier est grisé par l’argent qu’il a gagné, et ne pense plus qu’à en amasser davantage. Son beau-frère ne rêve que de vêtir l’armure d’un samouraï… Tous deux oublient les femmes qu’ils laissent derrière eux, seules dans un monde d’hommes qui n’est plus qu’hostilité. Le premier fera un étrange voyage, où la frontière entre les vivants et les morts sera abolie. Le second comprendra trop tard le prix de sa gloire si chichement gagnée…

Les Contes de la lune vague après la pluie (quel titre, quand même!) est un film magique, dans tous les sens du terme. Un film qui se moque de toutes les frontières, où les fantômes côtoient la réalité la plus âpre, où on passe d’une terre hostile à des eaux coupées de tout.

Mizoguchi passe d’un conte à l’autre, successivement ou par allers-retours, varie les tons et les styles, mais son film est une sorte de miracle narratif, qui semble couler comme le temps, avec une légèreté inouïe et quelques à-coups terribles.

Il y a dans ce film une telle liberté, et une telle fluidité… Mizoguchi nous plonge dans ce Japon ancestral, mais capte les tiraillement des hommes (et des femmes), avec une acuité toute moderne. Les Contes de la lune vague après la pluie (quel titre ! Mais quel titre!) est une merveille, intemporelle.

Le Fantôme de l’Opéra (The Phantom of the Opera) – de Rupert Julian – 1925

Posté : 11 mars, 2021 @ 8:00 dans 1920-1929, FANTASTIQUE/SF, FILMS MUETS, JULIAN Rupert, POLARS/NOIRS | Pas de commentaires »

Le Fantôme de l'Opéra 1925

L’effroi qui vous prend, même quand on s’y attend, quand Lon Chaney se retourne et retire son masque… La spectaculaire beauté de cette cape roue (impressionnante utilisation des couleurs) qui domine le couple maudit sur les toits de l’opéra… Une impressionnante course poursuite dans la nuit parisienne…

Cette version du Fantôme de l’Opéra reste inégalée, pleine de grands moments de cinéma, d’une force qui n’a pas pris une ride en presque cent ans. Cent ans : c’est quasiment l’âge de cette adaptation de l’œuvre de Leroux, la plus célèbre de toutes. Et après en avoir vu un paquet, c’est incroyable de voir à quel point celle-ci garde toute sa puissance formelle et narrative.

Il y a le rythme, fou. Et la générosité d’un scénario qui laisse la part du roi au suspense, au mouvement, aux chausse-trapes et aux rebondissements les plus dingues. Il y a aussi cette gourmandise de l’image, ces ombres portées impressionnantes, l’omniprésence de l’opéra lui-même, non pas comme un personnage, mais comme un décor absolu qui s’élève dans le ciel autant qu’il s’enfonce dans les abymes, dévoilant d’innombrables recoins et pièces secrètes.

Les acteurs ont bien une tendance à l’emphase et à la grandiloquence (le « ballet » effrayé des danseuses dans les sous-sols de l’opéra fait un peu sourire). Mais cette emphase s’inscrit aussi parfaitement dans cette mise en scène toute tournée vers le spectaculaire théâtral.

Ce lustre qui s’écrase sur les spectateurs, les héros coincés dans un sous-sol inondé (digne d’un Indiana Jones), le « fantôme » qui s’approche de sa proie, invisible sous l’eau… Tout ici est tourné vers l’émotion, et le plaisir du spectateur. Du grand cinéma, populaire et enthousiasmant, qui continue cent ans après à procurer un plaisir sadique, immense.

Peggy Sue s’est mariée (Peggy Sue got married) – de Francis Ford Coppola – 1986

Posté : 4 mars, 2021 @ 8:00 dans 1980-1989, CARRADINE John, COPPOLA Francis Ford, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Peggy Sue s'est mariée

Le film ne peut pas ne pas être une réponse à Retour vers le Futur, sorti un an plus tôt. Une réaction, plutôt, comme si Coppola voulait s’approprier de la manière la plus intime qui soit cette histoire, qu’il n’a pourtant pas écrite (c’est une commande, qui n’était même pas faite pour lui), mais dont il tire un film que l’on sent totalement personnel.

Comme beaucoup de ses films des années 80, il y a le rapport à son propre passé, à la nostalgie d’une époque heureuse et fondatrice. Contrairement au film de Zemeckis, ce n’est pas un ado qui retourne dans le passé pour découvrir la jeunesse de ses parents, mais une femme mûre, qui se confronte à sa propre jeunesse.

Et contrairement à Zemeckis, Coppola n’a pas besoin d’une DeLorean pour réussir ce voyage vers autrefois. Il suffit d’exacerber l’émotion, dans une séquence d’une intensité folle, sorte de condensé magique de ce que représente la force du cinéma : Peggy Sue est sacrée reine de la promo vingt-cinq ans plus tard lors d’une soirée avec ses anciens camarades de lycée, où le passé est omniprésent, avec les expériences souvent douloureuses et le poids des années en plus. Elle est sur le point de divorcer de celui avec qui elle elle formait un couple si magique, Crazy Charlie, à qui Nicolas Cage apporte un décalage plein de force.

Il y a dans Peggy Sue s’est mariée une simplicité, une pureté même, qui bouleverse. Peggy Sue, le rôle de sa vie pour Kathleen Turner, est à un tournant de sa vie d’adulte, où ses rêves de jeunesse semblent tous envolés. Revivre cette période déterminante est l’occasion de réparer les erreurs commises… « Si j’avais su alors ce que je sais aujourd’hui, j’aurais fait bien des choses autrement. »… Hmm… Mais Peggy Sue s’est mariée, c’est un fait établi, presque historique.

Confronter la femme riche de son expérience à son univers d’adolescente donne beaucoup de moments légers, d’autres graves, mais surtout une émotion constante qui nous ramène à notre propre nostalgie. Peggy Sue incapable de parler à cette grand-mère qu’elle aimait tant (Maureen O’Sullivan), ou retrouvant la jeunesse oubliée de sa mère… Des moments simples, mais d’une beauté foudroyante.

C’est aussi un film sur la perception, sur ce qu’on fait de ses souvenirs. Deux plans étranges le soulignent au début et à la fin. Deux plans où la caméra fait face à un miroir, qui n’est pas vraiment là : les reflets sont remplacés par des doublures de dos, dont les mouvements ne sont pas absolument synchronisés. La vérité n’est pas toujours exactement telle qu’on se l’imagine. Les sentiments et l’émotion, eux, ne mentent pas. C’est très beau.

Solo : a Star Wars story (id.) – de Ron Howard (et Phil Lord et Chris Miller) – 2018

Posté : 14 février, 2021 @ 8:00 dans 2010-2019, FANTASTIQUE/SF, HOWARD Ron, LORD Phil, MILLER Chris | Pas de commentaires »

Solo A Star Wars Story

On peut être très excité à l’idée de découvrir la jeunesse du personnage le plus enthousiasmant de la saga Star Wars. Ou trouver que reprendre un rôle popularisé par Harrison Ford est mission impossible (Disney, laisse donc Indiana Jones tranquille). On peut être bluffé par les effets spéciaux généreux et spectaculaires. Ou trouver que la lumière crasseuse et brumeuse du film tourne vite à l’exercice de style un peu vain. On peut estimer que les morceaux de bravoure sont menés à un rythme d’enfer. Ou pointer du doigt la pauvreté des enjeux dramatiques par rapport à ceux auxquels la saga nous avait habitués.

A vrai dire, on peut penser tout ça à la fois. Et sortir de ces deux heures trente ni emballé, ni agacé. Pas même déçu, en fait, mais en se disant que, au fond, on s’en fout. Solo n’est même pas une mauvaise idée : le personnage a toujours été hyper charismatique, et son passé entouré de tas de zones sombres. Sauf que Solo n’est même pas vraiment une idée. Quitte à multiplier les films dérivés comme Disney voulait le faire (un film chaque année, alternant saga officielle et spin-off) en s’intéressant à des épisodes rapidement évoqués comme Rogue One, ou à certains personnages, le choix d’Han Solo s’imposer comme une évidence.

Mais peut-être eut-il fallu une ambition un peu plus grande que simplement mettre en image la rencontre de Solo avec Chewbacca, Lando ou le Faucon Millenium. Ne s’ajoutent à ça qu’une histoire d’amour complexe pleine de promesses pas vraiment tenues, une énième évocation du totalitarisme déjà au cœur de tous les autres films, et les ébauches de personnages intéressants d’esclaves en rébellion dans la toute dernière partie.

Solo, malgré sa conception chaotique (Phil Lord et Chris Miller virés en plein tournage, et remplacés par le vieux briscard Ron Howard), est un film cohérent dans son style et son rythme. Mais Alden Ehrenreich ne fait pas de miracle en reprenant le rôle de Han Solo, les sourires qu’il lance en rencontrant Chewbacca ou en s’installant aux commandes du Faucon Millenium semblant être ceux d’un fan qui réaliserait la stature du rôle qu’il tient. Et le film ne surprend jamais.

Efficace, haletant même parfois, mais vain : le film ne fait des pauses dans une action frénétique que pour lancer des clins d’œil aux épisodes précédents de la saga. D’ailleurs, même les scènes d’action ont le côté « redite » du réalisateur trop contraint par ses modèles. On retiendra surtout une séquence vertigineuse sur le toit d’un train lancé à toute vitesse dans des paysages de montagnes enneigés, et une autre plus modeste et tout aussi dramatique à la douane, digne d’un film sur la guerre froide.

La saga Star Wars

Gremlins 2 : la nouvelle génération (Gremlins 2 : the new batch) – de Joe Dante – 1990

Posté : 13 février, 2021 @ 8:00 dans 1990-1999, DANTE Joe, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Gremlins 2

Joe Dante n’est pas homme à se plier aux attentes d’un grand studio, sa carrière le prouve. Le succès de Gremlins en 1984 ressemble d’ailleurs presque à un accident de parcours, qui porte sans doute autant la patte du producteur Steven Spielberg que la sienne. Six ans après, Dante renoue avec les bestioles qui ont valu la gloire, mais avec la ferme intention de dynamiter le mythe qu’il a lui-même mis en scène, comme pour mettre fin à un malentendu. Il le fera d’ailleurs de nouveau avec son film suivant, le très beau Panic sur Florida Beach. Mais avec ce Gremlins 2, il le fait de la manière la plus radicale qui soit.

Une suite se doit d’être plus grande, plus explosive, plus tout ? OK, Dante quitte sa petite ville de province sortie de La Vie est belle pour installer son action dans l’immeuble le plus moderne de New York, véritable ville dans la ville où tout est mécanisé, informatisé et déshumanisé. Une manière de rompre avec les bons sentiments du premier film, mais aussi de s’offrir un terrain de jeu à la hauteur de sa folie.

Parce que folie il y a dans cette suite, et une folie totalement désinhibée. Joe Dante s’accorde tous les délires, tous les excès, multipliant les monstres et les transformant au gré de son imagination, abolissant toutes les limites scénaristiques grâce à un très opportun laboratoire dirigé par une sorte de savant fou joué par Christopher Lee : l’un prend la parole et se livre à une véritable logorrhée, un autre se voit littéralement pousser des ailes avant de se transformer en gargouille de cathédrale, un autre encore devient une araignée géante…

Et chaque fois, le cinéphile Joe Dante s’offre une évocation des grandes heures du cinéma fantastique, bis ou pas, de Tarantula à Batman en passant par Le Fantôme de l’Opéra. Les citations dépassent d’ailleurs allégrement le genre purement horrifique, avec des clins d’œil délirants à Chantons sous la pluie, Marathon Man ou King Kong. Sans oublier les références explicites à l’accueil du premier film, lorsque le célèbre critique Leonard Maltin apparaît pour descendre Gremlins avant de subir les assauts des monstres.

Phoebe Cates et Zack Galligan, les deux jeunes acteurs principaux du premier film, sont bien de retour. Mais Joe Dante ne s’intéresse vraiment qu’à dépasser autant que possible toutes les frontières habituelles du cinéma populaire. Jusqu’à sortir du film dans une séquence centrale extraordinaire, sans doute la meilleure, lorsque la pellicule brûle comme cela arrivait parfois à l’époque (curieux hasard, l’incident m’était vraiment arrivé quelques jours plus tôt, lors d’une projection de 48 heures de plus), avant que l’on comprenne grâce à des ombres chinoises que ce sont les gremlins qui se sont emparés de la cabine de projection !

Ce gag était assez formidable, dans le contexte d’une vraie salle de cinéma en 1990. Et témoignait de l’imagination foutraque et totalement débridée d’un cinéaste cinéphile, qui voyait dans son art bien autre chose que la logique trop facile d’une suite forcément lucrative. Il a d’ailleurs fallu bien des années avant que Gremlins 2 soit vraiment apprécié comme le film culte qu’il est.

Ali Baba et les quarante voleurs – de Jacques Becker – 1954

Posté : 11 février, 2021 @ 8:00 dans 1950-1959, BECKER Jacques, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Ali Baba et les quarante voleurs

Un mystère, quand même. Qu’est donc allé faire Jacques Becker dans cette entreprise ? Pourquoi donc a-t-il réalisé cette comédie taillée pour Fernandel, a priori très loin de ses ambitions habituelles, lui qui venait de tourner des films comme Casque d’or et Touchez pas au grisbi (sorti cette même année 1954). Ali Baba semble bien anecdotique, à côté de ces deux monuments.

Cela étant dit, si on se place du côté de Fernandel plutôt que de celui de Becker, Ali Baba est un film fort sympathique, et même l’un des meilleurs de l’acteur. Son éternel sourire tout en dents (et en gencives), ces membres qui ne demandent qu’à s’agiter dans tous les sens, cette générosité toujours prête à exploser dans de grands excès de bonté, ont rarement été aussi bien utilisés, ou servis, qu’ici.

Ali Baba est un beau film à voir en famille. Parce qu’il est relativement fidèle au célèbre conte des 1001 nuits, et que rien n’y manque : ni les voleurs, ni le contraste entre les riches et les pauvres, ni bien sûr le fameux sésame. Parce qu’il y a en arrière-plan une vision pas si naïve de la société, avec ce père qui vend sa fille au plus offrant, ces riches prêts à tout pour s’enrichir encore plus, ou ces pauvres qui oublient tous les principes face à la fortune qui tend les bras.

Il y a une vraie générosité dans cette comédie pleine de rythme et de rebondissements. Bien sûr, il manque assez curieusement la patte d’un auteur, qui aurait fait du film un peu plus que cet honnête divertissement. Mais on peut simplement partager les rires des enfants. Tout en remarquant que, le temps d’une courte scène, lorsque les bandits pénètrent dans le palais, Becker laisse entrevoir ce qu’aurait pu être le film, avec ces ombres qui se faufilent comme des évocations de l’imagerie orientale des 1001 nuits.

Batman, le défi (Batman returns) – de Tim Burton – 1992

Posté : 4 février, 2021 @ 8:00 dans 1990-1999, BURTON Tim, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Batman le défi

Trois ans plus tôt, Tim Burton a remporté un véritable triomphe public avec son premier Batman, phénomène de société et succès à l’ampleur inattendue. Ce film original était déjà très personnel par sa noirceur, par les thèmes traités, par l’univers visuel… Pourtant, Burton n’avait pas pu imposer jusqu’au bout ses idées. Trop jeune, pas assez solide, il avait dû composer avec les attentes de la Warner.

Trois ont passé donc, et Tim Burton peut désormais mettre en avant ce succès et celui du très intime et sublime Edward aux mains d’argent. Une suite à Batman ? Avec plaisir, mais à sa manière, et avec toute la liberté qu’il réclame. Résultat : plus sombre, plus viscéral, plus trouble, Batman returns est une merveille, le meilleur de tous les Batman jusqu’à présent.

Un grand film de super-héros ? Avant tout un film de freaks, l’éternelle obsession de Tim Burton, poussée ici à l’extrême. Thématiquement comme visuellement, c’est l’un des films les plus aboutis de Burton, un de ceux qui résument le mieux la richesse de son univers gothique, et les thèmes qui reviennent film après film.

La paternité, la responsabilité, la différence surtout, et la difficulté pour ceux qui ne se sentent pas dans un moule de trouver leur place dans la société. Batman returns, derrière ses apparences cartoonesques et excessives, est un film furieusement ancré dans la réalité, dans ce qu’il dit des rapports sociaux : les puissants et les anonymes, les hommes et les femmes…

Danny De Vito est extraordinaire en « Pingouin », monstre pathétique qui ne s’est jamais remis d’avoir été abandonné par ses parents lorsqu’il était bébé. Et il y a surtout Michelle Pfeiffer, Catwoman définitive, sensuelle et tragique, symbole absolu du sentiment de révolte des femmes malmenées par l’éternel patriarcat. Selina Style n’est pas le premier personnage féministe, mais ce qu’elle annonce des combats féministes à venir reste d’une force étonnante, surtout dans un film de cette ampleur.

Le couple impossible qu’elle forme avec Bruce Wayne/Batman est la plus belle réussite du film. Trouble et vénéneuse, leur relation touche au sublime lors de la scène du bal, superbe séquence intime entre Michelle Pfeiffer et Michael Keaton, où les deux amants comprennent enfin qui ils sont vraiment, dans une sorte de belle d’espoir d’une beauté folle.

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