Frankenstein (id.) – de Guillermo Del Toro – 2025
Dans un making of accompagnant la sortie de Frankenstein sur Netflix, Guillermo Del Toro raconte qu’il a voulu limiter les effets numériques, privilégiant la construction de décors gigantesques, notamment celui du bateau coincé dans la glace, par où commence le récit (relativement fidèle au roman de Mary Shelley). Mais à voir le film, une question se pose : à quoi bon avoir claqué une fortune pour construire de tels décors ?
L’idée est évidemment excitante : c’est toujours chouette de voir un réalisateur de la trempe de Del Toro privilégier un tournage à l’ancienne, pour retrouver l’esprit bricolo (et génial) du film de James Whale. Oui, mais encore une fois : à quoi bon. Parce qu’à l’image, l’impression qui domine dans cette séquence inaugurale comme dans beaucoup d’autres, c’est justement que tout est recouvert d’effets spéciaux, et que rien ne sonne vraiment vrai.
Du Del Toro de La Forme de l’Eau, ou de L’Echine du Diable, celui dont toute la carrière semblait tourner autour de la figure monstrueuse de Frankenstein, on attendait autre chose que cette grosse machine trop souvent impersonnelle. Il y a bien quelques beaux moments, surtout autour de la figure du monstre, auquel le cinéaste et son acteur Jacob Elordi offrent une incarnation inédite, beaucoup plus humaine que les précédentes (de Boris Karloff à Robert De Niro), Oscar Isaac étant très bien et parfaitement détestable en scientifique démiurge
Mais le film est trop long, trop spectaculaire, et bizarrement trop désincarné. La faute, peut-être, à un budget illimité dont Del Toro semble ne pas savoir quoi faire, tout en en dépensant visiblement le moindre centime. Le réalisateur, dont la carrière oscille entre grosses machines et œuvres plus intimes et personnelles, hésite clairement sur le ton de ce monstre qu’est au final son Frankenstein. 2h30 d’un très gros et très long spectacle tantôt brillant, tantôt agaçant.









