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Archive pour la catégorie 'ACTION US (1980-…)'

The Nice Guys (id.) – de Shane Black – 2016

Posté : 9 juin, 2022 @ 8:00 dans 2010-2019, ACTION US (1980-…), BLACK Shane | Pas de commentaires »

The Nice Guys

On connaît par cœur la recette du buddy movie, et ce n’est pas Shane Black qui l’a inventée. Certes. Mais il lui a quand même donné quelques-uns de ses fleurons : L’Arme fatale (son premier scénario), Le Dernier Samaritain (sa première production), Au-revoir à jamais (son premier bide), et Kiss Kiss Bang Bang (sa première réalisation)… Une liste impressionnante pour les amateurs de films d’action esprit eighties.

The Nice Guys invoque très clairement cet esprit, comme un retour aux sources après un passage par chez Marvel (Iron Man 3). Et on ne s’en plaint pas. Parce que non, il n’a pas inventé le buddy movie, mais c’est tout comme quand même, tant il a donné ses lettres noblesses à ce mélange d’action et d’humour, basé sur l’éternel modèle du duo mal assorti.

D’un côté : un détective privé pas très efficace, pas très honnête, pas très courageux et pas très bon père. De l’autre : un gros bras dont le boulot est… d’être persuasif, mais qui ne rêve que de s’installer en bon privé. Les deux se rencontrent autour de la disparition d’une jeune fille, liée de manière inattendue à la mort pas très accidentelle d’une star du porno, dans le Hollywood des années 70. Et leur rencontre donne le ton : le premier, Ryan Gosling, se fait rudement rudoyer par le second, Russell Crowe.

Un bon buddy movie repose souvent sur la qualité des acteurs. On est servi, ici : Ryan Gosling qui passe la plus grande partie du film à s’en prendre plein la gueule ; Russell Crowe qui passe la plus grande partie du film à se résigner avec lassitude à être violent… Les deux sont totalement réjouissants, dans un registre auquel ils ne sont pas franchement habitués. La magie opère parfaitement entre eux.

L’histoire n’a aucun intérêt, et s’avère même assez con. Mais Shane Black sait que tout ce qui compte, c’est le rythme, les scènes d’action au bon moment, et les punchlines. En vrai métronome de sa spécialité, il emporte le morceau dès les premières minutes, et ne relâche jamais l’attention. The Nice Guys apporte au spectateur exactement ce qu’il attend, avec un vrai sens du spectacle et une certaine authenticité dont on réalise à quel point ils manquent dans le tout venant du blockbuster hollywoodien actuel.

Demolition Man (id.) – de Marco Brambilla – 1993

Posté : 7 mai, 2022 @ 8:00 dans 1990-1999, ACTION US (1980-…), BRAMBILLA Marco, FANTASTIQUE/SF, STALLONE Sylvester | Pas de commentaires »

Demolition Man

Faisons un peu d’histoire. Il y a presque trente ans, Stallone sortait d’un passage à vide au début des années 90. Revenu au sommet (littéralement) avec Cliffhanger, l’une de ces histoires de résurrection qui lui conviennent si bien, il était annoncé à l’affiche d’un film de science-fiction dont la bande-annonce était hyper-alléchante : un Stallone dur et teigneux, sombre et violent.

Autant dire qu’à l’époque, les chansons de publicités vintages, l’humour aseptisé et les coquillages pour se torcher ont fait l’effet d’une douche tiède au spectateur avide d’un spectacle hard-boiled. A le revoir trois décennies plus tard, c’est plutôt une bonne surprise qui domine. Passée la scène d’ouverture (dans un quasi-présent) où l’action et les effets pyrotechniques semblent bien dépassés, le film a gagné en pouvoir de sympathie, assez paradoxalement.

Le petit culte qui a fini par l’entourer le rapproche de ces publicités gentiment ringardes que les gens du futur chantent à tout bout de chant. De fait Demolition Man invoque une sorte de nostalgie de ce qu’était le cinéma d’action dans les années 1990. Et même si le trait est franchement forcé, difficile de ne pas voir cet avenir aseptisé sans penser aux grosses productions d’aujourd’hui, totalement lissées par des effets numériques envahissants.

Dans Demolition Man, on est encore à une époque où les grosses productions permettaient de construire des décors surdimensionnés. En l’occurrence une cité souterraine ou un musée qui reconstitue le monde violent mais humain du XXe siècle. L’idée est d’ailleurs assez marrante de faire se retrouver le méchant et le flic d’hier dans un musée consacré à ce qui fut leur quotidien.

Réalisateur éphémère de blockbuster, reconverti ensuite dans l’art contemporain, Marco Brambilla joue énormément avec l’imagerie machiste de ces années-là, offrant à Stallone des tas de plans très à son avantage, soulignant son regard dur et ses muscles hyper dessinés, particulièrement en valeur à côté d’une Sandra Bullock aux traits débarrassés de toute aspérité.

Il y a un peu de cynisme et beaucoup d’ironie dans ce regard. Pas mal de distance aussi, et une réplique à la fin du film qui résume assez bien le propos, lorsque Stallone appelle au calme : entre la sauvagerie d’hier et l’aseptisation de demain, chacun fera un bout de chemin, et tous finiront par se retrouver au milieu. C’est assez con, assez marrant, et sans temps mort.

Goldeneye (id.) – de Martin Campbell – 1995

Posté : 9 avril, 2022 @ 8:00 dans * Espionnage, 1990-1999, ACTION US (1980-…), CAMPBELL Martin, James Bond | Pas de commentaires »

Goldeneye

Après Permis de tuer, il a fallu attendre six ans pour revoir James Bond à l’écran. Du jamais vu à l’époque, et une seconde chance comme il en existe peu pour Pierce Brosnan, postulant malheureux pour cause de contrat avec la télévision (pour la série Remington Steele) en 1987, Timothy Dalton étant alors un choix par défaut.

Brosnan en 007 : c’était une évidence, tant la classe et l’ironie de l’acteur semblent taillées pour le personnage. Sans surprise, la volonté n’est donc pas de révolutionner le mythe avec ce Goldeneye (contrairement au nouveau départ suivant, le Casino Royale qui sera lui aussi réalisé par Martin Campbell), mais de s’inscrire dans la continuité de la saga.

Brosnan en James Bond, c’est donc un mixte de Sean Connery pour l’élégance et le regard froid, de de Roger Moore pour la décontraction dans l’action et la punchline qui tue. L’ambition est de rassurer et de retrouver un public qui commençait sérieusement à se faire la malle. Le résultat est sympathique, mais affiche ses limites dès la séquence d’ouverture.

A force de la surjouer cool et détaché, Pierce Brosnan en devient totalement désincarné, sentiment renforcé par la direction d’acteurs pour le moins flottante, comme si Campbell filmait chaque scène en n’ayant aucune idée de ce qui précède ou de ce qui suit. Pas bizarre, donc, de voir une jeune femme sans histoire rire franchement alors qu’elle se dirige ouvertement vers un danger potentiellement mortel.

Le film pêche à la fois par son humour lourdingue (« j’ai oublié de frapper », lance Bond avant d’assommer un méchant sur le trône), et par les excès mal maîtrisés de ses scènes d’action. Même Ethan Hunt n’aurait pas osé cette scène où Bond lance sa moto dans le vide, vole littéralement vers un avion en chute libre, et réussit in extremis à redresser l’engin. Le film est alors commencé depuis cinq minutes, et heureusement que la fameuse chanson de Tina Turner arrive dans la foulée pour faire passer la pilule.

Ce ne sera pas le dernier excès : les dérapages frein à main d’un char d’assaut, le siège éjectable actionné avec la tête (pour un passage pompé éhontément à 58 minutes pour vivre) ou la chute de cinquante mètres pas même mortelle enfonceront le clou. Oh ! Il y a bien des volontés de faire évoluer la saga, de confronter Bond à son propre machisme. Mais les tentatives maladroites de faire de Moneypenny un personnage féministe (et de confier le rôle de M à une femme, Judi Dench) sont contrecarrées par la méchante, pauvre Fanke Janssen à qui l’on fait jouer une tueuse sadique et nymphomane, plongée en plein orgasme dès qu’elle assassine.

Ce Brosnan premier du nom agace et permet de mesurer a posteriori le chemin parcouru sous l’ère Daniel Craig. Pourtant, Goldeneye séduit par moments, avant tout grâce au charisme de Pierce Brosnan, à cette manière qu’il a de surjouer la cool-attitude. A défaut de renouveler la saga (le passage obligé de Q, interprété depuis trente ans par Desmon Llewelyn, prouve qu’il n’en est pas question), Campbell s’amuse avec les passages obligés et les codes bien en place. Pas dupe, guère ambitieux, mais enthousiaste.

Skyscraper (id.) – de Rawson Marshall Thurber – 2018

Posté : 25 février, 2022 @ 8:00 dans 2010-2019, ACTION US (1980-…), THURBER Rawson Marshall | Pas de commentaires »

Skyscraper

Depuis plus de trente ans, ce n’est pas, loin s’en faut, le premier ersatz de Piège de cristal. Mais celui-ci va très, très loin dans la filiation, pompant des séquences entières et copiant-collant le principe de base du chef d’œuvre de John McTiernan : une grande tour en grande partie déserte, des terroristes aux motivations pas bien claires, une famille en otage, et un flic qui ne demande rien à personne mais qui doit affronter une armée à lui seul pour sauver les siens…

Ce Skyscraper flirte aussi ouvertement d’un autre classique, qui a inspiré Die Hard : La Tour infernale. On retrouve la folie du gigantisme (mais avec un aspect critique nettement plus ténu), et les flammes qui s’emparent de l’immeuble immense, dans une débauche pyrotechnique largement numérique. Ajoutez un climax en guise de clin d’œil assez inattendu à La Dame de Shanghaï, et vous obtiendrez un film qui ne fait rien pour cacher ses références.

Ce n’est pas un mal, d’ailleurs. Au moins n’a-t-on pas l’impression d’être pris pour des cons. Cela dit, rien de bien neuf sous le soleil. Les quelques idées originales sont noyées sous des déluges d’effets numériques et d’effets pyrotechniques étouffants, qui se moquent de la vraisemblance (la manière dont Dwayne Johnson grimpe par l’extérieur de la tour tel le Tom Cruise de MI 4, mais en remplaçant le gant high-tech par du chatterton!), et étouffent les personnages.

Le trauma de Dwayne Johnson, ex agent d’élite amputé d’une jambe à la suite d’une opération de sauvetage qui a mal tourné, tourne vite court. Tout juste la jambe artificielle sert-elle d’élément de suspense dans des séquences de pure action. Un peu court.

Chasse à l’homme (Hard Target) – de John Woo – 1993

Posté : 2 février, 2022 @ 8:00 dans 1990-1999, ACTION US (1980-…), WOO John | Pas de commentaires »

Chasse à l'homme

Il fut un temps où Jean-Claude Van Damme était le passage obligé pour tous les cinéastes hong-kongais s’attaquant à Hollywood. Tsui Hark s’y est cassé les dents (Double Team), Ringo Lam a tiré son épingle du jeu (Risque Maximum, et surtout Réplicant). John Woo, qui fut le premier, s’en sort honorablement, sans forcer son talent.

Enième variation sur le thème des Chasses du Comte Zaroff, le film est assez con, et bourré de clichés énormes. Ce qui n’est pas forcément rédhibitoire : Woo n’est pas réputé pour faire toujours dans la dentelle, loin s’en faut. Ce qui compte avant tout dans son cinéma, c’est le style, qui magnifie souvent des situations épurées à l’extrême.

Le style est bien là, mais un peu emprunté dans la première partie, comme si Woo se débattait avec un système qu’il ne maîtrise pas, et dont il essaye de faire émerger sa personnalité. Il faut attendre la dernière partie du film pour que ce style si personnel éclate vraiment : lors de ce très long gunfight, tout en excès, véritable massacre à la sauce Woo. Le cinéaste semble alors se libérer en se débarrassant de toute contrainte scénaristique.

Mais même là, le style de John Woo est mâtiné d’une touche de Van Damme. Curieux mélange, face auquel il est difficile de ne pas sourire : après avec vidé un chargeur (de 15 ? 20 balles ?) dans le buffet d’un méchant, Van Damme ajoute l’un de ses fameux coups de pied retourné pour le finir. Grand moment WTF…

Ce gunfight est hyper maîtrisé, et spectaculaire. Mais Van Damme y bondit, virevolte, et se livre même à des saltos vrillés (si si) assez surprenant… Et comme le scénario est décidément très con, les seconds rôles se pointent au milieu de l’action au gré des visions esthétiques de Woo, et au détriment de toute vraisemblance (la fille qui n’a aucune expérience de la violence et qui se précipite dans le gunfight pour aider le héros, Chance Boudreaux).

Côté méchant, on n’est pas d’avantage dans la mesure. Lance Henricksen est un bad guy vraiment très très méchant. Pas le film le plus fin de la saison, c’est sûr. Mais on trouve quand même un moment assez beau. Non, pas celui où Van Damme se met debout sur sa moto pour… pour… parce que c’est comme ça. Non : lorsqu’un vétéran du VietNam, traqué par des tueurs, se retrouve dans une rue bondée de La Nouvelle Orléans, et réalise que tout le monde se contrefout de son sort, et qu’il n’est qu’un invisible. Sonné, il finit par se résigner, acceptant son sort. Le moment le plus politique et le plus beau du film.

In hell (id.) – de Ringo Lam – 2003

Posté : 7 décembre, 2021 @ 8:00 dans 2000-2009, ACTION US (1980-…), LAM Ringo | Pas de commentaires »

In hell

Troisième et dernier film commun pour Ringo Lam et Jean-Claude Van Damme. Cette série B carcérale confirme que le cinéaste hong-kongais est à peu près ce qui est arrivé de mieux à la carrière du Belge castagneur. Il est très bien, comme il l’était dans le double-rôle de Réplicant, en homme brisé par la mort de sa femme, qui se retrouve enfermé dans une terrible prison en Russie, sorte de variante de l’enfer sur terre…

L’histoire est classique, oui. Van Damme lui-même s’était d’ailleurs déjà prêté à ce sous-genre du film de prison dans Coup pour coup. Dans In hell, on sent comme rarement sa volonté de ne pas imposer son propre style, mais de se laisser embarquer dans celui de son réalisateur. Un vrai acteur, donc, quoi qu’on en dise. Alors oui, il y a quelques bastons bien corsées, mais pas dans le genre habituel de Van Damme. Peu de coups de pied retournés, pas de grand écart : ça frappe sec et dur, ça sent la sueur, le sang et la crasse, la violence est laide et radicale.

In hell n’est pas un film parfait, loin de là. Scénario basique, seconds rôles caricaturaux et pas toujours très inspirés, quelques effets faciles aussi. On pourrait ajouter à ce constat une musique assez affreuse, et une image pisseuse franchement laide. Mais ces choix semblent assumés : des parti-pris assez radicaux de Lam, qui signe moins un film d’action derrière les barreaux qu’une plongée dérangeante dans un univers déshumanisant.

Pas un grand film, non, mais un Van Damme surprenant, poisseux et inconfortable. Un sommet, dans sa carrière.

Mourir peut attendre (No Time to Die) – de Cary Joji Fukunaga – 2021

Posté : 28 novembre, 2021 @ 8:00 dans * Espionnage, 2020-2029, ACTION US (1980-…), FUKUNAGA Cary Joji, James Bond | Pas de commentaires »

Mourir peut attendre

Il s’est quand même passé quelque chose d’inédit dans la saga James Bond, sous cette ère Daniel Craig qui se referme. Pour la première fois, ce cycle autour d’un acteur a été appréhendé comme un tout, avec un début, une évolution, et une fin. Une vraie fin, qui se devait d’être aussi radicale que l’était l’introduction avec Casino Royale. Elle l’est, radicale. Cette conclusion d’un cycle pour la première fois feuilletonnant est même assez parfaite, dans le prolongement en tout cas des quatre premiers films.

Plus que jamais, même, le film réussit le grand écart entre les moments attendus et la réinvention du mythe. Mourir peut attendre a les mêmes défauts que la plupart des Bond : en particulier un méchant caricatural et sans vraie envergure (Rami Malek ici), ni meilleur ni pire que les précédents. Mais cette idée de cycle qui se referme ouvre la porte à de vraies audaces, et à quelques surprises fortes comme on n’en a jamais vraiment vu dans la saga.

Cary Joji Fukunaka, cinéaste choisi après le succès de la série True Detective dont il a réalisé la première saison, se révèle un choix parfait pour assumer ce grand écart. Passées les premières minutes, où son style syncopé caméra à l’épaule fatigue un peu dans les scènes d’action, on est happé par la vivacité du rythme, frappé par la manière dont il remplit scrupuleusement le cahier des charges avec ce qu’il faut de poursuites en voitures (spectaculaires dans les rues de ce petit village italien), combats à mains nues et fusillades, tout en posant sa marque.

Marque qui flirte étrangement avec les codes immersifs du jeu vidéo. Efficacement mais lourdement à l’occasion de deux explosions dont on sort, comme Bond, en perdant ses repères sensoriels. Et surtout dans l’ultime marche solo de Bond traçant son chemin à travers les dédales de la base du grand méchant, laissant les cadavres derrière lui à chaque recoin. Les longs plans quasi-subjectifs sont, là, proprement hallucinants.

Côté action, on est largement servi. Côté humain aussi. Cet ultime épisode avant le renouveau laisse tellement de cadavres et de drames qu’il pourrait être plombant. Curieusement, c’est peut-être le plus vivant de tous les Daniel Craig. Celui en tout cas où l’acteur est le plus humain, et le plus surprenant : fort comme toujours, fragile, tendre et même drôle comme jamais. Il est formidable, réussissant parfaitement ses adieux comme il avait réussi son arrivée il y a quinze ans.

Autour de lui, les habitués sont tous présents, avec une présence renforcée par rapport aux précédents films (en 2h45, on a le temps) : M, Q, Moneypenny, Tanner, Felix Leiter… le fan service est au rendez-vous, et plutôt bien. Côté James Bond Girl aussi, le film fait plus que répondre aux attentes (peut-être grâce à la présence au scénario de Phoebe Waller-Bridge). Une 007 au féminin d’abord (Lashana Lynch), sympa mais un peu anecdotique. Le retour de Madeleine ensuite (Léa Seydoux), moins surprenante mais plus émouvante que dans Spectre. Une jeune agent de la CIA enfin (Ana de Armas), réjouissant mélange d’innocence sexy et d’efficacité redoutable, le temps d’une grande séquence d’action d’une intensité et d’une inventivité folles.

Même dans les décors, Mourir peut attendre répond à cette double volonté : remplir le cahier des charges et surprendre. On a donc droit à de fabuleux paysages en Italie et en Norvège, à une planque (trop) classe en Jamaïque, à une base des méchants digne des périodes Sean Connery ou Roger Moore… mais aussi à une formidable scène dans une forêt touffue baignée de brume, ou des adieux déchirants sur un quai de gare tragiquement banal…

Et cette fin, dont on ne peut pas dire grand-chose sans gâcher la surprise, mais qui confirme fort bien, en détournant le mythe de Midas déjà au cœur de Goldfinger il y a bien longtemps, la dimension tragique et désespérément humaine de ce cycle Daniel Craig. Dont on a bien du mal à imaginer ce qui pourrait lui succéder. Mais la tradition est respectée. Le générique de fin le confirme, avec plus d’interrogations sans doute qu’après les vingt-quatre Bond précédents : James Bond will return.

Réplicant (Replicant) – de Ringo Lam – 2001

Posté : 4 novembre, 2021 @ 8:00 dans 2000-2009, ACTION US (1980-…), FANTASTIQUE/SF, LAM Ringo | Pas de commentaires »

Réplicant

A sa sortie en salles, ce Réplicant avait un peu fait l’effet d’une bombe, souvenons-nous. Le seul, sans doute, de tous les films de Jean-Claude Van Damme, à avoir obtenu un franc succès critique. Le revoir tout juste vingt ans plus tard confirme tout le bien qu’on pensait alors de cette improbable histoire de SF, un peu à la manière du Volte/Face d’un autre transfuge de Hong-Kong, John Wood, qui avait lui aussi fait ses premiers pas américains avec Van Damme (c’était dans Chasse l’homme).

Ici, c’est une nouvelle fois Ringo Lam qui le dirige, après le réussi Risque Maximum, et avant In hell. Et ce film fait plus que confirmer que Lam est le cinéaste le plus important de toute la carrière de Van Damme, celui en tout cas qui aura su tirer le meilleur de la star. Encore une fois, l’intrigue est pour le moins improbable, voire grotesque : pour traquer un terrible tueur en série, un flic utilise un clone du criminel, sorti d’un laboratoire fédéral.

Dans Volte/Face, Woo se fendait d’une pseudo explication scientifique. Il se contente ici de glisser un « moi non plus je ne comprends pas » dans la bouche du flic, joué avec conviction par Michael Rooker. Bref, Lam s’en fout. Ce qui compte, c’est l’étrange lien qui se noue entre le tueur sanguinaire et son double si-innocent… double-rôle en or pour un Van Damme dont les capacités athlétiques sont parfaitement utilisées, mais sans jamais prendre le dessus.

Non, ce qui frappe avant tout ici, c’est à quel point il est sobre, et juste, Van Damme. A la fois en « nouveau-né » un peu idiot, ce qui n’étonnera pas les mauvaises langues acerbes, mais aussi dans le rôle du tueur, qu’il interprète avec une sorte de tristesse dans le regard, totalement inattendue. Il est même franchement excellent, dans ce qui reste sans doute le meilleur de ses films : le plus surprenant, le plus ambitieux, le plus abouti, celui dans lequel sa présence est, et de loin, la mieux utilisée.

Timecop (id.) – de Peter Hyams – 1994

Posté : 28 octobre, 2021 @ 8:00 dans 1990-1999, ACTION US (1980-…), FANTASTIQUE/SF, HYAMS Peter | Pas de commentaires »

Timecop

Réalisé par un vétéran auréolé d’un certain prestige (on lui doit Capricorn One ou Outland), doté d’un budget conséquent, Timecop représente une sorte de sommet dans l’ascension hollywoodienne de Jean-Claude Van Damme : le film qui donnait l’impression que, peut-être, la star belge pourrait concurrencer Stallone ou Schwarzenegger sur leur terrain. Ce ne sera pas tout à fait le cas, mais certains producteurs y croyaient, Timecop en est la preuve.

Cela étant dit, le film de Peter Hyams ne réussit jamais vraiment à tenir les (petites) promesses de son pitch : Van Damme, flic d’une brigade spéciale luttant contre ceux qui tentent de profiter des possibilités offertes par le voyage dans le temps, qui vient d’être inventé. Une idée qui reste constamment au stade embryonnaire. Et s’il est question de seconde chance et de la tentation de réparer ses propres erreurs, le film ne décolle jamais de la série B bas du front, loin de ce que réussira Looper par exemple.

Un rendez-vous en grande partie manqué, où toutes les ambitions semblent reposer sur les moyens plutôt que sur les idées. Et où l’héritage des films d’action un peu cheap des années 80 ressurgit régulièrement à travers la psychologie zéro des personnages, les méchants caricaturaux, et quelques scènes grotesques. Ce pied arrêté en l’air à quelques centimètres d’un pickpocket à roller, franchement… Difficile de prendre vraiment le film au sérieux après une telle première scène !

Risque maximum (Maximum Risk) – de Ringo Lam – 1996

Posté : 25 octobre, 2021 @ 8:00 dans 1990-1999, ACTION US (1980-…), LAM Ringo | Pas de commentaires »

Risque maximum

Chez nous, il n’est pas le plus connu des grands cinéastes de l’âge d’or du cinéma de genre hong-kongais. Moins en tout cas que ses complices Tsui Hark ou Johnnie To (avec lesquels il signera l’étonnant Triangle en 2007). Mais Ringo Lam est, effectivement, un grand cinéaste de polars, moins maniéré que John Woo, plus terrien que Tsui Hark, plus instinctif que Johnnie To.

L’essentiel de sa carrière se déroule à Hong-Kong. Mais il a brièvement cédé aux sirènes d’Hollywood, appelé par Jean-Claude Van Damme… Qui d’autre, d’ailleurs : à l’époque, Van Damme est la vedette la plus à l’écoute du cinéma de l’ancienne colonie, et le passage obligé pour tous les cinéastes de là-bas faisant leurs débuts en Amériques : John Woo avec Chasse à l’homme, ou Tsui Hark (encore lui) avec Double Team.

Mais c’est avec Ringo Lam que Van Damme tournera ses meilleurs films. Les deux hommes collaboreront à trois reprises, pour trois films aussi différents que convaincants, dont la sortie coïncide pourtant avec le début du déclin pour The Mussles from Bruxelles. Oui, c’est injuste, voire même franchement désespérant.

C’est injuste, parce qu’il révèle une présence assez inattendue dans ce film, totalement dépouillé de ses mimiques et excès habituels. Le regard triste, la dégaine fatiguée, Van Damme trimballe sa carcasse athlétique en dégageant une puissance quasi-bestiale. Bref, il est très bon, sans jamais forcer le trait. Taiseux et taciturne… La filiation avec Alain Delon est souvent frappante, référence il est vrai incontournable pour les cinéastes hong-kongais de cette époque.

L’histoire n’a pas un intérêt démentiel, et se résume d’ailleurs à un prétexte sans grande envergure : une simple liste planquée dans un coffre à Nice, pour laquelle les cadavres s’accumulent. Si Natasha Henstridge est convaincante dans le rôle de la love-interest, les seconds rôles ne sont pas franchement excitants, avec un Jean-Hugues Anglade tout sourire et tous cheveux en flic niçois ravi d’être là, et même une courte apparition de Stéphane Audran (on se demande un peu ce qu’elle fait là d’ailleurs). Et au rayon des gros défauts, difficile de prendre au sérieux cette première partie française, où tous les personnages (français) se parlent dans un mauvais anglais…

Mais qu’importe. Ringo Lam est un cinéaste de l’action, qui pourrait aisément se passer de la parole. C’est d’ailleurs le cas dans de longues séquences assez brillantes, dans lesquelles le mouvement et le décor sont intimement liés. Une poursuite à pied sur les toits, un gunfight dans un bar bondé, une bagarre dans l’espace très exigu d’un ascenseur, un affrontement final dans la chambre froide d’un abattoir… Scène après scène, Lam relance la machine en variant les contraintes, en évitant constamment la facilité.

A cette époque, beaucoup de poursuites en voitures avaient des allures de déjà vu. Ce n’est pas le cas ici, même si elles portent clairement la patte de notre Rémy Julienne national. Lam en fait quelque chose de très personnel, en mettant en scène ses poursuites (comme ses gunfights) dans des rues noires de monde, où les piétons et les voitures sont omniprésentes, contrariant systématiquement les mouvements. Tellement grouillantes qu’elles donnent par moments le sentiment d’être à Hong-Kong.

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