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Archive pour la catégorie 'Genres'

Le Contrat (Raw Deal) – de John Irvin – 1986

Posté : 9 novembre, 2019 @ 8:00 dans 1980-1989, ACTION US (1980-…), IRVIN John | Pas de commentaires »

Le Contrat

Schwarzenegger, dans la dernière partie du film, débarque surarmé dans l’antre des méchants et dézingue tous ceux qu’il croise. Ce qui amène à une question : pourquoi donc ne commence-t-il pas par là ? Parce que s’il ne s’était pas mis en tête d’infiltrer le gang des méchants pour « faire tomber » ceux qui ont causé la mort du fils de son ami, on aurait gagné une bonne heure, totalement inutile.

Et puis, même si cette dernière partie est discutable, et même douteuse (on est quand même dans une ode décomplexée à une justice expéditive), c’est encore ce qu’il y a de moins ennuyeux dans ce ratage à peu près complet. Au moins s’amuse-t-on de la bêtise de ces hommes de main qui attendent bien sagement leur tour pour offrir leurs corps vulnérables aux balles de Schwarzie.

On est clairement dans le bas, voire les tréfonds, de la carrière de Schwarzie. Qui se cherche encore. D’ailleurs, entre le look tout en cuir de Terminator, et le massacre final aussi sanglant que celui de Commando, on sent bien l’influence des deux précédents succès de la star. Sauf que John Irving n’est pas James Cameron, que Le Contrat n’a pas le second degré rigolard de Commando, et que Schwarzenegger a encore à prouver qu’il peut être un vrai acteur, lorsqu’il n’est pas un robot tueur.

Dans cette production typique des années 80, où les personnages sont dénués de toute épaisseur, où la musique déborde, et où l’action est mollassonne, même lui paraît bien fade. Son charisme n’apparaît vraiment que dans une courte scène nocturne sur le tarmac d’un aéroport. C’est bien peu, mais le meilleur est à venir : son prochain film sera un certain Predator. Nettement plus classe, et Schwarzenegger y sera nettement plus intense.

Boomerang ! (id.) – d’Elia Kazan – 1947

Posté : 8 novembre, 2019 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, KAZAN Elia | Pas de commentaires »

Boomerang

Le meurtre en pleine rue d’un prêtre réputé pour sa bonté, un coupable tout désigné, un procureur ambitieux, une opinion publique qui s’impatiente, une affaire qui devient politique… Elia Kazan s’empare du « film tiré des archives de… », ce sous-genre du polar des années 40 qui revenait sur des faits divers marquants pour mieux dire (souvent avec réussite) le rôle joué par les grandes institutions américaines.

Sauf qu’aucune institution ne sort vraiment grandi de ce film-enquête qui est surtout l’occasion pour Kazan de porter un regard d’une remarquable acuité, à la fois sur la presse tiraillée entre la déontologie journalistique et les intérêts de patrons peu scrupuleux, sur la population plus ou moins perméable aux infos, et sur le système judiciaire et ses interactions avec la sphère politique.

Avec ce film de genre, Kazan dénonce les affres de la société, mais aussi les tourments intérieurs de personnages jamais d’un seul bloc. Dana Andrews est impérial dans le rôle du procureur, doutant et s’interrogeant, tiraillé entre les difficultés de ce qu’il croit juste, et les facilités de tous les renoncements. Une nouvelle preuve éclatante de la grandeur de cet acteur trop souvent oublié parce qu’il semble ne rien faire.

Il est formidable, notamment dans ses face-à-face avec Lee J. Cobb, flic dont l’intégrité et les certitudes seront elles aussi ébranlées. Ces face-à-face sont fascinants, parce que les deux acteurs ont des styles qui paraissent irréconciliables : Andrews tout en intériorité, Cobb cabotinant avec une outrance toujours maîtrisée. Toujours formidable. Et entre eux deux se tisse une amitié contrariée, et une complémentarité, qui font beaucoup pour le film.

Ajoutons à ce beau casting Ed Begley en politicard pourri, Marl Malden dans un petit rôle de flic (non crédité), et Arthur Kennedy en coupable désigné. Film noir, film de procès, film social… Boomerang ! annonce les chefs d’œuvre à venir de Kazan.

Top of the Lake : China Girl (id.) – série créée par Jane Campion et Gerard Lee – 2017

Posté : 4 novembre, 2019 @ 8:00 dans 2010-2019, CAMPION Jane, KLEIMAN Ariel, LEE Gerard, POLARS/NOIRS, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Top of the Lake China Girl

Pour la deuxième saison de sa superbe série, Jane Campion choisit de tout changer, ou presque. Nouveau décor : à la nature de Nouvelle-Zélange succède la ville d’Australie. Nouveaux personnages : à l’exception de Robin Griffin, la magnifique héroïne interprétée par Elisabeth Moss, uniquement des nouveaux venus, à une apparition près. Nouvelle enquête, là aussi radicalement différent.

Que reste-t-il alors de l’atmosphère fascinante de la série, alors ? Eh bien tout, curieusement. Même avec des parti-pris très différents, même en faisant à peu près table rase de ce qu’on avait appris à adoré, Top of the Lake garde ce mystère et cet envoûtement qui font sa beauté. Cette saison 2 n’est pas le prolongement de la première, mais elle en a la même ambition, la même intensité, et la même réussite.

La même radicalité, aussi. Plus encore que la première saison, China Girl aborde le thème de la paternité, et de la place de la femme dans la société, et dans la famille. Mais elle le fait avec une audace folle, et une approche totalement décomplexée. Car l’enquête, a priori classique, sur la disparition d’une jeune prostituée, se transforme très rapidement en une quête intime pour Robin, qui se résume bientôt à un cercle pseudo-familial aussi improbable que bouleversant.

Le mouvement qui habite cette deuxième saison se résume assez bien lors d’une longue séquence d’une intensité folle, dans l’avant-dernier épisode, où tous les rapports entre les membres de ce cercle familial semblent mis à mal, les uns après les autres, dans un enchaînement infernal, chacun se retrouvant totalement seul : Robin, sa fille naturelle avec qui elle a enfin pu tisser des liens, les parents adoptifs de cette dernière, et même le maquereau manipulateur dont la jeune fille s’est éprise.

Dans cette deuxième saison, Jane Campion souffle le chaud et le froid, la douleur extrême n’étant jamais dénuée d’une lueur d’espoir, si faible soit-elle. A l’inverse, le personnage plutôt amusant de la fliquette à la taille démesurée révèle peu à peu une profondeur et une noirceur extrêmes. D’une manière générale, les personnages sont d’ailleurs tous passionnants, et totalement inattendus.

Cette alternance de moments très sombres avec quelques sursauts plus léger, cette manière de passer de longs passages lents et introspectifs à d’autres plus angoissants, voire carrément flippants… Tout ça renforce l’intensité de cette série décidément magnifique. La prestation d’Elisabeth Moss, impeccable dans tous les registres, n’y est pas pour rien.

Meurtre en suspens (Nick of Time) – de John Badham – 1995

Posté : 1 novembre, 2019 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, BADHAM John | Pas de commentaires »

Meurtre en suspens

Ça commence par un beau générique à l’ancienne, très hitchcockien avec ces gros plans mécaniques mettant en parallèle le mécanisme d’une horloge et celui d’une arme à feu, sur une musique ample d’Arthur Rubinstein.

Et il y a effectivement quelque chose d’Hitchcock dans l’histoire de ce père de famille dont on enlève la fille pour le forcer à commettre un assassinat.

OK, John Badham n’est pas Sir Alfred, loin s’en faut. Et ce thriller des années 90 ressemble dans la forme moins à un Hitchcock movie… eh bien qu’à un thriller des années 90 comme il en sortait des tonnes à l’époque.

Mais si Badham n’est pas un grand auteur, il a un savoir faire indéniable (estampillé 90s, oui), et j’ai pour lui une affection qui remonte à l’adolescence. Hey ! C’est quand même à lui qu’on doit Short Circuit, Étroite surveillance ou La Manière forte. Pas des chefs d’œuvre, non, mais des films qui ont enthousiasmé les ados des années 90.

Scénar carré, resserré et efficace, Johnny Depp très bien en Monsieur-tout-le-monde (une première pour lui, après une série de grands rôles lunaires), Christopher Walken forcément à l’aise dans un rôle de bad guy qu’il connaît par cœur, une intrigue filmée en temps réel (ça aussi, très hitchcockien)… C’est du cinéma bien modeste, mais un polar efficace, et bien sympathique.

Top of the Lake (id.) – série créée par Jane Campion et Gerard Lee – 2013

Posté : 15 octobre, 2019 @ 8:00 dans 2010-2019, CAMPION Jane, DAVIS Garth, LEE Gerard, POLARS/NOIRS, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Top of the Lake

Envoûtant, visuellement splendide, lent et tendu, cette mini-série est une superbe réussite, qui porte clairement la marque de Jane Campion, sa créatrice, et la réalisatrice de la moitié des épisodes. On y retrouve tous les thèmes chers à la cinéaste : l’homme (et la femme) dans la nature, la place de la femme dans la société, le poids de la maternité (et de la paternité)…

Jane Campion l’a d’ailleurs elle-même, et cela se sent : elle a pensé Top of the Lake comme un long film de six heures, divisé en six chapitres, plutôt que comme une série de six épisodes. Et c’est vrai qu’elle trouve le compromis parfait entre les codes de la série télé, avec d’un côté sa cohérence et son long mouvement unique, et de l’autre ses rebondissements qui ne donnent qu’une envie : enchaîner les six épisodes.

Parce que la réalisatrice n’oublie jamais non plus que Top of the Lake est un thriller. Même si son récit prend bien des chemins de traverse, jamais elle ne perd de vue l’enjeu de cette intrigue : retrouver une adolescente qui a disparu dans cette nature aussi belle que dangereuse de Nouvelle Zélande.

Il y a quelque chose de Twin Peaks dans l’idée même de Top of the Lake. Même si cette dernière est nettement plus ancrée, la série commence par l’arrivée d’un enquêteur dans une micro-société, où le drame va révéler bien des secrets cachés. Et quel microcosme : une région comme coupée du monde où la notion même de famille dépasse tous les codes habituels, et où tout le monde semble avoir quelque chose à cacher.

Y compris l’enquêtrice d’ailleurs, Robin, magnifique rôle de femme brisée, qui aurait pu être simplement passionnant. Elisabeth Moss lui donne quelque chose en plus : un mélange de force et de fragilité à peu près unique, parce que ces deux pans de sa personnalité sont également puissants. Un personnage fascinant et bouleversant, dont la présence souvent peu bavarde apporte toujours quelque chose d’inattendu.

Le reste de la distribution est parfait aussi, de Holly Hunter en gourou au bout du rouleau, à Peter Mullan, en inquiétant patriarche. Deux personnages qui, eux aussi, déjouent constamment toutes les idées reçues et toutes les attentes, capables d’être touchants dans l’horreur, ou abjects dans la souffrance.

Tendu, fascinant, bouleversant, surprenant, Top of the Lake est une réussite majeure. Et ELisabeth Moss une découverte qui l’est tout autant…

Le Bagarreur du Kentucky (The Fighting Kentuckian) – de George Waggner – 1949

Posté : 13 octobre, 2019 @ 8:00 dans 1940-1949, LAUREL et HARDY, WAGGNER George, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Bagarreur du Kentucky

Voilà un duo qui m’avait totalement échappé jusqu’à présent. Quoi, John Wayne a tourné un western avec Oliver Hardy ? Oui, celui-là même du tandem le plus drôle de l’histoire du cinéma. Et mieux : ces deux-là forment pour l’occasion un vrai duo, qui joue à fond sur l’opposition de leurs styles et de leurs personnalités. Deux questions très profondes se posent à moi. La première : mais comment une telle association, même très éphémère, a-t-elle pu m’échapper ? La seconde : mais pourquoi ?

Rien d’évident, quand même, à associer deux des silhouettes les plus mémorables du 7e art. Certes, aucun des deux n’est au sommet de sa carrière, mais quand même… John Wayne n’est pas encore tout à fait un mythe, et Oliver Hardy est en fin de carrière : il n’a plus rien tourné depuis quatre ans, et ne reformera son inoubliable duo avec Stan Laurel qu’une ultime fois, en 1951 (pour Atoll K, qu’ils viendront tourner en France). Mais drôle d’idée, vraiment.

Pour associer ces deux-là, il fallait une vraie direction, un vrai projet, plus abouti que simplement celui de placer ces deux personnages si forts côte à côte et de voir ce qui se passe. Et c’est bien l’impression qui se dégage le plus souvent, hélas. On l’aime bien, Hardy, et il y a une sorte d’excitation à l’idée de voir ce que cette association peut donner. Mais George Waggner ne sait visiblement pas quoi faire de la star comique, se contentant de le laisser faire son truc dans son coin, comme s’il s’attendait à voir débouler Laurel.

Ancien acteur (il a joué Buffalo Bill dans Le Cheval de fer, le monument de John Ford), ancien scénariste (il a écrit Les Ecumeurs de la mer et Chasseurs d’images pour John Wayne), George Waggner est un réalisateur discutable. Il y a de bonnes choses dans son film : de belles images pour commencer, ce qui n’est quand même pas rien. Waggner connaît son métier, et réussit quelques scènes mémorables (la mort de Beau notamment, le personnage interprété par Paul Fix, second rôle qu’on a toujours plaisir à retrouver).

On peut aussi souligner la voix off originale et quelques détails charmants qui donnent à ce western un ton relativement léger inattendu. Et un contexte original, avec la présence de soldats napoléoniens qui ont trouvé refuge en Amérique après Waterloo et la disgrâce de l’empereur. Mais il y a aussi pas mal de problèmes : un ton mal maîtrisé, un scénario très confus et franchement improbable, construit autour de la marche d’anciens soldats retournant vers leur Kentucky…

Un détail, aussi, qui gâche constamment le plaisir que l’on pourrait prendre : le son, d’une « propreté » déstabilisante. Un homme alpague la foule au milieu du brouhaha, et on a l’impression qu’il utilise un porte-voix. Les hommes du Kentucky marchent en chantant des chansons d’amitié virile, et la musique semble extérieure à la scène. Gênant.

Gênante aussi : la présence de Vera Ralston, actrice agaçante et à peu près mille fois moins charismatiques que le moindre second rôle (dont Marie Windsor qui, même mal servie, dévore l’écran). Un problème récurrent pour cette protégée (et épouse) de Herbert J. Yates, le patron de la Republic Pictures, que l’on avait déjà vue au côté de John Wayne dans La Femme du pionnier. Wayne qui, lui, est impeccable. Comme toujours.

The Two Jakes, piège pour un privé (The Two Jakes) – de Jack Nicholson – 1990

Posté : 9 octobre, 2019 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, NICHOLSON Jack | Pas de commentaires »

The Two Jakes

Même scénariste, même vedette principale, même décor, même esprit, même contexte, ou presque. Seize ans ans se sont écoulés entre Chinatown et cette suite, à peu près autant entre les actions des deux films. Et c’est un Los Angeles quasiment inchangé que l’on retrouve, ville tentaculaire où le désert se rappelle constamment au souvenir de ceux qui y vivent, ou y meurent.

Jake Gittes reste ce privé pas plus reluisant qu’un autre, qui fait son beurre des infidélités dont ses clients sont victimes. Les secrets cachés sont toujours aussi glauques et complexes. The Two Jakes serait un simple prolongement du classique de Polanski ? C’est en tout cas une suite aussi inattendue que fidèle. Mais cette suite n’oublie pas ces années écoulées. C’est que, pour les personnages, la guerre est passée par là. Le flic intègre en est revenu éclopé ; Gittes, lui, est devenu un riche privé à la tête d’une entreprise florissante.

Ces détails soulignent surtout le fait que le détective, même après toutes ces années, ne s’est jamais remis des événements du premier film. The Two Jakes est donc une vraie suite, en ce sens qu’elle n’existe vraiment que par rapport au film original. Une suite très réussie, à tous points de vue, mais dont le principal atout vient du plaisir qu’elle procure en tant qu’écho à un film qui fait partie du panthéon des films noir de son époque.

D’ailleurs, le film est hanté par le passé, comme son personnage principal, que Jack Nicholson retrouve avec une évidence et une conviction qui font regretter qu’il n’ait pas remis le couvert par la suite : le scénariste Robert Towne voulait en effet en faire une trilogie, projet enterré par le peu d’enthousiasme du public à la sortie du film. Ou depuis, d’ailleurs. Dommage pour Nicholson, dont la mise en scène n’a jamais été aussi élégante et inspirée qu’ici (il n’a tourné, il est vrai, que trois films, celui-ci étant son dernier), dommage aussi pour nous.

Il y a quand même quelque chose de profondément émouvant à voir Nicholson lui-même, alors au sommet (il venait de triompher dans Batman) signer la suite de ce classique, convoquant autour de lui quelques acteurs du film de Polanski… y compris Faye Dunaway, le temps d’une voix off forcément marquante. Et il réussit un beau film d’atmosphère, qui dès la première séquence marque à la fois sa filiation et sa différence, au son de la superbe chanson « Don’t smoke in bed ».

Backtrace (id.) – de Brian A. Miller – 2018

Posté : 6 septembre, 2019 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, ACTION US (1980-…), MILLER Brian A., STALLONE Sylvester | Pas de commentaires »

Backtrace

Il y a quand même des signes qui inquiètent les fans de ce bon vieux Stallone. Ce qui ressemble de plus en plus à une incapacité à se renouveler : depuis Expendables et un bref sursaut d’ambition au milieu des années 2010, il n’y a quand même plus guère que Rocky et Rambo qui lui permettent de garder son rang. Et ce n’est pas ce Backtrace qui va changer le constat…

On peut se poser la question comme on se la posait pour les deux récentes (et miteuses) suites d’Evasion (la première – argh – et la seconde – bof) : mais qu’est-il donc allé faire dans cette galère, Stallone ? Pourquoi s’est-il impliqué dans ce projet qui sent d’emblée l’accident artistique… Encore que « impliqué » paraît un grand mot, tant l’acteur semble s’ennuyer dans les quelques scènes qui lui sont offertes. Comment pourrait-il en être autrement, franchement, devant la caméra d’un réalisateur dont les seuls titres de gloire sont d’avoir dirigé Bruce Willis dans une série de direct-to-DVD à la triste renommée…

Il y a bien quelques jolies images de ciels dans les plans de coupe, mais à part ça, pas grand-chose à se mettre sous la dent dans ce thriller au scénario poussif qui évoque les téléfilms qu’on tournait à la chaîne jusque dans les années 90. Soit un homme amnésique, emprisonné depuis sept ans après une fusillade sanglante, que de mystérieux compagnons aident à retrouver la mémoire pour mettre la main sur le magot.

Le gars est interprété par Matthew Modine, qu’on avait perdu de vue depuis bien longtemps, et que ce rôle ne va pas aider à revenir au premier plan. Stallone, lui, est certes le sauveur, le héros, le superflic qui finit par dézinguer à lui seul l’armée de méchants, mais il se contente d’un rôle de second plan dans cette histoire, où il semble par moments être étrangement mal à l’aise, sans savoir quoi dire ni quoi faire de son corps.

Le film lorgne du côté de Heat (pour les scènes d’action) et Usual Suspects (pour un rebondissement-incroyable-que-personne-n’avait-vu-venir). Ce qui pose quelques problèmes.

D’abord, les scènes de fusillades font certes beaucoup de bruit, mais le style syncopé de Brian Miller est, surprise, loin de la virtuosité et de l’élégance de Michael Mann. Quant au fameux rebondissement « à la Usual Suspects », révélé par une séquence au montage honteusement pompé sur le film de Singer, eh bien il se révèle tout pourri, loin du twist renversant et total de keyser Söze, faisant même du film une sorte de chronique familiale pantouflarde certes inattendue.

Bref, on regrette quand même amèrement de ne pas avoir prévu un pack de bière. On s’ennuie gentiment. On attend avec encore plus d’impatience la fin du film que la sortie du cinquième Rambo. Et on se contente des quelques plans de coupe qui, oui, représentent de bien jolis ciels.

L’Idéaliste (The Rainmaker) – de Francis Ford Coppola – 1997

Posté : 5 septembre, 2019 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, COPPOLA Francis Ford | Pas de commentaires »

L'Idéaliste

Film de commande, adaptation par un grand auteur déchu d’un petit maître du polar juridique, simple « film de prétoire »… Tout ça est vrai, sans doute. Dans la filmographie grandiose de Coppola, The Rainmaker fait figure de petite chose anecdotique, ne serait-ce que par ses ambitions modestes.

Sauf que cette petite chose modeste et anecdotique pour Coppola aura tout d’un sommet pour des tas d’autres réalisateurs honorables. L’Idéaliste est même la meilleure adaptation d’un roman de John Grisham, et l’un des meilleurs films de prétoire de cette décennie qui en compte beaucoup.

Cela tient, un peu, à l’intrigue riche en tension et en émotion. Cela tient aussi, et surtout, à l’élégance, la simplicité et l’intelligence d’une mise en scène classique et précise, à cette manière qu’a Coppola de filmer la vérité de ses personnages, de glisser une pointe d’humour dans une scène tendue, de contrebalancer un moment tragique par une pirouette inattendue. Bref, à son talent pour faire apparaître la vie, la vraie, de personnages ou de scènes qui peuvent sembler familiers. La vie avec ses aberrations, ses surprises, ses déceptions… On sent que c’est ce thème qui a attiré Coppola : cette envie de confronter des personnages qui n’y sont pas préparés aux accidents de la vie.

Et quel casting pour porter cette histoire : Matt Damon, parfait en jeune « puceau du barreau » qui connaîtra le plus grand dépucelage de l’histoire du droit en défendant la famille d’un jeune homme mourant de la leucémie contre le puissant assureur qui n’a pas voulu payer l’opération qui pouvait lui sauver la vie ; Mickey Rourke en avocat tripatouilleur ; Jon Voight en ténor sans scrupule ; Danny De Vito en caution humoristique (mais pas que)… Ajoutez Claire Danes en femme battue, Virginia Madsen en témoin dépressive, Roy Sheider en big boss hautain et détestable, et même Teresa Wright (oui, celle de L’Ombre d’un doute d’Hitchcock) en vieille femme digne…

Le film compte bien des personnages. Pas un n’est sacrifié. Pas même ce père paumé (joué par Red West) qui semble condamné à ne faire que de la figuration, éclusant son alcool en arrière-plan, mais dont on comprend peu à peu qu’il n’est pas l’abruti qu’on croit et que c’est sa douleur qu’il dissimule dans l’alcool. Sans un mot, ou presque, et en une poignée de scènes seulement, il habite le film de sa présence digne et douloureuse.

Mineur, L’Idéaliste ? Peu-être, mais des films mineurs comme ça, je veux en voir tous les jours.

A l’assaut du boulevard (Bucking Broadway) – de John Ford – 1917

Posté : 4 septembre, 2019 @ 8:00 dans 1895-1919, FORD John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Bucking Broadway

Avec John Ford, la notion « d’œuvre de jeunesse » n’a finalement pas grand sens, tant ses premiers films sont, déjà, exceptionnels, loin au-dessus de la production de l’époque… Seule une poignée de ses premiers films a survécu. Et plus encore que dans Straight Shooting, le premier de ces films survivants, Bucking Broadway est un western d’une maîtrise totale.

La comparaison entre ces deux premiers films connus de Ford est incontournable. Pas seulement parce que les deux mettent en scène le fidèle compagnon des premières années Harry Carey dans son rôle de Cheyenne Harry. Mais aussi et surtout parce que les deux films illustrent déjà la cohérence visuelle et thématique du cinéma de Ford.

Comme dans le précédent, on retrouve dans Bucking Broadway l’attachement de Ford pour les grands espaces, qu’il filme comme personne à l’époque (ou depuis), jouant de la profondeur de champs comme des plongées avec un art exceptionnel de la mise en scène. On retrouve aussi, comme dans le précédent, un plan cadrant la silhouette d’un homme dans l’encadrement d’une porte ouverte sur la nature, que l’on retrouve régulièrement jusqu’à The Searchers, bien sûr…

Mais plus encore que Straight Shooting, Bucking Broadway affiche une ambition esthétique et une richesse narrative hors du commun de la part de Ford, qui passe de la comédie au drame dans un même élan, ce qui sera toujours l’une des forces de sa filmographie. Dans la scène de fiançailles, il filme le visage de Carey passant de la joie à la gravité comme il le fera de celui de Ward Bond, John Wayne ou Henry Fonda dans tant de films (pensons à la scène du bal de Fort Apache par exemple), créant à cette occasion l’un de ces moments de grande camaraderie qui peupleront son cinéma.

Peut-être, sans doute même, le film n’existe-t-il au fond que pour ces quelques plans montrant des cowboys du Wyoming chevauchant au milieu des voitures sur Broadway (tournés à Los Angeles, mais qu’importe)… Mais Ford ne néglige aucun passage. Ni cette très belle scène intime entre Harry et sa promise, filmée à la seule lumière de la bougie. Ni la grande bagarre finale d’anthologie. Ni le moment où Harry retrouve l’espoir de conquérir sa belle et saute dans un train en marche…

Ford filme tout ça avec la même intensité, la même puissance visuelle. Un grand, dès 1917.

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