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Archive pour la catégorie 'FILMS MUETS'

Fulta Fisher’s boarding house (id.) – de Frank Capra – 1922

Posté : 11 novembre, 2017 @ 8:00 dans 1920-1929, CAPRA Frank, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Fultah Fisher's boarding house

Première œuvre de fiction pour le tout jeune Frank Capra (il a alors 25 ans), qui se fait d’emblée remarqué avec ce film de commande, mise en image d’un poème de Rudyard Kipling : The Ballad of Fisher’s Boarding House. Le poète y évoque une gargote mal famée où des marins viennent tromper leur ennui entre deux voyages, et où deux hommes vont s’affronter et s’entretuer pour une femme.

Les premiers plans de ce court métrage d’une bobine seulement ne permettent pas vraiment de deviner le talent naissant du cinéaste : la caméra reste longtemps statique, filmant l’ensemble du décor comme c’était d’usage dans les premiers temps du cinéma. La mise en place est certes un peu longue, avec la présentation de trop nombreux personnages, pas forcément indispensables, qui prennent beaucoup de temps sur les douze minutes que dure le film.

Et puis le principe même de cette production a ses limites : en mettant en image un long poème, Capra s’oblige à multiplier les cartons pour que le spectateur puisse suivre le verbe de Kipling, qui pour le coup devient un peu trop envahissant.

Mais lorsque le drame se noue, Capra révèle un sens affirmé du cadrage et du montage, et, surprise, une brutalité qui ne sera pas vraiment la caractéristique première de son cinéma. Lorsque la violence apparaît, elle bouscule littéralement le cadre : les personnages sont propulsés en très gros plan contre la caméra, dont les petits mouvements brusques soulignent la brutalité des coups donnés.

Capra fait alors des merveilles, jouant sur le montage et la diversité des plans, lors de cette bagarre assez impressionnante, surtout lorsqu’il la filme en ombre chinoise, là encore fidèle au poème :

« A dance of Shadows on the wall,
A knife-thrust unawares
And Hans came down, as cattle drop,
Across the broken chairs. »

C’est beau, du Kipling. Et c’est beau, un grand cinéaste qui naît…

Une vie de chien (A dog’s life) – de Charles Chaplin – 1918

Posté : 8 novembre, 2017 @ 8:00 dans 1895-1919, CHAPLIN Charles, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Une vie de chien

Chaplin était déjà un génie. Il devient définitivement le plus grand de tous les temps avec son premier film tourné pour la First National. Loin des rythmes effrénés de ses débuts (36 films pour la seule année 1914 à la Keystone), Chaplin impose à chaque nouveau contrat un rythme qui convient mieux à son perfectionnisme acharné. Durant les cinq années qu’il passera à la First National, il ne tournera ainsi que sept films, courts ou moyens métrages, dont Le Kid.

Il est d’ailleurs difficile de ne pas évoquer Le Kid quand on parle de Une vie de chien. Ce serait injuste de dire que l’un et le brouillon de l’autre, mais il s’agit clairement de deux films jumeaux, basés sur à peu près la même idée : Charlot, le vagabond solitaire, trouve un alter ego inattendu qu’il va prendre sous son aile, un enfant là, un chien ici.

Une vie de chien va peut-être encore plus loin dans cette direction : les deux personnages principaux, le clochard et le bâtard, sont présentés comme des êtres frêles et combatifs qui doivent se battre pour survivre dans un environnement hostile. Ils se trouvent, ces deux-là, comme ils trouvent celle qui va finir de composer une sorte de famille idéale, la belle Edna Purviance bien sûr, jeune femme paumée incapable de tenir le rôle d’entraîneuse que la société attend d’elle.

Le film est joliment émouvant, loin toutefois de l’ampleur tragique du Kid. Il est surtout l’un des plus drôles que Chaplin ait tourné jusque là. Les situations sont souvent connues : Charlot qui tente d’échapper aux policiers, Charlot qui s’incruste dans un café sans avoir les moyens de payer… Et pourtant on a le sentiment de ne jamais avoir eu quoi que ce soit de semblable, tant les gags atteignent des sommet. A l’image de cette scène étirée à l’extrême, où le vagabond vide l’assiette d’un restaurateur ambulant quasiment sous le regard du patron.

Il y a un autre point commun avec Le Kid : comme le chef d’œuvre à venir de Chaplin dépendra en partie de la personnalité incroyable de sa jeune vedette Jackie Coogan, Une vie de chien doit aussi quelque chose au charisme extraordinaire de sa vedette à quatre pattes, peut-être le chien le plus doué pour la comédie de toute l’histoire du cinéma…

The Power of the Press (id.) – de Frank Capra – 1928

Posté : 6 novembre, 2017 @ 8:00 dans 1920-1929, CAPRA Frank, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

The Power of the Press

Le dernier long métrage muet de Capra est un cas à peu près unique dans sa filmographie : c’est peut-être l’unique fois où le grand cinéaste humaniste s’est confronté au thriller. Il y a en particulier une longue séquence haletante et assez formidable, où le héros, jeune journaliste ambitieux interprété par Douglas Fairbanks Jr, doit mettre la main sur le témoin clé d’une sombre machination, petit chef d’œuvre de suspense qui se termine par une poursuite en voitures que n’aurait pas renié Hitchcock lui-même.

Pourtant, on est bien chez Capra, ce qui ne fait aucun doute dès l’ouverture du film. L’une des richesses de ses grandes réussites, notamment dans les années 30, repose sur un talent unique pour donner vie à des univers bien particulier : le cirque, la politique, le théâtre, ou ici la salle de rédaction d’un grand quotidien. Entre les reporters chevronnés qui manquent d’empathie et les jeunes loups naïfs qui ne décrochent les scoops que grâce à la chance, on ne peut pas dire que Capra offre une vision particulièrement avantageuse de la profession.

En revanche, il rend palpable en quelques plans formidables l’effervescence d’une salle de rédaction, l’odeur du papier et du tabac, l’urgence de l’actualité… C’est tourné avec beaucoup de dérision, et le film est d’ailleurs (aussi) très drôle. Mais l’ironie du film n’enlève rien au sentiment de vérité qui se dégage de ces scènes tournées dans l’enceinte du journal. D’autres scènes, d’ailleurs, n’ont pas cette intensité. Si The Power of the Press ne fait pas partie des réussites majeures de Capra, c’est à cause de ces fluctuations d’intensité : quelques scènes un peu banales (la découverte du crime initial notamment) contrastent avec celles dévoilant les journalistes dans leur environnement habituel.

En revanche, le mélange des genres fonctionne parfaitement. Drame social ? Comédie ? Intrigue policière ? Film politique ? Thriller ? Capra choisit de tirer tous ces fils à la fois avec cette histoire d’un jeune journaliste débutant qui mène l’enquête après le meurtre d’un homme influent. Il n’en privilégie aucun et va au bout de chacun de ces fils. Et c’est passionnant.

Bessie à Broadway (The Matinee Idol) – de Frank Capra – 1928

Posté : 29 octobre, 2017 @ 8:00 dans 1920-1929, CAPRA Frank, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Bessie à Broadway

Après les deux films qu’il a tourné pour Harry Langdon, Capra n’a pas tardé à trouver son propre univers. Ce qui fera la grandeur de ses chefs d’œuvre des années 30 et 40 (et il y en aura quelques-uns) est déjà bien en place dans cette très belle comédie romantique. Et pour le coup, ce genre un peu fourre-tout porte parfaitement son nom : The Matinee Idol est une comédie particulièrement drôle, et une romance absolument irrésistible.

Considéré comme perdu jusqu’en 1994, le film est un petit bijou de légèreté, au scénario malin et enthousiasmant : un grand acteur de Broadway, qui se produit généralement grimé en noir comme un certain Al Jolson (la grande star de l’époque, qui venait de signer l’acte de naissance du cinéma parlant en dévoilant sa voix dans Le Chanteur de jazz), part se mettre au vert à la campagne, et se fait embaucher un peu par accident par une petite troupe de théâtre ambulant, qui ne le reconnaît pas.

On imagine bien tous les gags et toutes les situations vaudevillesques que Capra et son scénariste Elmer Harris (avec qui il avait déjà collaboré pour That certain thing et So this is love ?) peuvent en tirer. Surtout que, forcément, il y a l’amour qui rôde, et qui a le visage de la patronne un peu brute de la troupe, jouée par Bessie Love. Le titre français dit beaucoup de ce qui fut la notoriété de Bessie Love (quel nom, quand même !) : aucun personnage ne porte le nom de Bessie dans le film. Aujourd’hui complètement oubliée, elle est effectivement, et absolument, craquante, belle, et d’un dynamisme incroyable.

Bref, le charme de l’actrice apporte beaucoup au film, et supplante celui un peu plus discret de Johnny Walker, acteur au caractère à peine plus fort que le whisky du même nom (OK, c’est un peu gratuit). Et Capra sait en tirer le meilleur, faisant de l’actrice l’un de ces symbole de la sincérité qui parsèment son oeuvre, une sorte de pendant féminin du James Steward de Mr Smith goes to Washington en quelque sorte, confronté à la découverte du cynisme. Dans d’autres films, cela se passe dans l’univers impitoyable des banquiers ou des politiciens. Ici, c’est dans le monde du spectacle.

Avec cette pièce de théâtre qui tient un rôle important dans l’histoire (et qui s’appelle curieusement Rain or shine, rien à voir pourtant avec le film du même nom que Capra tournera deux ans plus tard), Capra livre une vision aussi contrastée que passionnée de ce monde du spectacle, jouant constamment sur l’interaction entre la scène et la salle, entre la fiction et le monde réel.

Le cinéaste sait ainsi tirer l’émotion la plus forte du contraste entre la fausse neige d’un spectacle à l’atmosphère particulièrement cruelle, et la pluie battante de la scène romantique qui suit. Et c’est magnifique. Jouant avec les rideaux du spectacle, il s’offre aussi l’un des plus beaux derniers plans de sa carrière: un gros plan sur les jambes fort jolies de Bessie Love qui s’élèvent du sol, détail qui en dit au moins autant, et avec plus d’émotion peut-être, qu’une banale étreinte

La Grande Parade (The Big Parade) – de King Vidor – 1925

Posté : 26 septembre, 2017 @ 8:00 dans 1920-1929, FILMS MUETS, VIDOR King | Pas de commentaires »

Le Grande Parade

Trois ans avant La Foule, son chef d’œuvre, King Vidor réalise déjà une grande fresque romanesque, à la fois intime et spectaculaire, et déjà sublime. Cette fois, c’est la Grande Guerre qui sert de toile de fond, c’est sans doute pourquoi le film a souvent été comparé à L’Heure suprême (le plus beau film du monde), que tournera Borzage. Les deux films ne manquent pas de points communs, c’est vrai, en particulier dans la légèreté des premières scènes et dans le romantisme bouleversant de la conclusion.

Mais au lyrisme de Borzage, Vidor préfère une approche plus ancrée dans la réalité, avec des ruptures de ton parfois brutales, de longs moments en creux, et même des passages de pure comédie. comme la rencontre entre les deux personnages principaux, le soldat américain interprété par John Gilbert, et la fermière française jouée par Renée Adorée (quel pseudo !). Au passage, les deux comédiens sont magnifiques, trouvant chacun, sans doute, le plus beau rôle de leur carrière.

Il y a dans cette scène, très drôle, quelque chose comme la quintessence de l’art muet. Oui, ce sont de grands mots, mais Vidor trouve le ton juste et l’approche inattendue et parfaite pour filmer la rencontre de cette femme et de cet homme qui ne parlent pas la même langue, et ne peuvent donc échanger que par la gestuelle, la pantomime même. C’est drôle, et c’est aussi très beau, surtout lorsque Vidor filme… la barrière de la langue et de la culture, par petites touches d’une délicatesse infinie.

Le moment où la jeune femme découvre le chewing-gum est ainsi, pour une raison assez magique, formidablement émouvante. Peut-être parce que ce détail apparemment sans importance dit beaucoup sur cette histoire d’amour improbable entre un homme venu du bout du monde et cette jeune femme dynamique et active qu’il n’aurait jamais dû croiser, comme une parenthèse entre la vacuité de sa vie de riche héritier et les horreurs de la guerre qui l’attendent.

Ce long passage à l’arrière-front, où les hommes passent le temps comme ils le peuvent, est passionnant, et rend le départ vers les zones de combat d’autant plus marquantes. Parce que c’est toute une vie organisée, et finalement pleine de petits bonheurs, qui volent en éclat. Là, dans ce départ impressionnant, filmé à grands renforts de figurants, Vidor, réussit une grande scène dramatique et inoubliable, filmant Renée Adorée en plans rapprochés, scrutant les centaines d’hommes qui défilent devant (et derrière) elle à la recherche de celui qu’elle aime. Avant de s’accrocher à lui comme si elle voulait à tout prix retenir ce bonheur fugace, se retenant à sa jambe dans un geste prémonitoire. Si on ne verse pas sa larme, là…

Le film passe alors de la romance à la découverte de l’enfer. Mais si le ton change radicalement, le point de vue reste le même : celui d’un homme qui découvre tout de la vie, avec un esprit totalement impréparé. C’est ce qui rend si saisissante cette première marche de John Gilbert fusil à la main. Dans une forêt qui semble morte, les soldats avancent régulièrement sous les tirs ennemis, sans même prendre la peine de se protéger. Autour de notre héros, les hommes tombent les uns après les autres. Vision presque irréelle qui dit mieux que des mots l’incompréhension face à cette irruption de la violence.

La grande scène de bataille qui suit fait partie des plus impressionnantes de toute l’histoire du genre. Toujours à hauteur d’homme, Vidor nous plonge au cœur de la violence, sans rien gommer de son horreur, et sans jamais oublier l’humanité des soldats. D’où un magnifique face-à-face entre John Gilbert et le soldat allemand mourant, dans le trou d’obus, filmé avec une superbe sensibilité.

Sensible et délicat, malgré la noirceur du sujet : voilà qui définit parfaitement la mise en scène de Vidor, jusqu’à la dernière partie, belle et émouvante, mais sans le grand lyrisme des films de Borzage. Dans son style ou dans sa construction, La Grande Parade influencera d’innombrables films ayant la guerre pour toile de fond, comme Voyage au bout de l’enfer ou Cheval de guerre.

Charlot s’évade (The Adventurer) – de Charles Chaplin – 1917

Posté : 23 septembre, 2017 @ 8:00 dans 1895-1919, CHAPLIN Charles, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Charlot s'évade

* Titre alternatif (VF) : L’Evadé

La première scène de cet ultime film tourné par Chaplin pour la Mutual est étonnante par sa brutalité : le film s’ouvre sur une chasse à l’homme, sur un littoral escarpé où des gardiens de prison lourdement armés recherchent un prisonnier évadé. L’utilisation d’armes à feu, les décors naturels pleins de dangers, le clair obscur du jour qui se lève, même… Cette ouverture ne ressemble en rien à un film burlesque.

Bien sûr, dès que Charlot apparaît, ou plutôt dès qu’il pointe sa tête hors du sable sous lequel il s’était réfugié, pour tomber nez à nez devant le fusil d’un gardien qui se repose, la dimension comique apparaît, d’autant plus forte qu’elle arrive en contrepoint des premières images, volontairement rudes. Chaplin apporte à ce réalisme ambiant un décalage total, par l’excès de son personnage, par le rythme qu’il donne à l’action, et par ces petites idées improbables et géniales qui rompent avec tout réalisme. Presque surréaliste, même, lorsqu’il tente de recouvrir de sable le pied d’un gardien qui se tient à côté de lui, comme s’il voulait ainsi le faire disparaître…

La suite est moins surprenante, le film se transformant largement en un face à face assez traditionnel de Charlot et Eric Campbell, pour les beaux et le sourire craquant d’Edna Purviance. Mais le rythme est extraordinaire, les gags sont souvent géniaux (la manière dont Charlot remplit son verre vide en le heurtant contre celui de son voisin avant de lui faire les gros yeux), la précision extraordinaire de la mise en scène, sans laquelle rien ne fonctionnerait aussi bien…

Avant de passer à la First National, où il ira plus loin encore dans le perfectionnisme, et signera une incroyable série de classiques, Chaplin signe déjà (ou encore) un petit chef d’œuvre comique.

L’Emigrant (The Immigrant) – de Charles Chaplin – 1917

Posté : 22 septembre, 2017 @ 8:00 dans 1895-1919, CHAPLIN Charles, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

L'Emigrant

* Titres alternatifs (VO) : The New World ; A Modern Colombus ; Hello USA ; The Refugee

* Titre alternatif (VF) : Charlot voyage

Ce chef d’œuvre possède déjà tout ce qui fera la grandeur des longs métrages de Chaplin : un mélange de comique, de tragédie et de critique sociale. Tout ça apparaît dans une scène formidable, vers le début du film : à bord du bateau qui les amène en Amérique, une poignée d’émigrants oublie d’un coup le mal de mer qui les rongeait lorsqu’ils aperçoivent la statue de la Liberté, symbole de leur avenir. Mais les regards émus des visages filmés en gros plan sont bientôt ramenés à la réalité par les officiers du bateau qui les enferment derrière une lourde corde, comme du bétail.

L’Emigrant, c’est un peut tout ça : le rire, l’émotion et une extrême lucidité, en une poignée de secondes seulement. C’est aussi un modèle de construction, d’une intelligence narrative de plus en plus affirmée. Pour réaliser à quel point le perfectionnisme de Chaplin atteignait, déjà, des sommets, dans la conception de chaque scène, de chaque gag, il suffit de comparer L’Emigrant à Charlot marin, tourné deux ans plus tôt à la Essanay. Dans les deux films, Chaplin utilise le même trucage pour simuler le roulis du bateau. Mais ici, la réalisation technique est autrement plus ambitieuse, et donne lieu à des gags nettement plus précis, et parfaitement intégrés dans l’histoire.

La séquence du restaurant fait partie des grands moments du cinéma de Chaplin. Tout tourne autour d’une idée unique : Charlot réalise qu’il a perdu l’argent qui devait lui servir à payer son repas, et se demande comment il va s’en sortir. La menace du serveur brutal interprété par Eric Campbell est constamment présente, et la manière dont Chaplin se met en scène comme écrasé par cette présence est formidable.

Mais c’est un certain optimisme qui se dégage du film. Pas un optimisme béat : la mère du personnage joué par Edna Purviance meurt, et la fortune n’est pas au bout du chemin. Mais un optimisme bien réel, symbolisé par l’amour, et par la rencontre avec un artiste (Henry Bergman) qui apporte l’espoir au jeune couple. Après tout, c’est grâce à son art que Chaplin, lui-même émigrant venu d’Angleterre, a trouvé sa place sur la terre américaine.

Charlot fait une cure (The Cure) – de Charles Chaplin – 1917

Posté : 21 septembre, 2017 @ 8:00 dans 1895-1919, CHAPLIN Charles, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Charlot fait une cure

* Titre alternatif (VO) : The Water Cure

* Titre alternatif (VF) : La Cure

Tourné entre Easy Street et The Immigrant, deux films majeurs, The Cure fait figure de récréation, pour Chaplin. Ce court n’est évidemment pas le meilleur de cette période, peut-être parce que, contrairement à ses plus grandes réussites, celui-ci fait l’impasse sur l’émotion : on est ici dans la pure farce, d’une efficacité imparable, mais qui marque un petit recul, très temporaire, par rapport au précédent film de Chaplin.

La logique du film est celle de quantité d’œuvres de jeunesse : Chaplin choisit un décor, qu’il met à profit pour imaginer un tas de gags. Ici, il s’agit d’un hôtel de cure, où de riches clients viennent soigner leurs maladies de riches : la goutte pour Eric Campbell, la boisson pour Charlot, qui a troqué son habit et son chapeau informes contre une veste blanche et un canotier.

Car Charlot n’est pas un vagabond ici : pas question de se moquer de l’alcoolisme des pauvres, fléau trop sensible à l’époque. En revanche, rire de riches bien oisifs s’adonnant plus ou moins consciemment à la boisson est une source éternelle de gags. Et même si Chaplin recycle l’éternel thème de l’ivresse, il le fait avec inventivité et rythme, et en faisant du décor l’élément central de l’humour.

Toute l’action tourne ainsi autour d’un puits autour duquel les curistes se retrouvent pour boire l’eau purifiante et tuer le temps. Et c’est là que les meilleurs gags se déroulent : un spectaculaire plongeon involontaire de l’éternel souffre-douleur Eric Campbell, et surtout une dégustation très drôle de Charlot, dont le visage fermé s’illumine lorsqu’il réalise que l’eau est curieusement alcoolisée…

Même petit, un Chaplin période Mutual fait toujours des grands moments du burlesque.

La Rançon d’un trône (Adam’s Rib) – de Cecil B. De Mille – 1923

Posté : 6 juillet, 2017 @ 8:00 dans 1920-1929, De MILLE Cecil B., FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Adam's Rib

Ça commence comme l’une des nombreuses comédies du remariage dont De Mille s’est fait une spécialité à cette époque. Mais très vite, le réalisateur dévoile une ambition nouvelle, décuplée, ambition qu’il confirmera cette même année avec Les Dix Commandements, sorte de trait d’union entre les deux grandes tendances de sa filmographie, la comédie de mœurs et le film biblique.

Il y a, au cœur d’Adam’s Rib, un couple en crise, une fois encore. Mais il y a beaucoup plus que ça : une évocation des rapports entre les peuples (avec une vision énamourée du mode de vie américain, en opposition avec ceux de tous les autres pays du monde, pour faire simple), une illustration des Révolutions de l’Est, et beaucoup d’autres choses, avec des intrigues croisées, une demi-douzaine de personnages centraux, et même l’un de ces épisodes « historiques » (pré-historique même, en l’occurrence) que De Mille adorait, qui coûtent une fortune, et qui franchement n’amènent pas grand-chose.

Cette séquence, censée illustrer le fait que rien ne change jamais dans les rapports hommes-femmes, est même la seule faille de ce film par ailleurs passionnant. Au cœur du film, il y a surtout les rapports humaines, le portrait d’une mère de famille d’âge mur (quasi 40 ans !), délaissée par son mari, mais qui veut encore connaître l’amour. L’une de ces femmes d’habitude reléguées aux bons soins de monsieur, qui se retrouve « en compétition » avec sa fille de 17 ans, qui connaît elle ses premières amours. La scène du bal est ainsi étonnante et particulièrement audacieuse, les deux femmes se disputant les faveurs d’un même homme…

La manière dont De Mille filme ces deux femmes est exceptionnelle, surtout dans cette Amérique si puritaine. Pour le coup, et même si la conclusion remet quelque peu les choses (et les femmes) à leurs places, il n’est pas loin d’endosser le statut de cinéaste le plus féministe de l’époque !

L’un des plus passionnants en tout cas. Surtout que, pour cette fois, la référence biblique du titre (la côte d’Adam que Dieu a utilisé pour créer Eve) ne prend jamais la forme d’un message moralisateur (ce dont De Mille ne se privera pas toujours par la suite). Adam’s Rib est juste un film formidable.

La Poupée (Die Puppe) – d’Ernst Lubitsch – 1919

Posté : 29 juin, 2017 @ 8:00 dans 1895-1919, FILMS MUETS, LUBITSCH Ernst | Pas de commentaires »

La Poupée

Il est question de manipulation, de tromperie, de marivaudage, de faux-semblants, de portes qui s’ouvrent ou ne s’ouvrent pas… L’univers de Lubitsch est déjà là, mais c’est d’une drôle de manière que ce film de jeunesse annonce les grandes œuvres à venir. Car tout, ici, est décliné sur le ton de la farce, avec une sorte d’expressionnisme de carton-pâte qui ne parle finalement que de l’art de la création.

Lubitsch lui-même se met en scène dans un court prologue qui donne le ton. Il y est le metteur en scène justement, qui plante littéralement le décor de son histoire : un chalet, des arbres, des bosquets, un chemin, qu’il pose les uns après les autres avant d’introduire ses personnages, des pantins qui prennent vie grâce à la magie de la fiction.
Le film se déroule donc dans ce décor qu’il a assemblé devant nos yeux. Un décor de théâtre, où le soleil affiche un grand sourire, où les chevaux sont joués par deux comédiens déguisés, où les meubles inutiles sont simplement dessinés sur les murs Une histoire pleine de rebondissements aussi, parce que le cinéma est l’art du mouvement. Alors du mouvement, il y en a beaucoup.

Le film raconte d’ailleurs une fuite en avant, celle d’un jeune héritier que son riche oncle veut marier, et qui se sauve devant quarante jeunes femmes prêtes à l’épouser. Il se réfugie dans un monastère dont les occupants sont plus occupés à faire ripaille qu’à se vouer à Dieu. Il finit par épouser une poupée mécanisée pour que son oncle soit satisfait… avant de réaliser qu’il ne s’agit pas d’une poupée !

Lubitsch s’amuse de cette histoire improbable à rebondissements improbables. Il signe une joyeuse comédie qui se moque gentiment du vaudeville comme du clergé, et offre une vision gentiment sexy et décalée de la femme, transformée en poupée dont les hommes croient pouvoir user et abuser. Plutôt que de s’offusquer de telles situations, la jeune femme s’en amuse, riant autant du rôle qu’elle est obligée de jouer que du ridicule dont les hommes autour d’elle font preuve. Presque un film féministe…

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