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Archive pour la catégorie 'FILMS MUETS'

La Rançon d’un trône (Adam’s Rib) – de Cecil B. De Mille – 1923

Posté : 6 juillet, 2017 @ 8:00 dans 1920-1929, De MILLE Cecil B., FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Adam's Rib

Ça commence comme l’une des nombreuses comédies du remariage dont De Mille s’est fait une spécialité à cette époque. Mais très vite, le réalisateur dévoile une ambition nouvelle, décuplée, ambition qu’il confirmera cette même année avec Les Dix Commandements, sorte de trait d’union entre les deux grandes tendances de sa filmographie, la comédie de mœurs et le film biblique.

Il y a, au cœur d’Adam’s Rib, un couple en crise, une fois encore. Mais il y a beaucoup plus que ça : une évocation des rapports entre les peuples (avec une vision énamourée du mode de vie américain, en opposition avec ceux de tous les autres pays du monde, pour faire simple), une illustration des Révolutions de l’Est, et beaucoup d’autres choses, avec des intrigues croisées, une demi-douzaine de personnages centraux, et même l’un de ces épisodes « historiques » (pré-historique même, en l’occurrence) que De Mille adorait, qui coûtent une fortune, et qui franchement n’amènent pas grand-chose.

Cette séquence, censée illustrer le fait que rien ne change jamais dans les rapports hommes-femmes, est même la seule faille de ce film par ailleurs passionnant. Au cœur du film, il y a surtout les rapports humaines, le portrait d’une mère de famille d’âge mur (quasi 40 ans !), délaissée par son mari, mais qui veut encore connaître l’amour. L’une de ces femmes d’habitude reléguées aux bons soins de monsieur, qui se retrouve « en compétition » avec sa fille de 17 ans, qui connaît elle ses premières amours. La scène du bal est ainsi étonnante et particulièrement audacieuse, les deux femmes se disputant les faveurs d’un même homme…

La manière dont De Mille filme ces deux femmes est exceptionnelle, surtout dans cette Amérique si puritaine. Pour le coup, et même si la conclusion remet quelque peu les choses (et les femmes) à leurs places, il n’est pas loin d’endosser le statut de cinéaste le plus féministe de l’époque !

L’un des plus passionnants en tout cas. Surtout que, pour cette fois, la référence biblique du titre (la côte d’Adam que Dieu a utilisé pour créer Eve) ne prend jamais la forme d’un message moralisateur (ce dont De Mille ne se privera pas toujours par la suite). Adam’s Rib est juste un film formidable.

La Poupée (Die Puppe) – d’Ernst Lubitsch – 1919

Posté : 29 juin, 2017 @ 8:00 dans 1895-1919, FILMS MUETS, LUBITSCH Ernst | Pas de commentaires »

La Poupée

Il est question de manipulation, de tromperie, de marivaudage, de faux-semblants, de portes qui s’ouvrent ou ne s’ouvrent pas… L’univers de Lubitsch est déjà là, mais c’est d’une drôle de manière que ce film de jeunesse annonce les grandes œuvres à venir. Car tout, ici, est décliné sur le ton de la farce, avec une sorte d’expressionnisme de carton-pâte qui ne parle finalement que de l’art de la création.

Lubitsch lui-même se met en scène dans un court prologue qui donne le ton. Il y est le metteur en scène justement, qui plante littéralement le décor de son histoire : un chalet, des arbres, des bosquets, un chemin, qu’il pose les uns après les autres avant d’introduire ses personnages, des pantins qui prennent vie grâce à la magie de la fiction.
Le film se déroule donc dans ce décor qu’il a assemblé devant nos yeux. Un décor de théâtre, où le soleil affiche un grand sourire, où les chevaux sont joués par deux comédiens déguisés, où les meubles inutiles sont simplement dessinés sur les murs Une histoire pleine de rebondissements aussi, parce que le cinéma est l’art du mouvement. Alors du mouvement, il y en a beaucoup.

Le film raconte d’ailleurs une fuite en avant, celle d’un jeune héritier que son riche oncle veut marier, et qui se sauve devant quarante jeunes femmes prêtes à l’épouser. Il se réfugie dans un monastère dont les occupants sont plus occupés à faire ripaille qu’à se vouer à Dieu. Il finit par épouser une poupée mécanisée pour que son oncle soit satisfait… avant de réaliser qu’il ne s’agit pas d’une poupée !

Lubitsch s’amuse de cette histoire improbable à rebondissements improbables. Il signe une joyeuse comédie qui se moque gentiment du vaudeville comme du clergé, et offre une vision gentiment sexy et décalée de la femme, transformée en poupée dont les hommes croient pouvoir user et abuser. Plutôt que de s’offusquer de telles situations, la jeune femme s’en amuse, riant autant du rôle qu’elle est obligée de jouer que du ridicule dont les hommes autour d’elle font preuve. Presque un film féministe…

L’Echange (Why change your wife ?) – de Cecil B. De Mille – 1920

Posté : 20 mai, 2017 @ 8:00 dans 1920-1929, De MILLE Cecil B., FILMS MUETS | Pas de commentaires »

L'Echange 1920

Old Wives for new, Don’t change your husband, et maintenant ce Why change your wife ?… A la fin des années 10 et au début des années 20, Cecil B. De Mille a réalisé toute une série de films consacrés à des couples en mariage, et dont le grand succès populaire a lancé la mode des « comédies du remariage ». Quelle que soit la crise traversée par les couples en question, quelles que soient les étapes par lesquelles ils passent, la conclusion est quasi-systématiquement la même : pas la peine d’aller chercher ailleurs quand on est déjà marié.

Le cinéaste ne signe pas pour autant des films puritains ou moralisateurs, bien au contraire : il y a une certaine audace et une vraie liberté de ton dans ce film, comme dans d’autres. Une vision du couple aussi qui évite les clichés habituels, mais souligne tout de même le caractère misogyne du monsieur. Car si on résumait la « morale » de Why change your wife, ce pourrait être en une phrase : « mesdames, pour rendre heureux vos maris, devenez celle qu’il veut que vous soyez ! »

Les (trop nombreux) cartons vont quasiment tous dans ce sens, et c’est bien vers ce message pas vraiment subliminal que se dirige l’histoire de ce couple qui se sépare avant de se retrouver. Gloria Swanson, épouse trop sage et trop rigide, se délurera, et finira pas aimer le chien de son mari… et même par casser le disque de musique classique qu’elle écoutait volontiers pour jouer la musique plus rythmée que son mari a toujours aimé et dont elle ne voulait pas. Ben oui, pourquoi s’emmerder à faire des concessions quand on a une femme à la maison !

Cela dit, et malgré tout, Why change your wife ? est un film très recommandable. Pas parce que se cache derrière l’auteur de ce blog un misogyne qui n’ose pas dire son nom, mais parce que le personnage le plus sympathique là-dedans, le seul même à avoir une vraie profondeur, c’est celui de Gloria Swanson, épouse délaissée, magnifique une nouvelle fois.

Et à vrai dire, on bafferait bien Thomas Meighan, le mari, pour s’être retourné aussi rapidement vers cette autre femme assez insupportable, interprétée par Bebe Daniels. Autant le jeu de cette dernière semble aujourd’hui un peu daté, autant celui de Gloria Swanson reste d’une justesse absolue, et justifie à lui seul la vision de ce film à la morale douteuse.

The Pony Express (id.) – de James Cruze – 1925

Posté : 19 mai, 2017 @ 8:00 dans 1920-1929, CRUZE James, FILMS MUETS, WESTERNS | Pas de commentaires »

The Pony Express

Pas une seconde de temps mort dans ce western qui enchaîne à un rythme effréné les bagarres de saloons, les attaques d’Indiens, les chevauchées folles… tout ça sans oublier une histoire d’amour, la construction d’une église, et une histoire d’espionnage et de traîtres à la patrie ! Deux ans après The Covered Wagon, considéré comme la première grosse production westernienne, James Cruze tente de retrouver le même succès, et celui que John Ford avait rencontré l’année précédente avec son monumental Cheval de Fer.

Il y réussit plutôt bien. Même si le film de Cruze n’a pas l’ampleur et la force de celui de Ford, The Pony Express est une vraie réussite, passionnante et bourrée de rebondissements. Trop, peut-être : le film impressionne plus par son rythme que par la profondeur de ses personnages, qui restent le plus souvent à l’état de sympathiques stéréotypes : Ricardo Cortez en héros intrépide, charismatique et souriant ; Betty Compson en simple atout romantique ; ou Wallace Beery en faire-valoir brut et rigolo.

Il est évidemment question du Pony Express, et de ses débuts héroïques. Mais le sujet, contrairement au chemin de fer dans le chef d’œuvre de Ford, n’est pas central dans le film. S’ils jouent un rôle dans l’intrigue, et si Cruze nous offre quelques belles images de chevauchées dans de vastes étendues, ces premiers facteurs de l’Ouest sauvage ne sont là que pour illustrer ce qu’était encore cette Amérique là, sauvage, instable et pleine de dangers.

En cela, le film de Cruze pourrait être une sorte de préface au Cheval de Fer. Il y est déjà question de l’importance de communiquer d’une côte à l’autre, et de Lincoln dont l’annonce de l’élection est un moteur de l’histoire, à la fois comme le symbole d’une nation dont l’union est appelée à se confirmer, mais aussi comme le signe d’un conflit interne qui se profile.

Précurseur du western à grand spectacle, Cruze est particulièrement à l’aise dans les grandes séquences épiques. Si ces personnages manquent de profondeur, les grands moments de tension ou d’action sont d’une puissance dramatique assez impressionnante. Qu’ils se déroulent hors champs comme ce massacre d’une famille de pionnier, ou qu’ils se déroulent à l’écran comme cette ville assiégée par les Indiens, superbe séquence qui alterne gros plans et magnifiques plans larges. Du rythme et du mouvement : ce film n’en manque pas.

Vive le sport ! (The Freshman) – de Fred C. Newmeyer et Sam Taylor (1925)

Posté : 1 mars, 2017 @ 8:00 dans 1920-1929, FILMS MUETS, LLOYD Harold, NEWMEYER Fred C., TAYLOR Sam | Pas de commentaires »

Vive le sport

Le génie de Harold Lloyd trouve une sorte d’apogée dans ce chef d’œuvre burlesque, entièrement basé sur ce qui fait son personnage : un mélange de naïveté désarmante et de volonté absolue, avec un charme et une maladresse irrésistible…

Cette fois, c’est en jeune étudiant qu’on le retrouve. Un étudiant un peu coupé du monde, qui passe tout son été à voir et revoir au cinéma un film racontant les aventures d’un élève très populaire. Mais quand il fait son entrée à la fac, adoptant les tics, les habitudes et la dégaine de son héros, il est bien le seul à ne pas comprendre qu’il y a un monde entre le cinéma et la réalité…

De ce décalage naissent quelques gags à mourir de rire, mais toujours teintés d’une certaine amertume : le personnage d’Harold fait constamment rire à ses dépens. Mais le bonhomme a un caractère bien trempé, une niaque à toute épreuve, qui le poussent à accepter le rôle de sac d’entraînement humain pour ses camarades de l’équipe de foot américain. Ridicule ? Pas tant que ça : car le personnage d’Harold Lloyd, au final, c’est aussi le triomphe de la volonté et de l’honnêteté intellectuelle.

Du quiproquos initial sur la scène de la fac (où Harold se débat avec un chat, avec une salle comble et avec les effets de la pesanteur dans le même temps) au match héroïque qui clôt le film, The Freshman est une succession de moments mémorables, où le rire et l’émotion sont souvent liés. Le meilleur ? La scène du bal, entièrement basée sur une idée unique et géniale : le costume d’Harold que le tailleur n’a pas eu le temps de consolider, ce dernier suivant constamment l’étudiant pour réparer ses habits en cas de nécessité. Une idée dont Lloyd tire une suite ininterrompue de gags formidables. Une merveille…

Le Cheik (The Sheik) – de George Melford – 1921

Posté : 19 février, 2017 @ 8:00 dans 1920-1929, FILMS MUETS, MELFORD George | Pas de commentaires »

Le Cheik

Alors là, voilà un film qui porte bien lourdement ses presque cent ans d’existence. Compassé, bourré de clichés, mis en scène sans grande inventivité par un George Melford qui use et abuse des cartons explicatifs, incapable de faire parler les images seules (c’est particulièrement vrai dans la première partie du film et les longues scènes d’exposition)… Bref, difficile de comprendre pourquoi Le Cheik fut à ce point un triomphe populaire lors de sa sortie, et pourquoi il fit de Rudolph Valentino un mythe, et le premier latin lover du cinéma américain.

Les yeux écarquillés, le sourire trop appuyé, Valentino surjoue constamment, et échoue à rendre son personnage vraiment inquiétant. Dommage: c’était là le principal enjeu du scénario, l’histoire d’un chef arabe qui enlève une belle Anglaise partie seule pour un road trip dans le désert (enfin, seule blanche, parce qu’une riche Anglaise ne voyage jamais sans une suite de vingt larbins locaux), pour en faire sa femme, ou son esclave c’est selon.

Si Rudolph est assez peu crédible en cheik arabe, Agnes Ayres fait aujourd’hui figure d’erreur de casting en beauté pour laquelle tous les hommes semblent prêts à se battre. Et même selon les critères de 1921, difficile d’imaginer que l’actrice ait pu réellement jouer les sex-symbols. Elle est pourtant pas mal dans la première partie du film, en jeune femme libre et indépendante. Mais voir ce personnage qui, cinq minutes plus tôt revendiquait son indépendance totale, obéir benoîtement à l’homme qui l’a enlevé lui ôte d’emblée toute complexité.

On se doute bien que ces deux-là vont finir par s’aimer. Mais le chemin qu’ils font vers l’un l’autre aurait gagné à être plus nuancé, et à jouer d’avantage sur la psychologie des personnages. Surtout lorsqu’un ami français du Cheik (Adolphe Menjou, très bien) débarque en plein désert et fait remarquer à son pote que c’est pas bien d’enlever une femme blanche… avant de recommencer à refaire le monde tout sourire.

On ne s’ennuie pas, pourtant. Parfaitement rythmé, le film utilise formidablement les décors exotiques et originaux : des villes en plein désert et surtout de grandes et belles tentes pleins de tapis et tentures, qui créent une atmosphère assez plaisante. Avec aussi de belles scènes de chevauchées dans le sable, et une bataille finale épique et dynamique, qui tient ses promesses.

Mais quand on commence à prendre un vrai plaisir, et à se dire que la morale est (à peu près) sauve, un ultime rebondissement assène le coup de grâce. Au moment où, ça y est, les deux héros sont conscients de leur amour l’un pour l’autre, Adolphe Menjou balaye les dernières réticences : en vrai, Rudolph Valentino n’est pas Arabe. Ça n’a aucun intérêt pour l’histoire, mais ça permet d’autoriser une love story bien comme il faut.

Le Piège (Until they get me) – de Frank Borzage – 1917

Posté : 22 janvier, 2017 @ 8:00 dans 1895-1919, BORZAGE Frank, FILMS MUETS, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Piège Until they get me

Dix ans avant ses grands chefs d’œuvre muet, Borzage est déjà un cinéaste intéressant. Il a abandonné sa brève carrière d’acteur, et s’est entièrement consacré à celle, déjà prolifique, de réalisateur. Un réalisateur de genre, qui affiche déjà un goût prononcé pour la romance et le mélodrame, mais d’une manière bien moins délicate que dans une merveille comme Seventh Hour.

Until they get me est un curieux et séduisant petit western, qui commence comme un drame à suspense… pour se désintéresser totalement au bout de 20 minutes et jusque dans les toutes dernières scènes de celui qui était pourtant le personnage principal, et donne son titre au film.

« Until they get me » : c’est ce que dit ce brave cow-boy victime d’une série de malchances lorsque le film commence. En une journée, il devient un fugitif après avoir tué en légitime défense un poivrot à qui il voulait acheter un cheval et qui pète un câble quand son carafon se brise par accident ; et découvre en arrivant chez lui que sa femme est morte en accouchant de son petit garçon. Forcé de prendre la fuite, il promet de revenir voir son fils chaque année pour son anniversaire… « until they get me ».

Une histoire dramatique, à laquelle Borzage apporte un rythme formidable et une belle délicatesse. Mais dans sa fuite, le cow-boy rencontre une jeune fille victime de sévices qui prend la fuite à ses côtés, avant de rencontrer le ranger qui pourchasse notre héros. C’est là que le héros disparaît totalement, pour laisser le champs à la jeune fille et son protecteur…

La longue partie qui commence est plus convenue, et ressemble curieusement aux films que Mary Pickford enchaînait alors. Mais cette œuvre de jeunesse est une curiosité bien sympathique.

Douglas a le sourire (He comes up smiling) – d’Allan Dwan – 1918

Posté : 10 décembre, 2016 @ 8:00 dans 1895-1919, DWAN Allan, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

He comes up smiling

Les premières images de ce film dont une grande partie a disparu (il ne reste que la première des cinq bobines, soit une dizaine de minutes sur une petite heure) donnent le ton : un Douglas Fairbanks bondissant cherchant à s’échapper d’une cage à oiseaux… C’est dit : ce film, l’une des nombreuses collaborations de la star avec son futur réalisateur de Robin des Bois et Le Masque de Fer, sera complètement fou… mais avec un message quand même.

Car cette cage à canaris dans laquelle se retrouve Doug, c’est le symbole de la petite vie étriquée de son personnage. Le montage nous fait d’ailleurs passer d’un plan de cette cage aux barreaux du guichet de banque où il travaille… et où il est chargé de surveiller le canari de son patron. Un peu lourdingue, la symbolique ? Pas légère en tout cas, mais ça n’a aucune importance : ce n’est qu’un prétexte pour Dwan et Fairbanks, qui n’ont visiblement qu’une envie, s’amuser.

Et quel rythme ! Quelle générosité dans l’action ! Après quelques petites tentatives de gags à l’intérieur de la banque (mais Douglas Fairbanks n’a pas le génie de Chaplin pour transformer son environnement en source de gags), l’oiseau s’envole… et le film avec. Fairbanks part à la poursuite du canari, saute d’un toit à l’autre, se retrouve dans la rue, s’accroche à dix mètres du sol, passe à travers une fenêtre avant de sauter sur un cheval…

Suit une rencontre avec un clochard philosophe, la décision de vivre en communion avec la nature, quelques belles acrobaties au bord de l’eau, une course poursuite avec un essaim d’abeilles… C’est léger, vivifiant et réjouissant, c’est mené à 100 à l’heure… Et ce ne sont que les dix premières minutes ! Hélas, impossible de savoir si tout le film tient ce rythme incroyable…

Le Droit d’aimer (The Simple Standard) – de John S. Robertson – 1929

Posté : 5 décembre, 2016 @ 8:00 dans 1920-1929, FILMS MUETS, ROBERTSON John S. | Pas de commentaires »

Le Droit d'aimer

Très joli, ce mélo muet qui emprunte des sentiers très balisés, mais qui possède un charme de chaque instant. La présence de Greta Garbo y est pour quelque chose. La star, d’un naturel aussi confondant que son charme insondable, réussit à rendre profondément attachante un personnage d’enfant gâté dont la vie d’enfant gâté l’étouffe, et qui rêve d’une toute autre vie… d’enfant gâté.

Oui, parce que la belle rebelle Arden (c’est son nom) ne fréquente pas n’importe quels hommes pour sortir de sa condition. Ses scandales, elle les crée auprès du chauffeur de la famille certes, mais ce chauffeur est le fils déclassé d’un Lord. Puis auprès d’un aventurier qui l’embarque dans un tour du monde à la voile en solitaire… Hmmm. Un richissime oisif, oui, qui embarque dans un voilier grand comme ma maison, avec une bonne dizaine d’hommes d’équipages. Côté rébellion, on a vu plus audacieux.

En choisissant la voie de la simplicité, le film de Robertson évite celle du gros mélo qui tâche. Et se contente d’être le beau portrait d’une femme qui rêve de liberté et d’égalité entre les sexes, et qui réalise peu à peu que la vie est plus complexe que ses désirs de jeunesse. Ni féministe, ni misogyne, le film n’épargne personne : ni les hommes, jouisseurs et égoïstes, ni les femmes, hypocrites et cancanières.

Mais il n’est pas totalement cynique non plus : les trois personnages principaux de ce triangle amoureux sont tous positifs et sympathiques. C’est ce qui est vraiment réussi dans cette histoire finalement assez classique : le film trouve sa place quelque part entre la noirceur abyssale et l’optimisme béât.

Le fil rouge, c’est l’évolution de Greta Garbo. Et à travers lui, mine de rien, le film met à mal le grand romantisme hollywoodien, et sa vision idéaliste qui, visiblement, conduit au drame : c’est ce qui se passe dans cet hallucinant suicide à la voiture dans la première partie. A la fin du film, un autre suicide se profile, tout aussi étonnant. Mais Garbo a évolué. Elle est devenue mère (à propos, ce gamin et son sourire… aux antipodes des mioches têtes à claque que l’on voit trop souvent !), a mûri, s’est assagie…

On peut voir ça comme une ode très américaine à la famille, ou comme un mélo tendre et adulte… The Single Standard est en tout cas une belle réussite. Un film simplement beau, et émouvant.

Un cottage dans le Dartmoore (A Cottage on Dartmoore) – d’Anthony Asquith – 1929

Posté : 4 décembre, 2016 @ 8:00 dans 1920-1929, ASQUITH Anthony, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Un cottage dans le Dartmoore

Fils du Prime Minister Herbert Henri Asquith, Anthony Asquith fut aussi l’un des réalisateurs les plus importants du cinéma anglais de l’entre-deux-guerre (et même au-delà). On lui doit notamment Pygmalion et The Browning Version, qui seront tous deux remakés. On lui doit aussi ce très beau Cottage on Dartmoore, chant du cygne de l’ère muette britannique : cette même année, Hitchcock tourne Chantage, le premier film parlant de la production nationale.

C’est donc une époque charnière. Et ce n’est pas anodin si l’une des scènes clés du film se déroule dans un cinéma projetant un talkie. Ce (beau) clin d’œil n’a rien d’une critique ironique, comme Chaplin pourra en faire dans Les Temps modernes ou même Les Lumières de la Ville : Asquith filme des spectateurs captivés par le film qu’ils regardent, et dont nous ne voyons rien, sinon les différentes émotions qui se lisent sur les visages. Une belle manière de saluer l’arrivée d’un art nouveau… Et paradoxalement, cette longue séquence est aussi le triomphe du cinéma muet et de son langage en voie de disparition, puisque tout est dit par l’image, et par la seule force de celle-ci.

Ce beau mélo mâtiné de suspense est bien représentatif de cette fin des années 20 durant lesquelles le muet est à son apogée. Et Asquith a un sens aiguisé de l’image et du récit. Dès la première scène, avec ses magnifiques clairs-obscurs (une séquence d’évasion, dans les beaux paysages de lande du Devon que le cinéaste met superbement en valeur), Asquith impose un univers visuel absolument splendide.

La construction est également séduisante, avec ce très long flash-back qui revient sur l’histoire de cet évadé et de la jeune femme chez qui il se réfugie. Mais pourquoi s’y rend-il ? Par amour ? Par soif de vengeance ?… Le film joue sur les deux tableaux, avec un bonheur total : Asquith passe de la romance au film noir avec une belle aisance. Et il nous offre un superbe condensé du plaisir cinématographique : on se retrouve le sourire aux lèvres lors de cette jolie soirée dans la pension familiale ; puis haletant lors de la traumatisante scène du rasoir… Comme les spectateur des talkies : la technique s’apprête à changer, mais le cinéma restera le cinéma.

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