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Archive pour la catégorie 'FILMS MUETS'

The Coast Patrol (id.) – de Irving J. « Bud » Barsky – 1925

Posté : 7 novembre, 2019 @ 8:00 dans 1920-1929, BARSKY Irving J. "Bud", FILMS MUETS | Pas de commentaires »

The Coast Patrol

L’action se passe dans un village de pêcheurs. On le sait parce que les hommes y sont vêtus de cirés même par beau temps. Dans ce village, Beth est une jeune fille adoptée par le gardien du phare, qui s’amourache d’un playboy à la fine moustache, donc forcément inquiétant. Elle ne sait pas que l’homme est le chef d’une bande de contrebandiers, qu’un détective de la patrouille côtière tente de démarquer.

Beth, c’est Fay Wray, bien avant King Kong. La future scream queen n’a que 18 ans quand elle tourne The Coast Patrol, son premier long métrage (elle a tourné quelques courts dès 1923). Elle ne crie pas encore (normal, c’est un film muet), n’a pas encore cette sensualité qui explosera dans les pattes énormes de Kong, mais déjà une belle présence à l’écran. Plus en tout cas que Kenneth MacDonald, souriant mais un rien falot dans le rôle du détective, dont on notera quand même la spectaculaire apparition : on le découvre sautant d’un avion en vol pour plonger au secour d’une jeune femme en train de se noyer.

Tout le film n’est pas aussi spectaculaire que ce moment. Il y a même un côté très convenu dans la manière dont Bud Barsky met en scène ses personnages. C’est d’ailleurs l’unique réalisation, semble-t-il, de ce producteur tombé dans l’oubli. Pas un grand metteur en scène donc, ni un grand directeur d’acteur d’ailleurs. Mais The Coast Patrol mérite le coup d’œil pour une poignée de séquences au clair-obscur magnifique.

Le vieux père de Beth marchant sous la pluie, éclairé uniquement par les éclairs d’un orage ; le bad guy traversant la nuit, le visage seul sortant de l’obscurité ; le héros pénétrant dans une maison en flamme, la fumée voilant tout le décor… Une poignée de scènes comme ça, à peine éclairées, et visuellement magnifiques, sortent le film de l’anonymat.

Les Temps modernes (Modern Times) – de Charles Chaplin – 1936

Posté : 18 octobre, 2019 @ 8:00 dans 1930-1939, CHAPLIN Charles, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Les Temps modernes

Encore un classique, encore un chef d’œuvre, encore un film indémodable… Chaplin est décidément immense, et ce Modern Times, sorti cinq ans après City Lights, est une nouvelle démonstration éclatante de son génie, basé à la fois sur un sens unique du spectacle (aucun temps mort, aucune baisse de rythme), sur une inventivité folle, et sur une conscience absolue de la société qui l’entoure.

Parce que Chaplin a beau rester fidèle au muet, à peu près totalement disparu depuis presque une décennie, son film n’a rien de passéiste. Bien au contraire : chaque rebondissement, chaque gag, s’inscrit ouvertement dans cette rude période de la Grande Dépression. Modern Times est, de fait, l’un des films les plus graves de Chaplin. On rit bien sûr, franchement et par moments très forts, mais le rire est constamment teinté d’une trame sociale d’une grande force, qui place le film au niveau d’un Wild Boy of The Road ou du futur Raisins de la colère. Rien que ça.

Le génie de Chaplin est d’aborder un sujet aussi grave que la Grande Dépression sans se départir de ce sourire d’une élégance folle que son personnage arbore dans les situations les plus dures. La comédie pour dénoncer la déshumanisation… Que ce soit dans la séquence inaugurale du travail à la chaîne, avec les allers-retours constants de Charlot entre la prison et la « liberté », ou avec ces brèves périodes de travail qu’il enchaîne entre deux errements, Chaplin multiplie les gags rentrés dans l’histoire, tout en rendant dramatiquement tangible la souffrance des chômeurs et des laissés pour compte.

Le film brasse de nombreux sujets qui s’entremêlent dans un mouvement d’une cohérence totale. Et qui, tous, mettent en évidence les dérives de la modernité face à l’individu. Ce qui permet à Chaplin de régler une nouvelle fois ses comptes avec le cinéma parlant. On parle, dans Les Temps modernes, mais toujours par machines interposées, et toujours au détriment de vrais rapports humains. Et quand Charlot fait entendre sa voix, c’est en chantant une chanson inoubliable, dans une langue qu’il invente et qui ressemble à une sorte d’esperanto : loin de se plier aux exigences de son époque, Chaplin réaffirme sa foi dans un cinéma universel, qui dépasse la frontière de la langue.

Tout est visuel dans ce film, que l’on pourrait voir sans les intertitres sans qu’il perde de sa force. Chaplin y multiplie les trouvailles visuelles, qu’elles soient narratives (le drapeau qu’il ramasse et qui le fait passer pour le meneur d’une manifestation d’ouvriers) ou purement gagesques (la vertigineuse scène des patins à roulette, vingt ans après Charlot patine).

Ce qui frappe aussi, c’est l’optimisme qui se dégage du film, et qui doit sans doute beaucoup à son actrice principale, Paulette Goddard, que Chaplin filme en sauvageonne avec un regard amoureux. C’est qu’il est heureux, à l’époque des Temps modernes. Et ce bonheur se ressent plus que jamais, tout comme sa foi inébranlable en l’humanité. Grave, ancré dans la réalité, ce bijou est aussi euphorisant.

Les Lumières de la Ville (City Lights) – de Charles Chaplin – 1931

Posté : 10 octobre, 2019 @ 8:00 dans 1930-1939, CHAPLIN Charles, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Les Lumières de la ville

On a tout dit sur ce film lumineux, classique indémodable, chef d’œuvre absolu, sommet de la carrière de Chaplin (qui en compte d’autres, des sommets). Et ne comptez pas sur moi pour ne pas crier avec la foule, parce que, oui, Les Lumières de la ville est un film merveilleux.

Il y a bien sûr la beauté foudroyante de son dernier plan, le plus beau peut-être de Chaplin, peut-être aussi le plus beau gros plan sur un regard d’homme de toute l’histoire du cinéma. Après l’avoir vu dix fois (quinze fois ?), et même en me préparant et en me disant que, cette fois, je ne verserai pas ma larme, eh bien si, l’émotion jaillit encore, aussi pure et aussi intense.

Il y a aussi l’intelligence de la mise en scène, cette perfection du langage cinématographique dans ce qu’il a de plus pur, ce refus affiché par Chaplin de céder aux sirènes du parlant auxquelles tout le monde, pourtant, a répondu depuis plusieurs années déjà. Pas Chaplin, pour qui le parlant marque la fin de l’universalité du cinéma. Il le disait : si Charlot parlait anglais, il ne représenterait plus qu’une partie des laissés-pour-compte. Or, son personnage n’est pas Américain, ni Anglais, il est universel. Chaplin enterrera d’ailleurs Charlot définitivement avant de tourner son premier vrai film totalement parlant : ce sera Monsieur Verdoux… en 1947, vingt ans après Le Chanteur de jazz !

Pour l’heure, et comme il le fera d’avantage encore avec son film suivant Les Temps Modernes, Chaplin reste fidèle au muet tout en ironisant sur le parlant. Car Chaplin n’est pas réfractaire au progrès : son film est sonore, ce qui lui permet de se moquer des dialogues grésillants des films de l’époque lors de la scène inaugurale, discours grotesques et inintelligibles lors de l’inauguration d’une statue. On ne comprend rien de ce que disent ces hommes de pouvoir fats et arrogants. Mais on comprend tout des mimiques et de la gestuelle de Charlot qui apparaît sous le drap recouvrant la statue, étrange et réjouissant lever de rideau.

Refusant toutes les facilités qu’offre le parlant, Chaplin s’est cassé la tête pendant des mois pour trouver l’idée grâce à laquelle son histoire fonctionne : comment la jolie vendeuse de fleurs aveugle en arrive-t-elle à croire que Charlot est un homme riche ? La solution est géniale, parce qu’elle paraît d’une simplicité et d’une évidence absolues, totalement cohérente avec ce qu’est le personnage, avec sa liberté, avec son refus des conventions et des barrières qu’impose la société.

Génie de la mise en scène, Chaplin s’autorise aussi ici des mouvements de caméra comme il en a finalement peu utilisés. L’hilarante séquence de la boîte de nuit en est un bon exemple. Chaplin cinéaste y révèle un dynamisme surprenant… Et les séquences s’enchaînent avec la même inventivité et la même efficacité. Que ce soit dans la comédie pure (la scène du combat de boxe) ou dans le drame (la sortie pathétique de prison, avec un Charlot soudain privé de sa canne et de son plastron, donc de sa dignité), le film est une merveille, optimiste et lucide à la fois. Eh bien oui, un chef d’œuvre.

L’Homme aux camées (Cameo Kirby) – de John Ford – 1923

Posté : 7 septembre, 2019 @ 8:00 dans 1920-1929, FILMS MUETS, FORD John | Pas de commentaires »

Cameo Kirby

Le film ayant été vu dans une copie aux images particulièrement dégueulasses, l’avis qui suit pourrait être soumis à révision. Mais Cameo Kirby ne semble pas être un Ford absolument majeur. Tourné juste avant ses grands classiques du muet (Le Cheval de fer notamment, dès l’année suivante), le film a quand même une petite importance cinématographiquement parlant : c’est le premier signé John Ford, et plus Jack Ford.

Cela n’a l’air de rien, mais ce petit changement symbolise quand même les ambitions grandissantes du cinéaste, qui aspire désormais à des sujets plus amples, et à des formes (encore) plus élaborées. Cette ambition n’est vraiment perceptible ici que par moments, en particulier lors d’une séquence d’embuscade et de poursuite d’une grande virtuosité, longue séquence centrale où le sens du rythme et du cadrage de Ford fait des merveilles.

On la retrouve aussi (cette ambition) dans la dernière séquence, avec l’apparition de la belle dans le reflets d’un puits, image poétique et romantique assez magnifique qui clôt le film de la plus belle des manières.

D’une manière générale, toutes les scènes tournées en extérieur sont très réussies, Ford utilisant joliment ses décors (souvent boisés) qu’il baigne d’une chaude lumière traversant le feuillage des arbres.

Les toutes premières images sont ainsi pleines de promesses. En une poignée de plans simples et courts, Ford fait ressentir la douceur de vivre au bord du fleuve de ce Sud qu’il l’inspirera aussi pour ses trois films avec Will Rogers, et notamment pour Steamboat round the bend.

Mais les scènes d’intérieur sont pour la plupart nettement plus convenues, et souffrent d’un rythme beaucoup plus lâche. A une exception près quand même : ce plan large impressionnant où le héros, joué par John Gilbert, plombe tranquillement l’homme qui l’agressait au couteau…

On sent bien aussi que Ford n’ait pas particulièrement stimulé par la suavité de Gilbert, loin des héros fordiens habituels. Malgré toutes les qualités évidentes du film, il manque quand même cette petite touche fordienne d’un cinéaste qui semble par moments s’ennuyer sans sa troupe habituelle de comédiens.

Du sang dans la prairie (Hell Bent) – de John Ford – 1918

Posté : 3 septembre, 2019 @ 8:00 dans 1895-1919, FILMS MUETS, FORD John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Hellbent

Même dans ces westerns de jeunesse que Ford enchaînait alors à un rythme effréné avec Harry Carey, il y a déjà la marque du futur auteur de Vers sa destinée ou Fort Apache. Dans sa manière de filmer les paysages d’abord, en plans larges, en plongées ou contre-plongées spectaculaires, la caméra soulignant la grandeur, la beauté ou le danger d’un lieu.

Mais aussi dans sa manière toute particulière de glisser une pointe d’humanité bien réelle entre les personnages : un simple regard qu’une jeune femme lève vers son héros qui vient de la libérer de la meute lubrique d’un saloon…

L’histoire de Hell Bent n’a pas un intérêt énorme. Les détails en sont d’ailleurs un peu difficile à suivre, dans cette copie disponible, visiblement remontée au scalpel et dont quelques photogrammes manquent. En gros : Cheyenne Harry, fuyard, tombe sous le charme d’une jeune femme forcée de travailler dans un « dance hall », et la sauvera des griffes d’un bandit, qu’il affrontera dans un final épique au milieu d’un désert aride et mortel…

Qu’importe cette histoire, qui en vaut d’autres. La scène inaugurale, d’ailleurs, joue joyeusement avec cette idée que le western d’alors est un genre particulièrement propice aux clichés. Le film commence avec un auteur de westerns lisant une lettre de son éditeur lui reprochant de ne pas créer de personnages réalistes. Il s’approche alors d’un tableau représentant un saloon saccagé par une bagarre. Et quand la caméra cadre le tableau plein écran, la scène prend vie… Le film est lancé.

En quelques secondes, habiles et originales, Ford répond d’avance aux critiques, se dédouanant des invraisemblances, dont il fait même la force de son film. Il se permet ainsi une scène totalement improbable, où Harry traverse le hall d’un saloon et grimpe l’escalier qui mène aux chambres en restant sur son cheval. Une scène particulièrement réjouissante où le héros rencontre celui qui va devenir son meilleur ami, après que les deux hommes se sont balancés successivement par la fenêtre…

Ford alterne alors avec bonheur l’humour et le tragique, jusqu’à cette belle séquence de désert, avec une tempête de sable qui en annonce bien d’autres qui marqueront le genre, du Stroheim des Rapaces au Leone du Bon, la brute et le truand

D’un rayon de lumière qui éclaire le visage de Neva Gerber à l’air las et mélancolique de Duke Lee qui annonce les grands personnages de Wayne, Ford a déjà posé les bases de son art et de ses classiques à venir. Hell Bent n’est pas exempt de défauts : un rythme inégal, des situations parfois caricaturales… Mais c’est déjà, bien, du John Ford. Jusqu’à la dernière (et très belle) image, avec cette clôture qui conduit Cheyenne Harry vers le bonheur conjugal. Tellement fordien…

Rosita, chanteuse des rues (Rosita) – d’Ernst Lubitsch (et Raoul Walsh) – 1923

Posté : 12 juin, 2019 @ 8:00 dans 1920-1929, FILMS MUETS, LUBITSCH Ernst, PICKFORD Mary, WALSH Raoul | Pas de commentaires »

Rosita

Il y en a qui galèrent pour se faire une place au soleil d’Hollywood. Et il y a Lubitsch, prince en son pays, que la plus grande star d’Amérique appelle pour la mettre en scène, lui déroulant le tapis rouge et lui offrant des moyens énormes. Rosita est donc le premier film américain du maître allemand, un « Mary Pickford movie » (un genre en soi) que, comme les autres grands noms qui ont dirigé l’actrice (Tourneur, Borzage), il transcende par son style et son regard.

Pas que Rosita soit le film le plus personnel de Lubitsch, ni même son plus abouti d’ailleurs : il y a dans cette grande histoire d’amour romanesque qui flirte avec la tragédie une sorte de tiraillement constant entre deux tons, deux univers. La romance et le tragique, le drame le plus sombre et la comédie la plus triviale.

Cela donne beaucoup de très beaux moments, que ce soit dans le drame (le héros qui découvre son destin à travers l’ombre d’un pendu) ou la comédie (la famille de Rosita qui débarque dans le palais). Mais il manque sans doute une vraie direction au film pour qu’il soit totalement réussi.

C’est en tout cas un rôle taillé sur mesure pour Mary Pickford : celui d’une pauvre chanteuse de rue dans le Séville des quartiers populaires, dont le roi d’Espagne s’entiche après l’avoir entendue le moquer devant la foule enthousiaste. Un roi particulièrement inconséquent plus intéressé par l’idée d’assouvir ses fantasmes que de régler les problèmes du peuple. Non pas que les questions sociales ou politiques soient mises en avant cela dit : à l’exception d’une scène savoureuse où Rosita malmène un collecteur d’impôts, cet aspect reste au stade de la toile de fond.

Lubitsch, cela dit, a des moyens visiblement très importants, qui lui permettent de mettre en scène la « populace » au milieu de laquelle évolue la jolie chanteuse de rue. Réussissant ainsi une séquence d’ouverture particulièrement impressionnante, la foule convergeant vers cette jeune chanteuse pleine de vie qui s’avance comme une rock star.

Ces scènes de foule sont peut-être, et assez bizarrement, les plus réussies du film : c’est là, au milieu de dizaines, voire de centaines de figurants, que Lubitsch capte le mieux ce que sont ses personnages. Le premier face-à-face avec le roi, dans ces conditions, ne manque pas de saveur.

Cela dit, Lubitsch est déjà Lubitsch. Il sait aussi filmer les alcôves, les couloirs… et les portes qui s’ouvrent (déjà) devant Mary Pickford, ces portes tellement présentes dans son cinéma, et qui accompagnent ici l’irrésistible ascension de la chanteuse qui devient comtesse.

Sans doute, en hésitant un peu moins entre comédie et drame, la dernière partie du film aurait-elle été plus forte, plus poignante. Mais ce final très lubitschien pour le coup, tout en expédiant un peu vite la question du « faux mort » (ah oui, il faut avoir vu le film), réserve un sort réjouissant à ce roi indélicat, dominé in fine par une reine qui sort tardivement de sa retenue pour remettre de l’ordre dans l’histoire. Féministe avant l’heure…

Within our gates (id.) – d’Oscar Micheaux – 1920

Posté : 27 mai, 2019 @ 8:00 dans 1920-1929, FILMS MUETS, MICHEAUX Oscar | Pas de commentaires »

 Within our gates

J’aimerais tellement dire que Within our gates est un chef d’œuvre méconnu qui mérite de retrouver sa place à côté (ou au-dessus) de Naissance d’une Nation, le film de Griffith dont il est une sorte de réponse. Historiquement, c’est d’ailleurs indéniable : le tout premier film réalisé par un noir américain à avoir traversé le temps, un film anti-raciste tourné en réaction au grand œuvre pro-KKK de Griffith. Forcément, on a envie de l’aimer…

Et il y a bien quelques scènes réussies, qui toutes sont d’ailleurs des échos évidents au classique de 1914. Une séquence, terrible, de lynchage, ou une tentative de viol, cette fois par un blanc sur une noire (et sous le portrait de Lincoln). là, l’espace de quelques minutes, le film prend une dimension ample et tragique qui lui va bien.

Mais pour le reste, il faut bien reconnaître qu’Oscar Micheaux a, ici au moins, plus de belles intentions que de vision de cinéaste ; Son drame, gratiné, passe presque exclusivement par les cartons, qui explicitent lourdement ce que l’image montre mal. La faute à une mise en scène le plus souvent statique, et à des comédiens qui, mal dirigés, ne savent pas quoi faire de leurs mains, de leur visage… On est en 1920, mais le film a encore des allures de cinéma primitif, hélas.

Oui, j’aurais aimé l’aimer ce film, aimer sa vedette Evelyn Preer, pionnière du cinéma afro-américain. Mais cette découverte du cinéma d’Oscar Micheaux s’avère bien décevante. Disons qu’il mérite une seconde chance…

Les Nuits de Chicago (Underworld) – de Josef Von Sternberg – 1927

Posté : 25 mai, 2019 @ 8:00 dans * Films de gangsters, 1920-1929, FILMS MUETS, VON STERNBERG Josef | Pas de commentaires »

Les Nuits de Chicago

Josef Von Sternberg est encore un quasi-débutant lorsqu’il signe ces Nuits de Chicago, déjà un très grand film qui bouscule, et qui remue. Presque un débutant, parce que Sternberg n’avait pas eu l’occasion de confirmer ses premiers pas convaincants (avec Salvation Hunters, en 1925) : The Masked Bride et The Exquisite Sinner lui sont retirés des mains, et le mythique Woman of the Sea aurait carrément été détruit par son producteur Charles Chaplin…

Autant dire qu’il revient de loin, Sternberg, ce dont tous les cinéphiles du monde peuvent se réjouir, tant ce film, visuellement très fort, surprend aujourd’hui encore par la puissance de ses accès de violence. Son succès a d’ailleurs boosté le genre du « film de gangsters » (Scarface n’est pas loin), l’inspirant même très durablement.

C’est un monde d’hommes burnés et burinés que filme Sternberg, le monde des voyous, des gros durs, prêts à s’entre-tuer pour un regard ou pour une humiliation. La scène d’ouverture, d’ailleurs, annonce avec trente ans d’avance celle de Rio Bravo : même situation, même confrontation d’un gros bras sadique et d’un alcoolique pathétique qui trouvera la rédemption.

Ce dernier, c’est Clive Brook, parfait en esthète des bas-fonds, qui tombe amoureux de la fiancée du caïd à qui il doit sa rédemption, joué avec truculence par George Bancroft. On voit bien où tout ça nous mène, et on y va bel et bien, triangle amoureux à hauts risques sur fond d’hyper-violence.

Josef Von Sternberg filme superbement la naissance du sentiment amoureux (captant un regard, une main qui en effleure une autre) avec beaucoup de grâce. Il sait aussi créer la tension en filmant la rudesse (c’est un euphémisme) de ce monde, ou un règlement de compte, cinglant et glaçant. Jusqu’à la séquence finale, hallucinante explosion de violence…

Les Damnés de l’océan (The Docks of New York) – de Josef Von Sternberg – 1928

Posté : 21 mai, 2019 @ 8:00 dans 1920-1929, FILMS MUETS, VON STERNBERG Josef | Pas de commentaires »

Les Damnés de l'océan

La suie et la sueur dans l’antre d’un paquebot, l’alcool bon marché et les femmes faciles des bas-fonds… Josef Von Sternberg apporte une vérité stupéfiante à cette chronique d’un amour naissant, à laquelle il refuse à peu près tout semblant de romantisme.

C’est le Sternberg première génération : celui de l’avant-Marlene, sa période muette, pas la moins intéressante, comme le confirme ce film d’une puissance visuelle rare. Chaque image semble comme volée à cet environnement hostile, comme s’il emmenait réellement le spectateur (et les personnages) dans ce troquet puant et peu aimable, dans cette chambre sans charme et sans chaleur, ou dans cette soute à la chaleur infernale.

Drôle de couple aussi : George Bancroft en gros bras viril qui se surprend à s’attacher à cette jeune femme qu’il a sauvée de la noyade, et qu’il épouse presque par bravade. Et Betty Compson, prostituée dépressive, tellement reconnaissante du sort que lui réserve ce type mal dégrossi.

Entre eux, dans ce décor fascinant mais hostile (le personnage du bar, par exemple, aurait sans doute été bienveillant devant la caméra de n’importe quel autre réalisateur), Sternberg filme la naissance de la tendresse. Ce n’est pas de la passion, peut-être même pas de l’amour, mais cette tendresse, dans ce décor-là, a quelque chose d’une pureté bouleversante.

Notre-Dame-de-Paris (The Hunchback of Notre Dame) – de Wallace Worsley – 1923

Posté : 19 mai, 2019 @ 8:00 dans 1920-1929, FILMS MUETS, WORSLEY Wallace | Pas de commentaires »

Notre-Dame de Paris

Notre-Dame de Paris est un monument (le livre, pas l’édifice… enfin si, l’édifice aussi, mais en l’occurrence le livre). Et comme souvent face à un monument, on sent une vraie déférence de la part du réalisateur de cette adaptation, Wallace Worsley, cinéaste alors au sommet de sa carrière, qui signe là son plus gros succès populaire.

Worsley révèle un vrai sens du spectaculaire, notamment lorsqu’il filme son Quasimodo (joué par l’incontournable Lon Chaney) se balançant sur la façade de la cathédrale. Une cathédrale admirablement reconstituée en studio. Dès 1923 d’ailleurs, Universal avait largement basée la promotion de son film sur le gigantisme des décors, qui faisaient revivre ce Paris médiéval décrit par Victor Hugo.

Mais il manque au réalisateur une vraie vision pour faire de cette adaptation… eh bien autre chose qu’une adaptation très appliquée qui remplit son cahier des charges tout en restant relativement fidèle au texte original, dont on retrouve à peu près tous les grands épisodes.

Fidèle en tout cas pendant la première moitié du film, où les libertés que prend le film ne vont pas forcément à l’encontre du roman. La fin, en revanche, est une trahison en règle, qui sacrifie à tous les impératifs hollywoodiens : celui du happy-end (le sort réservé à Esmeralda), mais aussi celui du respect de la Religion avec un grand R (l’image donnée à l’archidiacre Frollo). Toute trace de subversion est donc soigneusement gommée, l’homme d’église étant l’unique être totalement pur de l’histoire…

Le film a bien des défauts, il a aussi ses qualités : la beauté spectaculaire des décors, ruelles mal fâmées ou façade impressionnante de Notre-Dame, et surtout la performance de Lon Chaney, qui réussit à rendre émouvant Quasimodo, dissimulé sous une épaisse couche de maquillage. C’est son premier rôle d’une telle ampleur, bien d’autres suivront…

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