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Archive pour la catégorie 'FILMS MUETS'

La Symphonie nuptiale (The Wedding March) – d’Erich Von Stroheim – 1928

Posté : 16 février, 2018 @ 8:00 dans 1920-1929, FILMS MUETS, VON STROHEIM Erich | Pas de commentaires »

La Symphonie nuptiale

Voir La Symphonie nuptiale relève du même genre d’expérience excitante et de frustration que voir Les Rapaces. Les deux films confirment l’ambition ogresque de Von Stroheim, sa volonté d’imposer un style et un univers démesurés, en rejetant les codes en vigueur à Hollywood comme ailleurs, que ce soit en terme de budget ou de durée. Et dans les deux cas, Von Stroheim s’est heurté à un mur plus haut, plus fort que lui : celui des studios qui ont refréné ses hardeurs.

A voir certaines scènes de La Symphonie nuptiale, on se surprend à comprendre les financeurs. La longue séquence du Corpus Christi, surtout, est hallucinante de démesure. D’autres que Von Stroheim aurait filmé la rencontre de ce jeune aristocrate désargenté (le réalisateur lui-même) et de la jeune fille du peuple (Fay Wray, cinq ans avant de devenir la scream queen de King Kong) en gros plans dans l’ombre d’une guérite. Lui reconstitue grandeur nature un immense cortège avec des dizaines de figurants et des décors immenses.

Est-ce bien raisonnable ? Se surprend-on donc à se demander, tant la débauche de moyens est ici flagrante. Surtout que ces grands plans amples et spectaculaires ne sont pas les plus pertinents à ce moment. Au coeur de cette reconstitution, c’est une série de gros plans sur Stroheim et Fay Wray qui séduisent, révélant un humour et une pointe d’érotisme et de tendresse inattendus.

Il faut dire aussi que Stroheim, qui se filme avec une délectation affichée (l’homme a des défauts, mais on ne peut pas lui reprocher celui d’être faussement modeste : il suffit de voir le carton dans le générique du début qui précise « in its entirety an Erich Von Stroheim creation »), n’est pas un mufle. Son personnage l’est assurément, mais le réalisateur, lui, réserve les plus beaux rôles aux femmes : à Fay Wray bien sûr, qui n’a peut-être jamais été aussi belle et émouvante que dans ce rôle tragique ; et à Zasu Pitts aussi, magnifique en jeune héritière boiteuse.

Quant à Von Stroheim, dont on se dit longtemps que, pour une fois, il s’est donné le beau rôle, il est le parfait symbole du monde qu’il filme ici comme ailleurs : celui d’une aristocratie désargentée et de nouveaux riches qui rêvent de titres, deux univers tristement complémentaires qui se retrouvent dans une même débauche, et où l’argent et le prestige dominent tout, y compris et surtout l’amour.

Le film tel qu’on le connaît ne devait être que le premier segment d’un triptyque, dont le deuxième volet a été perdu, et dont le troisième n’a même jamais été tourné. Même ainsi, sa durée a été réduite au fil de plusieurs montages successifs imposés par le studio, mais auxquels Von Stroheim a le plus souvent participé. Un film malade et incomplet, donc, mais dont la fin semble parfaite dans l’œuvre du cinéaste : la cruauté de cette conclusion, son cynisme, donne rétrospectivement comme la juste introduction à toute son oeuvre.

Les Cheveux d’or / The Lodger (The Lodger, a story of the London fog) – d’Alfred Hitchcock – 1927

Posté : 15 février, 2018 @ 8:00 dans 1920-1929, FILMS MUETS, HITCHCOCK Alfred, POLARS/NOIRS | Pas de commentaires »

The Lodger Les Cheveux d'or

Hitchcock n’a derrière lui que deux longs métrages (dont un aujourd’hui perdu) lorsqu’il signe ce film dans lequel on retrouve, déjà, à peu près tous les thèmes de sa longue filmographie à venir : le faux coupable, la figure de la blonde, et même sa manière de jouer avec la censure en contournant habilement les interdits sans rien abdiquer : il suffit ici de voir la scène de sortie du bain pour s’en rendre compte.

Les obsessions d’Hitchcok sont bien en place dans ce premier film vraiment hitchcockien, première adaptation du fameux roman de Marie Belloc Lowndes très inspiré des crimes de Jack L’Eventreur. Son talent et son ambition formelle aussi. Pour le jeune réalisateur, déjà, le cinéma est un perpétuel terrain d’expérimentation, où tous les outils sont au service de l’intrigue, du rythme et de l’atmosphère.

Comment créer un sentiment d’angoisse en quelques secondes, pour évoquer la peur qui plane sur Londres après une série de meurtres ? Hitchcock trouve la solution en alternant les plans (courts) suggérant le crime, et ceux montrant la foule et la presse mobilisés (des images particulièrement fortes), avec des cartons qui reprennent le slogan d’une boîte de nuit « To-night, Golden Girls », et qui reviennent régulièrement comme des flashs dans la nuit. Cette utilisation très originale des intertitres rappelle que c’est en réalisant des cartons qu’Hitchcock a fait ses premiers pas au cinéma.

Cette ambition esthétique est omniprésente dans The Lodger, qui fait d’emblée d’Hitchcock le plus grand cinéaste britannique, et le maître du suspense : la manière dont il filme les ruelles pavées de Londres, et le brouillard qui renforce le malaise, seront rapidement des références incontournables. Il faut aussi souligner que le jeune Hitchcock est encore très influencé par le cinéma expressionniste allemand, lui qui a eu l’occasion d’observer Murnau sur un tournage : l’arrivée du locataire (dont on ne connaître jamais le nom), comme sorti de la nuit, évoque furieusement l’apparition de Nosferatu

Le génie d’Hitchcock apparaît dans le fameux plan filmé à travers un plafond transparent, qui permet de visualiser le locataire occupé à faire les cent pas dans sa chambre (rappelons que le film est muet), avec le lustre tremblant au premier plan. C’est une trouvaille géniale, mais ce qui l’est davantage encore, c’est comment Hitchcock placera régulièrement ce lustre dans le cadre pour souligner l’état d’esprit du locataire, et l’inquiétude grandissante de ses logeurs.

Pas aidé par son interprète principal (Ivor Novello, une star à l’époque, mais dont le jeu outrancier passe bien mal aujourd’hui), Hitchcock signe un premier classique, l’une des références du très prolifique « Jack the ripper movie », sous-genre à part entière du thriller.

Le Petit frère (The Kid Brother) – de Ted Wilde, J.A. Howe (et Lewis Milestone) – 1927

Posté : 24 janvier, 2018 @ 8:00 dans 1920-1929, FILMS MUETS, HOWE J.A., LLOYD Harold, MILESTONE Lewis, WILDE Ted | Pas de commentaires »

Le Petit frère

Harold se verrai bien reprendre le flambeau de son père, rude shérif d’une petite ville de l’Ouest. Mais des trois fils de la famille, Harold est le gringalet, à qui l’on réserve toutes les tâches ménagères. Alors quand l’argent de la collectivité qui avait été confié au shérif est volé, il est bien le dernier sur lequel on compte pour laver l’honneur de la famille.

Harold Lloyd choisit un thème qui lui est très familier pour cette comédie westernienne d’une inventivité folle, et au rythme imparable. Une petite merveille à laquelle plusieurs réalisateurs ont participé à un degré ou à un autre. Signé par Ted Wilde, le film a été tourné en partie par J.A. Howe, crédité comme co-réalisateur, et semble-t-il par Lewis Milestone. Mais sans doute Lloyd est-il lui-même le principal auteur du film.

La star est à son apogée, et enchaîne les comédies mémorables en cette fin du muet. Il est alors l’égal de Chaplin et de Keaton, et ce Kid Brother est d’ailleurs l’un de ses triomphes. Largement mérité. L’histoire en elle-même n’est pas très originale, puisqu’elle s’inspire du Tol’able David de Henry King, sorti trois ans plus tôt. Mais le génie comique de Lloyd, son sens du gag et de l’image, sont à leur apogée dans ce film.

Il suffit de revoir l’extraordinaire scène sur le bateau échoué pour s’en convaincre, irresistible chassé-croisé entre Harold et le grand méchant, qui utilise toutes les possibilités de son décor et réussit à surprendre et à faire rire à chaque plan. Une merveille d’inventivité et de mise en scène. Dans un autre registre, la scène où Harold grimpe toujours plus haut d’un arbre pour apercevoir encore et encore la jeune femme qui s’éloigne est un chef d’oeuvre de poésie et d’émotion.

On pourrait citer les trois quarts du film comme ça : la scène du petit-déjeuner, celle de l’incendie… The Kid Brother est une merveille, l’un de ces trésors à redécouvrir d’un génie trop oublié.

Fulta Fisher’s boarding house (id.) – de Frank Capra – 1922

Posté : 11 novembre, 2017 @ 8:00 dans 1920-1929, CAPRA Frank, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Fultah Fisher's boarding house

Première œuvre de fiction pour le tout jeune Frank Capra (il a alors 25 ans), qui se fait d’emblée remarqué avec ce film de commande, mise en image d’un poème de Rudyard Kipling : The Ballad of Fisher’s Boarding House. Le poète y évoque une gargote mal famée où des marins viennent tromper leur ennui entre deux voyages, et où deux hommes vont s’affronter et s’entretuer pour une femme.

Les premiers plans de ce court métrage d’une bobine seulement ne permettent pas vraiment de deviner le talent naissant du cinéaste : la caméra reste longtemps statique, filmant l’ensemble du décor comme c’était d’usage dans les premiers temps du cinéma. La mise en place est certes un peu longue, avec la présentation de trop nombreux personnages, pas forcément indispensables, qui prennent beaucoup de temps sur les douze minutes que dure le film.

Et puis le principe même de cette production a ses limites : en mettant en image un long poème, Capra s’oblige à multiplier les cartons pour que le spectateur puisse suivre le verbe de Kipling, qui pour le coup devient un peu trop envahissant.

Mais lorsque le drame se noue, Capra révèle un sens affirmé du cadrage et du montage, et, surprise, une brutalité qui ne sera pas vraiment la caractéristique première de son cinéma. Lorsque la violence apparaît, elle bouscule littéralement le cadre : les personnages sont propulsés en très gros plan contre la caméra, dont les petits mouvements brusques soulignent la brutalité des coups donnés.

Capra fait alors des merveilles, jouant sur le montage et la diversité des plans, lors de cette bagarre assez impressionnante, surtout lorsqu’il la filme en ombre chinoise, là encore fidèle au poème :

« A dance of Shadows on the wall,
A knife-thrust unawares
And Hans came down, as cattle drop,
Across the broken chairs. »

C’est beau, du Kipling. Et c’est beau, un grand cinéaste qui naît…

Une vie de chien (A dog’s life) – de Charles Chaplin – 1918

Posté : 8 novembre, 2017 @ 8:00 dans 1895-1919, CHAPLIN Charles, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Une vie de chien

Chaplin était déjà un génie. Il devient définitivement le plus grand de tous les temps avec son premier film tourné pour la First National. Loin des rythmes effrénés de ses débuts (36 films pour la seule année 1914 à la Keystone), Chaplin impose à chaque nouveau contrat un rythme qui convient mieux à son perfectionnisme acharné. Durant les cinq années qu’il passera à la First National, il ne tournera ainsi que sept films, courts ou moyens métrages, dont Le Kid.

Il est d’ailleurs difficile de ne pas évoquer Le Kid quand on parle de Une vie de chien. Ce serait injuste de dire que l’un et le brouillon de l’autre, mais il s’agit clairement de deux films jumeaux, basés sur à peu près la même idée : Charlot, le vagabond solitaire, trouve un alter ego inattendu qu’il va prendre sous son aile, un enfant là, un chien ici.

Une vie de chien va peut-être encore plus loin dans cette direction : les deux personnages principaux, le clochard et le bâtard, sont présentés comme des êtres frêles et combatifs qui doivent se battre pour survivre dans un environnement hostile. Ils se trouvent, ces deux-là, comme ils trouvent celle qui va finir de composer une sorte de famille idéale, la belle Edna Purviance bien sûr, jeune femme paumée incapable de tenir le rôle d’entraîneuse que la société attend d’elle.

Le film est joliment émouvant, loin toutefois de l’ampleur tragique du Kid. Il est surtout l’un des plus drôles que Chaplin ait tourné jusque là. Les situations sont souvent connues : Charlot qui tente d’échapper aux policiers, Charlot qui s’incruste dans un café sans avoir les moyens de payer… Et pourtant on a le sentiment de ne jamais avoir eu quoi que ce soit de semblable, tant les gags atteignent des sommet. A l’image de cette scène étirée à l’extrême, où le vagabond vide l’assiette d’un restaurateur ambulant quasiment sous le regard du patron.

Il y a un autre point commun avec Le Kid : comme le chef d’œuvre à venir de Chaplin dépendra en partie de la personnalité incroyable de sa jeune vedette Jackie Coogan, Une vie de chien doit aussi quelque chose au charisme extraordinaire de sa vedette à quatre pattes, peut-être le chien le plus doué pour la comédie de toute l’histoire du cinéma…

The Power of the Press (id.) – de Frank Capra – 1928

Posté : 6 novembre, 2017 @ 8:00 dans 1920-1929, CAPRA Frank, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

The Power of the Press

Le dernier long métrage muet de Capra est un cas à peu près unique dans sa filmographie : c’est peut-être l’unique fois où le grand cinéaste humaniste s’est confronté au thriller. Il y a en particulier une longue séquence haletante et assez formidable, où le héros, jeune journaliste ambitieux interprété par Douglas Fairbanks Jr, doit mettre la main sur le témoin clé d’une sombre machination, petit chef d’œuvre de suspense qui se termine par une poursuite en voitures que n’aurait pas renié Hitchcock lui-même.

Pourtant, on est bien chez Capra, ce qui ne fait aucun doute dès l’ouverture du film. L’une des richesses de ses grandes réussites, notamment dans les années 30, repose sur un talent unique pour donner vie à des univers bien particulier : le cirque, la politique, le théâtre, ou ici la salle de rédaction d’un grand quotidien. Entre les reporters chevronnés qui manquent d’empathie et les jeunes loups naïfs qui ne décrochent les scoops que grâce à la chance, on ne peut pas dire que Capra offre une vision particulièrement avantageuse de la profession.

En revanche, il rend palpable en quelques plans formidables l’effervescence d’une salle de rédaction, l’odeur du papier et du tabac, l’urgence de l’actualité… C’est tourné avec beaucoup de dérision, et le film est d’ailleurs (aussi) très drôle. Mais l’ironie du film n’enlève rien au sentiment de vérité qui se dégage de ces scènes tournées dans l’enceinte du journal. D’autres scènes, d’ailleurs, n’ont pas cette intensité. Si The Power of the Press ne fait pas partie des réussites majeures de Capra, c’est à cause de ces fluctuations d’intensité : quelques scènes un peu banales (la découverte du crime initial notamment) contrastent avec celles dévoilant les journalistes dans leur environnement habituel.

En revanche, le mélange des genres fonctionne parfaitement. Drame social ? Comédie ? Intrigue policière ? Film politique ? Thriller ? Capra choisit de tirer tous ces fils à la fois avec cette histoire d’un jeune journaliste débutant qui mène l’enquête après le meurtre d’un homme influent. Il n’en privilégie aucun et va au bout de chacun de ces fils. Et c’est passionnant.

Bessie à Broadway (The Matinee Idol) – de Frank Capra – 1928

Posté : 29 octobre, 2017 @ 8:00 dans 1920-1929, CAPRA Frank, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Bessie à Broadway

Après les deux films qu’il a tourné pour Harry Langdon, Capra n’a pas tardé à trouver son propre univers. Ce qui fera la grandeur de ses chefs d’œuvre des années 30 et 40 (et il y en aura quelques-uns) est déjà bien en place dans cette très belle comédie romantique. Et pour le coup, ce genre un peu fourre-tout porte parfaitement son nom : The Matinee Idol est une comédie particulièrement drôle, et une romance absolument irrésistible.

Considéré comme perdu jusqu’en 1994, le film est un petit bijou de légèreté, au scénario malin et enthousiasmant : un grand acteur de Broadway, qui se produit généralement grimé en noir comme un certain Al Jolson (la grande star de l’époque, qui venait de signer l’acte de naissance du cinéma parlant en dévoilant sa voix dans Le Chanteur de jazz), part se mettre au vert à la campagne, et se fait embaucher un peu par accident par une petite troupe de théâtre ambulant, qui ne le reconnaît pas.

On imagine bien tous les gags et toutes les situations vaudevillesques que Capra et son scénariste Elmer Harris (avec qui il avait déjà collaboré pour That certain thing et So this is love ?) peuvent en tirer. Surtout que, forcément, il y a l’amour qui rôde, et qui a le visage de la patronne un peu brute de la troupe, jouée par Bessie Love. Le titre français dit beaucoup de ce qui fut la notoriété de Bessie Love (quel nom, quand même !) : aucun personnage ne porte le nom de Bessie dans le film. Aujourd’hui complètement oubliée, elle est effectivement, et absolument, craquante, belle, et d’un dynamisme incroyable.

Bref, le charme de l’actrice apporte beaucoup au film, et supplante celui un peu plus discret de Johnny Walker, acteur au caractère à peine plus fort que le whisky du même nom (OK, c’est un peu gratuit). Et Capra sait en tirer le meilleur, faisant de l’actrice l’un de ces symbole de la sincérité qui parsèment son oeuvre, une sorte de pendant féminin du James Steward de Mr Smith goes to Washington en quelque sorte, confronté à la découverte du cynisme. Dans d’autres films, cela se passe dans l’univers impitoyable des banquiers ou des politiciens. Ici, c’est dans le monde du spectacle.

Avec cette pièce de théâtre qui tient un rôle important dans l’histoire (et qui s’appelle curieusement Rain or shine, rien à voir pourtant avec le film du même nom que Capra tournera deux ans plus tard), Capra livre une vision aussi contrastée que passionnée de ce monde du spectacle, jouant constamment sur l’interaction entre la scène et la salle, entre la fiction et le monde réel.

Le cinéaste sait ainsi tirer l’émotion la plus forte du contraste entre la fausse neige d’un spectacle à l’atmosphère particulièrement cruelle, et la pluie battante de la scène romantique qui suit. Et c’est magnifique. Jouant avec les rideaux du spectacle, il s’offre aussi l’un des plus beaux derniers plans de sa carrière: un gros plan sur les jambes fort jolies de Bessie Love qui s’élèvent du sol, détail qui en dit au moins autant, et avec plus d’émotion peut-être, qu’une banale étreinte

La Grande Parade (The Big Parade) – de King Vidor – 1925

Posté : 26 septembre, 2017 @ 8:00 dans 1920-1929, FILMS MUETS, VIDOR King | Pas de commentaires »

Le Grande Parade

Trois ans avant La Foule, son chef d’œuvre, King Vidor réalise déjà une grande fresque romanesque, à la fois intime et spectaculaire, et déjà sublime. Cette fois, c’est la Grande Guerre qui sert de toile de fond, c’est sans doute pourquoi le film a souvent été comparé à L’Heure suprême (le plus beau film du monde), que tournera Borzage. Les deux films ne manquent pas de points communs, c’est vrai, en particulier dans la légèreté des premières scènes et dans le romantisme bouleversant de la conclusion.

Mais au lyrisme de Borzage, Vidor préfère une approche plus ancrée dans la réalité, avec des ruptures de ton parfois brutales, de longs moments en creux, et même des passages de pure comédie. comme la rencontre entre les deux personnages principaux, le soldat américain interprété par John Gilbert, et la fermière française jouée par Renée Adorée (quel pseudo !). Au passage, les deux comédiens sont magnifiques, trouvant chacun, sans doute, le plus beau rôle de leur carrière.

Il y a dans cette scène, très drôle, quelque chose comme la quintessence de l’art muet. Oui, ce sont de grands mots, mais Vidor trouve le ton juste et l’approche inattendue et parfaite pour filmer la rencontre de cette femme et de cet homme qui ne parlent pas la même langue, et ne peuvent donc échanger que par la gestuelle, la pantomime même. C’est drôle, et c’est aussi très beau, surtout lorsque Vidor filme… la barrière de la langue et de la culture, par petites touches d’une délicatesse infinie.

Le moment où la jeune femme découvre le chewing-gum est ainsi, pour une raison assez magique, formidablement émouvante. Peut-être parce que ce détail apparemment sans importance dit beaucoup sur cette histoire d’amour improbable entre un homme venu du bout du monde et cette jeune femme dynamique et active qu’il n’aurait jamais dû croiser, comme une parenthèse entre la vacuité de sa vie de riche héritier et les horreurs de la guerre qui l’attendent.

Ce long passage à l’arrière-front, où les hommes passent le temps comme ils le peuvent, est passionnant, et rend le départ vers les zones de combat d’autant plus marquantes. Parce que c’est toute une vie organisée, et finalement pleine de petits bonheurs, qui volent en éclat. Là, dans ce départ impressionnant, filmé à grands renforts de figurants, Vidor, réussit une grande scène dramatique et inoubliable, filmant Renée Adorée en plans rapprochés, scrutant les centaines d’hommes qui défilent devant (et derrière) elle à la recherche de celui qu’elle aime. Avant de s’accrocher à lui comme si elle voulait à tout prix retenir ce bonheur fugace, se retenant à sa jambe dans un geste prémonitoire. Si on ne verse pas sa larme, là…

Le film passe alors de la romance à la découverte de l’enfer. Mais si le ton change radicalement, le point de vue reste le même : celui d’un homme qui découvre tout de la vie, avec un esprit totalement impréparé. C’est ce qui rend si saisissante cette première marche de John Gilbert fusil à la main. Dans une forêt qui semble morte, les soldats avancent régulièrement sous les tirs ennemis, sans même prendre la peine de se protéger. Autour de notre héros, les hommes tombent les uns après les autres. Vision presque irréelle qui dit mieux que des mots l’incompréhension face à cette irruption de la violence.

La grande scène de bataille qui suit fait partie des plus impressionnantes de toute l’histoire du genre. Toujours à hauteur d’homme, Vidor nous plonge au cœur de la violence, sans rien gommer de son horreur, et sans jamais oublier l’humanité des soldats. D’où un magnifique face-à-face entre John Gilbert et le soldat allemand mourant, dans le trou d’obus, filmé avec une superbe sensibilité.

Sensible et délicat, malgré la noirceur du sujet : voilà qui définit parfaitement la mise en scène de Vidor, jusqu’à la dernière partie, belle et émouvante, mais sans le grand lyrisme des films de Borzage. Dans son style ou dans sa construction, La Grande Parade influencera d’innombrables films ayant la guerre pour toile de fond, comme Voyage au bout de l’enfer ou Cheval de guerre.

Charlot s’évade (The Adventurer) – de Charles Chaplin – 1917

Posté : 23 septembre, 2017 @ 8:00 dans 1895-1919, CHAPLIN Charles, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Charlot s'évade

* Titre alternatif (VF) : L’Evadé

La première scène de cet ultime film tourné par Chaplin pour la Mutual est étonnante par sa brutalité : le film s’ouvre sur une chasse à l’homme, sur un littoral escarpé où des gardiens de prison lourdement armés recherchent un prisonnier évadé. L’utilisation d’armes à feu, les décors naturels pleins de dangers, le clair obscur du jour qui se lève, même… Cette ouverture ne ressemble en rien à un film burlesque.

Bien sûr, dès que Charlot apparaît, ou plutôt dès qu’il pointe sa tête hors du sable sous lequel il s’était réfugié, pour tomber nez à nez devant le fusil d’un gardien qui se repose, la dimension comique apparaît, d’autant plus forte qu’elle arrive en contrepoint des premières images, volontairement rudes. Chaplin apporte à ce réalisme ambiant un décalage total, par l’excès de son personnage, par le rythme qu’il donne à l’action, et par ces petites idées improbables et géniales qui rompent avec tout réalisme. Presque surréaliste, même, lorsqu’il tente de recouvrir de sable le pied d’un gardien qui se tient à côté de lui, comme s’il voulait ainsi le faire disparaître…

La suite est moins surprenante, le film se transformant largement en un face à face assez traditionnel de Charlot et Eric Campbell, pour les beaux et le sourire craquant d’Edna Purviance. Mais le rythme est extraordinaire, les gags sont souvent géniaux (la manière dont Charlot remplit son verre vide en le heurtant contre celui de son voisin avant de lui faire les gros yeux), la précision extraordinaire de la mise en scène, sans laquelle rien ne fonctionnerait aussi bien…

Avant de passer à la First National, où il ira plus loin encore dans le perfectionnisme, et signera une incroyable série de classiques, Chaplin signe déjà (ou encore) un petit chef d’œuvre comique.

L’Emigrant (The Immigrant) – de Charles Chaplin – 1917

Posté : 22 septembre, 2017 @ 8:00 dans 1895-1919, CHAPLIN Charles, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

L'Emigrant

* Titres alternatifs (VO) : The New World ; A Modern Colombus ; Hello USA ; The Refugee

* Titre alternatif (VF) : Charlot voyage

Ce chef d’œuvre possède déjà tout ce qui fera la grandeur des longs métrages de Chaplin : un mélange de comique, de tragédie et de critique sociale. Tout ça apparaît dans une scène formidable, vers le début du film : à bord du bateau qui les amène en Amérique, une poignée d’émigrants oublie d’un coup le mal de mer qui les rongeait lorsqu’ils aperçoivent la statue de la Liberté, symbole de leur avenir. Mais les regards émus des visages filmés en gros plan sont bientôt ramenés à la réalité par les officiers du bateau qui les enferment derrière une lourde corde, comme du bétail.

L’Emigrant, c’est un peut tout ça : le rire, l’émotion et une extrême lucidité, en une poignée de secondes seulement. C’est aussi un modèle de construction, d’une intelligence narrative de plus en plus affirmée. Pour réaliser à quel point le perfectionnisme de Chaplin atteignait, déjà, des sommets, dans la conception de chaque scène, de chaque gag, il suffit de comparer L’Emigrant à Charlot marin, tourné deux ans plus tôt à la Essanay. Dans les deux films, Chaplin utilise le même trucage pour simuler le roulis du bateau. Mais ici, la réalisation technique est autrement plus ambitieuse, et donne lieu à des gags nettement plus précis, et parfaitement intégrés dans l’histoire.

La séquence du restaurant fait partie des grands moments du cinéma de Chaplin. Tout tourne autour d’une idée unique : Charlot réalise qu’il a perdu l’argent qui devait lui servir à payer son repas, et se demande comment il va s’en sortir. La menace du serveur brutal interprété par Eric Campbell est constamment présente, et la manière dont Chaplin se met en scène comme écrasé par cette présence est formidable.

Mais c’est un certain optimisme qui se dégage du film. Pas un optimisme béat : la mère du personnage joué par Edna Purviance meurt, et la fortune n’est pas au bout du chemin. Mais un optimisme bien réel, symbolisé par l’amour, et par la rencontre avec un artiste (Henry Bergman) qui apporte l’espoir au jeune couple. Après tout, c’est grâce à son art que Chaplin, lui-même émigrant venu d’Angleterre, a trouvé sa place sur la terre américaine.

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