L’Hermine – de Christian Vincent – 2015
Un film rythmé par le magnifique « Dreamers » de Claire Denamur ne peut pas être foncièrement mauvais. Celui-ci est même franchement très beau. Et comme il marque les retrouvailles de Fabrice Luchini avec son réalisateur de La Discrète, vingt-cinq ans après, on n’est pas très surpris de la justesse de ton et de la sensibilité du récit.
Luchini qui ne cesse de surprendre et de séduire, tout en donnant le sentiment de creuser sans cesse le même sillon. En homme entre deux âges, désabusé et aigri, qui renaît à la vie après avoir pris conscience de l’impasse dans laquelle il s’est enfermé, il est formidable, dégageant sans donner l’impression de faire quoi que ce soit une émotion immense, quelque chose d’enfoui qui semble prêt à exploser à tout instant.
La grandeur de Luchini, comme celle de Jouvet en son temps, c’est peut-être d’être toujours lui tout en épousant totalement le personnage et son univers, avec une vérité qui ne repose que sur des détails, des impressions. Ici, il est un président de Cour d’Assises détesté de tous au sein du tribunal, troublé lorsqu’il reconnaît l’une des jurés de son nouveau procès comme l’anesthésiste qui s’est occupée de lui quelque temps auparavant, et qu’il n’a jamais oubliée.
Le film est à la fois le récit de ce procès, celui d’un infanticide, et l’histoire d’un homme qui renaît tandis qu’apparaît la possibilité d’une romance. Juste et émouvant sur tous les registres, Luchini forme un couple de cinéma aussi original que renversant avec Sidse Babett Knudsen, sublime révélation de la série Borgen, dont le sourire énigmatique et pourtant si vivant et le regard fiévreux (dans tous les sens) de Luchini font des merveilles.
Dans les scènes de procès comme dans les face à face entre ces deux-là, Christian Vincent filme au plus près des visages, avec la même attention et la même délicatesse. Avec la même intensité, surtout. Et c’est à chaque instant que l’émotion la plus pure affleure, toujours contenue dans une pudeur qui ne demande qu’à baisser la garde. C’est très beau.
