Documenteur – d’Agnès Varda – 1981
Dans la foulée de Mur murs, Agnès Varda tourne un autre film à Los Angeles, radicalement différent, mais comme un échos au film précédent (les deux, d’ailleurs, seront projetés en double programme). Un film qui s’ouvre lui aussi sur des vues des grandes fresques qui habillent les rues de L.A.. Mais une fiction, cette fois, quoi que très ancrée dans une réalité rarement vue sur un écran de cinéma.
Cette fois encore, la sensation qui s’impose est enthousiasmante : celle de découvrir une ville comme elle n’a jamais été filmée avant ou depuis, celle aussi de partager le regard d’une artiste qui sait mieux que personne capter l’humanité qui l’entoure. Les films de Varda abolissent souvent la frontière entre fiction et documentaire. Dans celui-ci, c’est particulièrement flagrant.
C’est l’histoire de deux personnages de fiction, donc : une Française à la recherche d’un appartement pas trop cher et pas trop loin de la mer à Los Angeles, qui vit seule avec son fils depuis sa séparation avec son grand amour. Elle, c’est Sabine Mamou… la monteuse attitrée de Varda (et de Demy, et de Claude Lanzmann), fascinante. Son fils, c’est Mathieu Demy, le fils de… Parfait, aussi.
Varda filme leur quotidien dans un décor loin, très loin des codes hollywoodiens. Au soleil perpétuel, la cinéaste préfère la grisaille et l’ombre. Aux gravures de modes blondes et souriantes, elle préfère les gueules dont les visages et les corps disent tout de l’échec de leurs vies, et de l’impasse dans laquelle ils se trouvent.
L’impasse : le mot qui résume peut-être le mieux ce film, dont les personnages centraux sont des déracinés, qui ont suivi leurs rêves d’ailleurs, et qui se retrouvent coincés à l’Ouest du pays, coincés par l’océan aussi apaisant que définitif. Plus à l’ouest, au bout de ces jetées omniprésentes dans le film, il n’y a rien à espérer.
A la fois très sombre et plein de vie, Documenteur est un film en état de grâce, parfait équilibre entre le documentaire et la fiction, où Varda affirme plus que jamais son regard d’artiste complet (il y a dans beaucoup de plans une approche très picturale), amoureuse des mots (sa manière unique d’utiliser la voix off, la sienne ou celle de Delphine Seyrig), toujours elle-même et jamais elle-même.

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