The Dig (id.) – de Simon Stone – 2021

Voilà un très beau film, tout en sensibilité, intelligent, délicat et profondément émouvant. Ce qui n’est pas rien. Inspiré d’une histoire vraie, la découverte du site archéologique de Sutton-hoo au Royaume-Uni, The Dig brasse avec bonheur beaucoup de thèmes passionnants, autour d’un fil conducteur : le rapport à la mort et aux morts, ceux d’hier, d’aujourd’hui et de demain.
Ce pourrait être glauque, en tout cas mortifère. Mais non. Il y a dans le film de Simon Stone quelque chose de lumineux et de débordant de vie, y compris lorsque la mort est là, où lorsque les fantômes d’hier se glissent derrière les yeux, bouleversants, de ses personnages. Ralph Fiennes en archéologue amateur, ou plutôt en « excavateur », hanté par ses recherches et par le fantôme d’un enfant absent. Carey Mulligan, merveilleuse en riche héritière, hantée par sa propre disparition à venir.
Oui, ça pourrait être plombant, d’autant que l’histoire se déroule à la veille (littéralement) de la déclaration de guerre à l’Allemagne nazie, et que tous savent qu’un danger de mort plane sur chacun d’entre eux, particulièrement sur cet amour naissant entre une jeune archéologue mariée à un homme qu’elle admire mais qu’elle n’attire pas, et un jeune homme qui s’apprête à partir au front.
Le film raconte une découverte archéologique majeure : un bateau-tombe d’avant la conquête normande, mis à jour par un chercheur sans formation au grand dam des grands spécialistes du British Museum (ce qui permet aussi d’interroger notre place dans la course du temps, et la trace que l’on laisse). Mais au fond, il ne parle que des liens qui se créent, qui persistent ou qui disparaissent, du souvenir que l’on laisse.
L’intrigue se déroule sur une période courte de quelques jours, quelques semaines au maximum, dans un récit parfaitement linéaire. Pourtant, le film de Simon Stone associe le passé, le présent et le futur dans un même mouvement, dans un grand tout. L’intelligence du scénario, la délicatesse de la mise en scène, la manière de filmer les silences et d’y associer les dialogues… The Dig est une petite merveille, très british dans l’esprit mais pourtant universelle. Un vrai coup de cœur.