Germinal – de Claude Berri – 1993

Après Marcel Pagnol (Jean de Florette et Manon des Sources) et Marcel Aymé (Uranus), Claude Berri continue à explorer le panthéon de la littérature française. Direction le nord cette fois, dans les mines de Germinal, pour ce que le réalisateur veut être l’adaptation ultime du roman d’Emile Zola.
On a beaucoup reproché au réalisateur et producteur d’y faire preuve d’académisme, ce qui me semble à la revoyure assez injuste. Certes, Berri se montre d’une extrême fidélité au chef d’œuvre de Zola (c’est tout à son honneur), mais les immenses moyens dont il dispose font surtout du film l’une des dernières énormes productions à l’ancienne, un « blockbuster à la française » impressionnant, mais aussi d’une grande honnêteté et très intense.
Du cinéma classique, oui, mais avec une âme. Et si, avec le recul, certains seconds rôles qu’on jugeait géniaux il y a trente ans paraissent cabotiner un peu trop lourdement (Jean-Roger Milo dans le rôle du répugnant Chaval, et Laurent Terzieff dans celui de l’anarchiste et nihiliste russe Souvarine), Berri tire le meilleur de la plupart de ses acteurs, littéralement habités par leurs personnages.
Depardieu évidemment, dont la présence physique est impressionnante, Miou-Miou particulièrement émouvante, Jean Carmet dans son dernier rôle majeur, et Renaud, pari audacieux qui s’avère payant : l’éternel titi parisien fait un Etienne Lantier très convainquant, qui est de presque toutes les scènes.
Berri n’oublie quasiment aucun épisodes du roman, et utilise ses gigantesques moyens pour créer des images qui marquent la rétine. La boue, la foule des mineurs, les chevaux fatigués, les infrastructures immenses, mais aussi l’opulence révoltante des bourgeois… Tout est à l’écran, précis et impressionnant, dans ce parangon d’un certain cinéma français, populaire, ambitieux et généreux.








