La Nef des fous (Ship of fools) – de Stanley Kramer – 1965
Nous sommes en 1933, une semaine après l’accession au pouvoir d’Hitler. Mais nous sommes loin de l’Allemagne, sur un bateau traversant l’Atlantique, un bateau allemand, certes, avec beaucoup d’Allemands à bord, mais aussi des représentants de tout ce qui fait le monde en mouvement d’alors.
Oui, cette « nef des fous », ce microcosme coupé du monde, n’est évidemment rien d’autre qu’une représentation en miniature de l’aveuglement général, qui a mené les Nazis au pouvoir et qui ne tardera pas à mener le monde vers le chaos.
« Nous sommes un million. Qu’est-ce qu’ils peuvent nous faire ? Nous tuer tous ? » interroge rigolard un juif allemand repoussant d’un revers de main les inquiétudes que soulève un autre représentant d’une minorité en danger, et déjà exclue de la bonne société allemande : un nain.
On peut compter sur Stanley Kramer pour dénoncer et s’enflammer, avec une sincérité et une honnêteté qui forcent le respect, de film en film. Mais de film en film aussi, il se révèle tout autant un grand artiste engagé, et un réalisateur bien trop terne.
En d’autres termes : Kramer est un cinéaste attachant et révolté (attachant parce que révolté), mais dont les films souffrent d’une authentique platitude. C’est encore une fois flagrant avec cette adaptation d’un best seller de Katherine Ann Porter, dont l’ambition ne pouvait pas ne pas le séduire.
Un lieu clos donc, un temps limité (celui d’une traversée), et une vingtaine de personnages qui interagissent et symbolisent les soubresauts du monde, dans ce qu’ils ont de plus inquiétants, et de plus révoltants.
On a donc un ardent militant des thèses hitlériennes, un vieux couple d’Allemands indifférent aux autres, un commerçant juif tenu à l’écart, mais aussi un jeune couple d’artistes aux amours difficiles, une femme promise à la prison pour ses liens avec des révolutionnaires, un médecin de bord malade du cœur (au sens figuré), ou encore une Américaine vieillissante qui cherche à oublier ses rides…
Et quelle distribution ! Vivien Leigh (dans son dernier rôle au cinéma), Simone Signoret, Lee Marvin, José Ferrer, Oskar Werner… et pour chacun d’entre eux au moins une scène très forte. C’est un peu long, mais c’est sincère. C’est un peu terne, mais c’est plein de beaux moments. Du pur Stanley Kramer.
